Archives par mot-clé : homosexualité

Code n°115 – Matricide (sous-codes : Politique maternelle du non-dit / Maman-putain)

Matricide

Matricide

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Chère putain de mère

 

« La féminité outrancière d’une catégorie d’homosexuels – ceux qui se désignent eux-mêmes comme folles – met en scène la figure enviée mais détestée de la mère. » (Michel Schneider, Big Mother (2002), p. 247)
 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi

 

Qui pourrait imaginer qu’une grande partie des personnes homosexuelles, réputées pour être les meilleurs amies des mamans, nourrissent avec leurs mères réelles ou symboliques une admiration jalouse telle qu’elles les traitent fréquemment de « putes » ? Loin de casser le cliché de la mère possessive, ce code du « Matricide » vient au contraire confirmer que le rapport entre les personnes homosexuelles et leurs mamans est trop fusionnel pour être véritablement aimant.

 

Il n’est pas rare que la passion homosexuelle pour la sollicitude maternelle s’accompagne de la haine. Soit « la mère d’homosexuel » est présentée comme la matrone autoritaire, soit comme une femme faiblement envahissante qui paie iconographiquement (et même parfois concrètement – comme l’ont montré les mères de Paul Verlaine, de Charles Double, de Colette, etc.) les conséquences de sa fragilité. Nous retrouvons souvent le thème du matricide ou de la mère profanée dans les œuvres homo-érotiques. Comme pour faire contre-poids au cliché de la mère possessive, beaucoup de personnes homosexuelles marquent clairement la distance avec leur génitrice (« Désirant est celui qui se détache de sa mère. » dit le poème « Llamado Del Deseoso » (1942) de Lezama Lima). Mais c’est dans le détachement excessivement brutal et passionnel qu’elles construisent bien souvent leur soumission au modèle maternel. Elles disent ne plus aimer leur mère – réelle ou symbolique – de l’avoir trop aimée, de s’imaginer encore être son unique passion : elle est jugée « toxique », « trop distante, froide et absente » (Michel Bellin, Impotens Deus (2006), p. 98) d’être trop présente. Cette mère mythique androgynique, bien souvent confondue avec la maman réelle, est à la fois détestée et adorée. « Il y a eu la méchante et la gentille. […] J’aimais la méchante, beaucoup moins que ma mère idéale, mais je l’aimais quand même. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), pp. 87-89)

 

L’homosexualité semble être une des réponses « logiques » à un rejet (ou une impression de rejet) maternel, rejet qui, s’il a été réel, est objectivement injuste : « Être maudit par sa mère, c’est la chose la plus absurde qui puisse exister, le plus contraire à l’ordre naturel de la sagesse de Dieu. » (cf. l’article « Baal, ennemi de l’Église » du Père Pascal, dans Les Attaques du démon contre l’Église (2009), p. 155)

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Femme allongée », « Destruction des femmes », « Mère possessive », « Prostitution », « Putain béatifiée », « Sirène », « Orphelins », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Reine », « Actrice-Traîtresse », « Tante-objet ou Mère-objet », à la partie « le poison de la tendresse » du code « Douceur-poignard », et à la partie « Indifférence » du code « Parricide la bonne soupe », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 
 

FICTION

a) Le personnage homosexuel hait sa mère (qu’il adore pourtant !), et se décide à la tuer :

On voit le meurtre de la mère dans beaucoup de fictions homo-érotiques : cf. le film « Sling Blade » (1996) de Billy Bob Thornton, le film « Psycho » (« Psychose », 1960) d’Alfred Hitchcock (Norman Bates – dont les flics se demandent s’il est « inverti » ou non – a tué sa propre mère et l’a empaillée pour s’y identifier et tuer d’autres femmes qui lui font concurrence), le film « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure, la pièce La Reine morte (2007) d’Henry de Montherlant (avec la mère de Pedro), la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le roman Bonne nuit doux prince (2006) de Pierre Charras, la chanson « La Gigue s’est arrêtée » de Cindy dans le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon, tous les romans de Marguerite Radclyffe Hall, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron (avec la mère poignardée par son fils), le film « Créatures célestes » (1994) de Peter Jackson, le film « A Question Of Silence » (1983) de Marleen Gorris, le film « L’Arrière-Pays » (1997) de Jacques Nolot, le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol (où Cyril a tué sa mère), le film « Ich Seh, Ich Seh » (« Goodnight Mommy », 2014) de Veronika Franz et Severin Fiala, etc.

 

Film "J'ai tué ma mère" de Xavier Dolan

Film « J’ai tué ma mère » de Xavier Dolan (Sous-titre : « Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles. »)

 

C’est d’abord la sollicitude maternelle qui est pointée du doigt : « Sa voix me donne la nausée, sa voix mielleuse et sèche me ratatine. » (Cécile en parlant de sa mère, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 14) ; « Maman ne comprendra certainement pas mon départ. » (cf. la chanson « Small-town Boy » de Bronski Beat) ; « Je n’éprouve que dégoût pour la mienne. Je méprise tout ce qu’elle est ! » (Clive par rapport à sa mère, dans le film « Maurice » (1987) de James Ivory) ; « Cette sourde inimitié de Fernand contre sa mère fait horreur ; et pourtant ! C’était d’elle qu’il avait reçu l’héritage de flamme, mais en même temps la tendresse jalouse de la mère avait rendu le fils impuissant à nourrir en lui ce feu inconnu. Pour ne pas le perdre, elle l’avait voulu infirme ; elle ne l’avait tenu que parce qu’elle l’avait démuni. Elle l’avait élevé dans une méfiance, dans un mépris imbécile touchant les femmes. » (François Mauriac, Génitrix (1928), pp. 72-73) ; « Ma détestable mère en mettait [de l’herbe] dans les salades, sans le savoir, et je crois qu’elle aimait ça. Parce qu’à chaque repas, même au petit déjeuner, elle disait : ‘Une salade ?’. » (Harold, l’un des héros homos du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Non maman ! Je sais que tu veux que je rentre. Non ! Je ne rentrerai plus jamais ! » (Rinn, l’héroïne lesbienne s’adressant à sa mère par téléphone, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Je n’ai pas de mère. » (Tomas, le héros homo allemand, dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, le couple Yoann-Julien essaie de se débarrasser de l’intrusive belle-mère de Julien : « Vous savez ce que vous êtes pour moi ? Un monstre ! Une manipulatrice ! » (Julien, le héros homosexuel, s’adressant à sa belle-mère). Dans le film « Le Tout Nouveau Testament » (2015) de Jaco Van Dormael, la mère de Willy, le gamin transgenre M to F qui se prend pour une fille, est présentée par son fils comme une méchante infirmière : « Je savais que quelque chose clochait avec ses piqûres. » Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca critique sa mère en la présentant comme une « catho Manif Pour Tous » qui serait la « championne de la mauvaise foi ». Il lui reproche de « l’avoir forcé à regarder la série Santa Barbara ».
 

Dans la série Demain Nous Appartient, la relation entre Anne-Marie, la mère homophobe, et sa fille lesbienne Sandrine est électrique, et l’a toujours été, d’après ce que dit la première : « Avec moi, elle était agressive : à croire qu’elle me haïssait. » (Anne-Marie, dans l’épisode 506, diffusé le 12 juillet 2019 sur la chaîne TF1) ; « Ma mère est carrément réac’. Et alors le pire, c’est qu’elle l’assume totalement. Elle est conne et fermée d’esprit. Elle n’a jamais supporté que je ne soit pas comme elle. » (Sandrine Lazzari parlant de sa maman Anne-Marie, dans l’épisode 505, diffusé le 11 juillet 2019).
 

Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, le cohabitation au quotidien avec sa mère est carrément comparé par les héros homosexuels Kai et Richard à un « suicide ». Richard finit par reprocher à la mère de son amant Kai (décédé à cause d’un accident), Junn, de l’avoir rendu honteux de son homosexualité, de l’avoir empêché de s’assumer homo, et même de l’avoir conduit à la mort : « Si vous aviez été moins accrochée à Kai, jamais il ne vous aurait enfermée ici [la maison de retraite] . Vous l’avez étouffé, culpabilisé ! » Junn nie toute influence : « C’est votre culpabilité. Je ne vais pas jouer au psy. » Mais elle passe ensuite aux aveux : « J’étais si jalouse de vous. »
 

Le crime invisible de la mère, c’est d’avoir cédé au caprice et à la simulation de viol de son fils, comme le montrent ce passage de Marcel Proust dans laquelle le protagoniste obtient de sa mère qu’elle dorme avec lui : « Maman resta cette nuit-là dans ma chambre et, comme pour ne gâter d’aucun remords ces heures si différentes de ce que j’avais eu le droit d’espérer, quand Françoise, comprenant qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire en voyant maman assise près de moi, qui me tenait la main et me laissait pleurer sans me gronder, lui demanda : ‘Mais Madame, qu’a donc monsieur à pleurer ainsi ?’ maman lui répondit ‘Mais il ne sait pas lui-même, Françoise, il est énervé ; préparez-moi vite le grand lit et montez vous coucher.’ Ainsi, pour la première fois, ma tristesse n’était plus considérée comme une faute punissable mais comme un mal involontaire qu’on venait de reconnaître officiellement, comme un état nerveux dont je n’étais pas responsable ; j’avais le soulagement de n’avoir plus mêler de scrupules à l’amertume de mes larmes, je pouvais pleurer sans péché. Je n’étais pas non plus médiocrement fier vis-à-vis de Françoise de ce retour des choses humaines, qui, une heure après que maman avait refusé de monter dans ma chambre et m’avait fait dédaigneusement répondre que je devrais dormir, m’élevait à la dignité de grande personne. […] J’aurais dû être heureux : je ne l’étais pas. Il me semblait que ma mère venait de me faire une première concession qui devait lui être douloureuse, que c’était une première abdication de sa part devant l’idéal qu’elle avait conçu pour moi, et que pour la première fois elle, si courageuse, s’avouait vaincue. Il me semblait que je venais de remporter une victoire contre elle […] et que cette soirée commençait une ère, resterait comme une triste date. Si j’avais osé maintenant, j’aurais dit à maman : ‘Non, je ne veux pas, ne couche pas ici. […] Mais le mal était fait. […] Certes, le beau visage de ma mère brillait encore de jeunesse ce soir-là où elle me tenait si doucement les mains et cherchaient à arrêter mes larmes ; mais justement il me semblait que cela n’aurait pas dû être, sa colère eût été moins triste pour moi que cette douceur nouvelle que n’avait pas connue mon enfance. […] Cette pensée redoubla mes sanglots et alors je vis maman, qui jamais ne se laissait aller à aucun attendrissement avec moi, être tout d’un coup gagné par le mien et essayer de retenir une envie de pleurer. Comme elle sentit que je m’en étais aperçu, elle me dit en riant : ‘Voilà mon petit jaunet, mon petit serin, qui va rendre sa maman aussi bêtasse que lui.’ » (Marcel Proust, Du côté de chez Swann (1921), pp. 44-45)

 

Le personnage homosexuel exprime sa haine et ridiculise sa mère : « Tu m’as élevée en fille seulement pour me dégrader ! Ma mère, je t’en supplie, retire-toi de ma vie ! Laisse-moi vivre la mienne ! » (Lou à sa mère Solitaire, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Ma mère est imbécile. » (le fils en parlant de sa mère Jeanne, dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Je te hais ! » (Hubert à sa mère, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Ma mère m’a ruinée, elle a tout gaspillé dans sa galerie d’art ! Ma mère est une femme excentrique et insupportable ! » (« L. » à Hugh, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Mais qu’elle est conne ! » (Karine Dubernet, à 6 ans, en parlant de sa mère, dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate !, 2011) ; « Je n’aime pas ma mère. Elle m’enfermait dans un placard. » (Jean-Hugues le journaliste, dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral) ; « Qu’est-ce qu’elle est conne ! » (Bill en parlant de sa mère, dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut) ; « Ce qui la gênait, c’est davantage la vulgarité de sa mère que la pauvreté proprement dite. Les fautes de langage la faisaient souffrir, et aussi la certitude maternelle que seules les tâches ménagères, la cuisine, la couture, étaient ‘le travail’. » (Suzanne décrivant la haine de Madeleine pour sa mère, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 54) ; « Je devrais porter plainte contre ma mère de m’avoir fait aussi cucul. » (Matthieu dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « J’pourrais me raser le crâne pour ne pas lui ressembler. » (Chloé parlant de sa mère, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Tu m’dégoûtes. » (Sarah parlant à sa mère alcoolique qui finira par porter la main sur elle, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; « C’est déjà d’une tristesse, la maternité… » (Françoise, la mère bobo gay friendly de Jérémie le héros homo, dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare) ; « Vous la connaissez, ma mère ? Elle a un petit côté Marine Le Pen à faire débander tout le socialisme. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Y’a un proverbe antillais qui dit : ‘Avant d’épouser la bergère, regarde sa mère !’ J’ai regardé… et je me suis barré ! » (Rémi, le héros bisexuel, jadis en couple avec Marie, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Ma mère m’a toujours dévalorisée. Elle est incapable de me faire un compliment. Elle ne m’a jamais aimée. La preuve : elle ne voulait pas me garder. aut pas s’étonner que je suis anorexique. » (Nina, l’héroïne lesbienne dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « em>Ça va me changer les idées de voir ta mère à l’hôpital. » (Isabelle s’adressant à son amante Mathilde, dans la pièce Elles s’aiment depuis 20 ans de Pierre Palmade et Michèle Laroque) ; etc.

 

Par exemple, dans le one-man-show Nana vend la mèche (2009) de Nana, Laure traite sa mère de « grosse vache ». Dans le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel, Éric a tellement honte de sa mère qu’il lui demande de marcher bien loin devant lui. Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, Lacenaire se sent trahi par le désamour de sa mère qu’il adorait pourtant, mais qui lui préférait son frère. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, décrit sa mère de 130 kg comme une orque et une baleine. Et à la fin de la pièce, il la qualifie de « Première Baleine » dans un Concours de Beauté : « Ma mère, tu prends une robe, tu mets sur une table, ça fait une nappe. » (Jeanfi, le steward homo décrivant sa mère de 130 kg, dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « Elle a ronflé comme une vache. » (idem, dans l’avion) Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M reproche à sa mère de la cantonner au travail de couture et de dentelles. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon présente sa mère comme une femme irresponsable (« Ma mère n’a aucun sens des responsabilités. »), une femme inexistante (elle fait semblant, à un moment, de ne pas en avoir une), une femme morte (son coming out aurait plongé celle-ci une semaine dans le coma ; ou bien l’aurait figée comme le jeu 1, 2, 3, soleil !). Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, Arnaud dit à son amant Benjamin qu’il est tellement homosexuel qu’il prend même ses distances avec sa propre mère : « Même à ta mère, tu sers la main ! » Dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis, Bryan refuse de parler à sa mère bigote qui met des cierges à l’église pour qu’il cesse d’être homo. Et il traite sa « belle-mère » (la mère de son amant Tom) de « fumasse ». Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, a une mère qui le maltraite et qui se drogue. Il la voit comme une méchante. Elle lui vole son argent. Il finit par cracher le morceau : « Je la déteste. » Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, comme dans tous les films de Dolan quasiment, le thème de l’idolâtrie incestuelle (« Je t’adore maman et je te déteste ») revient. Rupert, jeune adolescent de 10 ans, homosexuel, à la fois est odieux avec Sam sa maman (qui s’ingère dans sa vie, lit son courrier, le coupe de son père…) et la considère comme l’amour de sa vie : « La personne que j’admire le plus, c’est ma mère. Je m’occupais d’elle et je l’appelais même ‘mon Amour’. On était même meilleurs amis. ». Idem pour John, l’acteur homo, et Grace sa mère pourtant folle alcoolique et abusive, qui le vampirise : « Je te connais. J’ai été la première. »

 

Dans certaines œuvres homo-érotiques, le personnage homosexuel tient tête à sa maman : cf. la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer, la chanson « Maman s’est barrée » de Mélissa Mars, le film « Peeling » (2002) d’Heidi Anne Bollock, le vidéo-clip de la chanson « Moi… Lolita » d’Alizée, le roman L’Agneau carnivore (1975) d’Agustín Gómez-Arcos (avec la mère d’Ignacio, une sorte de Falcoche cruelle et distante), la chanson « Histoire de haine » du rappeur Monis, etc. Dans le concert de Mylène Farmer en 1989, en guise d’introduction de la chanson « Maman a tort », Carole Fredericks (jouant le rôle de la m(ég)ère) et Mylène Farmer se disputent violemment comme dans un théâtre de Guignol (« Je suis ta mère, alors tu es ma fille !!! » dit la mère ; « Je ne suis pas ta fille, et tu n’es pas ma mère !!! » lui répond plusieurs fois sa fille).

 

La mère est parfois associée à la merde : cf. la pièce Eva Perón (1969) de Copi (c’est le premier mot du drame), la pièce Ubu Roi (1896) d’Alfred Jarry (avec le fameux incipit « Merdre ! », interjection qui condense « mère » et « merde »), etc. Elle est aussi comparée à un monstre : « On dirait la naissance d’un dinosaure. » (Max en parlant de la mère de son copain Fred, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « Qu’est-ce qu’elle pond ! Elle pond, elle pond, elle pond ! Elle est vulgaire ! » (Rodolphe Sand imitant sa grand-mère qui parle d’une des tantes de Rodolphe, dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; etc. Dans son roman Three Tall Womens (1990-1991), Edward Albee règle ses comptes avec sa génitrice qu’il qualifie de monstre.

 

Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, méprise les femmes enceintes, et donc toutes les mères : il les présente comme des vaches qui « mettent bas » ou des « cachalots » dont il faut extraire les bébés avec un harpon.

 

De l’insulte verbale à l’agression physique, il n’y a qu’un pas, quelquefois franchi. Le personnage homo passe à la vitesse supérieure, désire tuer sa génitrice, et se montre violent à son égard. « Ce qu’elle m’énerve, elle ! […] Envie de la gifler. Vraiment. » (Vincent Garbo par rapport à la mère d’Emmanuel, dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 210) ; « Ma mère n’était pas une femme. Je la haïssais. Le mariage n’était qu’un papier pour elle. […] Je la hais, ma mère. Je ne veux pas qu’elle revienne. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 33) ; « Je ne veux pas comprendre ma mère. Elle est partie. Il faut maintenant la tuer. Mon père ne veut pas le faire. Mon petit frère ne peut pas le faire. Moi, je peux. Et je vais le faire. » (idem, p. 35) ; « Quand j’étais petit, j’avais peur de massacrer ma mère à coup d’ustensiles de cuisine. » (Vielkenstein dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Vous voyez, quand j’étais à l’Orphelinat, je disais souvent que ma mère était morte ; j’inventais même des détails. J’expliquais sa mort tantôt comme cela, tantôt comme ceci. Je ne prenais même pas la peine de bien mentir. C’est un besoin… Il fallait que je la tue… » (Tanguy s’adressant au Padre Pardo, dans le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, p. 206) ; « Zoé, c’est pas ta maman dans le cercueil ? » (le prof s’adressant à une élève, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont)

 

Par exemple, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, Evita gifle sa propre mère. Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, Ziki, l’héroïne lesbienne, a carrément enfermé à clé sa propre mère (Rose) dans leur appartement, pour que celle-ci de dévoile pas son homosexualité. Dans la comédie musicale Se Dice De Mí (2010) de Stéphan Druet, Alba maltraite sa mère Zulma. Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Henri, le héros homosexuel, menace sa propre mère au couteau pour qu’elle lui file 200 francs. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Noémie assomme la mère de Kévin, le héros homosexuel ; Angelo n’est pas plus tendre avec celle qu’il présente comme « sa » mère : « Lâche-moi la vieille ! […] Il faut qu’on s’occupe de la vieille folle ! » Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, se déchaîne contre sa mère, et manque de l’asphyxier par strangulation : « Je te tue, putain de ta race ! » Il ne mène pas son plan de vengeance jusqu’au bout : « C’est toujours toi ma préférée, même si tu me bats. » Quand une tierce personne s’immisce dans leur duo, le fils et la mère se disputent sans arrêt la parole : « Arrête, c’est moi qui explique ! » Et comme Steve finit par sentir le désamour de sa mère, il se taille les veines dans un supermarché : « Toi et moi, on s’aime encore, hein ? » Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homo qui n’assume pas son homosexualité au moment où il se découvre amoureux d’une femme, Ana, fait passer son futur « mari » Antoine pour son demi-frère, pour un suicidaire parce que sa mère serait morte et qu’il se ferait suivre par un psychiatre.

 

Il arrive que le héros gay se donne les moyens de sa haine, et tue vraiment sa maman : « C’est de ta faute si nous mourrons de faim. […] Tu es une mauvaise reine. Je vais te manger ! » (la jeune Princesse à sa mère la Reine dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « J’espère bien faire mourir ma mère d’une syncope ! » (Micheline, le travesti, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « La jeune prostituée sortit son couteau à cran d’arrêt de son décolleté et poignarda sauvagement à la gorge la boulangère, qui se mit à râler. » (cf. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 54 ; on découvre dans l’intrigue que la prostituée est la fille de la boulangère) Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, Emilio Draconi a « étranglé sa mère pour lui voler sa pension de divorcée » (p. 71). Lors du spectacle de scène ouverte Côté Filles au troisième Festigay (2009) du Théâtre Côté Cour, Nathalie Lovighi met sa maman dans le four.

 

Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona, femme lesbienne mariée stérile, discute en terrasse avec son mari Mourad avec qui elle n’arrive pas à avoir d’enfant. « J’aimerais que ma mère disparaisse. » dit Mourad ; « C’est horrible de dire ça. C’est ta mère. C’est moi qui devrais disparaître. » lui répond sérieusement Mona. Plus tard, Mona se rend compte qu’elle a tué sa belle-mère de 83 ans en se trompant de médicamentation. Elle prend la fuite (avec son amante Marilyn) pour éviter les représailles de son mari, et l’inculpation de meurtre.
 

Dans les œuvres homosexuelles, on assiste souvent aux funérailles maternelles : cf. le conte Lisa-Loup et le Conteur (2003) de Mylène Farmer (avec l’enterrement de la grand-mère), le film « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré (avec la mère dans son cercueil de verre), la nouvelle Adiós Mamá (1981) de Reinaldo Arenas (avec la profanation de la mère), le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec les femmes enterrées vivantes), etc. « La jolie maman est morte, enterrée depuis trois jours et le papa affolé n’a toujours pas trouvé le moyen de joindre l’adoré fiston qu’elle a réclamé jusqu’au bout. » (Vincent Garbo dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 102) ; « Je pouvais m’attendre à ce que ce jaloux me la démolisse pour m’en laisser l’image d’une gâteuse tarée folle. » (idem, p. 102) ; « J’avais cinq ans quand ma mère est morte. Il n’y avait pas de femmes dans mon entourage. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc. Dans le film « Donne-moi la main » (2008) de Pascal-Alex Vincent, Quentin et Antoine, les deux jumeaux, entreprennent un voyage vers l’Espagne pour assister à l’enterrement de leur mère. Dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011), Karine Dubernet parle au cercueil de sa maman. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Jenny, la mère de Dany (le héros homo) et d’Ody, est morte depuis dix jours. C’est Dany qui l’annonce à son grand frère : « Je l’ai trouvée sur le canapé. Elle avait bu. » Il n’en est pas du tout affecté. Ody s’en indigne : « Ta mère est morte. T’as pas de cœur ! » Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, c’est Donato, le héros homosexuel, qui a quitté son Brésil natal et abandonné sa famille sans laisser de nouvelles (il apprend même un an trop tard que sa maman, qui avait économisé pour aller le visiter en Allemagne, est morte avant d’avoir pu réaliser son rêve). Il n’est que capable de lâcher un laconique « Maman est morte » à son petit frère venu le retrouver et l’informer.

 

Certains membres de l’entourage du héros homosexuel lui imputent aussi la mort de sa mère alors qu’il n’a rien fait ; et ce dernier finit par intérioriser le matricide et par s’en sentir coupable (cf. je vous renvoie au code « Parricide » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « Finalement, la mort de ta mère a fait beaucoup plus de dégâts que ce qu’on peut imaginer. » (le père de Édouard à son fils homo, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) Par exemple, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, la mère de Danny, le héros homosexuel, est morte d’un cancer ; et Danny impute à son père la responsabilité de la maladie : « Tu ne comptes plus, depuis que tu as fait souffrir maman jusqu’à la tuer. » Dans le film « East Of Eden » (« À l’est d’Éden », 1955) d’Elia Kazan, Cal (interprété par James Dean) ne connaît pas sa mère biologique (« Comment était-elle ? Était-elle mauvaise ? ») et découvre qu’elle n’est pas morte, comme le lui a fait croire son père, mais qu’elle l’a abandonné à la naissance. Il cherche alors à devenir cruel comme elle et dit qu’il a hérité de « sa méchanceté ». Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, la maman de Nicolas (le héros homosexuel), s’est suicidée. Dans le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela, Leevi, le héros homosexuel, dit que sa première fois homosexuelle (quand il est sorti avec un homme) a impulsé la mort de sa maman : « Ça a commencé juste avant la mort de ma mère. »

 
 

b) La fausse résistance :

Comme pour détruire le cliché de la mère possessive associé à l’homosexualité, le héros homosexuel se met à prendre ses distances avec sa maman, au point de détruire tous les indices d’une probable passion entre eux : « Désirant est celui qui se détache de sa mère. » (cf. le poème « Llamado Del Deseoso » de Lezama Lima, 1942) ; « Bientôt tu oublieras ta mère ! » (Ahmed à son bébé Ali, qu’il emmène loin de sa mère, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je sais pas ce qui s’est passé. Quand j’étais petit, je l’aimais. » (Hubert dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Pierre, jusqu’à quel âge on se traîne sa mère ? » (la psy dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « J’arrive pas à couper le cordon. J’la déteste. » (idem)

 

C’est souvent le fait que le héros homosexuel se mette en couple homo qui enclenche fictionnellement le matricide : nous le voyons par exemple dans le film « Storm » (2009) de Joan Beveridge, le film « Benzina » (« Gasoline », 2001) de Monica Strambini, etc. Les deux événements coïncident, comme pour indiquer que le couple homosexuel est un substitut, un équivalent, et une réactualisation d’une relation fusionnelle destructrice avec la mère. Le protagoniste pense échapper au cercle vicieux de l’inceste, mais il sort d’un placard pour mieux rentrer dans un autre. Il croit en vain que le coming out tue, et que le matricide est lié à son homosexualité : « Oui, c’est moi [qui ai tué Madame Lucienne]. […] Je ne pouvais pas supporter qu’elle soit ta mère. Tout était odieux chez elle, ses mains arthritiques, son crâne à cheveux rares, son haleine pestilentielle, son chantage. Peut-être aussi parce que je suis homosexuel, c’est vrai. » (l’Auteur à la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, p. 281) Mais c’est une illusion.

 

Le matricide est d’abord un fantasme non-actualisé. Par exemple, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, Hubert n’assassine pas vraiment sa maman. L’intitulé du film renvoie juste au titre que le héros homo donne à l’une de ses rédactions de lycéen. Mais on découvre aussi que le matricide est la métaphore de la relation incestueuse qu’Hubert entretient avec sa mère : le jeune homme souffre de ne pas avoir été le mari de sa mère, et semble avoir du mal à faire son deuil (la scène de course dans la forêt, pendant laquelle Hubert, revêtu d’un costume du marié, coure après sa maman en robe de mariée, et n’arrive pas à l’atteindre – les mains se frôlent – achèvera de nous convaincre…)

 

Il faut bien comprendre – même si le personnage homosexuel (et souvent son auteur !) ne font pas toujours la différence… – que la mère assassinée dont il s’agit n’est pas tellement la mère biologique que la mère symbolique, autrement dit la mère fantasmée, fictionnelle, que l’on déchire et brûle comme une image de magazine : « Il déchira l’unique photo qu’il avait de sa mère. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 157) ; « On peut, et avec mon assentiment, tenir ma Vieille pour un fruit de mon imagination, une invention de mon esprit. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 116) Le matricide homosexuel n’a ni la gravité du vrai meurtre (c’est d’ailleurs pour cela qu’il bénéficie souvent du traitement parodique et camp dans les arts gay) ni la banalité d’une autre type de désir ou d’orientation sexuelle.

 

Tout acte iconoclaste comprend la destruction ET la vénération : « Ma mère est morte quand j’avais 5 ans. Peut-être que je l’ai carrément rêvée. » (Rémi, le personnage bisexuel, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Dans ma haine pour elle, il y avait de l’amour. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 35) La mère est présentée comme une reine du Carnaval conduite au bûcher (c’est le cas par exemple dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) non seulement pour prouver qu’on la détruit, mais surtout pour démontrer, par ce mime de destruction par l’image, qu’on la vénère encore plus et qu’elle est indestructible, immortelle. Dans le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes, José, le personnage homo, avoue tous les « dégâts » que sa mère possessive a opérés sur lui… mais juste après, en la tuant lors d’une « performance artistique », il l’immortalise en œuvre d’art. Dans sa pièce Eva Perón (1970), Copi fait d’Evita une femme grossière et insolente avec sa mère, alors que paradoxalement celle-ci la domine et l’envoie faire le trottoir. Dans son poème « Abuela Oriental », Witold Gombrowicz décrit sa grand-mère à la fois comme un « monstre mythologique » et une muse merveilleuse (cf. le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003). Dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry pousse un cri contre sa mère juste après lui avoir fait le salut nazi. Dans la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier semble s’opposer avec force à sa mère : « Tu as tort ! » Mais en réalité, il se montre faible puisque sa résistance reste uniquement verbale.

 

Dans le téléfilm « Un Noël d’Enfer » – « The Christmas Setup » – (2020) de Pat Mills, Kate fait tout pour créer les occasions amoureuses de rencontre entre son fils gay Hugo et le beau Patrick. « Je vous laisse vous dépatouiller avec les guirlandes… » leur dit-elle, toute excitée. Ses manigances d’entremetteuse amusent les deux tourtereaux, qui finissent par se laisser faire : « Elle est tellement douce et maternelle qu’elle met tout le monde à l’aise. » Même si parfois, l’intrusion et le voyeurisme révolte mollement Hugo, comme par exemple le moment où Kate se permet de lire les textos que ce dernier reçoit sur son téléphone, avant de s’en excuser en rigolant (« Oh pardon… ») parce que son fils s’en plaint.
 
 

c) La « froideur » de maman et sa politique du non-dit :

N.B. : Je vous renvoie également à la partie « Indifférence » du code « Parricide la bonne soupe » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 

Pourquoi tant de haine anti-maternelle de la part du personnage homosexuel ?

 

La raison directe, c’est celle d’une frustration de tendresse, voire carrément d’une maltraitance vécue dans l’enfance. Elle ressemble à de la mauvaise foi ou à une jalousie. En effet, le héros gay reproche à sa mère sa froideur, son absence de douceur. Non pas tant qu’elle soit vraiment distante. Mais le héros homosexuel, dans ses fantasmes de fusion/rupture excessifs avec elle, voudrait tellement abolir la différence des générations, qu’il finit par reprocher à sa mère de mettre un frein à sa propre gourmandise, ou bien d’être dissociée de son corps. « Elle m’avait élevé sans me regarder. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 55) ; « À quel sein se vouer ? Qui peut prétendre nous bercer dans son ventre ? » (cf. la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer) ; « Il continuait d’aimer sa mère par-dessus tout. Elle demeurait pour lui la plus intelligente et la plus belle de toutes les femmes. Mais quelque chose lui manquait. Il aurait voulu qu’elle songeât davantage à lui. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 30) ; « Mme de Séryeuse adorait son fils, mais, veuve à 20 ans, dans sa crainte de donner à François une éducation féminine, elle avait refoulé ses élans. Une ménagère ne peut voir du pain émietté ; les caresses semblaient à Mme de Séryeuse gaspillage du cœur et capables d’appauvrir les grands sentiments. […] sa fausse chaleur […] Aussi, cette mère et ce fils, qui ne savaient rien l’un de l’autre, se lamentaient séparément. Face à face ils étaient glacés. » (Raymond Radiguet, Le Bal du Comte d’Orgel (1924), pp. 53-54) ; « Le visage de ma mère ? Je l’ai oublié. Parce que je n’avais pas le droit de me plaindre. Ce droit, aujourd’hui, je le prends. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 93) ; « À Saint Louis, on m’a battu. On m’a enfermé dans les toilettes. Je rentrais couvert de bleus. Elle ne m’a pas protégé. Elle ne m’a pas protégé ! » (Yves parlant de l’indifférence de sa mère quand il subissait des quolibets à l’école, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; etc. Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, par exemple, Stephen, l’héroïne lesbienne, vit les désagréments d’une gémellité trop incestueuse avec sa mère : « Ces deux êtres étaient étrangement réservés l’un vis-à-vis de l’autre. Cette réserve entre mère et enfant était presque bizarre. […] Elles tenaient quelque peu leurs distances, alors qu’elles auraient pu s’accorder parfaitement. » (p. 22)

 

La mère est souvent présentée comme une femme cruelle, despotique, impatiente, qui n’écoute pas : cf. le film « Espacio 2 » (2001) de Lino Escalera, la pièce La Casa De Bernarda Alba (La Maison de Bernarda Alba, 1936) et de Federico García Lorca, le film « Lust » (2000) de Dag Johan Haugerud, la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut (où la mère de Bill est dite « folle et autoritaire »), le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker (avec Tessa, la mère « homophobe » de Rachel l’héroïne lesbienne), etc. Dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti, Djalil reproche à sa mère « la dureté de son regard » : « Ma mère avait tout d’une marâtre. » Dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand, Joyce, la mère lesbienne, donne des croquettes à ses enfants, les fait coucher dans des litières, et dit d’un air très pince-sans-rire qu’« elle adore les enfants » et qu’elle « en a déjà mangés 4 ». Dans le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel, la mère d’Éric, le héros homosexuel, l’étouffe avec un coussin puis l’embrasse sur la bouche.

 

Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, les mères sont quasiment toutes montrées comme vénéneuses et castratrices. Par exemple, la mère de Geth, a renié son fils à cause de son homosexualité, avant de se rattraper sur la fin : « Ma mère, elle m’a rejeté. Elle est croyante. » (Geth) Maureen, la mère homophobe, est la femme qui frustre ses deux fils, et en homosexualise même un, car elle ne tient pas sa place de mère : « Tu as été mère et père pour tes garçons. » lui dit Cliff. Stephany, la lesbienne, a une mère qui fait « des insultes homophobes ». Et en ce qui concerne la mère de Joe, depuis le coming out de ce dernier, elle coupe son fils gay de toutes ses fréquentations homosexuelles, ne relaye pas les commissions qui lui sont données par celles qui viennent le voir, le cloître à la maison. Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel imite sa mère s’adressant à lui en le pathologisant sur son homosexualité : « Ça doit venir de ton enfance. Ça doit être un problème psychologique. Tu ne veux pas te faire suivre ? » Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Lady Sackville, la maman de l’écrivaine lesbienne Vita Sackville-West, veut empêcher la publication de l’autobiographie Challenge écrite par sa fille, et où celle-ci évoque son homosexualité et sa relation avec Violet Trefusis.

 

L’autre raison plus profonde expliquant l’inimitié du héros homo à l’encontre de sa mère, c’est la présence d’un secret bien gardé : cf. le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard (avec une mère qui pratique la rétention de preuves auprès de son fils anesthésié/cloné), le film « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock (avec la scène finale où la mère de Marnie raconte la cause des névroses de sa fille), le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1998) de Pedro Almodóvar (c’est d’ailleurs juste après qu’Esteban demande à sa mère Manuela de lui révéler le secret de sa conception et d’arrêter de jouer l’autruche, qu’il va mourir), le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, le film « Mamá No Me Lo Dijo » (2003) de Maria Galindo, la chanson « Petits Secrets » de Christophe Moulin, la chanson « Nos Mères » des Valentins, etc. Le héros homosexuel reproche à sa mère de ne pas lui avoir assez parlé, et surtout de lui cacher quelque chose : « Frapper à cette porte pour ressusciter la voix de la mère. Imaginer qu’elle allait enfin se réveiller. Enfin répondre. Parler au petit frère […] qui, chaque soir, voulait qu’on recommençât le jeu : ‘Adi, tu me serres très fort dans tes bras ? […] La perte de la mère était absolue. » (Adrien dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, pp. 41-42) ; « Mais mon secret, pendant toutes ces années de mon adolescence où j’avais été incapable d’en parler, l’avait-elle deviné ? Je ne lui avais jamais parlé de ces choses-là […]. Si elle avait encore vécu, est-ce que j’aurais pu prendre le téléphone, là, tout de suite, l’appeler, lui dire je meurs de douleur, maman, je voudrais pleurer mais rien ne sort, rien ne sort, viens m’aider ? » (Jean-Marc dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 19) ; « Tu vois, tu possèdes nos souvenirs et tu ne nous les rends qu’au compte-gouttes. » (Jasmine à sa mère, dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti) ; « C’est si difficile pour toi de dire ?… de dire ? […] Le silence… toujours le silence ! » (Djalil à sa mère, idem) ; « C’est un secret qui paraîtra peut-être dérisoire et qui, pour moi, est énorme. Cette énormité m’a réduite au silence. Mais aujourd’hui, j’ai besoin de hurler ce secret. Comprenez-vous que je suis écrasée par le regret de n’avoir rien avoué à mon fils qui m’implorait de parler et que, si je ne veux pas que ce regret me rende folle, il me faut au moins dire une fois ce que j’ai caché pendant toutes ces années ? » (la mère d’Arthur dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 193) ; « J’ai moi-même un secret… qui devrait pas être un secret. » (Marina, la mère de Fred, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « Le silence de sa mère fut le malheur qui laissait supposer que ce grand frère avait sur lui tous les droits. […] Ednar souffrait en silence ; personne ne décelait son mal-être, même pas Adesse, la mère aimante proche de son petit poète. » (Ednar, le héros homosexuel, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste,  pp. 15-16) ; « Ta mère, elle sait aussi que tu fumes ? Ce sera notre petit secret, alors… » (la maman de Nathan, s’adressant à Jonas l’amant de son fils, et parlant de cigarettes comme elle parle d’homosexualité, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier) ; etc. Par exemple, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Davide, le héros homosexuel, dans le bus, dit un secret à l’oreille de sa mère qui la fait pleurer et la rend incapable de retenir son fils.

 

On découvre que ce secret de Polichinelle de la maman est en fait l’existence d’un viol : soit le viol qu’elle a subi ou que son fils homo a subi, soit un viol que la mère a perpétré sur son fils. Dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, la maman avoue à son fils homo (avec une voix parodique à la « Star Wars ») qu’en réalité, il a subi une opération pour devenir une femme (« Fred, je suis ton père. »), qu’il a été émasculé.

 

Le héros homosexuel veut parfois se venger d’une maltraitance maternelle, d’une mère démissionnaire et mal-aimante qui l’a véritablement violé puis abandonné : « T’es toujours là derrière moi ! […] Pourquoi t’es toujours là, dans mes jambes ? […] J’aurais mieux fait de t’étrangler. » (Barbara à son fils Abram, dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann) ; « Je n’aime pas ma mère. Elle m’enfermait dans un placard. » (Jean-Hugues le journaliste, dans le one-man-show Changez d’air (2011) de Philippe Mistral) ; « Ta maman t’a trop fessé. » (cf. la chanson « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer)

 

Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Glass, la maman de Phil le héros homosexuel, ne supporte pas de se faire appeler « Mum » par ses propres enfants. C’est l’archétype de la maman démissionnaire, qui enchaîne les amants sans trop se soucier de ses enfants. D’ailleurs, à la fin, Phil la rebaptise ironiquement « mère indigne ». Dianne, la soeur jumelle de Phil, a fini par empoisonner Glass et la faire avorter pour se venger du fait que celle-ci enchaînait et congédiait les amants les uns après les autres, même les sympas comme Kyle. Glass cache à ses deux enfants, fruits d’un viol (elle a été mise enceinte à 16 ans aux États-Unis et est revenue vivre en Allemagne avec eux), l’identité de leur vrai père. Phil raconte le vide existentiel qu’il expérimente du fait de ne pas connaître son père biologique : « Une femme avec deux enfants et pas de mari, ça faisait tache ici. Mais on gérait, même sans homme à la maison. Les copains nous interrogeaient sur notre père. Alors on demandait à Glass, qui disait un truc du genre ‘Un marin en voyage’. Ou bien ‘Un cow-boy dans un ranch’. Et plus tard, quand on ne gobait plus tout ça, ‘Je vous le dirai quand vous serez prêts’. Un jour, on a arrêté de demander, vu que ça ne servait à rien. Et aujourd’hui ? C’est normal de ne rien savoir sur notre père, le mystérieux numéro 3 de la liste. Pour moi, ça restait un vide étrange. Un trou noir. Comme si le vide en moi prenait des couleurs. » À l’âge de 17 ans, Phil continue son enquête, mais sa mère résiste encore et toujours à lâcher le morceau : « Phil, c’est pas le moment. » Il se révolte : « Pourquoi tu ne nous en as jamais parlé ? » Sa mère répond : « Parce que c’était plus facile. S’il y avait toujours une réponse simple pour tout… » À la fin du film, elle finit par susurrer à l’oreille de Phil le nom de son père, au moment où il prend le train pour les États-Unis.
 

La mère, selon le héros homosexuel, mérite le matricide pour la simple raison qu’elle est coupable de non-assistance à personne en danger : elle connaît le viol (ou le fantasme de viol qu’est le désir homosexuel), et pourtant, elle fait semblant que tout va bien, elle fait passer son indifférence pour du « respect » et de la « tolérance », elle se comporte en homophobe. « J’me fiche de ce que vous pouvez être. » (Amalia par rapport à l’homosexualité de Saint-Loup, dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot) ; « Tu m’as menti toute ma vie. » (Alicia à sa mère dans le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio) ; « Ne me dis pas que tu as attrapé le cancer gay ! » (la Mère s’adressant à « L. » sa fille transgenre M to F dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Au final, ce qui me fait le plus mal, c’est pas les coups. C’est toi. » (Barthélémy Vallorta, le héros homo, à sa mère Flore, dans l’épisode 441 de la série Demain Nous Appartient diffusé sur TF1 le 12 avril 2019) ; etc. Dans le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, par exemple, la maman de Christian sait que son mari a violé leurs enfants, et elle n’en a rien dit. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, la mère de Franz, le héros homosexuel, se fout de la mort de son fils quand elle apprend par téléphone qu’il est mortellement empoisonné. Le héros homosexuel ne supporte pas sa politique du non-dit. Dans le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, le héros gay reproche à sa mère son relativisme concernant son coming out (« Claque-moi ! » lui ordonne-t-il), son calme ou amusement politiquement correct, son indifférence, son silence. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, la méchante mère de Romeo, le héros gay, veut le caser absolument avec une femme et contrôler sa vie en reniant son homosexualité. Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, suite au coming out de son fils Antonio, Stefania regarde passivement son fils dans l’encoignure de la porte de sa chambre : son visage est coupée en deux par l’ombre, et son œil scrute passivement Antonio faire ses affaires parce qu’il a été viré de la maison familiale par le père.

 
 

d) Le maman (biologique ou symbolique) de l’homosexuel se prostitue, ou est présentée comme une putain :

Parce qu’elle est trop idéalisée/jalousée, et aussi parce qu’elle a bien dû tromper génitalement son fils (au moins pour l’avoir !), le héros gay traite sa mère de putain : « La vierge devient pute. » (le personnage de « X » dans le film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka) Elle est vue comme une « collabo » du père : « Meurtrière maman ! » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 25) ; « Notre fautive de mère, c’est elle la traîtresse […] » (idem, p. 27) ; « Maman sera toujours une mauvaise fée… Quand j’étais une enfant elle me traînait implorer dans la cafardeuse chapelle de notre manoir le pardon pour avoir osé naître d’un papa si laid… Un gros ivrogne au nez de clown avec des rêves plein le ventre, tel devint mon papa loin de tous ses amis sous le toit de ma mère… » (la voix narrative d’une nouvelle d’un ami angevin écrite en 2003, p. 59) ; « Maman, elle était pas plus religieuse que moi ! » (Carmen dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay) ; « Ta mère est une alcoolique. » (la mère d’Howard, le héros homo, s’adressant à une petite demoiselle d’honneur, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; etc.

 

La figure maternelle est associée à la prostitution. On retrouve la mère-prostituée dans énormément de productions artistiques traitant d’homosexualité : cf. le film « Mutti (Maman se la pète) » (2003) de Biggy Van Blond, le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, la chanson « Manchester » de Ricky (qui s’offre aux camionneurs) dans le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon, le film « Le bon fils » (2001) d’Irène Jouannet, le one-man-show Le Jardin des Dindes (2008) de Jean-Philippe Set, le film « Burlesk King » (1999) de Mel Chionglo, le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, le film « Salò ou les 120 journées de Sodome » (1975) de Pier Paolo Pasolini (avec les quatre divas maquerelles), le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz (avec Loretta), le film « Aprimi Il Cuore » (2002) de Giada Colagrande, le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, le film « Jeune et Jolie » (2013) de François Ozon, etc. Par exemple, dans le film « Little Gay Boy, Christ Is Dead » (2012) d’Antony Hickling, Jean-Christophe vit avec sa mère, une prostituée anglaise, à Paris, et ils prennent leur bain ensemble. Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, la mère de Nicolas (le héros homosexuel), est une séduisante femme-objet fatale surnommée « Désirée », portant un manteau de fourrure, un peu pute et aguicheuse. Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, la maman d’Arthur, le héros homo, s’est prostituée et l’a eu ainsi. Dans le roman Hawa (2011) de Mohamed Leftah, Zapata et Hawa, jumeaux à la passion incestueuse, sont les fruits de la rencontre d’un soldat américain et d’une prostituée. Dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan entraîne sa maman dans le milieu homo, et la fait rentrer dans une backroom où visiblement elle est possédée par le diable : « Elle nous rejoue la scène de l’Exorcisme dans la backroom. » Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, la mère de Nathan, le héros homosexuel, est une femme-enfant instable, qui se réjouit de l’homosexualité précoce de son fils adolescent, qui fume comme un pompier, et qui finalement divorce d’avec son mari.

 

La mère est carrément traitée de « pute » par le héros homosexuel (une pute de luxe, certes, mais une pute quand même !) : « Maman, je te hais ! Tu es vulgaire ! […] Maman, je te tue ! Je te tue et je te mets dans le frigidaire ! » (« L. » à sa mère, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Toutes des salopes… même ma mère. » (l’homme dans la pièce Tu m’aimes comment ? (2009) de Sophie Cadalen) ; « La salope… la salope… » (Malik en parlant de sa mère Sara, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Toutes des putes ! Même maman ! » (Gwendoline, le travesti M to F du one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) de David Forgit) ; « Ta mère suce des bites en enfer. » (Jarry dans son one-man-show Atypique, 2017) ; « Ma mère était une pute. Elle était née pute. Une pute royale. Une pute qui symbolisait la femme de ce pays, le Maroc. Un sexe-symbole. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 56) ; « Quatre ans plus tard, je ne comprenais toujours rien à cette femme. Mais je voyais ses actes. J’assistais à ses trahisons. Je l’aidais, même. Je voyais les hommes qui passaient à la maison en plein jour quand mon père était au travail. Ils venaient de loin pour elle. Je les entendais faire du sexe. Elle n’avait pas honte. Elle m’avait depuis longtemps bien domestiqué. » (idem, p. 35) ; « Elle faisait vraiment vieille pute, dans son peignoir à fleurs. Peut-être était-elle réellement une pute, d’ailleurs. » (Corinne dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 226) ; « Qu’est-ce que tu es salope ! » (Evita à sa mère dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Ta mère est une pute ! » (Venceslao à Rogelio dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Une pute… comme ta mère. » (Pancho à son amant Clark, dans la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès) ; « Fille de pute ! » (la mère d’Evita insultant sa propre fille, et donc s’insultant elle-même pour le coup, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Tu sais ce que tu es pour moi ?!? Une sale petite putain ! » (Petra, l’héroïne lesbienne, à sa mère, dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972), de Rainer Werner Fassbinder) ; « Le drame féminin : pute ou mère, fallait choisir. » (Florence, la lesbienne, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Peter était fiancé à cette conne de Loraine, dont la mère était une vraie salope. » (Emory, l’amoureux homosexuel jaloux, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « L’enfant de catin ! » (Benjamin s’adressant à son amant Arnaud, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, la maman de Jeanne exerce le « métier » de prostituée. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Glass, la mère de Phil le héros homo, conduit une voiture où elle a tagué en gros « BITCH » (« pute » en anglais). Dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011), Karine Dubernet, en s’adressant à sa mère, la décrit comme une putain : elle ne supporte pas « ce bleu-pute qu’elle se met sur les yeux ». Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Suzanne, la maman du héros homo, est la femme adultère : elle n’arrête pas de tromper son mari (avec des ouvriers, avec des camionneurs). Dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, la mère de Dzav est prostituée dans le Bois de Boulogne. Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, la mère de Patrick est décrite comme une « vieille pute défoncée ». Dans la pièce La Cage aux folles (1973) de Jean Poiret (version 2009, avec Christian Clavier et Didier Bourdon), Simone, la maman de Laurent est danseuse au Crazy Horse. Dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, la mère de Camille est assaillie et violée par une armée de samouraïs. Dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Léo, le croque-mort homosexuel, fait un jeu de mots : il dit que la mère de Riton est en phase de « pute-réfaction ». Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Diane, la mère de Steve (le héros homosexuel), est une junky, vulgaire, alcoolique. Son fils l’insulte régulièrement : « Putain de ta race ! » ; « Sale pute de truie ! » ; « Tu m’as coupé, sale pute ! ». Dans son one-woman-show Chaton violents (2015), Océane Rose-Marie dit qu’avec sa compagne, elles auraient été capables de tout pour avoir leurs chatons Froustinette et Craquinette : « On aurait vendu nos mères dans un réseau de prostitution pour s’offrir Craquinette. ». Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine idéalise la grande tante Lucie : « Sa tante Lucie est restée vierge. » avant de découvrir la vérité : « Cette salope… Elle a couché avec son fils. Moi qui la croyais vierge ! »

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi

 

Souvent dans les fictions homo-érotiques, la relation mère-fille est de type prostitutif, c’est-à-dire que l’une est la maquerelle de l’autre ; elles s’échangent les rôles, comme des reflets spéculaires : « J’ai besoin d’argent pour payer mon gigolo ! […] Je t’en prie, mon chéri, juste un petit chèque pour finir de payer les traites de mon gigolo ! » (la mère à « L. », dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « C’est fini, je ne te file plus de sous ! » (« L. » à sa mère, idem) Dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi, c’est la maman qui envoie sa fille Irina faire le tapin. Dans le film « Todo Sobre Mi Madre » (« Tout sur ma mère », 1999) de Pedro Almodóvar, Esteban demande à sa mère si elle serait capable de se prostituer pour lui afin de le sustenter : celle-ci lui répond positivement.

 

Le motif du viol de la mère traduit également le désir incestueux de rejoindre le ventre de la mère par tous les moyens, pour forcer le passage du vagin dans le sens inverse du jour de la naissance (cf. je vous renvoie aux codes « Lune » et « Inceste » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Parce que je n’ai pas pu remonter tout seul à la matrice. » (cf. une réplique de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg)

 

Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, la figure maternelle est vulgarisée, violée et assassinée, comme si les personnages lesbiens étaient frustrés de ne pas pouvoir anatomiquement la pénétrer et la faire totalement jouir : en effet, Greta, la femme du Docteur Mann et la mère d’Anna (13 ans), est une ancienne prostituée qui a finit par se ranger dans une vie de femme mariée, et qui a été tuée par son mari, puis cachée dans un plancher d’un immeuble fantomatique. « C’était une prostituée, comme moi, elle a épousé un médecin, comme Julia Roberts dans Pretty Woman. » (Maria, la prostituée, p. 163) ; « Jane [la narratrice lesbienne] pensait avoir rêvé de Greta, la mère d’Anna, qui reposait sous le plancher du deuxième étage, mais dans son rêve Greta se mélangait avec des putes d’Alban et la fille assassinée du film ; la façon dont ses yeux s’étaient écarquillés quand le couteau s’était enfoncé. » (p. 79) ; etc. Ce sont tous les personnages qui expriment leurs pulsions matricides, même si elles sont saturées d’adoration, de mimétisme (Anna se comporte en prostituée aussi), et de pseudo pardon-oubli : « Je la trouvais méchante, ma mère était une femme méchante, mais je ne lui en ai jamais voulu. » (Frau Becker, p. 213)
 

C’est à travers une relation amoureuse homosexuelle que le personnage homosexuel reporte, en général, son désir incestueux de fusion matricide. Par exemple, dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, Micke, le héros gay, se voit coucher avec sa propre mère au moment de devoir satisfaire sa cliente Alena, la femme bourgeoise qui loue les services d’un cercle de prostitués. C’est la même chose avec Rachel, l’héroïne lesbienne du film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, qui se surprend à coucher avec sa propre mère alors qu’elle faisait initialement l’amour à sa copine. On est même surpris d’entendre les amants homos fictionnels se traiter parfois de « mère-pute » entre eux : « Maman, baise ta putain ! » (Yali à son copain qui est en train de le sodomiser, dans le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox) Voilà une belle illustration du lien de coïncidence entre matricide et amour homosexuel !

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Certaines personnes homosexuelles haïssent leur mère (qu’elles adorent pourtant !), et se décident à la détruire :

Certaines personnes homosexuelles – et notamment beaucoup de femmes lesbiennes – ont une relation conflictuelle avec leur mère biologique : c’est le cas de Marguerite Radclyffe Hall, Annemarie Schwarzenbach, Colette, Violette Leduc, Cathy Bernheim, Federico García Lorca, Paul Verlaine, etc. « J’avais souffert d’abus dans mon enfance, de harcèlement scolaire, je n’avais pas une très bonne relation avec ma mère. » (Christine Bakke, ex-ex-lesbienne, interviewée à Denver, dans le Colorado, fin 2018, dans l’essai Dieu est amour (2019) de Jean-Loup Adénor et Timothée de Rauglaudre, Éd. Flammarion, Paris, p. 79). En général, elles la trouvent trop faible, et se mettent parfois à la battre comme leur père la batt(r)ait. Charles Double, par exemple, a tué sa mère. Avec le poète français Paul Verlaine, on a frôlé le matricide ! : « Rentré à cinq heures du matin, armé d’une sabre et d’un poignard, Verlaine menace de tuer sa mère ! Désarmé, il essaie alors d’étrangler la malheureuse. » (Michael Pakenham, « Scènes familiales », dans Magazine littéraire, n°321, mai 1994, p. 28) Nous avons d’autres exemples moins spectaculaires, mais tout de même violents : Stephen Sondheim déteste sa mère et l’accuse dans sa biographie (écrite par Merlyle Secrest) de l’avoir torturé émotionnellement ; Hart Crane, quant à lui, dit que sa mère l’a utilisé contre son père ; les rapports entre Renée Vivien et sa mère sont particulièrement tendus (la seconde a d’ailleurs essayé d’enfermer sa fille lesbienne dans un institut psychiatrique) ; les romans et essais Le Côté de Guermantes (1921) et les Carnets de Marcel Proust évoquent la profanation de la mère.
 

Autobiographie Personne n'est parfait, maman! de Thomas Sayofet

Autobiographie Personne n’est parfait, maman! de Thomas Sayofet


 

La relation mère/fils entre le chanteur homo Charles Trénet et sa maman a toujours été un « Je t’aime / moi non plus » incessant : « Inséparables ; irréconciliables : les batailles entre eux étaient terribles. » (Serge Hureau dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata). D’ailleurs, dans sa chanson « La Folle complainte » (1969), Trénet chante : « J’n’ai pas aimé ma mère. »
 

Par ailleurs, certaines personnes homosexuelles, envoyant leur mère malade, dépressive ou décédée, croient l’avoir tuée : par exemple la mère d’Allen Ginsberg s’est suicidée (cf. je vous renvoie au code « Parricide » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Il suffit d’entendre un certain nombre de personnes homosexuelles parler de leur maman pour comprendre qu’il y a entre eux un rapport passionnel peu pacifié : « La mère d’un fils ne sera jamais son amie. » (Jean Cocteau, cité par la prof de français de Hubert, Mme Cloutier, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) Certains sujets homosexuels tirent un portrait plutôt monstrueux et grotesque à leur « vieille » : « Ma mère pleurait de désespoir, dans son grand manteau de fourrure qui faisait d’elle une espèce d’ours sinistre : une grosse boule de poil en larmes qui me rendait encore plus cafardeux. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 193) ; « J’ai eu une enfance heureuse avec une mère qui me surprotégeait en dévalorisant à mes yeux mon père, un père présent/absent qui n’a jamais été un pilier exemplaire. La mère a joué le rôle du père, je me rappelle que j’ai dit à ma mère que je voulais lui faire l’amour vers les 4 ans et elle a rigolé et ça m’a blessé comme si elle m’avait rejeté dans ma sexualité, castré. » (cf. le mail d’un ami, Pierre-Adrien, 30 ans, en juin 2014) ; « L’année de mes 15 ans a été la pire année de ma vie : j’étais en rébellion avec ma mère, et savais déjà que j’étais homo. » (Philip Bockman, vétéran gay, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; « J’étais un garçon manqué. Et cette absence de conformité contrariait beaucoup ma mère. » (Karla Jay, vétérane lesbienne, idem) ; etc.

 

Le matricide reste en général une destruction iconographique, une lettre morte, un simple cauchemar, ou une fantaisie non-actualisée. Par exemple, dans le film biographique « Enfances » (2007) de Yann Le Gal, on nous dévoile qu’Alfred Hitchcock, étant petit, a vu en rêve sa mère morte et assassinée.

 

Cela dit, aussi exagéré que cela puisse paraître, le ressentiment méprisant que le sujet homosexuel accumule au fil des ans à l’égard de sa mère peut lui donner des envies de meurtre : « Je me sens sadique, comme elle l’était autrefois à mon égard. Elle me hait encore. » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 54) ; « Elle me pousse aussi vers la mort. » (idem, p. 77) ; « Effrayant de constater combien ma mère a toujours été figure de la mort pour moi. » (idem, p. 80) ; « Cette violence me renvoie à celle qu’elle avait à l’égard de tout, de moi. Elle me fait horreur, à nouveau, l’image de la ‘mauvaise mère’, brutale, inflexible. » (idem, p. 88) ; « Comment ai-je pu oublier qu’elle m’a appelée jusqu’à 16 ans sa ‘poupée blanche’ ? » (idem, p. 93)

 

La mère est jugée trop insupportablement gentille : « Les plus lamentables victimes sont celles de l’adulation. Pour détester ce qui vous flatte, quelle force de caractère ne faut-il pas ? Que de parents j’ai vus (la mère surtout), se plaire à reconnaître chez leurs enfants, encourager chez eux, les répugnances les plus niaises, leurs partis pris les plus injustes, leurs incompréhensions, leurs phobies… À table : ‘Laisse donc ça ; tu vois bien que c’est du gras. Enlève la peau. Ça n’est pas assez cuit…’ ‘Couvre-toi vite’. » (André Gide, Les Faux-Monnayeurs (1925), p. 132) ; « Elle avait une façon de m’aimer qui parfois me faisait la haïr et me mettait les nerfs à vif. » (André Gide concernant sa mère, dans le documentaire « Avec André Gide » (1952) de Marc Allégret) Dans son roman autobiographique Parloir (2002), Christian Giudicelli évoque « les mères et leur affection délirante » (p. 81), sans écarter la sienne du tableau : « Souvent j’ai refusé de telles propositions, de crainte d’étouffer par son dévouement. Ma mère rêvait de l’époque où elle me berçait dans ses bras. Elle devait même rêver d’une période plus ancienne, celle où elle me gardait dans son ventre, au chaud, loin du monde, loin des autres qui me raviraient à elle. […] Pourtant, de temps en temps, j’avais besoin qu’elle me murmure à l’oreille ce ‘mon chéri’ dont personne ne trouvera l’intonation désespérément tendre. »

 

« J’accuse aujourd’hui ma mère d’avoir fait de moi le monstre que je suis et de n’avoir pas su me retenir au bord de mon premier péché. Tout enfant, elle me considère comme une petite fille et me préfère à ma sœur, morte aujourd’hui. De mon père, j’ai le souvenir lointain d’un officier pâle, doux, presque timide, perpétuellement en butte aux sarcasmes de son épouse. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 75) ; « Au départ de presque toutes ces lamentables existences, il y a les mères. Les petites vies étriquées de ces êtres qui vivent à deux ou se contentent des sordides aventures d’urinoirs sont les résultats de la bonne éducation, les fruits de leçons trop bien suivies sur la crainte du péché, les dangers de la femme, tout ce qui fait la honte d’une religion mal comprise. Cette haine de la femme et cet excessif attachement à la mère, je les ai connus et je sais qu’ils peuvent, par instants, atteindre à la véritable névrose. Encore aujourd’hui, je ne suis pas tout à fait habitué à l’absence de ma mère et, lorsque je suis loin d’elle, je cherche à la joindre par téléphone et lui écrits tous les jours. C’est elle, cependant, qui est en grande partie responsable de mon état misérable, par la façon dont elle m’a obligé à vivre constamment dans son sillage. » (idem, p. 104) ; « L’opinion que je me suis formée sur les femmes, je la dois selon moi, à ma mère : elle avait un caractère si malheureux que j’en suis arrivé maintes fois à me dire que mon angoisse vient de la crainte de tomber sur une femme semblable à elle. » (idem, p. 104) ; « Durant ce temps, ma mère ne cesse de tisser autour de ma vie d’enfant un véritable cocon de tendresse mais se garde bien de m’élever en garçon. […] Je n’avais aucune pensée sexuelle à l’égard de l’autre sexe car, pour moi, un être féminin était neutre et je n’aurais su que faire avec lui ; toute femme, pour moi, à cette époque, était une mère. Je surpris néanmoins, un soir, à la campagne, une jeune fille qui se baignait dans un ruisseau, n’ayant pour tout vêtement que sa chemise. Je n’eus pas le courage de regarder bien longtemps et je m’enfuis chez moi pour conter, en toute sincérité mon aventure… à ma mère. C’était la première fois, au cours de mes douze années d’existence, qu’il m’avait été donné d’approcher une femme inconnue… surtout dans une tenue aussi sommaire. Ma mère me fit la morale et brossa pour moi un tel tableau physique et moral des femmes que je n’en dormis pas de la nuit : la femme, la jeune fille… êtres abjects, lâches, sans hygiène ; la nudité… quelle horreur !… surtout chez la femme, cet être perpétuellement maudit… C’est ainsi que, par suite des extraordinaires révélations de ma mère, le sexe féminin me fut à jamais interdit alors que cette même occasion aurait pu doucement me le révéler… […] Tout en me chérissant, ma mère me présentait les relations avec l’autre sexe comme un mal immoral. […] Hormis ma mère, la bonne et la cuisinière, je ne voyais jamais de femmes… et encore moins de petites filles. […] Si, dans une famille, la mère est la plus forte, les enfants se disent alors : ‘Je voudrais être une femme, pour dominer et conquérir avec ces mêmes armes.’ » (idem, pp. 76-78) ; « Depuis des années, la vie en commun avec ma mère ne me laissait ni temps ni repos et je me sentais comme enchaîné. J’avais en effet pris peu à peu conscience de l’influence que ma mère exerçait sur moi. » (idem, p. 111)

 

Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, on découvre que la Reine Christine, pseudo « lesbienne », a été méprisée par sa mère dès sa naissance : « Tu nais, coiffée de la tête jusqu’aux genoux, toute velue. Ta mère te trouve repoussante. » (Christine se parlant à elle-même à la deuxième personne) Sa génitrice n’a pas hésité à la battre physiquement. Plus tard, à l’âge adulte, Christine fera une croix sur sa maternité et refusera de se marier et d’avoir des enfants. Elle se comporte avec sa mère comme une despote : « Ce n’est pas une lettre d’une fille à sa mère, mai plutôt celle d’une souveraine à sa sujette. » (la biographe Marie-Louise Rodén parlant de Christine, idem)
 

Après s’être laissé flatter/maltraiter dans l’infantilisation et l’instrumentalisation, l’adulte homosexuel a bien l’intention de ne plus laisser sa mère régenter sa vie à sa place. Bien sûr, il n’aura pas la folie de prendre un couteau ni un révolver, ni de couper radicalement les ponts avec maman. Mais la méthode douce du matricide, c’est de se choisir une vie de couple homosexuel et de se réfugier dans l’identité homosexuelle.

 

Dans l’article « El Teorema Del Agujero » de l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, Arturo Arnalte raconte qu’il s’est emporté avec rage au moment où son psychologue lui a fait remarquer que son homosexualité pouvait venir de la haine qu’il voue à sa mère (p. 137). Et pourtant, la thèse de la jalousie envers la mère comme source d’homosexualité, au vu de ce que je vous ai montré plus haut, n’est pas si farfelue. Encore faut-il avoir l’humilité de reconnaître en soi ses propres fantasmes matricides inavoués… « L’homme-bébé est malade d’une symbiose infernale. Il se sent un néant, une loque sans identité, dévoré par une mère toute-puissante et des femmes bourreaux. […] Faute de pouvoir la tuer, il la fétichise, prend une partie d’elle et rejette la femme tout entière. » (Élisabeth Badinter, X Y de l’Identité masculine (1992), pp. 95-96) ; « Mes expériences m’ont appris, de façon toujours renouvelée, que lors de l’attitude œdipienne négative les garçons ne font pas que haïr leur mère, mais qu’ils sont envieux et jaloux de son rôle auprès du père. […] Les hommes sont jaloux d’une rivale dans tous les cas où des motions homosexuelles latentes ou manifestes apparaissent en eux. » (Félix Boehm, « Le Complexe de féminité chez l’homme », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 435) ; « La féminité outrancière d’une catégorie d’homosexuels – ceux qui se désignent eux-mêmes comme folles – met en scène la figure enviée mais détestée de la mère. » (Michel Schneider, Big Mother (2002), p. 247)

 
 

b) La fausse résistance :

Beaucoup de personnes homosexuelles ne se sentent pas matricides ni haineuses de leur génitrice – alors que pourtant c’est le cas – puisqu’elles s’identifient quand même à la mère (réelle ou cinématographique) qu’elles ont tuée (symboliquement ou concrètement). Par exemple, lors de sa conférence sur « L’homoparentalité aux USA » à Sciences-Po Paris le 7 décembre 2011), de Darren Rosenblum et son copain ont obtenu une fille par GPA (Gestation Pour Autrui) en payant une mère porteuse 5000 dollars pour l’exploiter ; on entend Darren dire que pendant la gestation, « il se sentait enceinte ». Il fait de l’identité de mère un « rôle » qui peut être porté par un homme : « Je trouve que ces rôles de père ou de mère ne sont pas essentiels. Si dans une famille un homme veut être la mère, il doit pouvoir le faire. »

 

Lezama Lima

Lezama Lima

 

Entre le fils homosexuel et sa mère, c’est « Je t’aime/Moi non plus » ; autrement dit un rapport idolâtre orageux, et peut-être même meurtrier, fantasmatiquement parlant. « J’adore ma mère et je suis peut-être injuste avec elle, mais j’avais envie de lui dire : et toi, maman, ne m’as-tu pas empêché de trouver mon propre bonheur ? » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 97) ; « S’il a adoré sa mère, peut-être l’a-t-il aussi parfois haïe, car Proust, comme l’écrit Péchenard, s’est toujours servi de l’image de la mère profanée plutôt que vénérée pour colorer ses grands chagrins et ses petites misères. » (Christian Péchenard, Proust et Céleste, cité par Diane de Margerie, « Sainte Céleste », dans Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 44)

 

Jean Sénac avait une mère très possessive qu’il vénérait autant qu’il fuyait : « Je ne peux pas vivre avec elle. Elle me dévore. » (Jean Sénac dans le documentaire « Jean Sénac, le Forgeron du soleil » (2003) d’Ali Akika) Dans les peintures d’Andy Warhol, la mère de l’artiste est portraiturée comme une personne horrible… et pourtant, son fils l’adorait ! Michel Bellin aime tout autant qu’il méprise sa « mère toxique » (terme qu’il a utilisé lors de sa séance de dédicace pour la sortie de son livre Impotens Deus à la Librairie Bluebook, le 19 janvier 2007). Le rappeur gay Monis oscille entre fusion et rupture avec sa mère, à la vie comme à la scène : « Je t’aime maman. Je te hais. » Dans sa biographie sur Jean Genet, Jean-Paul Sartre évoque le jeu de yoyo mortifère qui se joue perpétuellement entre la mère biologique (absente) et le fils homo : « Cette mère inconnue, il l’adore et la hait. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet (1952), p. 16) La romancière bisexuelle Lucía Etxebarría parle d’un « amour-haine » à l’égard de sa mère.

 

Le fils homosexuel et sa mère forment parfois un duo androgynique violent : « Cette sensation effarante de l’avoir toujours sur mon dos. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 88) ; « Elle occupait toute la place, elle faisait écran entre moi et le reste du monde, et elle m’avait brisé depuis le début. […] Je ne comptais pas pour elle ou peut-être que je comptais beaucoup. » (idem, p. 89) ; « La méchante et moi nous étions liés comme des drogués, nous n’avions rien à raconter à personne ; notre stupéfiant, la violence, nous avait enfoncés trop tôt, trop loin, il était impossible d’en sortir. On connaît désormais par cœur ces récits où l’enfant se tait parce qu’il en est arrivé au point où il pense qu’il mérite ce que le bourreau lui inflige et où le bourreau y trouve une excellente raison pour continuer. Une vie stable en somme. » (idem, p. 92) ; « Apparemment j’étais une sorte de merveille de petit garçon. » (idem, p. 92) ; « On ne casse pas si facilement une telle complicité. » (idem, p. 93) ; « Nous n’étions plus à un mensonge près dans notre expérience clandestine. » (idem, p. 93)

 

Une manière de détruire la femme tout en l’immortalisant par cette même destruction, c’est de créer une caricature de femme-androgyne, à la fois hyper-féminine et hyper-masculine, un personnage de prostituée extrêmement vulgaire et machiste, appartenant aux trois générations de femmes : l’adolescente (ou la fillette), sa mère et sa grand-mère. On observe cette déclinaison générationnelle du concentré machiste de féminité violente dans beaucoup de spectacles d’hommes travestis (et parfois de femmes) : Charlène Duval, David Forgit (avec son one Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) : trois schizophrénies en une prostituée = la grand-mère Mémé Huguette + la fille Gwendoline + la mère qui occupe le centre du trio), Copi, Jean-Philippe Set, Yvette Leglaire, Karine Dubernet, Denis d’Arcangelo, David Sauvage, etc. Je pense aux pièces de Copi. Chez lui, la relation mère/fille est prostitutive : ni l’une ni l’autre ne sont réellement des femmes ou des mères, mais le dramaturge s’amuse à materniser et à filialiser la prostitution masculine. Tantôt la mère envoie sa fille se prostituer avec des hommes, tantôt c’est la fille qui joue la mère-maquerelle avec sa maman. Par exemple, dans la pièce Le Frigo (1983), mère et fille sont deux putains discutant dans leur salon de thé : « Veux-tu une tasse de thé ? » demande « L. » ; « Avec un nuage de sperme, comme d’habitude. » lui répond sa mère, le plus naturellement du monde. Cette dernière supplie sa fille de l’entretenir : « J’ai besoin d’argent pour payer mon gigolo ! […] Je t’en prie, mon chéri, juste un petit chèque pour finir de payer les traites de mon gigolo ! » et sa fille de couper court au caprice maternel : « C’est fini, je ne te file plus de sous ! »

 

De tous les one-man-shows que j’ai pu voir, les comédiens travestis associant la maternité à la prostitution sont en général les plus drôles, les plus lucides sur la violence de la pratique homosexuelle et des mirages de l’amour du semblable. Ce sont aussi ceux qui ont le plus de comptes à régler avec leur propre mère, avec leurs déboires amoureux et leur vie intime amoureuse compliquée, voire avec un viol réel.

 
 

c) La « froideur » de maman et sa politique du non-dit :

N.B. : Je vous renvoie également à la partie « Indifférence » du code « Parricide la bonne soupe » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Le premier grand reproche que font les personnes homosexuelles à leur mère biologique/cinématographique, c’est d’être trop proche d’elles ET trop lointaine. En somme, elles se plaignent d’une idolâtrie, ce phénomène d’attraction-répulsion ou de fusion-rupture, avec l’objet de désir (en termes psychanalytiques, elles souffrent inconsciemment de « cette régression conduisant à la fusion avec une mère primitive. », Robert J. Stoller, « Faits et hypothèses », Bisexualité et Différence des sexes (1973), p. 219) : « Je ne suis pas, ou très peu, la fille de ma mère et c’est elle qui a voulu qu’il en soit ainsi. J’ai grandi en m’opposant à elle. […] C’est elle qui m’a rejetée avec une vigueur que j’ai vécue en son temps comme une violence. Elle a eu peur de ce qu’elle pouvait me transmettre de cela, je l’ai très mal vécu. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 23) ; « Il ne faut pas oublier que non seulement j’ai assassiné mon frère, mais que j’ai failli tuer ma mère et que j’ai ôté tout espoir à mes parents d’avoir un enfant selon leur cœur. » (Paula, qui à sa naissance, a failli faire mourir sa mère pendant l’accouchement, idem, p. 30) ; « Je me suis résignée à l’absence d’amour maternel vers sept ou huit ans, j’ai tourné définitivement la page et je suis allée chercher ailleurs ce que je ne trouvais pas à la maison, ce qui a sans doute contribué à faire de moi une homosexuelle exclusive. » (idem, p. 33) ; « Cette dernière ne m’aimait pas. Tout au long de mon enfance, je n’ai jamais senti qu’elle m’aimait. […] Je ne me rappelle pas avoir reçu d’elle la moindre caresse, le moindre geste tendre […] » (idem, p. 34) ; « J’ai le net souvenir d’avoir, vers huit ou neuf ans, souhaité que ma mère disparaisse de mon existence et, au risque de passer pour un monstre, je ne me souviens pas avoir éprouvé de ce fait un quelconque sentiment de culpabilité. » (idem, p. 37)

 

« Ma mère ne m’a jamais donné la main. » (cf. l’incipit de l’autobiographie L’Asphyxie (1946) de Violette Leduc) ; « Quelquefois, rarement, elle se montrait affectueuse. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 90) Par exemple, Edmund White se plaint d’une mère qui ne se serait pas du tout occupée de lui (cf. Élisabeth Badinter, X Y de l’identité masculine (1992), p. 168). Dans son autobiographie Impotens Deus (2006), l’écrivain Michel Bellin reproche en même temps à sa mère son omniprésence et sa « froideur » (p. 98).

 

Le second reproche majeur que les individus homosexuels font à leur maman – et qui pourrait expliquer un fantasme matricide inconscient –, c’est le secret qu’elle garde au sujet du viol : une violence qu’elle a enfouie en elle sans la régler (un abus d’adolescence, le choc d’un divorce, une pathologie personnelle, une soumission et un manque de liberté dans son identité de mère, etc.), ou bien un viol qu’elle leur a fait subir (l’inceste, le meurtre symbolique du père, le divorce, etc.). « C’est sa politique du non-dit qui est insupportable. » (Pascal Pellerin à propos de la mère du protagoniste homosexuel de son roman Tout m’énerve (2000), dans l’émission Zone interdite, M6, mai 2000) ; « D’autres fois, c’est vrai, l’indifférence de ma mère me rassurait. Quand je rentrais du collège, elle aurait pu facilement voir mes traits tirés, comme des rides. Mon visage semblait ridé à cause des coups qui me vieillissaient. J’avais onze ans mais j’étais déjà plus vieux que ma mère. Je sais, au fond, qu’elle savait. Pas une compréhension claire, plutôt quelque chose sur quoi elle peinait à mettre des mots, qu’elle ressentait sans être capable de l’exprimer. Je craignais qu’un jour elle ne se mette à formuler toutes ces questions qu’elle accumulait – malgré son silence – depuis des années. De devoir lui répondre, lui parler des coups, lui dire que d’autres pensaient la même chose qu’elle. J’espérais qu’elle n’y pensait pas trop et qu’elle finirait par oublier. » (Eddy Bellegueule à propos de la maltraitance qu’il vivait au collège, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 108) ; etc. Le fils et la mère se regardent en chiens de faïence, et l’un comme l’autre devinent le lourd tabou qui alimente leur mutisme : « Elle et moi, nous sommes restés face à face. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 88) En général, le secret de la mère a un rapport avec le viol et le manque d’amour. « Je pense que ça la fait chier en fait que je sois lesbienne. Elle le lit comme un truc où elle se sent responsable et du coup ça la fait chier, ça la culpabilise, ce rôle de mère qu’elle n’a pas bien assumé. » (Louise, femme lesbienne de 31 ans, dans l’essai Se dire lesbienne (2010) de Natacha Chetcuti, p. 105) ; « La puberté quand même été terrible. Je ne voulais surtout pas devenir comme ces femmes que je connaissais. Surtout comme ma mère. J’avais l’impression qu’elle vivait sa maternité comme une source de frustration, à l’époque. S’il fallait grandir, je voulais garder le goût de l’aventure, le plaisir du jeu. Un peu comme un homme, me disais-je. » (cf. l’article « Tom Boy à l’affiche » de Bab El)

 

Par exemple, dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) d’Yves Riou et Philippe Pouchain, on apprend que la mère de Jean Marais, à la naissance de ce dernier, l’a rejeté parce qu’elle voulait une fille à la suite du décès de sa petite Madeleine. Dans la salle d’accouchement, à la vue de son fils, elle a hurlé : « Enlevez-le, je ne veux pas le voir ! » Avec le temps, le non-dit sur cette substitution de personnes s’est dilué, ou plutôt renforcé dans une relation d’adoration/mépris mutuels (« Après, ma mère m’a adoré et j’ai adoré ma mère. Comme ma mère aurait voulu une fille, elle me traite en fille. ») qui n’a pas empêché la mère et le fils de violer/voler chacun de leur côté : « Oui, mon pauvre petit, ta mère est cleptomane. » dira la tante de Jean Marais à son neveu par rapport à sa mère Rosalie.

 

Dans la biographie Ramon (2008), Dominique Fernandez fait la prouesse de retracer la vie de son père qui « a été un collabo, des plus notoires ». Il découvre que c’est finalement sa mère, par son indifférence à son mari, qui l’a écarté de son père et qui lui a imposé une omerta : « Une sorte de censure intérieure m’empêchait de prendre part à la vie de mon père – de le reconnaître pour père. » (p. 34) ; « Pour nous, les enfants, il y avait entre nos parents comme une cloison étanche. Pour moi, de onze à quinze ans, il y eut deux mondes sans communication possible. Le monde de la mère et le monde du père. Incompatibilité renforcée par la division politique : le monde de la mère gaulliste et le monde du père collabo. Mais la division politique restait secondaire par rapport à la coupure morale décidée par notre mère, veto originel et d’autant plus fort, d’autant plus paralysant qu’il n’était pas exprimé. Affreuse oppression du non-dit. » (idem, p. 36) ; « J’avais intériorisé l’interdit maternel. […] Amoureux de mon père, je l’ai toujours été, je le reste. Ma mère, je l’ai admirée, je l’ai crainte, je ne l’ai pas aimée. Lui, c’était l’absent et c’était le failli, l’homme perdu, sans honneur. C’était le paria. » (idem, p. 45)
 

Pour éviter de regarder leurs souffrances en face, beaucoup de personnes homosexuelles se mettent à rentrer dans le jeu de cette politique de l’autruche de leur mère. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013), Guillaume Gallienne, le héros bisexuel, est maltraité verbalement par sa mère. Elle ne l’écoute pas vraiment, banalise tous les drames qu’il vit, noie constamment le poisson, le caricature même en homosexuel pour le garder tout à elle. Et Guillaume n’a même pas le réflexe de lui en vouloir. Il porte sur lui la culpabilité de l’agressivité de sa maman adorée : « Pourquoi ma mère n’est-elle pas heureuse ? Pourtant, je suis une fille, comme elle. » Il est même touché, à la fin, par sa jalousie maternelle : « C’est elle qui a eu peur que j’aime une autre femme qu’elle. »

 
 

d) La maman considérée comme une putain :

Comme beaucoup d’individus homosexuels ont voulu d’une relation exclusive avec leur mère, mais que celle-ci n’a pas été capable de la leur donner puisqu’elle a dû se partager avec le père (= « le Traître » par excellence de la communauté homosexuelle), des frères, et même une foule de spectateurs, ils décident de se venger d’elle, la plupart du temps iconographiquement et verbalement. C’est ainsi qu’ils la magnifient parfois comme une prostituée : « Tu disais que ta vraie mère, c’était elle [une cantatrice italienne], la Madame du bordel. C’est à elle que tu devais ta vie, finalement. » (Alfredo Arias à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), p. 164) ; « Immédiatement réveillé par le docteur qui me demandait : ‘Et votre mère ?’ quel que soit le sujet abordé, j’eus à maintes reprises l’envie de lui répondre qu’elle faisait la pute sur les quais de Seine’, mais à 250 balles les 20 minutes […] » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 68) Par exemple, Álvaro Retana, dans son roman Flor del Mal (1924), décrit une sulfureuse femme du nom de Gloria Fortuny, qui n’est autre qu’une résurgence de la figure maternelle puisque le nom de famille de sa mère était « Fortuny ». Le dramaturge argentin Copi fait la même chose avec le personnage de China – qui est aussi le prénom de sa mère – dans sa pièce L’Ombre de Venceslao (1978).

 

La mère est également transformée en prostituée parce qu’elle a pu être présentée ainsi par le père, l’homme-objet cinématographique, ou l’entourage du sujet homosexuel : « Ta mère elle se fait sauter par tout le monde, elle trompe ton père, tout le monde l’a vue coucher avec les ouvriers du chantier de la mairie. C’est une pute. » (Anaïs s’adressant à Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 68)

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi

 

Le problème de l’homosexualité, c’est bien qu’elle est une assimilation et une validation passive du machisme.

 

Je crois que les personnes homosexuelles, en s’attachant à une mère souillée, assassinée, ou criminelle, recherchent en réalité la femme violée fantasmatique qui leur fournit une identité, qui donne corps à leur angoisse existentielle ou au drame de leur enfance (l’inceste, le viol, le divorce des parents, ou autre) : « Pauvres hommes coupés en deux. Là où ils aiment ils ne désirent pas, là où ils désirent ils ne peuvent aimer. […] Pour être vraiment libre et heureux dans la vie amoureuse, il faut avoir surmonté le respect pour la femme et s’être familiarisé avec la représentation de l’inceste. Comment entendre cette ‘familiarité’, sinon comme une façon de pouvoir psychiquement côtoyer le fantasme de la scène primitive, sa violence et ses outrances. […] L’inconscient incestueux ne fait pas le détail, il divise et conserve l’objet premier sous deux visages opposés : Madone, d’un côté ; putain, de l’autre. […] La ‘putain’ est celle qui se prête – ne serait-ce qu’une fois ! –, à une relation sexuelle avec un autre que soi, ce qui n’est épargné à aucune mère. Tout enfant naît de la trahison de l’amour maternel ! » (Jacques André, « Le Lit de Jocaste », dans Incestes (2001), p. 19)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles s’appuient sur la femme hétérosexuelle (mauvaise mère qu’elles détruisent sans se gêner, en la décrivant comme une traîtresse, une poule pondeuse) pour justifier l’existence d’une soi-disant « mère homosexuelle » merveilleuse. Par exemple, dans l’émission Mots croisés d’Yves Calvi, sur le thème « Homos, mariés et parents ? », diffusée sur la chaîne France 2 le 17 septembre 2012, Caroline Fourest s’appuie sur le fait qu’il existerait bien « des mères parfaitement hétérosexuelles qui congèlent leurs embryons » pour qu’on ne trouve rien à s’opposer au mariage gay et aux « familles homoparentales ».

 

Dans le documentaire « La Grève des ventres » (2012) de Lucie Borleteau, les ventres arrondis sont hués lors d’un strip-tease ; Clara et sa compagne Lise considèrent les mères comme des traîtresses, des « victimes consentantes » de la fin du monde, du capitalisme, d’un univers où les hommes « reproducteurs » domineraient.

 

Les rares fois où les personnes homosexuelles en couple valorisent les mères et la maternité, c’est à contre cœur, ou bien comme une abstraction, un enjeu politico-symbolique, une auto-persuasion : « Ma compagne, Sandrine, a 34 ans et elle ne veut plus attendre pour avoir un enfant. Moi, je n’envisageais pas vraiment d’être mère. Je décide alors de prendre ma caméra pour suivre ce parcours, notre parcours vers un enfant désiré mais aussi, pour moi, un chemin vers une maternité particulière qui ne m’a jamais semblé ‘naturelle’. Comment allons-nous faire ? Nos proches s’interrogent et nous aussi. Nous avons choisi l’insémination artificielle à l’étranger. Nous allons donc voyager, espérer et je vais profiter de ce temps pour trouver ma place de mère, car je vais devenir mère… sans porter notre enfant. » (Florence Mary à propos de son documentaire « Les Carpes remontent les fleuves avec courage et persévérance », 2012)

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°116 – Méchant Pauvre

méchant pauvre

Méchant Pauvre

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Tu vas payer notre misère sexuelle commune !

 

Quand on ne s’accepte pas un minimum soi-même et qu’on rejette (de par son désir et parfois sa pratique amoureuse) la différence des sexes – ce qui est le cas de toutes les personnes homosexuelles –, il est logique que l’acceptation de l’autre (l’étranger, le pauvre, le fragile) et de la différence des espaces se fasse difficilement, voire violemment. C’est étonnant pour nos mentalités d’aujourd’hui, qui avons tendance à penser que ceux qui souffrent de leur marginalité et de leur différence s’identifieront davantage aux marginaux et à les aider. Et pourtant, la souffrance et la différence ne sont pas toujours fédératrices. Elles peuvent même être sources de conflits quand elles ne sont pas identifiées.

 

Le pauvre de l’homosexuel fictionnel ou de l’individu homosexuel devient vite une preuve vivante de l’hypocrisie ou de la complicité avec la misère sexuelle, un miroir inacceptable de la prostitution, du tourisme sexuel, du fossé grandissant entre riches et pauvres, de la violence de la pratique homosexuelle (pratique faussement égalitaire et souvent injuste puisqu’elle repose sur l’exploitation mutuelle, sur un colonialisme et un racisme « nouvelle génération » se parant de bonnes intentions et de bonnes sensations pour cacher des rapports de domination/soumission pourtant concrets).

 

En dépit des apparences, nos bonnes intentions – même amoureuses, même solidaires, même alter-mondialistes –, si elles ne sont pas connectées au Réel, peuvent être d’une extrême violence et aboutir à l’inverse de leur prétention. On veut le bien du pauvre sans le faire concrètement, et tout en nourrissant une exploitation mutuelle nouvelle : celle qui remplace l’effacement de la différence des espaces par l’effacement de la différence des sexes.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles ont un désir contradictoire vis à vis du pauvre : à la fois elles veulent le sortir de sa misère et veulent l’y enfermer (sinon, il ne se donnerait plus à elles). C’est une réaction malheureusement bien humaine, qui n’est pas propre à l’homosexualité, au départ. En général, dans nos relations interpersonnelles, quelle injure que de découvrir que nous ne sommes pas aimés du même amour qu’on aime (ou qu’on croit aimer) une personne ! Surtout si celle-ci fait preuve d’ingratitude à notre égard, ne nous rend pas la monnaie de notre pièce, se trouve être un individu fragile, isolé, démuni, « objectivement » dans le besoin, concrètement dans la position de mendier notre amour… L’âme secourable a parfois ses exigences sur le miséreux à aider. Elle peut, parce qu’elle s’identifie trop à lui, lui imposer sa solidarité comme une dette d’amour. Aucun être humain, même dans ses bons jours de générosité, n’est à l’abri de la convoitise. C’est ce rapport destructeur que l’on peut observer à différentes reprises entre le personnage homosexuel des fictions et le pauvre qui l’attire, et qui, parce qu’il est libre, unique, bourré de travers, parfois homosexuel par intérêt (tourisme sexuel, prostitution masculine, etc.), rebelle à rentrer dans le démagogique Tableau de la Rencontre idyllique des classes que le riche a savamment orchestré, finit par trahir ou se venger du bourgeois qui a tenté de l’utiliser comme un objet pour flatter son propre narcissisme d’Occidental dépressif.

 

On le voit bien dans le cas du pauvre vu par les personnes homosexuelles. Elles le détestent de l’avoir aimé avec excès. Comme fatalement il ne correspond pas à son estampe idyllique de Beatus Ille, puisqu’il n’est ni figé ni sage comme une image, qu’il ne se laisse pas dérober, et qu’il refuse de rentrer docilement dans le tableau démagogique de la rencontre pacifique des Peuples que beaucoup de personnes homosexuelles ont brodée, celles-ci finissent parfois par se venger de leur propre naïveté narcissique sur les pauvres réels. « J’ai été séduit par ton air gavroche […]. Mais à qui donc j’avais affaire, sourire gentil et cœur de fer » chante par exemple Étienne Daho dans « Va t’en ». Nous trouvons une formidable illustration de ce mépris à travers le personnage homosexuel de Sébastien dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, qui voue une haine profonde pour les pauvres de sa pègre imaginaire (qui n’est en réalité que la foule de ses amants homosexuels) : « Ne regarde pas ces petits monstres. Les mendiants sont la malédiction de ce pays. Si on les regarde, on se lasse de tout le reste. » En se substituant fantasmatiquement au pauvre par une discrète inversion, d’un côté certaines personnes homosexuelles désirent violer une liberté, et de l’autre, veulent se faire plaindre en imputant à leur victime le regard condescendant qu’elles lui ont porté et qu’elle leur portera peut-être en retour pour se venger de leur doucereuse prétention à les manipuler.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Noir », « Liaisons dangereuses », « Mère Teresa », « Inversion », « Prostitution », « Voleurs », « Amour ambigu de l’étranger », « Homosexualité noire et glorieuse », « Se prendre pour le diable », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Cour des miracles », « Tout », « Homosexuels psychorigides », « Milieu homosexuel infernal », « Bourgeoise », « Promotion ‘canapédé’ », « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois », « Violeur homosexuel », « Faux Révolutionnaires », à la partie sur les gigolos tueurs du code « Homosexuel homophobe » et à la partie « Désir de viol » du code « Viol », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le pauvre, méchant et profiteur :

Film "Suddenly Last Summer" de Joseph Mankiewicz

Film « Suddenly Last Summer » de Joseph Mankiewicz


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, le pauvre est souvent présenté (par le personnage homosexuel) comme un monstre vengeur ou une pègre cruelle ricanant à gorge déployée (cf. je vous renvoie à la partie sur l’euphorie collective de la pègre homosexuelle dans le code « Cour des miracles » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresco, le vidéo-clip de la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, le film « Décameron » (1970) de Pier Paolo Pasolini, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, le vidéo-clip de la chanson « No More I Love You’s » d’Annie Lennox, la chanson « Ramon et Pedro » d’Éric Morena, la version « live » de la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer à Paris-Bercy en 1989 (avec Carole Fredericks), la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650, adaptée en 2008) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le film « Coffy, la Panthère noire de Harlem » (1974) de Jack Hill, la photo du Noir déguisé en diable à la Gay Pride parisienne de 1996 dans la revue Triangul’Ère 7 (2007) de Christophe Gendron (p. 135), etc. « Vous n’avez jamais rencontré de vrais homosexuels. Ce sont des bossus qui riraient de votre mariage. » (le père de Claire, la protagoniste lesbienne, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « Les rires redoublèrent, des rires grossiers. » (Tanguy, le héros homosexuel décrivant la pègre de garnements de l’asile Dumos, dans le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, p. 27) ; « Dans la ronde des fous, elle pleure tout doux. » (cf. la chanson « Tristana » de Mylène Farmer) ; « Toute l’assistance pouffa de rire […] et souriait avec ses dents affreuses ! […] Cela me perça d’une atteinte mortelle. » (Arthur Rimbaud, Un Cœur sous la soutane (1924), p. 209) ; « Et leurs rires nous fusillaient, nos mères désemparées. » (cf. la chanson « Nos Mères » des Valentins) ; « Les grands ont des rires qui vous giflent en passant. » (cf. la chanson « Parler tout bas » d’Alizée) ; « Une de ces machines ressemblant à un train de Walt Disney faillit l’[Truddy] écraser. L’homme noir qui la conduisait riait, il fit demi-tour et refonça sur elle. » (Copi dans sa nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 31) ; « La foule riait aux éclats, ils lançaient sur Truddy des pavés. » (idem, p. 40) ; « Tout le monde a ri. Tout le monde. Tous ces gens avec qui j’ai grandi. […] Le pire, c’est que je ne les ai même pas détestés. » (Pauline, l’héroïne lesbienne parlant des gens de son village, dans le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau) ; etc. Par exemple, dans sa nouvelle L’Encre (2003), un ami homosexuel angevin décrit « les rires avariés des putains de la cour » (p. 37). Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius, le vampire homosexuel, se dit entouré de « bandes de gamins qui ne l’aiment pas ».

 

Film "Tarnation" de Jonathan Caouette

Film « Tarnation » de Jonathan Caouette


 

Les amants-mendiants cruels, délateurs, violeurs et vengeurs apparaissent dans beaucoup d’œuvres homo-érotiques : cf. les chansons de Jean Guidoni, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le film « Faustrecht Der Freiheit » (« Le Droit du plus fort », 1974) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le vidéo-clip de la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « They Don’t Care About Us » de Michael Jackson, le film « Jacquou le Croquant » (2007) de Laurent Boutonnat, le film « The Halloween Parade » de Lou Reed, le film « Les Lunettes d’or » (1987) de Giuliano Montaldo (avec le prostitué profiteur), la photo Le Démon noir – modèle Theddy (1998) de Pierre et Gilles, le vidéo-clip de la chanson « Foolin’ » de Devendra Banhart (avec le Noir bourreau), etc. « Si Khalid se souvient de moi et qu’il se retourne vers moi, pour moi, je le sauverai, je redeviendrai un ange, juste un petit diable, le petit pauvre. » (Omar, le héros homosexuel pauvre, après avoir tué son amant Khalid, issu d’une classe aisée, dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 169) ; « Il n’avait pas 6 ans qu’il se faisait déjà attraper par les Arabes du côté de la Huchette. » (Madame Simpson parlant de son fils transgenre M to F Irina, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi) ; « Être homo dans le milieu ouvrier, c’est du rail. » (Pierre, l’ouvrier hétéro, très vite jugé « gaffeur homophobe » par la doxa Adèle/William/Georges, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier) ; « Place aux informations : la planète Gronz […] est envahie par ses voisins, les Grounz, qui ont fait main basse sur leur stock d’épinards surgelés. » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Le rire de ce skinhead éméché résonna contre les murs, aigu et efféminé » (Jane, l’héroïne lesbienne dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 95) ; « Fais gaffe : les clodos pourraient te bouffer. » (Rettore, homosexuel, prévenant ironiquement son nouvel ami homo David, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Faites pas vos pédés ! » (un clochard s’adressant au couple Vlad/Anton, qui par provocation s’embrasse alors à pleine bouche dans la rue, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Faut-il tuer Sister George ? » (1968) de Robert Aldrich, Childie se laisse entretenir par George. Dans le film « Los Placeres Ocultos » (1977) d’Eloy de la Iglesia, un bourgeois séduit de jeunes prolétaires par le biais du mensonge : ces mêmes amants pauvres se retourneront contre lui. Dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, Jeff, le banlieusard, exploite financièrement Nicolas. Dans le film « Les Terres froides » (1999) de Sébastien Lifshitz, le Maghrébin dominant « baise » le Blanc. Dans le film « Consentement » (2012) de Cyril Legann, Anthony, le garçon d’hôtel, se venge du client qui a voulu le torturer sexuellement : il le vole, lui prend son code de carte, le ligote et le sodomise sauvagement : « J’pense que pour le prix, tu mérites au moins de te faire enculer. » Dans le film « L’Homme de désir » (1971) de Dominique Delouche, un délinquant, Rudy, se retourne contre Étienne, son salvateur qui tentait de le sortir de la misère. Dans le film « Lolita : Vibrator Torture » (1987) d’Hisayasu Sato, un violeur SDF tue des femmes. Dans le film « L’Immeuble Yacoubian » (2006) de Marwan Hamed, le héros homosexuel a été violé par le domestique nubien noir. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, lorsque le groupe LGBT de Mark propose à ses militants homosexuels de s’associer au mouvement des mineurs gallois, l’un d’eux refusent car il voit en ces ouvriers les homophobes de son adolescence : « Ces types-là me tabassaient sur le chemin du retour de l’école… » Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Fabien décrit la « gueule en sang » du nouvel homme de ménage, Norbert. » Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des héros bisexuels, méprise le clochard nommé « Dagobert » en bas de sa rue, qui possède d’effrayants rats et qui le harcèlerait : « Ça fait des semaines qu’il me bassine en me racontant sa vie. »

 

Dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus pointe du doigt toutes les confessions religieuses comme autant de fondamentalistes du capitalisme spirituel mondialisé, et autant de facteurs étrangers de Guerre Mondiale. L’ennemi, c’est clairement les religions, qui créeraient des guerres et qui agressent le narrateur par leur diversité. Pendant tout son spectacle, le comédien jalouse autant qu’il agresse les Noirs : il met en scène une émission Qui nique qui ?, soi-disant pour anti-raciste, qui met précisément en scène la maltraitance moderne des Noirs et des pauvres, présentés comme des méchants. Il vire son assistant Noir, Zoran : « Je te rendrai tes papiers à la fin de la tournée. On avait dit ‘Pas de Noirs !’ sur la tournée. De toute façon, comment veux-tu qu’on s’entende ? On est trop différents. » Il fait même une pub d’un désherbant fictif, Toxiron, pour se débarrasser des Roms campant dans les jardins.
 

Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, se fait sodomiser par son guide mexicain, Palomino : « Ça fait mal. Ça pique ! Je vais vomir. Je saigne ! ». Avec une jouissance malsaine, il lui parle de la syphilis, maladie transmise aux Russes, et qui se serait appelée « le mal mexicain ». Palomino semble se venger de la domination coloniale des Occidentaux sur les Orientaux en inversant, par la sodomie, la domination, comme s’il rééquilibrait le sens de l’Histoire : « Tu es l’Ancien Monde. Je suis le Nouveau Monde. Je veux jouir de ton cul russe et virginal. »
 

Paradoxalement, le méchant pauvre correspond aussi à un fantasme sexuel et amoureux du héros homosexuel : « Les mecs du 7.5., c’est tous des pédés ! » (Ryan dans la pièce Bang, Bang ! (2009) des Lascars Gays) ; « Il s’était battu […] pour convaincre ses amants qu’il était autre chose qu’un bad boy, une racaille excitante par qui se faire séquestrer dans une cave des cités. » (Mourad, l’un des héros homosexuels dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 327) ; « Nous progressions au pas dans une forêt sauvage, silencieuse, menaçante, d’obscurs voyous dont nous ne voyions luire au feu des phares et des rares réverbères que les étranges diadèmes de rangées de dents d’ivoire et d’or en couronnes. » (le narrateur homosexuel dans la nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 101) ; « Cody cherche des Arabes. Il est obnubilé, il dit ‘Je sens que je pourrais être une femme avec eux parce qu’ils se servent de ton corps comme celui d’une femelle, tu vois, comme si t’étais une objet de plaisir et que tu n’existais pas comme personne. » (Cody, le héros homosexuel nord-américain efféminé du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 91) ; « Cody dit ‘Je m’a suis fait voler. Nourdine il a tout volé, l’argent et la caméra de New York University que j’avais empruntée. Oh my god, on habitait ensemble, et cette matin, je m’est levé et tout avait disparu dans l’appartement.’ Je l’accompagne pour porter plainte. Je lui dis ‘Ça te plaît, hein, que ce mec t’ait volé ? C’est la preuve que tu avais raison d’avoir peur. Maintenant ça te fait jouir d’avoir été une femme violée et volée, c’est comme si ton rêve magique d’être une femme avait été poussé au maximum.’ Cody, pris en faute, me regarde de travers. » (Mike, le narrateur homosexuel s’adressant à Cody, idem, p. 111) « Il a venu pour s’excuser […] Il a été obligé de ma voler, mais il a dit désolé, quoi et on a fait l’amour ensemble. » (Cody, idem, p. 112) ; etc. Par exemple, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) de David Forgit, Gwendoline (la lycéenne travesti M to F) rêve de se faire violer par Mounir et ses potes maghrébins lors d’une tournante dans une cave. C’est d’ailleurs ce qui lui est arrivé, apparemment. Dans le film « Le Rebelle » (1980) de Gérard Blain, Beaufils explique son attirance pour la marginalité et la violence : « Il n’y a que cela qui me fait bander. » Dans la pièce Chroniques des Temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le narrateur homosexuel désire « cette humanité pouilleuse » qu’il observe du haut de la terrasse de son père… mais il finit par se dire à lui-même : « Finalement, tu n’en es jamais descendu, de ta terrasse. »

 
 

b) Le pauvre va payer (… le fait que je le paye, l’exploite, l’aide, l’aime et qu’il m’exploite) !:

Le héros homosexuel décide donc de se défendre face à cette méchanceté désirée/réelle/provoquée. Au départ, sa vengeance commence par un mépris verbal (qui se fait passer au départ pour une imitation parodique de grande bourgeoise) : cf. la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch (avec Marie, la mère bourgeoise raciste), etc. « Les pauvres… Ils savent qu’ils dérangent… et ils en profitent. » (la femme parlant de la mendiante lesbienne dans la pièce Musique brisée (2010) de Daniel Véronèse) ; « Les SDF, la misère, on n’en a rien à péter. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Il est grand temps que Jean-Marie [Lepen] arrive enfin au pouvoir ! Parce que ça ne peut plus durer ! » (la mère travesti M to F, dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) de David Forgit) ; « Pense aux p’tits Africains qui n’ont pas ta chance ni ton intelligence. […] Les pauvres n’imaginent pas les soucis que les gens aisés ont avec leur personnel. Ils sont trop gâtés et puis c’est tout ! » (la grand-mère Mamita, la mère de Laurent – le héros homo – jouée par lui-même, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Vous, mon égal ? » (Maurice à son amant pauvre Scuder, dans le film « Maurice » (1987) de James Ivory) ; « Plus ça va et plus je méprise le Peuple d’une force ! » (Louis dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « On n’a pas à se soucier des serviteurs ! » (Petra, l’héroïne lesbienne du film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Ça me ferait mal de voir mes supers pompes sur des pieds de pauvre ! » (Damien, le héros homosexuel qui ne veut pas se débarrasser de ses 75 paires de chaussures pour en donner une à des œuvres de charité, dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi) ; « Et tous ces enfants qui meurent de faim chaque jour… et nous qui allons passer un repas somptueux… » (Jules, le héros homosexuel dandy, au moment de passer à table, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Les opprimés vous démangent. » (cf. la chanson « C’est dans l’air » de Mylène Farmer) ; « C’est fou de militer contre l’exclusion et de se faire traiter de dégénérés par des immigrés ! » (Nathalie dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, p. 155) ; « Vous savez pourquoi les Nègres ont de grosses lèvres ? » (Michael, le héros homosexuel parlant de la soi-disant tendance à la plainte paresseuse chez les Noirs, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Sur les murs blancs, une seule photo, prise en Inde, un mendiant qui tend la main sur le bord d’une route, très photo-reportage. Dégueulasse. » (Mike, le héros homosexuel visitant l’appartement de Léo, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 96) ; « Bien que l’armistice ait déjà été demandé par Pétain, on murmure que des centaines de tirailleurs sénégalais ont été massacrés de sang-froid par les nazis. De cette ‘chasse aux nègres’, je ne veux rien savoir. Juste profiter de l’instant présent. » (Madeleine, la narratrice du roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 63) ; « Tu n’es pas le premier rat dans ma vie, tu sais […]. Je ne suis jamais restée longtemps avec un rat. Ce n’est pas parce que je suis raciste, loin de là ! Mais je n’ai jamais trouvé un rat qui m’aime vraiment, je veux dire, pour moi-même. » (« L. », le héros transgenre M to F s’adressant au Rat, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Vous êtes 350 rats à habiter dans mon armoire ? Vous êtes des rats réfugiés ? Vous vous êtes évadés de l’Institut Pasteur ? Mais il fallait le dire avant ! Je vous aurais installé des cages en bambou dans le jardin d’hiver ! » (idem) ; « Goliatha ! Où est passée cette idiote ? » (idem) ; « Un instant, Madame Freud, je réprimande mon habilleuse indigène ! Goliatha ! » (idem) ; « Dis bonjour de ma part à tes négrillons. » (« L. » s’adressant à sa mère, idem) ; « Allez vivre dans le tiers monde ! Riche comme vous êtes, vous devriez régner sur une cour d’éphèbes qui vous éventent les mouches à l’aide de feuilles de bananier. » (Cyrille, le héros homosexuel s’adressant à Hubert, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Donne-moi les clé de chez elle, espèce de sale Arabe ! » (cf. une réplique de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Les étrangers : tous des lavettes. » (Dave dans le film « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis) ; « La Négresse du tableau ne m’aimait pas. Elle avait raison. Elle était devenue, au fil du temps, ma rivale. Mon ennemie. Des yeux qui ne se fermaient jamais. Elle avait, elle aussi, le don de voir. » (Hadda à propos du tableau du Louvre, Portrait d’une négresse de Marie-Guillemine Benoist, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 196) ; « Les fiottes : plouquicides, pecnoquicides. » (un des personnages homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; etc.

 

Par exemple, dans le one-(wo)man-show Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007) de Madame H., les enfants (et surtout ceux du Tiers-Monde) sont qualifiés de « capricieux ». Dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand (cf. l’épisode 2 « Intuition féminine »), Ben, l’amant SDF saltimbanque, est présenté comme un arriviste. Dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry compare son amant arabe à un insecte. Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Sapho traite Ahmed de « tiers-mondiste hors-la-loi ». Dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent, Moussa, le héros noir, est surnommé « Kirikou » par Jessica, une de ses camarades de lycée. Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, le crime n’est associé par Dorian Gray (le héros homosexuel) qu’aux pauvres. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Kévin, le héros gay, s’énerve sans arrêt contre les Japonais et traite à chaque fois très mal leurs restaurateurs : « C’est quoi cette merde ? » Dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti, François fait du racisme anti-Arabes. Dans le one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand rentre dans la peau d’une bourgeoise responsable d’un orphelinat au Burkina-Faso, odieuse avec les petits Africains. Avec son copain Claudio, ils se sont adressés à elle pour adopter un enfant. Cette directrice exploite les pauvres comme un businessPour deux enfants adoptés, le troisième est offert ! »), les méprise (« Fatoumata, tu pues ! ») mais tient quand même un double discours pour masquer son comportement (« La mode aujourd’hui, c’est les pauvres. J’adore les pauvres ! »). Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, passe au crible tous les étrangers qui ont défilé dans son avion… et ça balance grave : les « mamas orientales », les Américaines « avec des ongles tellement longs que tu pourrais te crever un œil avec », les Chinois (« Les Chinois, ils sont en train d’envahir le Monde. On dirait des clowns qui sortent des boîtes. Ils sont moches, en plus ! »), les « Africains courtois » (« T’as ça, mais aussi les Africains. »). Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, ne fait que des blagues racistes et homophobes sur les Noirs (il parle du « cul d’un Noir »). Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François et son amant Thomas se lancent dans un voyage en pleine forêt tropicale thaïlandaise pour aller chercher Tchang, un bébé de trois ans qu’ils veulent adopter. Ils tombent sur une tribu d’indigènes qui ne parlent pas leur langue, et ils les attaquent et insultent sans raison : « Venez donc là, bande de petites bites ! ». Voyant qu’il y a eu quiproquo à propos de l’adoption, ils rebroussent chemin : « C’est pas grave. On adoptera un chien… » (Thomas) Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Davide, le jeune héros homosexuel, ne donne pas la pièce à une mendiante venue l’accoster.

 

MÉCHANT pauvre indian

 

Quelquefois, le héros homosexuel s’estime même encore plus victime que le pauvre (car lui, c’est un pauvre invisible ! croit-il) : « Nègres, juifs ou infirmes, tous les damnés car possédant un havre, une famille où on les aime, où on les élève au moins dans la fierté » (la narrateur homosexuel dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 24)

 

Finalement, le pauvre est jugé « méchant » de ne pas se laisser posséder, ou bien d’être complice d’une mauvaise action sexuelle commune avec le héros homosexuel riche. « Je trouve une jeune personne sortie des Mille et Une Nuits à qui j’offre ma fortune : aussitôt elle m’abandonne ! » (Pédé parlant d’Ahmed, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Malcolm n’est peut-être qu’un profiteur. Un esclave affranchi qui désormais possède le maître et se joue de lui. » (Adrien, le narrateur homosexuel ayant rencontré son jeune et bel amant étranger noir Malcolm sur un lieu de prostitution, et se rendant compte de la supercherie de ses propres pulsions sexuelles, dans le roman Par d’autres chemins, (2009) d’ Hugues Pouyé, p. 59) ; « Vous êtes pauvre, et vous êtes ici par nécessité. » (le héros homosexuel s’adressant à son tapin-amant, dans la pièce Dans la solitude des champs de coton (1985) de Bernard-Marie Koltès) ; « Ne regarde pas ces petits monstres. Les mendiants sont la malédiction de ce pays. Si on les regarde, on se lasse de tout le reste. » (Sébastien, le héros homosexuel du film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz) ; « J’ai été séduit par ton air gavroche […]. Mais à qui donc j’avais affaire, sourire gentil et cœur de fer » (cf. la chanson « Va t’en » d’Étienne Daho) ; etc.

 

Puis la menace ou l’insulte prennent parfois une tournure plus concrète et violente : cf. le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec le meurtre de la clocharde Berthe appelée « La Reine des Hommes »). « Enfant des rues, il est habitué au tourisme. Plus amoureux de moi qu’il ne le croit, il a besoin de mon regard pour vivre, je suis déjà son assassin. Enfin, assassin c’est un grand mot, je ne sais pas encore que je vais le tuer, il ne sait pas que je peux l’oublier. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 23) ; « Louis du Corbeau songea déjà à se débarrasser de ce jeune esclave transformé en moins de trois ans en épouse tyrannique. » (Copi dans sa nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983), p. 32) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Tendresse des loups » (1973) d’Ulli Lommel, Frizt Haarman, un indicateur de la police, attire chez lui des jeunes chômeurs ou SDF, les fait boire, puis les viole avant de les tuer en les mordant au cou. Il revend ensuite leur chair pour confectionner un « jambon désossé ». Dans le film « Dinero Fácil » (« Argent facile », 2013) de Carlos Montero, le prostitué Jaime, un bel étudiant sans le sous, se retrouve maltraité et menacé de mort par ses clients. Dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011), Raphaël Beaumont utilise un pauvre surnommé « Mendiantissimo » dans un pastiche d’émission Télé-Boutique AchatTélé-Bling-Bling Shopping. Ce déshérité, il le caricature comme quelqu’un de plaintif, qui pue du bec, venant de l’Est de l’Europe (il s’appelle Piotr ou Maria). Et notre présentateur homosexuel lui scie les jambes, lui met un collier, lui envoie des décharges électriques : « Le Mendiantissimo : l’exploiter, c’est l’adopter. » Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca, homosexuel, raconte son arrivée à Paris, dans un foyer de jeunes travailleurs où il a quelques difficultés à s’afficher gay. Il les traite de « jeunes délinquants » sales, et les vire avec ses chansons d’Alizée : « Nous les gays, on a une arme fatale : c’est Alizée. Alizée, elle te vide un immeuble entier. »

 

Cette haine du pauvre semble être l’expression de l’homophobie intériorisée. Le héros homosexuel s’en veut (et en veut à ses frères d’orientation sexuelle, à ses frères de misère sexuelle) de pratiquer l’homosexualité et de croire en la réalité de leur désir homosexuel. « Le chauffeur de taxi […] râle, il a joui. Toujours la même histoire avec les Arabes. Il va se laver sans dire un mot, se savonne bien la bite sans oser me regarder dans le miroir qu’il a en face. Ça t’a plu ? je lui demande appuyé sur le rebord de la porte. Moi je me vois bien dans le miroir, j’ai les cheveux longs éméchés, la robe déchirée, on dirait une pute qu’on vient de violer. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 44) Par exemple, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Lou, l’héroïne lesbienne, a coupé l’oreille de Fifi, un travesti clochard M to F (selon Mimi, l’ami de ce dernier, elle a agit ainsi « parce qu’elle déteste les pauvres ! ») : « Nous, les gouines, on en a marre de votre sacré bordel à vous, travestis, voyous, clodos, Zoulous et Arabes qui pourrissent l’escalier ! » Dans le film « Morrer Como Um Homen » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues, Tonia, le héros transsexuel M to F, blesse Jenny, son homologue noir, en fermant sa robe avec sa fermeture-éclair, en se piquant de jalousie pour lui, et le traite de « sorcière ». Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, un des protagonistes homosexuels avoue avoir été violé dans une tournante, par des racailles, ses « jumeaux ». Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adrian, le délinquant, « oute » le père Adam parce qu’ils se sont inconsciemment identifiés comme homosexuels tous les deux.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le pauvre, méchant et profiteur :

Il n’est pas rare que le monde amoureux homosexuel louvoie avec la violence du monde de la pauvreté. Les rapports homosexuels inégalitaires, où la domination et la soumission sont plus présentes qu’ailleurs (en l’absence d’une différence des sexes qui pacifie et canalise davantage les pulsions humaines), ont trouvé dans les rapports inégalitaires de classes sociales leurs meilleurs canaux. « Je n’aimais pas Diaghilew et pourtant, je vivais avec lui. Mais je l’ai haï du premier jour que je l’ai connu. Il s’était imposé à moi en profitant de ma pauvreté et de ce que soixante-cinq roubles par mois ne pussent me suffire à nous empêcher, ma mère et moi, de crever de faim… » (Nijinski dans son Journal, 1918) Souvent, les exploités sexuels (des prostitués ou escort boys) se vengent d’ailleurs de leur homosexualité refoulée sur leurs gigolos (souvent occidentaux). Les cas concrets ne manquent pas. « Le violoniste virtuose Paul Körner est victime de chantage de la part du prostitué Franz Bollek. Körner refusant de continuer à payer toujours plus d’argent au maître-chanteur, Bollek le dénonce pour infraction à l’article 175. Au cours du procès qui s’ensuit, le docteur Magnus Hirschfeld, qui joue son propre rôle, prononce un ardent plaidoyer contre l’intolérance et la discrimination dont sont victimes les homosexuels. Bollek est condamné pour extorsion de fonds. Körner, qui est pourtant victime de chantage, est lui aussi condamné, mais pour avoir enfreint l’article 175. Sa réputation est ruinée, il ne supporte pas l’opprobre public et finit par se suicider. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 112) Par exemple Costas Taktsis, l’écrivain grec, est assassiné (étranglé) le 30 août 1988 par un amant de passage, alors qu’il se prostituait dans les rues d’Athènes. L’agresseur du chanteur espagnol Miguel de Molina n’est autre qu’un homme homosexuel lui aussi (cf. l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 56). Carlos Travers, à l’automne 1979 à Madrid, est tué par un prostitué, étranglé par un câble. Álvaro Retana, le romancier espagnol, est assassiné par un prostitué homosexuel en 1970. Joan Joachim Winckelmann est assassiné dans sa chambre d’hôtel de Trieste par un jeune voyou, Francesco Arcangeli. Ramón Novarro, amateur de jeunes prostitués, est retrouvé mort dans sa piscine, assassiné par deux gigolos. Pier Paolo Pasolini a été tué par Pino Pelosi, un jeune homme homosexuel de 17 ans, le 1er novembre 1975. L’homme politique Harvey Milk est assassiné par Dan White en 1978 à San Francisco : l’orientation sexuelle du tueur, si l’on s’en tient à l’adaptation cinématographique de Gus Van Sant, semble plus que trouble. Le directeur de Sciences Po Paris, Richard Descoings, est retrouvé nu et décédé à 53 ans sur son lit de chambre d’hôtel à New York en 2012 : il y avait fait de drôles d’expériences avec deux jeunes prostitués. Le 4 avril 2012, Jean-Nérée Ronfort, un expert en antiquités de 69 ans, a été découvert par son compagnon gisant au sol de son bureau, le crâne fracassé : il a été tué par trois prostitués roumains de 20, 21 et 25 ans.

 

Je l’ai constaté dans mon travail de professeur en collège et en lycée en « zones sensibles » : la réaction instinctive de la personne blessée ou fragile face à un autre semblable blessé se joue concrètement dans les extrêmes : soit cette gémellité dans la souffrance provoque de la compassion extrême, soit le plus souvent de l’attaque. Car le pauvre ou le « blessé sexuellement » n’a pas les ressources nécessaires pour comprendre qu’il est blessé, et donc pour accueillir sereinement ensuite la personne blessée lui renvoyant indirectement le reflet de sa propre blessure. Il s’engouffre instinctivement dans la brèche qu’il devine, et là, c’est le choc des presque-semblables. C’est la même violence de l’effet-miroir humain que je décris dans les cas d’homophobie (cf. je vous renvoie au code « Homosexuel homophobe » du Dictionnaire des Codes homosexuels) ou dans les cas de « couples » homos « durables », violence que beaucoup d’auteurs homosexuels (tels que Frédéric Mitterrand, Patrice Chéreau, néstor Perlongher ou Pier Paolo Pasolini) ont soulignée, d’ailleurs. L’homosexualité est perçue par le pauvre comme une atteinte à sa virilité, un élément de misère identitaire et psychique qui vient se rajouter à sa misère matérielle, et ça, pour lui, c’est inacceptable ! Quand il se prostitue, il est rare qu’il assume y trouver du plaisir sexuel ou la source d’une identité homosexuelle : il fait ça « pour l’argent » ou dans une démarche quasi « politique »… pour renverser l’espace d’un instant le rapport de classes. « C’est moi qui fixe les prix : j’attaque à 150 F. Je descends jamais au-dessous de 100 F. Après, on part en voiture, dans la mienne toujours, parce qu’on sait jamais sur qui on peut tomber… Des voyous… » (Pierre Benichou, Le Nouvel Observateur, 1970)

 

Par exemple, dans le documentaire « L’Affaire Pasolini » (2013) d’Andreas Pichler, nous est montrée l’attraction étrange du réalisateur italien Pier Paolo Pasolini (pourtant originaire d’un milieu aisé) pour la violence et la promiscuité des jeunes hommes banlieusards vivant autour de Rome. Ce dernier expliquait – avant de mourir assassiné par l’un d’eux – que ces gens sans ressources devenaient violents parce que « faibles » : « Ils tuent pour ne pas être tués. »

 

Film "Decamerone" de Pier Paolo Pasolini

Film « Decamerone » de Pier Paolo Pasolini


 

La misère et la fragilité sexuelles induites par la pratique homosexuelle expliquent la forte propension à l’homophobie entre personnes homosexuelles : « Les pratiques homosexuelles sont plutôt le résultat de la misère sexuelle existant dans le Maghreb que de vrais désirs homosexuels : une sexualité de substitution. » (cf. l’article « Maghreb » de Robert Aldrich, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 306) ; « Outre la mauvaise réputation qu’avait la Savane la nuit, je lui rapportais en détail certaines agressions dont j’avais été témoin. Sur la place, je rencontrais toutes sortes d’individus ; les ‘branchés’ étaient une population très hétéroclite. On était du même bord, mais on ne se fréquentait pas. Sans doute par manque de confiance, beaucoup se méfiaient de leur propre clan et jouaient à cache-cache en permanence, se dénigrant et se méprisant mutuellement. Impensable pour un groupe déjà victime du malheur de sa propre différence ! C’est quand même surprenant et regrettable d’en arriver là. […] Cette histoire de clans est une fatalité pour la communauté et l’on ressentait une rivalité oppressante entre les groupes différents. En fait, chaque groupe entrait dans une catégorie bien distincte : les extravagants, les cancaniers, les très discrets et enfin les ‘leaders’, ceux qui incitaient à la prise de conscience contre les discriminations et l’homophobie dans la région d’outre-mer. Je trouvais bien dommage cette diversification au sein de la communauté. » (Ednar parlant des lieux de drague antillais, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, pp. 188-189) ; « À Saint Louis, on m’a battu. On m’a enfermé dans les toilettes. Je rentrais couvert de bleus. Ma mère ne m’a pas protégé. Elle ne m’a pas protégé ! […] Tu sais, à Oran, être pédé, c’est comme être criminel. » (Yves Saint-Laurent parlant du viol scolaire qu’il a vécu en Algérie, dans la biopic éponyme (2014) de Jalil Lespert) ; « Les Arabes et les Noirs sodomisent et châtrent leurs ennemis vaincus. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 260) ; « Je fis la connaissance d’une sorte de gitan (c’est d’ailleurs moi qui l’abordai et l’enlevai, littéralement). Il était grand et je le trouvais beau, mais dans un triste état vestimentaire que venait encore renforcer une réticence marquée à l’égard de tous les principes d’hygiène élémentaire. Tandis que, comme l’aurait fait une ‘fille’, je l’invitais à monter dans ma voiture et à s’y installer avec son baluchon, je ne cessais de me répéter : ‘Tu es fou… Tout cela finira mal…’. […] Le lendemain, après m’avoir tapé de quatre mille francs et ‘emprunté’ ma montre, il disparut de lui-même. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 108) ; etc.

 

Les pauvres sont souvent présentés par les personnes homosexuelles comme des gens dangereux dont il faut se méfier… et paradoxalement, le pauvre violeur correspond à un fantasme homosexuel bien répandu dans la communauté homosexuelle (le bel Arabe, le Turc ou le « rebeu » musclé, le lascar ou le bad boy étranger, etc.) : « 1960 : l’oncle Sam montre ses seins. En l’an 2000 : je me fais enculer par un Noir. » (cf. dessin de Copi ayant fait la Une du journal Libération le 8 août 1979) ; « Trente ans après, le jeune Arabe est le non-dit le plus lourd de la société française. Il est à la fois rejeté et désiré, haï et fantasmé. Il est l’inacceptable et le vague regret. Les féministes le vomissent mais elles n’osent pas le dire par héritage anticolonialiste. Elles sont furieuses de voir les cités revenir à l’âge de pierre antéféministe et, en même temps, sont ravies de trouver un repoussoir mâle aussi parfait. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), p. 99) ; etc. Je vous renvoie à l’essai Homo Exoticus – Race, classe et critique queer (2010) de Maxime Cervulle et Nick Rees-Roberts. Le mépris homosexuel du pauvre s’origine parfois dans une imitation des parents : « Ma mère n’avait que mépris pour les gens plus pauvres que nous, coupables de ne pas avoir su se débrouiller. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 38)

 
 

b) Le pauvre va payer (… le fait que je le paye, l’exploite, l’aide, l’aime et qu’il m’exploite) !:

MÉCHANT Citébeur

 

La violence ou l’indocilité du bad boy, même si elle ravissait au départ, est bien souvent dénoncée par les personnes homosexuelles qui se sont laissées pour un temps amadouer par lui, mais qui décident de reprendre un peu la main. En fait, elles se vengent d’elles-mêmes, de leur défaillance et de leur propre naïveté, en exprimant un dégoût du pauvre, un racisme inattendu, une xénophobie et un orgueil mal placés : « Pendant le dîner, nous avons appris que l’esthéticienne avait été hétérosexuelle avant d’être touchée par la grâce. Elle avait passé des années en Afrique avec son seigneur et maître qui s’engraissait à faire suer le burnous et elle tenait sur les Africains des propos qui m’ont stupéfiée. J’ai découvert avec surprise ce soir-là qu’on peut être encore de nos jours d’un racisme effarant. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 156) ; « Je n’aimais pas Diaghilew et pourtant, je vivais avec lui. Mais je l’ai haï du premier jour que je l’ai connu. Il s’était imposé à moi en profitant de ma pauvreté et de ce que soixante-cinq roubles par mois ne pussent me suffire à nous empêcher, ma mère et moi, de crever de faim… » (Vaslav Nijinski dans son Journal, en 1919) ; « Ali me disait qu’il faisait des démarches pour que nous nous pacsions et que nous vivions ensemble, mais je ne pouvais me départir du soupçon qu’il m’utilisait en attendant d’obtenir un titre de séjour. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 105) ; « Mais toi, le Nègre, qu’est-ce que tu t’imagines…! » (Miguel de Molina s’adressant au Noir Alberto Olmedo, cité sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) ; « Parfois, il m’arrive de penser que les homosexuels sont tous une bande de gangsters… Parfois. » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 193) ; « Nom de code : Kamel. Il n’est pas en mon pouvoir d’évaluer l’importance de la merveille, son éclat, ni ses effets nocifs, car il existe de redoutables merveilles, des merveilles mantes religieuses capables de vous dévorer tout cru. J’entends par merveille un être qui chute sur mon chemin comme un aérolithe dans un désert. » (Christian Giudicelli à propos de son jeune et bel amant Kamel, dans son autobiographie Parloir (2002), pp. 132-133) ; « Beaucoup d’homosexuels non juifs sont violemment antisémites. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), pp. 150-151) ; etc.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles reprochent aux pauvres leur manque de fidélité, leur jeunesse, leur inculture, leur manque de savoir-vivre, leur inconstance, leur fourberie, le fait qu’ils ne se laissent pas posséder ou qu’ils soient complices d’une pratique homosexuelle commune avec elles : « … Oui, ils sont faciles, et c’est là que réside leur insigne faiblesse. Ils se prêtent et ne se donnent pas. » (Armand Guibert à propos de ses amants marocains, dans son « Journal de Marrakech », cité dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, p. 202)

 

Certaines ont même peur du retour de bâton du colonialisme occidental et du tourisme sexuel. Par exemple, dans son essai De Sodoma A Chueca (2004), Alberto Mira présente l’immigration étrangère et les « cultures immigrantes traditionnelles » comme une nouvelle facette de la menace homophobe à venir (p. 624). Dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, les pauvres sont méprisés et montrés comme des envahisseurs.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

L’affirmation d’une homosexualité, en même temps qu’elle montre un changement de rang social (cf. je vous renvoie au code « Promotion ‘canapédé’ » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), illustre ce mépris des gens pauvres dont certaines personnes homosexuelles font parfois partie. On peut penser par exemple au cas de Brahim Naït-Balk, d’Hervé Guibert, de Didier Éribon, de Jean Genet, qui s’autorisent d’autant plus à être racistes, homosexuels ou anti-pauvres du fait qu’ils connaîtraient le monde ouvrier de près ou qu’ils ont décrit leur bagarre pour sortir de la misère dont ils sont nés. « J’étais politiquement du côté des ouvriers, mais je détestais mon ancrage dans leur monde. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 73) ; « Mon marxisme de jeunesse constitua donc pour moi le vecteur d’une désidentification sociale : exalter la ‘classe ouvrière’ pour mieux m’éloigner des ouvriers réels. En lisant Marx et Trotski, je me croyais à l’avant-garde du peuple. Je détestais la classe ouvrière dans laquelle j’étais immergé, l’environnement ouvrier qui limitait mon horizon. […] Ainsi, quand je manifestais contre les succès électoraux de l’extrême droite, ou quand je soutenais les immigrés et les sans-papiers, c’est contre ma famille que je protestais ! » (Idem, pp. 88-89 puis p. 117) Par exemple, dans son autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, Eddy Bellegueule a diabolisé sa famille et son enfance pauvre : il déclare vouloir « rompre avec ce qu’on avait fait de lui pour se réinventer » et affiche son mépris pour ses camarades scolaires : « Leurs visages se dessinaient dans mes pensées : je ne retenais d’eux que la peur. » (p. 63) Il se sert du fait d’être issu d’un milieu ouvrier qu’il présente comme cruel et homophobe pour encore plus justifier son homosexualité. Le coming out apparaît alors comme une réponse caricaturale à sa haine des pauvres, et une vengeance-rupture avec son milieu d’origine. Son éducation « beauf », puis son retournement en snobisme (via l’homosexualité), sont pourtant les deux faces extrêmes d’une même pièce, celle de la haine de soi. Elle semble avoir laissé en lui des traces durables dans sa vie d’adulte, d’autant plus invisibles qu’elles ont pris la forme de l’étiquette identitaire et amoureuse homosexuelle : « Chaque fois qu’un Noir ou un Arabe marchait sur le même trottoir que moi – ils n’étaient pourtant pas si nombreux – je sentais la peur s’emparer de moi. » (p. 208) Finalement, la misère de la pratique homosexuelle n’est non seulement pas une sortie de la misère matérielle et affective du Tiers-Monde, mais une réplique déguisée.

 

Parfois, la menace verbale contre le pauvre devient physique. On peut penser par exemple à Jeffrey Dahmer, qui couchait avec des pauvres (et surtout des Noirs) avant de les assassiner.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°117 – Médecin tué (sous-code : Attaque contre les scientifiques)

Médecin tué

Médecin tué

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Visiblement, à en croire leurs représentations dans les œuvres homosexuelles, les médecins, les chirurgiens, les infirmiers, sont des personae non gratae de la communauté homo ; et plus particulièrement les spécialistes des maladies mentales, c’est-à-dire les psychanalystes, les psychologues, et les psychiatres. Pourtant, dans la réalité, on rencontre bien plus de véritables amis des personnes homosexuelles du côté des thérapeutes qu’il n’y a d’amis des thérapeutes (et des personnes homosexuelles, par la même occasion !) dans les rangs homosexuels…

 

Alors que s’est-il passé entre la communauté homosexuelle et la Science ? Que leur ont-ils donc fait, ces « méchants médecins », pour qu’une majorité de personnes homosexuelles les voient d’un mauvais œil et se déchaînent autant iconographiquement sur eux ? À mon avis, c’est assez simple. D’une part, elles les ont jalousés pour leur ravir leur place (cf. le code « Médecines parallèles » du Dictionnaire des Codes homosexuels). Et d’autre part, elles jugent qu’ils leur disent beaucoup trop de vérités désagréables sur leur homosexualité (et cela peut se comprendre : il n’est jamais agréable d’apprendre que le désir homosexuel est la marque d’un fantasme de viol, voire le signe de l’existence d’un viol réel). Exception faite des charlatans parmi les soignants (qui sont, comme par hasard, autant homophobes que gay friendly !), le seul « crime » des médecins est d’avoir les outils scientifiques et humains efficaces pour faire lumière sur les esclavages et la souffrance exprimés par le désir homo. Et pour la majorité des personnes homosexuelles qui s’activent à gommer toute trace de souffrance, la confrérie des savants est à la fois Dieu sur Terre (elle a le pouvoir de matérialiser leurs fantasmes les plus fous : changer de sexe, par exemple, transformer le couple homo en famille, ou bien retirer l’homosexualité du registre de la pathologie pour lui donner un statut social légitime béton) et le diable incarné : détenant de terrible pièces à conviction concernant les viols qu’elles ont/auraient subis, il n’est pas rare que les médecins soient vus comme les bêtes à abattre, des faux frères, des enquêteurs-violeurs particulièrement redoutables.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Déni », « Infirmière », « Médecines parallèles », « Frankenstein », « Milieu psychiatrique », « Faux intellectuels », et « Folie », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

Le personnage homosexuel s’oppose au scientifiques et va même parfois jusqu’à les tuer :

 

« Vous pouvez envoyer de ma part tous les savants se faire voir ailleurs ! » (le Coryphée dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « L’Iran est un des seuls pays au monde où c’est traité médicalement. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M s’adressant à Rana la femme mariée, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc.

 
MÉDECIN TUÉ Fixing
 

La haine de la psychanalyse est notamment exprimée dans le film « La Chatte à deux têtes » (2002) de Jacques Nolot, le film « Mi-fugue mi-raisin » (1994) de Fernando Colomo, le film « Taxi Nach Cairo » (1988) de Frank Ripploh, la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier (avec le procès de l’anthropologue), le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, la pièce La Thérapie pour tous (2015) du Underground Comedy Club, etc. Dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel exprime bien souvent sa crainte du monde médical. « Irina a peur du Docteur Feydeau. » (Mme Simpson parlant de sa fille, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi) Par exemple, dans le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, Chouchou regarde avec méfiance le portrait de Freud chez la psychanalyste où il/elle fait le ménage : « Tu crois que la parole elle soigne… Pfff… » Dans son roman Paradiso (1967), le romancier cubain José Lezama Lima décrit l’« épaisse vulgarité de scientifique » du docteur Selmo Copek (p. 47). Dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, les médecins passent pour des individus peu francs, jouant sur les mots avec un jargon scientifique entortillé pour cacher des vérités désagréables (telles que le Sida). Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, le psychanalyste est présenté comme un charlatan assoiffé de fric, malade aussi : « J’ai l’air aussi mal dans ma tête. » Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, dit qu’il faut être fou pour payer 100 euros pour aller au psy. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Davide, le héros homosexuel, se fait ausculter par un médecin catho italien inhumain, comme s’il était un animal : le cabinet de consultation est blanc et aseptisé comme la mort. Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Virginia Woolf fait des dépressions nerveuses ; et son médecin pense que les femmes ne devraient pas être écrivains… ce qui énerve passablement l’écrivaine lesbienne : « Il voulait m’interdire d’écrire ! »

 

Ce sont les soignants du corps et surtout de l’âme – à savoir les prêtres, et ensuite les psychanalystes, les psychologues et les psychiatres – qui sont visés par les attaques. « Jolie est devenue folle, répondit le Gros. On préfère ne pas la faire traiter par les psychiatres parce que nous la haïssons autant que les curés. » (Copi, La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 50) De manière générale, le psychanalyste est pris pour un beau parleur qui conceptualise et parle trop. « Freud, gnia gnia gnia… » (Benji, le héros homosexuel de la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; « L’analyse psychologique a perdu pour moi tout intérêt du jour où je me suis avisé que l’homme éprouve ce qu’il s’imagine éprouver. » (Édouard dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1997) d’André Gide, pp. 85-86) ; « Tous ces psys qui vous parlent d’Œdipe et d’Électre… […] c’est de la superstition freudienne ! » (Héloïse et Suzanne dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 327) ; « Vous ne vous rendez pas compte à quel point vous êtes agaçants, vous les toubibs, avec votre air d’en penser long. » (idem, p. 382) ; « J’en ai ras le bol d’entendre parler de mère abusive ou de référent paternel absent. Les psys commencent à nous faire chier avec leurs explications à la noix. » (Mourad, le personnage homosexuel, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 352) ; « Je ne crois pas que le passé compte, murmure Simon, après on va rentrer dans des trucs psychologiques, le gourou Freud, tout ça, c’est une secte pour moi. » (Simon, l’un des héros homos du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 33) ; « La psychanalyse, c’est dans les cabinets de chiottes que ça se fait. » (Dominique, l’un des héros homos, op. cit., p. 39) ; « Ton psy est un charlatan. Un con de charlatan. » (Michael s’adressant à son ami Donald, homo lui aussi, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Ils – mes doubles – sont les ennemis des psychiatres. » (Renaud dans la pièce Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust (2009) de Renaud Cojo) ; « Je déteste l’idée d’être d’accord avec un psychologue. » (Arielle s’adressant à Antoine, homosexuel, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; « Au début, vous savez, docteur, je vous prenais pour un gros con. » (Arnaud, le héros homo qui ne s’assume pas comme tel, et découvrant peu à peu l’homosexualité de son psy le Dr Katzelblum, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Tu vois pas qu’il se fout de notre gueule, ce psy en carton ? » (Benjamin s’adressant à son amant Arnaud à propos de leur psy le Dr Katzelblum, idem) ; etc. Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les deux « pères » homosexuels de Gatal, le héros gay, veulent l’emmener chez un psy, le « conseiller des Poppyx », pour le guérir de son attachement au célibat.

 

Il arrive que le personnage homosexuel refuse de se laisser guérir, et trouve une certaine fierté « homosexuelle » dans la rébellion : « Le Docteur Feingold a prétendu que mon obsession vestimentaire trahissait une activité de substitution. Elle m’a dit que j’avais besoin de ritualiser mon chagrin et que cette manie de choisir des vêtements remplaçait dans mon esprit une expression plus profonde de la perte. J’ai eu envie de lui demander : ‘Et vous, docteur Feingold, vous vous êtes déjà interrogée sur ce que cela signifie, pour vous, de vivre seule dans un appartement blanc immaculé, avec un chat impeccable que vous appelez Bébé ?’ Bien sûr, je me suis contentée de l’écouter et d’acquiescer, car je n’avais aucune envie d’entamer de nouveau une conversation sur mon agressivité, mes limites et ma tendance à ‘résister au processus’, comme elle dit. Ce qu’elle ignore, c’est que ma vie est bâtie sur cette résistance au processus. » (Ronit, l’héroïne lesbienne, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 67) Dans la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, le psy se voit rembarré par Didier, le personnage homosexuel. Dans la pièce Lacenaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt, le héros n’a que mépris pour les phrénologues – spécialistes du cerveau. Dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat, Claire joue une parodie de psychologue et son amie Joséphine qualifie la soignante de « danger ». Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine et Carole, les deux amantes lesbiennes féministes, vont prêter main forte à leur amie lesbienne Adeline pour kidnapper Guitou, son ami homo interné en hôpital psychiatrique par ses parents parce qu’il est homosexuel (lobotomies, électrochocs, etc.). Au moment de le délivrer, elles se battent à la bombe lacrymo contre le personnel de l’asile. Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, la psychiatrie est attaquée : quand Guy (secrètement homosexuel) déclare « Je suis psychiatre, je peux comprendre l’homosexualité », son ami Hugues, lui-même homo, le coupe : « Ah ça, c’est une connerie ! ». Plus tard, Guy méprise un de ses collègues professionnels : « En plus, ce Docteur Petiote est bête à manger du foin ! » Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Carol, l’héroïne lesbienne prise en flagrant délit d’adultère avec des femmes, se moque du jargon des psychiatres qui lui diagnostique un « trouble affectif ».

 

Film "Parle avec elle" de Pedro Almodóvar

Film « Parle avec elle » de Pedro Almodóvar

 

Pour justifier ce rejet, le personnel soignant est souvent transformé en corporation d’êtres lubriques à la sauce libertine, de prostitués (nus sous la blouse…), bref, de violeurs : cf. le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar (avec Benigno, l’infirmier homosexuel, qui viole Alicia, sa patiente dans le coma), la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar (avec le dentiste pédophile), etc. « J’ai un problème : c’est l’anesthésie générale. J’ai toujours peur de me faire violer par l’équipe médicale. » (une comédienne lesbienne du spectacle de scène ouverte Côté Filles au troisième Festigay au Théâtre Côté Cour, Paris, avril 2009) Le film « Hazel » (2012) de Tamer Ruggli dresse le portrait d’une redoutable pédopsychiatre aux méthodes peu conventionnelles. Dans son one-woman-show Betty Speaks (2009), Louise de Ville insulte sa psy : « Mon analyste, la PUTE ! » Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, les patientes se montrent particulièrement violentes avec leur psy, compte tenu qu’elles la traitent de « salope », de « pétasse », de « garce » : « Vous savez quoi ? Je me demande si on doit vous laisser sévir… » ; « Vous avez l’esprit complètement tordu, vous les psys. »

 

On passe vite aux menaces. « Cet horrible docteur ! » (Sally parlant de son projet d’avorter, dans la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall) ; « Je déteste les psychiatres. » (Cyril concernant la psychiatre, dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 153) ; « Tu vas t’arrêter, salope ? » (le professeur Vertudeau giflant l’infirmière dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, p. 49) ; « Espèce de connard ! » (Nicolas par rapport au médecin, dans le téléfilm « Sa Raison d’être » (2008) de Renaud Bertrand) ; « Qu’on jette la médecine aux chiens ! » (Macbeth dans la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare) ; « Connard, ce psychologue ! » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Si le médecin touche à ma femme, moi je l’encule ! Devant tout le monde ! Est-ce clair ?!? » (Adrien, homosexuel, à propos d’Eva sa meilleure amie enceinte dont il prétend être le mari face aux infirmières, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

La menace verbale ne suffisant pas, certains personnages homosexuels en viennent à l’agression physique avec leur thérapeute. Par exemple, dans le film « Ma Mère préfère les femmes (surtout les jeunes) » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman Elvira pète un câble dans le cabinet de consultation de son psychanalyste, et brise son aquarium à poissons. Dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Silvano, âgé de 100 ans, donne un coup de canne sur la tête de son médecin, le docteur Lopez, parce qu’« il le déteste » (p. 164).

 

Cela peut aller jusqu’au meurtre : « Ibiza poignarde l’infirmière aidé par Evita. » (cf. les didascalies de la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Y’a une semaine, j’ai descendu l’infirmière à Clairvaux et je me suis tiré avec ses frocs. » (Mimile dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 63) ; « Une main invisible attrapa l’infirmière par les cheveux et la souleva en l’air de cinquante centimètres. Elle poussa un hurlement à réveiller la clinique avant de tomber sur le parquet, se foulant une cheville. » (cf. la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 34) Dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le psychologue est carrément défenestré. Dans le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur, le psychiatre est assassiné à coups de griffes. À la fin du film « Flying With One Wing » (2004) d’Asoka Handagama, l’héroïne lesbienne Manju tue au couteau le docteur qui a tenté d’abuser d’elle : elle porte un vêtement blanc maculé du sang du crime. Dans la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti, Freud est envoyé en enfer.

 

Ce meurtre du médecin ressemble symboliquement à un parricide : « À seize ans, moi, j’étais encore seulement un fils. Le fils d’un très grand médecin, le saviez-vous ? […] Il ne m’a jamais réellement compris et je ne suis pas certain de l’avoir réellement aimé. » (Vincent dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 54-55) C’est tout le Réel et la Loi du Père que le personnage homosexuel rejette par son désir de destruction du médecin (comme on peut le voir encore dans le roman Tuer le père (2011) d’Amélie Nothomb).

 

Comme il n’a pas toujours le courage de mener ses menaces de meurtre jusqu’au bout, le personnage homosexuel se rabat sur une destruction iconoclaste : « Je produis en quelques jours, à la mine 2HB, plus de cinquante esquisses d’un diable fourchu, solidement queuté devant derrière et empalant par le troufignard une caricature chaque fois différente de ce rigolo. » (Vincent Garbo en parlant du chirurgien, dans le roman de Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 62)

 

Dr House

Dr House

 

Le médecin est diabolisé comme un savant fou ignoble et tortionnaire : cf. le film « Nineteen Nineteen » (1984) d’Hugh Brody, le film « Créatures célestes » (1994) de Peter Jackson (avec le psychiatre méchant), le film « Fixing Frank » (2005) de Michael Selditch, etc. « Ces chirurgiens, tous les mêmes ! Tous des charcutiers ! » (Maya, l’héroïne lesbienne, dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau) ; « Nous avions entendu parler des laboratoires des hommes, où ils vous percent la peau avec des instruments métalliques, soit contenant de l’électricité, soit du liquide empoisonné, pour étudier le comportement du rat face à la mort, pour en tirer des conclusions psychologiques qui leur facilitent la tâche dans les prisons et les camps humains. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 74) Dans le roman Son Frère (2003) de Philippe Besson, Lucas compare le personnel médical à des assassins : « Thomas a eu ce corps-là, avant que les médecins ne le mutilent. » (p. 50) Jean Cocteau définit le dentiste comme « une horreur » (Jean Cocteau cité dans le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala). Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, le médecin qui va opérer la narratrice transgenre F to M pour son changement de sexe se montre particulièrement cruel, despotique et infantilisant : « Il va falloir perdre cette habitude de s’excuser ou de remercier tout le temps. ‘Masque neutre’, vous vous rappelez ? Ça va venir. Une déconstruction, ça prend du temps. » Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, Tirésias, le pédiatre de Narcisse, conseille à la mère de ce dernier d’étouffer l’identité réelle de son fils : « Il aura une vie longue et heureuse s’il ne se reconnaît pas. »
 

Parfois, le meurtre du médecin s’opère symboliquement à travers le travestissement discréditant. Par exemple, dans le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, Sofia, la psy sexologue, « conseillère conjugale » gay friendly, se trouve être une femme inefficace et libertine complètement désorientée, à l’image de ses patients. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, la psychanalyste est parodiée en femme SM, avec talons aiguilles rouges, perruque verte, et fouet.

 

C’est parce que le héros homosexuel a basé trop d’espoirs en la Science et en l’Homme pour donner corps à ses fantasmes égoïstes et pour se supplanter à Dieu (« Je suis acteur de ma vie, je suis créateur et maître de ma propre existence. »), qu’il adopte vis à vis d’Elle une attitude de fan déçu, capable d’une dévotion démesurée comme de la plus terrible trahison. Par exemple, dans la pièce Une Saison en enfer (2008) d’Arthur Rimbaud, la voix narrative encense la science (« La science, la nouvelle noblesse ») comme elle la traîne dans la boue (« La science est trop lente ! »). Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa se plaint de son médecin qui l’a gavé de médocs, et critique son ophtalmo (elle lui baise finalement les pieds car il lui rend la vue). Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, la figure du psy est à la fois adorée et haïe : Frank, le personnage homosexuel, est suivi par un psy, le Dr Apsey, qui le manipule et qu’il manipule (ils jouent ensemble au chat et à la souris), et sort par ailleurs avec un autre psy, Jonathan, un confrère rival du Dr Apsey. Jonathan et Apsey se détestent et se disputent les faveurs de Frank. Jonathan surnomme même son collègue « le monstre ». Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, le psy est présenté comme une poupée vaudou transsexuelle sur lequel il est possible de se déchaîner : « Vous allez être gentille avec moi ? […] Tu ne peux pas ? Je te tue ! » La Doctoresse Freud – c’est ainsi qu’il est surnommé par le personnage de « L » – est tantôt un despote nazi (« Fraulein Freud ») et une star enviée : « Vous lui agrafez trois plumes d’oiseaux du paradis soutenues par un gros strass sur le front, comme si elle allait descendre le grand escalier des Folies Bergère ! »

 

Le médecin cruel et assassiné est une résurgence de la culpabilité inconsciente du héros homosexuel qui veut s’auto-punir d’avoir usé de la science à mauvais escient et en apprenti. Par exemple, dans le roman pro-homoparentalité The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, Jane, l’héroïne lesbienne, enceinte à cause des techniques scientifiques (donc d’une science dévoyée et corrompue) et de la PMA qu’elle a programmée avec sa compagne Petra, finit par récolter le vent qu’elle a semé, en ayant pour voisin de pallier un dangereux médecin-gynécologue, le Docteur Alban Mann, qui cherche à la tuer et qui viole les femmes qu’il accompagne/engendre/épouse. Après l’avoir diabolisé, elle finit par le tuer au couteau : « Le visage d’Alban était rouge et déformé par la rage. Il braqua son regard sur Jane et elle recula involontairement d’un pas dans son entrée. » (p. 43) ; « Jane tremblait d’envie de lui décocher un coup de poing. » (p. 52) ; « Son regard croisa celui de Mann et elle eut un aperçu du professionnel qu’il était, un médecin qui connaissait les rouages secrets du corps féminin, un homme capable de vous démonter. » (p. 175) ; « le drogue que Mann avait mise dans son café » (Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 183) ; « Jane sortit le couteau de sa poche pour le lui planter dans la cuisse jusqu’à la garde. Alba Mann hurla. » (Petra s’adressant à son amante Jane, dans le roman p. 232)
 

La phobie homosexuelle des médecins semble s’originer dans l’endormissement paniquant de la conscience et de l’intelligence. Par exemple, dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Adolphe Blanc explique (justifie presque) le rejet anti-médecins des « invertis » par l’ignorance : « Pensez-vous qu’ils étudient ? […] Les médecins ne peuvent faire penser les ignorants. […] Ils ne liraient pas de livres médicaux ; quels souci ces gens [les invertis] ont-ils des médecins ? » (p. 508) Et en effet, on déteste bien souvent ce qu’on ne cherche pas comprendre ou qu’on est vexés de ne pas comprendre. On reporte sur autrui la haine qu’on devrait vouer à notre propre méconnaissance.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

La communauté homosexuelle, dans son ensemble, voue une haine viscérale pour les médecins, et surtout les psychanalystes :

 

Les personnes homosexuelles, en général, ne mâchent pas leurs mots quand elles lancent des diatribes à destination de la confrérie médicale mondiale : « Je demeure plus que sceptique à l’égard des psys, agacé de leur suffisance. » (Christian Giudicelli, Parloir (2002), p. 72) ; « Toubib, soigne-toi toi-même ! » (cf. le slogan du FHAR dans les années 1970, cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 188) ; « C’est la psychologie qui est romanesque. Le seul effort d’imagination est appliqué là, non aux événements extérieurs, mais à l’analyse des sentiments. » (Raymond Radiguet, Le Bal du Comte d’Orgel (1924), p. 10) ; « La psychologie ne m’intéresse pas. Je n’y crois pas. […] L’art de vivre, c’est de tuer la psychologie, de créer avec soi-même et avec les autres des individualités, des êtres, des relations, des qualités qui soient innomés. » (Michel Foucault, « Conversation avec Werner Schrœter » (1981), dans Dits et Écrits II, 1976-1988 (2001), p. 1075) ; « Les messieurs-dames de la psychanalyse s’en vont répétant ce que nous savions déjà. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 84) ; « On ne voit de ‘sale pédé’ qu’au lieu où on se prend pour un petit maître, et on ne croit pas pouvoir juger de l’Autre qu’au lieu où notre propre savoir nous juge, et nous juge durement. » (Pierre Zaoui, « Psychanalyse », dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 348) ; « Psy, ce n’est pas un métier : c’est une source de revenu. » (Blandine Lacour, Je ne suis pas un produit fini, 2011) ; « J’ai passé 8 mois chez les dingues. […] J’avais promis au médecin que j’allais devenir hétérosexuel. » (Allen Ginsberg dans le docu-fiction « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman) ; « Ce n’est pas à moi que l’homosexualité pose problème, c’est à mon entourage. C’est donc à lui de se faire soigner ! » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 87) ; « On sait qu’en France le débat autour du ‘mariage pour tous’ a réveillé de vieilles animosités entre certains homosexuels et des psychanalystes. Déjà lors de la discussion du PaCS au début des années 2000, un ‘mur d’hostilité’ aurait été érigé, à en croire Éric Fassin, par les psychanalystes à l’encontre de la revendication homosexuelle, surtout en matière de parentalité. ‘Dans leur immense majorité, observe-t-il, les voix [des psychanalystes] qui se font entendre font barrage à toute légitimation symbolique […] les exemples sont nombreux, et familiers puisqu’ils se font abondamment entendre dans les medias, depuis Simone Korff-Sausse, pour laquelle une même ‘logique du même’ autorise le rapprochement entre PaCS et clonage, à Jean-Pierre Winter qui, renouvelant la rhétorique de l’homosexualité contre-nature, met en garde contre les ‘organismes symboliquement modifiés (OMS)’. » ; « Je ne suis pas folle. Je ne souffre pas de dysphorie de genre. Je vais continuer à me troubler. Je vais troubler les termes que vous avez établis. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, défiant la communauté scientifique, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc.

 

Gilles Deleuze

Gilles Deleuze

 

Par exemple, la romancière nord-américaine Carson McCullers est très hostile à l’idée d’entreprendre une psychothérapie. Dans Palimpseste – Mémoires (1995), Gore Vidal dit son « aversion pour Freud » (p. 123). Dominique Fernandez nous parle de ce qu’il appelle « les sottes théories de Freud » (Dominique Fernandez, « Pierre Herbart : Écrire le désir dans les années 50 », dans le Magazine littéraire, n°426, décembre 2003, p. 51). Lors de sa conférence au Centre LBGT de Paris à l’occasion de la sortie de son essai sociologique Délinquance juvénile et discrimination sexuelle en janvier 2012, Sébastien Carpentier critique la psychiatrie. Arturo Arnalte, dans son article « El Teorema Del Agujero », attaque son psychologue (Juan A. Herrero Brasas, Primera Plana (2007), p. 135). Dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan, la psychiatrie est particulièrement décriée. Lors de la conférence « Le Lobby gay… Un bruit de couloir » organisée à l’Amphithéâtre Érignac à Sciences Po Paris (le mardi 22 février 2011), Dominique de Souza Pinto, la vice-présidente de Gay Lib, se met du côté des défenseurs de la « dépsychanalysation des trans ». Dans les B.D. de la P’tite Blan réalisées par Blandine Lacour et Galou (Coming soon : naissance d’une déviante (tome 1, 2009), Coming out : une histoire de sortie de placard (tome 2, 2010), Coming back : le retour de la lesbienne (tome 3, 2011), la psychanalyse est très souvent attaquée. Dans l’émission Mots croisés d’Yves Calvi (sur le thème « Homos, mariés et parents ? », diffusée sur la chaîne France 2 le 17 septembre 2012), la journaliste lesbienne Caroline Fourest, avec son faux calme habituel, louche sur le psychiatre Pierre Lévy-Soussan et finit par s’acharner sur lui : « Je pense qu’un certain courant de la psychanalyse a une vraie auto-critique à faire. » Dans le docu-fiction « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, l’« incestuosité » de l’homosexualité, thèse développée par des psychanalystes, est tournée au ridicule.

 

Dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, les médecins sont présentés comme les grands méchants. Par exemple, Vincent Guillot, militant intersexe, règle ses comptes avec la confrérie scientifique : « Est-ce que tu ressens de la haine pour ces médecins ? » lui demande Édouard, l’un de ses camarades intersexués, lors d’une conférence. Et il répond oui. Plus tard, il s’en explique : « Le médecin m’a dit : ‘T’es un mutant, t’auras jamais d’enfant, tu seras toujours différent des autres.’ »
 

Le complexe d’Œdipe est considéré par certains intellectuels homosexuels comme une « théorie » barbante et orgueilleuse parce qu’elle aurait la prétention de tendre à l’universalité et au vrai (Martine Gross, « Homoparentalité », dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 220). Dans l’essai L’Anti-Œdipe (1972), Gilles Deleuze et Félix Guattari sont très virulents à l’encontre de ceux qu’ils appellent les « obsédés du triangle » œdipien (p. 129). Dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre, témoin homosexuel gendarme, jadis marié à une femme, et à présent en couple avec un homme, critique férocement les propos d’un psychiatre dans le Loiret qui l’avait dissuadé de faire son coming out : « Vous auriez dû fermer votre gueule, prendre des médicaments et rester avec votre femme, comme tout le monde. »

 

Petite expérience personnelle : j’ai assisté à une soirée spéciale inter-sexués, organisée au Centre LGBT de Paris, le 30 mars 2011, autour du documentaire « Naître ni fille ni garçon » (2010) de Pierre Combroux ; et j’ai été frappé par l’aversion quasi collective à l’encontre des psychologues et des psychiatriques exprimée par les participants du débat qui avait suivi la projection du film. Le climat était fortement anti-médecins et anti-naturaliste.

 

Dans le discours de beaucoup d’individus homosexuels, les psys, par la culpabilisation qu’ils induiraient de leur éclairage sur les blessures humaines, seraient même des criminels. Par exemple, dans l’émission radiophonique Homo Micro du 13 février 2007, Jean Le Bitoux conseille aux personnes homos de ne pas aller voir les psys car « il y a des suicides après ». Si l’on en croit par ailleurs cet article « Ma psy est ‘Manif Pour Tous’ », les psys, c’est carrément le Ku Klux Klan ! En générique de fin du film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien homosexuel, est présenté comme une des nombreuses victimes homosexuelles des castrations chimiques de l’odieuse communauté scientifique mondiale.

 

Non seulement la communauté homosexuelle veut faire taire les psychanalystes, les psychologues, et les psychiatres, mais parfois, elle veut même les tuer ! « Mon premier soin, quand je serai dictateur, ce sera de faire pendre haut et court un psychiatre, de préférence un psychanalyste. » (Marcel Arland cité dans l’autobiographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006) de Pascal Sevran, p. 204) ; « Comme le dit Foucault, il faut liquider la psychologie. » (Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel (2008), pp. 151-152) Dans son autobiographie Impotens Deus (2006), l’écrivain français Michel Bellin décide dans sa vie de braver tous les interdits moraux sur la sexualité, « juste pour niquer papy Sigmund » (p. 56). L’écrivain polonais Witold Gombrowicz se déclare prêt à mordre la main de son psychiatre parce qu’« il ne veut pas qu’on lui vole sa vie intérieure ».

 

S’ils existent bien sûr des personnes homosexuelles qui consentent à rentrer dans le « travail » d’analyse (comme on va à la séance hebdomadaire de yoga), et à défendre calmement les sciences humaines/psychanalytiques, j’ai constaté souvent qu’elles y trouvaient une caution morale pour se justifier ensuite de pratiquer en toute bonne conscience les actes homosexuels. En réalité, elles singent une hypocrite collaboration avec les psychanalystes, et s’arrangent pour se trouver un analyste gay friendly (voire gay lui-même), qui se montrera suffisamment « ouvert » et complaisant pour ne leur opposer aucune résistance. En se passionnant pour les livres de psychologie (qu’elles lisent à l’envers, en y piochant çà et là les quelques idées qui leur donneront raison) ou en s’improvisant psychanalystes elles-mêmes, certaines personnes homosexuelles pratiquantes ont déniché une occasion en or de légitimer par la Nature et par la Science leur homosexualité/bisexualité, de s’épancher sur leurs propres sentiments, et de justifier l’amour homosexuel.

 

L’anti-psychanalyse, qui est bien souvent un repli sur soi et un égocentrisme individualiste, se présente pourtant comme une magnifique responsabilisation de l’être humain, un chemin de bien-être et de réconciliation avec soi-même, une liberté et une émancipation queer. « C’est l’antipsychiatrie correspond le mieux, au niveau conceptuel, à la pensée queer. » (Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel (2008), p. 193) ; « C’est en débarrassant le sujet de tout cadre qu’on donne au patient la possibilité de se retrouver. » (idem, p. 193) Par orgueil, certaines personnes homosexuelles prétendent être leur propre analyste : « Nous devrions nous conduire, Foucault nous y invite, jour après jour, en médecins de nous-mêmes. » (cf. les phrases de conclusion d’Albert Le Dorze, idem, p. 230) Je vous renvoie au n°81 (du 1er septembre 2003) de la revue Têtu intitulée « Quand les homos analysent leurs psys ».

 

Vidéo-clip de la chanson "Dégénération" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer

 

C’est parce que les personnes homosexuelles (et notamment les personnes transgenres) ont basé trop d’espoirs en la Science et en l’Homme pour donner corps à tous leurs fantasmes et pour se supplanter à Dieu, qu’elles adoptent vis à vis d’Elle une attitude de fans déçus, capables d’une grande dévotion comme du plus profond mépris. En général, les personnes transsexuelles sont particulièrement réfractaires aux psychanalystes, car évidemment, il y a grosse anguille sous roche les concernant, surtout du point de vue de la blessure identitaire et de l’expérience du viol. Par exemple, pour la Treizième Marche Existrans de Paris (2009), on peut lire sur certaines pancartes des slogans explicites : « Un Psy… Non merci ! » Le médecin, par son savoir et ses exigences, a le pouvoir de faire mal en même temps qu’il guérira et soulagera sur la durée son patient. Et cela, bien sûr, peut effrayer et paraît intolérable. Qui a dit qu’une libération se faisait sans souffrance ?

 

Il arrive parfois que la passion idolâtre et fétichiste homosexuelle pour le médecin débouche vers le meurtre de ce dernier.
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

Code n°118 – Médecines parallèles (sous-codes : Psy de bazar / Hypnotiseur / Amoureux du médecin / Faux scientifiques / Apprenti sorcier / Maladie d’amour)

Médecines parallèles

Médecines parallèles

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Tous des psys du Loft

et des médecins bidon ?

 

Si vous commencez à nous écouter, nous individus homosexuels, vous remarquerez que nous éprouvons une aversion ou une simple méfiance pour la science, mais que paradoxalement, nous ne jurons que par elle. Dans notre discours – notamment celui des personnes transsexuelles – la croyance aux progrès de la science est quasi absolue. Et à l’intérieur de nos œuvres, nos personnages lorgnent sans arrêt sur les médecins. En critiquant avec virulence la communauté scientifique (cf. je vous renvoie au code indispensable à la compréhension de celui-ci, à savoir « Médecin tué » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels), beaucoup de personnes homosexuelles créent, soit par l’art et le sentiment, soit en vrai, des médecines parallèles dans lesquelles elles reproduisent/détruisent ce qu’elles reprochent (souvent à tort) à la médecine humaniste. C’est ainsi qu’elles finissent bien souvent par devenir en partie leur propre caricature de la science adulée-méprisée. En somme, la majorité des personnes homosexuelles (et leurs suiveurs gay friendly) cherchent à devenir des scientifiques dans le mauvais sens du terme, à savoir des savants fous de laboratoire, des thérapeutes de comptoir, des médecins de seconde zone usant de méthodes peu orthodoxes (hypnose, voyance, médecine verte, massages, clonage, etc.). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que beaucoup d’auteurs homosexuels transforment le psy en être lubrique cachant ses appétits sexuels derrière le masque de la rigueur scientifique et de la compassion du médecin pour le patient, parce qu’ils projettent bien souvent sur lui leurs propres fantasmes. Ils reprennent le jargon universitaire à leur compte, puis attribuent le fanatisme de leurs recherches (en génétique notamment) à leurs homologues scientifiques. Par exemple, leur tentative pour prouver scientifiquement que l’homosexualité est normale et naturelle engendra l’argument du gène récessif qui fit le cauchemar de la communauté homosexuelle pendant la Seconde Guerre mondiale. Au fond, beaucoup de personnes homosexuelles détestent la science parce qu’elle leur renvoie une dictature qu’elles exercent parfois elles-mêmes sur les corps sous l’excuse du progrès scientifique (chirurgie esthétique, fécondation in vitro, opération de changement de sexe, GPA, etc.).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Médecin tué », « Frankenstein », « « Plus que naturel » », « Jardins synthétiques », « Infirmière », « Folie », « Se prendre pour Dieu », « Se prendre pour le diable », « Attraction pour la « foi » », « Différences physiques », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Bobo », « Fresques historiques », « Clonage », « Amoureux », « Ennemi de la Nature », « Adeptes des pratiques SM », « Faux intellectuels », « Faux révolutionnaires », « Milieu psychiatrique », à la partie « Homophobes repentants » du code « Mère gay friendly », à la partie « Sorcières » dans le code « Destruction des femmes », et à la partie « Amour sorcier » du code « Désir désordonné », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

a) La prétention d’être scientifique :

Beaucoup de héros homosexuels, pour justifier leur désir homosexuel et les actes (amoureux et génitaux) qu’il les engage à poser, le présentent comme « naturel », « scientifique » et indiscutable (cf. je vous renvoie au code « « Plus que naturel » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Leurs sympathisants hétéros gay friendly, notamment des médecins et des thérapeutes, soucieux de se racheter une bonne image auprès d’eux, ou de les sortir du marasme sentimental dans lequel leurs amis homos s’engluent, vont généralement dans le sens de cette sincérité et de cette croyance en la scientificité de l’homosexualité. Dans les fictions homo-érotiques, on voit de plus en plus de « psys du Loft » compréhensifs, de psychiatres de comptoir soucieux d’afficher une image d’ouverture et de tolérance que n’auraient pas eues leurs poussiéreux aïeux, et de s’adresser au personnage homosexuel en des termes rassurants pour défendre la normalité de son/leur homosexualité et combattre « l’Hydre de la Culpabilité » ou de « l’Homophobie intériorisée » ! Par exemple, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, Tyler Montague, le conseiller conjugal gay friendly, écrit des livres sur la théorie bisexuelle des « âmes jumelles », se définit lui-même comme le « gourou de l’amour »), et sert d’entremetteur entre Elena et Peyton. Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, le psychologue scolaire du campus universitaire, particulièrement gay friendly, essaie d’unir, mielleusement mais artificiellement quand même, les deux potes Jenko et Schmidt pendant la consultation. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, Catherine, la prof de maths, est lesbienne.
 

Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, la jeune Hache, la petite sœur de Rachel l’héroïne lesbienne, justifie l’« amour » que vit sa grande sœur avec Luce, par l’astro-physique : elle fait, à l’école primaire, des exposés publics de mécanique quantique et d’astronomie sentimentalisés… et c’est à ce moment-là que dans l’obscurité du public le « couple » Rachel/Luce commence à se former. La bouche sort de la bouche des enfants « savants » ! Et en plus, face au futur « couple » lesbien, elle se met à « philosopher » en réduisant l’amour à une équation astrale et chimique : « Que se passe-t-il quand une force qu’on ne peut pas arrêter rencontre un objet qu’on ne peut pas bouger ? » Même Heck, le mari de Rachel, finit par s’avouer vaincu par la « force » que ressent sa femme pour une autre : « Ce que tu ressens en ce moment, c’est cette force qu’on ne peut pas arrêter. »
 

Ensuite, un certain nombre de héros homosexuels se targuent d’être d’éminents scientifiques… et même des soignants plus puissants, plus humains, plus désintéressés, que les médecins traditionnels (cf. je vous renvoie au code « Médecin tué » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) ! : « Ici, la Science c’est moi ! » (la Reine dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Je suis scientifique. » (le très efféminé Dr Frankenstein Junior, dans la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks) ; « J’écris des articles pratiquement scientifiques. » (la figure maniérée d’Anton Tchekhov, dans la pièce Anton, es-tu là ? (2012) de Jérôme Thibault) ; « À seize ans, moi, j’étais encore seulement un fils. Le fils d’un très grand médecin, le saviez-vous ? L’agrégation, la faculté, l’Académie, la faculté, l’Académie, toutes ces choses en imposent à un fils. Je me souviens d’une ombre portée sur nos vies, d’un homme plus grand que nous tous, sans que nous sachions véritablement si cette grandeur était une aubaine ou un malheur pour notre futur d’homme. Aujourd’hui, avec le recul, sans doute, je dirais que notre indifférence réciproque était plus feinte que réelle, et qu’au final j’aurai appris de mon père. » (Vincent, le jeune héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 54) ; « Au fin fond d’une forêt, des personnes sont enfermées dans un hôpital psychiatrique. […] Elles se sont inventées une nouvelle thérapie. » (la voix-off du début de la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet)

 

Par exemple, dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Gabriel est gay, et il est la caricature du psychanalyste puisqu’il fait plein de métaphores freudiennes chiantes qui saoulent tout le monde. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Gabriel, le héros efféminé et émotif, qui suit une thérapie psychanalytique de plus de 10 ans avec sa psychanalyste, joue à se soigner lui-même par un jargon « psy » ronflant et ridicule : il recherche « une psychologie autrichienne de l’amour ». Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, Alan Turing, le mathématicien homosexuel, est présenté comme un génie (« un prodige des mathématiques ») qui aurait sauvé 14 millions de vies pendant la Seconde Guerre mondiale parce qu’il a décodé Enigma, un programme de guerre nazi. Dans la pièce La Princesse Rose et le retour de l’ogre (2019) de Martin Leloup, le Prince est campé par un jeune homme peu sûr de sa masculinité, terrorisé par sa Princesse, et qui laisse deviner qu’« entre deux patient » son métier de dentiste le passionne davantage que celui de chevalier : « Je ne peux pas être chevalier. Je veux être dentiste ! »

 

Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit, l’héroïne lesbienne, prétend se substituer à sa thérapeute, et inverse un court instant les rôles : « Le Docteur Feingold a prétendu que cette obsession vestimentaire trahissait une activité de substitution. Elle m’a dit que j’avais besoin de ritualiser mon chagrin et que cette manie de choisir des vêtements remplaçait dans mon esprit une expression plus profonde de la perte. J’ai eu envie de lui demander : ‘Et vous, docteur Feingold, vous vous êtes déjà interrogée sur ce que cela signifie, pour vous, de vivre seule dans un appartement blanc immaculé, avec un chat impeccable que vous appelez Bébé ?’ Bien sûr, je me suis contentée de l’écouter et d’acquiescer, car je n’avais aucune envie d’entamer de nouveau une conversation sur mon agressivité, mes limites et ma tendance à ‘résister au processus’, comme elle dit. Ce qu’elle ignore, c’est que ma vie est bâtie sur cette résistance au processus. » (p. 67)

 

Certains héros homosexuels se piquent au jeu de l’analyse et de l’auto-analyse psychanalytique, pensent qu’une personne n’a la légitimité de parler d’un sujet de société qu’à partir du moment où elle est « en analyse », ou bien si elle a reçu une « formation ». Sinon, elle n’a pas l’habilitation ! On les voit faire des interprétations tirées par les cheveux, saupoudrées de jargon scientifique et de mots ronflants qu’apparemment ils ne comprennent pas. Ils recrachent scolairement du concept : « Polly [l’héroïne lesbienne] dit que la sexualité, de toute façon c’est dans la tête, et en réinterprétant Freud, ‘On est tous des bisexuels qui faisons des choix.’ » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 67-68) ; « Depuis qu’elle est en analyse, elle voit des doubles sens partout. » (Nina parlant de son amante Lola, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Pourquoi tu ne vas pas raconter ça sur le divan d’un psy ? » (Vera s’adressant à Nina, idem) ; etc. Par exemple, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, la mère de Howard, qui, au départ, était homophobe, organise, le jour du mariage hétérosexuel de son fils gay, une sorte de cercle d’alcooliques anonymes improvisé, dans l’église avec les vieilles qui restent.

 

La science, c’est parfois le terrain professionnel officiel du protagoniste homosexuel. Il est soit étudiant en médecine ou en « psycho », soit infirmier, médecin, ou dans les métiers de la santé : cf. le film « Pharmacien de garde » (2001) de Jean Veber, la pièce La Muerte De Mikel (1984) d’Imanol Uribe (avec le pharmacien Mikel), la B.D. Anarcoma (1983) de Nazario (avec les frères Herr), le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin (avec Adar, le héros homosexuel psychologue), la B.D. Le petit Lulu (2006) de Hugues Barthe (avec Hugues, le pharmacien gay), le film « Dus Gezginleri » (1994) d’Atif Yilmaz, le film « Ich Möchte Kein Mann Sein » (1933) de Reinhold Schünzel (avec le médecin gay), le film « Dentist On The Job » (1961) de C.M. Pennington-Richards, le film « Quatre garçons dans le vent » (1964) de Richard Lester, le film « Le Fouineur » (1969) d’Ettore Scola, le film « Kaput Lager, Gli Ultimi Giorni Delle SS » (1976) de Luigi Batzella, le film « Fraulein Doktor » (1968) d’Alberto Lattuada, le film « Frontière chinoise » (1965) de John Ford (avec la doctoresse lesbienne), le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, le film « Que Me Maten De Una Vez » (1986) d’Óscar Blancarte, le film « Simon » (2004) d’Eddy Terstall (avec le dentiste homo), le film « Delitto Al Blue Gay » (1984) de Bruno Corbucci, le film « Thulaajapoika » (« Le Fils prodigue », 1992) de Veikko Aaltonen (avec le psychiatre gay), le film « Lapsia Ja Aikuisia » (« Production d’adultes », 2004) d’Aleksi Salmenpera (avec la doctoresse bisexuelle), le film « Liv Og Dod » (« Vie ou mort », 1980) de Svend Wam et Peter Vennerod, le film « Hotel Y Domicilio » (1994) d’Ernesto del Rio, le film « Une Vie normale » (1996) d’Angela Pope, le film « Charlotte For Ever » (1986) de Serge Gainsbourg, le film « The Clinic » (1983) de David Stevens, le film « Karakara Hiraku » (1992) de Joji Matsuoka, le film « Dead Ringers » (« Faux-semblants », 1988) de David Cronenberg, la pièce Les Z’héros de Branville (2009) de Jean-Christophe Moncys (avec le Dr Gay), le sketch « J’vous ai pas raconté ? » de Franck Dubosc (avec l’orthopédiste lesbienne), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec Omar, étudiant en psycho), le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan (avec Catherine, la gynécologue lesbienne), le film « Le Vilain » (2008) d’Albert Dupontel (avec le médecin homosexuel refoulé), le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Serge, le médecin gay), le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec Göran, le médecin homo), la pièce Psy (2009) de Nicolas Taffin (avec Mr Baubois, le psy gay), le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare (Antoine, le futur « mari » de Jérémie, est titulaire de chirurgie dans un grand hôpital parisien), le film « Je te mangerais » (2009) de Sophie Laloy (avec Emma, étudiante en médecine), le film « Cachorro » (2004) de Miguel Albaladejo (avec le dentiste homosexuel), la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage (avec le psy joué par le père transsexuel M to F), le film « Parfum d’Yvonne » (1993) de Patrice Leconte (avec le Dr René Meinthe, s’exclamant : « Je suis la reine des Belges ! »), le film « MASH » (1970) de Robert Altman (avec le dentiste homo), la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand (avec Hugues, le médecin gay, ainsi que son ami psychiatre Guy, secrètement amoureux de lui), etc. Par exemple, dans énormément de films de Pedro Almodóvar, on retrouve la figure récurrente du faux/beau médecin, du docteur-acteur « folle », ou bien du duo (homosexuel ?) de deux infirmiers. Dans le film « Il Compleanno » (2009) de Marco Filiberti, Mateo est psychanalyste. Dans le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley, Ian, l’ex de Nathan, est infirmier. Dans le film « Verde Verde » (2012) d’Enrique Pineda Barnet, Alfredo est médecin. Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Gabriel, le psy d’Alex, est homo. Dans le film « Yossi » (2012) d’Eytan Fox, Yossi Hoffman, le héros homo, est devenu cardiologue. Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, Ron, le héros hétérosexuel sidéen, dit, par provocation (mais aussi parce qu’il a identifié en lui une véritable homosexualité) que le docteur Sevard bande pour lui.

 
 

b) Les détournements de la science :

L’appartenance du héros homosexuel au monde scientifique est peut-être bien inscrite noir sur blanc sur son badge… mais dans les faits, on constate bien souvent qu’il joue de son statut de médecin ou de docteur pour laisser libre cours à ses fantasmes les plus incontrôlés et les plus fous. Dans son esprit, il semble avoir substituer la technique (celle qui peut servir l’Homme tout comme L’asservir) à la science (celle qui n’est là que pour servir, guérir et soulager l’Homme). Cette confusion entre science et technique l’entraîne généralement dans une quête effrénée de la performance, du profit, de la productivité, de la consommation, du pouvoir. « Time is money. » (Caroline, la psy avare, dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet).

 
 

b) 1 – Le détournement de la science par le sentiment et le génital : l’Amour réduit à une solution chimique ; le sexe envisagé comme une expérience scientifique

 

Il semblerait pour commencer que le héros homosexuel médecin ait souvent du mal à garder sa place de thérapeute, et ne respecte pas la bonne distanciation avec son patient. Par exemple, dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, les rapports entre patient et médecin sont inversés et beaucoup trop affectifs : « Cyril va me rendre folle. » (p. 193) déclare la psychiatre par rapport au garçon qu’elle suit en thérapie criminologique. Dans le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell, Sofia la psy/conseillère conjugale gay friendly, finit par être déboussolée dans sa propre vie sexuelle par le couple homosexuel qui la consulte. Dans le film « C’est une petite chambre aux couleurs simples » (2013) de Lana Cheramy, Mister Jones, vieux peintre aveugle et admirateur de Van Gogh, est soigné dans une maison de repos par Bob, un jeune infirmier dont il tombe amoureux. Dans le film « Sexual Tension : Volatile » (2012) de Marcelo Mónaco et Marco Berger, un homme, au bras dans le plâtre, se fait laver par la sensuelle éponge d’un infirmier. Dans la pièce Et Dieu créa les fans (2016) de Jacky Goupil, Tom, le fan de Mylène Farmer, se voit conseiller par son médecin de « persévérer » pour sortir de sa pathologie. Il entend dans cet encouragement une invitation à le draguer.

 

Pièce "Une visite inopportune" de Copi

Pièce « Une Visite inopportune » de Copi


 

Pis encore. Il verse quasi systématiquement dans la compassion amoureuse. Très souvent les fictions homo-érotiques font s’entrelacer le docteur et son malade. Il n’y a qu’un pas entre le divan et le lit, entre le billot et la chambre à coucher ! : cf. la série gay espagnole Physico-Chimie, le film « La Sonde urinaire » (2006) de Camille Ducellier, la pièce Les Homos préfèrent les blondes (2007) d’Eleni Laiou et Franck Le Hen (avec Romu, le héros homosexuel, amoureux de son psy), le roman Adrienne Mesurat (1927) de Julien Green (avec Adrienne, l’héroïne, amoureuse du Dr Maurecourt), le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler (avec Karen et le Dr Joe Cardin), le film « Mauricio mon amour » (1977) de Juan Bosch, le film « Psy » (1980) de Philippe de Broca, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar (avec Stéphane amoureux de son médecin), la pièce Je suis fou de ma psy ! (2007) de Chris Orlandi, le film « Anne Trister » (1985) de Léa Pool (avec Anne amoureuse de sa psy), le film « Parisian Love » (1925) de Louis Gasnier (avec le savant gay), le film « Doctors In Love » (1960) de Ralph Thomas, le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar (avec le dentiste homo et pédophile), la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes (avec Frank, le héros homosexuel, en couple avec un psychiatre, le Dr Baldwin), la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi (avec l’infirmière amoureuse du professeur Vertudeau), la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec le fantasme très marqué du beau médecin Yuri), etc.

 

Par exemple, dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, George tombe amoureux de son « infirmier » Kenny. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory est tombé amoureux de son camarade d’enfance Peter, qui, une fois adulte, devient dentiste ; pour le draguer dans son cabinet et avoir le plaisir d’être consulté, il va s’inventer des faux problèmes dentaires. Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam soigne et lave Lukacz, qui va tomber amoureux de lui. Dans le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina, la femme-fillette anonyme embrasse sa soignante. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Nono se « fait sauter » par son psy « à chaque séance, deux fois par semaine ». Dans le roman J’apprends l’allemand (1998) de Denis Lachaud, Ernst dit « bien aimer » (pp. 15-16) son ophtalmo et veut lui offrir un collier de perles, ce qui n’est pas du tout du goût de son père. Dans le film « Dis bonjour à la dame » (1976) de Michel Gérard, Rémi Laurent, un adolescent, met la main sur la cuisse de son psy. Dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, la psychiatre (double androgynique de Cyril) est amoureuse du professeur G. Dans la pièce Les Monologues du pénis (2007) de Carlos Goncalves, Sylvain, le personnage homosexuel, tombe amoureux de son médecin. À la fin du film « Le Zizi de Billy » (2003) de Spencer Lee Schilly, Billy, le héros homosexuel, sort avec le médecin qui l’a soigné. Dans la pièce Moi aussi, je voudrais avoir des traumas familiaux… comme tout le monde (2012) de Philippe Beheydt, Eddy se fait draguer par un médecin qui lui fait une « petite moue » pleine de sous-entendus. Dans le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1983) de Pedro Álmodóvar, la psychanalyste s’occupe de Sexi uniquement pour coucher avec le père de celle-ci, lui-même scientifique. Dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018, Jérémie Elkaïm, l’interne à l’hôpital, est homosexuel et le futur amant de Victor. Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Darling, le héros travesti M to F, presse les couilles du médecin hétéro qui vient à domicile chez Marie.

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola sort avec sa prof de physique quantique Vera qui construit méticuleusement autour d’elle une relation tout à fait chimique et intellectuelle. Nina, la maîtresse de Lola, décrit la « mécanique des fluides » circulant entre Lola et Vera. Vera fait le parallèle entre les aventures « extraconjugales » de Lola avec Nina et sa propre activité professionnelle « scientifique » : « Pendant que tu t’enverras en l’air, moi je regarderai sauter les neutrons. » Quant à Nina, elle tombe amoureuse d’un dentiste, Pierre-André, qui la flatte sur ses faux talents artistiques.
 

Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum suit en thérapie un couple gay Benjamin/Arnaud parce qu’Arnaud ne s’assume pas comme homo. Et il se trouve que ce thérapeute est homosexuel et va, pour sauver ses patients du naufrage « conjugal », coucher avec Arnaud pour le guérir de l’hétérosexualité. Il leur soumet l’échelle de Kinsey pour les forcer à l’homosexualité. Il élabore une thérapie intrusive, le « Deep in your house », par laquelle il cherche à vivre un couple homosexuel à trois. Il finira même par coucher avec Arnaud à l’insu de Benjamin.
 

« Anna envoyât chercher le docteur. Trouvant que la petite n’avait rien de grave, il prescrivit une dose de poudre de Grégoire. Stephen [l’héroïne lesbienne] avala l’odieux breuvage sans un murmure, presque comme si elle l’aimait ! » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 38) ; « Moi, j’l’ai su dès la naissance, quand je suis tombé amoureux de l’infirmier. » (Samuel Laroque évoquant son premier éveil homosexuel, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « On va faire l’amour dans ton cabinet. » (Fabien s’adressant à son amant et médecin Hugues, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Le premier homme avec lequel Romain franchit le gué fut le psy. » (Françoise Dorin, Les Julottes (2001), p. 97) ; « Le psychanalyste l’excite, voilà pourquoi Irena refuse de se soumettre au traitement. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 35) ; « C’est des années plus tard que je me suis demandé si je n’avais pas un peu extrapolé la situation. » (Jarry, le héros pourtant homosexuel, disant son émoi par rapport à l’infirmière, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « J’adore mon dentiste. » (Benjamin, un des héros homosexuels de la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Il est mignon ce chirurgien. » (Jefferey Jordan, mimant la réaction du bébé découvrant son gynéco à sa naissance, dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; etc.

 

La psychanalyse ou la médecine sont substituées par le mot « amour » (… et surtout, en acte, par le sexe sans Amour !). Que le héros homosexuel soit concrètement diplômé de médecine ou non, peu importe. Avec son amant, ils font comme s’ils vivaient une expérience (scientifique, fusionnelle) ! « À défaut d’une infirmière, je me suis rabattue sur Chloé. » (la P’tite Blan dans la B.D. Coming soon : naissance d’une déviante (2009) de Blandine Lacour et Galou) ; « Jouis tout ce que tu confesses. […] Il glisse l’abdomen dans l’orifice à moi. […] Confidence sur divan, on se psychanalyse. […] Jouis tout ce que tu sussures. » (cf. la chanson « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer) Par exemple, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Roberto/Octavia, le héros transsexuel M to F, conseille à Elsa de suivre une analyse, et s’improvise psychothérapeute de charme : « J’ai étudié la psychothérapie pendant des années. Tu t’allonges ? » Dans la nouvelle « La Chambre de bonne » (2010) d’Essobal Lenoir, la pénétration anale de la sodomie homosexuelle est euphémisée par la métaphore comparative de l’insertion du thermomètre dans l’anus : « Je pris donc sa température. » (p. 59).

 

Sans être nécessairement médecin de métier, le libertin homosexuel fictionnel s’achète une conscience par le biais de la science, présente un joli certificat médical en espérant qu’on ne voit pas que la signature en bas est bidon, qu’il est nu sous sa blouse blanche, que son discours est beaucoup plus sentimentaliste que réellement fonder sur les faits, que le docteur qu’il joue à être n’est en réalité qu’un prétexte de plus (le serment d’hypocrite !) pour aller baiser à droite à gauche sans (se) l’avouer (« Je ne drague pas et je ne nique pas ! : je vis juste une Expérience sensible, une Exploration sensuelle ; c’est pour une étude sociologique… » soutient-il sincèrement) : « Ce serait pas le tromper : ce serait de l’expérimentation. » (Ninette parlant de son mari à son amante et amie Rachel, dans la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « Laisse-toi cueillir âme sœur exquise, à la marge, limite, banquise, le désordre des sens, le démon qui te pique, comme la nature chimique de mon attachement à toi. » (cf. la chanson « Les Fleurs de l’interdit » d’Étienne Daho) ; « Un homme pense en général au sexe 13 fois par jour… oui, je suis anthropologue… » (la femme à propos de son ex-compagnon Jean-Luc converti en homo, dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Oui, j’étudie les hommes depuis des années, professionnellement… un peu comme une prostituée en somme… » (idem) ; « Les rapports sexuels augmentent la production d’adrénaline et de cortisol, deux stimulants de la matière grise : le sexe rend donc plus intelligent ! C’est scientifique. » (le Comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’adore toutes les expériences. Surtout les sorties de corps. » (le compositeur homosexuel Érik Satie dans la pièce musicale Érik Satie… Qui aime bien Satie bien (2009) de Brigitte Bladou) ; « Je décidai de devenir le polytechnicien de l’amour. » (Eugène, le héros homosexuel du one-man-show Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien) ; etc.

 

Souvent, le héros homosexuel élabore une théorie scientifiste jargonnante d’intensification de la libido humaine, de guérison de l’être par l’orgasme et le bien-être. Par exemple, dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny a peur de s’abandonner sur l’eau, et donc son amant Romeo lui apprend à faire « la planche » dans la mer : « Pour flotter, il faut lâcher prise et tout oublier. » On retrouve la même scène d’atelier sophrologique dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, avec Adam qui apprend à son futur amant Lukacz à ne pas avoir peur de l’eau.

 

À entendre le personnage homosexuel, il « aime » comme il fait un calcul mathématique (on pourrait tout à fait parler, dans son cas, d’« algèbre du désir »), comme il crée un parfum. Il « fait l’amour » comme il mènerait une opération délicate : avec la froideur et la précision d’un chirurgien de laboratoire. Bip… Bip… Bip… Gants… Vaseline… Menottes… Caresses… Succion… Pénétration… Objectif : atteindre le point G ! … et, au fond, transformer l’amant et lui-même en objets sacrés. « Je veux poser sur le papier la résolution définitive que j’ai prise hier soir : tout mettre en œuvre pour accéder au plaisir que je prends à la compagnie des femmes. Tout combiner des situations, utiliser les sentiments des autres pour accéder au charnel et à ses paroxysmes. Le seul espace où je me sente appartenir au monde des vivantes, quand l’esprit disparaît enfin devant les sensations du corps. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 26) ; « Je revins à son ‘principal [comprendre : le clitoris] avec une lenteur et une précision que je voulais parfaites. […] De nouveau j’approchai ma bouche de son ‘principal’ et repris le travail que tout à l’heure j’avais commencé. » (idem, pp. 200-201) ; « Après l’avoir laissée [l’amante] dans le bâtiment Puchkine, je sentis mon cœur déborder d’un savoir que je ne sus pas identifier sur-le-champ. J’avais tant de fois imaginé ce qu’avait dû ressentir Newton quand la pomme lui était tombée sur la tête, lui révélant brusquement les lois de l’attraction universelle. […] J’aurais aimé qu’il y ait eu un objet tout simple comme une pomme, quelque chose de palpable que je pourrais observer de près et tenir en main, humer et mordre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne, étudiante particulièrement forte dans les matières scientifiques, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 11) ; « Toute personne censée comprendre le calcul différentiel et intégral, et la dérivation des formules sur la force centrifuge, devrait être autorisée à avoir des relations amoureuses, pensai-je. » (idem, p. 19) ; « Je regrettai de ne pas avoir prêté plus d’attention aux détails techniques dans le livre de Vatsyayana. » (idem, p. 60) ; « Dans le car qui me ramenait chez moi, je décidai que trois était le chiffre parfait. Avec deux liaisons, on était écartelé entre deux choix simples. Il y avait là quelque chose de linéaire. J’étais en train de lire un livre en vogue sur la théorie du chaos, d’après lequel le chiffre trois impliquait le chaos. Je désirais le chaos parce que grâce à lui je pourrais créer mon modèle personnel. Je regardais les beaux objets fractals illustrant le volume et voyais Sheela, Linde et Rani [les trois amantes simultanées d’Anamika] dans l’un d’eux, s’amenuisant au fur et à mesure, le motif se répétant à l’infini. Je refermai le livre, convaincue d’avoir choisi la façon de mener ma vie. Le chaos était la physique moderne, c’était la science d’aujourd’hui. » (idem, pp. 64-65) ; « La physique, c’est faire l’amour. » (idem, p. 96) ; « Même à la piscine, le chlore sentait bon. Puissions-nous trouver un jour, le dosage de ce mélange chimique, qui une fois injecté, nous maintiendrait amoureux toute la vie, dans cet état second où tout paraît si beau. » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 98) ; « Pourquoi mon cœur, qui n’a pas d’yeux, s’agite-t-il autant quand je te croise […] ! Quelle réaction chimique déclenche cette agitation ? » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 306) ; « Quand est-ce qu’on refait l’amour ? On le réinvente maintenant comme à chaque fois. L’amour est le facteur exponentiel des corps. On se multiplie l’un l’autre. Rien de tout ça ne nous a été transmis, appris. Tout ça on l’avait dedans. » (cf. la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier, pp. 18-19) ; « L’esprit fort est le roi. Il règne ainsi sur la matière. » (cf. la chanson « Méfie-toi » de Mylène Farmer) ; etc.

 

« Aie confiancccce » dans le film « Le Livre de la Jungle » de Walt Disney

 

Sans le vouloir, car son esprit d’esthète romantique le lui interdit, le héros homosexuel traite ses amants comme des souris de labo, sur lesquelles il va pouvoir tester sa culture (« sa » science !), sa sincérité et son pouvoir de séduction. On le voit parfois enrouler/enrôler son patient-compagnon (qu’il a préalablement anesthésié avec des drogues et des mots doux) dans son corps de serpent par la voie de la séduction et de l’hypnose (cette animalisation diabolisante ne doit pas nous paraître excessive, d’autant plus quand on pense que l’héraldique de la médecine est le caducée !). On retrouve beaucoup d’hypnotiseurs dans les œuvres homo-érotiques : cf. le roman The Jungle Book (Le Livre de la Jungle, 1894) de Rudyard Kipling, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Abre Los Ojos » (« Ouvre les yeux », 2002) d’Alejandro Amenábar, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec Élisabeth hypnotisant son frère Paul), le film « Ô Belle Amérique ! » (2002) d’Alan Brown (avec Brad, le héros homosexuel qui pratique l’hypnose), la série Dante’s Cove (saison 2, 2006) de Michael Costanza (avec le personnage de Grace), le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec les séances d’hypnose de Catherine), le film « Dormez, je le veux ! » (1997) d’Irène Jouannet, le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur, le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer (avec le loup envoûtant le Petit Chaperon Rouge), le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde (les yeux de Dorian Gray sur Lord Henry), etc. « Aies confianccce. » (Doris, l’héroïne lesbienne s’adressant à sa servante, Peggy, en chantant la fameuse chanson du « Livre de la Jungle », en l’hypnotisant, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, on assiste à un spectacle d’hypnotiseur de Karl Lagerfeld qui manipule son amant Jacques à distance et le transforme en tigre soumis, devant un public de dandys décadents. Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, Richard fait des massages de front relaxants à son amant Kai. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh), le Docteur Mann met de la drogue dans le café de Jane, l’héroïne lesbienne, pour l’endormir (p. 183)/

 

Le jeu d’hypnose se retourne presque systématiquement contre le héros homosexuel, littéralement pétrifié/réifié par le regard et la voix de son amant : « La nuit, je m’imaginais hypnotisé, épinglé dans ses collections, entre un papillon et une mygale. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 14) ; « Il faut que je ferme les yeux. » (Charlène Duval, le travesti M to F, opposant théâtralement une résistance à un amant captivant, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines, 2011) ; « On dirait qu’il t’a hypnotisé ! » (Jean-Henri s’adressant à son camarade homo Jean-Jacques à propos de l’amant de ce dernier, Jean-Marc, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Le père Walter leva la main droite et il redevint l’illusionniste qui avait hypnotisé les fidèles pour leur faire croire que leur dieu était parmi eux. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 209) ; « Sa voix était douce et hypnotique. » (Jane parlant du Dr Mann, idem, p. 227) ; etc.

 
 

b) 2 – Le détournement de la science par l’humour et le jeu :

 

Film "Taxi Zum Klo" de Frank Ripploh

Film « Taxi Zum Klo » de Frank Ripploh


 

La « science » que le héros homosexuel met en place se réduit souvent à un jeu de rôles, de séduction, où l’enjeu n’est pas tant le combat contre la souffrance et en faveur de la vie, mais plutôt une stratégie ludique de conquête de l’amour et de sa soi-disant « légèreté », une mise en scène adolescente : « À dix ans, je jouais les infirmières avec Laurence. » (Nathalie Lovighi dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles (2009) au Troisième Festigay du Théâtre Côté Cour) Par exemple, dans le roman Courir avec des ciseaux (2007) d’Augusten Burroughs, Augusten, le jeune héros homosexuel, veut devenir « star, ou docteur, ou coiffeur ». Dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, Sébastien fait semblant de psychanalyser Paul, son amant. Dans la pièce Une Nuit au poste (2007) d’Éric Rouquette, Diane s’improvise psychanalyste avec sa compagne de cellule Isabelle.

 
MÉDECINES Kang
 

Beaucoup d’auteurs homosexuels, sur le mode comique mais parfois aussi sur un registre beaucoup plus sérieux, nous proposent des théories « scientifico-artistiques » fondées sur l’inversion parodique et le détournement libertin : cf. le roman Sperme (2011) de Jacques Astruc (avec la typologie des différents spermes), la nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle » (1983) de Copi (avec la fausse histoire anthropologique de la tribu des Boludos), la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot (avec la catégorisation diversifiée de toutes les sortes de pénis existant sur Terre), la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier (avec le panorama des zizis du monde entier que dévoile la Comtesse Conule de la Tronchade dans son Musée des bites), etc.

 

En dépit des apparences, le médecin gay friendly et pro-gaynie le sexe et la sexuation en mettant en avant le génital et la métaphore ; il tue le Sens et l’Humain en privilégiant les Sens ; il décorporéise le vivant en le regardant/disséquant de trop près au scalpel ou au microscope. Par exemple, dans le film « Morrer Como Um Homem » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues), le docteur Francisco, pour employer une image simple et illustrante, présente l’opération du changement de sexe M to F comme un simple pliage de papier. Une cocotte en papier, quoi !

 

L’homosexualité est (au départ ironiquement… mais au final, sérieusement) parodié par certains héros gays friendly ou homosexuels comme un virus qui se transmettrait de personne à personne. Par exemple, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, toute une assemblée de parents et d’élèves venue assister à la remise des récompenses des profs de l’université, joue à « être gay » par contamination avec le prof de lettres homo, Howard Beckett, qu’elle rêve de voir gagner le prix du « meilleur prof de l’année ». Ce genre d’analogies entre homosexualité et maladie, que ces personnages gays friendly s’empresseront d’attribuer aux autres « homophobes », est en réalité la preuve de leur propre homophobie intériorisée.

 

 

b) 3 – Le détournement de la science par la transcendance « artistique » ou « religieuse » :

 

La croyance du héros homosexuel en la science est tellement idolâtre et déconnectée du Réel (à force d’être puriste et cartésienne… voilà le paradoxe !) qu’elle se mute souvent en superstition religieuse ou amoureuse. « Le soleil était devenu, année après année, une grande obsession morbide pour Khalid. Il en parlait tout le temps. Il en avait une connaissance scientifique, intime, amoureuse. » (Abdellah Taïa, Le Jour du Roi (2010), p. 70) ; « Savais-tu qu’avant de devenir médecin, j’avais résolu d’entrer dans les ordres ? » (Randall, l’un des héros homosexuels du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 235) ; « Vous avez ouvert la Voie ! » (Arnaud, le héros homo qui ne s’assumait pas comme tel, et s’adressant à son médecin, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

La science devient à ses yeux une déesse à posséder comme un sceptre, ou bien une Muse cosmique et dominatrice. Par exemple, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, « L. », le héros homosexuel, se prosterne devant la poupée de la Doctoresse Freud : « Vous êtes si belle, doctoresse ! Je serai sage, doctoresse, je serai sage ! » Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Mindy, l’hétérosexuelle bobo, fait de la chronothérapie.

 

Dans les œuvres de fiction traitant d’homosexualité, on assiste à de drôles de croisements entre science et mythologie (en général une mythologie du viol ou de la mort), entre médecine et sentiment, entre confrérie scientifique et secte artistique : cf. le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton (avec le cercle de parole queer et son atelier sophrologique intitulé « Mon corps est une construction sociale »), le film « Elena » (2010) de Nicole Conn (et les conférences New Age d’un psy pro-gay), le film « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, etc.

 

La jalousie pantoise du héros homosexuel vis à vis de la science est palpable, et ne tarde pas à se montrer sous un jour plus agressif, comme nous allons le voir maintenant…

 
 

b) 4 – Le détournement de la science par le militantisme politique « progressiste », techniciste, mégalomaniaque, pro-gay et finalement homophobe :

 

Le personnage homosexuel est à ce point persuadé qu’il peut incarner à lui tout seul la science (il suffit de la posséder, de la revêtir, de la « sentir », d’en connaître par cœur les formules alambiquées « qui font sérieux », croit-il) qu’il finit par se prendre pour Dieu, pour le Créateur des Hommes et de l’Amour, pour le Maître de la vie : cf. le film « Making Love » (1982) d’Arthur Hiller. C’est la Terre entière et ses habitants qui sont finalement englobés dans sa conception techniciste, sensibleriste, et donc anthropocentrée, de la science et du Réel. « J’ai toujours aimé expérimenter. Observer jusqu’à quel point je pouvais transformer les gens. C’est mon côté docteur Frankenstein. » (Amande, la peste du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 95) ; « Il doit exister quelque part une physique quantique de la rencontre, et il faudra bien l’inventer, croyez-moi, et nous l’inventerons. » (Vincent Garbo, le héros bisexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 228) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, Félix, l’un des héros homosexuels, est chimiste de formation, et envisage les contacts humains – et surtout amoureux – comme des solutions chimiques : « Tu sais que les réactions chimiques sont comme les relations humaines. » (p. 45) ; « Tu considères l’engrenage de la vie. » (idem, p. 71). Son discours est truffé de mariages consanguins entre science et sentiment : « Tu sais qu’un jour, la chimie reviendra à toi, qui lui restes fidèles. » (p. 71) Se prenant pour un médecin divin capable de fusionner avec sa Mère la Science, il prétend contrôler la beauté, créer l’Amour par ses propres moyens, devant son écran d’ordinateur.

 

Paradoxalement, le dandy homosexuel, complètement fleur bleue (voire comique) à certains moments, devient tour à tour dangereux, robotique et vulgaire dès qu’il passe à l’action et tente d’actualiser « scientifiquement » ses fantasmes amoureux : il parle de l’Amour de manière clinique et dépoétisée, comme s’il s’agissait d’une solution chimique entre deux robots, d’un processus physico-psychologique de causalité absolument imparable, d’un échange « logique » et contrôlable de phéromones corporels dans lequel Dieu et les Hommes n’auraient rien à voir, d’un scénario déjà écrit d’avance, où la liberté humaine – et même la douceur ! – n’ont pas du tout leur place.

 

En même temps que le héros homosexuel scientifise le sentiment et romantise la pulsion pour les faire fusionner, il annule les deux ! On retrouve des parodies de scientifiques – autrement dit des savants fous de laboratoire ou des sorciers – dans énormément de fictions homo-érotiques : cf. le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « De la chair pour Frankenstein » (1974) d’Antonio Margheriti et Paul Morrissey, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman (avec le Dr Frank-N-Furter, travesti qui crée son amant Rocky, un Monsieur Muscles), le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set (avec le « Docteur Queen »), le film « Frissons » (1970) de David Cronenberg (avec le savant fou), le film « Les 5000 doigts du Docteur T » (1952) de Roy Rowland, le film « La Fiancée de Frankenstein » (1935) de James Whale (avec les docteurs Frankenstein et Pretorius, en binôme homosexuel), le film « Island Of Lost Souls » (1933) d’Erle C. Kenton, le film « I Was A Teenage Frankenstein » (1957) d’Herbert L. Strock, le film « Beneath The Valley Of The Ultra Vixens » (1980) de Russ Meyer, le film « L’Effrayant Docteur H. » (1969) de Teruo Ishii, le roman L’Apprenti Sorcier (1964) de François Augiéras, le film « Amours mortelles » (2001) de Damian Harris (avec le psychiatre pervers), le film « Killer Kondom » (1996) de Martin Walz (avec la doctoresse folle), etc. Par exemple, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle fait une grosse salade entre ses compétences d’« infirmière urgentiste » et la voyance (Son frère homo, William, s’en étonne : « Comment une personne telle que toi peut croire ce que disent les cartes ? ») ; et on ne peut pas dire que son chantage aux sentiments pour justifier à tout prix l’homosexualité de son frère soit des plus psychologiquement doux et honnêtes. Dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marie-Ange est une psychologue de métier… un peu carrément marabout.

 

« Dire qu’il m’est venu des dons de sorcier juste au moment où ça ne peut me servir de rien. » (le narrateur homosexuel dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 42)

 

Au-delà du caractère surréaliste et risible du cliché du savant fou ou du médecin légiste libidineux (cf. je vous renvoie aux codes « Clonage », « Adeptes des pratiques SM », « Frankenstein » et « Liaisons dangereuses » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), les résultats de la confusion entre science et fantasme sont une hybridation à la fois banale et monstrueuse : sous couvert de la science et de la bonne intention, le héros homosexuel libertin justifie et pratique mine de rien la pression psychologique (cf. le film « La Manière forte » (2003) de Ronan Burke, avec le vol de sperme opéré par le couple de lesbiennes), le chantage sentimental/sensuel (cf. la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, avec le Dr Labrosse, l’obsédé homosexuel complet), le vol (cf. le film « Comme les autres » (2008) de Vincent Garenq, avec la mère porteuse dont le couple gay prend le bébé à la fin), le viol (cf. le film « Hable Con Ella », « Parle avec elle » (2001) de Pedro Almodóvar, avec Benigno, l’infirmier homosexuel chargé de soigner une jeune femme dans le coma, et qui finira par la violer), le meurtre, la manipulation génétique, la mutilation chirurgicale sur les personnes transgenres, etc. Par exemple, dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Mona, l’héroïne lesbienne, tue accidentellement sa belle-mère en lui administrant les mauvais médicaments.

 

Film "Production d'adultes" d'Aleksi Salmenpera

Film « Production d’adultes » d’Aleksi Salmenpera


 

Au bout du compte, on comprend que le héros homosexuel a tendance à ne s’intéresser à la science que pour les progrès artificiels ou dangereux qui flattent son Ego (la procréation médicalement assistée, le clonage, la chirurgie esthétique, l’opération pour changer de sexe, les moyens de contraception, le tantrisme, l’hypnothérapie, etc.), et non pour les avancées scientifiques plus « sociales » et bénéfiques au bien commun.

 

Face au constat et à l’ampleur de ses échecs à élaborer l’élixir d’Amour et de Réel, il arrive qu’il se mette à « maudire scientifiquement » ses solutions romantico-libertines et les créatures difformes que son orgueil a créées. La première de ses inventions étant ce qu’il a cru être « l’Amour » ou « Dieu ».

 

Non seulement il n’éradique aucune maladie, mais en plus, il en crée de nouvelles ! – « l’hétérosexualité », « l’homophobie », « l’amour », et même « l’homosexualité » –, maladies qu’il n’analyse pas, qu’il ne cherche surtout pas à comprendre, qu’il laisse germer, qui ne sont que des nomenclatures pseudo scientifiques qui occultent les réalités violentes qu’elles sont censées dénoncer – le couple femme-homme non-aimant et bisexuel dans le cas de la « maladie de l’hétérosexualité » ; la haine de soi, le désir homosexuel pratiqué, ou le viol dans le cas de la « maladie de l’homophobie », les désirs superficiels homos et hétérosexuels dans le cas de la « maladie d’amour » et « de l’homosexualité » – étiquettes dont la création pourra lui être ensuite imputée par la communauté scientifique bisexuelle (parfois sous forme d’agressions homophobes, pour le coup !).

 

Par exemple, dans la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick, la réticence à la soi-disant « Vérité identitaire et amoureuse de l’homosexualité » est montrée du doigt comme une maladie, un signe pervers d’homophobie intériorisée. Dans le film « Plus jamais honte » (1998) de John Krokidas, l’hétérosexualité est considérée comme une maladie. Dans la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche sont proposées des sessions dans des centres (voire même des camps de concentration !) pour soigner les « femmes-mâles » et les « hommes auxiliaires masculins » hétérosexuels. Dans le spectacle Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007), Madame H. invite le public – majoritairement homosexuel ou gay friendly – à chasser le virus de l’homophobie, en finissant par demander à chaque spectateur de se frapper lui-même.

 

Le héros homosexuel croit tellement que l’identité ou que l’amour homosexuels sont des données uniquement physiologiques et subies que, fatalement, dès que ceux-ci montrent leurs faiblesses (et Dieu sait combien ils en ont !), il se retourne contre eux en les définissant comme des viles pulsions, des maladies incurables, follement « sexy » (et, par ricochet, il s’autoproclame « malade » !) : cf. le roman Un histoire d’amour radioactive (2010) de Antoine Chainas.

 

« C’est la plus belle des maladies, celle dont il ne faut surtout pas guérir… » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 107) ; « Je compris soudain pourquoi on parlait de maladie d’amour. J’étais vraiment malade. » (Bryan, op. cit., p. 272) ; « Je ne cesse de vous écrire dans ma tête. C’est comme une maladie, une douce maladie. Il y a des douleurs qu’on dit exquises. » (Émilie à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 18) ; « J’aimerais tellement que vous soyez atteinte du même mal que moi ! » (idem, p. 72) ; « Sexy coma… sexy trauma… Sexy coma… sexy trauma… » (cf. la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer) ; « Ednar luttait contre ce désir qui l’accablait sans relâche. Il se crut d’abord victime d’une mystérieuse maladie ou d’une malédiction avant de prendre conscience de cette sexualité qui s’éveillait en lui. » (Jean-Claude Janvier-Modeste dans son roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011), p. 20) etc. Par exemple, dans le film « Sitcom » (1997) de François Ozon, l’homosexualité se transmet par les rats, comme la peste.

 

Par la création de ces nouvelles maladies partiellement mythologiques (« l’homophobie », « l’hétérosexisme », etc.) et de leurs faux remèdes (« l’homosexualité » déclinée en couple ou en identité fondamentale), le héros homosexuel ne supprime le mal, mais au contraire le nourrit secrètement, l’occulte, et désigne comme « ennemis » ses réels antidotes (réconciliation avec soi-même, accueil du mystère de la différence des sexes, découverte de l’existence d’un Dieu aimant et plus grand que l’Homme), les seuls qui mettent en péril son unicité/son fantasme de toute-puissance, et qui l’appellent à se décentrer pour aimer vraiment librement (et non plus seulement « techniquement »).

 

L’expérimentateur homosexuel se focalise sur l’innovation (notion ô combien publicitaire et éphémère !) pour délaisser le progrès. Pire, il reproduit la barbarie et la tyrannie qu’il prétend combattre ! Par exemple, dans sa chanson « Réévolution », Étienne Daho proclame que « les arts et les sciences, et la différence, dans un monde réévolué » seront le nouveau genre humain.

 

Il arrive que le héros homosexuel louvoie et couche, à travers la science, avec ses clones scientifiques homophobes. Par exemple, dans le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, le bloc opératoire des savants fous nazis se transforme en bacchanales. Loin d’apporter des solutions aux maux qu’il veut combattre, il crée ou mime des souffrances parallèles. Par exemple, dans le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, la dictature du sadomasochisme homosexuel répond à l’enfer du milieu hospitalier et de la trithérapie. Dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, le professeur Vertudeau pratique des lobotomies. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, les psychiatres, qu’ils soient homophobes ou homosexuels, se font miroir, tout en étant soi-disant concurrents : en effet, le Dr Apsey essaie de convertir à l’hétérosexualité Frank, le petit copain de son ennemi juré, le Dr Jonathan Baldwin… mais il cultive une telle ambiguïté pour son jeune patient qu’on ne doute pas une seule seconde de son homosexualité latente. Quant à Jonathan, il exprime aussi un élan d’attraction-répulsion mi-homosexuel mi-homophobe pour son confrère psychiatre : « Il arrive que des patients s’attachent à leur thérapeute. Si je l’avais comme psy, il pourrait peut-être me faire bander. » (Jonathan parlant ironiquement à son amant Frank du Dr Apsey, dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes)

 
 

c) La supercherie scientifique homosexuelle débusquée :

L’illusion de science que le héros homosexuel a créée ne fait pas long feu. Comme il s’est appuyé davantage sur ses fantasmes de toute-puissance et de possession que sur le Réel et l’Amour, il apparaît comme un charlatan, un inutile, un prétentieux, un savant mi-homosexuel mi-homophobe, ou un fou, aux yeux de la réelle confrérie scientifique planétaire. « Ce sont eux qui me poussent à quitter ma chaire à la Faculté. Mes méthodes de guérison leur paraissent de plus en plus suspectes. Ma médecine est trop humaine pour le monde glacé des laboratoires. […] Et vous, si vous voulez un conseil, soignez-vous par les plantes. » (le professeur Vertudeau dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Pensez-vous qu’ils étudient ? […] Les médecins ne peuvent faire penser les ignorants. » (Adolphe Blanc, médecin parlant des invertis à Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 508) ; « Toi tu arrêtes d’analyser tout le monde, tu commences par t’analyser toi. » (l’héroïne lesbienne Claude à son pote homo Mike, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 108-109) ; « Polly [l’héroïne lesbienne] dit que la sexualité, de toute façon c’est dans la tête, et en réinterprétant Freud, ‘On est tous des bisexuels qui faisons des choix. » (Mike Nietomertz, op. cit., pp. 67-68) ; « Jane n’arrivait pas à croire en Dieu et elle n’avait jamais vraiment été douée en sciences. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 86) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La prétention d’être scientifique :

Beaucoup de personnes homosexuelles, pour justifier leur désir homosexuel et les actes (amoureux et génitaux) qu’il les engage à poser, le présentent comme « naturel », « scientifique » et indiscutable (cf. je vous renvoie au code « « Plus que naturel » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « L’homosexualité a toujours été la plus spontanée des attirances. » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 30) Elles créent des ponts langagiers abusifs, des connexions peu évidentes entre science et homosexualité : je vous renvoie par exemple aux nombreux discours hygiénistes sur l’amour en temps de Sida, à la défense de la naturalité de l’homosexualité à travers la lutte contre l’exclusion des personnes homosexuelles au don du sang, etc. Elles reprennent à leur compte les mots à la mode du jargon scientifique traditionnel (« résilience », elles aiment bien ^^) … mais souvent de manière très scolaire (cf. Sylvia Jaén dans l’article « Sí, Se Puede Tocar Una Utopía » de l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 131).

 

Film "House Of Boys" de Jean Claude Schlim

Film « House Of Boys » de Jean Claude Schlim

Leurs sympathisants hétéros-gay friendly, notamment des médecins et des thérapeutes, soucieux de se racheter une bonne image auprès d’elles, ou de les sortir du marasme sentimental dans lequel elles s’engluent, vont généralement dans le sens de cette sincérité et de cette croyance en la scientificité de l’homosexualité. Dans les médias, on voit de plus en plus de « psys du Loft » compréhensifs, de psychiatres de comptoir, afficher une image d’ouverture et de tolérance que n’auraient pas eues leurs poussiéreux aïeux, et s’adresser à nous en des termes rassurants pour défendre la normalité de l’homosexualité et combattre « l’Hydre de la Culpabilité » ou de « l’Homophobie intériorisée » ! En général, celui que les journalistes présentent comme un « psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, thérapeute familial et conjugal », s’exprime devant les caméras avec un faux calme, une décontraction travaillée (bobo, quoi), comme si on avait cinq ans d’âge mental. J’en tiens pour preuve les récentes interventions des « psys médiatiques » tels qu’Élisabeth Rudinesco, Serge Hefez, Benjamin Lubszynski (ci-dessous), Stéphane Nadaud, Stéphane Clerget, Yves Ferroul, Joseph Agostini, etc. Et le pire, c’est que leur comédie est très sincère !

 

Je vous invite à écouter également la psy « trop cool » de l’une des femmes lesbiennes interviewées, Charlotte, dans le documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy de l’émission Tel Quel, diffusée sur la chaîne France 4, le 14 mai 2012.

 

Ensuite, un certain nombre de personnes homosexuelles se targuent d’être d’éminents scientifiques… et même des soignants plus puissants, plus humains, plus désintéressés, plus modernes, que les médecins traditionnels (cf. je vous renvoie au code « Médecin tué » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) ! « Comme le dit Foucault, il faut liquider la psychologie. » (Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel (2008), pp. 151-152) ; « C’est l’antipsychiatrie qui correspond le mieux, au niveau conceptuel, à la pensée queer. […] C’est en débarrassant le sujet de tout cadre qu’on donne au patient la possibilité de se retrouver. » (p. 193) ; « Nous devrions nous conduire, Foucault nous y invite, jour après jour, en médecins de nous-mêmes. » (cf. la conclusion d’Albert Le Dorze, op. cit., p. 230) ; « Je me sens, par moments, non pas, comme certains voudraient le faire croire, ‘l’égal des dieux’, mais parfaitement capable de traiter mon engouement pour les hommes ‘en médecin, en naturaliste, en moraliste même, en sociologue et en historien’. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 91)

 

Elles prétendent souvent se substituer à leur thérapeute, et inversent les rôles : « J’ai fait le psy moi-même ! » (Nancy, un homme transsexuel M to F, dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan)

 

Certaines personnes homosexuelles se piquent au jeu de l’analyse et de l’auto-analyse psychanalytique, pensent qu’une personne n’a la légitimité de parler d’un sujet de société qu’à partir du moment où elle est « en analyse », ou bien si elle a reçu une « formation ». Sinon, elle n’a pas l’habilitation ! On les voit faire des interprétations tirées par les cheveux, saupoudrées de jargon scientifique et de mots ronflants qu’apparemment elles ne comprennent pas. Elles recrachent scolairement du concept. Par exemple, dans son autobiographie Mauvais genre (2009), l’essayiste Paula Dumont raconte qu’elle consulte de temps à autre le Petit Larousse de la Médecine pour tirer des conclusions sur les pathologies des gens de son entourage.

 

La science, c’est parfois leur terrain professionnel officiel : pensons à toutes les personnalités homosexuelles qui ont une formation de soignants ou qui ont travaillé dans les hôpitaux (Gertrude Stein, Michel Foucault, Jean Cocteau, etc.). Et attention, ça ne rigole plus ! Il existe, aujourd’hui et partout dans le monde, des groupes de parole thérapeutiques spécifiquement homos, des associations LGBT consacrées à la prévention et à l’hygiène sexuelle, des confréries de psys gay, des AMG comme on dit (Association de Médecins Gays). À quand les hôpitaux gay… ?

 

Pour ma part, j’ai rencontré beaucoup de personnes homosexuelles sur les bancs de la fac de médecine et de « psycho », ou bien dans les métiers de la santé (infirmiers, médecins, chirurgiens, psychologues et psychiatres). Il y aurait, à mon avis, plein de conclusions intéressantes à tirer de cet effet-aimant là (le psy qui cherche à se soigner lui-même en croyant soigner les autres) ! Un homme homosexuel d’une cinquantaine d’années m’a écrit un mail le 22 mars 2021 me confessant ceci : « Pratiquement dès le début, tout le monde me disait que je devais aller voir un psychiatre, et que l’insomnie est une maladie psychiatrique. Quand j’ai dit à mon premier psychiatre – je changeais souvent mes psychiatres, tant ils étaient cons et incompétents – que je me faisais des soucis à cause de mes désirs homosexuels, j’ai reçu comme réponse: “Oh, si ce n’est que ça! On va résoudre ton problème très vite. Tu dois juste t’accepter tel que tu es, et te débarrasser de tous les obstacles qui t’empêchent de vivre ton homosexualité pleinement. Et la première chose que tu dois bannir, c’est la religion.” Je te jure, Philippe, que tous les psychiatres et psychologues que j’ai vus – ça doit être au moins 15 au total – m’ont dit que je dois arrêter de croire pour devenir heureux. Sauf un qui a avoué que ce n’est pas si simple que ça (il était plus âgé que les autres). Je peux te confirmer aussi que la plupart des psychologues à qui j’ai parlé sont eux-mêmes homosexuels et athées convaincus. Les milliers d’heures de thérapies n’ont rapporté rien, sauf le fait que je sais maintenant que la psychologie comme elle est pratiquée à notre époque est tout à fait inutile pour aider une personne croyante qui se sent homosexuel. Dire à une personne qu’il doit arrêter de croire, c’est le conseil le plus stupide que j’ai jamais entendu. Et la phrase “Oh, si ce n’est que ça!” me fait mal encore aujourd’hui, alors que ça fait 14 ans depuis que ce psychiatre stupide me l’a dite. ».

 
 

b) Les détournements de la science :

Certaines personnes homosexuelles conspuent la communauté scientifique, bien souvent parce qu’elles la jalousent et l’idéalisent trop. C’est pourquoi elles en font souvent une caricature sérieuse, un détournement qu’elles prennent beaucoup plus souvent au premier degré que leur sincérité ne l’imagine. Leur appartenance au monde scientifique est pourtant inscrite noir sur blanc sur leur badge… mais dans les faits, on constate qu’elles jouent régulièrement de leur statut de médecins ou de docteurs pour laisser libre cours à leurs fantasmes les plus incontrôlés et les plus fous. Dans leur esprit, elles semblent avoir substituer la technique (celle qui peut servir l’Homme tout comme L’asservir) à la science (celle qui n’est là que pour servir, guérir et soulager l’Homme). Cette confusion entre science et technique les entraîne généralement dans une quête effrénée de la performance, du profit, de la productivité, de la consommation, du pouvoir.

 
 

b) 1 – Le détournement de la science par le sentiment et le génital : l’Amour réduit à une solution chimique ; le sexe envisagé comme une expérience scientifique

 

Il semblerait pour commencer que les personnes homosexuelles/bisexuelles médecins aient souvent du mal à garder leur juste place de thérapeutes, et qu’elles ne respectent pas la bonne distanciation avec leur patient (parfois lui-même homosexuel). J’en connais beaucoup qui encouragent ce dernier à un mode de vie conjugal homosexuel, à la recherche de « l’amour », sans mesurer les conséquences souvent désastreuses de leur relativisme « décomplexant et dédramatisant ».

 

Pis encore. Il arrive avec lui qu’elles versent dans le copinage gémellaire d’orientation sexuelle, voire la compassion amoureuse !

 

La pub « Sugar Baby Love » d’AIDES (c’est surtout la fin qui est intéressante)

 

L’un des contes de fée cachés (et incestuels) que se racontent beaucoup de personnes homosexuelles, c’est celui qui orchestre qu’elles finissent miraculeusement leur vie dans les bras d’un beau médecin musclé. Par exemple, la romancière nord-américaine Carson McCullers, pourtant lesbienne, croit se mourir d’amour pour le médecin qui l’a soignée, le Dr Robert Myers. Quant à Max Jacob, pourtant mourant, il chuchotera à l’oreille du médecin qui s’est penché sur lui : « Vous avez un visage d’ange. » (Max Jacob cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 277) Dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, Catherine, femme lesbienne de 32 ans, raconte qu’elle est tombée vraiment amoureuse de sa gynéco (p. 130). Dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, Brüno drague son psy.

 

« Une seule fois dans ma vie, après le gros coup de fatigue que j’ai subi en 1993, je suis allée consulter un psychiatre, pendant sept mois, à raison de deux séances par semaine. J’étais ravie de ne pas avoir affaire à une femme, car j’avais très peur de faire un transfert, c’est-à-dire de tomber amoureuse de ma psy hypothétique. » (Paula Dumont, Mauvais genre (2009), p. 113) ; « Mes parents ont fini par me demander si je voulais voir un psychiatre. Et j’ai dit oui. Donc ils m’ont pris rendez-vous avec le psy de l’université. Je suis allé le voir. Je suis rentré dans son cabinet. On s’est regardés et on a compris tous les deux qu’on était tous les 2 homos. » (Philip Bockman, vétéran gay, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020).

 

Il n’y a qu’un pas entre le divan et le lit, entre le billot et la chambre à coucher ! Les faits nous le prouvent… Je connais personnellement des médecins qui, en consultation, en ont profité pour draguer et coucher avec leur patient ; ou bien des amis homos qui se sont laissés caresser, embrasser, sucer, par leur médecin traitant, pendant leur adolescence, le tout en justifiant le dérapage par la « nécessité du soin » et le plaisir physiologique ressenti par cette « expérience » inédite ! Le secret professionnel sert parfois de couverture à l’acte homosexuel, voire même au viol. Ne soyons ni paranos ni naïfs !

 

Par ailleurs, je vois combien les démarches préventives de santé, les interventions en milieu scolaire, les campagnes médiatico-scientifiques de lutte contre le Sida, sont, pendant les Gay Pride et dans les associations LGBT militantes notamment, les cautions morales d’une drague frénétique et d’une consommation sexuelle souterraines : on peut niquer tranquille et comme on veut, puisque c’est safe ! Et maudit soit celui qui ose remettre en cause le « travail formidable des médecins gay » au sein de la communauté homosexuelle !!!

 

Au sein de la communauté homosexuelle, la psychanalyse ou la médecine sont substituées par le mot « amour » (… et surtout, en acte, par le sexe sans Amour !). Que les individus homosexuels soient concrètement diplômés de médecine ou non, peu importe. Avec leur(s) amant(s), ils font comme s’ils vivaient une expérience (scientifique, fusionnelle) ! La « science » dont ils parlent est en réalité un expérimentalisme hédoniste et libertin : « Je suis contre tous les tabous sexuels. Je suis pour toutes les libérations. Je ne m’effraye d’aucune combinaison d’ordre sentimental ou érotique, estimant que chaque individu a le droit de disposer de son corps comme il lui plaît et de se livrer à certaines expériences. » (Gérard de Lacaze-Duthiers cité dans l’article « Inversion sexuelle » d’Eugène Armand, dans l’essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 398) Par exemple, Patrice Maniglier parle de fonder « une communauté homosexuelle sans rôle complémentaire, où les identités sont réversibles, […] un champ d’expérimentation des possibilités du corps » (cf. l’article « Penser la Culture gay » de Patrice Maniglier, dans le Magazine littéraire, n°426, décembre 2003, p. 59).

 

Sans être nécessairement médecin de métier, certains libertins homosexuels s’achètent une conscience par le biais de la science, présentent un joli certificat médical en espérant qu’on ne voit pas que la signature en bas est bidon, qu’ils sont nus sous leur blouse blanche, que leur discours est beaucoup plus sentimentaliste que réellement fonder sur les faits, que les docteurs qu’ils jouent à être n’est en réalité qu’un prétexte de plus (le serment d’hypocrites !) pour aller baiser à droite à gauche sans (se) l’avouer (« Je ne drague pas et je ne nique pas ! : je vis juste une Expérience sensible, une Exploration sensuelle ; c’est pour une étude sociologique… » soutiennent-ils sincèrement).

 

Souvent, ils élaborent une théorie scientifiste jargonnante d’intensification de la libido humaine, de guérison de l’être par l’orgasme et le bien-être. À les entendre, ils « aiment » comme ils font un calcul mathématique (on pourrait tout à fait parler, dans leur cas, d’« algèbre du désir »), comme ils créent un parfum. Ils « font l’amour » comme ils mèneraient une opération délicate : avec la froideur et la précision d’un chirurgien de laboratoire. Bip… Bip… Bip… Gants… Vaseline… Menottes… Caresses… Succion… Pénétration… Objectif : atteindre le point G ! … et, au fond, transformer l’amant et eux-mêmes en objets sacrés.

 

Sans le vouloir, car leur esprit d’esthètes romantiques le leur interdit, ils traitent leurs amants comme des souris de labo, sur lesquelles ils vont pouvoir tester leur culture (« leur » science !), leur sincérité et leur pouvoir de séduction. On les voit parfois enrouler/enrôler leur patient-compagnon (qu’ils ont préalablement anesthésié avec des drogues et des mots doux) dans leur corps de serpent par la voie de la séduction et de l’hypnose (cette animalisation diabolisante ne doit pas nous paraître excessive, d’autant plus quand on pense que l’héraldique de la médecine est le caducée !). « Il n’était pas mon genre. Pas du tout même. Mais il me regardait. Ses yeux étaient noirs, grands, profonds. Quand il les braquait sur moi, je ne savais que faire. Je devenais timide, petit enfant bien élevé. Malgré moi j’étais comme hypnotisé par un je-ne-sais-quoi en lui qui me dépassait, me transportait et qui se logeait dans son regard perçant et légèrement ironique. » (Abdellah Taïa parlant de son amant Javier, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 36) J’en ai rencontrés beaucoup, des « gourous non-agréés » à la voix anesthésiante et grisante de steward de Minitel rose, des beaux parleurs entreprenants-mais-pas-trop, des Don Juan « thérapeutes » (prétentieux et insouciants à 20 ans, « vieux beaux » non moins prétentieux à 40-50…) qui vous draguent nonchalamment, très nonchalamment…, en vous racontant des mots doux, en vous « proposant » l’air de rien leurs mains « d’experts » (en massages tantriques, bien sûr), leurs yeux langoureux, … leurs bites (oh pardon ! Ma braguette s’est ouverte accidentellement, à l’insu de mon plein gré…).

 
 

b) 2 – Le détournement de la science par l’humour et le jeu :

 

MÉDECINES Sida

 

La « science » que certaines personnes homosexuelles mettent en place se réduit souvent à un jeu de rôles, de séduction, où l’enjeu n’est pas tant le combat contre la souffrance et en faveur de la vie, mais plutôt une stratégie ludique de conquête de l’amour et de sa soi-disant « légèreté », une mise en scène adolescente : « Nous montâmes un intermède d’un auteur espagnol. Je faisais le coiffeur du village et Ernestino le médecin. » (Alfredo Arias, Folies-fantômes (1997), p. 196) ; « Petit déjà… Je sais maintenant d’où vient cette curiosité excessive que j’avais de zieuter les autres garçons dans les vestiaires de la piscine x). Faut dire aussi que les seules fois où j’ai joué au docteur, c’était avec des garçons. La curiosité, bien sûr. » (cf. le témoignage d’Erwan, homosexuel, dans la rubrique « Déjàtoutpetit » du site Yagg, publié le 7 février 2012)

 
 

b) 3 – Le détournement de la science par la transcendance « artistique » ou « religieuse » :

 

Beaucoup d’auteurs homosexuels, sur le mode comique, mais aussi parfois sur un registre spirituel plus sérieux, nous proposent des théories « scientifico-artistiques », des méthodes analytiques parallèles (par exemple : la pataphysique et l’adolphisme d’Alfred Jarry – le dramaturge a souhaité fonder « une société de recherches inutiles et savantes » –, la paranoïa critique de Salvador Dalí, le surréalisme anti-surréaliste de Jean Cocteau, la schizo-analyse de Gilles Deleuze, le mouvement bisexuel-asexualisant queer actuel, etc.), des raisonnements conceptuels limite « universitaires » mais fondés sur l’inversion et le détournement libertin. C’est la raison pour laquelle des artistes tels que le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, sont décrits comme des scientifiques de laboratoire, « des expérimentateurs incessants » (cf. l’article « Pier Paolo Pasolini » de Francesco Gnerre, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 353) Certains chercheurs homosexuels tentent de faire passer l’art pour un substitut de la science : « La science ne pourrait-elle devenir fictionnelle ? » (Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 87) D’ailleurs, dans les universités d’été organisées par les associations LGBT, lors de leurs séminaires et colloques « scientifiques », ou même dans les clubs de bien-être, de remise en forme de massage, ou les ateliers « sophrologie/interprétation des rêves » et les groupes de parole queer, la frontière est floue/mince entre la démarche scientifique et la réunion d’« artistes ».

 

En dépit des apparences, les médecins gay friendly et pro-gay nient le sexe et la sexuation en mettant en avant le génital et la métaphore ; ils tuent le Sens et l’Humain en privilégiant les Sens ; ils décorporéisent le vivant en le regardant/disséquant de trop près au scalpel ou au microscope. Par exemple, dans son essai Le Genre démasqué (2011), Élizabeth Montfort explique avec pertinence que la Gender & Queer Theory « dissocie le genre (sexe social) du sexe biologique » (p. 21), autrement dit cette idéologie fait de nous des anges asexués et inhumains. Comme l’a fort bien développé Michel Boyancé lors de sa conférence « La Théorie du Genre dans les manuels scolaires : comprendre et discerner » au Collège des Bernardins le 6 décembre 2011, il s’agit pour les promoteurs du Gender de « se libérer de la nature par le droit et par la science ». Quel paradoxal rapport à la Nature…

 

La croyance des personnes homosexuelles en la science est tellement idolâtre et déconnectée du Réel (à force d’être puriste et cartésienne… voilà le paradoxe !) qu’elle se mute souvent en superstition religieuse ou amoureuse. La science devient à leurs yeux une déesse à posséder comme un sceptre, ou bien une Muse cosmique et dominatrice. On retrouve pas mal d’astrologues et d’adeptes d’ésotérisme parmi les personnalités homosexuelles (Didier Derlich, Gavin Arthur, Karl-Günther Heimsoth, René Crével, etc.). Lucía Etxebarría, la romancière espagnole bisexuelle, dit être fascinée par la psycho-analyse, les sciences occultes. Dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin, Joseph, le sorcier gay, a dans sa chambre un énorme poster des Spice Girls.

 

« J’avais remarqué depuis un bon moment l’engouement de mes amis et connaissances homos pour les pseudo-sciences qu’elles soient divinatoires (horoscopes, numérologie) ou médicales (par exemple phytothérapie, se traduisant par des consommations de tisanes en tout genre destinées à de multiples offices). Mais au palmarès des ‘thérapies’ bidon, on en trouve pas mal qui s’accompagnent de contact corporels plus ou moins rapprochés (j’ai un très bon ami qui pratique le Reiki à un haut niveau et n’est jamais à court pour me proposer une séance ; mais on pourrait aussi trouver des choses du côté du massage ayurvédique). En réalité l’intention thérapeutique me semble parfois quelque peu confuse… Pour citer d’autres illustrations intéressantes de tes propos, j’ai dans ma famille un de mes oncles qui a été marié avec une femme qui s’est révélée par la suite être lesbienne et dont il s’est séparé après en avoir eu une fille. Il est tombé un jour sur son journal où elle écrivait qu’elle ne s’était mariée que pour faire une ‘expérience’ avec une froideur assez ‘scientifique’. La même ex-tante, à quelques temps de là, avait décidé, avec quelques amies à elles, de sortir de sainte Anne pour prendre en charge une malheureuse patiente psychotique (c’était au beau milieu de la vague antipsychiatrique des années 1970) sous prétexte qu’elle n’était soignée que par des médecins hommes qui, par définition, ne pouvaient comprendre les femmes (on n’est pas très loin de l’état d’esprit de l’association des médecins gays). Je crois me souvenir que l’expérience s’était terminée par un appel en urgence de la police suite à un carnage de l’appartement par la fameuse patiente (et oui! la psychiatrie c’est un métier comme disait un de mes anciens patrons). Et je ne te raconte pas le pire… Soit dit en passant, je me suis bien amusé, en allant sur le lien de l’association des médecins gays. Bon, disons que je ne pense pas que la délicatesse dans la façon d’interroger un patient et la compétence soit une question d’orientation sexuelle… mais si ça peut faire plaisir à certains de le penser, c’est plutôt un moindre mal… » (un ami quarantenaire par mail, en 2011)

 

Dans leurs discours et dans leur vie, on assiste à de drôles de croisements entre science et mythologie (en général une mythologie du viol ou de la mort), entre médecine et sentiment, entre confrérie scientifique et secte (artistico-religieuse) : « À l’époque, je ne connaissais pas les trucs sur l’intersexe, mais j’ai pensé que j’étais un homme. Et je m’étais dit très scientifiquement, pour évaluer si j’étais vraiment un homme, je vais me féminiser et donc là je me suis mise à avoir des cheveux longs, à me maquiller, à avoir des robes, etc., et dans la même période, je suis partie aux États-Unis avec un pote. Et un jour dans une boîte, j’ai failli me faire violer et là je me suis dit : ‘Non, je ne suis pas un homme, mais habillée comme cela ça ne me correspond pas, il y a quelque chose qui ne va pas.’ Et la séduction que j’exerçais à l’égard des hommes ne me plaisait pas, leur regard ne me plaisait pas. Pas parce qu’ils étaient libidineux, mais parce que je ne voulais pas cela avec les hommes. Pour moi, les hommes c’était mes frères. Alors, la seule fois où j’ai embrassé un homme (j’ai eu quelques flirts comme ça), j’avais l’impression d’une relation incestueuse, tu vois un truc tu touches avec la langue et tu as l’impression de ramasser des fraises, tu vois ? (rires). » (Gaëlle, une femme lesbienne de 37 ans, dans l’essai « sociologique » Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 80-81) ; « La Chola [un travesti M to F] avançait d’un pas décidé, malgré le déséquilibre que provoquaient ses talons aiguilles qui s’enfonçaient dans le chemin de terre battue. Sur son passage, flottait un délicieux parfum douceâtre. Ses formes étaient exaltées par un tailleur blanc moulant et une petite ceinture rouge. La Chola s’arrêta devant une maison basse, peinte à la chaux et surmontée d’un énorme écriteau où l’on pouvait lire ‘Église scientifique’. De part et d’autre de la porte étaient peints deux angelots assis chacun sur son nuage. Elle frappa. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 233)

 

La jalousie pantoise des sujets homosexuels vis à vis de la science est palpable, et ne tarde pas à se montrer sous un jour plus agressif, comme nous allons le voir maintenant…

 
 

b) 4 – Le détournement de la science par le militantisme politique « progressiste », techniciste, mégalomaniaque, pro-gay et finalement homophobe :

 

Beaucoup de personnes homosexuelles sont à ce point persuadées qu’elles peuvent incarner à elles toutes seules la science (il suffit de la posséder, de la revêtir, de la « sentir », d’en connaître par cœur les formules alambiquées « qui font sérieux », croient-elles) qu’elles finissent par se prendre pour Dieu, pour le Créateur des Hommes et de l’Amour, pour le Maître de la vie : cf. le festival de cinéma gay et lesbien L’Amour est à réinventer organisé en 1996. Au nom du « progrès » et du « changement » (« Le changement, c’est maintenant ! »), elles frisent souvent la mégalomanie : « On voit les immenses possibilités qui s’offrent à nous et nous emportent bien loin des recherches menées en biologie sur le clonage et autres technologies de la reproduction. Nous sommes à un tournant de l’histoire. Depuis la découverte de la pilule et la maîtrise de la fécondité par les femmes elles-mêmes, plusieurs choix s’offrent à nous. Le développement des techniques reproductrices, et leurs insolubles conflits éthiques (comment refuser le ‘progrès’ ?), mais aussi la possibilité de donner d’autres buts à la sexualité que la reproduction. » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 129)

 

L’ère de la performance, de l’ingénierie, de la toute-puissance matérialiste, numérique et technologique, va de pair avec la volonté du Gouvernement Mondial de promouvoir l’homosexualité. C’est logique. Le robot et l’objet sont eux-mêmes asexués, virent la différence des sexes. Rien qu’en entendant Anne Hidalgo, la maire de Paris, revenant de la Gay Pride et s’adressant à David Abiker au sujet de la communauté homosexuelle et de la communauté technologique, à la Conférence « Starts-up et Étudiants » lors de la première édition du Salon VIVA TECH, le 2 juillet 2016 au Parc des Expos de Paris, on comprend très vite la corrélation : « Ces deux univers ne sont pas si différents. Tous les deux sont ouverts à la différence, au progrès. Ils n’ont pas peur des différences. » Sans transition, Abiker a introduit le discours de clôture des deux initiateurs du VIVA TECHNOLOGY, les PDG Francis Morel et Maurice Lévy, en les comparant à une « Famille homoparentale » : « Un enfant peut avoir deux pères. »
 

C’est la Terre entière et ses habitants qui sont finalement englobés dans leur conception techniciste, sensibleriste, et donc anthropocentrée, de la science et du Réel. Selon elles, le monde ne se divise plus entre les hommes et les femmes, mais uniquement selon les orientations sexuelles définies à la fin du XIXe siècle par la médecine légale (« homos/hétéros ») et selon les sentiments (« les ennemis de l’amour » d’un côté, « naturellement homophobes », et « les amoureux » bisexuels de l’autre, « naturellement gay friendly voire homosexuels »).

 

Elles envisagent les contacts humains – et surtout amoureux – comme des solutions chimiques, autrement dit des feux d’artifice incontrôlés, des coups de foudre censés se produire quand on s’y attend le moins. Leur discours est truffé de mariages consanguins entre science et sentiment. Se prenant pour des médecins divins capables de fusionner avec leur Mère la Science, elles prétendent contrôler la beauté, créer l’Amour par leurs propres moyens, devant leur écran d’ordinateur.

 

Paradoxalement, ces dandys homosexuels, complètement fleur bleue (voire comiques et coquins) à certains moments, deviennent tour à tour dangereux, robotiques, méthodiques et vulgaires dès qu’ils passent à l’action et tentent d’actualiser « scientifiquement » leurs fantasmes amoureux : ils parlent souvent de l’Amour de manière clinique et dépoétisée, comme s’il s’agissait d’une solution chimique entre deux robots, d’un processus physico-psychologique de causalité absolument imparable, d’un échange « logique » et contrôlable de phéromones corporels dans lequel Dieu et les Hommes n’auraient rien à voir, d’un scénario déjà écrit d’avance, où la liberté humaine – et même la douceur ! – n’ont pas du tout leur place.

 

En même temps qu’ils scientifisent le sentiment et romantisent la pulsion pour les faire fusionner, ils annulent les deux !

 

Au-delà du caractère surréaliste et risible du cliché du savant fou ou du médecin libidineux (cf. je vous renvoie aux codes « Clonage », « Adeptes des pratiques SM », « Frankenstein » et « Liaisons dangereuses » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), les résultats de la confusion entre science et fantasme sont une hybridation à la fois banale et monstrueuse : sous couvert de la science et de la bonne intention, beaucoup de personnes homosexuelles libertines justifient et pratiquent mine de rien la pression psychologique, le chantage sentimental/sensuel, le vol, le viol, le meurtre, la manipulation génétique (cf. le recourt à l’AMP – l’Assistance Médicale à la Procréation –, à la GPA – Gestation Pour Autrui –, à la PMA – Procréation Médicalement Assistée –, etc.), la mutilation chirurgicale sur les personnes transgenres, etc.

 

Au bout du compte, on comprend que la majorité des personnes homosexuelles ont tendance à ne s’intéresser à la science que pour les progrès artificiels ou dangereux qui flattent leur Ego (la procréation médicalement assistée, le clonage, la chirurgie esthétique, l’opération pour changer de sexe, les moyens de contraception, le tantrisme, l’hypnothérapie, etc.), et non pour les avancées scientifiques plus « sociales » et bénéfiques au bien commun.

 

Face au constat et à l’ampleur de leurs échecs à élaborer l’élixir d’Amour et de Réel, il arrive que les personnes homosexuelles se mettent à « maudire scientifiquement » leurs solutions romantico-libertines ratées et les créatures difformes que leur orgueil a créées (il n’y a qu’à constater le mépris des personnes transsexuelles et transgenres dans le « milieu homosexuel », ainsi que la vague de suicides qui les emporte). La première de ses inventions étant ce qu’elles ont cru être « l’Amour » ou « Dieu ». Car, que devient la science uniquement tournée vers l’Homme (et non au service de l’Homme-Dieu qu’est Jésus en tout Homme) sinon monstruosité ?

 

Non seulement les individus homosexuels n’éradiquent aucune maladie, mais en plus, ils ont tendance à en créer de nouvelles ! – « l’hétérosexualité », « l’homophobie », « l’amour », et même « l’homosexualité » –, maladies qu’ils n’analysent pas, qu’ils ne cherchent surtout pas à comprendre, qu’ils laissent germer, qui ne sont que des nomenclatures pseudo scientifiques qui occultent les réalités violentes qu’elles sont censées dénoncer – le couple femme-homme non-aimant et bisexuel dans le cas de la « maladie de l’hétérosexualité » ; la haine de soi, le désir homosexuel pratiqué, ou le viol dans le cas de la « maladie de l’homophobie », les désirs superficiels homos et hétérosexuels dans le cas de la « maladie d’amour » et « de l’homosexualité » – étiquettes dont la création pourra leur être ensuite imputée par la communauté scientifique bisexuelle ou homosexuellement refoulée (parfois sous forme d’agressions homophobes, pour le coup ! Je vous renvoie aux écrits homophobes et à la scientificité très discutable de Krafft-Ebing – qui a arbitrairement normativisé et opposé « l’hétésexualité » à l’homosexualité dans sa Psychopathia Sexualis en 1886 –, de Chekib Tijani, de Jean-Louis Chardans, de tous ces savants qui ont abusé de la psychiatrie, de la lobotomie, de la castration, des traitements hormonaux, pour « convertir les invertis en hétéros ») : « D’ores et déjà, dans les représentations dominantes, à une norme hétérosexuelle qui considérait l’homosexualité comme une déviance, se substitue parmi les élites faiseuses d’opinion une norme homosexuelle qui caractérise l’hétérosexualité comme ringarde, voire à son tour, pathologique. » (Michel Schneider, La Confusion des sexes (2007), p. 73) Par exemple, dans son essai De Sodoma A Chueca (2004), Alberto Mira utilise la métaphore filée de la maladie pour décrire l’homophobie (p. 617) : il diagnostique la maladie d’homophobie des stars masculines qui se refusent au soupçon d’homosexualité sous le nom de « Syndrome Alejandro Sanz » (p. 70). Il n’est pas le seul à pathologiser ce qu’il essaie de diaboliser via une rationalisation excessive. Voici quelques exemples de ce discours pseudo-scientifique de plus en plus employé par le militantisme homosexuel actuel : « L’homophobie est en chacun de nous, sous la peau, dans nos chairs. C’est une maladie qui infecte nos tissus et parasite nos neurones. Elle est chez nos proches, nos voisins, elle pourrit notre société et nos institutions. C’est une épidémie ! Si on ne dresse pas de cordons sanitaires, elle se répand. » (Julien Picquart, Pour en finir avec l’homophobie (2005), pp. 17-18) ; « L’homophobie est un mal insidieux. Elle n’éclate au grand jour que par crises sporadiques ; les manifestations anti-PaCS n’étaient que l’épisode virulent d’une affection qui, d’ordinaire, incube sourdement. Elle contamine en silence les pensées et les discours, elle empoisonne le débat démocratique. » (Bertrand Desfossé, Henri Dhellemmes, Christèle Fraïssé, Adeline Raymond, Pour en finir avec Christine Boutin (1999), p. 7). Pour ma part, sur les réseaux sociaux tels que Twitter, je lis sur mon compte de plus en plus de diagnostics « médicaux » qui m’envoient à l’HP pour « graves troubles psychiatriques ».

 

La majorité des personnes homosexuelles croient tellement que l’identité ou que l’amour homosexuels sont des données uniquement physiologiques et subies que, fatalement, dès que ceux-ci montrent leurs faiblesses (et Dieu sait combien ils en ont !), elles se retournent contre eux en les définissant comme des viles pulsions et d’incurables maladies (et, par ricochet, elles s’autoproclament « malades » !) À grand renfort de statistiques et de syllogismes pseudo universitaires, d’une part elles essentialisent le désir homosexuel sous forme d’amour et d’espèce humaine à part – « les » homosexuels –, clairement identifiables (et, selon les moments, clairement stigmatisables : souvenons-nous Magnus Hirschfeld qui, par ses théories essentialistes bien intentionnées, voulait prouver la normalité et la validité du « Troisième sexe », a créé le retour de bâton des camps de concentration nazis…), d’autre part elles scientifisent et justifient le génital/le sentiment/l’affectif pour donner droit de cité à n’importe quel type de pulsions (à commencer par les pulsions homophobes !) à partir du moment où elles les qualifient d’« amour » ou d’« identité naturelle ».

 

Par la création de ces nouvelles maladies partiellement mythologiques (« l’homophobie », « l’hétérosexisme », etc.) et de leurs faux remèdes (« l’homosexualité » déclinée en couple ou en identité fondamentale), elles ne suppriment pas le mal, mais au contraire le nourrissent secrètement, l’occultent, et désignent comme « ennemis » ses réels antidotes (réconciliation avec soi-même, accueil du mystère de la différence des sexes, découverte de l’existence d’un Dieu aimant et plus grand que l’Homme), les seuls qui mettent en péril leur unicité/leur fantasme de toute-puissance, et qui les appellent à se décentrer pour aimer vraiment librement (et non plus seulement « techniquement »).

 

Les expérimentateurs homosexuels se focalisent sur l’innovation (notion ô combien publicitaire et éphémère !) pour délaisser le progrès. Pire, ils reproduisent la barbarie qu’ils prétendaient combattre ! Par exemple, les seuls endroits où j’ai vu des pilules en sachet censées guérir de l’homosexualité et rendre hétéro, c’était… dans des librairies homosexuelles à Paris ! : elles étaient vendues sur le promontoire des Mots à la bouche ou de Bluebook en 2008 (avec des titres comme « Instant Orgasm Pills », ou bien des inscriptions telles que « comment hétérosexualiser son enfant » ou « lutter contre l’homophobie de sa mère »). Malgré la blague de farces et attrapes, tout était fait pour que l’acheteur naïf croie en de vrais médicaments créés par des scientifiques homophobes, alors qu’en réalité c’est une artiste canadienne, Dana Wyse, qui est à l’origine de cette contrefaçon ambiguë.

 

De même, la création d’une confrérie scientifiquement homosexuelle de « psys gays » (les AMG – Associations de Médecins Gays – dont je parlais tout à l’heure) va dans ce sens de l’auto-stigmatisation par le biais de la victimisation. Être en présence d’un personnel soignant étiqueté homosexuel, paraît-il que ça mettrait en confiance les pauvres victimes d’homophobie (que seraient toutes les personnes homosexuelles) d’être en présence de leurs jumeaux d’orientation sexuelle, et même que ces derniers comprendraient mieux, soigneraient mieux, culpabiliseraient moins… Je ne doute pas que le travail d’accompagnement de ces « médecins gay » ait parfois son utilité, son efficacité. Mais a-t-il pour autant sa raison d’être ? La qualité d’un médecin se mesure-t-elle à son orientation homosexuelle ? Choisit-on son soignant selon le discours idéologique qu’on a envie d’entendre de lui ? Je ne crois pas. Cette homosexualisation du monde médical, aussi généreuse qu’elle puisse paraître, est en réalité homophobe : elle copie en tous points l’arsenal « scientifique » mis en place par les opposants aux personnes homosexuelles. Les thérapies de groupe pour « guérir les homos » laissent juste la place aux thérapies de groupe pour « guérir les homophobes » ; le discours scientifique homophobe du « contre-nature » est juste supplanté par un discours freudien frelaté tuant la culpabilité – et pour le coup, la responsabilité – ; la croyance en la nation de « sidaïques » et d’« homosexuels » est juste remplacée par la croyance en la nation de « genres » bisexualisante et asexualisante ; la recherche du « gène gay » et des « causes » de l’homosexualité nourrit à la fois la diabolisation et la sacralisation du désir homosexuel, etc.)

 

Loin d’apporter des solutions aux maux que ces « scientifiques » pro-gay voulaient combattre, ils créent ou miment en général des souffrances parallèles. Par exemple, dans son livre Serial Fucker, Journal d’un barebaker (2003), Érik Rémès remplace le despotisme aseptisé du safer sexpar le culte non moins totalitaire des rapports sexuels non protégés (le « no capote » appelé bare-backing).

 

Autre exemple avec la création scientifico-légale de la « famille homosexuelle ». Lors de sa conférence sur « L’homoparentalité aux USA », à Sciences-Po Paris, le 7 décembre 2011, le jeune professeur Darren Rosenblum raconte comment il s’est lancé illégalement dans un projet de GPA (Gestation Pour Autrui) avec son compagnon et une mère porteuse aux États-Unis, en se justifiant de la normalité de sa situation par un verbiage scientifico-émotionnel d’apprenti sorcier, fortement anti-naturaliste, ou plutôt, ce qui revient au même, surnaturaliste (cf. je vous renvoie au code « « Plus que naturel » » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je me sentais enceinte. » ; « On ne voulait pas savoir qui était le père biologique. On sait maintenant qui est le père biologique, mais on garde le secret. » ; « Je soutiens une interprétation de la biologie. » : « Je trouve que ces rôles de père ou de mère ne sont pas essentiels. Si dans une famille un homme veut être la mère, il doit pouvoir le faire. Le sens de ces termes, je pense, va fondre. » Il se montre favorable à l’instauration d’une « philosophie de genres », à une « parentalité androgyne », et parle très sérieusement de « désexuer la parentalité ». En filigrane, on sent pourtant dans son discours une peur que sa supercherie scientifiste soit démasquée. Avec son copain, ils ont fui l’État de New York (où la GPA est illégale) pour venir habiter incognito dans le Marais à Paris, avec leur petite fille de deux ans et demi… mais Darren avoue qu’ils rasent les murs : « J’ai un peu peur d’être maltraité par les gens au moment où je suis avec ma fille. » Peu fiers de ce qu’ils ont fait au nom et grâce à la technique (plus qu’à la science à proprement parler).

 
 

c) La supercherie scientifique homosexuelle débusquée :

L’illusion de science que beaucoup de personnes homosexuelles ont créée ne fait pas long feu. Comme elles se sont appuyées davantage sur leurs fantasmes de toute-puissance et de possession que sur le Réel et l’Amour, elles apparaissent (à leur grande honte) comme des charlatans, des inutiles, des prétentieux, des savants mi-homosexuels mi-homophobes, ou des fous, aux yeux de la réelle confrérie scientifique planétaire.

 

Je m’aligne à leurs constats. Par exemple, le 8 juin 2010 dernier, un peu avant que je donne ma conférence sur la mixité gay/lesbiennes à l’Hôtel Millenium de Paris devant les membres de l’association homosexuelle l’Autre Cercle, j’ai pu assister le même soir au topo insipide de quatre médecins, qui se présentaient comme des « Psys gays », et qui se proposaient de nous parler de l’homophobie : ils n’ont fait que survoler et minorer le phénomène de l’homophobie intériorisée, en noyant le poisson dans une lecture misérabiliste et victimisante. J’étais intérieurement affligé du niveau de réflexion.

 

En somme, on se rend compte que les médecins homosexuels deviennent de vrais charlatans (ou bien que leurs patients homosexuels n’arrivent pas à comprendre les vrais médecins sérieux et solides) dès qu’ils se mettent à justifier la croyance en l’identité homosexuelle, en l’amour homosexuel, dès qu’ils pratiquent des actes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°119 – Mère gay friendly (sous-codes : Homoparents exemplaires / Homophobes repentants)

Mère gay friendly

Mère gay friendly

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 
 

Si tu es heureux comme ça / Moi ce que je veux, c’est le bonheur de mon fils / Ça ne change rien pour moi / Je crois que je t’aime encore plus

 

Il existe quelqu’un qui a tout comprendu de l’homosexualité avant tout le monde : c’est la mère gay friendly. Elle est portée aux nues par la communauté homosexuelle, et utilisée comme caution morale. Elle existe parfois en vrai, mais on la voit surtout sur nos écrans de télé (les premières mères gays friendly étaient d’ailleurs des actrices : Elizabeth Taylor, Barbara Streisand, Alice Sapritch, Lisa Minnelli, Madonna, Eva Darlan, etc.). Elle se targue d’être la militante de la première heure en faveur des droits-des-homos, et défend bec et ongles son titre d’« hétérosexuelle désintéressée » qui n’aurait aucune couverture à tirer à elle dans la défense de l’homosexualité (sauf celle qui recouvre son divorce ou le viol qu’elle a subi…),  et qui n’aurait pour seule motivation que l’amour inconditionnel/gratuit de son fils. Visiblement, elle incarne la fulgurante Conversion sociale vers la Tolérance à laquelle toute personne « hétéro » (et donc, fatalement, « homophobe », logique) est appelée à vivre pour sortir de son ignorance. Cette femme « miraculée », très soucieuse de se montrer souriante/révoltée/débordante d’émotions devant les caméras, en utilisant l’homosexualité de son fils comme faire-valoir personnel et comme pièce à conviction de son « incroyable ouverture d’esprit », joue la pasionaria s’offrant en holocauste pour le pardon des péchés « des » homophobes qui ne se repentiront jamais (les pauvres : ils ne savent même pas qu’ils sont homophobes…) et pour le Salut de l’Humanité. On y croit…

 

MÈRE MG 1

Mère de « Queer As Folk » (« My Gay Son Makes Me So Proud »)


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « S’homosexualiser par le matriarcat », « Tante-objet ou maman-objet », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « FAP la « fille à pédé(s) » », « Mère possessive », à la partie « Applaudissements » du code « Milieu homosexuel paradisiaque », et à la partie « L’homo combatif face à l’homo lâche » du code « Faux révolutionnaires », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 
 

a) Les mamans bonnes copines qui ont tout comprendu :

Film "Jamais sans toi" (2009) d'Aluizio Abranches

Film « Jamais sans toi » (2009) d’Aluizio Abranches


 

La figure de la maman militante pour les droits homosexuels est désormais un classique des œuvres de fiction homosexuelles (elle nous prouve que le ridicule ne tue pas) : cf. la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell (avec la mère de Tania), le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare (avec la mère de Jean, le héros homo décédé), le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan (dans lequel la maman d’Antonin joue parfois à la mère-copine), le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec Catherine, la « Mère-Courage »), le film « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier (avec Colette, la maman-copine de Marc), le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron (avec les mamans « en avance » par rapport aux pères question tolérance gay friendly), le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure (avec Emma, la maman culotée qui va débloquer la situation : ce rôle transformera à jamais la comédienne Éva Darlan en icône gay), le film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka (avec la maman de « X »), le film « Drôle de Félix » (2000) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec Isabelle, la mère de famille compréhensive, prenant Félix le fugitif sous son aile), la série Queer As Folk (avec les mères gay friendly surexcitées, telles que Debbie Novotny), le film « Un Soupçon de rose » (2004) d’Ian Iqbal Rashid, le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (la mère adulescente de Charlène l’héroïne lesbienne), le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker (avec Mrs Webster, la maman de Luce l’héroïne lesbienne), etc. Par exemple, dans le vidéo-clip de la chanson « Pointer du doigt » de Bruno Roy, la mère du protagoniste homosexuel est filmée comme la seule qui comprend l’homosexualité de son fils. Dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan, Cyrano présente Roxane comme une femme « gaiement maternelle ». Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Emma, l’héroïne lesbienne dont les parents sont divorcés, a une mère très « open » question homosexualité. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer), Lena, la femme bafouée, est celle qui voit tout et qui comprend dès le départ l’émoi homo-érotique que ressent Johnny pour Romeo sur le bateau qui les conduit sur l’île des Bahamas. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, la maman de Marco (Hélène) et celle de Sean s’engagent dans la lutte contre le Sida et pour l’homosexualité de leurs fils gays.

 

« J’ai envie pour mon fils d’être sa meilleure amie. » (Sylvie projetant sa relation avec son fils hypothétique, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « J’aime beaucoup ma mère. Je l’aime davantage comme une camarade ou comme une amie. » (Franz, l’un des héros homos de la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Ta mère serait ravie ! » (le père s’adressant à sa fille lesbienne Claire, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « Je suis contente. Je suis contente. On est de nouveau amis. » (la mère d’Antoine s’adressant à son fils homosexuel, à propos de son homosexualité, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; etc.

 

MÈRE GF 2 Sarandon prayer for bobby

Téléfilm « Prayers For Bobby » de Russell Mulcahy

 

La mère gay friendly entraîne avec elle toute une foule d’« homoparents » qui, comme elle, deviennent d’exemplaires partisans de la Cause homosexuelle, des modèles du « Progrès social » : cf. le téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault, « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti, « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun, « Eating Out » (2004) de Q. Allan Brocka, etc.

 

Par exemple, dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), la mère de Jefferey Jordan s’annonce comme une femme complice de l’homosexualité de son fils : « Ma mère a voulu que je l’emmène en boîte gay. Elle voulait découvrir mon univers. Elle n’a pas été déçue du voyage. » Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, la mère de Nathan, le héros homosexuel, prend les devants dès qu’elle est au courant que son fils sort avec Jonas, et décide d’inviter chez elle la maman de celui-ci.
 

La particularité de la mère (réelle ou symbolique) du héros homosexuel, c’est qu’elle est dotée d’une intuition quasi surnaturelle (« l’intuition féminine », on appelle ça ?) : « Une femme est beaucoup plus intuitive. » (une réplique du one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « S’il ne le sait pas, moi, je le sais ! » (Sibylle par rapport à l’homosexualité de Nelligan Bougandrapeau, le héros secrètement homo, dans la pièce En circuit fermé (2002) de Michel Tremblay) ; « Moi les homos, je les repère en un clin d’œil. » (Luce – Marthe Villalonga – dans la série Y’a pas d’âge diffusée sur France 2 le mardi 15 octobre 2013) ; « Martine avait déjà tout compris. » (Martine, le mère de Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 17) ; « On ne trompe pas une mère. » (Sara à son fils homo Malik à qui elle veut arracher le secret de son homosexualité, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Je crois que j’ai su qu’il était tombé amoureux de vous avant que lui-même ne le sache. Une mère devine ces choses-là. […] Je connaissais mon fils mieux que moi-même. » (la mère d’Arthur à Vincent, l’amant de ce dernier, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 194) ; « Mon fils était un héros. Moi, je le savais. Il est des dispositions que seule une mère perçoit. » (la psychiatre dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 220) ; « Quand il y a de l’amour, on peut tout comprendre. » (la mère de Paulo dans le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron) ; « C’est fou, les mères, on a un sixième sens ! » (Grany dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte) ; « Je dois avoir un sixième sens, comme maman ! » (le héros de la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, p. 41) ; « Pourtant, j’ai l’impression qu’elle sait déjà. » (Chris, le héros homosexuel par rapport à l’intuition de son amie gay friendly « psychologue » Marie-Ange, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz) ; « L’intuition féminine… Ben tu peux pas comprendre. Je suis une femme, moi. » (Benjamin, le héros homosexuel jouant l’ironie, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Tu sais que j’ai une sacrée intuition. » (Katja, la meilleure amie de Phil, le héros homo du film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa) « Tu ne peux pas manipuler mes pensées. […] Bon, ok, tu peux. » (Phil, s’avouant vaincu, idem) ; etc. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, dit que sa maman avait deviné très vite son homosexualité : « Maman, elle sent ces choses-là. » ; etc. Par exemple, dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Maya la lesbienne défend « l’intuition féminine ». Dans la série homo Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, l’épisode 2 est intitulé comme par hasard « Intuition féminine ». Dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent, Vincent, sur le point de s’homosexualiser, croit au « sixième sens féminin ». Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, la mère de Santiago se met au diapason de l’homosexualité de son fils : elle s’habille en violet (la couleur du lesbianisme), et c’est paraît-il grâce à elle qu’il a eu une « sensibilité artistique ». Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, Sophie (la nana pas subtile du tout, en réalité) dit qu’elle « a le don pour cerner les gens ». Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle, la sœur du héros homosexuel William, est celle qui devine tout (elle est voyante, d’ailleurs) et qui a compris l’homosexualité de son frère avant tout le monde : « Je savais même que tu savais que je savais. » (William) Dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum, un des messages forts, c’est que celui qui ne sait rien en sait plus que celui qui sait, et que l’intuition serait féminine : on le voit avec le personnage de Joan Clarke, cette femme néophyte et apparemment sans formation scientifique, qui se retrouve propulsée au rang de grande espionne.

 

La maman gay friendly est une sainte visionnaire qui comprend tout et qui a même le pouvoir de blanchir tout ce qu’on lui annonce : on lui dit qu’on est homo, et on repart avec sa bienveillante bénédiction. Il y a chez cette mère gay friendly un désir puéril et sexiste de parfaire son image d’éternelle adolescente séductrice ; elle se sert de l’homosexualité de son fils pour revivre une seconde jeunesse, pour mettre en place son plan de vengeance contre le temps, les hommes, ses erreurs et ses viols passés, ses limites humaines, et finalement son propre sexe : « Déjà que nous piquez tous les beaux mecs, laissez-moi au moins notre intuition. » (Alice s’adressant à Fred son ami gay, dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) Par exemple, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille aide son fils Matthieu à se travestir en le maquillant ; elle refuse de se faire appeler « grand-mère » ou « mamie » par son petit-fils, et veut garder son prénom. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, la mère de Kévin, le héros homo, s’habille comme une jeune, surfe sur Facebook, etc.

 

Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, la grand-mère d’Antonio et de Tommaso, les deux frères homos, a tout de la femme soumise-insoumise, qui s’est mariée par devoir, mais qui ensuite envoie tous ses carcans balader avec l’âge : elle mange sucré, ne se médicamente pas toujours, boit plus que de raison, et finit même par se suicider en se goinfrant de gâteaux. Elle est présentée dans ce film gay friendly comme la conscience visionnaire, la sagesse incarnée qui valide la « justesse » de l’homosexualité de ses petits-fils : « Antonio me l’a dit. Mais je l’aurais compris sans ça. » dit-elle à Tommaso qui lui demande si elle savais pour l’homosexualité d’Antonio.
 

MÈRE GF 3 Pourquoi pas moi Giusti

Josepha dans le film « Pourquoi pas moi? » de Stéphane Giusti


 

La mère gay friendly est la reine des bons sentiments conformistes, des slogans publicitaires sans fond, et des morales débiles (du style « L’important, c’est d’aimer et d’être soi-même », « Il n’y a rien de plus naturel que l’amour » ; « Ce qui compte, c’est ton bonheur », « C’est génial, aime et fais ce que tu veux… mais attention au Sida : protège-toi et aie toujours des capotes sur toi ») : « L’important, c’est que tu sois heureux. » (la mère face à son fils qui fait son coming out, dans un sketch « Coming out du dimanche midi » de l’émission Tout le monde il est beau sur la chaîne Canal +, 2011) ; « J’ai toujours été fière d’avoir un fils homo. » (la mère de Pablo dans le film « Mi-fugue mi-raisin » (1994) de Fernando Colomo) ; « Malik, moi, je ne veux que ton bonheur. » (Sara à son fils homo, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Oui, j’approuve. Tu fais ce que tu veux, et puis c’est honnête, et puis c’est à la mode. » (la mère à son fils homosexuel, dans le film « Johan, Carnet intime d’un homosexuel » (1975) de Philippe Vallois) ; « Vous êtes magnifiques tous les deux. » (Eugenia s’adressant à Ben et George, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs) ; « Vous êtes un exemple pour nous. » (le discours larmoyant de Petra, idem) ; « Mi hija es lesbiana y estoy muy orgullosa de ella. » (Mme Chapiro, présidente de l’Association des mères de lesbiennes latino-américaines new-yorkaises, dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner) ; « Ta mère est très contente de tes progrès chez le psy. » (Benjamin s’adressant à son amant Arnaud qui ne s’assume pas homo et qui consulte pour se guérir de se croire hétérosexuel, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; « Ma mère va m’aider pour le bébé. » (Irène parlant du bébé qu’elle va élever avec son frère homo Bryan, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; etc. Par exemple, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, la mère de Bryan nous sert le laïus bien connu du « L’important, c’est la communication » (il faut bien qu’elle montre qu’elle a des rudiments en psychologie et que c’est une grande communicante qui a le pouvoir de régler tout type de problème affectif, … comme Mimi Mathy dans Joséphine Ange-gardien) : « Discutons, on ne le fait jamais assez. » (p. 358) ; et son fils entonne le même refrain adolescent et niais (je dis niais car en vrai, l’important n’est pas en soi de « communiquer », mais plutôt ce qu’on communique et comment on le fait) : « On est là pour s’expliquer… Il faut tout se dire. » (p. 358) Ici, c’est la prétention à la transparence – alors qu’en réalité rien n’est dit de l’homosexualité – qui ferait presque sourire.

 

La sympathie maternelle gay friendly arrive avec des gros sabots, quitte à être gentiment brusque. Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, la mère de Guillaume, le héros bisexuel, sort une phrase suffisamment explicite et apprise pour forcer son fils à se dire homosexuel sans que celui-ci puisse se sentir enfermé dans une identité qui n’est au fond pas la sienne : « Tu sais, y’en a plein qui vivent très heureux. » Mais comme elle voit qu’il ne comprend toujours pas l’implicite de la formule de politesse gay friendly qu’elle vient d’employer, elle finit par s’énerver tendrement sur lui avant de s’éclipser : « Enfin, les pédés, les homos, quoi ! »

 

Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle, la soeur de William (le héros homo), fait des leçons à Georges, le copain de William, sur le fait qu’il n’assumerait pas totalement son couple avec William. C’est elle à qui revient la tache de débusquer et de mater l’homophobie intériorisée qui traîne chez l’homme marié bisexuel. Et cette inquisitrice gay friendly fait la leçon aux hétéros qui ne la suivraient pas immédiatement dans son grand élan de solidarité pro-gays et qui esquisseraient l’ombre d’un doute sur la véracité de l’amour homosexuel : « Deux hommes ensemble, ça vous dérange ? » menace-t-elle Pierre, l’hétéro pas très assuré ni très expert sur l’homosexualité. La gentillesse écrasante de la Miss France autoritaire, un chouïa gestapo arc-en-ciel.

 

On lit derrière ce nouveau rapprochement post-coming out entre mère et fils homo un nouveau prétexte à l’inceste, à la fusion adolescente annulant la différence des générations : « Je vais attendre que tu me dises que tu m’aimes tel que je suis. » (Fabien Tucci, homosexuel, faisant du chantage à son père au moment du coming out, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; « Ma mère me prenait pour sa meilleure amie. » (Claire dans la pièce Une heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat) Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Diane est la mère rebelle, impertinente, mâchant son chewing-gum, se conduisant comme une gamine, faisant des conneries comme son fils homo Steve. Dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, la mère de Bruno garde jalousement la nouvelle de l’homosexualité de celui-ci, comme une manière de le posséder encore davantage comme un mari de substitution : « C’est notre secret. […] Il n’est pas désagréable pour une mère de sentir qu’elle est la seule femme qui compte dans le cœur de son fils. […] Je suis l’amie de mon fils… euh, la mère de mon fils, bien sûr. » Dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu, le fils aîné de la bourgeoise Marie-Muriel, Matthieu-Alexandre, est homosexuel et elle ne s’en rend même pas compte… même si elle donne au public toutes les preuves flagrantes de son homosexualité : il fait partie d’un club très fermé d’art, est présenté comme « très sensible », et lui a offert une sculpture en forme de bite.

 

MÈRE MG 5 Beautiful thing

Film « Beautiful Thing » d’Hettie Macdonald


 

Derrière leur joie de l’homosexualité de leur fils ou de leur fille, beaucoup de mères d’homosexuel ont du mal à cacher leur opportunisme. Par exemple, la maman de Rachel, dans le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, en intégrant l’association P Flag et en passant fiévreusement à la télé en tant que « mère de lesbienne », fait un peu honte à sa fille parce qu’elle en fait trop dans l’acceptation de l’homosexualité de celle-ci… Dans le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, Mrs Hunter, la maman incestueuse de Nico (qui finira d’ailleurs lesbienne, tout comme la mère du film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald) embrasse son fils gay sur la bouche.

 

Grâce à un coming out sans vague et souriant, la mère gay friendly établit avec son fils chéri un pacte d’adoration mutuelle et de non-agression. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, par exemple, on voit Bryan, le héros homosexuel, complimenter sa mère comme une actrice qui aurait parfaitement rempli son contrat : « T’es trop cool, maman… » (p. 406) ; « C’est la vie qui est une vaste comédie où on a tous un rôle. Toi, tu joues le rôle de la maman parfaite. […] Moi, je joue le rôle du fils parfait… » (idem, p. 375) À son tour, celle-ci corrobore narcissiquement les flatteries en les retournant à l’identique à son fiston : « Je t’aime et je suis fière de toi ! Bien sûr que t’es parfait ! » (p. 376) La mère comme le fils se confortent dans le mirage de la relation filiale fusionnelle parfaite, dans le mensonge du coming out, pour évacuer tous les drames qu’il cache. L’éloge infantilisant permet en plus au personnage homosexuel de museler ses parents pour qu’à l’avenir ils ne lui opposent aucune résistance dès qu’il s’agira de ses choix conjugaux homosexuels : ses géniteurs se transforment en bonnes poires bien dressées, et, en plus, dans un consentement total. « Merci maman ! Je suis sûr que tu ne me comprends pas, mais tu fais comme si, c’est cool. » (idem, p. 370)

 
 

b) L’hétéro homophobe fait son mea culpa larmoyant devant les homosexuels :

Cela démarre timidement avec l’expression d’une sympathie et d’une tolérance hétérosexuelle (qui, aux yeux de certains militants homosexuels pressés, résonne maintenant comme de l’homophobie) : l’hétéro fictionnel, même s’il ne dit pas encore qu’il est « pour l’homosexualité », admet au moins qu’il n’est « pas contre ». Son appui ressemble à de l’indifférence, mais il est quand même fréquemment montré comme exemple dans les fictions homo-érotiques : « J’ai rien contre eux. J’ai l’esprit ouvert. » (Charles Newman à propos de l’homosexualité, dans le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano) ; « J’me fiche de ce que vous pouvez être. » (Amalia par rapport à l’homosexualité de Saint Loup, dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot) ; etc.

 

Souvent, la défense de l’homosexualité ne vient pas du personnage homo lui-même mais d’un hétéro qui raconte l’histoire de sa poignante et coûteuse découverte de l’amour homo : cf. le film « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti (avec Josepha, la mère qui réunit tous les homoparents des amis de sa fille lesbienne le temps d’un week-end champêtre, pour leur ouvrir les yeux sur la « beauté banale de l’homosexualité »), le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron (avec Grany, la grand-mère courageuse, qui vient clouer le bec aux homophobes), la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell (avec la figure de l’hétéro gay friendly très « open »), etc. Par exemple, dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, c’est Prentice, le jeune et bel auto-stoppeur, super roots et super hétéro, pris en stop par le vieux couple de lesbiennes âgées, qui à la fin du film, devant un public ému et qui l’applaudira, nous fait son laïus bobo et pro-gay : « Je n’ai jamais vu un amour comme Stella et Dotty. […] Si l’amour est votre idéal, prenez exemple sur ces deux vieilles gouines. »

 

L’homoparent fictionnel a tendance à s’inventer des excuses-bidon pour étouffer sa juste culpabilité concernant l’homosexualité de son fils/de sa fille : il se croit excessivement attaché au paraître, aux petits-enfants, à l’image sociale, à ses croyances religieuses. « Peut-être que je pense trop aux gens… au qu’en dira-t-on. » (Sara face à son fils homo Malik, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « En fait, je sais très bien ce qui te choque. C’est de savoir que je suis avec une fille. C’est ça ? » (Romane, l’héroïne lesbienne s’adressant à son père, dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien) « Mais non. Mais non. Tu fais ta vie avec qui tu veux. Tu sais très bien que je n’ai jamais rien eu contre les… » (Alain, le père, idem) « Les quoi ? C’est quoi, le mot que tu cherches ? Lesbiennes ? » (Romane, idem) ; « Ça te dérange pas de savoir que je vais vivre avec une fille ? » (Romane, idem) « Mais non ! Bon, j’te dis pas que ça me fait plaisir, bien sûr. Mais j’m’y ferai. C’est ta vie. L’essentiel, c’est que tu sois heureuse. » (Alain, idem) « Merci papa. » (Romane, idem)

 

MÈRE GF 6 Ariane Ascaride

Ariane Ascaride


 

Le témoignage de ce nouveau converti a d’autant plus de force que ce dernier se présente comme un hétérosexuel pur jus et totalement désintéressé par les droits des homos, un simple humaniste qui s’est laissé surprendre par la compassion, un ex-homophobe (en général, son discours pro-gay se fait devant une assemblée nombreuse, larmoyante et penaude, dans un tribunal, une High School nord-américaine, ou un plateau télé) : cf. le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore (avec la maman de Steven, jadis homophobe, qui va finalement défendre son fils), la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand (avec la maman de JP, dont la conversion à l’acceptation de l’homosexualité de son fils est très rapide), le film « Prayers for Bobby » (« Bobby : seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy (avec Mary, la maman ex-homophobe qui va parler courageusement devant les caméras de télévision), la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval (avec Marina, la mère de Fred, qui n’est pas aussi « fermée » que prévu), le film « Prom Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John l’Ecuyer (avec le tour à 90° de la rigide Emily Hall), le film « When Night Is Falling » (1995) de Patricia Rozema (avec le révérend qui demande pardon pour son propre aveuglement homophobe et celui de ses ouailles), le film « Boat Trip » (2003) de Mort Nathan (avec le plaidoyer tolérance de Nick, l’hétéro), etc. Par exemple, dans la pièce Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman, le père Steeven (un prêtre… donc attention : supposé « gros con ») prend la défense de la communauté homo, et se montre devant les caméras très affecté/compassé par la mort de Matthew Shepard (jeune homosexuel de 19 ans, assassiné sauvagement). Dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, la dernière réplique du film est la formulation d’un « Pardon » de Marie, la mère endeuillée par le suicide de son fils homo Adrien : même si ce n’est pas dit, le spectateur finit par comprendre que c’est l’homophobie des parents qui a conduit Adrien à mettre fin à ses jours. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, la mère d’Howard (le protagoniste homosexuel), qui au départ était homophobe, organise de manière improvisée le jour du mariage hétéro de son fils, une sorte de cercle d’Alcooliques Anonymes avec les petites vieilles qui l’entourent, pour mieux sourire à la nouvelle du coming out de son fils. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, le père beauf de Johnny (le héros homo), à la fin de l’histoire, fait un irrationnel turn-over, et encourage même son fils à retrouver son copain Romeo. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, Corinne, la mère du jeune Louis, homosexuel, passe d’homophobe à gay friendly, et fait la morale à son mari : « C’est à nous de changer, c’est pas à lui. »

 

« Je suis désolée d’avoir voulu te changer. Tu nous pardonneras ? On s’est trompé. Pardon. » (Patty, la mère-speakerine s’adressant à Steve dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Ma fille couche avec des femmes. Ça ne me dérange pas. » (le père s’adressant à sa fille lesbienne Claire, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « Je t’en prie ma chérie, écoute ton cœur. » (Ned, le père de Rachel, l’héroïne lesbienne lui faisant son coming out, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; etc.

 

Certains ex-homophobes hétérosexuels font leur mea culpa au nom de la « honteuse et aveugle communauté hétérosexiste et patriarcale » dont ils font malheureusement partie : c’est le cas par exemple du frère Antoine dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, religieux demandant pardon au jeune Malcolm pour la « fermeture homophobe » de son Église catholique, et encourageant ce dernier à revenir dans les bras de son amant Adrien.

 

L’hommage des hétéros sympathisants se veut émouvant. Ils s’inclinent devant les « héros » homosexuels : « Ce sont des personnes comme vous qui me font aimer ce métier, qui me donnent envie de soigner, de ne jamais désespérer. » (l’infirmière à Adrien, idem, p. 132) ; « Tu sais, en tant que père, je suis capable de t’aimer comme tu es. Même à moitié nu, sur un char de la Gay Pride. » (Eddy le « père » gay friendly s’adressant à son « fils » Édouard, dans la pièce Moi aussi, je voudrais avoir des traumas familiaux… comme tout le monde (2012) de Philippe Beheydt) ; « Je vais dire une banalité. Mais ce qui compte, c’est d’aimer. » (Tommaso, un père de famille qui croit que son fils Andrea est gay, et qui affiche une tolérance ++, dans le film « Tout mais pas ça », « Se Dio vuole » (2015) d’Edoardo Falcone) ; « C’est le courage de mon fils qui me donne des leçons. » (père d’Éric à son fils homo) (le père d’Éric le héros homo dans l’épisode 7 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; « Merci de m’avoir fait grandir malgré mon grand âge. » (Richard, le père homophobe d’Antoine son fils homo, s’adressant aux « mariés » Antoine et Christophe le jour de leur « mariage », dans le téléfilm « Le Mari de mon mari » (2016) de Charles Nemes) ; etc.

 

Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, c’est un défilé de personnages bien-pensants, soit très méchants, soit très gentils (= comprendre « pro-gays »), soit des méchants qui deviennent spectaculairement gentils (parce qu’en réalité, l’homosexualité leur permet de laisser exprimer en eux un désir bisexuel secrètement refoulé). Par exemple, la vieille Gwen, hétérosexuelle, se laisse enseigner l’homosexualité par ses amis militants LGBT, puis, émue de sa propre capacité à changer d’avis sur la question, elle joue les miraculées ayant vu la Vierge : « Vous m’avez ouvert les yeux, les filles. » dit-elle à ses nouvelles amies lesbiennes, les yeux pleins de larmes. Quant à Hefina, la villageoise gay friendly (et secrètement lesbienne), elle engueule vertement tous les gens de son village s’ils ne sont pas assez enthousiastes et accueillants vis à vis du groupe LGBT qui s’est incrusté dans leur contrée. Nan mais ho ! On va vous apprendre ce c’est que la tolérance ! Et pour finir, le couple hétérosexuel Martin/Sian (avec Sian, la femme bien en chair) est montré comme un exemple d’ignorance homophobe bien dressé à la « gay friendly attitude ». Il en devient même, à la fin, agressivement gay friendly, genre « chien de garde ».

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, la mère de Bryan défend l’homosexualité son fils, et son plaidoyer gay friendly final a d’autant plus d’impact qu’elle s’était montrée particulièrement homophobe au début de l’histoire : « Ma mère se sentit fière d’elle. Elle avait le sentiment que cette discussion lui avait vraiment fait comprendre son fils, qu’en me défendant de la sorte, elle n’avait jamais été aussi proche de moi. » (Bryan, p. 400) La dramatisation autour du coming out, même si elle apparaît comme pro-gay, est en réalité déplacée, irréaliste et homophobe : en effet, la mère de Bryan change soudain d’avis sur l’homosexualité de son fils qu’elle n’acceptait pas, en faisant un amalgame abusif entre deux réalités qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre : l’avortement d’une part et le rejet de l’homosexualité d’autre part (comme si toute résistance à la « vérité homosexuelle » était criminelle ; comme si le coming out était à la fois un événement extraordinairement joyeux et un cataclysme irréparable) : « Elle avait changé de ton et sa voix était plus douce. Elle avait presque les larmes aux yeux […] : ‘J’ai réalisé que si mes parents m’avaient dit, comme moi : ‘‘Tu ne peux pas le garder’’ lorsque j’étais enceinte de toi, et si je les avais écoutés, tu serais mort, il y a dix-sept ans. » (idem, p. 353) Dans une naïveté et un totalitarisme effarants, les auteurs vont jusqu’à associer le refus de l’homosexualité à l’infanticide, même si cet excès catastrophiste, ce chantage aux sentiments, seront ensuite noyés dans la formulation-bateau de jolis sentiments. « Tu n’es coupable de rien du tout. Tu es comme on t’a fait. Je suis désolée d’avoir si mal réagi hier. Ça ne sert à rien de pleurer et de crier. Je ne te ferai pas changer et je n’en ai pas l’intention. Si tu trouves ton bonheur avec Kévin, si c’est ton choix, à moi de m’adapter même si ce n’est pas évident. J’ai toujours été très fière de toi. Il n’y a pas de raison que ça change. […] La seule chose que j’ai comprise, c’est que quoi que tu fasses, je t’aimerai toujours. » (la mère de Bryan, op. cit., pp. 354-355) ; « Je t’aime comme tu es et quoi que tu fasses, je t’aimerai toujours. Tu es toute ma vie ! » (idem, p. 356)

 

En général, ces conversions de parents hétéros sont trop rapides, spectaculaires, et dénuées de réflexion, pour être réellement effectives. Il existe encore malheureusement des rebelles au dressage idéologique pro-gay. La mère gay friendly n’est pas toujours si gay friendly que cela : une fois qu’elle a joué la comédie de l’amour parental inconditionnel devant les caméras, se profilent très vite chez elle la jalousie, la possessivité, l’intérêt castrateur, l’homophobie. Elle se place en faveur de l’homosexualité de son fils tant qu’il reste éternellement sous ses jupons, bien célibataire, et qu’il ne ramène pas d’homme à la maison. Une fois qu’une tierce personne vient menacer l’équilibre incestueux qu’elle a construit avec son chérubin de fils, elle nous fait une crise ! « Je t’ai consacré toute ma vie. Je t’ai donné tout mon amour, et t’es prêt à me laisser tomber une semaine sur deux ! » (la mère de Bryan à son fils, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 367) Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, ça a l’air d’être la parfaite entente et les fous rires complices entre Kai le héros homosexuel et sa mère Junn (qui a tout deviné en secret de son homosexualité)… mais en réalité, la maman n’accueille son fils que s’il accepte d’être tout à elle. Elle jalouse Richard, l’amant de ce dernier : « Il a beau être ton ami, je ne l’ai jamais aimé. » Elle le rend responsable de sa mise en quarantaine dans une maison de retraite. « Elle est jalouse. Je suis le fils unique. » (Kai s’adressant à Richard). Junn passe aux aveux avec Richard après la mort accidentelle de son fils : « J’étais si jalouse de vous. […]Comme toutes les mamans du monde, je voulais que Kai soit à mes côtés. » Dans le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gendrault, c’est finalement le personnage le plus gay friendly de l’histoire qui se montrera aussi le plus hostile au couple homo : dès qu’Angelo, le héros gay, trouve chaussure à son pied, rien ne va plus du côté de sa mère ! Comme si on essayait de nous montrer que c’est précisément lorsqu’on essaie d’être le plus « tolérant » possible envers l’homosexualité que l’on prépare le mieux l’homophobie sociale…

 

D’ailleurs, l’homophobie du maternalisme gay friendly peut très bien être endossée par le héros homosexuel lui-même. Par exemple, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1), Shane, le héros homo, fait tout pour outer, ou plutôt forcer Amy et Karma à être homosexuelles comme lui : « Je suis tellement fier de mes petites ! »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Les mamans bonnes copines compréhensives :

Il est une tradition particulièrement hypocrite et savoureuse qui sévit actuellement dans la grande majorité des émissions télévisuelles traitant du coming out : on fait venir, pour la « Minute Émotion », la fameuse mère gay friendly à des talk shows afin de la présenter comme le modèle à suivre en matière d’avancée de la tolérance pro-homos. Cette reine du carnaval, qui maintenant est même disposée à défiler aux Gay Pride, se prête au jeu de l’exhibition, sans en mesurer vraiment les conséquences pour sa propre vie intime future. Elle parle du coming out de son fils dans une optique de guérison, comme on étale ses états d’âme chez un psy, mais avec la seule différence qu’elle le fait avec un narcissisme beauf (qui la désigne à son insu comme la complice opportuniste de sa détresse), pour le plaisir de se raconter, d’expier ses fautes et sa culpabilité, de se montrer sous son meilleur jour. Car c’est bien connu : une mère est naturellement douce, psychologue, accueillante, forte, compatissante, sensible… Pas mal de personnes homosexuelles sont prêtes à avaler cette couleuvre : « Au fond d’elle-même, ma mère savait que j’étais gay. J’étais un gay précoce. » (le chanteur homo Jake Shears interviewé dans le documentaire « Somewhere Over The Rainbow » (2014) de Birgit Herdlitschke, diffusé en juillet 2014 sur la chaîne Arte) ; « Ma mère devient militante elle aussi. Elle aimerait qu’on parle de l’intersexuation autant que des Vegan ou des vacances en Grèce. » (Déborah, personne intersexe élevée en fille, dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018)

 

MÈRE GF 7 Au-delà de la haine

Documentaire « Au-delà de la haine » d’Olivier Meyrou (avec la soeur de François)

 

Les exemples de mères gays friendly impudiques ne manquent pas. Je garde en mémoire l’intervention grotesque – et pourtant sincère – de la comédienne française Chantal Lauby, venue en tant que mère « hétérosexuelle » pleurer pour les personnes homosexuelles devant les caméras de Jean-Luc Delarue à l’émission Jour après Jour, sur France 2, en novembre 2000. Je pense aussi actuellement au rôle de mère très concernée par la lutte contre l’homophobie que prend la chroniqueuse Frigide Barjot en France. De son côté, Ariane Ascaride défend la cause homosexuelle en maman-actrice « ouverte » dans le film-fiction « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau. Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, on nous montre un repas de famille autour de la mère, Thérèse, lesbienne, et ses enfants déjà grands… et tout le monde rigole. Dans le documentaire « Yang + Yin : Gender in Chinese Cinema » (1997) de Stanley Kwan, la mère du réalisateur est invitée à parler ouvertement de l’homosexualité de son fils. En général, les interventions médiatiques de l’association Contact en France (association des « parents d’homos ») sont menées par des mères (les papas sont minoritaires) ; et lors des émissions télévisuelles traitant d’homosexualité, on nous ressert toujours la même « maman d’homo », Christiane (à croire que les programmateurs n’en ont qu’un seul modèle !), qui raconte 36 000 fois le même coming out depuis des années… et qui promet à chaque fois que ce sera son dernier passage-télé. Dans l’émission Infra-Rouge intitulée « Souffre-douleurs : ils se manifestent » diffusée sur la chaîne France 2 le 10 février 2015, le jeune Lucas Letellier, lycéen se disant « homosexuel », témoigne du harcèlement scolaire qu’il a subi, aux côtés de sa mère, une femme agressivement gay friendly, qui, derrière un soutien expansif, marque bien son territoire (et le fils ne s’en révolte même pas !) : « T’es toujours mon grand bébé quand même ! » Il est frappant de voir dans le discours de ces mamans gays friendly réelles la revendication de la pseudo « intuition féminine » et de leur exceptionnelle et naturelle « douceur de mères ».

 

Cette mère gay friendly n’est pas d’abord la « mère de sang » mais bien l’actrice, donc la mère symbolique : « C’est un grand plaisir pour moi de participer au festival Chéries-Chéris, où je compte tant d’amis. » (Blanca Li, lors du 18e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2012)

 

MÈRE GF 7 Évelyne et Christiane

Évelyne et Christiane dans « Y’a une solution à tout » sur Direct 8


 
 

b) Les parents de fils ou fille homosexuel(-le) exemplaires :

Je vous renvoie aux témoignages de parents collectés dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, aux reportages sur l’association Contact en France, au documentaire « Homos, et alors ? » de Florence d’Arthuy dans l’émission Tel Quel diffusée le 14 mai 2012 sur la chaîne France 4 (avec notamment les parents de Sarah), ainsi qu’au documentaire italien « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti sur les parents d’enfants homos.

 

Les premières victimes du coming out sont souvent les parents – les « homoparents », comme les baptise Fabrice Pradas (dans son essai Cinéma gay (2005), p. 41). Dans la majorité des cas, ils sont pris entre deux feux. Tandis qu’on leur demande de parler d’homosexualité de toute urgence à leurs enfants, on les avertit que tout ce qu’ils diront porte déjà contre eux et que leur discours est de toute manière stéréotypé et réactionnaire, voire criminel puisque le rejet de l’homosexualité constituerait la première cause de suicide chez les jeunes. L’ultimatum lancé est terrible quand la proposition de dialogue autour de l’homosexualité n’est qu’une demande tacite de consentement silencieux.

 

Il arrive souvent que les personnes homosexuelles tapent sur la nuque de leurs parents par moyens détournés. Plutôt que de se donner la peine d’argumenter et de discuter, elles les invitent à s’éloigner d’elles pour qu’ils se soignent tout seuls comme des grands et aillent propager la Bonne Nouvelle de leur guérison aux autres homoparents malades d’homophobie. À la télévision, un nombre important de reportages sur l’homosexualité sont destinés à éduquer les parents afin que ceux-ci choisissent le droit chemin. Le mot « éducation » sera la plupart du temps remplacé par un jargon scientifique ou émotionnel : il est question d’« information », de « sensibilisation », de « prévention », de « solidarité », de « dialogue »… « Les droits et les libertés des personnes homosexuelles n’ont cessé d’évoluer durant ces quarante dernières années. […] Immersion au cœur de l’association Contact, dont les bénévoles : parents, homos, membres de la famille ou amis se démènent autour d’un mot qui manque bien souvent au sein de nos familles aujourd’hui : le dialogue. Au travers de cette mixité intergénérationnelle, regard sur des histoires de vie, d’acceptation ; de fierté, de honte et surtout d’amour. » (cf. le résumé du documentaire « 20 ans de Contact » (2013) d’Héloïse Lester, dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 89) On nous montre des images de coming out très réussis, de conversions de parents coûteuses mais ultra-rapides, de géniteurs durs à cuire miraculeusement conquis à la cause homosexuelle, de parents gays friendly bien dressés qui tapent du poing sur la table et clouent le bec aux ennemis de leurs enfants à leur place. La mère ouverte et compréhensive, qui pleure d’émotion pour les personnes homosexuelles, est un personnage connu des films et des talk shows. Évidemment, le « père-bourrin-comprend-rien » est écarté de la scène idyllique de complicité filiale (voire amicale !)… même si, de plus en plus, il ose pénétrer timidement dans le champ de vision des caméras.

 

Après la mère gay friendly, on a aussi droit aux pères gay friendly ! : par exemple, dans son one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out (2010), Kavanagh avoue très sérieusement au public que si son propre fils, une fois adulte, lui annonçait qu’il était homo, il se dirait : « Je m’en fous. J’veux qu’il soit heureux. » Quel courage. C’est magnifique. Il en faut, du panache pour oser soutenir ce genre de discours… parce que de nos jours, on risque la prison…

 

MÈRE GF 7 - I'm proud of my gay son

« I’m proud of my gay son » (Gay Pride aux USA)


 

Certains parents se piquent au jeu de l’auto-analyse repentante, pour regagner la sympathie de leur progéniture par l’autoflagellation. Tout le monde s’y met : on n’arrête pas la chaîne de la moralisation pédagogique en si bon chemin ! Lors des réunions dans les associations homosexuelles (par exemple Contact en France), les « parents d’enfant homosexuel » qui ont « assumé » l’homosexualité de leur fils ou de leur fille (comme si c’était la leur…), vont à leur tour endosser le rôle gratifiant des donneurs de leçons pour les autres, en les regardant droit dans les yeux et en simulant la complicité des victimes : « Être homoparents n’est pas une fatalité. Nous sommes tous passés par là, nous savons ce que c’est… Il n’y a pas de raisons de culpabiliser ni de douter. Il faut juste accepter notre fils tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit. Soyons fiers de lui et de son homosexualité, par amour pour lui. Ne souhaitons-nous pas plus que tout au monde son bonheur ? »

 

À l’heure actuelle, beaucoup de parents battent leur coulpe avec le sourire, se font la morale tout seuls ou bien entre eux, sans qu’on ait besoin d’intervenir. « Il était à deux doigts de leur tomber dessus’ a conclu ma mère. » (la mère parlant de son mari prêt à défendre son fils Eddy Bellegueule traité de « pédale », dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 119) On écoute leur « litanie de la honte du réactionnaire », qui paradoxalement ne demande pas pardon pour ce qui mériterait précisément réparation (inceste, divorce, instrumentalisation des enfants, trop-plein d’amour, etc.). Maintenant, certains en sont rendus à un point où ils réclament leur étiquette de « vieux cons » que leurs enfants homosexuels ne pensaient même pas leur coller. Les homoparents étaient jadis cons dans l’opposition à l’homosexualité ; ils le deviennent maintenant tout autant dans l’accueil désarmé !

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Femmes entre elles » de l’émission Dans les yeux d’Olivier (réalisé par Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq, diffusé sur la chaîne France 2 le 12 avril 2011), les parents de Fanny, une jeune lesbienne, se présentent comme des malades cheminant progressivement vers l’acceptation de l’homosexualité de leur fille : « C’est en voie de guérison. » Mais à quoi cela sert de s’affaiblir, si c’est en plus pour alimenter les non-dits ?

 

Il ne me semble pas abusif du tout de parler de harcèlement moral à propos de la politique de « sensibilisation » des parents d’enfant homosexuel à l’acceptation de l’homosexualité. On fait comprendre aux homoparents encore récalcitrants qu’ils jouent avec le feu s’ils n’assument pas l’homosexualité de leur enfant à sa place : « Ne pas aider les jeunes gays et lesbiennes à accepter (leur homosexualité), c’est les livrer à l’homophobie de leurs copains, à l’angoisse d’être différents, voire à la tentation du suicide… C’est surtout manquer gravement à l’éducation affective et sexuelle des adultes de demain. Il y a urgence : les récents actes homophobes nous rappellent que l’enjeu n’est pas seulement individuel mais aussi social, tant il est vrai que la reconnaissance des différences doit se faire très tôt. » (cf. la revue DJ Actu, « L’Homosexualité à l’École : Faut-il en parler ? », n°109, avril 2004, p. 3) Mais c’est ni plus ni moins du chantage aux sentiments et du déni de souffrance.

 

L’éventuelle critique parentale du caricatural coming out est souvent diabolisée dans le catastrophisme émotionnel. Par exemple, dans le film « Prayers For Bobby » (« Bobby : seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, inspiré d’une histoire vraie, Mary Griffith, une mère « homophobe » va, à cause du suicide de son fils, faire partie de l’association d’homoparents PFLAG, et associer son ancestral refus de l’homosexualité à un meurtre, pour ne pas comprendre que ce refus n’est ni aussi absurde ni aussi violent qu’une mort volontaire.

 

Or je crois que les réticences des parents face au coming out sont en partie justifiées. Mis bien souvent au pied du mur au moment du coming out, ils ne réagissent pas toujours finement. Leurs arguments parfois simplistes et maladroits ne sont cependant pas à prendre au pied de la lettre, mais plutôt à retraduire en peur justifiée que leur enfant soit malheureux, qu’il ne construise pas sa vie sur du solide, qu’il ne soit pas bien entouré, qu’il ne puisse pas se passer du bonheur de fonder une famille. Certes, la bonne intention n’excuse pas tout ce qui est proféré, mais elle explique, atténue, appelle à la clémence, et est parfois recevable. En effet, comme je l’explique plus longuement dans mon traitement du code « Mort » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, annoncer son homosexualité, cela revient aussi à faire jour sur son désir de mourir, ce qui est objectivement violent à entendre. Beaucoup de personnes homosexuelles reçoivent comme des coups de poignard des questions parentales parfois gênantes, et pourtant essentielles, existentielles.

 
 

c) Les personnes « homophobes » repentantes :

La conversion de l’indécrottable hétérosexuel homophobe est présentée comme un héroïsme spectaculaire. « Je suis reconnaissant à ma mère, non seulement de m’avoir accepté tel que je suis, mais de me manifester encore plus d’affection depuis qu’elle sait. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 11) D’ailleurs, on l’applaudit plus au mérite que pour la valeur même de son acte (car au fond, il n’y a rien de noble à se taire et à se soumettre à l’homosexuellement correct).

 

La communauté homosexuelle, aussi surprenant que cela puisse paraître, court après les personnes qu’elles jugent les plus homophobes, pour ensuite y dénicher ses meilleurs représentants gay friendly : c’est une manière pour elle de s’auto-attribuer le rôle de la Prêtresse-guériseuse qui, dans sa grande bonté, absout les péchés d’une exception d’homophobe qu’elle va gentiment gracier (mais une fois n’est pas coutume : le reste « des » homophobes sera sévèrement puni !), et d’authentifier les rares miracles de tolérance qui existent encore sur cette Terre hétéro-patriarcale hostile…

 

Pour devenir un « héros d’un quart d’heure » gay friendly, rien de plus simple ! Si vous êtes mère, vous avez toutes les chances. Si vous êtes une femme lesbienne noire, aussi. Mais le top du top, c’est quand même si vous êtes homophobe. Il suffit de défendre l’identité et les amours homosexuelles tout en gardant sagement son statut « d’homophobe hétérosexuel », de « vieux », d’homme politique « de droite », etc., pour être porté aux nues par la communauté homosexuelle : pensons par exemple à l’enseignante « hétérosexuelle » nord-américaine Penny Culliton qui s’est battue pour faire étudier des livres mettant en scène des héros ouvertement homos à ses élèves ; ou bien à une femme ministre de droite comme Roselyne Bachelot, qui a pleuré au micro de l’Assemblée Nationale en faveur de l’adoption du PaCS ; ou encore à l’essai Iglesia Católica Y Homosexualidad (2006) de Raúl Lugo Rodríguez, qui s’annonce comme le pamphlet du pardon demandé par un ecclésiastique à la communauté homosexuelle. Que c’est gay friendly, l’homophobie !

 

D’ailleurs, les applaudissements des proches et leur tolérance gay friendly sont tellement puants et lâches qu’en réalité, ils ne font pas plaisir aux personnes homosexuelles, qui finissent par se rendre compte qu’elles sont utilisées : « Je ne voulais pas d’une mère comme ça. Pourquoi ? Je ne saurai pas dire… […] J’en voulais pas ! Est-ce qu’on peut imaginer un tel paradoxe ? » (une témoin lesbienne racontant sa gêne par rapport au soutien excessif de la mère d’une de ses ex-compagnes vis à vis de leur couple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Les gens intolérants qui me jugent sont les gens ouverts qui croient bien faire en pensant que je suis né ainsi alors que je sais que c’est pas vrai, et qu’ils veulent absolument me rendre gay. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, juin 2014) ; etc. Par exemple, dans son film autobiographique « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013), Guillaume Gallienne dit qu’il veut écrire une pièce racontant l’histoire d’« un garçon qui doit assumer son hétérosexualité dans une famille qui a décrété qu’il était homosexuel ».

 

Pour ma part – et je conclurai ainsi –, je me suis toujours méfié des élans euphoriques d’acceptation sociale de l’homosexualité. Dans mon parcours personnel, j’ai souvent remarqué que ce sont les personnes en théorie les plus gay friendly de mon entourage familial, celles qui ont applaudi des deux mains à mon coming out et qui ont banalisé mon désir homosexuel dans un relativisme bon ton (alors que je ne leur demandais justement pas une telle effusion de jubilation), qui contre toute attente se sont révélées sur la durée le plus homophobes à mon encontre et qui ont pathologisé/instrumentalisé mon homosexualité pour me clouer le bec quand je faisais lumière sur leurs blessures. Beaucoup de personnes soi-disant « hétérosexuelles » sautent trop précipitamment sur l’essentialisation du désir homosexuel pour avoir les mains propres dans cette histoire : le coming out est la cloche qui recouvre les problèmes de l’individu homosexuel comme ceux de l’individu hétéro qui ne sait pas aimer. Les personnes les plus véritablement respectueuses de mon homosexualité que je connais sont finalement celles qui ont eu l’audace de me reconnaître en tant que personne et non en tant qu’homo, qui ont reconnu mon désir homosexuel tout en le laissant au second plan.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°120 – Mère possessive (sous-codes : Maman mon tout mon roi / Maman-gâteau)

Mère possessive

Mère possessive

 

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Ma mère m’adore, je l’adore

… et c’est justement ça le problème

 
 

L’association mère-homosexualité agace souvent la communauté homosexuelle au plus haut point. Et il est facile de comprendre pourquoi : bien des sujets homosexuels ne désirent pas analyser la relation idolâtre qu’ils entretiennent avec l’être qui est pour eux le plus détestable et le plus cher au monde. Ils démontrent par leurs propos qu’ils ont élevé leur mère au rang de déesse ou de vierge, pour mieux fuir les femmes réelles. Dans les œuvres homo-érotiques, cette matrone toute-puissante prend tellement de place qu’elle donne très souvent la mort aux hommes ou à leur propre fils. Cela peut correspondre à une certaine réalité. Même si tous les schémas psychologiques attribuant à une mère, et à elle seule, l’origine de l’homosexualité d’un fils sont suspects, le cliché de la mère possessive est malheureusement loin de n’être qu’une caricature ! Les personnes homosexuelles de notre entourage qui n’ont toujours pas réussi à couper le cordon, et qui sont assaillies de la présence étouffante de leur bonne maman, réelle ou symbolique (une nourrice, une tante excentrique, une sœur, une grand-mère, une institutrice, une actrice, une chanteuse, etc.) ne manquent pas! Certaines personnes homosexuelles sont victimes de la revendication virile de leur mère : la mère cinématographique – et parfois la mère réelle – cherche souvent à montrer à son fils que son père n’est qu’un tyran « sans couilles », prend la place de son enfant au point d’envahir son espace psychique, l’aide à s’homosexualiser, impose le sacrifice de toute individualité, et cultive la politique du secret de polichinelle.

 

Et le pire, c’est que la majorité des personnes homosexuelles cautionne cet abaissement à l’idole maternelle par la validation passive de leur homosexualité. Par exemple, Julien Green nie que sa mère ait été tyrannique (« Non, elle était très douce », affirme-t-il à l’émission Apostrophe, diffusée sur la chaîne Antenne 2 le 20 mai 1983), et reconnaît tout de suite après qu’elle a largement outrepassé ses fonctions maternelles. Comme l’écrivait Marcel Proust dans sa préface à Sodome et Gomorrhe (1922), qui pourtant adorait sa mère, « il est difficile de supposer que la mère ou la sœur qui nous aime absolument, ne saisisse pas dans l’essence de notre nature toutes les conséquences, même mauvaises, qu’elle peut porter, difficile aussi de croire que dans son amour pour cette essence elle ne pardonne en elle ces conséquences détestables. » Beaucoup d’individus homosexuels ont droit aux confidences maternelles qui ne les regardent pas, servent de substitut marital pour reporter/illustrer un divorce, si bien qu’ils ne savent plus exactement comment définir ce lien de proximité excessive mais irréelle avec leur mère, et n’osent pas toujours prendre le large.

 

La frustration que leur apporte la relation fusionnelle qu’ils maintiennent parfois avec leur mère réelle et les enjeux de stérilité qu’elle induit ont de forte chance d’être contre-investis dans une soumission totale au modèle du bon enfant dévoué et parfait. Un pacte tacite de non-agression unit fréquemment la mère réelle et son fils homosexuel. « Tu acceptes de me faire dieu, et je ne dénoncerai pas tes abus » déclare le fils à sa mère ; « Tu acceptes d’être tout à moi, et en retour tu seras mon idole (ou je serai ton idole) » promet la mère à son fils. Leur duo peut avoir un fonctionnement bancal mais qui contente pour un temps les deux parties : la mère accepte de servir de joli trophée ou de femme de substitution à son fils ; et la mère fétichise son fils homosexuel en Don Juan, en objet sacré qui peut se prendre plus tard pour l’amour même : « Elle m’aimait excessivement. C’était trop. Moi, je l’aimais beaucoup. Elle a installé l’amour en moi. Elle a fait de moi un homme qui a toujours été amoureux » avoue Julien Green (toujours dans l’émission Apostrophe). Remettre en cause la passion maternelle, cela revient selon certaines personnes homosexuelles à renoncer à leur statut divin, et bon nombre d’entre elles ne sont visiblement pas prêtes à cela, même si à d’autres moments, elles avouent ressentir la projection d’idéaux comme une tyrannie. Bien des fils d’homoparents s’adressent à eux-mêmes le cri sans révolte similaire à celui que Pierre pousse dans le film « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré : « Pourquoi est-ce qu’on demande toujours aux fils d’être des dieux ? »

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Inceste », « Bergère », « Vierge », « Regard féminin », « Parricide la bonne soupe », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Grand-mère », « Infirmière », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Reine », « Actrice-Traîtresse », « Tante-objet ou maman-objet », « Mère gay friendly », « Sirène », à la partie « Peur de devenir folle » du code « Folie », à la partie « Fausse résistance » du code « Matricide », et à la partie « Festins » du code « Obèses anorexiques », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Maman mon tout mon roi :

Dans beaucoup de créations traitant d’homosexualité, la figure de la mère est célébrée par le héros homosexuel : cf. la chanson « Mother Love » du groupe Queen, « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock (avec Bruno adorant sa mère), la chanson « Maman la plus belle du monde » de Luis Mariano, le film « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré, le film « Belle Maman » (1999) de Gabriel Aghion, « Je retourne chez maman » (1952) de George Cukor, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig (avec la figure idéalisée de la mère), le film « Mommie Dearest » (1981) de Frank Perry, le film « Maman très chère » (1981) de Frank Perry, la pièce Casimir et Caroline (2009) de Horváth von Ödön (avec Eugène vivant seul chez sa mère), le film « Mamma Mia » (2007) de Phyllida Lloyd (un grand classique gay !), le roman Du côté de chez Swann (1913) de Marcel Proust, le film « Le Roi Jean » (2009) de Jean-Philippe Labadie, la chanson « Mama » des Spice Girls, la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti (où François est présenté comme un éternel adolescent qui vivra toute sa vie au crochet de sa mère), la chanson « Dimanche 6 août » de Stefan Corbin, le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier (avec la chanson « Maman, c’est toi, la plus belle du monde »), la chanson « Je t’aime maman » de Lorie, la chanson « Oh Mama » de Jeanne Mas, « Toutes les mamas » de Maurane, le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand (abordant la catégorie des gays fils-à-maman), la nouvelle La Nuit est tombée sur mon pays (2015) de Vincent Cheikh, la chanson « Xavier » d’Anne Sylvestre, etc.

 

Vidéo-clip de la chanson "Mama" des Spice Girls

Vidéo-clip de la chanson « Mama » des Spice Girls


 

Les héros homosexuels, filles comme garçons, ne tarissent pas d’éloges à l’égard de leur génitrice : « C’est la plus belle chose au monde, l’amour d’une mère. » (João dans le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz) ; « Rien ne remplacera le sein d’une vraie nourrice ! » (Mimi dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 374) ; « Je crois que tu es la femme la plus importante de ma vie. » (Laurent, le héros homo, à sa mère Suzanne, dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon) ; « Le seul regard de femme que tu portes en ton âme n’est plus sur cette terre, et ce regard de femme, c’est celui de ta mère. » (la Groupie s’adressant à la figure bisexuelle de James Dean, dans la chanson « Éternel Rebelle » du spectacle musical La Légende de Jimmy de Luc Plamondon) ; « Moi, j’étais un fils-à-maman. » (cf. la chanson « La Chanson de Ziggy » de Ziggy et Marie-Jeanne dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger) ; « Maman avait raison. » (Jean-Paul parlant à sa future femme Catherine, dans la pièce Folles Noces (2012) de Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor) ; « Je travaille toujours bien ici. Ça doit être toi qui m’inspires. » (Yves parlant à sa maman, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert) ; « Maman et moi, on s’aime plus que n’importe qui. […] Elle est très pudique. Elle n’aime pas s’épancher. Elle n’a aucun défaut. Ma mère, elle est géniale. » (Guillaume, le héros bisexuel du film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « La fourchette, c’est la maman. Le couteau, c’est le papa. La fourchette, c’est celle que je préfère. » (Laurent Spielvogel dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Le Prince Laurent a hérité de la grâce et de l’élégance de la Reine Berthe. » (Laurent Spielvogel parlant de lui et de sa mère version réifiée/royale, idem) ; « Les baisers d’une maman guérissent toutes les blessures. » (la maman de Davide, le héros homosexuel, embrassant les tétons, le ventre et la bouche de son fils, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman très autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros homosexuel, déclare que sa mère (Adesse) est « la femme qu’il admirait le plus au monde » (p. 58) : « Je crois que j’ai toujours eu besoin d’elle pour entretenir ce cordon ombilical dont je n’arrivais pas à me défaire. » (idem, p. 69) ; « Adesse représentait pour lui la personne la plus chère au monde. » (idem, p. 70) ; « Entre la mère et le fils, il existait comme une force télépathique qui leur permettait d’agir simultanément à des kilomètres. » (idem, p. 108) Dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin, Antoine, le héros homosexuel, passe « tout son temps au téléphone avec sa mère ». Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Gabriele, le héros homosexuel, avoue que chez lui, pendant son enfance, c’est sa mère qui régentait tout : « Ma mère, c’était peut-être pas un homme, mais c’était un génie. C’était une grande dame. » Elle était sa reine : « À la maison, j’aidais toujours ma mère. » Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Davide, le jeune héros homosexuel, a une relation de proximité avec sa maman. Il l’embrasse dans l’église. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Rupert, le héros homo, écrit un livre avec pour épitaphe « À la mémoire de ma mère » et maintient avec sa maman Sam une relation quasi conjugale : « Je vis seul avec ma mère. » L’un et l’autre portent une chaîne autour du coup avec les initiales de l’autre gravées sur un pendentif. C’est le même schéma incestuel que vit John, lui-même homo, avec Grace sa maman : « Je te connais. J’ai été la première. » dit-elle.

 

Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Anamika, l’héroïne lesbienne, en cours de dessin en maternelle, peint une carte pour sa mère dans laquelle elle écrit : « Maman, tu es la reine de mon cœur. » (p. 86) Dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, Wassim, l’un des personnages homosexuels, embrasse goulument sa maman. Il arrive que le héros homosexuel, comme un grand gamin, appelle sa mère au secours : « Mama, ouh ouh ouh, I don’t want to die… I’m just a poor boy, nobody loves me (He’s just a poor boy from a poor family). » (cf. la chanson « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen) Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, Kai (le héros homosexuel) et sa mère Junn ont une relation complice très fusionnelle, incestuelle : « Maman, t’es la n°1 dans mon cœur. » déclare Kai à cette dernière). Junn veut vivre le restant de ses jours avec son fils et lui en veut de l’avoir mise en maison de retraite : « Je suis la famille avant tout. Tu ne peux pas te débarrasser de ta mère comme ça. » « Comme toutes les mamans du monde, je voulais que Kai soit à mes côtés. » La mère et le fils s’entendent comme deux meilleurs amis ou comme un petit couple qui partage toutes les confidences, toutes les histoires de cœur. Richard, l’amant secret de Kai, les décrit comme deux jumeaux : « Vous êtes pareils tous les deux. » Dans le film « Call me by your name » (2018) de Luca Guadagnino, Elio, 17 ans et homosexuel, a une relation fusionnelle avec sa mère Annella : ils s’embrassent sur la bouche, et goulument dans le cou.

 

Très souvent dans les créations artistiques traitant d’homosexualité, le héros homosexuel est associé à un « fils à maman ». « Le p’tit Martin [héros sur lequel pèse une forte présomption d’homosexualité] à sa maman est une Cendrillon ! » (Malik, le héros hétéro, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Ton fils c’est ton portrait craché. Tout pour l’apparence ! » (Laurent Spielvogel imitant son père parlant à sa mère, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Tu vas le laisser tranquille ! Tu vas arrêter de le couver comme ça ?!? Tu vas en faire une… » (Charles, le père de Victor le jeune héros homosexuel, s’adressant à sa femme Martine, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; etc. Par exemple, dans le film « Attitudes » (2005) de Xavier Dolan, Jules, le héros homosexuel, est traité de « p’tit gars à sa maman » par un camarade du collège. Dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Malik, le héros homosexuel, pense que le fait d’avoir grandi avec une mère castratrice et ses cinq tantes « aurait pu faire de lui un pédé ». Dans le film « Friendly Persuasion » (« La Loi du Seigneur », 1956) de William Wyler, Jacques, pourtant jeune adulte, est constamment sous la coupe de sa mère : elle le borde encore dans son lit (« Combien de fois je vais encore te border ? »). Le père de Jacques fait la remarque à son épouse : « Eliza, tu ne peux pas le garder dans tes jupons toute ta vie. »

 

La réputation du vieux garçon homosexuel (= le Tanguy) collé aux basques de sa maman chérie n’est plus à faire ! Très souvent, mère et fils hébergent sous le même toit : cf. le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie (avec Armand, le héros homosexuel de 43 ans, qui vit encore seul avec sa mère), la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez (avec le voisin célibataire homo, vivant chez sa mère), le film « Tanguy » (2001) d’Étienne Chatiliez, la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan (avec le coiffeur homo Romain, habitant seul chez sa mère) ; etc.

 

« J’habite seul avec maman dans un très vieil appartement, rue Sarasate. » (cf. la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour) ; « J’habite seule avec maman. » (Micheline le travesti M to F de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Y’a qu’un homo pour vivre encore chez sa mère à trente ans… » (Laurent à Cédric quand ce dernier lui demande comme il a deviné son homosexualité, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) Par exemple, dans la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, Jacques est toujours fourré sous les jupes de sa mère. Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Abram « veut vivre auprès de sa mère ». Dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine, Jacques, le héros qui se travestit en Chantal en cachette, vit encore avec sa vieille mère ; il s’habille d’ailleurs comme elle : « Ma mère elle-même s’habille en femme. »

 

La mère possessive est la figure maternelle symbolique au sens large : elle peut s’étendre à la sœur, la nourrice, la tante, l’institutrice, l’actrice, à toutes femmes qui exercent un pouvoir désirant sur le personnage homosexuel. « Servante à la place de ma mère. Femme à la place de ma mère. » (Omar évoquant Hadda, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa) ; « Elle est sympa, la photo de ta mère sur le mur. » (Raphaël par rapport au portrait de Jackie Quartz trônant dans le salon de son copain Benoît, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « J’aime bien les mères, moi ! » (Ahmed dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; etc.

 

La mère adorée en question n’est pas toujours la biologique mais la cinématographique : « C’est quoi le problème ? C’est sa mère, Sophie Marceau ? » (Alex par rapport au héros homosexuel Gabriel, dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce) Par exemple, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, la sonnerie de portable de Léo, indiquant un appel entrant de sa mère, c’est « Casse-Noisette » de Tchaïkovsky. Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu parle de sa mère en l’imitant comme s’il s’agissait de la mère cinématographique : « Parce que je le vaux bien. » Dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine, Jacques Alvarez, l’homme transgenre M to F, vit encore avec sa vieille mère : il s’habille comme elle, en soutenant que « sa mère elle-même s’habille en femme. » La mère, dans ces cas-là, est un féminin d’accessoire.

 

Elle a d’ailleurs tout d’une déesse impalpable, immatérielle et parfaite : « Une mère ne se trompe jamais. » (Hubert, le héros gay de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Ma mère a toujours été très très complice de moi, en cachette de mon père pour que je puisse rêver, pour que je puisse devenir moi. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) La mère du personnage homosexuel n’est pas incarnée. C’est une icône virginale. « Je me souviens que je suis très content. Comme toujours quand je crois qu’elle est très heureuse. Et belle. » (le narrateur en parlant de sa mère, dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 9) ; « Je décide d’attendre sans bouger un long et profond sommeil qui ressemble à la mort comme je l’imagine. J’y vois maman dans une grande robe blanche. Elle me sourit, court dans un champ de fleurs bleues. On dirait qu’elle vole. » (idem, p. 88) ; « Il y a des centaines de photos de maman. Elle était si belle… Il ne fallait pas la toucher tant elle était si belle… » (le jeune Thomas, dans le bâti Lars Norén (2011) mis en scène par Antonia Malinova, salle Adjani des Cours Florent, à Paris) ; « Elle est au commencement, elle est là dès la première phrase écrite, elle ne me quitte jamais. Sa présence est sur tout. Elle est la figure tutélaire, le guide, celle qui montre le chemin. Le culte que je lui voue est religieux. […] Je crois souvent que ma vie, que toute ma vie s’est façonnée par rapport à elle, que tout procède d’elle. » (Vincent en parlant de sa mère, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 56-57) ; « Je te salue maman. » (cf. la chanson « Je te salue maman » de Laurent Viel) ; « Que ma mère t’entende. » (Larry, l’un des héros homos du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Qu’est-ce qu’il y a ? T’as vu la Vierge ? » (Laurent s’adressant à son copain Cédric qui a vu par inadvertance au réveil la mère de Laurent les surprendre ensemble au lit, dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure) ; etc. Dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan, par exemple, la chanson du générique final est « Maman la plus belle du monde » de Luis Mariano ; et à un moment donné du synopsis, la mère d’Hubert (le héros homosexuel) est déguisée en sainte Thérèse de Lisieux. Avant de la haïr au point d’avoir des souhaits matricides, Hubert voue une passion sans bornes pour sa maman : « Je sais pas ce qui s’est passé. Quand j’étais petit, je l’aimais. » Dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, Mrs Webster, la maman de Luce l’héroïne lesbienne, se prend pour Dieu : « Je suis peut-être aussi vieille que Dieu. »

 

 

Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Stephen, l’héroïne lesbienne, décrit « le sentiment de quasi-vénération que le visage de sa mère avait éveillé en elle » (p. 22) depuis sa naissance : « La beauté de sa mère était toujours une révélation pour elle ; elle la surprenait chaque fois qu’elle la voyait ; c’était l’une de ces choses singulièrement intolérables, comme le parfum des reines-des-prés sous les haies. […] Anna [le prénom de la maman] disait parfois : ‘Qu’avez-vous donc, Stephen ? Pour l’amour de Dieu, chérie, cessez de me dévisager ainsi !’ Et Stephen se sentait rougir de honte et de confusion parce qu’Anna avait surpris sa contemplation. » (idem, p. 49)

 
POSSESSIVE 2 Mariano
 

S’établit très souvent entre la mère et son fils homo un contrat de sacralisation mutuelle (= « Je t’adore si tu m’adores ; je deviens toi et ainsi, nous serons divins à nous deux »), un empiètement de vie privée consenti : « Ma mère m’adore. Et il va de soi que je l’adore aussi. » (Dominique, le héros gay du roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 15) ; « De son propre aveu, elle n’a jamais aimé que moi. » (idem, p. 33) ; « On dirait que tu m’adores. » (Evita parlant à sa mère dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Y’a personne qui va y toucher. Ce sera mon enfant à moi. » (Marie Lou par rapport à son quatrième et dernier enfant, Roger, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay) ; « Je ne peux pas te dire je t’aime. J’aime trop ma maman. » (Didier Bénureau dans son one-man-show Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Même si on a prétendu le contraire parce que ça nous arrangeait bien tous les deux… » (Guillaume, le héros bisexuel parlant de la possessivité jalouse et faussement désintéressée de sa mère, possessivité qui a constitué une sorte d’équilibre fragile entre eux, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) ; « C’est pas parce que c’est mon fils mais c’est le plus beau de la Terre ! » (Kate, la maman d’Hugo le héros gay, dans le téléfilm « Un Noël d’Enfer » – « The Christmas Setup » – (2020) de Pat Mills) ; etc. Dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, Joséphine formule à son fils homosexuel Kévin un tendre « Je t’adore ! », et celui-ci lui répond : « Moi aussi je t’adore… mais tu m’écrases les pieds ! » Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, voyage sous le nom de sa mère. Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, Isabelle compte appeler son futur fils (qu’elle prévoit d’avoir avec Pierre, le héros homo) « Superman » et veut pour lui « le meilleur », la « réussite », la « perfection » (… et non le bonheur). Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, s’entend dire par sa mère abusive : « Je n’ai que toi. Tu n’as que moi. »

 

Dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, Fernand Cazenave, le héros homosexuel refoulé, est un fils-à-maman vivant une relation particulièrement fusionnelle avec sa mère tyrannique : « La mère et le fils, accrochés flanc à flanc comme de vieilles frégates, s’éloignaient sur l’allée du Midi et ne reparaissaient qu’une fois achevé le tour du rond. » (p. 28) Sa génitrice l’appelle d’ailleurs « son fils adoré » (idem, p. 35) et l’absorbe complètement : « Sa mère le poussait en avant ; elle était en lui ; elle le possédait. » (idem, p. 116)

 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, est totalement amoureux de sa mère. Il la dragouille comme une fiancée : « Chaque fois que je te revois, tu rajeunis. » ; « Qu’est-ce que tu sens bon… » ; « C’est toujours toi ma préférée, même si tu me bats. » ; « On va faire équipe, nous deux. » Il la tripote en la prenant par derrière. Il l’embrasse sur la bouche en mettant sa main pour faire tampon entre les deux bouches. Puis, à la fin du film, il lui fait carrément un baiser langoureux sur la bouche, en ajoutant : « T’es ma priorité. ». Sa mère s’en révolte à peine, même si elle avoue en privé à son amie Kyla que son fils souffre d’une pathologie : « Il a un trouble de l’attachement. » Elle rentre dans le jeu fusionnel : « T’es là pour maman, et vice et versa. » ; « Je vais t’aimer de plus en plus fort, et c’est toi qui vas m’aimer de moins en moins : c’est la nature. »
 

Dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, Zac croit qu’avec sa maman, il fonctionne par télépathie, qu’ils forment ensemble un seul corps. On retrouve la même symbiose mère-fils dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti. Dans le film « Peeling » (2002) d’Heidi Anne Bollock, la mère de Beth imite sa fille lesbienne en tout (par exemple, elle se fait des couettes comme elle). Dans le roman Les Parents terribles (1939) de Jean Cocteau, le fils saute sur le lit de sa mère.

 

La mère de l’homosexuel (et ses représentantes féminines futures) est en général la jumelle narcissique : « Je ne me rassemble et ne me définis qu’autour d’elle. Par quelle illusion j’ai pu croire jusqu’à ce jour que je la façonnais à ma ressemblance ? Tandis qu’au contraire c’est moi qui me pliais à la sienne ; et je ne le remarquais pas ! Ou plutôt : par un étrange croisement d’influences amoureuses, nos deux êtres, réciproquement, se déformaient. Involontairement, inconsciemment, chacun des deux êtres qui s’aiment se façonne à cette idole qu’il contemple dans le cœur de l’autre… » (Édouard dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1925) d’André Gide, p. 83) ; « Lady Griffith aimait Vincent peut-être ; mais elle aimait en lui le succès. […] Elle se penchait avec un instinct d’amante et de mère au-dessus de ce grand enfant qu’elle prenait à tâche de former. Elle en faisait son œuvre, sa statue. » (idem, pp.72-73) ; « Mon image de Lucile est image de moi-même. Rien ne pourra nous séparer. » (le juge Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 73) ; « Ma Mère : mon miroir. » (Margot dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Maman, je serai toujours là pour te protéger.’ Je gonflais ma poitrine et lui montrais mes biceps. […] Je reportais toute mon affection sur ma mère qui me le rendait bien. » (Bryan à sa mère dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 20) ; « Ma mère, c’est toute ma vie. » (Kévin à Bryan, idem, p. 325) ; « T’étais beau quand t’étais bébé. T’étais beau, t’avais l’air d’une petite fille. J’m’amusais bien avec toi : t’avais l’air d’une poupée. T’étais mignonne. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc.

 

Le personnage homosexuel demande parfois à rentrer à nouveau dans le ventre de sa mère, à connaître éternellement le bien-être de l’état intra-utérin : « Quel frisson de m’anéantir dans son ventre. » (cf. la chanson « L’Amour naissant » de Mylène Farmer) ; « Si je comprends bien, tu n’as jamais vraiment ‘coupé le cordon’ avec ta mère. » (Sylvia s’adressant à son amante Laura, dans le roman Deux Femmes (1975) de Harry Muslisch, p. 82) ; etc.

 

Téléfilm "À la recherche du temps perdu" de Nina Companeez

Téléfilm « À la recherche du temps perdu » de Nina Companeez


 

La fusion possessive entre le héros homosexuel et sa mère contente apparemment les deux parties. Le seul problème, c’est que la distance vitale entre le fils et la mère n’existe plus, que l’un et l’autre consentent à vivre ensemble une relation incestueuse qui les transforme en objets : « La seule et unique fois où j’aurais pu conclure avec une femme, j’ai pensé à ma mère. » (le héros homosexuel dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « On finissait par se croire non en face d’une mère et d’un fils, mais d’un vieux ménage. » (la description d’Adolphe Forbach et de sa mère, dans le roman Le Bal du Comte d’Orgel (1924) de Raymond Radiguet, p. 52) ; « Théron m’appartient. » (Annah, la mère de Théron, à son mari, dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli) ; « Maman est gentille. Eh ben tu vois, tu les as eus, tes glands ? Et le beige te va très bien. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère lui parlant dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015 ; « Toi aussi, maman, t’es belle. » lui répond-il en retour) Par exemple, dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, la maman de Bruno est toute contente d’être « la chose » de son fils : « Il n’est pas désagréable pour une mère de sentir qu’elle est la seule femme qui compte dans le cœur de son fils. » ; etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Par exemple, dans le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel, la mère filme son fils romain et le prend pour un substitut marital. Dans le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, la maman d’Éric réifie son fils par la photo. Dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, la mère traite son fils de poupée : « Si à la place d’un mannequin, j’avais eu un vrai homme comme ton père ! » Dans son roman Vincent Garbo (2010), Quentin Lamotta dénonce l’appropriation abusive des mères sur les nouveaux-nés, « l’excessive bienveillance des parents » : « L’enfant […] est l’objet de répétées tentatives d’appropriation. Les femmes surtout. » (p. 38) ; « Qui, mais qui d’autre que Garbo, dira jamais la malfaisance de toutes ses fausses mères dévoreuses sur la sensorielle organisation du petit ? » (idem, p. 39) ; « On se le passe de mains en mains, le Vincent, de bras en bras, tel un joujou Celluloïd, et personne alentour, jamais personne pour le sauver de cette inadmissible emprise sur son corps. » (idem, p. 39) ; « L’amour inquiet des parents m’est trop pesante charge. » (idem, p. 86) Dans son roman Le Monarque (1988), Knut Faldbakken parle des « mères poisseuses de sollicitude » (p. 17) qui engendrent des hommes-poupons.

 

Certains héros homosexuels finissent par devenir aussi possessifs en « amour » que leur mère (biologique ou cinématographique), en croyant aimer vraiment leur partenaire d’un amour maternellement exemplaire : « Je ne suis ni possessive ni jalouse en rien, c’est ma nature. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 97) ; « Il faut que vous sachiez, Vincent, que j’ai, de l’amitié, une conception un peu, voire tout à fait, tyrannique et possessive. » (la figure de Marcel Proust s’adressant à son jeune amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 91) ; « À sa naissance, il deviendrait une personne, quelqu’un que Jane n’aimerait peut-être pas, mais pour le moment il était tout à elle. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 193) ; etc.

 
 

b) Le personnage homosexuel est soumis à l’influence d’une mère intrusive et incestueuse :

La mère possessive est un leitmotiv des fictions homosexuelles : cf. le film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes (où Josiane Balasko interprète le rôle d’Andrea Martal, une mère très étouffante avec José, son fils homo), le film « Camionero » (2013) de Sebastián Miló (avec la mère de Randy, qui le surprotège), la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch (avec le personnage de Marie), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset, le film « Cher disparu » (1965) de Tony Richardson, le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1983) de Pedro Álmodóvar, la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, le film « Le Protégé de Madame Qing » (2000) de Liu Bingjian, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-ik, le film « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock (avec la maman de Norman Bates), le film « Mother Knows Best » (2009) de Bardi Gudmundsson (où Gudini vit à Reykjavik avec une mère très possessive), le film « Les belles manières » (1978) de Jean-Claude Guiguet (avec le fils trop choyé d’une dame élégante), la pièce Une Nuit au poste (2007) d’Éric Rouquette (avec la mère possessive de Diane), le film « Je préfère qu’on reste amis » (2005) d’Éric Toledano et Olivier Nakache (avec la maman de Claude), le film « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le film « Music Lovers » (1970) de Ken Russell, le film « The Sins Of Rachel » (1972) de Richard Fontaine, le film « Lola et Bilidikid » (1998) de Kutlug Ataman, le film « La Toile d’araignée » (1975) de Stuart Rosenberg, le film « La Vie de Brian » (1979) de Terry Jones (avec la mère possessive acariâtre), le film « Le Lion en hiver » (1968) d’Anthony Harvey, le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, le film « Mi-fugue mi-raisin » (1994) de Fernando Colomo, le film « Muerte En La Playa » (1988) d’Enrique Gómez, le roman Beatriz Y Los Cuerpos Celestes (1998) de Lucía Etxebarria, le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick (avec le cliché de la mère possessive juive), le roman Les Parents terribles (1939) de Jean Cocteau (avec la mère absorbante), le film « Avant le déluge » (1953) d’André Cayatte, la pièce La Casa De Bernarda Alba (La Maison de Bernalda Alba, 1936) de Federico García Lorca (avec la figure de la matrone toute-puissante), le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau (avec la saoulante mère d’Henri, stressée-de-la-vie), le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron (le titre initial était « Je t’aime tant »), le film « Mambo Italiano » (2003) d’Émile Gaudreault (avec la maman d’Angelo), le film « L’Invité de la onzième heure » (1945) de Maurice Cloche, le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, le film « Collateral » (2004) de Michael Mann (avec la mère de Max à l’hôpital), la pièce Les Babas Cadres (2008) de Christian Dob, le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart (avec la mère juive d’Arnold), le film « Mamma Roma » (1962) de Pier Paolo Pasolini (avec Anna Magnani), le roman Ernesto (1975) d’Umberto Saba, le film « Gay Club » (1980) de Ramón Fernández, le film « Los Placeres Ocultos » (1977) d’Eloy de la Iglesia, la pièce Flor De Otoño (1982) de José María Rodríguez Méndez, le roman Oranges Are Not The Only Fruit (1985) de Jeannette Winterson, le roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, la comédie musicale Into The Woods (1987) de Stephen Sondheim, le roman L’École du sud (1991) de Dominique Fernandez, le roman Mes Parents (1986) d’Hervé Guibert, le film « Big Mamma » (1999) de Raja Gosnell, le film « A Different Kind Of Love » (1981) de Brian Mills, le film « Better Than Chocolate » (1999) d’Anne Wheeler, le film « Doña Herlinda Y Su Hijo » (1984) de Jaime Humberto Hermosillo, le film « 101 Reykjavik » (2000) de Baltasar Kormakur (avec la mère de Hlynur), le film « Gugu, O Bom De Cama » (1980) de Mario Benvenutti, le film « Taxi Nach Cairo » (1988) de Frank Ripploh, la pièce La Religieuse (1760) de Denis Diderot (avec la mère incestueuse), le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré (avec la mère inquisitrice de Julie), le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia (avec Sara, la mère possessive), le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky (avec la mère de Nina, une vraie mante religieuse incestueuse), le film « Ylan » (2008) de Bruno Rodriguez-Haney, la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval (avec « la collante » Marina, la mère de Fred), la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas (avec la mère de Léo, le héros homo), le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro (avec la maman de Léo, le héros homo aveugle, sans cesse sur lui parce qu’elle a peur qu’il lui arrive malheur), la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi (avec Solange, la belle-mère pot de colle), la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand (avec Catherine, la mère bourgeoise), la chanson « Maman le sait » de Lisa Angell, etc.

 

La maman du héros homo est apparemment pleine de sollicitude. Ce serait sa particularité : « Anna Gordon était d’une race de mères dévouées. » (Marguerite Radclyffe Hall à propos de la mère de Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 23) Par exemple, dans la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters, Mme Turnblad, la mère de Tracy, est interprétée par un homme travesti, et est une femme hyper prévenante, acariâtre et tendre à la fois.

 

Mais l’homo-maman a tendance à s’immiscer un peu trop dans la vie privée de sa progéniture. Le franchissement de la frontière de la différence des générations n’annonce rien de bon.

 

Dans le registre « mère-bonne-copine refusant de vieillir », cédant à tous les caprices de son fils homosexuel, et lui demandant de lui agrafer son soutif, on a les mères des films « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré, « Pôv fille ! » (2003) de Jean-Luc Baraton, « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti, « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier, « Reinas » (2005) de Manuel Gómez Pereira, etc.

 

Il est très fréquent de voir la mère du héros homo rentrer sans prévenir dans la chambre de son fils : cf. le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, le film « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, le film « Hitchcocked » (2006) d’Ed Slattery (avec la mère qui rentre dans la salle d’eau où son fils est sous la douche avec un homme), etc. « Ma mère se précipite dans ma chambre sans frapper. » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 140) ; « Je t’ai attendu toute la soirée. » (la mère de Franck endormie et voyant son fils, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel) ; « N’ouvre pas, maman, je suis nu ! […] J’arrive, maman ! Ne casse pas la serrure ! » (« L. », le héros transgenre M to F, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Les femmes sont des vraies louves quand il s’agit de leurs petits. » (Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; etc. Dans le film « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, Cédric dit de sa mère qu’elle est tellement indiscrète qu’elle serait capable de « défoncer la porte de sa chambre ». Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Monique, la mère de Delphine, découvre sa fille nue au lit avec une autre femme, Carole, en rentrant de force dans sa chambre.

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, la mère de Bryan est très intrusive : « Ma mère c’est l’œil de Moscou : elle voit, entend et devine tout ! » (p. 176) ; « Le lendemain matin, ma mère entra dans la chambre pour nous réveiller. Je n’avais pas verrouillé la porte la veille. Elle resta un moment en arrêt devant le lit. » (idem, p. 333) Quand Bryan déclare à sa maman que « les rapports entre une mère et son fils sont toujours ambigus » et qu’il a « souvent l’impression qu’elle ne vit sa vie qu’à travers lui », celle-ci, dans une désinvolture absolue, ne dément pas : « C’est sûrement vrai » (idem, p. 195) Elle envisage même de vivre avec lui ad vitam aeternam et de le garder toujours sous son toit : « Tu as été mon fils et en même temps l’amour de ma vie. Tu es sûrement l’homme que j’ai le plus embrassé ! […] Quand tu étais petit, on s’embrassait toujours sur la bouche. Quand tu as grandi, tu n’as plus voulu. Tu ne voulais même plus que je te tienne par la main. » (idem, p. 353) Bryan n’est pas du tout choqué par ce que lui dit sa mère. Au contraire, il prend cette révélation comme une superbe déclaration d’amour, et se laisse conquérir : « Je sais… je sais tout ça, maman. Je t’aime, je ne t’oublierai jamais. »

 

La possessivité maternelle est parfois la conséquence de l’apathie paternelle, comme le montre clairement le père passif du film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron. Dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, la mère de Gabriel, le héros homosexuel, fouille dans l’ordi portable de son fils… et son père ne réagit pas : « Elle a toujours tout régenter. »

 

Le désir de la mère possessive est assez trouble et ambiguë, difficile à définir. À la fois c’est un désir d’amour et un désir de viol : « Tu me rappelles maman, quand elle avançait masquée, à vouloir je n’sais quoi. » (Camille parlant à sa sœur Pauline, dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel) Par exemple, dans le film « No Se Lo Digas A Nadie » (1998) de Francisco Lombardi, la mère de Joaquín, le héros homosexuel, est ultra-protectrice et diabolise le père devant son fils de 15 ans.

 

Étape par étape, la maman possessive gravit les échelons de la violation d’intimité de son fils. Par exemple, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, Ernest se fait suivre dans la rue par sa propre mère (p. 119). Dans la pièce Eva Perón (1970) de Copi, Evita est épiée par sa mère qui cherche à lui extorquer les numéros de ses comptes en banque. Dans le film « Brotherhood » (2010) de Nicolo Donato, la mère de Lars ouvre le courrier de son fils sans sa permission. L’amour de la mère est tellement dévorant et passionnel qu’il peut parfois effrayer le protagoniste homo même : « Ma mère, elle me fait plus peur qu’un peloton de militaires. » (Roberto le trans, dans la comédie musicale Amor, Amor, En Buenos Aires (2011) de Stéphan Druet) ; « O.K. ! T’as gagné ! Comme d’habitude ! » (le narrateur homosexuel craquant devant l’insistance de sa mère, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 40) ; etc. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, la mère de Kévin (le héros homo), juive de surcroît, tente de récupérer son fils par tous les moyens, et s’est inscrite sur GrinDr pour le géolocaliser. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, quand on demande à Jonas, le héros homo, ce qu’il fabrique sur son portable, alors qu’il est en train de répondre à un chat sur l’application Grindr, il dit « Non non, c’est ma mère ».

 

Et cette peur n’est pas infondée puisque le fanatisme maternel va parfois jusqu’au meurtre ! Par exemple, dans la pièce La Muerte De Mikel (1984) d’Imanol Uribe, la mère possessive de Mikel finit par assassiner son fils. Dans la comédie musicale Pacific Overtures (1976) de Stephen Sondheim, on entend une chanson racontant l’histoire d’une mère qui empoisonne lentement son fils. On retrouve la mère tueuse dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, dans la pièce Hamlet, Prince de Danemark (1602) de William Shakespeare, dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, etc. Dans la chanson « Bohemian Rhapsody » de Queen, Freddie Mercury chante que sa mère l’a tué : « Mama, just killed a man, put a gun against his head, pulled my trigger, now he’s dead. » Dans le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard, la mère de Thomas décide de supprimer l’instance de son fils cloné quand celle-ci ne correspond pas au fils idéal souhaité et qu’elle lui désobéit ; c’est une femme par ailleurs pleine de bonnes intentions, en théorie : « Je veux ce qu’il y a de meilleur pour mon fils. » Mais l’amour vrai est la sincérité en actes, non la sincérité nue.

 

Plus que la mort du corps, c’est la mort du Désir que la mère du héros homosexuel inflige à son fils. En se présentant comme son absolu d’amour, elle lui bouche toutes les voies qui le conduiraient à l’Altérité des sexes. « C’est elle qui a eu peur que j’aime une autre femme qu’elle. » (Guillaume, le héros bisexuel parlant de la jalousie secrète de sa mère qui voit toute femme qui approche son fils comme une rivale, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne) Par exemple, dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, la mère de Dominique prédit à son fiston qu’« il ne trouvera jamais une femme qui la vaille, ni même un homme ! » (p. 100) Dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade, avant qu’il ne décide d’avoir un môme avec une femme, la mère de Pierre, le héros homo, s’était faite à l’idée que son fils n’aurait pas d’autre femme dans sa vie qu’elle…

 

C’est dans l’amour homosexuel que le personnage homosexuel trouve un moyen de rejoindre sa mère : il se donne l’illusion qu’il aime son amant (ou que son amant l’aime) comme une mère aimerait son enfant : « Adrien avait aussi un immense besoin d’être aimé. Il y avait en lui un enfant qui cherchait à être protégé, consolé, un enfant qui requérait un amour total. […] Il était bien conscient que cet amour-là ressemblait à l’amour perdu de la mère. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins (2009), p. 40) ; « L’exposé fut donné par une fille de terminale, qui parla de l’image de la déesse-mère dans la civilisation Harappan. Je songeai à Linde à chaque fois qu’elle disait ‘déesse-mère’. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de sa copine Linde, de 20 ans son aînée, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 232) ; « Si ça continue, ma mère va finir par t’aimer plus que moi ! T’as vu comme elle prend ta défense ! Comment tu fais pour séduire tout le monde ? […] Oui, t’as commencé par moi, puis mon chien et maintenant c’est ma mère ! » (Bryan faisant une crise de jalousie à son amant Kévin à propos de sa propre mère, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 158) ; « Je t’aime aussi, maman, je t’aime. Je ne m’en étais jamais rendu compte à quel point. Mais j’aime aussi Kévin, je n’y suis pour rien ! Et je ne sais pas lequel de vous deux occupe la plus grande place dans mon cœur. » (Bryan à sa mère, idem, p. 355) ; etc. Le héros homosexuel ne peut pas aimer les femmes dans la mesure où il recherche chez elles une maternité impossible. Il se cogne contre le mur de l’inceste. Par exemple, dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan, Cyrano se dit touché par une Roxane « si gaiement maternelle » qu’il ne peut l’atteindre. J’aborde plus largement le lien entre maternité et homosexualité dans le code « S’homosexualiser par le matriarcat » du Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Si l’on revient à la genèse de la possessivité maternelle, on se heurte souvent au viol. La mère du héros homosexuel camoufle l’agression dont elle a été jadis victime, ou bien compense une épreuve qu’elle n’a pas pu/voulu surmonter, par un surinvestissement affectif incestueux sur la personne de son fils. Par exemple, dans le film « Save Me » (2010) de Robert Cary, Gayle joue la « mère » de substitution de Mark parce qu’elle a perdu un fils : leur relation sera d’autant plus fusionnel et excessif que le travail de deuil de la femme n’a pas été fait.

 
 

c) Maman-gâteau :

Dans les fictions homo-érotiques, la possessivité maternelle est fréquemment illustrée par la présence de maman-gâteau (cf. la partie « Nourriture comme métaphore du viol » dans le code « Obèses anorexiques » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Ma mère m’a envoyé un frigo pour mon anniversaire ! » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Elles n’ont pas trop de regrets, nos mères au foyer. Elles nous font de jolis plats, et qui regorgent de fla-flas. Elles n’en voient pas les dégâts, nos mères attentionnées. » (cf. la chanson « Nos Mères » des Valentins) ; « Dan posa la Key lime pie sur la table comme ma mère le faisait jadis avec sa dinde de Noël. » (Jean-Marc dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 105) ; « Elle m’a envoyé un colis avec de la nourriture. » (Stéphane en parlant de sa mère, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Elle s’est mise en tête de cuisiner. Tu connais ta mère ! » (Tereza parlant à Phil, le héros homo, de sa maman Glass, piètre cuisinière, dans le film « Die Mitter der Welt », « Moi et mon monde » (2016) de Jakob M Erwa); etc.

 

La mère (et les femmes en général) sont celles qui gavent de nourriture l’homosexuel : cf. le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, la pièce Le Retour au désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston (avec Leonora), le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec la grand-mère d’Étienne qui a gavé de dragées son petit-fils homo jusqu’à l’en rendre malade), le roman Paradiso (1966) de José Lezama Lima (avec le dîner gargantuesque de doña Augusta), le film « Cappuccino » (2010) de Tamer Ruggli (avec la mère possessive de Jérémie), le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre (avec Lucile et ses gâteaux), le roman Petit déjeuner chez Tiffany (1958) de Truman Capote, le film « Échappée belle » (1999) de Lukas Moodysson, le film « Vague de chaleur » (1958) de George Cukor, le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, la chanson « La Femme au milieu » d’Emmanuel Moire, etc.

 

Par exemple, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012), Didier Bénureau interprète une mère qui gave son petit Jeanjean (elle lui donne des mies de pain, des tonnes de cachets d’aspirine pour qu’il « ait ses 16h de sommeil » !) au point de le transformer en statue et de le rendre « inexpressif » : « Maman’ a toujours été très très gentille avec Jeanjean. » dit-elle en parlant d’elle à la troisième personne à son fils. Son « amour » passionnel de mère est exclusif (« Pas de femmes ! Que ta petite maman ! »), la pousse même à être violente et à frapper son fils : « Quel abruti ! » Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, Tomas, le héros homo allemand, a été élevé par sa grand-mère : « J’ai grandi avec ma grand-mère. ». Tomas attribue à sa grand-mère sa vocation de pâtissier puisqu’elle cuisinait des gâteaux aussi. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Grace, la maman possessive de John le héros homo, lui fait toujours du bœuf Bourguignon en pensant qu’il l’adore, et elle ne le laisse jamais parler. Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, « Bonne Maman », la maman de Vita Sackville-West, Lady Sackville, est la maman-gâteau, qui gâte ses petits-enfants et leur offre des pâtisseries.

 

Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, la mère de Sylvia apporte des gâteaux à sa fille lesbienne. Dans une nouvelle écrite en 2003, un ami romancier me décrivait « cette chaleureuse grand-mère, veillant à la confection de gâteaux que les petits-enfants, démons de la conscience humaine, décapiteront par leurs dents avant de les lâcher en pâture aux chiens. » (p. 20) Dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte, Grany se surnomme « mamie-macarons ». Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, China a mis accidentellement l’insecticide anti-cafards dans le biberon de son bébé, croyant que c’était du lait concentré.

 

Le personnage homosexuel n’a pas souvent la force de caractère de refuser les gâteaux-cadeaux empoisonnés que sa mère lui offre « par amour » : « Je ne vois pas pourquoi tu me forces à toujours prendre le thé. Tu sais que je déteste tes gâteaux ! » (Louise à Jeanne dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Ma mère dit toujours qu’il faut savoir refermer la boîte de gâteaux. » (Max, le « fils à maman » du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 113) ; « Elle est terrible. […] C’est la femme la plus égoïste du monde. » (François à propos de sa « belle-mère », la mère de son amant Max, idem) En général, il ne dénonce qu’à demi-mot le cocon (pourtant étouffant) d’une enfance maternelle et sucrée qui s’éternise : « Une haleine familière : tu reconnais cette note laiteuse, aseptisée comme l’intérieur d’une mère. […] Un murmure jaillit des lèvres de ta mère : ‘Mon chéri !’. Tu te demandes si tu n’es pas en plein désert, si ta suffocation n’est pas la cause d’un mirage trop vrai pour être beau. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 167) C’est la complaisance et la gourmandise qui très souvent ont le dernier mot.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Maman mon tout mon roi :

Dans les personnalités homosexuelles connues, on dénombre beaucoup de fanatiques de la figure maternelle : « Il semblait bien que Marc, qui adorait sa mère, ne se remettrait jamais véritablement de sa disparition. » (Paula Dumont parlant de son meilleur ami gay, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 76) ; « Je l’ai tant aimée dans mon enfance. » (Annie Ernaux parlant de sa mère, dans son autobiographie Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 33) ; « L’image qui me reste de l’enfant que je fus est celle d’un garçon longtemps fourré dans les jupons de sa mère. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 18) ; « Même si elle est possessive, l’amour sans limites qu’elle me voue est venu à bout de son éducation et de ses préjugés. » (idem, p. 88) ; « J’ai beaucoup aimé ma mère, et c’est là le seul bon souvenir de mon enfance. » (Fritz Lang cité dans le film « Enfances » (2007) de Yann Le Gal) ; « L’influence de ma mère a été considérable. » (Julien Green cité par Philippe Vannini, « Julien Green, l’Histoire d’un Sudiste », dans Magazine littéraire, n°266, juin 1989, p. 96) ; « Dès mes premières années d’enfance, j’ai voulu imiter ma mère ; par instinct, mais aussi par orgueil, je me suis comporté en femme. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 78) ; « Jean-Claude, c’était le chouchou, celui qu’il fallait protéger. Et pour cause, ma mère savait avant moi qui j’étais. » (Jean-Claude Janvier Modeste en parlant de sa relation avec sa mère, en interview en 2011) ; « Ma mère comptait tellement pour moi. J’ai passé ma vie à la séduire. » (une témoin lesbienne de 70 ans dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Ma famille maternelle est au courant parce que je suis très proche d’eux, ma mère, ma tante et ma grand mère qui sont définitivement les femmes de ma vie. » (Maxime, « Mister gay » de juillet 2014 pour la revue Têtu) ; « Après, ma mère m’a adoré et j’ai adoré ma mère. Comme ma mère aurait voulu une fille, elle me traite en fille. » (Jean Marais dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain) ; « La personnalité de leurs mères marque de manière puissante leur enfance. » (la voix-off dans le documentaire « Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld : une guerre en dentelles » (2015) de Stéphan Kopecky, pour l’émission Duels sur France 5) ; « J’aimais passionnément ma chère maman. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; « Je cherchais chez une femme – du moins pendant assez longtemps – ma mère. Il m’a manqué l’amour d’une mère pendant ma jeunesse. Et au commencement, je cherchais surtout la Mère. Un sentiment de sécurité. Et cette tendresse qu’on trouve difficilement chez un homme. » (Édith, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko se targue de « l’amour irréprochable, passionnel et fier » (p. 54) qu’il voue à sa mère : « Ma mère avait ce privilège de mériter ma vénération et mon amour pour elle, était presque de la dévotion. » (p. 22)

 

Film "Verfolgt" d’Angelina Maccarone

Film « Verfolgt » d’Angelina Maccarone


 

À 15 ans, à la question « Qu’est-ce qui vous causerait le plus de malheur ? », posée dans un questionnaire d’un album de famille, l’écrivain français Marcel Proust répond : « Être séparé de Maman. » ; en 1905, à la mort de sa mère, son monde s’écroule : « Ma vie a désormais perdu son seul but, sa seule douceur, son seul amour, sa seule consolation. » (Marcel Proust cité dans l’article « Chronologie » de Jean-Yves Tadié, sur le Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 20) De son côté, Denis Daniel présente sa mère comme « l’être qu’il chérit le plus sur terre » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 45) ; lorsqu’elle meurt, il a cette phrase étonnante : « Je pensais sincèrement ne pas pouvoir survivre à maman. » (idem, p. 44) ; son père est complice de la relation incestueuse qu’il maintient avec elle : « Mon fils, je connais l’amour que tu portes à ta mère. » (idem, p. 98) Par ailleurs, l’Espagnol Félix Sierra porte un tatouage « M » en hommage à sa mère sur l’épaule gauche (vrai de vrai !). Pier Paolo Pasolini dira de son film « Œdipe Roi » (1967) qu’il est « autobiographique » (cf. le reportage « Les Fioretti de Pier Paolo Pasolini, 1922-1975 » (1997) d’Alain Bergada) : « Toute ma vie a été centrée sur elle. » (Pasolini à propos de sa mère, idem) Certains auteurs homosexuels glorifient leur mère jusque dans leurs créations, comme une Muse. Le dramaturge argentin Copi donne le prénom de sa mère (China) à la fille de Venceslao, le héros de sa pièce L’Ombre de Venceslao (1978).

 

Une relation incestueuse adolescente, une forme de « copinage », s’instaure parfois entre le sujet homosexuel et sa maman : « Maintenant ma mère, c’est ma copine. » (Denis cité dans Pierre Verdrager, L’Homosexualité dans tous ses états (2007), p. 278) ; « Je veux dire que tu me ressembles et je ne suis pas moche. Tu aurais pu être ma petite sœur finalement. Parfois, je m’explique tes collections d’hommes musclés. » (la mère d’Ernestino à son fils homo, dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 180) ; « De ma première année de scolarité jusqu’à l’âge de neuf ans, je vécus dans la chaleur exclusivement maternelle. […] J’étais son flamant rose, pas celui des autres. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 12) ; « Ma mère et moi étions proches quand j’étais très jeune : ce qu’on dit des petits garçons, la proximité qu’ils peuvent avoir avec leur mère – cela avant que la honte creuse la distance entre elle et moi. Avant cela, elle s’exclamait devant qui voulait l’entendre que j’étais bien le fils de sa mère, que ça ne faisait pas de doute. Quand la nuit tombait, une peur inexplicable s’emparait de moi. Je ne voulais pas dormir seul. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 78-79) ; « En raison, donc, non seulement de la télévision qui me dérangeait mais surtout de la peur de dormir seul, je me rendais plusieurs fois par semaine devant la chambre de mes parents, l’une des rares pièces de la maison dotée d’une porte. Je n’entrais pas tout de suite, j’attendais devant l’entrée qu’ils terminent. D’une manière générale, j’avais pris cette habitude (et cela jusqu’à dix ans ‘C’est pas normal’, disait ma mère, ‘il est pas normal ce gosse’) de suivre ma mère partout dans la maison. Quand elle entrait dans la salle de bains je l’attendais devant la porte. J’essayais d’en forcer l’ouverture, je donnais des coups de pied dans les murs, je hurlais, je pleurais. Quand elle se rendait aux toilettes, j’exigeais d’elle qu’elle laisse la porte ouverte pour la surveiller, comme par crainte qu’elle ne se volatilise. Elle gardera cette habitude de toujours laisser la porte des toilettes ouvertes quand elle fera ses besoins, habitude qui plus tard me révulsera. Elle ne cédait pas tout de suite. Mon comportement irritait mon grand frère, qui m’appelait ‘Fontaine’ à cause de mes larmes. Il ne souffrait pas qu’un garçon puisse pleurer autant. À force d’insistance, ma mère finissait toujours par céder. » (idem, pp. 80-81) ; « À chaque déplacement de Mika, il n’est pas rare de voir sa mère à ses côtés, qui l’attend, l’observe, aide à porter ses costumes. » (cf. l’article « Paloma, le drame de Mika » de Pauline Delassus) ; etc.

 

Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, et intervenant central du reportage, prend se douche avec sa mère. On les voit s’enlacer tout nus. C’est à peine croyable.
 

 

La mère est tellement adorée qu’elle en perd parfois son humanité. Elle est considérée comme une déesse irréelle planante, un fétiche sacré qui rendrait divin celui qui le posséderait : « Maman, c’est une maman ; c’est pas une femme. » (Max, 86 ans, dans l’émission « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) ; « Moi, j’te croyais immortelle. » (Stefan Corbin à propos de sa mère, lors de son concert parisien Les Murmures du temps, 2011) ; « Schreber restait secrètement un petit enfant qui désirait être l’unique possesseur de la mère – possession rendue possible uniquement par son identification à elle, primitive et magique – une fusion symbolique et magique. » (Edmund White dans l’article « Faits et hypothèses » de Robert J. Stoller, Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 217) ; « Vers cette époque-là, ma mère tombe gravement malade du cancer. Elle est la seule personne qui compte vraiment pour moi. Je promets à Dieu, si elle survit, d’être le garçon parfait dont elle rêve. J’ai donné ma vie pour sauver sa vie. » (Justin, 34 ans, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 248) Le fils comme la mère s’envisagent comme des idoles sacrées qui, une fois séparés de leur moitié, en perdraient leur pouvoir magique et leur identité : « Ma mère disait souvent : ‘Brahim, c’est mon porte-bonheur. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 95) ; « Ma mère elle était malade. Mais maintenant, elle comprend tout. » (Roberto, disquaire homo, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

En lisant certains écrits, on constate que la mère possessive dont il est question est un veau d’or, une idole, un reflet narcissique. Par exemple, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa parle d’une symbiose surnaturelle avec une mère-extra-terrestre : « Une rencontre. Une fusion. » (p. 11) ; « Il ne reste de ma première vie, mon premier cycle de vie, l’enfance nue, seule, parfois en groupe, qu’une odeur, humaine, forte, dérangeante, possessive. Celle de ma mère M’Barka. Celle de mon corps campagnard et légèrement gras. […] Je suis avec elle dans son corps. » (idem, p. 10) Cette drôle de maman semble être un trait de caractère, une personnalité forte, plus qu’un être humain réel : « Comme ma mère, je suis têtu, dictateur, quand je le veux. » (idem, p. 119)

 

On découvre que dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles, la mère possessive, avant d’être la mère réelle, est d’abord la maman cinématographique, autrement dit l’actrice : « Filmer mes parents, je l’ai déjà fait : Béatrice Dalle qui ouvre la tombe de mon père, Isabelle Huppert qui me prend dans ses bras, ma mère a déjà deux actrices à son actif. […] Les filmer pour de vrai, ça donnerait quoi ? » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 150) « Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver sa tombe. Face à elle, j’ai prié machinalement. J’ai lu des versets du Coran. J’ai dit des mots de ma mère. » (Abdellah Taïa parlant de l’actrice Souad Hosni, Une Mélancolie arabe (2008), p. 91)

 
 

b) Beaucoup de personnes homosexuelles sont soumises à l’influence d’une mère intrusive et incestueuse :

La mère possessive d’enfant homosexuel n’est pas qu’un cliché (sous-entendu « un mythe homophobe »). Elle existe bien plus souvent qu’on ne le croit (surtout depuis qu’on nous force à la réduire à un cliché non-actualisé !). Rassurez-vous, je ne jette pas la pierre aux mères réelles qui essaient de se dépêtrer comme elles peuvent de leur situation affective et amoureuse parfois tourmentée, qui tentent de se débarrasser de leur culpabilité maternelle au moment de la découverte de l’homosexualité de leur enfant. D’une part parce que chaque mère d’un fils ou d’une fille homosexuel-le est unique (pour ma part, je ne pense pas que ma maman ait été spécialement mère-tigresse avec moi) et que tous les schémas psychologiques attribuant à une mère – et à elle seule – l’origine de l’homosexualité d’un fils sont suspects ; et d’autre part, parce que la mère possessive est davantage une icône cinématographique que la mère biologique (comme nous venons de le voir un peu plus haut). Cela dit, elle peut quand même être parfois la mère biologique.

 

Les individus homosexuels ayant subi les assauts d’une « bonne mère » bien possessive sont légion : on peut citer Andy Warhol, Howard Brookner, Arthur Rimbaud (et sa fameuse « mère Rimbe »), René Crevel, Marcel Jouhandeau, Julien Green, André Gide, Wilfred Owen, Yukio Mishima, Federico García Lorca, Terenci Moix, Oscar Wilde, Mujica Lainez, Marcel Proust, Christopher Isherwood, Tennessee Williams, Cole Porter, Pedro Almodóvar, Pierre Palmade, Copi, Jean-Pierre Coffe, Michel Zaccaro, etc.

 

Par exemple, l’hystérie maternelle et le rapport symbiotique malsain avec la mère sont des thèmes de prédilection des films de Gaël Morel (cf. le film « Après lui » (2006), « New Wave » (2008), etc.). Dans le documentaire « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti, la mère de Tiziana (femme lesbienne), rentre dans la chambre de sa fille sans frapper.

 

Certains parmi eux osent dire timidement que leur maman pousse le bouchon un peu trop loin : « Ma mère, elle ne parle pas : elle crie. » (le romancier marocain Abdellah Taïa) ; « Elle était très possessive. » (Paula Dumont parlant de sa mère, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), p. 38) Roger Stéphane évoque l’« inépuisable bienveillance de sa mère » (Roger Stéphane, Parce que c’était lui (2005), p. 32). Freud, concernant le cas de Léonard de Vinci, parle d’« un surcroît de tendresse de la mère » et d’« un passage du père à l’arrière-plan » : « Le garçon refoule l’amour pour la mère, en se mettant lui-même à la place de celle-ci, en s’identifiant à elle et en prenant sa propre personne pour le modèle à la ressemblance duquel il choisira ses nouveaux objets d’amour. » (Sigmund Freud, Un Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, 1910) La mère d’Alfred Hitchcock était ultra-autoritaire (cf. le film « Enfances » (2007) de Yann Le Gal).

 

Dans mon propre cas, il ait possible que ma maman biologique, de par sa fragilité psychique, ait été avec moi excessivement protectrice (de son propre aveu, elle m’a dit qu’elle avait vraisemblablement été une « mère-tigresse » avec moi). Et parmi mes amis homosexuels, même s’il est impossible d’en faire une règle, je constate que beaucoup ont une mère avec qui ils maintiennent un lien malsain d’excessive distance et d’excessif rapprochement. D’ailleurs, un de mes « ex » (celui avec qui je suis resté le plus longtemps en « couple ») maintenait avec ses amants un rapport infantilisant où à la fois il les traitait comme des petits enfants à choyer et il se plaçait comme un bébé. Il m’a avoué que sa propre maman (qui été bizarrement ravie de l’homosexualité de son fils et des couples homos qu’il formait… pour mieux les contrôler) avait à une époque poussé le vice jusqu’à se créer un profil d’internaute homo sur le site de rencontres et de chat gay que fréquentait son fils, histoire de garder un œil inquisiteur sur les fréquentations du fiston. Véridique !

 

Le cliché de la mère possessive est d’autant plus tabou dans la communauté homosexuelle qu’il renvoie à l’un des interdits majeurs de la société toute entière : l’inceste. Le problème des personnes homosexuelles n’est pas tant que leur orientation sexuelle soit le signe de cette réalité sociale violence, mais bien qu’elles ne la dénoncent jamais. Trop souvent, l’iconoclastie maternelle orchestrée par le « milieu homosexuel » vient au contraire renforcer l’idolâtrie.

 

Beaucoup d’artistes homosexuels ont imité les mères possessives pour se moquer de la leur, tout en lui rendant hommage. Je pense en particulier à la Madame Sarfati d’Élie Kakou, à la chanteuse au nom très signifiant « Madonna », à Carole Fredericks en mère-ventouse dans les concerts de Mylène Farmer, ou bien aux mises en scène de Jérémy Patinier : « Ce soir, je suis votre GOD… votre dieu… votre superchica, votre madre à tous… Mes enfaaaaaaaaants ! (didascalies : La comédienne leur fait un câlin au premier rang/très mère juive…) » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier, p. 83) Mais ces parodies caricaturales sont au service du déni de l’inceste : elles illustrent plus qu’elles ne remettent en cause le viol incestueux.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Beaucoup de personnes homosexuelles servent de substitut marital à leur maman, de paravent cachant le divorce de leurs parents, et finissent par occuper auprès de leur génitrice une place qui n’est pas la leur : « J’ai tout le temps besoin de sécurité, de soutien, très négatif, pas d’avenir en vu, dépendant toujours de ma mère je vis toujours chez elle actuellement, l’inconnu m’effraie, ainsi que les relations avec les autres hommes ou femmes. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « Quand mes frères et sœurs s’étonnaient de mon absentéisme, ma mère le justifiait par le fait que j’étais l’aîné et qu’elle avait besoin de moi pour accomplir certaines tâches. Un peu comme on le dit d’un mari. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 18) ; « Je fais en sorte de rentrer tard pour éviter cette impression de vivre en couple avec elle… » (idem, p. 90) Elles ont l’impression de trahir leur mère en résistant à la fusion qu’elle leur impose : « J’ai toujours l’impression qu’elle a besoin de moi. J’organise ma vie en fonction de ses besoins. Je ne veux pas la blesser. Encore cette maudite culpabilité ! » (idem, p. 90) Par exemple, dans son autobiographie Prélude à une vie heureuse (2004), Alexandre Delmar, en parlant du « regard éternel de [sa] maman, ses grands yeux bleus à la fois inquisiteurs et remplis d’amour » pour lui (p. 73), illustre tout à fait le ressentiment coupable et ambivalent qu’expérimente le fils homosexuel envers sa mère : un mélange entre la culpabilité face à une dette d’amour, et le dégoût.

 

Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), Jean-Louis Chardans attribue – de manière trop causale pour être tout à fait juste – l’homosexualité masculine aux « mères sans pudeur » (p. 107) : « Cette femme se montrait à son fils nue de la tête aux pieds et faisait devant lui toute sa toilette. Mon ami m’avait d’ailleurs confié que, très souvent, naguère, ils couchaient dans le même lit. Elle avait pour son fils un amour qui n’avait rien à voir avec l’amour maternel, ni avec la dignité de n’importe quel être humain. Elle semblait réellement amoureuse de son fils et se trouvait certainement à la source profonde de son homosexualité. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, parlant de G., idem, p. 107) Mais en effet, il est fort possible que l’impudeur adolescente de mères immatures ait pu influer d’une manière ou d’une autre sur la révélation filiale d’une homosexualité. Certaines mamans, en parfaites Jocaste en proie à des fantasmes de fusion avec leur descendant, éteignent peu à peu tout désir et toute vie psychique épanouie chez leur fils ou leur fille : « Réalisation du narcissisme absolu et retrouvailles indifférenciées avec la mère primitive ne font qu’un. Deux façons de rejoindre un même enclos psychique où la satisfaction prend la forme de l’abolition de la vie de représentation, d’un sommeil sans rêve. C’est le paradoxe d’un fantasme qui ne s’accomplit que dans un mouvement de disparition de toute vie fantasmatique, qui ne s’accomplit qu’à lui-même s’abolir. Les retrouvailles avec les origines de la vie se payent de la mort psychique. Le chemin est court qui mène du ventre à la tombe. » (Jacques André, « L’Empire du même », dans Mères et filles (2003), p. 21) Les mères d’enfant homosexuel, en étant trop proches de lui, ont pu s’aimer égoïstement elles-mêmes à travers l’instrumentalisation discrète du fruit de leurs entrailles : « La mère ‘polymorphe’ qui caresse, embrasse, berce, allaite et réchauffe en son sein, prenant son enfant pour substitut (?) d’un objet sexuel à part entière, est elle-même l’enfant de sa sexualité. » (Jacques André, « Le Lit de Jocaste », dans l’essai Incestes (2001), pp. 20-21) Ce narcissisme parental mortifère s’explique. Il est fort possible que le secret de la possessivité de la mère soit le viol. Une mère ne devient tigresse que parce qu’elle est/se sent maltraitée par son mari, qu’elle compense un manque d’amour. Elle serre fort son bébé contre elle pour se consoler de sa terrible solitude.

 
 

c) Maman-gâteau :

Je terminerai brièvement ce chapitre en parlant du lien entre possessivité maternelle et gavage alimentaire. L’inceste qu’ont vécu (et que vivent encore) certaines personnes homosexuelles vient probablement d’un trop-plein d’amour donné par leur mère. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si elles désignent parfois la nourriture préparée par maman comme un instrument de mort, ou bien qu’elles décrivent leur génitrice comme un monstre cannibale : « Ce frigo que sa mère offre au héros n’est rien d’autre qu’un cercueil. » (la comédienne Marilú Marini à propos de la pièce Le Frigo (1970) de Copi, dans l’article « Marilú Marini retrouve Copi » d’Armelle Héliot, sur le journal Le Figaro du 7 janvier 1999) ; « J’ai tellement insisté [pour aller voir le spectacle de magie de Fou Man Chou] que ma grand-mère a dû enfiler sa robe à volants, ses mitaines de dentelle, son petit chapeau et ses chaussures à talons. […] Elle m’a acheté des bonbons. Comme ça, la panoplie nécessaire aux rêves était complète. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 150) ; « Il y a une grande douceur asilaire, et le comble de cette douceur, c’est la nourriture. » (Michel Foucault, « Sur Histoire de Paul », entretien avec R. Féret en 1976, p. 61) ; « Searles a souligné la menace constituée par les tendances cannibaliques de la mère de Schreber, et que le fils avait déplacées sur un père plein de brutalité. » (Robert J. Stoller, « Faits et hypothèses », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 217)

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

Code n°121 – Mère Teresa (sous-code : Bon Samaritain homosexuel)

mère teresa

Mère Teresa

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le dolorisme et le misérabilisme sont-ils la Charité ?

 

Dans les fictions homosexuelles, il n’est pas rare de voir surgir, au détour d’une scène de film ou d’une intrigue urbaine, un héros homosexuel bon samaritain, parfois accoutré en super-héros ou en vieux baroudeur d’une ONG, venant tendre la main aux pauvres et aux opprimés comme une vraie Mère Teresa, sur un air d’orchestre de violons. D’ailleurs, cette religieuse emblématique apparaît parfois dans les films à thématique homosexuelle. Elle exerce une sorte de fascination identificatoire chez beaucoup de personnes homosexuelles, qui rêveraient de vivre un don d’amour entier, et qui, à travers la mise en scène d’un personnage homosexuel soucieux de la solidarité et de l’entraide envers les nécessiteux, souhaitent redorer le blason de l’homosexualité et justifier leur(s) amour(s) homosexuel(s). Autant dire que leur démarche n’est pas si gratuite et si désintéressée que cela. Cet amour porté aux pauvres est plus émotionnel et lointain que véritablement concret… comme si, à force d’avoir le cœur sur la main, elles ne l’avaient plus à sa place !

 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Amour ambigu de l’étranger », « Prostitution »,  « Méchant Pauvre », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », « Cour des miracles », « Faux révolutionnaires », « Mère gay friendly », « Se prendre pour Dieu », « Pygmalion », « Homosexualité noire et glorieuse », « Promotion ‘canapédé’ », « Innocence » et « Bobo », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

1 – PETIT « CONDENSÉ »

La passion intéressée pour le pauvre

 

Soeur de la Perpétuelle Indulgence

Soeur de la Perpétuelle Indulgence


 

Témoins réels d’un terrible conflit fratricide vécu de près mais auquel elles ne peuvent s’identifier tellement il est brutal, ou bien enfants surprotégés qui demandent à connaître un combat de vie dont on les a/aurait privés, beaucoup de personnes homosexuelles entretiennent avec la guerre et la pauvreté un rapport désirant d’attraction-répulsion. Elles s’approprient souvent les grands drames humains qu’elles ne voient que de très loin (mais pour elles, c’est de très près, puisqu’elles pensent à la distance dérisoire qui les sépare de leur écran de télévision !), et en font excessivement mémoire pour cacher leurs drames personnels ou leur manque de personnalité.

 

Comme moyen de dénégation du viol planétaire iconographique ou réel, et par réflexe de survie, elles choisissent de s’identifier à la catastrophe et aux victimes de celle-ci. Les personnages homosexuels bons samaritains fleurissent dans les films homo-érotiques. Cela renvoie généralement à un fantasme réel. Beaucoup de personnes homosexuelles élèvent le va-nu-pieds sur un piédestal et se rêvent Consciences de l’Humanité. L’actrice jouant les Mère Teresa devant les caméras est connue pour être l’un des principaux idéaux esthétiques de la communauté homosexuelle, sans doute parce qu’elle illustre parfaitement l’ambiguïté du désir homosexuel : entre le goût du paraître à la sauce charity business, et l’amour concret des déshérités, le doute est permis…

 

Car, en effet, nous aurions tort de ne nous fier qu’aux apparences. Au vrai pauvre, bien des personnes homosexuelles lui préfèrent son icône – souffrante ou euphorique – et son absence. Elles le transforment en image folklorique (cf. je vous renvoie au code « Amour ambigu de l’étranger » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Le nécessiteux qu’elles bercent sur leur sein n’est autre que la romanichelle de luxe, le vagabond sublimé des poètes maudits, le « bon sauvage » étranger, « la transfiguration d’un état de misère » pour reprendre les termes d’un de mes amis homos. Elles dépeignent une pègre qui, au lieu d’être constituée de vrais pauvres, se compose plutôt de cercles d’intellectuels libertins – donc un peu d’elles-mêmes ! – s’amusant à imiter, par moquerie ou/et générosité, les images d’Épinal de pauvres qu’ils se fabriquent dans leur imaginaire pour se donner bonne conscience. Cette pègre mi-fictive mi-réelle sert de prétexte à l’exhibition carnavalesque et au déni de la pauvreté. Vêtus de haillons, les faux mendiants homosexuels se donnent en spectacle, en entonnant la litanie de la honte de l’Occidental narrant son malheur face au soi-disant malheur planétaire apocalyptique. Ils se glissent subtilement dans la foule colorée et masquée qu’ils ont eux-mêmes créée pour s’élever en chefs. « En attendant d’être des rois, mes amis et moi sommes les acteurs d’une version de la folie des grandeurs, … sous une pluie de confettis » chante Arnold Turboust dans sa chanson « Mes amis et moi ». Intellectuellement, l’esthétique de la folie du SDF-bouffon donquichottesque séduit beaucoup les auteurs homosexuels : pour eux, le délire « transgressif » est davantage vecteur de Vérité que la Vérité même (cf. je vous renvoie aux codes « Folie » et « Cour des miracles » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 
 

De l’idéalisation du pauvre à l’identification-substitution

 

Au départ, c’est l’hommage larmoyant au Tiers-monde. « J’me sens très proche de ces gens-là. Les gens qui n’ont rien. » (Benigno, le héros homo s’adressant à Marcos, dans le film « Hable Con Ella », « Parle avec elle » (2001) de Pedro Almodóvar) Beaucoup de personnes homosexuelles se désirent Hommes du Peuple engagés contre la misère. Et pourtant, concrètement et symboliquement, elles restent souvent éloignées des réalités humaines désagréables : dans les fictions, par exemple, un certain nombre de personnages homosexuels se désintéressent du sort du monde (Aschenbach dans le film « Morte A Venezia », « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, ou Sébastien dans le film « Suddenly Last Summer » (1960) de Joseph Mankiewicz, constituent de bons exemples de cette compassion homosexuelle qui pleure sur la victime sans lui venir en aide) ; et dans les faits, les cadres de la rencontre entre les personnes homosexuelles et les pauvres qu’elles défendent ont presque toujours un rapport à la prostitution masculine, à la domesticité, à l’anarchisme, au militantisme politique, au populisme, bref, à une solidarité intéressée. « Le roi est généreux. Il veut que ses sujets gardent un bon souvenir de lui, car il ne connaît que trop bien le côté obscur de son âme. Louis II voudrait être un roi bienveillant, mais il sait que ce n’est pas le cas. » (cf. le documentaire « Louis II de Bavière, la mort du Roi » (2004) de Ray Müller et Matthias Unterburg) Il arrive à certaines personnes homosexuelles de s’émouvoir pour la condition précaire d’un misérable garçon qu’elles tentent de sauver de la galère, et celui-ci se laisse entretenir par elles, mais le contrat unit quand même deux égoïsmes cherchant à se substituer l’un à l’autre.

 

Puis petite à petit, ça dérape… On passe de la solidarité au narcissisme. Dans certains sites Internet sur l’homophobie, une dédicace attentionnée annonce déjà la fusion identificatoire prochaine entre l’adjuvant homosexuel et son pauvre : « Cette page est dédiée à toutes les victimes du nazisme. » (Hugo sur le site suivant, consulté en octobre 2003) À l’heure actuelle, les rapprochements anachroniques se font magiquement par le terme an-historique d’« homophobie ». Lors de la Journée Mondiale de la Déportation du 24 avril notamment, une certaine confrérie homosexuelle exige que soit déposée une gerbe de fleurs à la mémoire de leurs frères morts dans les camps nazis, et surveille d’une oreille tatillonne si le nom des « homosexuels » est bien cité au micro dans la liste des victimes. Puis elle s’attribue le sort des martyrs du passé en accusant de révisionnisme tous ceux qui trouvent cette identification déplacée. À l’entendre, les personnes homosexuelles ont été sous le nazisme celles qui ont subi les pires traitements de tous les prisonniers (cf. je vous renvoie au film « Bent » (1997) de Sean Mathias, au docu-fiction « Paragraphe 175 » (2000) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, ainsi qu’à l’essai Les Oubliés de la mémoire (2000) de Jean Le Bitoux). Qu’en sait-elle au juste ? Absolument rien, car d’une part, sur le terrain des souffrances, surtout dans le contexte de la barbarie généralisée des Nazis, la hiérarchie des douleurs n’est pas de mise, et d’autre part, les personnes homosexuelles de l’époque n’ont absolument pas fait l’objet d’une « solution finale » ni d’un « génocide » planifié comme ce fut le cas pour les Juifs. Certes, cela ne minimise en rien l’atrocité des crimes perpétrés à l’encontre de la communauté homosexuelle pendant la Seconde Guerre mondiale, mais il convient quand même d’être précis et humble.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles ne désirent plus simplement compatir au sort du pauvre : après lui avoir écrit son holocauste, elles veulent se substituer à lui pour dire qu’elles sont les plus grandes victimes de tous les temps (cf. je vous renvoie également la partie « Je suis une (plus grande) victime (que les autres) » du code « Homosexualité noire et glorieuse » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Faire mémoire devient très souvent dans leur cas un prétexte pour pleurer sur soi. Elles aiment davantage le pauvre pour l’esthétique révolutionnaire qu’il incarne que pour lui-même, et dans la mesure où il justifie « en gros » leurs combats personnels. C’est le glissement de la révolution à l’anarchisme/rébellion dont parle Patrick Bougon concernant l’engagement politique de Jean Genet : « La position politique de Genet est moins propalestinienne qu’anarchiste. […] Ce qui intéresse Genet chez les Black Panthers et les Feddayin, c’est qu’ils sont des vecteurs de déstabilisation du pouvoir et de l’État. » (cf. l’article « Politique et autobiographie » de Patrick Bougon, le Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 69) Leur soutien au pauvre est une adhésion de principe, non prioritairement de personne. Elles ne s’intéressent pas tant à la victime en elle-même qu’à l’occasion qu’elle leur fournit de s’attaquer aux mécanismes de pouvoir qui la rendent/rendraient victime. Concernant par exemple l’univers carcéral, les paroles de Michel Foucault sont assez claires : « En fait, je ne m’intéresse pas au détenu comme personne. Je m’intéresse aux tactiques et aux stratégies de pouvoir qui sous-tendent cette institution paradoxale qu’est la prison. » (Michel Foucault lors de l’entretien « Michel Foucault, l’Illégalisme et l’Art de punir » avec G. Tarrab en 1976) En choisissant de défendre « la différence qui gêne(rait) », elles ont l’impression d’être ultra-révolutionnaires et dangereuses, mais elles se cachent ainsi à elles-mêmes le jugement dépréciatif qu’elles ont porté sur les porte-drapeaux de leur révolution : en simulant la fausse camaraderie, elles s’entourent d’individus que la société juge/jugerait peu fréquentables, parce que ce sont souvent elles-mêmes qui ont projeté sur elle leurs propres jugements sur les pauvres, alors que ce qui devrait présider à l’ordre de la solidarité, c’est la lutte pour les exclus contre l’exclusion, il semble que pour elles, c’est la lutte grâce aux exclus contre ladite « majorité » (… il serait plus juste de dire ceux de leur propre classe) qui l’emporte. Elles veulent sauver le Peuple sans lui, en lui arrachant le haut-parleur des mains. « Nous devons dire que nous sommes plus frappés pour que les Arabes le soient moins. Nous devons crier pour les Arabes qui, eux, ne peuvent pas se faire entendre. » (Michel Foucault, Le Temps immobile, t. III, p. 430) En quelque sorte, elles s’identifient aux victimes à défendre pour prendre leur place et reprocher ensuite à ceux qui ne les suivraient pas dans leur élan de solidarité universelle de ne pas agir comme elles. Elles sont les prophètes d’« une nouvelle orthodoxie dont le contenu importe finalement moins que le partage manichéen qu’elle établit entre amis et ennemis du genre humain, l’obligation qu’elle fait aux premiers de se ranger, sous prétexte de défendre les opprimés, du côté des puissants ». (Élisabeth Lévy, Les Maîtres Censeurs (2002), p. 13)

 

En règle générale, la solidarité homosexuelle est à entendre dans son sens passionnel, à savoir d’altruisme agressif, de « générosité dingue » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 221). Touche pas à pote ! Mon pauvre est à moâ ! Bien souvent paniquées par les nouvelles du journal, meurtries par le sort des populations télévisuelles, beaucoup de personnes homosexuelles, en mal de combat ou en panne d’identité, ont un besoin cannibale de se rendre utiles et d’aller vers les autres. Il leur arrive de crier dans leur salon de thé : « Je dois et j’ai besoin de faire ma vie avec les masses et les travailleurs manuels ! » (Edward Carpenter sur le site suivant, consulté en janvier 2003) Elles s’inscrivent parfois dans les associations caritatives, parlent de voyages « humanitaires » et de « solidarité » à tout bout de champ, se persuadent qu’elles sont indispensables au bonheur de celui qui se trouve dans la détresse… alors que par ailleurs, elles ont tendance à voir la vie en noir, à peu s’occuper d’elles, de leur voisinage, de l’entraide à échelle humaine. Elles veulent pour les vraies victimes ce qu’elles refusent pour elles-mêmes. « Comme vous savez, je suis du côté de ceux qui cherchent à avoir un territoire, mais je refuse d’en avoir un » avoue Jean Genet (cité dans l’article « Une crépusculaire odeur l’isole » de Tahar Ben Jelloun, dans le Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 30). Le paradoxe de leur passion du pauvre se situe dans le fait que nous pourrions définir la plupart des personnes homosexuelles à la fois comme des amis de la Terre entière et des ennemis du genre humain (cf. je vous renvoie à la partie « Misanthropie » du code « Solitude » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). C’est par exemple ce qui peut expliquer que Michel Larivière décrive dans une même phrase Michel Simon comme un individu « misanthrope, anarchiste, toujours proche des exclus, des marginaux, mais vivant en solitaire, entourés de ses animaux familiers » (Michel Larivière, Dictionnaire des Homosexuels et Bisexuels célèbres (1997), p. 311).

 

À force d’avoir le cœur sur la main, elles ont tendance à ne plus le laisser à sa juste place ! Peu de personnes homosexuelles ont la notion de la vraie générosité : pour elles, elle se limite à tout donner matériellement sans donner de sa personne, à s’émouvoir dans la mélancolie démissionnaire. « Au cinéma, j’avais envie de pleurer. Sensibilité effrayante pour tout ce qui est douloureux dans la vie des hommes. » (Klaus Mann, Journal. Les Années d’exil (1937-1949), p. 205) Au final, elles font souvent une parodie du don. Dans les films, elles ont coutume de se représenter à travers des personnages homosexuels versant la larmichette devant le prisonnier politique qui fait son témoignage poignant. En prenant en pitié l’image médiatique du pauvre pour délaisser le pauvre réel, elles ne se rendent pas toujours compte qu’elles peuvent collaborer avec l’ennemi de l’humanisme. Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, par exemple, il aura suffi au soldat nazi de montrer à Léni des images de misère et d’enfants faméliques du Tiers-monde sur un écran de cinéma pour la convaincre du bien fondé de l’acte de justice des Nazis pour « sauver le monde ». C’est bien souvent cela, l’amour homosexuel du crève-la-faim : un désir démesuré d’identification dans la compassion, mais peu aimant parce qu’il vénère essentiellement en lui la mort et son statut de « faible à genoux » (cf. la chanson « Tous les secrets du monde » de Catherine Lara).

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) Le cœur sur la main :

 

Pris dans ses élans de passionaria, le héros homosexuel des fictions traitant d’homosexualité s’engage dans le monde de la solidarité, se rêve régulièrement révolutionnaire et missionnaire des pauvres/de « son » pauvre : « Je sais comment ça se passe. J’ai bossé dans une ONG. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; « J’éprouvai un élan de tendresse protectrice envers Rani. […] Cette nuit-là, je rêvai que dans un doux murmure je l’appelais Rani et lui demandais de partir avec moi dans un endroit où elle ne serait plus bonne à tout faire. » (Anamika parlant de sa domestique, avec qui elle va coucher, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 25) ; « Je ne sais quoi m’attirait irrésistiblement vers la rivière. » (le narrateur homosexuel fasciné par les ouvriers de la fabrique de tuiles qui bordait la rivière et qu’il regarde se baigner ou pisser, dans la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 15) ; « J’aimerais connaître un ouvrier. J’aimerais que tout le monde soit cultivé, même les rappeurs d’Aubervilliers. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Les mots ‘transmission’, ‘solidarité’, ça te rappelle quelque chose ? » (Jacques, le héros homosexuel quinquagénaire s’adressant à Olivier parce que ce dernier s’oppose à ce qu’il héberge son jeune amant Mathan, très profiteur et assisté, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

Il joue fréquemment au bon samaritain. Par exemple, dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Miriam/Lukas, l’héroïne transsexuelle F to M, travaille dans une maison d’accueil de personnes handicapées. Dans le film « I Love You Baby » (2001) de Alfonso Albacetes et David Menkes, Carmen, la « fille à pédés » célibataire, s’offre un enfant dans le cadre d’une adoption monoparentale, et est persuadée de faire une formidable œuvre de charité : elle partage son projet avec son « meilleur ami homo » Daniel. Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc donne la pièce à un guide-charlatan, Lotus le Barbu. Dans le vidéo-clip de sa chanson « Désenchantée », Mylène Farmer se prend pour un Moïse ou un Spartacus, version Germinal, qui va libérer tous les détenus d’un pénitencier. Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Jézabe, l’héroïne bisexuelle, va visiter les SDF et les prostitués dans la rue. Dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali, Romuald, le héros homosexuel, est clown pour enfants malades. Dans la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch, Jean-Luc, le héros homosexuel, veut construire une école en mission humanitaire au Népal. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le jeune homosexuel, prend la défense de Mustafa, le Maghrébin pourchassé par la police grecque ; un peu plus tard, il rend visite à son parrain Tassos, une vieille « tante » qui vit avec Achmad, un bel Arabe plus jeune que lui. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, un groupe de militants LGBT, pour assouvir leur soif de solidarité et aussi pour se créer une légitimité, vient au secours des mineurs d’un village gallois qui ne leur a rien demandé : « Les forces de l’ordre s’en prennent à ces pauvres gars plutôt qu’à nous ! » (Mark, le chef de l’association LGBT) Il leur apporte des couvertures, des gants, du chauffage, des moyens de locomotion. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, est bénévole aux Restos du Cœur.

 

Il arrive que le personnage homosexuel se prenne carrément pour la figure emblématique de la solidarité : Mère Teresa de Calcutta. Par exemple, dans le film « Jeffrey » (1995) de Christopher Ashley, la bienheureuse femme apparaît à diverses reprises, comme par magie, et sauve même la vie du héros homosexuel au moment où il manque de se faire écraser par une voiture : « Mère Teresa m’a relevée. Elle est plutôt bien conservée. » (Jeffrey) Le roman La Nuit de Maritzburg : l’éternel amour de Gandhi (2014) de Gilbert Sinoué raconte la rencontre soi-disant amoureuse entre Gandhi et son ami allemand Herman Kallenbach.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Si ce n’est pas lui qui se prend pour Mère Teresa, ce sont les autres qui l’y enjoignent ! Dans les films et les séries gay friendly, le héros homosexuel est maintes fois représenté comme celui qui écoute les autres, les conseille, les aide à se réconcilier entre eux. Il est même le marginal avec un « M » majuscule, celui qui comprendrait forcément mieux les différents marginaux comme lui, du fait de sa douloureuse expérience de l’homophobie : cf. l’album Kang (1984) de Copi, la série française Les Filles d’à côté (1993-1995) de Jean-Luc Azoulay (avec Gérard, le gérant efféminé de la salle de muscu, qui console et soutient tous ses clients), le film « Le Cœur sur la main » (1949) d’André Berthomieu, le roman La Dette (2006) de Gilles Sebhan, le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot, le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1986) de Pedro Almodóvar (avec Tina/Carmen Maura gâtant de cadeaux les personnes en fauteuil dans tout l’hôpital), la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand (cf. l’épisode 5 « Oublier Paris », avec le parapluie donné à la prostituée), le vidéo-clip de la chanson « They Don’t Care About Us » de Michael Jackson, le roman Le Livre du Pauvre (1944) d’Antonio Botto, le roman Les Clochards célestes (1958) de Jack Kerouac, le film « David Copperfield » (1935) de George Cukor, le film « Le Clochard » (1965) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Extravagances » (1995) de Beeban Kidron, le film « Holiday Heart » (2000) de Robert Townsend (avec le héros homo protégeant la veuve et l’orphelin), le film « Fucking City » (1982) de Lothar Lambert (avec la passion pour les travailleurs immigrés), le film « Gracias Por La Propina » (« Merci pour le pourboire », 1997) de Francesc Bellmunt, le film « Un Mauvais Fils » (1980) de Claude Sautet, la série Joséphine Ange Gardien (1999) de Nicolas Cuche (cf. l’épisode 8 « Une Famille pour Noël »), etc.

 

Manif USA avec des pancartes "We don't let our friends get hurt"

Manif USA avec des pancartes « We don’t let our friends get hurt« 


 

La charité homosexuelle prend parfois figure et support sur l’identité homo, le couple homo ou la « famille » homo-parentale (cf. je vous renvoie aux codes « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre » et « Amour ambigu de l’étranger » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. le roman Chambranle (2006) de Jacques Astruc (avec la venue impromptue du facteur), le film « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, le film « Unveiled » (2007) d’Angelina Maccarone, le film « Oublier Chéyenne » (2004) de Valérie Minetto, etc. « On n’a qu’à adopter un p’tit Coréen ! » (Benji parlant à Hugo dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) Par exemple, dans le film « Ander » (2008) de Roberto Caston, Ander tombe amoureux d’un jeune immigré péruvien (José) qu’il entretient et embauche dans son exploitation agricole. Dans la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch, Jean-Luc, chef de chantier, sort avec son ouvrier arabe Rachid. Dans le film « Indian Palace » (2012) de John Madden, Graham, le héros homosexuel sexagénaire, joue au baseball avec les gamins indiens des rues : il est d’ailleurs tombé amoureux, dans sa jeunesse, de son domestique indien, Manadj, et transpose cette histoire sur son propre présent.

 

Dans fictions actuelles, le personnage homosexuel est souvent valorisé par les actions solidaires qu’il vit parallèlement à son histoire d’amour… comme si ces deux terrains (l’un ponctuel et fraternel, l’autre plus entier et idéalement aimant) pouvaient être mis sur le même plan… Par exemple, dans le roman Para Doxa (2011) de Laure Migliore, Ambre et Helena se rencontrent en Namibie lors d’un voyage humanitaire et vivent leur secrète idylle. Dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, Harvey Milk aide un jeune homosexuel en fauteuil à « s’assumer en tant qu’homo ». Dans la série Ainsi soient-ils (épisode 5 saison 1), c’est en aidant les sans-papiers que les deux séminaristes Guillaume et Emmanuel se rapprochent.

 
 

b) Le cœur plus totalement à sa place : la solidarité désincarnée

Quelquefois, pris de remords face à son propre désœuvrement de bourgeois et à sa solidarité majoritairement intellectuelle/esthétique, le héros homosexuel se met théâtralement à « désirer aider », à « désirer être utile » : « Moi je veux c’est aimer. Moi je veux c’est aider. » (cf. la chanson « Moi je veux » de Mylène Farmer)

 

Sa générosité est tellement bien-intentionnée qu’elle finit par déborder, par sortir de son lit. À force d’avoir le cœur sur la main, le protagoniste homosexuel n’a plus son cœur à sa place ! « J’ai un cœur gros comme ça. Mais attention ! Trop bonne mais pas trop conne. » (Philippe Mistral dans son one-man-show Changez d’air, 2011) ; « Je lui ai passé ma carte pour le dépanner et il a vidé mon compte ! […] Ben oui. Moi, c’est comme ça, Jeze, tu le sais… Je crois à l’amour, à la fidélité et à la sincérité ! » (Greg, le héros homosexuel qui s’est fait arnaquer par son compagnon Igor, dans le film « La Mante Religieuse » (2012) de Natalie Saracco) ; etc.

 

Film "Partisane" de Jule Japhet Chiari

Film « Partisane » de Jule Japhet Chiari


 

La solidarité prônée par certains réalisateurs et écrivains homosexuels n’est pas très incarnée. Par exemple, dans le film « Partisane » (2012) de Jule Japhet Chiari, Loba, dit « la marcheuse », est présentée comme une Européenne proche des pauvres en Inde : en réalité, on ne la voit jamais en actes et en proximité avec eux ; elle apparaît comme une figure bouddhiste lumineuse et aérienne, un spectre irréel. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, est le bourgeois qui prend la cause des pauvres, parce que ça fait bien.

 

C’est aussi par le biais de la louange de l’esthétisme que se cristallise la relation idyllique entre le bienfaiteur homosexuel et le va-nu-pieds (cf. je vous renvoie au code « Amour ambigu de l’étranger » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, les héros homosexuels séjournant à Istanbul se montrent soucieux des beaux Turcs… et on se demande si leur démarche est si humanitaire qu’ils le disent… Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Julien, un ouvrier peintre en bâtiment tombe amoureux de la prostituée Rosa. Dans le téléfilm « Just Like A Woman » (2015) de Rachid Bouchareb, Marilyn tombe amoureuse de Mona, une femme maghrébine avec qui elle va faire de la danse orientale dans un club.

 

Le pauvre prend la forme de l’image d’Épinal du Beatus Ille magnifique et innocent : cf. le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré (avec le beau métisse sortant de l’eau), le film « Grande École » (2004) de Robert Salis (avec la sacralisation esthétique du jeune Maghrébin), le court-métrage « Alger la blanche » (1986) de Cyril Collard, les films (« Les Corps ouverts » (1998) et « Wild Side » (2003) de Sébastien Lifshitz (avec la place de choix laissée à l’acteur Yasmine Belmadi), le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini (avec le facteur fou), le film « Jagdszenen Aus Niederbayern » (« Scène de chasse en Bavière », 1969) de Peter Fleischmann (avec Rovo, le simplet avec qui Abram va avoir une relation), etc. Il devient un objet plus qu’une personne. « Vous êtes dans le vrai. Épaulez-vous les uns les autres. […] Tous les désaxés et les paumés, vous savez que vous êtes des rock’n’rollers tournoyant au son de votre propre rock’n’roll. » (Hedwig dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell)

 

Souvent, les héros homosexuels sombrent dans le misérabilisme et le dolorisme identificatoires : ils croient compatir et soulager des souffrances rien que par le regard, les sentiments : « Il faut voir comme ses yeux brillent quand elle [Madeleine] parle de l’Alsace. C’est comme si je portais personnellement la responsabilité de ce qu’on a fait subir à son peuple. » (Théo dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 100) ; « Rencontre/Maladie/Mort/Deuil. Les larmes m’envahissent, les couleurs se brouillent devant mes yeux, je gémis et me tords de douleur, je pleure comme un enfant de cinq ans. Je ne peux plus m’arrêter, je pleure toutes les larmes que j’ai gardées en moi depuis plusieurs semaines ou mois ou années, et entre deux respirations, je geins lamentablement. » (Mike, le narrateur homosexuel face aux photos de l’Expo Nan Goldin, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 90) ; etc.

 

L’amour compassionnel du pauvre se fait en général par la voie des larmes et de la télévision. Par exemple, dans le film « Grande École » (2003) de Robert Salis, Paul est en pleurs sur les bancs de l’amphi de l’École Normale Supérieure en entendant le témoignage poignant d’un Indien qui parle de son expérience inhumaine de l’incarcération. On retrouve la même mise en scène du témoignage humanitaire larmoyant, « sauce catho JMJ » cette fois, dans le film « Nos vies heureuses » (1999) de Jacques Maillot. Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Florence pleure devant les portraits de Nan Golding dans une expo. Dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Boris le personnage homosexuel sanglote devant les images d’expulsion des sans-papiers de l’église Saint-Bernard à Paris. Dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, Bob est débordé d’émotion et de sensualité face à Félix, le déporté des camps de concentration : en parallèle et en toile de fond de cette intrigue, on retrouve une relation virtuelle d’Internet. Dans le film « Prom Queen » (« La Reine du bal » 2004) de John L’Écuyer, Edward, le héros homo, par la notoriété que lui a apportée son coming out, conseille par téléphone un jeune homo comme lui pour l’aider à faire face à l’homophobie dont il souffre ; il est tellement ému par son propre témoignage qu’il finit, en raccrochant, par se prendre pour le Christ (une croix christique illumine son lit).

 

Il y a en général entre le personnage homosexuel et « son » pauvre un écran, un média, une distance spéculaire, une projection fantasmatique narcissique. « Quand je l’ai vu dans sa cage à l’animalerie, j’ai eu envie de le rendre heureux. Ce qui m’a le plus retourné, c’était son regard de mendiant. Il avait l’air tellement triste… Il était immobile. Il n’aboyait pas mais il me suppliait. Enfin, c’est ce que j’ai cru. » (Bryan, le héros homo parlant de son chien Nicky, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 68) ; « La frayeur des Éthiopiens devient ma propre frayeur. » (cf. une réplique de la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd) ; etc.

 
 

c) La solidarité intéressée :

L’élan vers le pauvre n’est pas si gratuit et poétique qu’il y paraît en intentions. Il se révèle en réalité jugeant, politisé, égoïste ou arriviste. Il se fait en général dans une optique de militance intéressée, en vue d’une opposition ou d’une diabolisation excessive d’un camp socio-politique, ou bien dans une démarche de séduction et de drague : cf. le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (avec Carlos, le prostitué espagnol), le film « Bulldog In The White House » (« Bulldog à la Maison Blanche » (2006) de Todd Verrows (avec Bulldog qui feint de donner la pièce à un clochard dans la rue pour amadouer son amant et l’attirer dans son lit), le roman Montecristi (2011) de Jean-Noël Pancrazi, le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens (Jeanfi, le steward homo, sort avec un Maghrébin, Moustafa), etc.

 

« Je les aime pour m’opposer. » dit le héros homosexuel en parlant de ses mendiants. L’idéalisation des uns conforte le mépris des autres : « Moi, j’m’entends bien qu’avec les étrangers. » (Malik parlant à Bilal dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia)

 

Certaines protagonistes homosexuels ont tout des bons samaritains « fiévreux », soucieux de se trouver au plus vite un pauvre à aider pour faire écran à leur propre sentiment de vide existentiel ou de vacuité amoureuse, limite complexés de se retrouver si visiblement isolés et riches. Leur solidarité ressemble plus à un attachement narcissique digne d’une mère possessive qu’à une aide efficace et distancée.

 

Le héros homosexuel aime tellement le pauvre qu’il finit par imaginer qu’il a pris sa place : « Maintenant clochardisé, installé assis dans la marge, non seulement Vincent Garbo n’effraie plus ni ne dérange, mais chacun et chacune semble lui reconnaître comme un droit à l’existence. Comme si sur ce mètre carré de bitume, j’avais enfin trouvé ma juste place. » (Quentin Lamotta, Vincent Garbo (2010), p. 93) Par exemple, dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose-Marie, il y a une association « Les Gouines Sans Domicile Fixe » qui existe.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le cœur sur la main :

Pris dans leurs élans de passionarias, beaucoup de personnes homosexuelles et gay friendly se rêvent régulièrement révolutionnaires et missionnaires des pauvres/de « leur » pauvre : cf. l’autobiographie De Profundis (1897) d’Oscar Wilde, l’essai En Los Reinos De Taifa (1986) de Juan Goytisolo, le documentaire sur les mineurs « Cold Face » (1935) d’Alberto Cavalcanti, l’exposition photos Garçons de Cotonou (2015) de Michel Guillaume, etc.

 

Le chanteur Mika contre le cancer

Le chanteur Mika contre le cancer


 

Elles jouent fréquemment aux bons samaritains : « Le pédé reste pour moi un compagnon des exclus, des déshérités, aux côtés des prisonniers, des prostituées… » (le réalisateur Lionel Soukaz cité dans l’article « Lionel Soukaz » de Jean-Philippe Renouard, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 444) ; « Je suis concernée, car moi je suis du côté de la douleur. » (l’écrivaine lesbienne Nina Bouraoui parlant du « mariage homo » dans l’émission Culture et Dépendances, diffusée sur la chaîne France 3, le 9 juin 2004) ; « Marlon s’identifie à ceux qui souffrent, qui sont mutilés, qui sont dépossédés. » (Peter Manson dans le documentaire « Marlon Brando » (2000) de Toby Beach et Peter Yost) ; « Nous formons partie du tissu social, nous étions là pour la manifestation 1er mai, aux manifestations contre la guerre [en Irak], à l’occasion du naufrage du Prestige, en assumant toujours le risque d’être considérés comme trop politisés, mais convaincus qu’on ne peut pas être trop politisé. » (Beatriz Gimeno citée dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 39) ; « J’ai toujours aimé les bonnes. Dans la lutte des classes qui ravageait autrefois les appartements bourgeois je prenais instinctivement le parti de la cuisine. L’attitude rogue de la méchante [surnom donné à la mère] qui se comportait en contre-maître m’avait rangé du côté des victimes et révélé des solidarités inespérées. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), pp. 102-103) ; etc.

 

Par exemple, Jean Genet se porte défenseur des Black Panthers, des Palestiniens ou des détenus. Rainer Werner Fassbinder accueille Noirs et Maghrébins. Michel Foucault se bat pour le droit des minorités ethniques, et notamment des travailleurs immigrés. Pier Paolo Pasolini est attiré par le Tiers-monde. Allen Ginsberg est l’homme de tous les combats alter-mondialistes. Horation Jr Alger héberge des jeunes garçons abandonnés dans son hôtel new-yorkais. Federico García Lorca reste marqué à vie par la ville de New York pendant la crise de 1929. Leonard Bernstein s’engage pour la paix dans le monde et contre la torture. Muriel Robin s’investit pour les Restos du Cœur en tant que marraine. Pendant l’Affaire Dreyfus, Marcel Proust, juif, soutient la victime et devient dreyfusard. José Pascual entretient économiquement des jeunes Maghrébins sans papiers. Horation Jr Alger écrit des romans d’apprentissages (Dick le Déguenillé (1868), Tom le Loqueteux (1871), etc.) retraçant le parcours de jeunes marginaux qui se trouvent en bas de l’échelle sociale mais qui finissent par vivre un conte de fée. Truman Capote, à la fin de sa vie, prit la défense de jeunes hommes plus ou moins prolétaires, dont il vantait la simplicité. En 1971, Graham Chapman et son compagnon David Sherlock prennent sous leur aile le jeune John Tomiczek de Liverpool. Dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, le réalisateur et son équipe se prennent pour les nouveaux sauveurs des immigrés, apportant de la poésie saupoudrée de mythologie aux habitants des Cités : quelques grammes de finesse dans un monde de brutes…

 

Selon Karl Heinrich Ulrichs (1825-1895), « l’Uraniste a droit à une satisfaction de ses désirs sexuels naturels et comme cela ne peut se faire qu’avec l’autorisation d’un jeune homme, cette autorisation, dans de telles conditions, non seulement est un acte moralement permissible, mais il peut être aussi un acte de charité chrétienne, et même, sous certaines circonstances, un devoir. Ulrichs va jusqu’à comparer la situation du garçon sollicité par l’Uraniste à celle d’une femme esseulée qui donne naissance à un enfant avec l’aide de deux soldats rencontrés en chemin qui, fortuitement, lui servent de sages-femmes. La pauvre a été contrainte d’exposer sa nudité la plus intime à leurs yeux. De la même façon, Ulrichs en est sûr, même si le jeune partenaire de l’Uraniste éprouve une aversion instinctuelle à l’encontre de la relation homosexuelle, il reconnaît par la raison que la pulsion amoureuse de l’Uraniste est innée, et qu’elle doit aboutir. En cette circonstance, on plaidera l’absence de péché et la pureté. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), pp. 86-87)
 

Pour ma part, j’ai connu, pendant mon voyage humanitaire au Honduras en 1999, une femme lesbienne qui, avec une amie à elle, était partie aider les enfants pauvres dans les bidonvilles. Par ailleurs, une amie lesbienne m’a parlé d’un couple lesbien que sa sœur a connu, et qui apparemment emmenait des enfants gravement malades faire de la montagne pour planter leur drapeau sur les Éverest, en signe de leur exploit.

 

Qu’on me comprenne bien : il ne s’agit pas, à travers ce code, d’ironiser cyniquement les bons sentiments et les œuvres e bienfaisance, du fait de l’homosexualité (nous sommes tous, sans exception, impuissants à supprimer toute la misère du monde). Il ne s’agit pas non plus de dire qu’individuellement les personnes homosexuelles n’ont pas des qualités humaines, une ouverture aux autres, une grande générosité, une capacité à être solidaires (certaines sont des crèmes de garçons et de filles, très serviables !) : je parle ici de l’étouffement de solidarité qu’engendre l’acte du couple homosexuel, indépendamment de la valeur et du cœur des deux individus séparés qui le posent ensemble. Il faut bien distinguer acte et personnes, bonnes intentions et Réel, émotionnel et amour concret. Avec la personne homosexuelle qui croit en l’amour homosexuel ou en couple, le geste solidaire a tendance à se figer en vidéo-clip, en paraître.

 

Adriana Karembeu pour la Croix Rouge

Adriana Karembeu pour la Croix Rouge


 

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si certains membres de la communauté gay s’identifient aux grandes actrices aux joues badigeonnées de suie et soutenant les miséreux dans un dispensaire de Calcutta, genre Scarlett O’Hara au mouroir du film « Gone With The Wind » (« Autant en emporte le vent », 1939) de Victor Flemming, ou encore Eva Perón, Lady Di, Julie Andrews, France Gall, Audrey Hepburn, Emmanuelle Béart, Adriana Karembeu, Zazie, etc.

 

La « charité » homosexuelle prend parfois figure et support sur l’identité homo (le coming out), l’amour homo (le couple homo et le « mariage ») ou la « famille » homo-parentale (l’adoption, la PMA – Procréation Médicalement Assistée – et la GPA – Gestation Pour Autrui) (cf. je vous renvoie aux codes « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre » et « Amour ambigu de l’étranger » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le film « Brüno » (2009) de Larry Charles, Brüno parodie l’actrice qui va aider les « p’tits Africains » (en réalité, il va les exploiter et les acheter à travers l’adoption…). Autre exemple : quelques militants homosexuels français ont présenté en France (2012-2013) la loi du « mariage pour tous » comme une noble cause, humaniste, solidaire et sociale, alors qu’en réalité, elle n’englobe que des intérêts particularistes particulièrement égoïstes et narcissiques.

 

Médiatiquement, l’individu homosexuel se valorise/est souvent valorisé par les actions solidaires qu’il vit parallèlement à son histoire d’amour homo… comme si ces deux terrains (l’un ponctuel, l’autre plus entier et sentimental) pouvaient être mis sur le même plan… « Peut-être que si je n’étais jamais allé au lit avec des Algériens, je n’aurais pas pu approuver le F.L.N. J’aurais probablement été de leur bord, de toute manière, mais c’est l’homosexualité qui m’a fait réaliser que les Algériens n’étaient pas différents des autres hommes… » (Jean Genet dans la revue Playboy)

 

Si ce ne sont pas les personnes homosexuelles qui se prennent pour des Mère Teresa, ce sont les autres qui les y enjoignent ! (cf. je vous renvoie aux codes « Mère gay friendly » et « Faux révolutionnaires » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) En ce moment, il est à la mode de montrer, au détour de films et de documentaires abordant les thèmes de la solidarité et du dépassement de la souffrance, un couple homosexuel descendre de nulle part : cf. le film « Intouchable » (2011) d’Éric Toledano (avec le couple de lesbiennes). C’est la petite touche « politico-sentimentalo-engagée » rajoutée par la romance amoureuse. Dans les reportages, les sujets homosexuels sont maintes fois représentés comme ceux qui écoutent les autres, les conseillent, les aident à se réconcilier entre eux. Ils seraient même les marginaux avec un « M » majuscule, qui comprendraient forcément mieux les différents marginaux comme eux, du fait de leur douloureuse expérience de l’homophobie. Ils sont souvent valorisés par les actions solidaires qu’ils vivent/vivraient parallèlement à leur histoire d’amour… comme si ces deux terrains (l’un ponctuel et fraternel, l’autre plus entier et idéalement aimant) pouvaient être mis sur le même plan… Par exemple, dans le documentaire « Et ta sœur ! » (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence sont filmées comme les nouveaux messies, faisant un travail de prévention Sida avant-gardiste absolument admirable, aidant « tous les homos de la terre à s’assumer » et le monde à « s’aimer dans la diversité/sécurité » : elles ont suscité une standing ovation lors du Festival Chéries-Chéris du Forum des Images à Paris en octobre 2011 ! C’était comique et affligeant à voir, une euphorie émotionnelle déplacée pareille…

 
 

b) Le cœur plus totalement à sa place : la solidarité désincarnée

Vincent McDoom

Vincent McDoom


 

Quelquefois, prises de remords face à leur propre désœuvrement de bourgeois et à leur solidarité majoritairement intellectuelle/esthétique, les personnes homosexuelles se mettent théâtralement à « désirer aider », à « désirer être utiles ». Leur générosité est tellement bien-intentionnée qu’elle finit par déborder, par sortir de son lit. À force d’avoir le cœur sur la main, certaines finissent par ne plus l’avoir à sa place ! « J’ai enseigné pendant quatre ans à des adolescents et aucun ne m’a appelé au secours. Ensuite, j’ai été nommée en École Normale où tous mes élèves étaient majeurs. Mais je me suis souvent demandé ce que j’aurais fait si j’avais été sollicitée par des collégiens ou des lycéens à la dérive, voire désespérés. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 97)

 

C’est souvent par le biais de la louange de l’esthétisme que se cristallise la relation idyllique entre le bienfaiteur homosexuel et le va-nu-pieds (cf. je vous renvoie au code « Amour ambigu de l’étranger » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Le pauvre prend la forme de l’image d’Épinal du Beatus Ille magnifique et innocent. Par exemple, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa raconte comment il est tombé amoureux du domestique noir (Karabiino) qui le servait dans son hôtel, avec qui il a pourtant si peu communiqué, et à qui ses fantasmes intérieurs ont prêté des mots excessifs et des intentions ambiguës : « J’avais honte de moi devant lui. Je me sentais vieux, blasé. Mais j’étais avec lui, je comprenais tout ce qu’il désirait, tout ce qu’il ne désirait pas. Il était dans le malheur avec une fraicheur miraculeuse. […] Je l’ai aimé. » (pp. 74-75) On lit tout à fait dans son discours le narcissisme fusionnel : « Il portait des chaussures différentes, des espadrilles vertes simples et très jolies. Je les ai tout de suite adorées. Je voulais les mêmes. […] Je voulais de toute façon avoir exactement les mêmes espadrilles que lui. » (idem, p. 76)

 

Dans l’extrême-inverse, la pauvreté est confondue avec la médiocrité bobo ou artistico-camp. Par exemple, dans le journal Libération du 15 décembre 1987, Mathieu Lindon et Marion Scali se mettent à justifier le « théâtre du pauvre » de Copi, qui était en réalité très petit-bourgeois.

 

Souvent, les personnes homosexuelles sombrent dans le misérabilisme et le dolorisme identificatoires. Elles croient compatir et soulager des souffrances rien que par le regard, les sentiments : « Les spectacles de théâtre me ravissaient : ils étaient pleins des images de mes misères et de substances où j’alimentais le feu qui me dévorait. Pourquoi l’homme veut-il s’affliger en contemplant des aventures tragiques et lamentables, qu’il ne voudrait pas lui-même souffrir ? Qu’est-ce là, sinon une pitoyable folie ? Car nous sommes d’autant plus émus que nous sommes moins guéris de ces passions. Quand on souffre soi-même, on nomme ordinairement cela misère, et quand on partage les souffrances d’autrui, pitié. […] Au spectacle du malheur d’autrui, malheur imaginaire et de tréteaux, le jeu de l’acteur me plaisait et me charmait d’autant plus qu’il me tirait plus de larmes. […] De là venait mon goût pour la douleur, non pas une douleur profonde, car je n’aimais pas souffrir ce que j’aimais voir, mais pour cette douleur qui, en écoutant des fictions, me chatouillent, en quelque sorte, l’épiderme. » (Saint Augustin, Les Confessions (IVe siècle), pp. 50-51. C’est moi qui souligne) ; « La compassion est mon pire défaut. » (Stefan Sweig) ; etc. L’amour compassionnel du pauvre se fait par la voie des larmes, du théâtre, de l’Opéra et de la télévision.

 

Il y a en général entre la personne homosexuelle et « son » pauvre un écran, un média, une distance spéculaire, une projection fantasmatique narcissique : « Quand quelquefois, je vois à la télévision de belles âmes pleurer sur la misère sexuelle des malfaiteurs enfermés en prison, je ne peux me retenir d’évoquer ma jeunesse, tout aussi misérable, où je subissais une punition inhumaine pour des crimes que je n’avais pas commis. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 109) ; « Je me rappelle – je suis un cinéphage – que je sortais indigné et avec un grand mal au corps après avoir vu un film où on discriminait, réprimait et pourchassait les Noirs ou les Juifs ou les femmes pour le simple fait de l’être. » (Armand de Fluvià cité dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 81) ; « J’ai vécu avec une petite cuillère en or dans la bouche. Mais dans ma vie privée, je vis avec des prolos, des vrais. Ils savent bien que je suis un intellectuel bourgeois parisien. Mais ils m’aiment comme l’un des leurs. Ceci ne va pas sans mauvaise conscience de ma part, c’est bien évident. Mais les liens qui nous unissent nous entraînent au-delà de la mauvaise conscience. Ce qui compte, c’est le rapport qu’il y a entre nous, et ce que je peux leur apporter. Par mes écrits, mes livres. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc. Par exemple, dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, José Pascual explique que durant son adolescence, il s’est décidé à devenir missionnaire après avoir vu des images télévisuelles de pauvreté en Afrique.

 
 

c) La solidarité intéressée :

L’élan vers le pauvre n’est pas si gratuit et poétique qu’il y paraît en intentions. Il se révèle en réalité très souvent jugeant, politisé, égoïste ou arriviste. Il se fait en général dans une optique de militance intéressée, en vue d’une opposition ou d’une diabolisation excessive d’un camp socio-politique, ou bien dans une démarche de séduction et de drague : Par exemple, lors de son concert à la salle de L’Européen à Paris le 6 juin 2011, la chanteuse Oshen (Océane Rose-Marie, la fameuse « Lesbienne invisible ») a fait venir sur scène un panel de « femmes du monde » façon United Color Of Benetton (des femmes de toutes les races, de toutes les nationalités), en hommage à la « lutte contre les préjugés »… et surtout pour prouver l’existence de l’« Hydre de la Domination masculine » !

 

Je pense aussi à tout l’opportunisme politisé et à la fausse humilité affichée d’un Louis-Georges Tin accueillant et prenant sous son aile Auf, l’Ougandais homosexuel du documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin, au Forum des Images de Paris, le 16 novembre 2010 : il le présentait comme une preuve intéressante d’homophobie, un objet venant alimenter l’indignation et justifier le bien-fondé de la lutte pour les « droits LGBT ». Et le pire, c’est que cette instrumentalisation de son petit protégé exilé était sincère !

 

« Je les aime pour m’opposer. » disent bon nombre de personnes homosexuelles en parlant de leurs mendiants… ou même de leurs partenaires amoureux (les kissing ne sont pas autre chose qu’un geste d’amour et de solidarité détourné en matraque faussement désintéressée). L’idéalisation des uns conforte le mépris des autres : « Je n’en vins jamais à communier dans les valeurs de la classe dominante. Je ressentais toujours de la gêne, voire de la haine, lorsque j’entendais autour de moi parler avec mépris ou désinvolture des gens du peuple, de leur mode de vie, de leurs manières d’être. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), pp. 25-26) ; « La figure de la looseuse de la féminité m’est plus sympathique, elle m’est essentielle. Exactement comme la figure du looser social, économique ou politique. Je préfère ceux qui n’y arrivent pas. […] Et dans l’ensemble l’humour et l’inventivité se situent plutôt de notre côté. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006), pp. 10-11) ; etc.

 

Certains sujets homosexuels ont tout des bons samaritains « fiévreux », soucieux de se trouver au plus vite un pauvre à aider pour faire écran à leur propre sentiment de vide existentiel ou de vacuité amoureuse, limite complexés de se retrouver si visiblement isolés et riches : « J’ai enseigné pendant quatre ans à des adolescents et aucun ne m’a appelé au secours. Ensuite, j’ai été nommée en École Normale où tous mes élèves étaient majeurs. Mais je me suis souvent demandé ce que j’aurais fait si j’avais été sollicitée par des collégiens ou des lycéens à la dérive, voire désespérés. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 97) Leur solidarité ressemble plus à un attachement narcissique digne d’une mère possessive qu’à une aide efficace et distancée : « La générosité de Coco était légendaire. Il avait fondé des foyers pour personnes en détresse : à Rome, à Paris, et maintenant ici. Son âme de mamma juive n’avait pas de frontière et le malheur des autres était une source inépuisable d’affection. » (Alfredo Arias, Folies-fantômes (1997), p. 95)

 

Certaines personnes homosexuelles ou gay friendly finissent par utiliser tellement le pauvre qu’elles se prennent pour lui : « La communauté homosexuelle est une minorité et les minorités ont à mon sens un rôle primordial. Elles nous rappellent qui nous sommes. La minorité est le joyau, le petit cœur en chacun de nous. Dans le film, elle est comme un révélateur en chimie. […] Elle révèle ce qu’est l’amour. » (la réalisatrice Zabou Breitman dans le dossier de presse de son film « L’Homme de sa vie » (2006), citée dans l’essai L’Homosexualité au cinéma (2007) de Didier Roth-Bettoni, p. 585)

 

Or, il ne suffit pas de vouloir aimer. C’est la solidarité en actes et par le don entier de sa personne qui compte.

 

Actuellement (et ça devient très inquiétant), l’agenda politique des pays occidentaux en matière de sexualité et de promotion de l’homosexualité prend la forme d’« aides au développement », de la « solidarité », de la « lutte contre la pauvreté/les discriminations/l’inégalité hommes-femmes ». Ces pays riches dépressifs exercent sur les pays pauvres une pression financière qui se pare des meilleures intentions, et qui est idéologiquement orientée vers l’indifférenciation sexuelle et la bisexualité. Il n’y a qu’à voir comment le Sénégal a dû tenir tête à l’« aide » nord-américaine (avec un président Obama qui voulait forcer ce pays à signer en faveur des causes LGBT). Le chantage à la solidarité est énorme dans des continents comme l’Afrique ou l’Amérique latine, qui ont besoin de cet argent, mais pas des conditions idéologiques de ces aides.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°122 – Milieu homosexuel infernal (sous-codes : Noir derrière l’arc-en-ciel / Descente aux Enfers)

Milieu infernal

Milieu homosexuel infernal

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

« Si seulement nous pouvions ne pas nous haïr autant… C’est ça notre drame. » Cette réplique de Michael, l’un des héros gays du film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1972) de William Friedkin, concernant ses jumeaux d’orientation sexuelle, nous plante bien le décor de la communauté homosexuelle réelle, et surtout la raison pour laquelle la grande majorité des communautaires homos n’arrive pas à faire l’unité (n’y croit même plus ! pour beaucoup, le « milieu homo » et la « communauté homosexuelle » n’existent pas et sont des concepts intellectuels méprisables !)… au point de se faire la guerre entre eux et de se faire vivre un véritable enfer : LA HAINE DE SOI, qui, si elle n’est pas identifiée comme intrinsèque au désir homosexuel, ni réglée, se mute en haine des autres.

 

Remarque très importante avant de commencer l’étude de ce chapitre. Ce code n’a pas pour but d’homosexualiser le malheur, ni de diaboliser le « milieu homosexuel » ou encore moins les personnes homosexuelles (elles le font déjà bien assez elles-mêmes !), ni de dire que les individus homosexuels ont le monopole du malheur et de la souffrance. Il existe bien des lieux et des rituels de drague « hétéros » glauques (Ce qu’on oublie de rajouter en général à ce juste parallélisme, c’est que les couples femme-homme qui rentrent dans ces cercles libertins sont justement en voie de bisexualisation et d’homosexualisation avancées…). Quoi qu’il en soit, le malheur humain, même émanant d’une minorité sexuelle où il est particulièrement (mais non-exclusivement) marqué, est toujours universalisable, et signe d’un viol social plus global dans les couples femme-homme qui ne s’aiment pas assez, donc hétérosexuels. Il va s’agir, dans ce code, d’étudier la signification du symbolisme folklorique des Enfers employé et même créé majoritairement par les personnes homosexuelles.

 

Allez, descendons maintenant dans les limbes iconographiques des enfers interlopes, dans la fournaise homosexuelle, ni si horrible que les communautaires non-assumés le disent, ni si banale que les communautaires « assumés » le prétendent.

 

Je signale pour finir qu’il est fortement conseiller de lire les sept autres codes de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, en complément : les codes traitant plus particulièrement de l’individu homosexuel et de son couple – « Se prendre pour le diable », « Focalisation sur le péché », et « Amant diabolique » – et les codes traitant de la métamorphose de la communauté homosexuelle en dictature – « Homosexuels psychorigides », « Adeptes des pratiques SM », « Défense du tyran » et « Hitler gay »).

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Homosexuel homophobe », « Amant triste », « Cour des miracles homosexuelle », « Méchant pauvre », « Hitler gay », « Petits morveux », « Drogues », « Violeur homosexuel », « Homosexualité noire et glorieuse », « Patrons de l’audiovisuel », « Milieu homosexuel paradisiaque », « Focalisation sur le péché », « Se prendre pour le diable », « Appel déguisé », « Défense du tyran », « Entre-deux-guerres », « Manège », « Adeptes des pratiques SM », « Amant diabolique », « Humour-poignard », « Aube », « Faux révolutionnaires », « Amant triste » et à la partie « Dictateur gay » du code « Homosexuels psychorigides », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 
 
 

1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

La dramatique extériorisation de l’homophobie sur « les hétéros »

 

Il ne suffit pas de traîner très longtemps dans les lieux – virtuels ou réels – d’homosociabilité pour découvrir assez vite que les personnes homosexuelles sont leurs pires ennemis, et que la « révolution homosexuelle » n’est qu’un joli concept romantique sorti des cerveaux des universitaires queer. La plupart d’entre elles n’aiment pas le collectif : c’est dommage, mais c’est souvent un fait. Les réunir autour de lieux-symboles, d’événements fédérateurs, de personnages emblématiques, de bars, d’associations, de sites Internet, a souvent relevé du tour de force ! La majorité des militants associatifs vous le confirmeront, surtout les soirs ingrats de Gay Pride où, exténués, ils se forcent à sourire en disant que « Ça a été une fois de plus un succès » alors que la joie est loin d’être dans tous les cœurs. La communauté homosexuelle constitue une famille turbulente dont la cohésion est bien plus une utopie sucrée marketing qu’une réalité. Si les personnes homosexuelles se retrouvent dans le « milieu », ce n’est pas vraiment par choix ni par engagement : elles viennent surtout consommer, trouver chaussure à leur pied, ou bien dans une logique d’adversité plus que d’unité. Même pour l’habitué des établissements gay friendly, l’entourage d’orientation sexuelle ne constituera jamais vraiment une seconde famille.

 

La communauté homosexuelle fait tout un pataquès autour des attaques homophobes qu’elle subirait pour ne pas regarder les paradoxes du désir homosexuel en face. Notamment, certains individus n’arrêtent pas de parler du ravage des suicides au sein du « milieu ». Pour les quelques cas de tentatives de suicide de personnes homosexuelles connus, ils sont tous généralement autant explicables par des phénomènes sociaux exogènes (hostilité de l’environnement familial, pression sociale, échec scolaire, etc.) que par des facteurs endogènes (déceptions amoureuses homosexuelles, drames issus du « milieu » homosexuel, comportements aberrants des personnes homosexuelles entre elles, médiocrité de l’accompagnement amical gay, manque de sens trouvé dans un certain mode de vie homosexuel, dégoût de soi et du monde, état dépressif, consommation de substances psychoactives ou d’alcool, angoisses dues à une infection par le VIH, difficile transition vers le troisième âge, etc.). Qui oblige les personnes homosexuelles à se cloîtrer dans la clandestinité ? Bien avant que ce soit « la société » qui les y ait contraints, c’est un mode de vie qu’elles ont elles-mêmes choisi. Qui pratiquent les sinistres outing ? Sûrement pas prioritairement « les hétéros homophobes ». Ceux qui outent les personnes homosexuelles sont les individus qui côtoient leurs bars, leurs réseaux Internet, leurs cercles amicaux ou amoureux, donc des personnes homosexuelles aussi. Qui critique le plus la visibilité homosexuelle à la télévision ou à la Gay Pride ? Qui empêche la communauté homosexuelle de se faire une place confortable dans la société et d’être forte ? Ses propres membres. « Comment y aurait-il un pouvoir gay ? Ils se détestent tous ! » ironise Frédéric Mitterrand (interviewé dans l’article « Y a-t-il une culture gay ? » sur la revue TÉLÉRAMA, n°2893, le 22 juin 2005, p. 18). Ceux qui défendent la cause homosexuelle dans les media s’étonnent que les seules lettres d’insultes qu’ils reçoivent proviennent presque exclusivement de leurs frères communautaires : « Je ne pensais pas qu’il y avait autant d’intolérance chez les homos. Ils se plaignent à longueur de journée de ne pas avoir tel ou tel droit et ils ne sont même pas unis entre eux. […] Les seuls papiers méchants que j’ai eus dans la presse, c’était dans la presse gay. Quand je suis sorti de La Ferme, j’ai eu 10000 lettres de fans, et six lettres d’insultes qui venaient toutes de gays. » (Vincent McDoom dans le magazine Egéries, n°1, décembre 2004/janvier 2005, pp. 52-55)

 

Actuellement, les gens ne voient dans la figure de la personne homophobe que l’individu gay frustré, honteux, « follophobe », tristounet, frigide. Ils oublient d’inclure dans le portrait toutes les personnes homosexuelles « assumées », extraverties, tout sourire. Par exemple, certains sujets homosexuels se plaisent à imaginer qu’« il n’y a pas plus lesbophobe qu’une lesbienne qui s’ignore » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 15). Qu’ils se détrompent ! Il y a tout aussi lesbophobe qu’une femme lesbienne refoulée : une femme lesbienne qui croit se connaître par cœur et qui, du fait de s’étiqueter éternellement lesbienne, refuse de reconnaître qu’elle puisse un jour devenir lesbophobe. On observe à bien des occasions des personnes homosexuelles, jouant en temps normal les grandes tapettes ou les militants de la première heure, se métamorphoser sans crier gare en brutes épaisses détestant leur communauté d’adoption. Bien des personnes homosexuelles, en disant qu’elles s’assument à 100% en tant qu’« homos », rejoignent dans l’extrême les personnes homophobes qui nient en bloc leur homosexualité, puisqu’elles aussi essentialisent le désir homosexuel, se caricaturent, se figent en objet, et donc refoulent qui elles sont profondément. S’il arrive exceptionnellement que certaines personnes homosexuelles reconnaissent que leur désir homosexuel est en partie homophobe, c’est pour mieux se donner l’illusion que depuis leur merveilleuse conversion à la « cause gay », elles s’assument pleinement en tant qu’homosexuelles et que la triste page de leur passé homophobe est déjà bel et bien tournée. S’avouer « ex-homophobe », cela revient pour elles à combattre l’homophobie et à montrer patte blanche. Mais derrière la personne homosexuelle et agressivement fière de l’être se cache souvent une personne (ex)homophobe convaincue, qui affirme haut et fort que l’homosexualité est quelque chose de monstrueux ou de génial : cela dépend des époques, du sens du vent, et des caprices de son désir homosexuel.

 
 

L’homophobie institutionnalisée en « communauté homosexuelle »

 

Le plus souvent, le despotisme homosexuel, avant de s’actualiser systématiquement à l’échelle d’une nation ou de la Planète, s’exerce d’abord au sein d’une communauté humaine réduite, autrement dit la communauté homosexuelle. Et, comme l’affirme à juste raison Frédéric Martel dans son splendide essai Le Rose et le Noir (1996), « la dictature de la majorité n’est pas plus enviable que la dictature des minorités. » (p. 713) Presque la totalité des personnes homosexuelles vous l’assurera : il se vit une forte exclusion dans ce que nous appelons, faute de mieux, le « milieu homosexuel ». En son sein, les moyens mis en place pour créer de vrais espaces d’expression sont apparemment suffisants mais concrètement inefficaces, sûrement par manque de volonté chez ses membres de se rencontrer sans se consommer. Dans les associations, la prise de parole se destine davantage aux « actions » militantes et à l’idéologie de la conquête ou de l’émotionnel qu’aux individus qui s’y trouvent. À l’intérieur des bars, des boîtes et sur les chat Internet, le dialogue y est également très limité et sclérosé par la drague. Par ailleurs, il existe un décalage vertigineux entre ce que nous pouvons voir sur les chaînes de télévision ou les magazines proposés à la clientèle homosexuelle – dignes de la plus mauvaise presse féminine –, et les aspirations profondes des personnes homosexuelles. Sous prétexte de respecter la liberté et l’intimité de chacun, la majorité des porte-parole de la communauté homosexuelle se défilent, et leur pensée n’attire pas les foules. L’unique réponse que l’ensemble des journalistes de la presse gay apportent aux questions existentielles de leurs camarades communautaires est l’affichage fier de leur propre démission, le renvoi à la responsabilité individuelle, l’exposition muette des plaintes dans la rubrique « Courrier des lecteurs » favorisant le narcissisme dans l’écoute du témoignage « je » larmoyant ou bien la révolte défaitiste.

 

Les réalisateurs gays essaient parfois d’atténuer à l’écran la cruauté du cérémonial de la drague homosexuelle en montrant des beaux gosses repentants et gentils avec leur amant moins beau ou moins jeune qu’eux. Mais rien n’y fait. Les individus homosexuels sont souvent extrêmement sectaires entre eux, envers les « folles », les personnes travesties, transsexuelles, lesbiennes, âgées, jeunes, séropositives (les « plombés » comme on les appelle parfois), et surtout les sujets homosexuels étiquetés « homophobes », autrement dit les personnes bisexuelles, celles qui viennent leur révéler que l’homosexualité est prioritairement une réalité mythique, non-figée. Quelques rares films osent tout de même montrer l’envers du décor (le court-métrage « Fast Forward », « D’un trait » (2004), d’Alexis van Stratum est à ce titre exemplaire). Malheureusement, ils sont en général récupérés dans le but de cultiver chez les personnes homosexuelles qui se disent « hors-milieu » le mythe du prince charmant homosexuel ou de leur supposée différence radicale avec le commun des habitants « du milieu ». Yves Navarre avait raison de dire que les personnes homosexuelles sont « bien plus racistes avec elles qu’on ne l’est avec elles ». Trop occupées à fuir leurs propres problèmes personnels dans un pathétisme mou, des délires forcés, un désir de se démarquer des autres, et un consumérisme égoïste, elles ne s’aident pas souvent entre elles. Elles n’ont qu’une envie : s’éloigner les unes des autres. « J’ai pour amis des folles comme moi, des amis pour passer un moment, pour rigoler un peu. Mais dès que nous devenons dramatiques… nous nous fuyons. Chacune se voit reflétée dans l’autre, et est épouvantée. Nous nous déprimons comme des chiennes, tu peux pas savoir. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig, p. 205) Il est difficile de rencontrer dans la communauté homosexuelle une seule personne homosexuelle qui se sente vraiment à sa place, même parmi les habitués des bars et des associations.

 

 

La majorité des individus homosexuels ne sont pas dupes. Ils expérimentent, dès qu’ils arrivent dans la communauté gay, un profond décalage entre leurs idéaux d’amour et les réalités relationnelles décevantes qu’ils y vivent, quand bien même ils savent pertinemment que les modes de vie homosexuels observables dans les bars et sur les réseaux virtuels ne sont pas généralisables à l’ensemble du « milieu » (terme hypocritement flou, désignant stricto sensu les établissements gay friendly spécialisés, mais qui pourrait tout à fait s’étendre d’une part à n’importe quel endroit public improvisé – et, surtout grâce à Internet, à tout lieu de vie où l’Homme désire se mythifier –, et d’autre part à toute personne croyant en la vérité du désir homosexuel : le « milieu homosexuel », c’est le désir homosexuel ; c’est le couple homosexuel). La plupart du temps, ils tombent de très haut. C’est pourquoi, pour figurer la communauté homosexuelle, certains artistes mettent en scène un enfer folklorique, bien après avoir cherché désespérément un éden gay dans une contrée lointaine et littéraire (cf. je vous renvoie évidemment au code « Milieu homosexuel paradisiaque »  dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

En réalité, le « milieu homosexuel » n’est ni aussi terrible qu’ils le disent – il y a bien des boîtes glauques pour personnes hétérosexuelles également – ni aussi banal. Bon nombre de personnes homosexuelles nous mettent en garde contre l’expérience d’Internet et des nuits dans les établissements gay et lesbiens : « Il y a une vraie violence à ouvrir la porte de ces lieux. » (Nina Bouraoui, l’écrivaine lesbienne, dans l’émission Culture et Dépendances, sur la chaîne France 3, le 9 juin 2004) Elles vivent douloureusement le formatage qu’elles s’imposent par la culture marchande homosexuelle. Mais l’impression d’enfer est chez elles souvent teintée d’amnésie, comme le montrent les propos d’Hervé Guibert dans son autobiographie Le Mausolée des amants (2001) : « Le sauna de la Kleiststrasse hier soir : une expérience du dégoût. Dégoût pour les corps, dégoût pour le lieu, dégoût pour les pratiques […]. (L’aisance, l’indifférence de T. dans tous ces endroits). » (p. 91)

 

Si le « ghetto gay » est tel qu’il est actuellement, ce n’est pas uniquement à cause d’un groupuscule réduit de personnes homosexuelles. Le malheur d’une minorité est toujours universalisable, et les sociétés hétérosexuelles (et surtout humaines !) auront très certainement à répondre de la construction d’infrastructures déshumanisantes dans lesquelles certains individus ont accepté de s’enfermer et de se détruire en cadenassant leur révolte intérieure : « Les terreurs que connaissent les homosexuels dans cette société ne seraient pas aussi grandes si la société elle-même ne devait pas affronter toutes ces terreurs qu’elle ne veut pas admettre. » disait James Baldwin dans une interview (au journal Village Voice en 1984).

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

a) Les Enfers marais-cageux :

 

Film "The Game Of Juan’s Life" de Joselito Altarejos

Film « The Game Of Juan’s Life » de Joselito Altarejos


 

Très souvent dans les œuvres de fiction homo-érotiques, les héros homos décrivent le « milieu homosexuel » comme un enfer : cf. le film « J’ai rêvé sous l’eau » (2012) d’Hormoz, le roman Méphistophéla (1890) de Catulle Mendès, le film « Anatomie de l’enfer » (2002) de Catherine Breillat, le film « Back Room » (1999) de Guillem Morales, le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, le roman Todos Los Parques No Son Un Paraíso (1978) d’Antonio Roig, le film « Madagascar Skin » (1995) de Chris Newby, le roman Riches, cruels et fardés (2002) de Hervé Claude, la pièce La Descente d’Orphée (1957) de Tennessee Williams, la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini (le réalisateur avoua lui-même qu’il a cherché, à travers son film, à figurer une descente dans l’enfer de l’inhumain), le roman Les Caves du Vatican (1914) d’André Gide, la chanson « Hellbent For Leather » du groupe Juda’s Priest, le film « Lucifer Rising » (1974) de Kenneth Anger, la pièce Macbeth (1623) de William Shakespeare, le film « Le Rôti de satan » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le roman La Descente aux enfers (1963) de Marcel Jouhandeau, le film « Twist » (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stern, le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec la célébration du dieu Mercure), le roman Poupée Bella (2004) de Nina Bouraoui, le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau, la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti, le film « Hell’s Highway » (1932) de Rowland Brown, le film « L’Enfer d’Ethan » (2004) de Quentin Lee, le film « Descentes aux enfers » (1986) de Francis Girod, le film « Irréversible » (2001) de Gaspar Noé, le recueil de poèmes Une Saison en enfer (1873) d’Arthur Rimbaud, le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (avec le train-fantôme nommé « L’Enfer »), le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, le film « Café du diable » (2011) de Maria Beatty, la pièce Dans la solitude des champs de coton (1987) Bernard-Marie Koltès, la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès (dépeignant les bas-fonds des saunas gays), le film « Adults Only » (2013) de Michael J. Saul (dans les méandres d’une backroom gay), la chanson « Nous les amoureux » de Jean-Claude Pascal, le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, etc. « Partir à la recherche de Greta a été comme entrer dans un des cercles de l’Enfer. » (Jane, l’héroïne lesbienne en quête de Greta la prostituée, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 177)

 

Par exemple, dans le vidéo-clip de la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël, le héros homo va « s’encanailler » dans une boîte appelée Au Diable. Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Donato se perd dans la boîte gay teintée d’un filtre rouge. Dans le one-man-show Gérard, comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, Éric et Michael tiennent un bar dans le Centre Ville, le Gaytapens. Dans son one-man-show Hétéro-Kit (2011), Yann Mercanton décrit la fréquentation du sauna comme la descente d’Orphée aux enfers. Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, Laura et sa copine vont voir au théâtre la pièce L’Épopée de Gilgamesh racontant l’histoire d’un homme qui va chercher son ami aux Enfers. Dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, la voix-off est celle d’un diable doucereux invisible qui téléguide avec amusement les quatre personnages en les acheminant vers une descente progressive dans l’enfer du sauna gay. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Jacques et Yves Saint-Laurent se rendent ensemble dans les bacchanales homos, sur fond de filtre rouge. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, pendant le jeu télévisé Questions pour un champion qu’Adèle, l’héroïne lesbienne, regarde avec ses parents, Julien Lepers pose la question suivante : « Quel est le nom de la femme d’Orphée qui descend aux enfers ? » (réponse : Eurydice). Plus tard, Adèle apprend à connaître le milieu lesbien parisien, montré comme un milieu hostile, moqueur, narquois, grippe-fesses, puéril, cancanier. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, on aperçoit des mugs en forme de clowns blancs grimaçants et diaboliques au comptoir du bar-club gay Le Stud. Dans la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet, Caroline décrit le « milieu homo » comme une « caste de dépravés ».

 

Pour renforcer cette idée que le « milieu homosexuel » est infernal, il est fait parfois référence dans les fictions au Styx, le mythologique fleuve infernal : cf. les films « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Styx » (2004) de Falk Ulbrich, les chansons « On est tous des imbéciles » et « L’Instant X » de Mylène Farmer, le film « Parking » (1985) de Jacques Demy, etc.

 

Beaucoup de personnages homosexuels affirment rentrer dans le « milieu » comme ils pénètrent dans la géhenne, le néant : « L’Enfer, c’est l’autre boîte de nuit à Montparnasse. » (l’héroïne lesbienne dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie) ; « Si vous aimez le show, vous brûlerez en enfer avec nous. » (la voix-off du spectacle musical Adam et Steeve, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « Je me croyais délivré de l’enfer de la famille et le voici reconstruit sur les terrains de mes vices ! » (Pédé, le héros homosexuel de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Mercredi matin, c’était comme le jour du Jugement dernier. On avait tous peur. Le Paradis. L’Enfer. Pas de purgatoire. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 40) ; « À nous le Marais et ses marécages ! » (Stéphanie dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau) ; « Ce n’était pour aucun des deux jumeaux Hypnos ni Thanatos que j’étais descendu dans cet Enfer. » (le protagoniste parlant de ses ballades le long des « quais obscurs et des parkings déserts », dans la nouvelle « Au musée » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 107) ; « Qui peut dire dans cet enfer ce qu’on attend de nous ? » (cf. la chanson « À quoi je sers ? » de Mylène Farmer) ; « Je me trouve en ce moment dans l’enfer des folles, deux étages en dessous de la place de l’Opéra. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 126) ; « Cette soirée est un enfer. » (Didier, le héros homo à l’intérieur d’une boîte gay, dans la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé) ; « Il [Emmanuel] me disait avoir connu par eux [les homosexuels] l’enfer brûlant du mépris porté sur soi. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 172) ; « Y’a des party, poum poum, dans les clubs en bas, des gigolos pressés qui se lèchent les bras, des enfants fous qui jouent mais ne pardonnent pas, des femmes enlacées qui se parlent tout bas. Mais y’a des gens qui sont stricts, des chats noirs qui miaulent, des crocodiles en bas. Mais y’a des gens qui sont stricts, des perroquets qui volent, des pingouins en papier mâché. » (cf. la chanson « Des gens stricts » du groupe Animo) ; « J’ai traîné dans les boîtes jusqu’au petit matin, et à chaque fois je suis rentré ivre mort, défoncé jusqu’à la moelle, couvert de coups de martinet, inondé d’urine jusqu’aux chaussettes, mais seul, toujours seul, doctoresse ! » (L. dans la pièce Le Frigo (1983), p. 24) ; « Je n’avais été en tout et pour tout, dans ma vie, que trois fois dans un sauna masculin, et j’en étais ressorti très déprimé. » (Éric, le narrateur homosexuel du roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 92) ; « Sur les marches qui mènent aux chiottes de la gare du Nord, je rencontre H. Il a un air triste, sa tête retenue sur ses deux mains emballées dans deux gros gants de ski, assis sur les marches. Je passe deux fois devant lui. Une première fois en allant aux pissotières. De l’ouverture à la fermeture de la gare, il y a des hommes, de tous âges, de toutes origines qui se branlent lamentablement, debout, dans l’odeur de pisse et de foutre, en matant en coin les bites des autres. On dirait des puceaux, aussi fébriles que surexcités. Venir ici me désespère autant que ça me réjouit. » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 59) ; « Onze mille vierges sous acide lysergique consolent des malabars tendus et mélancoliques. Fille de joie me fixe de ses yeux verts. Des claques ??? Jusqu’à l’Hôtel de l’Enfer. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; « Je marche dans Babel et dans ses dédales. » (Pierre Fatus dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; « Depuis trois mois, c’est l’enfer. Herbert est violent, armé, totalement imprévisible. » (Fabien à propos de son attitude avec son amant Herbert, dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand) ; « Tu devrais rentrer chez toi. C’est pas un endroit pour toi. » (Serge rencontrant pour la première fois son jeune amant Victor dans un parc parisien plein de prédateurs, dans le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018) ; « Chaque jour vers l’enfer nous descendons d’un pas, sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange le sein martyrisé d’une antique catin, nous volons au passage un plaisir clandestin. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; « Une fois que tu seras là-dedans, tu verras à quel point c’est triste et moche. » (un client homo plus âgé du club The Boys s’adressant à Nathan, le héros homosexuel qu’il va entraîner dans un guet-apens pour le tuer, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier) ; etc.

 

Par exemple, le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre dépeint les bas-fonds d’une maison close homosexuelle où l’ambiance est très malsaine : les backroom sont peintes avec un fond rouge, on entend des ricanements, on y voit des prostitués claquemurés dans leur cellule et entourés d’une drôle de cour des miracles monstrueuse. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, on nous montre l’ambiance détestable de la fête hétéro-gay de l’appartement du couple Ted/Roberto, où George est contraint de s’héberger. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homo qui ne s’était jamais posé la question de remettre en cause son homosexualité, avoue qu’il a une « vie bien cadrée » dans son quotidien homosexuel. Dans l’épisode 4 de la saison 3 de la série Black Mirror (« San Junipero »), Kelly, l’héroïne lesbienne, se rend dans une boîte appelée « Quajmire » qui est l’antre des enfers.

 

Javier de la Torre dans sa prison dorée, rouge et plumée

Javier de la Torre dans sa prison dorée, rouge et plumée


 

Même s’il vit une expérience qu’il décrit comme un enfer, le héros homosexuel s’auto-persuade que cette impression est agréable, voire paradisiaque (il « l’a voulu », se dit-il) : « Les autres penseront que vous connaissez l’enfer. Mais ils ne sauront jamais que l’enfer est doux. » (le narrateur homosexuel du roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 70) ; « Pour nous, ça avait la couleur de l’amour – mais j’avoue que si j’avais été hétéro, ça aurait largement ressemblé à la fin de toute intelligence et à la couleur de l’enfer. » (Doumi décrivant les années 1980, dans le roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, pp. 35-36) ; « Il avait eu l’impression de marcher au milieu de colonnes et de soldats d’un temps ancestral, vers une arène. C’était violent, ça faisait mal, mais il y avait déjà le plaisir de penser que ce serait peut-être bon ensuite, un peu plus loin. » (Doumi au Palace, op. cit., p. 36) ; « Toi et moi on sait repérer les mecs bien. Pas comme toutes ces folles qui cherchent à baiser. » (Romain, le compagnon d’Alexis, s’adressant à Laurent qui sort en secret avec Alexis, dans le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin) ; etc.

 

En général, son déni le met dans un état d’amnésique ou de zombie, qui ne lui fait plus distinguer le Réel du fantasme : « Il entrait dans un monde improbable, à mi-chemin entre fantasme et réalité. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 29) ; « Je suis un garçon sensible et réfléchi. En grandissant, je ne me suis jamais affranchi de ces nuits de veille au douloureux vague à l’âme. J’ai compris bien trop tard que j’étais une femme. Je me suis fait belle, belle, belle, pour aller les voir. Je remercie toute l’équipe de la Gare Saint-Lazare. » (cf. la chanson « Coming Out » d’Alexis HK)

 

Très souvent, la fête homosexuelle annonce une catastrophe ou une descente aux Enfers surprenante (cf. je vous renvoie au code « Humour-poignard » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, la bande de morts-vivants hantant la maison de Marc et Emma a péri dans une boîte gay qui a brûlé dans les années 1970. Dans la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé » (1983) de Copi, le meurtre du barman a lieu un soir d’orgie, lors d’un « bal macabre » (p. 83) dans une backroom d’une boîte homo de Pigalle. Dans le roman La Vie est un tango (1979), toujours de Copi, le carnaval est précisément le moment du viol : « Je vois que, tandis que le pauvre Silberman est assassiné dans les rotatives, à l’étage de la direction on ne pense qu’au carnaval. » (pp. 75-76) ; « Silvano fut réveillé en sursaut par le bruit des pétards et le vacarme dans la rue. […] Il se dirigea vers son bureau pour chercher un revolver […]. Des gamins déguisés arrivaient de la rue avec des serpentins et des tambours. […] L’intrusion des enfants ne prédisait rien de bon. (idem, pp. 170-171) ; « Serais-je en enfer, se demanda-t-il. À bien y penser il était bien possible qu’il fût mort depuis plusieurs jours. […] Les enfants de la rue, depuis que le carnaval avait commencé, ressemblaient de plus en plus à des démons. (idem, p. 174) ; « Il se dit : cette année, le carnaval devient sérieux. » (idem, p. 175)

 

Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, le sauna Continental-Opéra est le théâtre d’une explosion dramatique des chaudières en plein bal masqué : « C’est mardi, mais c’est mardi gras. Aujourd’hui, les folles du Continental sont permises de se travestir, elles vont et viennent sans arrêt des galeries Lafayette qui se trouvent tout près, ce soir il y a un grand bal autour de la piscine. » Même scénario dans la pièce La Tour de la Défense (1981) : « Au deuxième et dernier acte de La Tour de la Défense de Copi, un hélicoptère s’écrase sur la tour voisine, et déclenche un incendie généralisé. Le carnaval se termine dans les flammes. » (cf. l’article « Copi de bonne fois » de René Solis, dans le journal Libération du 4 avril 2005) Dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, l’enfer gay derrière le carnaval, le viol le soir de fête homosexuelle, est bien décrit par l’un des héros gay, Bjorn : « Ma vie. Quand je suis parti de la rue, avec Jan, j’ai pensé que je n’y retournerais plus jamais. Je sais maintenant que certains endroits sont encore pires. Comme celui où je me trouve en ce moment avec des gens qui organisent l’enfer, qui en vivent. Gays ou pas. Prostitution, violence, hôtels et drogue sans doute. Cette nuit dans la pénombre, j’ai compris que d’autres ici faisaient le métier de tout diriger à leur profit. Que derrière la Gay Pride de Sydney il y avait un trafic d’ecstasy, de médicaments, de produits dérivés. Il y avait du marketing et du sex-business. Avec beaucoup de dollars à la clé. […] Je sais maintenant que Jan est mêlé à tout ça et qu’ils sont en train de s’entre-tuer à quelques semaines seulement de la grande parade sur Oxford Street, du défilé du ‘Mardi gras’. » (pp. 167-168) Dans le film « Poltergay » (2006) d’Éric Lavaine, la bande de joyeux drilles homos surexcités est en réalité composée de clients homosexuels qui ont tous péri dans l’incendie d’une boîte gay disco dans les années 1970.

 
 

b) Le panier de crabes aux pinces roses :

Les héros homosexuels des fictions emploient la fantasmagorie de l’enfer pour parler de leurs relations amicales et amoureuses homosexuelles parce que, visiblement, celles-ci sont compliquées et douloureuses : cf. le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron, la poésie « Oda A Walt Whitman » (1940) de Federico García Lorca, le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve, le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le film « L’Ange bleu » (1930) de Josef von Sternberg, le roman El Giocondo (1970) de Francisco Umbral, le roman Las Locas De Postín (1919) d’Álvaro Retana (avec le cercle de langues de vipères homosexuelles), le film « Our Betters » (1933) de George Cukor (avec les personnages sophistiqués très gossip girls), etc.

 

À les entendre, le « milieu homosexuel » est un véritable panier de crabes ! : « Je te parle de ma communauté qui me déçoit. » (Océane Rose-Marie dans son one-woman-show Chaton violents, 2015) ; « Ce milieu gay c’est tellement pourri. Tellement de convoitises. » (Laurent Spielvogel imitant le gay quarantenaire du sud, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Il n’y a pas de paradis homosexuel, ou bien, s’il y en a un, attendez-vous à y trouver quelques lois sauvages ! » (Éric dans le roman Le Loup (1972) de Marie-Claire Blais) ; « Je payais en toute hâte, empochai mon ticket et me jetai sur les portes du théâtre sans regarder vers la queue où, j’en étais convaincu, une dizaine d’homosexuels – dont un prêtre –, plus méchants les uns que les autres, riaient de ma déconvenue. » (le narrateur homo à l’opéra, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 35) ; « La plupart déambulaient par bandes, comme autant de sectes à l’intérieur de la secte. […]  Il régnait dans ce lieu une certaine agressivité de chacun envers tous les autres, à l’exception de ceux qui s’inséraient exactement dans votre archétype. » (le narrateur homo décrivant une boîte gay, dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, pp. 56-57) ; « Je ne vois que des méchantes, le nez en l’air, méprisantes. » (un homo parlant des « clones » du Marais, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Les bars gays sont des prisons aussi. » (un des personnages homosexuels de la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Devant la porte des chiottes, j’écarte une bande de jeunes androgynes pour passer, l’un d’eux dit ‘Mais c’est pas possible, ils ont ouvert les portes du zoo de Vincennes pour laisser s’échapper ces monstres ?’ Ses copines rient. » (Mike, le héros homo du roman Des chiens (2012) de Mike Nietomertz, p. 102) ; « Ô, mon Dieu, que quelqu’un vienne à mon secours, s’il vous plaît ! Les travelos me trucident ! » (Lou, l’héroïne lesbienne de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, p. 323) ; « Est-ce que tu sors avec une bande de tantes ? J’aurais pu deviner que ça allait arriver. Tes fantasmes paranoïaques d’arrestation et d’accident ont été le premier symptôme. » (Myrma Minkoff s’adressant à son ami gay Ignatius dans le roman La Conjuration des Imbéciles (1981) de John Kennedy Toole, p. 414) ; « Vous, les travestis troupières, vous venez nous faire la guerre à nous, pédés pacifistes, nous traitant de jeunes filles tristes quand tout ce que nous cherchons, c’est simplement un garçon (si c’est possible un artiste) idéaliste, simple et bon qui reste garder la maison quand nous faisons secrétaires ! Vous voulez nous effrayer, affublées de vos perruques, habillées comme des perruches. […] Les jardins du Sacré-Cœur sont bien gardés par les flics ! Vous ne me faites pas peur ! » (Pédé, le héros homo s’adressant aux travestis, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Les rendez-vous entre gays sur internet, c’est toujours un peu craignos. » (Katya s’adressant à Anton, son ami homosexuel, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., Matthieu décrit les foudres de venin qui s’abattent sur lui, de la part de son entourage homo formé de « langues de pute », suite à sa rupture amoureuse avec Jonathan : « Ou quand l’Empire contre-attaque… » Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, Jonathan, l’un des héros homos, avoue que le « public le plus difficile » qu’il a rencontré, après le « milieu homo », c’est « celui des cabarets ». Dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, Pretorius, le vampire homosexuel dit qu’il voit autour de lui « des bandes de gamins qui ne l’aiment pas ». Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ! (2012), Samuel Laroque dit qu’il est un concentré de bêtise et de superficialité : « Le Marais, c’est un peu comme une grande ferme où y’a de la dinde en batterie. » Les « Maraisiennes » sont présentées comme des clients obsessionnels des salles de sport, des acheteurs de sac à main, des consommateurs de Smart-phone, des gens déprimants (« Bonsoir mes amis dépressifs ! » s’exclame la parodie de Mylène Farmer face à son public gay), etc. Pire que cela ! Les habitants du « milieu », en plus d’être cons, seraient méchants, un repère de violeurs (Laroque dit sa trouille d’être piégé par le GHB, la « drogue du violeur », en boîtes homos) : « Je n’y vais plus. J’en ai marre des boîtes. » (idem) ; « Les homos, c’est pas de la tarte non plus. Y’a pas plus intolérant qu’un homo dans le milieu. » (idem) ; « Bon vous savez quoi ? Être homo, c’est pas toujours gai. » (idem)

 

Dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel raconte comment lui et ses amis homos se parlent mal, même si au départ ça semble être un code culturel : « On a beaucoup d’ironie sur nous-mêmes. » ; « Qu’est-ce que tu fous, connasse ? » ; « T’as dormi où, p’tite salope ? » ; etc.
 

Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, les héros homosexuels, militants d’Act-Up, ne peuvent pas se supporter. Ils détestent « les folles de la Gay Pride » sous prétexte que ce seraient elles « qui les détestent ». Et entre eux, c’est la militance plus que l’amitié qui les unis. D’ailleurs, quand Thibault, le leader du mouvement, va à l’hôpital rendre visite à son pote Sean, cloué au lit par le VIH, il lui demande : « On s’aime pas beaucoup mais on est quand même des amis, non ? », avant que Sean ne lui réponde par la négative, dans un silence interrompu par une demande encore plus glaçante : « Je préfèrerais que tu t’en ailles. » Le portrait pourtant idyllique que nous montre ce docu-fiction sur Act-Up ne fait, à son insu, que comme la désigner comme un nid de vipères, où les coups bas, la colère, la sale ambiance, les trahisons, et les fausses amitiés, prédominent.
 

Dans son roman très autobiographique Le Bal des folles (1977), Copi décrit « cette hystérie propre aux groupes de travestis », en ne s’excluant pas du lot : « On se gifle pour un mouchoir, on se casse la gueule pour un client (ne vont-ils pas jusqu’à tuer ?). Elles ont toutes des couteaux au cran d’arrêt dans leurs sacs. » (p. 34) Dans le film « Morrer Como Um Homen » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues, on nous montre les coups bas et la cruauté mesquine entre travestis, qui se piquent les perruques, s’insultent de plein de noms d’oiseaux, juste avant leur show (une vraie parodie sérieuse d’un concours de reines de beauté qui tourne au drame et à la concurrence adolescente !). Dans le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, le groupe d’amies lesbiennes de Rachel, l’héroïne lesbienne, est représenté sous la forme d’un jury impitoyable… surtout quand elle ose leur présenter sa nouvelle conquête. Dans le film « Orange et Pamplemousse » (1997) de Martial Fougeron est filmée la discrimination dans le « milieu » et les déceptions des recherches « réseaux » par téléphone ou Internet. Dans la pièce Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, Eugène dresse le portrait de « ce monde homosexuel où, dit-il, il n’a jamais connu la plénitude ». Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, le « milieu homosexuel » est qualifié de « marché ».

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, le groupe de potes gays qui se retrouve ensemble le temps d’une sauterie passe son temps à se tirer dans les pattes : par exemple, Alan est follophobe par rapport à Emory le gay efféminé (« Je n’aime pas sa façon de parler, ça me tape sur les nerfs. » Il finit par le frapper de « Pédale ! ») ; Emory méprise l’inculture de Tex, le beau gosse gigolo décervelé (« Elle est cruche et n’y connaît rien à l’art ! ») et chope des maladies vénériennes presque à chaque fois qu’il se rend épisodiquement dans les saunas (« Vous avez plus de chance que moi. Quand je ne me fais pas arrêter, mon client a une maladie vénérienne. ») ; Michael rumine son complexe physique de ne pas être un top model ajusté aux canons de beauté de la communauté LGBTLes pédés sont pires que les femmes. À 30 ans, ils pensent que c’est fini. Il n’y a pas que la beauté ! ») ; quant à Michael, le maître de cérémonie de cette soirée machiavélique, il maltraite tous ses invités par un jeu qui leur révèlera la vacuité de leurs histoires d’amour homo.

 

Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Nicolas, Rudolf et Gabriel sont à la fois des potes gays inséparables et de véritables ennemis : ils se piquent leurs amants entre eux, s’empoisonnent la vie, se suivent et se fuient en Autriche. « On n’a plus vingt ans. Moi, j’ai changé. Pas vous ! C’est pas Paris que je fuis : c’est vous ! » dira Rudolf dans un coup de colère.

 

Les personnages homosexuels sont souvent extrêmement sectaires entre eux, envers les « folles », les personnes travesties, transsexuelles, lesbiennes, âgées, jeunes, séropositives, et surtout les individus homosexuels étiquetés « homophobes », autrement dit les « bisexuels », ceux qui viennent leur révéler que l’homosexualité est prioritairement une réalité mythique, non-figée : « Ennemi public n°1 : les bis. » (la comédienne lesbienne Chriss Lag dans le spectacle de scène ouverte Côté Filles au 3ème Festigay du Théâtre Côté Cour de Paris, en avril 2009) ; « Nés condamnés, nous nous condamnons tous. Isolés, nous nous isolons. » (le héros homosexuel du roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 121) ; « Quand ils sont jeunes, ils n’ont rien à raconter. Tu dois t’emmerder. » (un « ami » s’adressant à Matthieu à propos du jeune amant de ce dernier, Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Ouais, évidemment, les vieux ça me dégoûte. » (Mike, le narrateur homosexuel, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 38) ; « J’en veux beaucoup aux jeunes de votre génération d’être plus beaux que nous. » (Jacques s’adressant à son amant Arthur, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; « Qui est l’ancêtre ? » (un jeune homo du dortoir, qui rappelle méchamment à Zach qu’il est « trop vieux » parce qu’il a 35 ans, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Maintenant, c’est de la merde, Paris ressemble à un musée pour vieux cons fachos, avec des gays (il prononce ‘géïzes’) qui tètent du petit lait électronique avec des airs ingénus et qui se branlent devant Xtube. Des petits moutons. On a transformé une armée de pédés rebelles qui dérangeaient le modèle hétéro en gays, c’est-à-dire en tarlouzes de droite incapables de réfléchir plus loin que le bout de leur bite. » (Simon le héros homosexuel, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 23-24) ; « J’ai autre chose à faire que de traîner avec des gamins. » (Jonathan, homosexuel, ne voulant pas collaborer au départ avec les jeunes militants LGBT, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; etc. Par exemple, dans le film « L.A. Zombie » (2010) de Bruce LaBruce, on ne voit que des crimes homophobes opérés entre homos. Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz (p. 30), les héros homosexuels présentent même la communauté homosexuelle comme une « fausse démocratie » (p. 30). Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, toute une série de meurtres est effectuée par un psychopathe… qui se révèle homosexuel). Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, Giles, le personnage homo âgé, tente de draguer le jeune barman du resto qu’il fréquente. Mais lorsque ce dernier s’en rend compte, il le lourde comme une vieille merde. Dans le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, une série de meurtre entache un lieu de drague homo… et on découvre que ce sont les « vacanciers » homosexuels eux-mêmes qui s’entretuent, s’épient jalousement, et se couvrent pour garder un espoir de coucher ensemble. L’inspecteur chargé de l’enquête s’étonne de l’insensibilité et du manque de fraternité entre les homos : « C’est un petit monde. Vous devez tous vous connaître, non ? […] Que l’un des vôtres se soient fait assassiner, ça ne vous émeut pas plus que ça ??? Vous avez une drôle de façon de vous aimez… » dira-t-il à Franck.

 

Dans le « milieu homosexuel » semble régner la « démocratie de l’indifférence mutuelle » : « Ici, personne ne te demande de compte. » (une réplique du téléfilm « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve) Les homosexuels ont du mal à se mélanger entre eux, comme c’est le cas des lesbiennes fictionnelles avec les homos : « Elles venaient moins pour draguer que les gars et avaient plutôt tendance à rester entre elles, en petits couples propres qui savent bien se tenir. Quelques-unes, plus âgées, se mêlaient aux groupes d’hommes, fraternisaient volontiers et payaient des tournées accueillies avec force cris de joie, mais elles étaient plutôt rares. » (Jean-Marc décrivant les lesbiennes du bar Macho Person, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 171) ; « En tout cas ils [les homos] ne sont jamais venus voir mes pièces. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 16) Dans le roman La Conjuration des imbéciles (1981) de John Kennedy Toole, dès qu’Ignatius essaie de fédérer les homos pour créer pour eux un parti politique, il se fait lyncher. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, lorsque Jacques apprend que son amant Arthur compte se rendre à une réunion publique d’Act-Up, il prend peur : « Je ne veux pas qu’on lui fasse du mal. » (Jacques) « Que veux-tu qu’ils lui fassent du mal à Act-Up ? » s’étonne son pote Mathieu.

 

L’orientation sexuelle et la pulsions étant les dénominateurs communs de la communauté homosexuelle, il est logique que les rapports relationnels qui s’instaurent entre les communautaires soient majoritairement de consommation, intéressés et violents : « Tu dois comprendre que le sexe est très important pour une lesbienne. » (Peyton à sa copine Elena, dans le film « Elena » (2011) de Nicole Conn). C’est généralement déprimant pour le héros homosexuel de voir que, dès que lui et ses frères d’orientation sexuelle s’adonnent factuellement à leur désir homosexuel, ils se renvoient un pathétique reflet d’obsédés sexuels. « Les pédés sur le net ne pensent qu’au cul. » (l’un des héros homos de la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) Ce n’est pas ce qu’ils seraient dans un autre cadre amoureux et communautaire, certainement. Et c’est bien cela qui les attristent le plus : d’être complices de leur propre damnation.

 

Parfois, le « milieu homosexuel » sera le bouc-émissaire diabolisé du héros homosexuel, le lieu où il déversera sa culpabilité inavouée de mal agir amoureusement, son homophobie intériorisée/son homosexualité : « Le milieu, c’est pas mon style ! » (Benoît dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « Privés de toute dignité sociale, de toute charte sociale établie pour la conduite de l’homme, de la camaraderie qui, par droit divin, devrait être le propre de toute créature qui vit et respire, rejetés de tous, en proie dès leur plus tendre enfance à une incessante persécution, ils étaient maintenant plus avilis encore que ne le croyaient leurs ennemis, et plus désespérés que toute la lie de la création. Car, puisque tout ce qui, à nombre d’entre eux, avait semblé beau, une émotion belle, désintéressée, et noble parfois, avait été couvert de honte, traité d’impureté et de vilenie, ils s’étaient graduellement abaissés au niveau auquel le monde plaçait leurs émotions. Et regardant avec horreur ces hommes saturés de boisson, intoxiqués de drogue, comme s’ils l’étaient en trop grand nombre, Stephen sentit que quelque chose de terrifiant planait dans cette malheureuse salle de chez Alec, terrifiant parce que s’il y avait un Dieu, sa colère devait s’élever contre une telle injustice. Leur lot était plus pitoyable encore que le sien et l’humanité avait sûrement à en répondre. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 564)

 

Je vous renvoie avec insistance sur les chapitres « Dictateur gay » et « Armée gay » du code « Homosexuels psychorigides » du Dictionnaire des Codes homosexuels, et notamment sur le lobby LGBT qui veut bisexualiser/asexualiser/sentimentaliser la Planète.

 
 

c) L’arc-en-ciel, spectre de la lumière noire :

Pièce "Under A Rainbow Flag" de Leo Schwartz

Pièce « Under A Rainbow Flag » de Leo Schwartz


 

Vous n’êtes pas sans ignorer que l’arc-en-ciel à 6 couleurs est devenu le symbole de la communauté homosexuelle. Et comme pour illustrer que, à l’instar du fameux adage, « l’enfer est pavé de bonnes intentions », la couleur noire se mêle souvent à l’arc-en-ciel dans les créations homosexuelles, tel un spectre de la lumière blanche inversé : cf. l’essai La Prochaine fois, le feu (1963) de James Baldwin (avec la citation ouvrant le livre : « Dieu donna à Noé le signe d’un arc-en-ciel : il est fini le temps de l’eau, s’approche celui du feu… »), le film « Osama » (2003) de Sedigh Barmak (dans ce film, le changement de sexe se fait en passant sous l’arc-en-ciel), le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell (avec les bonbons multicolores apportés par le militaire noir, au milieu des ruines), le film « Vivir De Negro » (« Vivre dans le noir », 2010) d’Alejo Flah, la chanson « Lisa » de Jeanne Mas (« Je lui dirai des mots sensuels, passion nouée d’un arc-en-ciel, le provoquer par mes erreurs, le suffoquer de ma douceur. »), le roman Les Couleurs de la nuit (2010) de Stéphane Lambert, le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin (Hall décrit son téléphone noir et l’arc-en-ciel qui en surgit), etc.

 

Il arrive que certains personnages homosexuels présentent le « milieu homosexuel » comme un arc-en-ciel annonciateur/signe d’orage infernal : « J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides / Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux / D’hommes ! Des arc-en-ciel tendus comme des brides / Sous l’horizon des mers, à des glauques troupeaux ! / J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses / Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! / Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces/Et les lointains vers les gouffres cataractant ! » (Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre » (1869-1872), p. 87) ; « Hier soir j’étais sorti de mon œuf… Je crois bien que c’était un œuf, alors ils m’ont dit : tu iras à la guerre ! […]  Moi, la guerre, je n’en connaissais rien. Je ne savais même pas où ça se passait ! […]  Alors je me suis mis à voler. J’y prends un plaisir fou […]  moi je planais comme un dingue. […]  Mais cette vie-là ça m’a fatigué vite. Je commence à m’arrêter de plus en plus souvent, dès que je vois une branche de libre. Et j’y trouve des gens qui me ressemblent, des camarades qui ont des muscles meurtris à force de voyager. Et je reste avec eux, piailler, sautiller, changer de branche quand le temps nous le concède. Alors il pleut souvent. Nos plumes deviennent grises. Alors, peu à peu, je viens chez vous. » (Copi, La Journée d’une rêveuse, 1968) ; « Je ne l’ai pas reconnu parce qu’il avait enfilé un tee-shirt noir orné d’un arc-en-ciel. » (Ashe, l’un des personnages homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 17) ; « Il y a un arc-en-ciel dans chaque nuage. » (le prof de bio Monsieur Hendricks, dans l’épisode 8 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, la société sans différence des sexes, où les rapports humains sont entièrement homosexualisés, est un univers insupportable, sans goût, où tout est blanc ou noir (la tonalité duelle de couleurs est parfois cassée par des éclats multicolores de peinture), où la machine a pris le pas sur l’humain : tous les personnages sont des robots s’exploitant les uns les autres. Dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, c’est au moment où Suki et Kanojo descendent toutes les deux dans la cave de la maison de Juna, et que la première se presse contre la seconde (« J’ai peur du noir!!! ») que précisément Kanojo conseille à Suki de « penser à un troupeau de licornes qui descend d’un arc-en-ciel ». Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa), Phil, le héros homo raconte le vide existentiel qu’il expérimente du fait de ne pas connaître son père biologique. Il lui donne les couleurs de l’arc-en-ciel : « Et aujourd’hui ? C’est normal de ne rien savoir sur notre père, le mystérieux numéro 3 de la liste. Pour moi, ça restait un vide étrange. Un trou noir. Comme si le vide en moi prenait des couleurs. »
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Les Enfers marais-cageux :

Aussi étonnant que cela puisse paraître, beaucoup de personnes homosexuelles réelles reprennent à leur compte la menace que d’autres personnes homosexuelles refoulées avant elles avaient prononcé avant elles. Par exemple, dans le docu-fiction Le Projet Laramie (2012) de Moisés Kaufman, le révérend Phelps, pasteur protestant évangélique, soutient que « les homos vont tous finir en enfer ».

 

Même s’il s’agit bien évidemment d’un langage métaphorique (difficile de se représenter l’enfer, c’est-à-dire l’absence de Bien), il n’est pas rare que le « milieu homosexuel » soit décrit par les personnes homosexuelles – y compris celles qui se définissent « athées » – comme un enfer : « J’ai vu l’enfer en direct. » (Thomas, homosexuel, parlant de ses expériences homosexuelles, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; « L’enfer ne nous fait pas peur, le paradis non plus. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 102) ; « Après ça [une aventure génitale avec le beau-frère], je dégringole assez rapidement. Il a réveillé quelque chose en moi. Je commence à me promener dans les parcs la nuit. Ma descente aux enfers, elle commence là. Mon estime de moi tombe à zéro. » (Justin, 34 ans, abusé dès l’âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 250) ; « J’ai beaucoup de mal pour aller dans des milieux exclusivement féminins, parce qu’il y a une espèce de brutalité dans laquelle je ne me reconnais pas. […] Ce que je ressens dans ces milieux-là parfois, c’est qu’on reproduit, tu as des femmes qui reproduisent des comportements masculins que j’exècre totalement, dans la manière de draguer principalement, c’est ça. Je trouve que c’est vulgaire, pour moi ça casse l’image de l’amour que j’ai pour les femmes. […] Ce qui me gêne c’est la contradiction, pour moi, entre une revendication de l’amour des femmes et cette vulgarité, qui pour moi n’est qu’une reproduction de ce qui se passe chez les hétéros. » (Catherine, femme lesbienne de 32 ans, dans l’essai Se dire lesbienne (2010) de Natacha Chetcuti, pp. 58-59) ; « On est confronté dans ces lieux de drague, hélas, à de multiples formes de violence. On y croise des gens bizarres ou des demi-fous et il faut être sur ses gardes. Et surtout on s’expose à être l’objet d’agressions physiques par des voyous ou bien à des fréquents contrôles d’identité par la police, qui y pratique un véritable harcèlement. Cela a-t-il changé ? J’en doute. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 219) ; « Le sauna de la Kleiststrasse hier soir : une expérience du dégoût. Dégoût pour les corps, dégoût pour le lieu, dégoût pour les pratiques (l’homme qui se promène avec un cockring, l’écran vidéo qui projette un fist-fucking, un autre homme allongé sur une natte qui ronfle comme si c’était le plaisir qui le faisait râler). Ma serviette ne cesse de tomber de ma taille, T. va chier et je l’attends longtemps à la porte, j’ouvre la porte et j’aperçois ses pieds nus qui dépassent de l’autre porte. Il me dit d’aller dans la salle du hammam qui est un dédale carrelé blanc devenu totalement opaque par la vapeur. Je me cogne à quelques corps, et j’ai soudain peur de ne plus pouvoir sortir, je tends mes mains en avant. (L’aisance, l’indifférence de T. dans tous ces endroits.) » (Hervé Guibert, Le Mausolée des amants (2001), p. 91) ; « Ce contexte dénué de tout raffinement […]  C’est là que je compris que cette recherche d’extrême était vaine. » (Gaël-Laurent décrivant un sex-club, dans son autobiographie Recto/Verso (2007), p. 191) ; « Je n’ai connu que des enfers rougeoyants, des êtres torturés par les flammes de la rage, embrasés d’envie, avides, dévorateurs. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 180) ; « La dictature de l’apparence, […] inévitable chez les pédés ? » (Anne Delabre, Didier Roth-Bettoni, Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), p. 97) ; « Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude, les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants, la prison de la dépression et de la Maison de la Santé. » (Yves Saint-Laurent dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; « Dans un tract politique nazi du 16 septembre 1919, on pouvait lire ce slogan : ‘L’Allemagne est en train de devenir une ‘maison chaude’ pour les fantasmes et l’excitation sexuelle.’Cette formule correspondait à une réalité certaine. Des touristes du monde entier venaient à Berlin, parce qu’elle était surnommé ‘Sin City’… On pouvait même trouver des filles de 10-11 ans portant des habits de bébés qui se promenaient de minuit à l’aube en concurrence avec des blondes luxuriantes, nues dans leurs manteaux de fourrures. Ou avec des garçons habillés en poupées, poudrés, les yeux faits, et du rouge aux lèvres. Pas moins de deux mille prostitués mâles sillonnaient les rues de Berlin, tous listés par la police. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 31) ; « Le Stonewall était un endroit sale et sordide. C’était comme une décharge. Mais c’était chez nous. » (Jim Fouratt, client homosexuel régulier décrivant l’établissement gay du Stonewall Inn de New York, dans le documentaire « Lesbiennes, gays et trans : une histoire de combats » (2019) de Benoît Masocco) ; etc.

 

Certains intellectuels homosexuels nous mettent en garde contre le formatage imposé par la culture marchande homosexuelle, et notamment Internet. « Vivre dans un monde où tout le monde est pareil, c’est un enfer ! » (Jean-Paul Montanari parlant du Marais, dans le documentaire « Bleu, Blanc, Rose » (2002) d’Yves Jeuland) Je vous renvoie au documentaire « Gay et pas froid aux yeux » (1997) de Rosa von Praunheim. Un peu avant sa mort, Jean Genet projette d’écrire un livre sur l’homosexualité intitulé L’Enfer. Dans l’émission Culture et dépendances, diffusée sur la chaîne France 3 le 9 juin 2004, l’écrivaine lesbienne Nina Bouraoui décrit son roman Poupée Bella (2004) comme « une descente dans l’enfer des filles».

 

Dans le docu-fiction « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, lors de la séquence du concert SM, les coïts ressemblent à des scènes de torture. Le réalisateur en personne, quand il a été interviewé au Forum des Images de Paris au 17e Festival Chéries-Chéris 2011, nous a déclaré textuellement n’avoir ajouté aucune mise en scène à ces images des bas-fonds de New York : il a filmé tel quel ce qu’il définit comme une « reconstitution des enfers » (des hommes avec des masques de diable ou des têtes de morts, cris et actes de tortures sado-maso). Il a avoué également que parmi tous les figurants du film, il ne restait plus que trois survivants…

 

En général, l’une des premières étapes qu’une personne homosexuelle doit passer quand elle rentre dans le « milieu », c’est l’abandon de ses idéaux profonds (et parfois même de la foi) pour ne penser qu’à son petit « bien-être » : « Mes amis m’ont aidé à briser mes contradictions et à rejeter l’idée de Dieu. Je me rappelle d’une phrase prononcée par l’un d’entre eux, qui m’a encouragé à vivre pleinement. » (José Pascual cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 144) ; « J’ai d’abord erré dans ces lieux sombres, ma serviette à la main, je suis passé devant les cabines et j’ai vu des hommes allongés, offerts comme sur un étal de marché. Chacun pouvait choisir le garçon qui lui plaisait. Parfois, bien que la cabine fût plongée dans le noir, je distinguais plusieurs corps agglutinés. À priori, j’aurais dit que mon rêve se réalisait sous mes yeux, mais en fait j’ai très mal vécu cette première incursion dans l’univers homosexuel. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 44) ; « Ses pulsions et ses désirs aplanis, il vécut totalement hors du circuit qui avait tant abîmé sa vie auparavant. » (Prologue à l’essai d’Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 9) ; etc. En fin de compte, on nous demande de lâcher notre paradis (notre virginité, notre liberté, notre joie, notre innocence).

 

Même s’il vit une expérience qu’il décrit comme un enfer, l’individu homosexuel s’auto-persuade souvent que cette impression est agréable, voire paradisiaque (il « l’a voulu », se dit-il). La nullité, ce n’est pas toujours révoltant. En général, son déni le met dans un état d’amnésique ou de zombie, qui ne lui fait plus distinguer le Réel du fantasme : « On ne respirait pas, il s’y vivait une fantaisie sexuelle presque irréelle. Une ambiance onirique que je compare avec l’atmosphère de certaines séquences de « Huit et demi » de Fellini. » (Fernando Maldonado évoquant le cinéma Carretas de Madrid, dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 139)

 

Dans son excellent essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), le philosophe Philippe Muray évoque l’existence des « sectes homosexuelles » (p. 51), où ceux qui s’y enferment s’auto-persuadent qu’ils sont tous à l’extérieur. « L’enfer se hait lui-même. » disait Bernanos.

 

Il est à noter aussi que beaucoup de personnes homos trouvent leur compte dans la diabolisation du « milieu homo ». Elles l’entretiennent allègrement toutes seules… même si elles auront tendance à dire ensuite qu’elle vient uniquement des « méchants hétéros homophobes » ! Moi, par exemple, j’ai plus de plaisir à me dire « du milieu », à me balader dans le Marais, et à m’intéresser à la culture homosexuelle qu’elles ! Leur transformation du « milieu homosexuel » en enfer (qu’il ne serait jamais si on le voulait vraiment !) est un moyen pour elles de se victimiser sans se remettre en question, de se placer en outsider irresponsables, pour continuer à agir exactement comme elles agiraient à l’intérieur, mais sans assumer leurs actes concrets de débauche. Quand elles agissent mal ou font de mauvaises rencontres amoureuses, elles mettent cela sur le compte de la « superficialité d’Internet ou de Facebook ou des chats », sur la soi-disant « tendance des gays à mettre le sexe bien avant les sentiments »… alors que dans les faits, ce sont justement la sincérité et les sentiments qui sont moteurs de libertinage ! et ce sont elles qui, en actes, rentrent complètement dans le jeu de l’amour consommateur ! Oui, la supposée « superficialité » d’Internet, des saunas, de Facebook, des boîtes gay, a très très bon dos !

 
 

b) Le panier de crabes aux pinces roses :

INFERNAL transphobie

 

Pourquoi les individus homosexuels emploient-ils une image si diabolisée et si catastrophique de leur propre maison… alors même qu’à d’autres moments, ils s’obstineront à en dresser un portrait totalement idyllique ? Certainement parce qu’ils ne se sentent pas à leur place, ni aimés, ni comblés par leurs relations amicales et amoureuses homosexuelles qui, visiblement, sont compliquées et douloureuses. « Après les petites annonces et les saunas, j’ai fini par m’aventurer dans le quartier gay de Paris, le Marais, toujours dans l’espoir de LA rencontre. J’ai vite déchanté. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 48) ; « Le monde gay m’effraie : trop stéréotypé ? Trop âgé ? Trop fermé ? Comment l’appréhender ? Mes débuts, c’est sur le net que je les ai faits. Mes premières erreurs aussi. Caché derrière un pseudonyme, on se croit tout permis, on s’invente des envies, une vie, et on oublie la sienne. On est happé par cette apparente convivialité, à mille lieues de la réalité, mais, malgré tout, on s’y plaît, on s’y réfugie, on y jouit et on s’y confie. C’était plus fort que moi, je ne vivais plus que pour ça. J’ai tout pris au pied de la lettre, et je me suis retrouvé à Paris pour y rencontrer un mec que je ne connaissais pas. Après plusieurs mois d’amour virtuel, je voulais que ça continue dans la vie réelle. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte de ma stupidité et du fait que cette histoire ne pourrait jamais marcher. D’ailleurs, c’est ce qui s’est passé. J’y ai trop cru, alors que l’homme n’en voulait que pour mon cul. Il a négligé mon innocence au profit de sa complaisance. Après un début passionnel, la chute a été rude. Le retour à la réalité, brutal et cinglant. Maintenant, j’ai compris. J’essaie d’oublier. Je suis entre deux âges et je ne sais pas trop sur quel pied danser. Je sors de plus en plus dans le milieu gay (boîtes, bars, vernissage) : je préfère aller directement sur le terrain, je suis curieux et j’aime explorer ce monde d’adultes, mais jamais je n’ose aborder, sans doute par peur du rejet ou d’être jugé. Même si l’envie d’un homme se fait de plus en plus pressante, je préfère me préserver, aussi bien physiquement que psychologiquement. » (Cédric, un jeune homosexuel grenoblois de 18 ans, dans la revue Têtu, 2002) ; « La solidarité y est fréquente ; encore plus l’égoïsme, la jalousie, l’hostilité, la trahison. » (Roger Peyrefitte parlant du « milieu homosexuel » et cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 253) ; « Quiconque a passé une nuit dans un bain gay sait qu’il s’agit (ou s’agissait) de l’un des environnements les plus cruellement rigides, hiérarchisés et compétitifs qui se puissent imaginer. Vos allures, vos muscles, votre système pileux, la taille de votre queue et la forme de votre cul déterminaient exactement la façon dont vous alliez trouver le bonheur durant ces quelques heures, et le rejet, généralement accompagné de deux ou trois mots tout au plus, pouvait être cinglant, sans aucune de ces civilités hypocrites avec lesquelles nous évitons les indésirables dans le monde extérieur. » (Léo Barsani, cité dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, pp. 269-270) ; « Il y a toujours du chantage entre nous. C’est très très répandu. Ça se passe par des lettres ou des téléphones. Y’a mon premier ami que j’ai perdu de cette manière, d’ailleurs. Il s’est suicidé. À cause d’un chantage, oui. » (Frank, témoin homosexuel suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

À les entendre, le « milieu homosexuel » est un véritable panier de crabes ! « La dictature de la majorité n’est pas plus enviable que la dictature des minorités. » (Frédéric Martel, Le Rose et le Noir (1996), p. 713) ; « Je me butais à dire que j’étais rejeté par ce même milieu, tout en le fréquentant assidument. Je savais que je me contredisais. Pire, j’avais tendance à me positionner en victime vis-à-vis à d’eux. […] On se haïssait. On se scrutait en chiens de faïence. Ainsi allaient nos humeurs. […] Des liens de rivalité et de dépendance, des uns par rapport aux autres, s’installèrent par la suite. Nous étions en fait des assoiffés du renouveau et du sexe, même si nos mœurs nous obligeaient à une pseudo convivialité. » (Berthrand Nguyen Matoko, racontant ses soirées « délire » déguisées avec ses potes homos, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 141) ; etc. Et personnellement, sans vouloir noircir excessivement le tableau (puisque je suis un fervent défenseur de la culture et de la communauté homosexuelles ; et que la croyance en la « communauté homo » m’a servi de bon prétexte pour faire de très belles rencontres amicales… et ce n’est pas fini !), je ne démentirai pas cette mauvaise réputation.

 

Quand je repense par exemple à la sale ambiance (faussement « déconne ») que j’ai vécue pendant 2 années dans l’équipe de chroniqueurs de l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle, de la maltraitance verbale (en plus de la bêtise et de l’intolérance aux pensées différentes) qu’on m’a fait subir, j’ai à la fois envie de sourire et de gerber. Pauvres auditeurs (si jamais il y en a…) !

 

Force est de reconnaître que les personnes homosexuelles sont souvent extrêmement sectaires entre elles, envers les « folles », les personnes travesties, transsexuelles, lesbiennes, âgées, jeunes, séropositives, et surtout les individus homosexuels étiquetés « homophobes », autrement dit les « bisexuels », ceux qui viennent leur révéler que l’homosexualité est prioritairement une réalité mythique, non-figée : « J’avais eu à faire avec assez de pédés égocentriques, paranoïaques et destructeurs. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 275) ; « Je me suis mis à marcher derrière Bruno comme quand on suit aveuglément l’amour, pour trouver au comptoir un centimètre carré disponible. Lumières paralysantes, la musique hurlait pour couvrir la rumeur générale qui s’amplifiait alors que, les bières se vidaient. Hommes enlacés, bouche à bouche, sexe à sexe, ils se déchaînaient pour un soir en libérant toutes leurs pulsions, le temps de vivre leurs désirs. Les plus âgés, relativement plus calmes, ‘des aventuriers de l’âge perdu’, comme les appelait Bruno, qualification qui me déplaisait fortement, lorgnaient sans doute vers le passé déchu qui s’écoulait à la vitesse des perfusions. Tandis que je m’insurgeais contre cette discrimination, Bruno m’expliquera plus tard que, attirance physique oblige, le fossé des générations dans le milieu a plus qu’un sens, il a un corps. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 133) ; « En ce qui concerne les discriminations, malheureusement il en existe au sein même du Mouvement homosexuel, tout du moins dans le secteur des hommes, qui est celui que je connais le mieux. Il existe une grave discrimination sur l’âge. […] Une autre discrimination existe en raison de l’apparence physique. » (Armand de Fluvià, cité dans l’ouvrage collectif Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 84) ; « Les coulisses de ces Barnum du vice ne sont pas des paradis. C’est plutôt à l’enfer que ressemble Sodome et, entre les entrées et les sorties des vedettes, éclatent des drames compliqués et grinçants. On se bat – en femmes, naturellement : on déchire la robe neuve de son ennemie intime, quand on ne la coupe pas au rasoir. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 37) ; « Nous autres, les goudous à cent pour cent, c’est à ça qu’on est bonnes, elles viennent se faire baisouiller un moment, et tout à coup, elles reprennent leurs esprits et elles nous proposent d’être leurs amies ! […] Ces femmes nous méprisent. Elles se servent de nous quand elles sont en manque et le premier argument leur suffit pour tirer l’échelle quand elles ont eu ce qu’elles voulaient. » (Paula Dumont parlant des femmes hétérosexuelles infiltrant leur « milieu », dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 123) ; « Tout à coup, sans transition, Michel Foucault se mit à rire : ‘Elle est complètement folle !’ Un frisson me parcourut l’échine : mes oreilles venaient d’entendre pour la première fois ce elle qui était un féminin de la langue secrète de l’Enfer et ce folle, terme usité dans cette société infernale dont Foucault nous laissait entendre qu’il était un initié. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), pp. 63-64) ; etc.

 

Par exemple, le documentaire « The Gift » (2005) de Louise Hogarth fait état d’un rejet massif des personnes homosexuelles sidéennes au sein du « milieu homosexuel ». Le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont nous montre la descente aux enfers de Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, qui se met en étau entre le monde totalitaire de la danse classique et le monde non moins totalitaire de la transition de sexe. De son vivant, le photographe nord-américain « Mapplethorpe a souffert de ne pas trouver chez les gays eux-mêmes un accueil plus chaleureux. » (Lionel Povert, Dictionnaire gay (1994), p. 322) À titre d’exemple, le traitement lamentable réservé à l’association française Arcadie (créée en 1954 et dissoute en 1982), pourtant pionnière en France des droits de la communauté homosexuelle actuelle, montre combien grande est l’intolérance et l’ingratitude dans le « milieu homosexuel » (cf. le dossier « En terre d’Arcadie », entretien avec André Baudry de Christian Gendron, dans la revue Triangul’Ère 6 de Christophe Gendron, décembre 2006, pp. 112-145).

 

Parfois, dans un élan nostalgique, certains individus homosexuels idéalisent les premiers temps de la communauté homosexuelle pour mieux se lamenter sur l’inhumanité du « ghetto gay » marchand actuel. Or des vétérans comme Denis Daniel nous dressent un portrait peu reluisant du « milieu homosexuel d’antan », où la consommation mutuelle entre amants était instituée autrement, mais tout aussi présente : « ‘ – Salut ! C’était pas mal, sais-tu ! Et tu la boucles, compris ?’ Pas de doute, en ce temps-là, dans le milieu on savait vivre !!! » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 71)

 

En voulant fuir à tout prix les règles et les interdits sociaux au nom de leur liberté de conscience, la plupart des personnes homosexuelles adoptent un code moral privé tout aussi rigide, voire plus rigide que les règles de vie édictées par la société « hétéro » rejetée. « Une permissivité trop grande amène le sujet à renforcer les interdits internes devant l’absence d’interdits externes. » (Xavier Thévenot, Homosexualités masculines et morale chrétienne (1985), p. 175) ; « Pauvres femmes, pauvres goudous, chacune dans votre loin, au mieux avec votre chère et tendre, au pire seule et désespérée, ce n’est pas demain la veille que vous comprendrez que la sororité est vitale pour les goudous encore plus que pour les hétérottes. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 221) ; « Le monde gay n’est pas parfait, ni saint, de la même manière que le monde hétérosexuel n’est ni parfait ni saint. […] Il y a beaucoup de poubelle, dedans comme dehors… » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, pp. 192-194)

 

L’orientation sexuelle et la pulsions étant les dénominateurs communs de la communauté homosexuelle, il est logique que les rapports relationnels qui s’instaurent entre les communautaires soient majoritairement de consommation, intéressés, compulsifs et violents : « Comment le caractère particulièrement ségrégatif d’une telle communauté, fondée sur la seule particularité de sa jouissance sexuelle, ne saute-t-il pas immédiatement aux yeux des démocrates ? » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 111) C’est généralement déprimant pour l’individu homosexuel de voir que, dès que lui et ses frères d’orientation sexuelle s’adonnent factuellement à leur désir homosexuel, ils se renvoient un pathétique reflet d’obsédés sexuels. « Le grand plaisir du débauché, c’est d’entraîner à la débauche. » (André Gide à Oscar Wilde, au lendemain d’une promenade dans les quartiers « spéciaux » d’Alger) Ce n’est pas ce qu’ils seraient dans un autre cadre amoureux et communautaire, certainement. Et c’est bien cela qui les attristent le plus : d’être complices de leur propre damnation.

 

Un jour, en 2003, Bernard, un ami angevin, m’avait confié par mail l’enfer qu’il vivait dans sa vie homosexuelle, plus terrible encore que l’enfer folklorique des dessins animés, parce qu’il était « librement » consenti : « C’est dur pour moi : je suis un affectif et la solitude me pèse… et puis les années sont là malgré tout. En 2 ans, je n’ai jamais réussi à construire une relation d’amour. Que de tentatives, d’espoir vains, d’illusions et de désillusions ! et ce soir je vais rentrer seul… En fait, je n’aime pas aller au Cargo [ancien bar LGBT d’Angers]. L’ambiance festive me plait et parler ‘homo’ m’est utile, mais le côté pathétique des homos me déprime. Je me sens totalement en décalage, perdu dans tout ça, noyé dans cette souffrance sous-jacente. J’ai juste envie de bonheur, de rire, de plaisir partagé, de douceur. Je connais trop la solitude, et même quand j’étais en couple je vivais seul. Parfois c’était pire qu’aujourd’hui. »

 

Les communautaires homosexuels ne se contentent pas de fermer les portes de l’enfer de leurs pratiques sexuelles : ils veulent l’étendre au reste du monde, en cherchant (pour les plus extrémistes) à homosexualiser la Planète entière, et à bisexualiser/asexualiser tous les êtres humains (pour les encore plus extrémistes et les plus bobos d’entre eux). Je vous renvoie avec insistance sur les chapitres « Dictateur gay » et « Armée gay » du code « Homosexuels psychorigides » du Dictionnaire des Codes homosexuels, et notamment sur le lobby LGBT.

 

Entre elles, même les personnalités homosexuelles médiatiques et « assumées », peuvent s’écharper comme jamais. C’est ce qui s’est passé lors de l’émission On n’est pas couchés de Laurent Ruquier diffusée le 20 octobre 2018 sur la chaîne France 2, pendant laquelle Muriel Robin, Marc-Olivier Fogiel et Laurent Ruquier (je ne compte même pas Christine Angot) se sont ligués contre le jeune chroniqueur homo Charles Consigny, à propos d’un désaccord sur la GPA (Gestation Pour Autrui). La scène est d’une violence homophobe gay friendly difficilement soutenable.
 
 

c) L’arc-en-ciel, spectre de la lumière noire :

Le noir de l’arc-en-ciel homosexuel est à lui seul allégorisé par l’actrice-chanteuse nord-américaine Judy Garland, qui a incarné la petite Dorothée du film gay friendly « Le Magicien d’Oz » (1939) de Victor Fleming, dans lequel elle chanta le fameux « Over The Rainbow » : celle qui a donné naissance au mouvement gay contemporain (on dit que sa mort, le 27 juin 1969, à Manhattan, a été à l’origine des révoltes de Stonewall), et qui lui a donné son symbole, l’arc-en-ciel, a eu une vie particulièrement noire et tourmentée (divorce, déprime, suicide…).

 

Pour la Gay Pride parisienne de 2018, place du Châtelet, un immense écriteau « Rainbow is the new black » (traduction officielle : « L’arc-en-ciel est la nouvelle coolitude »)… clin d’oeil aussi à la série nord-américaine Orange is the new black


 

Le Rainbow Flag homosexuel, devenu depuis les années 1980, le symbole de la communauté homosexuelle, et censé défendre la joie et la beauté de la diversité, est plutôt un spectre de la lumière noire, puisque la diversité en question ressemble à une uniformité bien terne et sombre : « Je pense que derrière tout ce carnaval se cache une grande violence. » (Madeleine dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 266) ; « Contre les préjugés, ceux des autres mais aussi les nôtres, brandissons notre arc-en-ciel et combattons l’obscurantisme dans la salle obscure ! » (Antoine Quet dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 9) ; « L’arc-en-ciel, éternelle déclaration d’amour de l’infini à notre terre de violence. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, 17 janvier 1981, p. 15) ; « La plupart du temps, je dessinais des représentations de l’Enfer que je rapportais à la maison pour que ma mère les admire. J’avais développé une technique formidable pour dessiner l’Enfer : coloriez une feuille de papier en faisant des blocs de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, puis prenez un pastel noir et recouvrez les couleurs. Ensuite, prenez une épingle et faites des dessins sur le papier. Les couleurs apparaissent là où le noir a été gratté. Spectaculaire et efficace. Surtout pour les âmes perdues. » (Jeanette Winterson, lesbienne, dans son autobiographie Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?, 2011, p. 71) ; etc. Le noir est la couleur du caméléon multicolore homosexuel, comme l’illustrent les propos de Frédéric Sanchez : « Le costume noir, c’est mon uniforme, j’aime le côté strict. Le besoin d’être neutre, de pouvoir passer d’un milieu à un autre. » (cf. l’article « Frédéric Sanchez, illustrateur sonore », sur le site www.e-llico.com, consulté en juin 2005). Le choix du Rainbow Flag m’apparaît particulièrement judicieux et signifiant dans la mesure où l’arc-en-ciel a toujours été annonciateur/signe d’orage… tout comme la communauté homosexuelle. Je vous renvoie notamment au fond ténébriste que prennent certaines affiches, pourtant très pro-gay, d’Élisabeth Ohlson Wallin, au choix du titre de l’excellent essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel.

 

L’arc-en-ciel homosexuel broie du noir et cache souvent des pratiques et des réalités dramatiques. Par exemple, en France, le collectif associatif Arc-en-ciel s’occupe des rebus de la société, des personnes seules ou qui sont séropositives : l’arc-en-ciel est ici un cache-misère. Personne, en entendant le nom de cette association, ne peut deviner à quoi elle est destinée. Par ailleurs, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt, l’arc-en-ciel gay en papier mâché s’enflamme et se laisse peu à peu noircir par la cendre. Tout un symbole !

 

Documentaire "Homo et alors?!?" de Peter Gerardt

Documentaire « Homo et alors?!? » de Peter Gerardt


 

Le Rainbow gay justifie des pratiques mercantiles autour de l’amour (prostitution, drague, tourisme sexuel, etc.) et de la filiation (Gender, PMA, GPA, « mariage gay », etc.) qui sont inadmissibles : « Je suis né dans une famille black, blanc et rainbow. » (Patrick Blosch, témoignant de son homosexualité et du « faire famille homoparentale » à travers l’adoption d’enfants, lors du débat public « Toutes et tous citoyen-ne-s engagé-e-s », le samedi 10 octobre 2009, à la Salle des Fêtes de la Mairie du XIème arrondissement de Paris).

 

Tweet du 10 juin 2020


 
Clichés télébristes pro-LGBT d'Élisabeth Ohlson Wallin

Clichés télébristes pro-LGBT d’Élisabeth Ohlson Wallin


 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°123 – Milieu homosexuel paradisiaque (sous-codes : Bande de copains / Applaudissements / Cuculand)

Milieu paradisiaque

Milieu homosexuel paradisiaque

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

L’artillerie lourde de la guimauve arc-en-ciel

 

boda

 

Certains intellectuels homosexuels se plaisent à présenter la communauté homosexuelle comme un mouvement identitaire puissant, une famille ultra-soudée, qui donne au monde une nouvelle façon de faire la fête, de s’affirmer, de s’aimer. Lassés des productions artistiques au message sinistre qu’ils avaient jadis construites eux-mêmes, ils créent sur papier ou sur pellicule des épopées extraordinaires où tout le monde rigole et applaudit, où les happy end parachèvent l’utopie identitariste ou amoureuse, où l’homosexualité a forcément le dernier mot. Ils essaient de faire de la révolte de Stonewall une nouvelle Prise de la Bastille, le déclenchement d’une révolution homosexuelle prometteuse. Quant aux personnes homosexuelles moins lettrées, elles ont tendance à se persuader qu’elles ne sont elles-mêmes et heureuses qu’entre les quatre murs du « milieu homosexuel » (… tout en se déclarant hypocritement « hors milieu » quand cela les arrange). Ceci est dû en général à l’influence de certains films visant à démontrer que le coming out est le summum de la réconciliation de soi avec soi-même, que les couples homosexuels filent l’amour parfait, que la camaraderie homosexuelle est là à tout instant, que « les » homos sont d’infatigables fêtards, une bande de copains inséparables et toujours prêts à s’épauler dans l’épreuve. Mais la première phrase de Dennis, l’un des personnages homos du film « Le Club des cœurs brisés » (2000) de Greg Barlanti vient nous ramener les pieds sur terre : « Je ne peux pas me décider à savoir si mes amis sont la meilleure ou la pire chose qui me soit arrivée. » Dans la réalité concrète, nous découvrons que la révolution homosexuelle n’est souvent qu’un joli concept romantique sorti des cerveaux des universitaires queer.

 

Film "Les Garçons de la bande" de William Friedkin

Film « Les Garçons de la bande » de William Friedkin


 

Quand la révolution que les sujets homosexuels défendent adopte un sourire qui n’est pas de circonstance, puisqu’il dissimule énormément de drames vécus au sein du « milieu homosexuel » et dans le vécu individuel de ses membres, elle apparaît dans toute son horreur. Les talk show télévisés actuels, promettant un bonheur parfait aux personnes homosexuelles, correspondent rarement à la réalité, et causent bien des dégâts dans la vie des intervenants gay qui, par narcissisme ou inconscience, ont déballé leur « joie d’être homos/malheur d’être rejetés en tant qu’homos » devant les caméras (il finissent pour la plupart en dépression, abandonnés par leurs amis, séparés de leur compagnon de l’époque, démolis par leur(s) tentative(s) de suicide, etc.). La révolution festive homosexuelle a son cynisme et sa violence. Avant de les lâcher sur la place publique, la communauté homosexuelle dorlote ses porte-drapeaux, les décore, les épile, leur oxygène les cheveux, les place sur un char, leur ordonne d’être reconnaissants et d’arborer un visage de fierté afin de lui faire honneur. Les plus fragiles d’entre eux se réfugieront dans un anonymat de consommation et d’amours sans lendemain. Les moins fragiles, ravis d’occuper pendant un quart d’heure le haut de l’affiche et de défendre une utopie collective, deviennent souvent des militants « agressivement heureux d’être gay ». C’est une manière comme une autre pour eux de se venger de leur propre naïveté.

 

La majorité des personnes homosexuelles demandent à leur société le contraire de ce qu’elles prétendent vouloir agressivement. Et elles sont déçues qu’à l’heure actuelle celle-ci applaudisse de plus en plus à leurs provocations adolescentes ou à leurs simulations d’amour pour éviter de les comprendre. Déjà, au cours des premières années de la visibilité homosexuelle, les militants gays les plus charismatiques s’étonnaient de voir exaucer aussi facilement leurs rêves superficiels : « On voulait juste s’amuser. On ne pensait pas avoir autant de succès. On s’attendait même à provoquer plus d’indignation, de scandale en affichant notre homosexualité. » (Jimmy Somerville interviewé dans le documentaire « Sex’n’Pop, Part IV » (2004) de Christian Bettges). Encore aujourd’hui, la communauté homosexuelle fait grise mine. La plupart de ses membres ne verront jamais leur reconnaissance sociale comme une victoire, tout simplement parce qu’elles ne veulent pas vraiment être reconnues, en tout cas pas comme ça, en tant qu’« homos » s’aimant d’un amour idéal équivalent à l’union femme-homme désirante, et sans que la société ait identifié le désir de viol qu’elle a suscité en elles – plus rarement encore le viol qu’elle leur a fait subir.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Amoureux », « Déni », « Manège », « Planeur », « Faux révolutionnaires », « Cour des miracles », « Bobo », « Milieu homosexuel infernal », « Innocence », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Fresques historiques », « Humour-poignard », « Douceur-poignard », et « Mère gay friendly » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le Gay Paradise ovationné :

Souvent, dans les fictions homosexuelles, le milieu homosexuel est comparé à un paradis : cf. « Big Eden » (2000) de Thomas Bezucha, le film « Eden’s Curve » (2003) d’Anne Misawa, la B.D. Kiwi au Paradis (1999) de Teddy of Paris, le film « Paradisio Inferno » (1994) de Jean-Daniel Cadinot, le film « Rue des Roses » (2012) de Patrick Fabre, le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, le spectacle musical Rendez-vous au Paradis (2015) du groupe vocal gay Podium, le film « Plus on est de fous » (« Donde caben dos », 2021) de Paco Caballero (avec le club échangiste Paradisio), etc. « C’est donc à cela que ressemble le Paradis ? à un camping ? » (Max, le campeur homo, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « Y’a trop plein d’homos : on va bien s’amuser ! » (Ingrid dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; la série et téléfilm It’s a Sin (2021) de Russell T. Davies (avec la boîte gay Heaven) ; etc.

 

Film "Satreelex, The Iron Ladies" de Yongyooth Thongkonthun

Film « Satreelex, The Iron Ladies » de Yongyooth Thongkonthun


 

On essaie de nous faire croire que la communauté homosexuelle est une grande bande de copains ultra-soudée, toujours prête à s’épauler dans l’épreuve : cf. le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka, le film « Le Club des cœurs brisés » (2000) de Greg Berlanti, le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse, le film « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun (avec l’équipe de volley interlope), le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, le film « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin, le film « L’Attaque de la moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot (avec le trio de trois travestis en vadrouille), le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache (surtout dans le club travesti), les séries Queer As Folk (présentant les aventures et les déboires amoureux d’une bande de copains homos, avec tous les profils de caractère), le film « Go Fish » (1994) de Rose Troche, le film « Some Of My Best Friends Are… » (1971) de Mervyn Nelson, le film « Arch Brown’s Top Story » (1993) d’Arch Brown, le film « Changing Face » (1993) de Robert Tate et Robert Roznowski, le film « I’ll Love You Forever… Tonight » (1992) de Michael Edgar Bravo, le film « Get Over It » (1995) de Nicholas Katsapetses, le film « Relax… It’s Just Sex » (1998) de J. P. Castellaneta, le film « Punks » (2000) de Patrick-Ian Polk, le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, le film « Ice Men » (2002) de Thom Best, le film « Esprit d’équipe » (2005) de Robert I. Douglas, le film « Uomini Uomini Uomini » (1996) de Christian De Sica, le film « Gulabi Aaina » (« The Ink Mirror », 2003) de Sridhar Rangyan, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, le one-man-show Elle est pas belle ma vie ! (2012) de Samuel Laroque (le comédien demande à son public, à la toute fin du spectacle, de se faire un grand baiser de paix, « comme à l’église »), le film « The Family Stone » (« Esprit de famille », 2005), de Thomas Bezucha, le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell (avec la messe profane du travesti M to F), le film « Vecinas » (2012) d’Eli Navarro (avec la grande collocation de quatre lesbiennes), le roman Down There On A Visit (L’Ami de passage (1962) de Christopher Isherwood (avec la bande d’amis qui gravite autour d’Ambrose), le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) du travesti M to F Charlène Duval, le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, le film « Le Bal des 41 » (« El Baile de los 41 », 2020) de David Pablos (avec le club d’amis gays qui font des spectacles travestis qui les tordent de rire), la série et téléfilm It’s a Sin (2021) de Russell T. Davies, etc. Par exemple, dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand finit par décrire la grande diversité du « milieu homo », avec un regard pseudo lucide et attendri sur les travers et les richesses de ses membres (« les ridicules, les maqués, les pestes, les refoulés, les hystériques, les rebelles homos, les fans de Femmes avec un grand F, les bien introduits dans les meilleures sociétés, les politisés… et moi, folle et sensée, sans préjugés »). On assiste à la même typologie d’homosexualités mi-grinçante mi aimante dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel)

 

Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, tout est quasiment filmé comme des succès de la communauté homosexuel : lors de la fête au village, Jonathan, l’un des héros homosexuels, fait un malheur ; le groupe de militants homosexuels partage d’incroyables moments de convivialité ; les actions politiques des mouvements LGBT et ouvrier s’annoncent comme de véritables chamboulements historiques (« On écrit l’histoire. Gays et hétéros ensemble ! » s’exclame solennellement Dai, le père de famille gay friendly) ; et la fin du film s’achève en apothéose, avec les images euphoriques et émouvantes du défilé de la Gay Pride londonienne de 1985 où tout le monde est heureux. Dans le docu-fiction « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, on nous montre le groupe Act-Up comme une grande famille, tant pendant les fêtes que les combats (zap), les engueulades, les moments de soutien dans l’épreuve (la maladie, le deuil). Tout cela est filmé au ralenti, avec des confettis.

 

Dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1), Karma et sa meilleure amie Amy ont fait croire à leur lycée qu’elles étaient lesbiennes afin de sortir de l’ombre et de devenir populaires. Cela rend triste Amy, mais Karma la force à trouver leur imposture géniale : « Aujourd’hui, tout le monde nous adore. Tu dois admettre que c’est génial ! » Et en effet, elles sont élues reines du bal de rentrée du lycée et célébrées par une pluie de confettis et par l’ovation d’une foule gay friendly en délire. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Diane, la mère de Steve (le héros homosexuel), et son fils, apparaissent comme une école de bonne humeur et de savoir-vivre. Leur voisine mère au foyer, Kylia, revit grâce à eux, s’ouvre à la « liberté » : « C’était plaisant hier. » Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, le monde gay est présenté comme coloré et rafraîchissant, surtout pendant la scène de la choré maritime « délire » des potes homos de Tommaso, lui-même homosexuel.

 

Film "Crustacés et Coquillages" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Film « Crustacés et Coquillages » d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau


 

Les protagonistes homosexuels ont en général l’esprit de famille, mais un esprit qui dépasse la famille de sang (la famille réelle, donc) : « Entre traînées, on s’entraide ! » (le pote noir homosexuel de Paul, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso) ; « René, Georges, mes copines » (Zamba, le travesti M to F, dans le film « 30° couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue) ; « Si moi, je m’entendais bien avec Kévin, ma mère s’entendait super bien avec la sienne. Il avait raison, nous étions une vraie famille unie ! J’avais deux mamans géniales et un petit frère magnifique que j’aimais comme un malade. » (Bryan en parlant de son couple avec Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 409) ; « Et si on construisait une maison à deux niveaux avec Aysla et Dom ? » (Marie s’adressant à son mari Bernd, concernant le couple hétéro Dom/Aysla, alors que Marie a une liaison lesbienne secrète avec Aysla, dans le téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; « J’ai fait un repli communautaire avec mes semblables. » (Océane Rose-Marie dans son one-woman-show Châtons violents, 2015) ; « Tu nous as donné une vraie famille. » (Lettie, la femme-à-barbe transgenre, s’adressant à Phineas, dans le film « The Greatest Showman » (2017) de Michael Gracey) ; « Je suis sa famille. » (Adrien, le héros homo, mettant le grappin sur Eva, sa meilleure amie et Fille-À-Pédés, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; « Nous sommes une grande famille ! » (Seb, homo parlant de sa bande, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc. Par exemple, dans les films « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2011) de Malu de Martino, le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Tableau de famille » (2002) de Ferzan Ozpetek, le film « Pourquoi pas moi ? » (1999) de Stéphane Giusti, les héros homosexuels, tous sexes confondus, décident de vivre une vie communautaire dans une baraque retapée, une sorte de « Maison du Bonheur » où il serait possible de guérir de toutes ses peines de cœur. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, se compare, avec ses 4 amis, aux « Desperate Housewifes » : « C’est important les amis. » Dans la série Y’a pas d’âge diffusée sur France 2 le mardi 15 octobre 2013, le « couple » Luc et Yoann croit emménager dans « une coloc d’homos » et sont déçus de leurs nouveaux voisins d’immeuble. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Rudolf, le héros homo, débarque dans le chalet chambres d’hôtes autrichien de Johanna, sa tante, et sur un malentendu (parce qu’elle croyait qu’en arrivant à trois, il venait avec une famille mari-femme-enfant), Rudolf et ses deux potes gays Nicolas et Gabriel sont hébergés dans une chambre formatée « famille ». Et pendant tout le film, le réalisateur essaie de nous montrer que le trio forme une famille ultra-soudée et inséparables : « Vous êtes tout pour moi. Sans vous, je ne suis rien. » déclare Nicolas à ses copains. Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Nina rêve de faire appart commun avec George et son copain Joley. Puis, une fois qu’elle a un bébé avec Vince, et que George n’est plus en couple avec Joley, elle veut continuer de vivre en colocation avec George : « On peut très bien vivre comme ça si on en a envie. On se fiche des schémas conformistes. » (Nina s’adressant à George) Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Phil, le héros homo, dit que sa vraie famille n’est pas sa famille biologique, mais un mix de sa mère (Glass), du compagnon de celle-ci (Michael), de sa sœur jumelle (Dianne) et du couple lesbien ami (Tereza et Pascale).

 

Ils créent parfois une sorte de vie communautaire amico-amoureuse : « Nous étions maintenant trois complices, et, toutes femmes que nous étions, nous avions su construire un espace d’harmonie, entièrement voué à notre sensualité. […] Le lendemain nous montâmes au premier pour organiser au mieux l’installation de la bonne. Je dis à Marie qu’elle pouvait s’y établir également, ainsi nous y serions toutes les trois. La maison était grande et conçue pour une famille que je n’aurais jamais. » (Alexandra, la narratrice lesbienne parlant de ses domestiques-amantes fricotant ensemble, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 127-128) ; « Dans la jardin, je les voyais souvent se parler et rire au milieu des roses, Marie la regardait avec des yeux d’amoureuse, et, quand elles rentraient après leur petite promenade, il me semblait que d’un coup la pièce s’emplissait d’un fraîcheur et d’un bonheur qui me ravissaient l’âme. La maison entière était vouée au désir des femmes. » (idem, p. 132-133). Dans le film « Miss » (2020) de Ruben Alves, la collocation de Yolande (Isabelle Nanty), c’est vraiment l’auberge espagnole multiculturelle : il y a un rebeu, un Noir, un prostitué transsexuel, Alex (le héros transgenre M to F qui candidate pour être Miss France) ainsi que deux femmes indiennes. Cette communauté interlope, bien que pas facile à superviser tant elle ne paye pas toujours ses loyers (à temps) et tant elle est le théâtre de chamailleries « fraternelles », est présentée comme la vraie famille d’Alex, et un havre de paix, de soutien et de rigolades.

 

Dans énormément de films pro-gay, le personnage homosexuel et le couple qu’il forme avec son copain, ou bien le groupe de potes homos, sont applaudis comme de véritables héros au moment du happy end : c’est le cas par exemple dans le film « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun (c’est la folie dans le stade lors du match final), le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot (le play-back des protagonistes déclenche l’hilarité et l’admiration générales), le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, le film « Eating Out » (2004) de Q. Allan Brocka, le film « Philadelphia » (1993) de Jonathan Demme, le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron, le film « The Prom Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Écuyer, le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie Macdonald (avec la danse collective finale), le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Je m’voyais déjà » (2008) de Laurent Ruquier, le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso (avec l’euphorie du groupe de prostitués masculins au concert de la cantatrice trans M to F Louvre), etc. « C’était le plus beau jour de ma vie. » (Zize, le travesti M to F parlant du Concours de Beauté qu’il a gagné, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson)

 

Film "Everything Relative" de Sharon Pollack

Film « Everything Relative » de Sharon Pollack


 

Par exemple, dans le film « Ma Mère préfère les femmes » (2001) d’Inés Paris et Daniela Fejerman, tout le monde applaudit et rigole au moment du mariage gay final. Le film « Elena » (2010) de Nicole Conn s’achève par un grand pique-nique collectif avec la « famille » homosexuelle nouvellement constituée (par les amis, les couples homos et hétéros mélangés, le bébé né de leur copinage). Dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, tous célèbrent le baiser homo entre Elliot et Paul par des applaudissements. Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, chaque prestation scénique de Chance, le héros homo, soulève une ovation systématique dans la salle de concert. Dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, c’est la happy end au moment du mariage, tout le monde est content. Dans le film « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, la récitation orale par Allen Ginsberg de son poème « Howl » suscite les éclats de rire et les applaudissements d’un public bobo médusé (là aussi, très vraisemblable…). Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, à la fête d’anniversaire d’Erik, tout le monde applaudit le baiser homosexuel que s’échangent Paul et Erik (le couple qui se défera assez vite). Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, une fête d’artistes bobos dans le jardin est organisée en l’honneur de la formation du couple Emma/Adèle. Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, c’est la happy end où tout le monde se réconcilie et célèbre « tous les amours » et « toutes les identités ». Dans la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell, c’est également la fin heureuse ouverte sur la « tolérance » généralisée. Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, on nous montre des applaudissements hystériques autour de l’Oscar décerné à l’acteur Cameron Drake pour son rôle de gay dans le film « Servir et protéger ».

 
 

b) Cuculand :

Pierre et Gilles (et Cie)

Pierre et Gilles (et Cie)


 

Si l’on en croit les œuvres cinématographiques qu’on nous présente actuellement du « milieu homosexuel », celui-ci serait le Pays des Bisounours. Ceci est particulièrement saillant à travers le traitement à l’image de ses représentants – les couples homosexuels – et des rituels de drague, banalisés ou idéalisés à l’extrême. On nous fait voir par exemple des Apollons homosexuels compatissants, et même carrément séduits par leur « amant-plus-moche-ou-plus-vieux-qu’eux », comme dans les films « Hellbent » (2005) de Paul Etheredge-Ouzts, ou bien encore « Comme un garçon » (1998) de Simon Shore, … scenari qu’on ne voit quasiment jamais dans la réalité. Dans un registre similaire, à la fin du film « Les Témoins » (2006), André Téchiné nous fait croire que l’âgisme homosexuel n’existe pas toujours entre personnes homosexuelles : Adrien, l’homosexuel âgé, trouve miraculeusement chaussure à son pied avec un jeune éphèbe avec qui il peut construire une relation stable. Top crédibilité… À la fin de son film « In & Out » (1997), Frank Oz laisse croire aux spectateurs que Peter et Howard se préparent à leur propre mariage à l’église… avant de nous révéler que finalement, ce sont les parents âgés d’Howard (ou plutôt la mère et son nouveau mari) qui officialisent leur union.

 

Le quotidien intime des membres de la communauté homosexuelle n’est quasiment jamais abordé dans les fictions… ou alors il sera présenté sous un jour étonnamment idyllique. On retrouve le couple homosexuel publicitairement heureux avec son labrador dans la petite maison dans la prairie ou dans sa belle cuisine équipée, dans le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, le film « 200 American » (2003) de Richard Lemay, le film « Sex Revelations » (2000) d’Anne Heche, le film « Dimanche matin » (2001) de Robert Farrar, le film « Making Love » (1982) d’Arthur Hiller, le film « When Night Is Falling » (1995) de Patricia Rozema, le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, le vidéo-clip de la chanson « The Edge Of Glory » de Lady Gaga (avec la cérémonie de mariage gay sur la plage, sous une pluie de pétales de rose), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (Omar et Emmanuel baladant le chien en couple, sous le soleil de la « téci »), la chanson « Fantastic Shine » du groupe Love Of Lesbian, le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou (avec les fous rires complices entre la mère Junn et son fils homo Kai, les regards attendris entre amants, les danses, etc.), le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker (avec la course finale des retrouvailles des deux amantes au milieu des embouteillages), le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, etc.

 

Film "The Bubble" d'Ethan Fox

Film « The Bubble » d’Ethan Fox


 

Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, la mère de Guillaume lit des romans Harlequin hétérosexuels, et son fils finit par rêver des mêmes histoires en les transposant dans leur version homosexuelle sur sa propre vie sentimentale, avec une naïveté incroyable. Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, pendant qu’elles sont au lit toutes nues, Carole et Delphine écoutent une chanson rétro parlant du « paradis ». Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, il y a plein de ralentis, de Nature, de soleil et du banjo, pour nous entraîner à croire en l’idylle entre Marc et Sieger. Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, l’amourette immature entre Thérèse et Carol est complètement enrobée de musique rétro des années 1950, de clichés romantiques et jazzy.

 

Dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H., qui raconte une histoire sentimentale (« longue » mais finalement éphémère, je rappelle) entre Mathieu et Jonathan, on entend quand même pendant toute l’intrigue les personnages se persuader que ce qu’ils ont vécu était quand même « l’Amour avec un grand A » : « Je pourrais citer chaque premier baiser de mes relations. » (Matthieu… qui plus tard trompera Jonathan) ; « Avez-vous déjà remarqué que lorsque deux visages s’embrassent, ça forme un cœur ? » (idem) ; « J’trouve ça mignon. » (idem) ; « Il suffisait d’un seul regard pour nous comprendre. » (Jonathan et Matthieu) ; etc. Jonathan a écrit « Je t’aime » sur des centaines de post-it disséminés partout dans l’appartement, et Matthieu trouve à nouveau ça magnifique : « C’est mignon, non ? » L’espace d’une réplique, Matthieu a un éclair fugace de lucidité : « Je devrais porter plainte contre ma mère de m’avoir fait aussi cucul. »

 

L’idéalisation justificatrice de l’amour homo se veut plus subtile que de simples applaudissements : les défenseurs bobos du couple homo utilisent plutôt la simulation de pudeur, l’esthétique naturaliste minimaliste, et la sacralisation du silence ou de l’art, comme moyens de concrétiser discrètement leurs fantasmes amoureux : « Elles [le couple lesbien Angela Crossby et Stephen Gordon] marchaient en silence, tandis que la lumière changeait et devenait plus profonde, de plus en plus dorée et plus fantasmagorique. Et les oiseaux, qui aimaient cette étrange lumière, chantèrent un à un, puis tous ensemble : ‘Nous sommes heureux, Stephen !’ Et, se tournant vers Angela, Stephen répondit aux oiseaux : ‘Votre présence ici me rend si heureuse. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 189) ; « Le prince charmant existe-t-il ? » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 23) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Georges, après avoir été pourtant absent de son couple avec William, assure vivre « l’amour véritable ». La fin de cette œuvre théâtrale qui restera dans les annales (ou pas, d’ailleurs) continue de cultiver le mythe : la happy end kitsch (avec boule à facettes) et l’annonce de la reformation du couple William/Georges sont totalement forcées dans le cynisme auto-parodique.

 

La beauté des cadres naturels est censée illustrer/rehausser la grandeur « sobre » (bobo en fait) des amours homosexuelles (cf. le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitmann, le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, entre autres). Par exemple, dans les films « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure, « Sancharram » (2004) de Licy J. Pullappally, et « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, les amants homosexuels s’aspergent d’eau dans une rivière. Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, le couple Paul et Erik est filmé à la prairie, à la plage, à la campagne, etc. Les deux amoureuses lesbiennes du film « Les Filles du Botaniste » (2006) de Daï Sijie courent au ralenti le long des rizières, accompagnées d’un orchestre symphonique de violons. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, la place omniprésente du piano est censée illustrer la vie merveilleusement simple du couple homosexuel Ben/George. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, on retrouve la totale du film carte-postale pour encadrer l’idylle homosexuel entre les deux héros Johnny et Roméo : l’île paradisiaque avec la plongée, les crépuscules, les vacances, les plages de sable fin, etc. Les amants du film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau font du cerf-volant ensemble. Le couple homosexuel du film « Maurice » (1987) de James Ivory savoure son « amour » au milieu de la prairie aux petits oiseaux et aux jolies pâquerettes. Le film « A Moment in the Reeds » (« Entre les roseaux », 2019) de Mikko Makela est un film érotique déguisé en Harlequin gay à la sauce bobo et nature. Dans le film « Une chose très naturelle » (1973) de Christopher Larkin, les amants homosexuels courent nus devant un coucher de soleil. La scène en rollers du film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick n’est pas mal dans le genre « cucul qui fait semblant de forcer le cucul pour ne pas ‘faire cucul’ ». On a même droit au remake de la scène des spaghettis de « La Belle et le Clochard » dans le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester !

 

L’idéalisation médiatique de l’amour homosexuel a tout du cliché publicitaire, de l’image d’Épinal poétique à deux balles. Il n’a que la sincérité (ou l’humour) pour la sauver du ridicule : « Au moment où elle grimpait dans son car, elle se retourna pour me lancer un grand sourire. On aurait cru un mannequin dans une pub de shampoing. Les femmes s’éloignaient dans le lointain puis virevoltaient pour montrer leur visage au public. J’avais l’impression qu’il y avait du glamour dans ma vie. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de Sheela, une camarade de classe dont elle est secrètement amoureuse, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, pp. 166-167) ; « J’ai rêvé en m’endormant, hier soir, que je te chantais une chanson douce, une chanson française, et que nous nous endormions près d’une cascade en pleine nature, à la belle étoile, l’un contre l’autre – l’un dans l’autre… » (Chris s’adressant à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, pp. 119-120) ; « Mes désirs étaient aussi forts que les bruits de la cloche de l’église. » (le héros du film « Dans le village » (2009) de Patricia Godal) ; « Cette chambre est un navire. Un navire à bord duquel nous naviguons, sur des mers calmes ou déchaînées, à la recherche de rivages paisibles ou accidentés. Il y a des soleils impressionnants et puis des coups de sirocco. Il y a des étendues d’eau à perte de vue et puis, brusquement, la côte. Il y a ce roulis incessant, qui nous berce ou nous secoue, qui nous accompagne toujours. Nous sommes des marins égarés, à bord d’un bateau ivre. » (la figure de Proust à son jeune amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 83) ; « Nous avons fait un détour par Montmartre pour voir les peintres. Sur la Place du Tertre, une fille faisait des tatouages. Nous nous sommes fait tatouer un cœur chacun, dans la paume de la main gauche. » (Kévin et son amant Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 145) ; « Je pense à toi tout le temps, tout le temps. Tout est là pour m’y faire penser : deux amoureux qui s’embrassent, une moto qui passe, le soleil… » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, op. cit., pp. 328-329) ; « C’était comme au cinéma. C’était au bord de la plage. C’est alors qu’il m’est apparu. Un petit air de Ryan Goslin… avec le corps d’Élie Sémoun. » (Benjamin racontant sa première rencontre avec Arnaud, à qui il a fait volontairement un croche-patte, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc. Bienvenue à Cuculand !

 

De plus en plus dans les fictions homo-érotiques, ce pays imaginaire se voit crédibilisé par le témoignage des personnages hétéros, filmés comme des témoins de quelque chose qui les dépasse, et que pourtant ils verraient de leurs propres yeux d’aveugles : « Je n’ai jamais vu un amour comme Stella et Dotty. Si l’amour est votre idéal, prenez exemple sur ces deux vieilles gouines. » (Prentice, le jeune et bel auto-stoppeur hétérosexuel, face à une assemblée d’un bar plein à craquer et qui finit par l’ovationner pour son « courage » gay friendly, dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald)

 
 

c) Un paradis réel ?

Comment voit-on que ces images de couples homosexuels médiatiques « tout sourire », et plus globalement cette vision de la communauté homosexuelle ultra-heureuse, s’éloignent de la réalité ? D’une part en observant les faits (on le verra dans la seconde partie de ce code). Et d’autre part, parce que beaucoup de héros homosexuels eux-mêmes finissent par dénoncer leur propre comédie. Par exemple, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, on nous chante que le Marais est « un quartier où ce n’est pas si rose ». Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Tassos, la grande tata, tient une boîte rétro gay baptisée Paradiso… mais l’insigne lumineuse du lieu bat de l’aile…

 

La communauté homosexuelle fictionnelle a tendance à se chercher un ailleurs (temporel ou spatial) paradisiaque pour se prouver qu’elle n’est heureuse que lorsqu’elle ne se trouve pas à sa place. Mais cette démarche de diversion ne la convainc pas elle-même : « Ailleurs, est-ce mieux ? Tu dis qu’ailleurs c’est toujours mieux. » (cf. la chanson « Les Passagers » d’Étienne Daho) ; « Aide-les à construire une Nation : celle du cœur. Vous êtes un Peuple fier et ancien. Aide ces garçons à construire leur propre Nation. » (Scrotes s’adressant à son amant Anthony, à propos du couple homo naissant Jim/Doyler, dans le roman At Swim, Two Boys, Deux garçons, la mer (2001) de Jamie O’Neill) ; « Je dois quitter le paradis en vitesse. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, ayant vécu son homosexualité clandestinement au Mexique, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; etc.

 

Les réalisateurs homosexuels avouent parfois très inconsciemment l’envers du décor de leur tableau enchanteur du « milieu ». Ils se trahissent en général par l’agressivité. Le bien-être au sein du « milieu homosexuel » ressemble davantage à un cri guerrier, à un élan combatif, qu’à une réalité concrète : « Tribu, qu’est-ce que nous voulons ? Paix et liberté maintenant ! […] L’enfer n’est pas pour nous ! » (le chef de la bande de la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) Le bonheur dans le couple homo fictionnel tient majoritairement de l’auto-persuasion, de la méthode Coué, de la bonne intention : « Ce n’est pas une situation que nous subissons. C’est une situation qui tous les deux nous ressemble. » (Denis s’adressant à son amant semi-virtuel Luther, dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) Le sourire bienveillant et l’accueil social de l’homosexualité s’affichent par la sacralisation de concepts flous et planants comme la « tolérance », l’« égalité », le « respect », l’« ouverture », la « solidarité », dont on ne sait pas trop quelles réalités ils recouvrent : « Alors vous aussi, Serge, vous aimez les hommes ? Vous inquiétez pas. J’suis tolérante. » (Mousse dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon) ; « C’est tendance d’avoir un couple de gays comme voisins ! » (Cathy – Arielle Dombasle – dans la série Y’a pas d’âge diffusée sur France 2 le mardi 15 octobre 2013) ; etc. Or, les intentions ne suffisent pas à construire le réel.

 

Dans beaucoup de films gay friendly, l’identité et l’amour homosexuels sont tellement saturés de larmes et de victimisation qu’on finit par douter de leur soi-disant beauté : cf. le film « Prayers For Bobby » (« Seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy (avec le plaidoyer émouvant pro-gay de Mary, la maman du défunt Bobby, face aux caméras de télévision) ; le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman (avec le discours final émouvant d’Esti devant sa communauté juive lors de la soirée de commémoration de la mort du Rav, son père, qui sonne comme un coming out) ; les discours violonneux de la tolérance dans le film « The Prom Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Écuyer ; etc.

 

L’environnement gay friendly des couples homos fictionnels veut tellement leur bien qu’il finit par leur forcer la main. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, Thomas se retrouve forcé par son copain François au mariage : « Je me marie dans quinze jours, et je suis le dernier à le savoir ?? » Par exemple, dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, le couple homosexuel, vieux de 39 ans, formé par Ben et Georges, est totalement idéalisé et couvert d’éloges. Leurs amis gays friendly assistent, émus, à leurs noces, et tout le monde se trouve magnifique : « Vous êtes magnifiques tous les deux. » (Eugenia s’adressant à Ben et George,) ; « Tu es superbe. » (George à Ben) L’assemblée des convives répond même « oui » à la place des « mariés » et ne les laisse pas libres de formuler leur échange de consentements : pression gay friendly de malade ! Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, lors d’un diaporama d’enterrement de vie de garçon juste avant que Jérémie passe la bague au doigt d’Antoine (précisément au moment où Jérémie tombe amoureux d’une femme), toute l’assistance d’amis gays friendly contraint Jérémie et Antoine à s’embrasser publiquement : « Le baiser ! Le baiser !! »
 

Paradoxe : l’impression de paradis homosexuel va être d’autant plus clamée qu’on nous montrera à l’écran une série noire (… comme pour nous prouver implicitement que l’enfer est pavé d’intentions paradisiaques) : « Je crois pas en Dieu et encore moins à Satan. Adieu, bande de tarlouzes imaginaires ! » (Bill dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut) C’est le cas par exemple du film « Notre Paradis » (2011) de Gaël Morel, qui décrit une lente descente aux enfers du couple d’amants homosexuels évoluant dans le monde prostitutif homo. Dans le roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, Willie baptise la période précédant l’arrivée du Sida dans la communauté homosexuelle « la Grande Joie » (p. 66). Dans le roman Des chiens (2011) de Miko Nietomertz, Dominique présente cyniquement à Benoît un sauna comme le cadre idyllique de la rencontre de l’amour vrai : « Tu vois, ici, c’est le paradis ! Il n’y a que des mecs, des dizaines de mecs offerts qui attendent l’amour ou une bite (il se touche la bite en le disant), il n’y a pas d’horloge parce que le temps n’existe plus, pas de lumière naturelle (en désignant une fenêtre calfeutré de tafta noir), pas de stress ni de choses qui viennent de l’extérieur. Tu viens, tu te fous à poil et tu laisses au vestiaire tout ton stress et tes soucis. Ici, c’est le paradis de l’amour, de la détente. » (pp. 37-38) Dans le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, l’entrée des backrooms du bar cuir porte un écriteau lumineux « Paradise ». Dans le film « Nos Vies heureuses » (1999) de Jacques Maillot, François retourne à la première boîte homosexuelle où il a atterri quand il est arrivé à Paris, et dit au patron qu’il regrette la fermeture prochaine de celle-ci. Dans une ambiance de piano-bar rétro vide, à la lumière des stroboscopes déglingués, ils se parlent à un comptoir et se rappellent avec nostalgie le bon vieux temps. François, perdu dans ses pensées, dit d’une manière tellement pathétique « On s’est bien amusés quand même… » que cela ne provoque qu’un acquiescement timide et peu convaincu de son ami. Oui, il y a des paradis bien tristounets, quand on les regarde en face… Dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan entraîne sa maman dans le milieu homo : « Ma mère a voulu que je l’emmène en boîte gay. Elle voulait découvrir mon univers. Elle n’a pas été déçue du voyage. » C’est visiblement scabreux : « Comme les chiens à l’entrée, on s’démerde ! », même si Jefferey ironise et angélise ce qu’il voit : « C’est féérique. » Il la fait pénétrer dans une backroom où visiblement elle est possédée par le diable : « Elle nous rejoue la scène de l’Exorcisme dans la backroom. »

 

Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, tous les lieux fréquentés par les héros homosexuels qui sont gays et teintés d’un parfum paradisiaque se révèlent finalement infernaux, car ils s’y font ou tuer ou tabasser. Par exemple, dans le club gay Boys Paradise, Nathan et son amant Jonas sont refoulés à l’entrée, et finissent par être accostés par un prédateur qui les amènent dans un autre club au nom céleste, La Dolce Vita, qui se trouvera être une discothèque homo fictive qu’ils ne verront jamais. Sur le trajet, le prédateur homo, qui a l’air pourtant d’avoir des goûts musicaux de midinette (il écoute à fond la chanson « T’en va pas » d’Elsa, et ne veut pas baisser le son), refuse de faire descendre les deux jeunes garçons et donne un coup mortel à Nathan. Dix-huit ans plus tard, Jonas retourne au Boys Paradise, mais cette fois pour y déclencher une baston, se faire blesser au visage et être expulsé. Enfin, il y a un troisième lieu « paradisiaque » teinté de mort dans le film : c’est le parc d’attractions nommé Magic World où Nathan, à l’âge de 9 ans, a subi un lynchage collectif aux autos tamponneuses, qui l’a éjecté de sa voiture et coupé le visage : il s’est pris la tête sur la barrière de sécurité et a failli en mourir.
 

L’idéal que nous propose Cuculand, c’est au fond un amour beau PARCE que mort ou empêché par la cruauté homophobe « des autres » (= l’homophobie). Un amour synonyme de mort. Il n’est jamais expliqué la violence intrinsèque à la pratique homosexuelle. Mais pour le coup, celle-ci apparaît brutalement et par surprise de ceux qu’on n’attendait pas : les défenseurs de la banalisation/sacralisation de « l’amour » (homo). Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, on voit que l’euphorie sociale et gay friendly pour le coming out fait vite place à l’indifférence violente, au poncif collectif de l’outing précipité et forcé : en effet, au lycée, les amies gay friendly d’Adèle (l’héroïne lesbienne) la harcèlent afin qu’elle fasse son « coming out » (« Juste assume ! »), pour ensuite lui reprocher qu’elle n’obtempère pas et pour finalement se retourner contre elle. Dans le film « Indian Palace » (2011) de John Madden, Graham, le vieil héros homosexuel, veut retrouver son amour de jeunesse, Manadj, avant de mourir, alors qu’il se sait malade d’une maladie incurable. C’est sa dernière volonté. Graham montre ses mois d’« amour » avec Manadj comme un « pur bonheur » : « On était au bord d’un lac. On regardait un coucher de soleil. Soudain, tout s’est écroulé. On s’est endormis. Et ils nous ont trouvés. »

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Le Gay Paradise ovationné :

Film "Beautiful Thing" d'Hettie Macdonald

Film « Beautiful Thing » d’Hettie Macdonald


 

À de rares occasions, dans les discours des personnes homosexuelles, le « milieu homosexuel » est comparé à un paradis : je vous renvoie au fameux drapeau arc-en-ciel rainbow flag, à la vision idyllique de la communauté homo dans l’article « Crónica Auténtica De Lo Acontecido En Un Pub De Chueca Una Noche De Verano » de J. A. Herrero Brasas (cité dans l’ouvrage collectif Primera Plana (2007), pp. 121-124), aux images télévisées des différentes Gay Pride à travers le monde, au traitement éthéré et humoristique du film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, aux noms que se sont choisis certaines revues de la presse LGBT (cf. la revue Gai-Pied, magasine homosexuel français fondé en 1979 par Jean Le Bitoux, et suspendu en 1992), à la B.D. Le Monde fantastique des gays (1986) de Copi (titre ô combien ironique vu les drames qu’elle raconte), aux délires forcés et dégoulinants des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (qu’on entend parfois faire ce genre de blagues éculées : « Plus on est de folles, plus on rit ! »), au documentaire « Bear Nation » (2011) de Malcolm Ingram, etc. Par exemple, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check, Paul raconte comment, dans les premiers temps de son entrée dans le « milieu homo » de New-York, tout lui était facile et il a vraiment pu « toucher le Ciel » étant donné qu’il était beau physiquement. Je vous renvoie aussi au risible compte à rebours euphorique du lancement de la chaîne câblée Pink TV, en direct du Palais Chaillot, à une heure de grande écoute au Journal Télévisé de 20h, sur TF1, le 25 octobre 2004. Dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture, Out » (2014) de Maxime Donzel, il est question de « la découverte d’une communauté où on peut s’épanouir ».

 

Film "Shortbus" de John Cameron Mitchell

Film « Shortbus » de John Cameron Mitchell


 

À en croire certains communautaires homosexuels (et autres personnes gay friendly en voie de bisexualisation), le « milieu homosexuel » serait nettement plus convivial et détendu que les vulgaires milieux femme-homme : « Je m’emmerde dans les dîners d’hétéros, ça manque d’humour. » (Claude, homosexuel, dans l’autobiographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006) de Pascal Sevran, p. 16) ; « C’est la révolution la plus incarnée qui ait existé sur la planète. Amantes ou non, nous étions en amour les unes avec les autres. Nous étions en amour avec les idées et avec tout ce qui était possible… » (Lise Weil témoigne à propos d’un rassemblement international lesbien, dans le documentaire « Lesbiana : une Révolution parallèle » (2012) de Myriam Fougère). Leurs copains – comprendre « potes », ou plus souvent « ex » –  constitueraient « cette seconde famille choisie » dont parle Jean-Luc Lagarce dans sa pièce Le Pays lointain (1999). On serait plus libre et plus détendu dans le « milieu homo » qu’ailleurs : « Je vais dans ce genre d’endroits parce que toute la journée, on a une tension, une carapace, et qui fait que dans ce milieu-là, c’est enfin la liberté. Y’a que dans ces endroits-là qu’on peut vraiment être libres. » (Corinne, femme lesbienne interrogée dans l’émission Ça se discute, sur la chaîne France 2, le 18 février 2004) ; « Ici, c’est le paradis ! » (Laura, une femme lesbienne parlant du rassemblement lesbien de Dinah Shore, dans l’article « Dinah Shore : Lesbian Paradise » sur la revue Têtu, n° 135, juillet-août 2008, p. 148) ; « Le monde gai, c’est comme un univers différent. Les bars, c’est l’unique endroit où l’on peut rencontrer d’autres semblables. C’est le paradis pour bien du monde quand on découvre ça. » (un témoin homosexuel cité dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 73) ; « C’était l’Éden pour moi. C’était extraordinaire. » (Irène, une femme lesbienne de 65 ans jadis mariée avec un homme, parlant de sa première entrée dans un troquet lesbien strasbourgeois, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « Les bains de vapeur qui existent[à Berlin] sont à mon avis le sommet de la félicité humaine. En tout cas, j’ai particulièrement apprécié la façon dont les relations s’y nouent. » (lettre de Ernst Röhm, à 42 ans, le 11 août 1929) ; « Dès qu’on arrivait, on sentait qu’on n’était pas du tout dans une ambiance de bar très froide, avec des gens sur la défensive. Là, on venait vers vous pour vous parler. Quel bonheur ! » (Perry Brass, vétéran gay, parlant des dancings homos dans les années 1970 à New York, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; etc. Mais l’euphorie « paillettes » de la découverte du « milieu », le champ des possibles qui s’ouvre au nouvel arrivant, l’exaltation de la nouveauté, passent vite et ne dure qu’un temps… car la communauté homosexuelle pratiquante, on n’en fait vite le tour ! et nul ne peut prétendre trouver durablement le bonheur dans la marginalité.

 
PARADISIAQUE Archive
 

De même au niveau de la conjugalité et de la sphère amoureuse. Comme une majorité de couples homosexuels éprouvent, sur la durée, leur manque de joie et de solidité, ils cherchent très souvent à s’agrandir par l’amitié avec d’autres couples homosexuels amis/amants. Ils veulent nous prouver qu’une vie communautaire LGBT est possible… par exemple dans une grande ferme du Larzac, dans un club de massage zen ou de randonnée pédestre, au sein de couples à 3-4-+ + +. « Angéla était une belle fille d’une trentaine d’années qui voulait former un groupe de goudous. Elle détestait aller traîner en boîte à des heures indues et préférait participer à des petites bouffes entre copines, faire des randonnées, bref vivre au grand jour. Son projet m’a enthousiasmée et je l’ai rassurée que je serais un des piliers de son groupe. Je rêvais, moi aussi, comme beaucoup de mes semblables, d’une grande famille amicale où, peut-être, il me serait possible de rencontrer un jour l’âme sœur. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 208) ; « L’idée nous est venue que nous pourrions, à notre retraite, acheter chacune une maison dans un hameau, et être à l’origine d’une oasis pour goudous. » (idem, p. 239) Le mythe de la vie communautaire homosexuelle sous forme de grande famille d’amour élargie trouve un grand succès dans les rangs LGBT. Par exemple, dans le documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011) de Patricia Mortagne), Xavier, le père de famille jadis marié et avec des enfants maintenant adultes, projette, après son coming out, de réunir tous ses amants, ses « ex » et sa famille sous le même toit : no problem ! Dans le roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, Ednar, le héros, avec son compagnon indien, décide de vivre en communauté avec Grégoire et son nouveau petit copain Serge : « Pratiquement à chaque fin de semaine et durant les vacances nous nous retrouvions tous les quatre dans le pavillon. Cette cohabitation se passait sans anicroches et dans une ambiance plutôt festive et surtout amoureuse. À la maison, chacun avait son domaine : jardinage, ménage, repassage ; d’emblée, je m’imposais à la cuisine. » (p. 197) Ces projets de vie communautaire ne sont en général pas viables à long terme, et finissent en événements ponctuels (universités d’été, vacances, club de rencontres autour d’un événementiel LGBT, engagement associatif plus ou moins régulier…).

 

Film "FIT" de Rikki Beadle-Blair

Film « FIT » de Rikki Beadle-Blair


 

Face au décalage entre leurs bonnes intentions gays friendly et la montée de l’homophobie ou bien de leur insatisfaction de couples qu’elles connaissent concrètement, beaucoup de personnes homosexuelles finissent par découvrir dans la révolte et dans la bouderie agressive qu’elles se sont construites une prison d’auto-satisfaction collective : « J’ai bien peur qu’on vive vraiment dans notre microcosme, protégés et aimés par nos amis et nos parents. Et je crois que ce n’était qu’une illusion. » (Luca s’adressant à son amant Gustav, après leur micro-trottoir leur prouvant que leurs concitoyens italiens ne valident absolument pas leur monde Bisounours homosexuel, dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi.

 
 

b) Cuculand :


 

Si l’on en croit les discours des militants homosexuels, le « milieu homosexuel » serait le Pays des Bisounours. Un endroit sans frontière, où on accueille tout le monde dans sa différence, où la parité femme-homme serait parfaite (les femmes n’en seraient pas moins nombreuses de ne pas se rendre visibles), où on aurait le choix de rencontrer n’importe quel type de personnes qui correspond à nos goûts, où on pourrait « être totalement soi » et rencontrer l’amour vrai et durable. « Je me sentais tellement libre. J’étais qui je voulais. Le paradis était certes loin mais, il avait le mérite d’exister dans mon cœur. Les anges me le rappelaient de temps en temps. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 115)

 

Dans les premiers temps de la relation, certains mettent des post-it « Je t’aime » partout dans la maison : ils trouvent ça génial, original, « trop mimi ». Et quand les rares couples homos qui passent le cap des 7 ans de vie commune sont encore motivés par Cuculand et leur utopie d’amour, ils font, pour les télés, la demande en « mariage » sous forme de flashmob (on respire un coup avant de regarder l’affichage adulescent de la sincérité…).

 

 

Le « bonheur d’aimer et d’être aimé » homosexuellement est exhibé actuellement dans les talk show télévisés, dans les cérémonies de PaCS ou de faux mariages dans les mairies, ou bien lors des kissing géants organisés devant l’église Notre-Dame de Paris et sur les places des grandes villes.

 

 

La communauté homosexuelle met le paquet pour que ses représentants – les couples homosexuels – soient mis en valeur, et donnent une image positive, conviviale, et paradisiaque, du « milieu ». On nous plonge dans un bain de guimauve. Par exemple, pendant un kissing parisien montré dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger, Jeanne se ballade avec un ballon « Action Bisounours » gonflé en forme de cœur. Le kitsch assumé n’en reste pas moins kitsch…

 
PARADISIAQUE Princes
 

L’idéalisation justificatrice de l’amour homo ne se fait pas toujours en grandes pompes. La propagande se veut plus subtile que de bruyants applaudissements : les défenseurs bobos du couple homo utilisent plutôt la simulation de pudeur, l’esthétique naturaliste minimaliste, et la sacralisation du silence ou de l’art, comme moyens de concrétiser discrètement leurs fantasmes amoureux : « Plus personne ne compte à leurs yeux. […] Tout se tait. Le temps s’est arrêté. Moment de silence et de bonheur dans le tumulte de la guerre. » (Louis-Georges Tin sublimant « quelque peu » l’amitié chevaleresque entre Roland et Olivier, dans la Chanson de Roland, citée dans son essai L’Invention de la culture hétérosexuelle (2008), p. 21) ; « Il y avait énormément de femmes qui vivaient dans cette région, et qui avaient des fermes. Il n’y a jamais eu aucun problème. Jamais jamais jamais. » (Catherine, vivant elle aussi dans une ferme avec sa compagne, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; etc. On nous chante la beauté, la sobriété, et la pseudo simplicité des sentiments homosexuels. Par exemple, dans son essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), Natacha Chetcuti s’applique à conter des « tranches de vie » (elle dira des « histoires de vie », p. 35), à retracer béatement des portraits de couples lesbiens qu’elle juge sobres et merveilleux, et qui sont censés illustrer « la place donnée à l’autre ».

 

Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, les spectateurs ont de quoi ne pas en croire leurs oreilles : dans la scène de fin, lorsque les deux héros Léo et Gabriel s’échangent leur premier vrai baiser long et consenti, il n’y a aucun violons, mais juste le gazouillis des petits oiseaux. On croit rêver. Les petits zoziaux pendant le baiser final ! Le réalisateur brésilien s’est-il rendu compte de sa naïveté ? Je ne pense pas.

 

La communauté homosexuelle, à travers ses films vraisemblables mais pourtant irréalistes, avec ses documentaires scénarisés, ne semble pas se rendre compte qu’elle se crée sa propre prison dorée d’auto-persuasion, sa propre déconnection du Réel, sa propre illusion d’amour, une illusion qui accentuera la rigidité de leurs détracteurs.

 

En ce moment, la mode des films gays cuculand surfe sur la vague de la sobriété bobo : on entrevoit à peine de scènes de sexes, on veut nous prouver que la relation homosexuelle ne serait même pas sexuelle, que l’amour homosexuel est gratuit et touchant parce qu’il serait accidentel, circonstanciel, « pudique », parce qu’il ne serait classable ni parmi les amours hétérosexuelles ni parmi les amours homosexuelles communes du « milieu gay dépravé ». Le fameux « Nous deux c’est différent. », très immature, orgueilleux, homophobe et misanthrope.

 









 

« Un vendredi soir après une fête chez ses amis hétéros, Russell finit dans un club gay. Juste avant la fermeture, il drague Glenn, et ce qu’il croit être juste l’aventure d’un soir devient autre chose, quelque chose de spécial. » (cf. le résumé du film « Week-end » (2011) d’Andrew Haigh, sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris)

 

L’idéal que nous propose Cuculand, c’est au fond un amour beau PARCE que mort, irréel, éphémère, ou empêché par la cruauté homophobe « des autres » (= l’homophobie) : « Après avoir subi une greffe cardiaque qui lui a sauvé la vie, Simon apprend que le donneur est en fait son compagnon François décédé dans un accident de voiture. […] Ils se sont mutuellement sauvés la vie et bien que séparés, ils vont finir leurs jours ensemble. » (cf. le résumé du film « La Dérade » (2011) de Pascal Latil, sur la plaquette du 17e Festival Chéries-Chéris, le 7-16 octobre 2011, au Forum des Images de Paris) Un amour synonyme de mort.

 
 

c) Un paradis réel ?

Comment voit-on que les couples homosexuels « tout sourire », et plus globalement le mythe de la communauté homosexuelle ultra-heureuse et soudée, s’éloignent de la réalité ? Tout simplement en observant les faits (j’aborde très largement les dégâts et la cruauté qui sévissent au sein du « milieu homosexuel » dans le code « Milieu homosexuel infernal » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Et d’autre part, parce que beaucoup d’individus homosexuels eux-mêmes finissent par dénoncer leur propre comédie et vendre la mèche. Cette démarche d’auto-persuasion d’un bonheur qui finalement ne se vit/voit pas vraiment, finit par ne pas convaincre même les plus optimistes : cf. je vous renvoie au documentaire « Il n’est pas facile d’être homosexuel, même à New York » (1974) de Bill Daughton. « L’Allemagne serait-elle donc un paradis pour les homos ? » (Peter Gehardt dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) ; « La première chose que me disent les Français qui me savent à Londres est : ‘Tu as de la chance : Londres, c’est trop bien pour les gays !’ S’il est vrai que Londres est probablement l’endroit d’Europe où l’on peut vivre le plus librement son orientation sexuelle, il n’en reste pas moins que l’homophobie a la peau dure là-bas aussi. » (Julien, 22 ans, dans la revue Têtu, 2002)

 

Planche "Les Gais d'antan" sur la B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi

Planche « Les Gais d’antan » sur la B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi


 

La communauté homosexuelle a tendance à se chercher un ailleurs (temporel ou spatial) paradisiaque pour se prouver qu’elle n’est heureuse que lorsqu’elle ne se trouve pas à sa place. Quand on demande à ses membres où se cachent les couples homos solides qui s’aiment vraiment, ils nous rient au nom comme si on avait posé une question bête… mais après mûre réflexion, ils sont bien coincés pour nous répondre ! On les voit faire mentalement les fonds de tiroirs, se focaliser sur le fait que « c’est possible » (en zappant la question de savoir si c’est idéal en même temps que possible), et nous parler vaguement de l’existence d’un ou deux couples lointains et invisibles dont ils ont perdu mystérieusement la trace (… ils auraient déménagé dans la Creuse… mais seraient quand même magnifiques et durables, assurément !). Par exemple, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta, la Hollande est présentée comme un paradis gay : « La tolérance hollandaise n’est pas une légende : 50 000 homos à Amsterdam, et 700 000 en Hollande. » ; « Sans vouloir être un paradis de l’homosexualité, la ville d’Amsterdam est la plus concernée et la plus engagée en Europe dans ce mouvement anti-discriminations. »

 

L’amour homosexuel merveilleux a tout l’air d’une projection narcissique nourrie à deux (et, en amont, promue par la société publicitaire bisexuelle gay friendly, et l’ensemble de la communauté homosexuelle), un roman-photos reposant majoritairement sur les goûts (musicaux surtout) et les sensations individuelles : « J’ai rêvé un instant (puisque tout le monde rêvait, pourquoi aurais-je dû être la seule à coller à des réalités triviales ?) à 8 jours de vacances, en ce lieu, avec Catherine. Je l’ai entrevue, devant son chevalet de peintre, sous le soleil méridional, dans l’odeur du thym, de la menthe et du romarin. Là ou ailleurs, arriverais-je un jour à vivre une semaine entière auprès d’elle ? » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 164) ; « Une fois rentrées à la maison, nous avons écouté Jessye Norman en nous serrant tendrement l’une contre l’autre sur le vieux canapé du salon où nous avions pris place. » (Paula et Catherine, op. cit., p. 46) ; « Après plusieurs jours sans nouvelles, je reçois une vidéo. Vianney filme une carte postale de Paris avec nos deux adresses reliées par un tracé rouge, et ses lèvres qui murmurent ‘je t’aime’. De mon côté j’achète une boîte à musique avec La Vie en rose, que je lui envoie. Il me répond avec la reprise du Coup de Soleil de Vincent Delerm et Valérie Lemercier que je me repasse en boucle. […] Nous nous regardons. Nous cherchons l’un dans le regard de l’autre celui qu’on aime, celui à qui on parle chaque jour au téléphone depuis plusieurs jours, celui à qui on envoie des petits cadeaux guimauves. Tout mais surtout moins de froideur, moins de déception. […] Je dis ‘Je t’aime Vianney’, parce que c’est la dernière fois que je le lui dirais, et pendant une seconde, dans ma tête, c’est le souvenir du garçon que j’aime qui me revient. Ce garçon qui est tellement Vianney et pas du tout lui dans une adéquation à laquelle je n’arrive pas à me faire. » (Mike et son amant Vianney, dans le roman Des chiens (2011) de Miko Nietomertz, pp. 86-87) ; « J’aime Sébastien à la folie. Le parking de la mairie d’Évreux est facile à trouver, je me gare. Et j’attends. […] J’aperçois la Cooper de mon homme. Il se gare. Je descends à sa rencontre. C’est un film qui se déroule maintenant devant moi. […] Je marche vers lui. Au ralenti. Tout se passe comme si mon corps anticipait ce qui allait arriver. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), pp. 234-235) Bienvenue à Cuculand !

 

Après ce constat d’échec dénié, ils feuillettent (… pour les plus érudits d’entre eux…) leurs manuels d’Histoire ré-écrits aux goûts gay friendly, et se plaisent à réveiller le papou gay dormant dans une contrée-fantôme ou dans une tribu ignorant la civilisation capitaliste. « L’homosexualité masculine a, depuis les origines du monde, existé dans plus de 40 cultures. À l’ombre des pyramides (2500 avant notre ère) les pharaons possédaient des réserves de jeunes garçons. La prostitution masculine se pratiquait en Chine vers l’an 2200 avant notre ère. […] La pédérastie est ouvertement pratiquée en Océanie (Hawaii) ou aux Antilles, aussi bien qu’en Afrique (Nigeria, Dahomey) ou au Japon par les samouraïs. Dans les cultures chamaniques, Indiens des plaines d’Amérique du Nord, Tchouktches d’Asie centrale, Scythes, etc. » (Michel Larivière, Dictionnaire des homosexuels et bisexuels célèbres (1997), pp. 15-16) Beaucoup d’individus homos extériorisent leurs problèmes amoureux sur la croyance qu’un paradis homosexuel merveilleux existe… même s’ils en sont encore loin : ils ne seraient pas nés dans le bonne famille, à la bonne époque, dans le bon milieu social, dans le bon pays, avec le bon sexe et le bon âge. L’herbe serait toujours plus tendre dans la pré d’à côté ! : « J’aimerais bien avoir vingt ans aujourd’hui… » (Christophe, un témoin homo de 40 ans, dans l’émission Jour après Jour, sur la chaîne France 2, novembre 2000) ; « C’est épouvantable ce que j’ai pu entendre. Dans ces milieux-là, en usine, ça n’existe pas l’homosexualité. Un milieu de cols blancs, un milieu universitaire, c’est probablement une fourmilière pour les gais, c’est le paradis. » (un témoin ayant grandi dans un milieu ouvrier, cité dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 73)

 

Certains intellectuels homosexuels actuels (Claude Puzin, entre autres) font de la Grèce antique (l’Athènes du Ve siècle av. J.-C.) ou de la Rome Antique (Ier au Ve siècle ap. J.-C.) un temps béni pour la communauté homosexuelle. Or la civilisation de la Grèce homosexuelle n’a duré qu’un ou deux siècles tout au plus – l’amour homosexuel qui y est vanté n’a donc rien d’éternel, de social, ou de durable ; il existe surtout littérairement – ; et de plus, il faut quand même rappeler que les sociétés grecque et romaine se rangent dans la catégorie des civilisations esclavagistes, excusez du peu (les individus homosexuels passifs étaient des esclaves que les hommes homosexuels actifs achetaient, vendaient, se prêtaient parfois)… donc on est bien loin d’un modèle idéal de société et d’amour ! « Pas de bévue plus monumentale que de faire de la Grèce antique le berceau, la patrie, et le paradis de l’homosexualité. Ni le mot ni la chose n’existaient. Ce que nous appelons homosexualité, le rapport entre deux adultes consentants, il n’y a rien qui ne fût autant réprouvé à Athènes. » (Dominique Fernandez, L’Amour qui ose dire son nom (2000), p. 16) ; « Rien ne distingue à Rome un séducteur adultère d’un travesti passif. C’est le même être dépravé et assoiffé de plaisirs, cibles d’insultes et de plaisanteries cruelles. » (cf. l’article « L’Eros romain » de Florence Dupont, dans le Magazine littéraire, n°426, décembre 2003, pp. 31-32) Désolé aussi pour les nostalgiques de la Renaissance italienne, française, ou anglo-saxonne : à cette époque-là non plus, le couple homosexuel n’a jamais été célébré comme modèle social d’amour (cf. voir également l’article « Une Renaissance homosexuelle ? » de Louis-Georges Tin, idem, p. 35). Plus proche de nous, on entend parfois les personnes homosexuelles se trouver un Éden dans les bois et les plages nudistes, dans les pays d’Asie du Sud-Est, ou dans le Maghreb (où pullule le tourisme sexuel… c’est une manière bien personnelle de voir la « liberté » et le « paradis »…). La légende veut que la Thaïlande soit un « gay paradise ». Mais le sociologue australien Peter Jackson, auteur de Male Homosexuality In Thailand (1995), offre une vision plus réaliste sur le degré d’acceptation sociale du phénomène gay thaïlandais. « Même si les relations homosexuelles sont moins sanctionnées socialement en Thaïlande qu’en Occident, cela ne signifie pas qu’elles soient considérées comme un comportement normal ou acceptable. Les rejets culturels traditionnels restent très forts. » (cf. la revue Actualité des religions, n°5, mai 1999, p. 41) ; « Mais pour les gays, la fête va bientôt tourner court. » (la voix-off du documentaire « Lesbiennes, gays et trans : une histoire de combats » (2019) de Benoît Masocco, parlant de l’arrivée du Sida qui met un cran d’arrêt aux frasques sexuelles des années 1970) ; etc.

 

Paradoxe : l’impression de paradis homosexuel va être d’autant plus clamée par certains militants homosexuels que ces derniers vivront individuellement (ou bien dans leur couple) une série noire. « Aujourd’hui, je connais des bars un peu glauques, qui ressemblent un peu à Cruising. Je trouve ça marrant. Même excitant. » (Rich Juzwiak, homo, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel). Le déni prend alors la forme du discours béat et banalisant de l’amnésie… : cf. le documentaire « Les Mille et un soleils de Pigalle » (2006) de Marcel Mazé (au titre faussement prometteur puisqu’il retrace en réalité l’enfer quotidien de deux jeunes Maghrébins travaillant comme gigolos dans des sex-shops parisiens). Un discours aussi décousu et contradictoire que, par exemple, celui de l’écrivaine lesbienne Nina Bouraoui dans l’émission Culture et Dépendances le 9 juin 2004 : « Cette violence-là, c’est la violence de la nuit, parce que lorsqu’on pense qu’on va trouver l’amour, qu’on va trouver des amis, qu’on va trouver l’amour chez des gens qui soi-disant vous ressemblent, on est terriblement déçu. Parce qu’il n’y a pas une homosexualité : il y a des homosexualités. Il y a des rencontres. C’est pour ça que moi je suis toujours du côté de l’individu. J’pense que le milieu c’est important parce que ce sont des refuges. C’est là qu’on peut embrasser, c’est-à-dire rencontrer, c’est là qu’on peut partager. On se sent moins seul. » Autre exemple de déni mièvre de l’horreur (avec des cœurs et des étoiles dans les yeux) : celui de l’écrivain Jean Genet, envoyé jusqu’à sa majorité dans la Colonie pénitentiaire de Mettray en Touraine, une sorte de prison pour adolescents où il connaît ses premières expériences homosexuelles. À sa sortie, il dira qu’il y a vécu l’« enfer », mais aussi qu’il y a été « paradoxalement heureux » et que ce n’est qu’une fois libre qu’il s’est cru perdu (cf. l’extrait non publié du roman Journal du voleur (1949) de Jean Genet, dans le Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 20).

 

Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, est filmé un repas de famille autour de Thérèse, une femme lesbienne de 70 ans, et ses enfants devenus adultes. Et tout le monde rigole, banalise l’homosexualité, voire dit qu’elle a épanoui l’intéressée (qui aurait été forcément malheureuse et menteuse avant son coming out). Thérèse se met à raconter la vague de liberté qu’elle a vécue dans les années 1970, même si on lit en filigrane qu’elle a énormément souffert en amour homosexuel. Et quand elle évoque qu’elle a pratiqué des avortements de femmes chez elle en créant une cellule clandestine, elle déclare avec un aplomb apaisé qui ferait presque frémir : « C’était une période fabuleuse. »

 

Film "Shortbus" de John Cameron Mitchell

Film « Shortbus » de John Cameron Mitchell


 

Qui veut faire l’ange fait la bête. La violence de l’idéalisation de l’« amour » homosexuel – qui n’a pas lieu d’être idéalisé – s’observe également sur le terrain politique et associatif LBGT. Plus les méthodes de ces groupes de pression homosexuels s’annoncent sous les auspices de la paix, de la justice et de l’amour, plus ils frappent d’une manière particulièrement violente (car elle est sincérisée) et peu aimante. Je pense par exemple aux groupes de militants pro-gays, déguisés en angelots, qui organisaient en 1999 des « Actions de l’Ange » pendant l’enterrement du jeune Matthew Shepard aux États-Unis, en encerclant leurs opposants pour les mettre hors d’état de nuire).

 

Beaucoup d’artistes homosexuels essaient de se venger de leur propre naîveté en pratiquant un art de la destruction qui garantirait soi-disant leur maturité et leur recul. Rien n’y fait. Dans son excellent article « Le Style Camp » (1968), Susan Sontag explique que, même dans le monde artistique trash et iconoclaste du camp (une sorte de kitsch inversé, sali), on retrouve une forme de naïveté angéliste, de « goût pour le sensationnel et le pittoresque » : « Les objets camp portent en eux une certaine tranquillité – une naïveté plutôt, comme dans un décor de pastorale. L’expression de William Empton, ‘pastorale urbaine’, s’appliquerait très bien à une bonne partie du Camp. »

 

Cette illusion de paradis s’applique également à la condition transgenre, transsexuelle et intersexe. Par exemple, dans l’émission Aventures de la médecine spéciale « Sexualité et Médecine » de Michel Cymes diffusée sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, Léonie, homme transsexuel M to F de 29 ans, décrit ses séances d’orthophonie pour transformer sa voix et prendre surtout confiance en lui, comme « son petit paradis de transition ». Mais on voit bien à l’écran que son isolement relationnel et existentiel reste inchangé.
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

Code n°124 – Milieu psychiatrique (sous-code : Mère folle)

milieu psy

Milieu psychiatrique

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La fragilité interdite

 

Mylène Farmer

Mylène Farmer


 

C’est peu de dire qu’il existe des liens entre homosexualité et psychiatrie ! Le désir homosexuel étant une blessure identitaire, blessure qui peut s’agrandir si elle est suivie d’une pratique amoureuse homosexuelle – il n’est pas étonnant qu’il rejoigne le monde de la névrose puis de la pathologie. Entre les réactions observables sur les chats gays et dans le « milieu », entre les pathologies existantes au sein des « couples » homos ou au sein des familles où apparaît l’homosexualité, entre les divers profils perturbés des personnes habitées par un désir homo (le plus souvent en dépression), j’ai eu largement de quoi faire ici un méga gros dossier bien passionnant, bien cheesy… et bien flippant aussi ! Bienvenue dans le gros hôpital psychiatrique qu’est la communauté homosexuelle, non pas parce qu’elle serait peuplée de « malades » ou de plus grands blessés que la moyenne, mais parce que la pratique homosexuelle fait beaucoup de dégâts et que les blessures humaines universelles n’y sont spécialement peu identifiées étant donné qu’elles sont appelées « amour » ou « identité fondamentale de l’individu ».

 

Alors pour commencer et pour résumer, Je peux dire sans peur et sans caricaturer que toutes les personnes homosexuelles que je connais (et je m’inclus dans le tableau) ont connu dans l’enfance une étape de forte dépression… qu’en général elles n’ont pas gérée et qui se prolonge à l’âge adulte à cause du silence de notre société à la dénoncer.

 

Toute une légende noire sur le traitement qu’ont et auraient fait subir la science et la médecine légale aux personnes homosexuelles circule et sert à beaucoup d’entre elles à nier leurs blessures psychiques. Elle serait totalement absurde si elle ne s’appuyait pas sur un substrat de réalités passées (traitements par castration, électrochocs, injections d’hormones, chimiothérapies, lobotomies, pratiqués sur certains patients « invertis », notamment pendant la Seconde Guerre mondiale) et présentes (les thérapies comportementales, les groupes de parole pour « guérir les homos », l’inhumanité de quelques médecins d’hôpitaux, l’acharnement thérapeutique d’un certain milieu psychiatrique). Face à ce qu’elles décrivent comme une dictature scientifique (parfois à raison quand la science rejoint l’inhumanité et cherche à réduire l’Homme a une équation mathématique, souvent à tort quand la médecine se bat concrètement pour la vie), elles invitent à la désobéissance dans une joie transgressive et une folie indécidable, quitte à forcer un peu leur côté psychotique pour piéger leur monde : « Vive ce qu’ils nomment régression ! L’homosexualité a toujours été la plus spontanée des attirances. » (Karin Bernfeld, Apologie de la Passivité (1999), p. 30)

 

MILIEU PSYCHIATRIQUE Freud

Sigmund Freud


 

À dire vrai, il est assez étrange de découvrir cette hostilité quasi-généralisée des personnes homosexuelles envers la communauté scientifique. Si nous reprenons par exemple les mots de Sigmund Freud concernant l’homosexualité, on devrait plutôt y voir une bouffée d’air pur : « L’homosexualité n’est ni un vice, ni un avilissement et on ne pourrait la qualifier de maladie ; nous la considérons comme une variation de la fonction sexuelle, provoquée par un arrêt du développement sexuel. » (cf. un extrait d’une lettre de Freud adressée, le 9 avril 1935, à une femme nord-américaine inquiète pour son fils) Freud n’a jamais figé l’homosexualité en orientation sexuelle permanente, ni même en pathologie, puisqu’il soutient que tout Homme fait un choix d’objet homosexuel à un moment ou un autre de sa vie fantasmatique. Dans ses Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905), il signale que la conduite homosexuelle n’est pas « quelque chose de rare, ni de particulier, mais une partie de la constitution individuelle dite normale ». Cependant, en décrivant l’homosexualité comme un stade sexuel transitoire, un inachèvement psychosexuel humain, il ne l’a pas, au goût de beaucoup de personnes homosexuelles, assez pathologisée, normalisée, ou bénie. Certaines aimeraient inconsciemment que la psychanalyse range le désir homosexuel dans la liste des perversions (inceste, zoophilie, exhibitionnisme, sadomasochisme, etc.), alors que celle-ci insiste d’une part pour prendre le mot « perversion » dans son sens uniquement psychanalytique – c’est-à-dire d’envers de la névrose, d’absence de contrôle des pulsions, et non dans le sens moral du « plaisir dans le mal » – et d’autre part pour ne pas amalgamer les perversions entre elles. Tandis qu’elles demandent d’être mises à l’abri de toute blessure psychique et qu’elles moralisent la maladie en général, elles rêvent qu’on les considère comme des cas pathologiques incurables du fait qu’elles soient/désirent être, de par leur désir homosexuel, souvent plus fragilisées psychiquement que d’autres. En effet, la plupart des personnes homosexuelles ont une expérience précoce de la pathologie et de la maladie psychique. Il n’est pas rare qu’elles aient eu à porter la dépression de l’un de leurs parents quand elles étaient petites. Du point de vue déjà uniquement du fantasme et des images, le milieu psychiatrique les attire énormément et revient comme un leitmotiv dans leurs œuvres. C’est pourquoi beaucoup d’entre elles expriment, comme leur star, leur peur de devenir folles, en trouvant une jouissance secrète dans l’hypocondrie. Leur récupération du stigmate pour se définir en tant que « folles » n’est pas qu’un jeu : elle est parfois un témoignage de vie. De nombreux sujets homosexuels sont/ont déjà été internés en hôpital psychiatrique, et dans notre entourage relationnel, il n’est absolument pas rare d’en croiser beaucoup qui sont névrosés, voire psychotiques, drogués, alcooliques, mythomanes, cleptomanes, schizophrènes, suicidaires, dépressifs : « Les problèmes de déprime concernent 59,2% des femmes et 36,4% des homo-bisexuel-le-s de 18-69 ans (versus 31,7% et 17,5% chez les personnes hétérosexuelles du même âge). » (Nathalie Bajos et Michel Bozon, Enquête sur la sexualité en France (2008), p. 262). Que cette fragilité s’explique par des facteurs exogènes et des circonstances largement atténuantes (enfance difficile, oppression sociale, situation familiale complexe, viol, inceste, etc.) ne remet pas en question le fait que bien des personnes homosexuelles nécessiteraient un accompagnement médical, des lieux d’écoute, un suivi psychologique sérieux. Heureusement, pour la majorité des membres de la communauté homosexuelle, un simple entourage amical de qualité suffit. Mais c’est celui-ci qui fait généralement défaut !

 

Je crois qu’il n’y a pas à banaliser la blessure, le trouble intérieur et la déchirure que constitue pour tout être humain l’éloignement de la source de sa propre existence – la différence des sexes –, différence qui est le socle du Réel et, quand elle est vraiment accueillie librement et dans l’amour, le socle du plus grand Amour humain possible (servi par le mariage femme-homme aimant ou le célibat consacré). En effet, le désir homosexuel se caractérise par un fait objectif : la fuite, la peur et l’éjection de la différence des sexes. Le reconnaître n’enferme pas les personnes dans le phénomène désirant qu’elles ressentent vraiment, mais au contraire leur permet de le mettre à distance d’elles, et même parfois d’en sortir. Il y a des peurs fondées, d’autres peu fondées (même si toute angoisse par rapport à la sexualité et tout fantasme de viol, ne reposant pas systématiquement sur l’expérience d’un viol, indiquent au minimum un effondrement narcissique de la personnalité, une phase de dépression). Il y a des peurs surmontables, d’autres dans un temps humain plus difficilement surmontables. Mais dans tous les cas, un accompagnement de la fragilité psychique est toujours possible, souhaitable, et souvent fécond s’il est orienté vers une reconnaissance de la beauté de la différence des sexes et de la différence Créateur/créatures.

 

Parmi les personnes homosexuelles, les plus lucides se reconnaissent volontiers névrosées ou psychotiques, car elles ont compris que leur désir homosexuel n’était pas totalement étranger – ni totalement lié ! – à une névrose ou une pathologie personnalisable, mais qu’il était par nature névrogène. Ceux d’entre vous qui ont vécu l’expérience d’encadrement des groupes de personnes handicapées (je l’ai vécu moi-même) ont pu constater qu’il n’était pas inhabituel de voir des cas d’homosexualité chez les personnes trisomiques. Il me semble que cela n’a absolument rien d’insultant de faire remarquer les liens existants entre désir homosexuel et trisomie (… à moins, bien sûr, de considérer la trisomie 21 comme une tare honteuse, ce qui n’est pas mon cas). Les personnes trisomiques nous montrent que le désir homosexuel peut toucher des catégories de personnes plus fragiles que d’autres et qui ont besoin d’être particulièrement épaulées. Beaucoup de personnes homosexuelles refusent de reconnaître le caractère névrogène ou pathologique du désir homosexuel parce qu’elles désirent tout simplement nier leurs fragilités. Et c’est ainsi qu’en 1973, un certain lobby homosexuel nord-américain parvient à faire rayer l’homosexualité de la liste des déviations et troubles mentaux de l’OMS. Mais depuis quand vote-t-on qu’une fragilité psychique n’en est plus une par voie référendaire et pour faire plaisir à une minorité d’individus qui a honte de ce qui n’est qu’humain ? Le désir homosexuel est signe d’une blessure, réelle ou fantasmée. Il n’y a donc pas à se bander les yeux devant elle ni à jouer les démagogues, même au nom de la solidarité ou de la compassion.

 

Beaucoup d’individus homosexuels reprochent finalement à la science d’avoir dévoilé des vérités improbables (notamment que le désir homosexuel traduit une souffrance, un arrêt du développement psycho-sexuel et une non-résolution du complexe d’Œdipe) et de les avoir détournées en concepts moralisants (« Les homosexuels sont tous immatures et ont tous une mère possessive ou un père absent »), parce qu’eux-mêmes ont opéré ces détournements en mettant le savoir scientifique sur un piédestal sans même chercher à le comprendre.

 
 

N.B. : Je vois renvoie également aux codes « Drogues », « Folie », « Appel déguisé », « Homosexuels psychorigides », « Matricide », « Médecines parallèles », « Mère possessive », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Viol », « Désir désordonné », « Cour des miracles », « Bobo », « Doubles schizophréniques », « Médecin tué », « Infirmière », « Déni », « Violeur homosexuel », « Frankenstein », « Milieu homosexuel infernal », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Liaisons dangereuses », « Oubli et Amnésie », « Sommeil », « Substitut d’identité »,  à la partie « Cruella » du code « Reine », à la partie « Criminel homosexuel » du code « Homosexualité noire et glorieuse », à la partie « Suicide » du code « Mort », et à la partie « Prison » du code « Entre-deux-guerres » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) La peur de devenir fou :

C’est très étrange. Souvent dans les fictions homo-érotiques, le héros homosexuel a peur de ne pas maîtriser sa folie (= ses pulsions, ses sentiments, ses passions, ses idolâtries, son fantasme d’être fou, etc.) et l’exprime : « Si tu savais comme j’aimerais ne plus savoir ce que je dis, d’être folle. » (Marie Lou, la mère, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay) ; « C’est héréditaire, la folie. » (Carmen s’adressant à sa sœur Manon, idem) ; « J’ai peur de devenir folle, et d’ailleurs je me rends folle en guettant les symptômes. » (Suzanne, l’héroïne lesbienne du roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 403) ; « Tu crois que je perds la tête ? » (Marilyn, l’héroïne lesbienne de la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco) ; « Est-ce que je deviens fou ? » (Cyril, le héros internaute du roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 42) ; « Qu’est-ce qu’il y a ? J’suis fou. J’suis un malade. » (Steeve dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays) ; « Fou ? Je deviens fou ? » (le héros dans la pièce Des Lear (2009) de Vincent Nadal) ; « J’ai peur de devenir folle. Toutes les nuits je rêve qu’on me viole. » (cf. la chanson « Les Adieux d’un sex-symbol » de Stella Spotlight dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Qui croire ? Et si je devenais folle, à l’image de mon père dont le cerveau se détériore lentement. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, pp. 186-187) ; « Je savais que j’étais devenu fou. » (Garnet Montrose, le héros homosexuel du roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 161) ; « Pendant le trajet de Pau à Paris, il a cru qu’elle devenait folle. » (André Gide, Les Faux-Monnayeurs (1997), p. 63) ; « Vous êtes bon pour la psychiatrie, la seule issue pour échapper au tragique, à cette folie qui vous guette. » (le narrateur homosexuel parlant de lui en se vouvoyant, dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 206) ; « Voilà que je perds la boule. Ma santé mentale m’inquiète. D’où me vient cette brusque envie d’absolu, d’irréel, d’unique qui ne peut trouver un écho que dans la mort ? » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 16) ; « Je deviens fou ! Je suis malade. La vodka rend hétéro. » (Pierre, le héros homosexuel qui était à deux doigts de virer sa cuti, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Parfois, je crois que je suis fou. Je ne vois pas les choses comme les autres. » (Kenny dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford) ; « Tu crois que c’est douloureux d’être fou. J’ai peur de ce que j’ai à l’intérieur. » (Cherry s’adressant à son amante Ada dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; etc.

 

Même entre personnages homosexuels, ils se renvoient leur propre impression de folie. Ironiquement… mais pas que. Certains s’inquiètent en voyant l’attitude bizarre de leurs potes ou de leurs amants. « Putain, mais Cody, t’es folle. C’est dingue, ça. » (Mike s’adressant à son ami nord-américain efféminé Cody, qui s’est laissé violer et voler par un amant de passage, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 111) ; « T’as l’air d’une rescapée de la rue sainte Anne. » (André, homo, s’adressant à Adrien son pote aussi homo, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; « Il en a sacrément besoin, du psy. Il est tordu en spirales ! (Laurent Spielvogel imitant Marie-Louise la femme de ménage noire lesbienne parlant de lui, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Tu as tendance à avoir des obsessions bizarres. » (Petra s’adressant à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 119) ; « Nom de Dieu ! On croirait entendre une folle. » (Tielo s’adressant à Jane, idem, p. 186) ; « Ne l’écoutez pas, elle est folle. » (Anna s’adressant au père Walter face à Jane, idem, p. 209) ; « Certaines femmes enceintes sont sujettes à des troubles. Cela les rend vulnérables à des délires paranoïaques. C’est un état temporaire, mais cela peut être perturbant pour elles, et pour ceux qui les entourent. » (le Docteur Mann s’adressant à Jane, idem, p. 226) ; « Pauvre tarée. » (Alban Mann, idem, p. 233) ; « Elle est folle ! » (Elizabeth insultant Kena parce qu’elle a découvert que celle-ci était lesbienne, dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu) ; « Il est clair, Trudi Hobson, que tu es folle comme un âne. » (Doris, l’héroïne lesbienne de la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, face au plan machiavélique de vengeance orchestré par sa rivale) ; « C’est un être dangereux, particulièrement déséquilibré. » (Helmer parlant de Thomas le héros homosexuel, dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields) ; « Nina a repéré ton côté pervers polymorphe. » (Lola s’adressant ironiquement à Vera, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Je crois que vous êtes malades toutes les deux. » (Nina l’héroïne lesbienne se faisant manipuler par le couple lesbien Vera/Lola, idem) ; etc. Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael traite son ami homo Emory de « folle saoule ». Dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat, Claire et Joséphine se qualifient mutuellement de folles. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand dépeint les différentes catégories d’homos qu’il a identifiées dans la communauté LGBT, dont « les hystériques ». Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, la folie est considérée comme un rempart à l’acte violent et à la responsabilité de celui-ci : en effet, quand les spectateurs découvrent que Daphnée a tué son bébé, Luc, l’un des héros homosexuels, lui conseille de simuler la folie pour ne pas être inculpée par la police : « Il faut te faire passer pour folle. Tu as compris ? » ; cette dernière se force à l’intégrer (preuve de sa grande folie !) : « Je suis devenue folle, bon, je suis devenue folle. » Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Prior, le héros homosexuel, n’arrête pas de dire qu’il devient fou. Dans la série Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald), Mia, le héros transsexuel M to F, s’entend dire : « T’as un grain. » Et c’est en effet un tueur en série. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homo qui n’assume pas son homosexualité au moment où il se découvre amoureux d’une femme, Ana, fait passer son futur « mari » Antoine pour son demi-frère, pour un suicidaire parce que sa mère serait morte et qu’il se ferait suivre par un psychiatre.

 

C’est souvent la vie quotidienne de couple homo qui rend le héros fou. Il arrive à ce dernier de reprocher à sa « moitié » son propre état de folie ou ses élans frénétiques : « C’est moi que tu devrais rendre marteau. » (Laurent par rapport à son amant André, avec qui il a vécu pendant 10 ans, dans le film « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; « Tu es devenu fou, Dorian ! » (Basile, l’amant de Dorian, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « T’es folle ! T’es folle ! Faut raccrocher ! » (Anna s’adressant à son amante Cassie sur un chat, dans le film « La Tristesse des Androïdes » (2012) de Jean-Sébastien Chauvin) ; « Je perds la tête. » (Ninette, l’héroïne lesbienne de la pièce Three Little Affairs (2010) d’Adeline Piketty) ; « Stephen… Je pense parfois que nous avons été pis que folles. J’ai dû être folle pour vous avoir permis de m’aimer ainsi. » (Angela s’adressant à son amante Stephen, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 233) ; « Je crois que cette fille elle-même est à demi folle. » (Angela en parlant de Stephen, idem, p. 261) ; « Hôpital Sainte Anne, bonjour ! » (Benjamin, vivant dans le même appartement que son amant Pierre, et blaguant à l’interphone, dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; etc. Par exemple, dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, Dotty, l’héroïne lesbienne dit à sa compagne Stella qu’on l’a forcée à partager une chambre de maison de retraite « avec une folle » pour « assurer la transition » avec trente ans passés avec elle. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homosexuel, est dépressif, fait des crises de tétanie et d’angoisse depuis qu’il est petit (ça ressemble à des crises d’épilepsie), est fragile psychologiquement et a des tendances suicidaires (parce qu’il ne supporte pas les absences de son amant négligent Georges) : d’ailleurs, ses chantages amoureux prennent des allures de tragédie grecque.

 

La peur de la folie chez le héros homosexuel laisse vite place à la terreur psychorigide. Le fou n’accepte pas de s’entendre dire sa fragilité psychique. « Aucune déraison, je suis dans la peau d’une autre. » (cf. la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer) ; « Il est un peu taré votre copain Américain ! Il m’a dit que l’homosexualité était une maladie psychiatrique. » (Vianney, l’un des héros homosexuels, parlant de Cody, homo aussi, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 95) ; etc. Il lui arrive de rentrer alors dans une colère disproportionnée (qui prouve d’ailleurs à son insu sa folie). Le fou, c’est toujours l’autre ! Voilà bien l’extériorisation du mal, typique de la névrose (le moins malade est toujours celui qui s’accepte un peu malade de par sa condition humaine). Par exemple, dans le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, Bruno ne supporte pas d’être traité de fou par Guy… parce qu’en réalité, il l’est réellement. De même, dans le film « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock, Norman Bates saute presque à la gorge de Marion Crane quand celle-ci laisse sous-entendre qu’il puisse être un peu dérangé et vicieux. Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Delphine et Carole, les deux amantes lesbiennes féministes, vont prêter main forte à leur amie lesbienne Adeline pour kidnapper Guitou, son ami homo interné en hôpital psychiatrique par ses parents parce qu’il est homosexuel (lobotomies, électrochocs, etc.). Au moment de le délivrer, elles se battent à la bombe lacrymo contre le personnel de l’asile. Dans la série Manifest (2018) de Jeff Rake (épisode 4, saison 1), Thomas, le petit ami de Léo, est interné en hôpital psychiatrique, du fait de son homosexualité mais également parce qu’il a fait partie des passagers du mystérieux vol 828, et tous le prennent pour un fou.

 

Norman Bates dans le film "Psycho" d'Alfred Hitchcock

Norman Bates dans le film « Psycho » d’Alfred Hitchcock


 
 

b) Le trouble psychologique ou psychiatrique :

Le personnage homosexuel, à force de vivre dans l’angoisse de perdre la tête, finit par devenir fou (il est parfois interné en hôpital psychiatrique). Les films homo-érotiques parlant de protagonistes homosexuels tourmentés psychiquement sont légion : cf. le film « Les Orages d’un été » (1996) de Kevin Bacon, le film « Sling Blade » (1996) de Billy Bob Thornton, le roman À ta place (2006) de Karine Reysset (avec Chloé, l’héroïne lesbienne internée), le film « La Chair de l’orchidée » (1974) de Patrice Chéreau, le film « Le Jour des idiots » (1981) de Werner Schroeter, le film « Philadelphia » (1993) de Jonathan Demme, le roman La Folie en tête (1970) de Violette Leduc, le film « Odete » (2005) de João Pedro Rodrigues, le roman Quand je suis devenu fou (1997) de Christopher Donner, le film « Psychocops » (1988) de Wallace Potts, la pièce Non, je ne danse pas ! (2010) de Lydie Agaesse, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, le one-man-show Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, la chanson « Forever Young » d’Alphaville, le roman Le Joueur d’échecs (1943) de Stefan Zweig, le film « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman (avec le personnage de Karin), la chanson « Laissez-moi vivre » du rappeur Monis, la chanson « Nobody’s perfect » de Madonna, les chansons « Chloé », « Maman a tort », « Psychiatric » (avec l’extrait du film « Elephant Man » de David Lynch) et « Effets secondaires » de Mylène Farmer, le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, la chanson « Papa m’aime pas » de Mélissa Mars, « Hush ! » (2001) de Ryosuke Hashiguchi, la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau, le film « Streetcar Named Desire » (« Un Tramway nommé Désir », 1950) d’Élia Kazan (avec le personnage de Blanche), le film « Marnie » (« Pas de printemps pour Marnie », 1964) d’Alfred Hitchcock (avec le personnage de traumatisée de Marnie), le film « Cat People » (« La Féline », 1942) de Jacques Tourneur (avec Irena la tourmentée), la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec le personnage d’Harper), le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec Catherine, enfermée dans un hôpital psychiatrique), la série Dante’s Cove (2006, saison 2, avec le personnage de Michelle), la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone (avec Vielkenstein tout droit sorti de l’asile), la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti (Virginie est parti en HP après avoir été violée), la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, la pièce Le Jardin des Dindes (2008) de Jean-Philippe Set (où il est question de la dépression), le film « Dead Ringers » (« Faux Semblants », 1988) de David Cronenberg, le film « Farinelli » (1994) de Gérard Corbiau, le film « La Révolution sexuelle n’a pas eu lieu » (1998) de Judith Cahen, le film « Memento Mori » (1999) de Kim Tae-yong et Min Kyu-dong, le film « The Others » (« Les Autres », 2001) d’Alejandro Amenábar, le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz (avec le héros homo dépressif Maxime), le film « Outrageous ! » (1977) de Richard Benner, le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg (avec le personnage de Christian), le film « El Invierno De Las Anjanas » (1999) de Pedro Telechea, le film « Electrochocs » (2006) de Juan Carlos Claver, le film « À corps perdu » (1988) de Léa Pool, le roman Beatriz Y Los Cuerpos Celestes (1998) de Lucía Etxebarria (avec l’héroïne lesbienne en cure de désintoxication), le roman Le Jardin d’acclimatation (1980) d’Yves Navarre, le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard, le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, le film « El Mar » (2000) d’Agusti Villaronga, le film « Hable Con Ella » (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar, l’album « Mythomane » d’Étienne Daho, le roman La Vie est un tango (1979) de Copi (avec Arlette internée dans un dispensaire), le film « Une petite zone de turbulence » (2009) d’Alfred Lot (avec Jean-Pierre, le père angoissé et paranoïaque interprété par Michel Blanc), la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier, le film d’animation « Les Douze Travaux d’Astérix » (1976) de René Goscinny et Albert Uderzo (avec le directeur efféminé de la « Maison qui rend fou »), le film d’animation « Alice au pays des merveilles » (1951) de Walt Disney (avec le Chapelier toqué très efféminé), le film « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie (avec Michel, le psychopathe homo refoulé), la pièce Hors-Piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt (avec Francis, le héros homo en dépression), la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut (qui se déroule dans un asile psychiatrique), la pièce Home (2015) de David Storey, etc. Par exemple, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Virginia Woolf fait des dépressions nerveuses et est sujette à des hallucinations.

 

« Il va pas bien. Il va jamais bien, Duccio. » (Bernard, le héros homo parlant d’un de ses potes homos présent dans le public, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Encore une autre déprime. » (Kevin, le héros homosexuel de la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte) ; « Je vais me taper une putain de dépression. » (Stéphane, le héros homosexuel, après une rupture amoureuse, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « J’suis totalement dépressive ! » (la mère jouée par le comédien travesti M to F David Forgit, dans son one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show, 2013) ; « Oui, je le sais. Je suis malade. » (Adam faisant dans les larmes son coming out à sa sœur, dans le film « W imie… », « Aime… et fais ce que tu veux » (2014) de Malgorzata Szumowska) ; « Pierre est interné faire une cure de désintoxication. » (le narrateur homosexuel parlant de son amnt, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 94) ; « Tu es absolument paranoïaque. » (Michael, le héros homosexuel s’adressant à son colocataire gay Harold, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Nous sommes hystériques, obsessionnels et mégalomanes. » (Rudolf, l’un des héros homos s’adressant à ses deux autres potes homos, Gabriel et Nicolas, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « À la fin de la trilogie des frères Dardenne [« L’Enfant », « Le Fils » et « Rosetta »] , j’étais en réanimation à Robert Debré. » (Rodolphe Sand dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; etc.

 

Le délire que connaît le personnage homosexuel lui est parfois renvoyé par son entourage proche. Par exemple, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener, le père de Claire, l’héroïne lesbienne, n’arrête pas d’associer l’homosexualité (et ses dérivés) à une folie : « L’hétérosexualité montre bien la folie de ce monde ! » Il dénonce « la folie de cette société » et « la folie de ce gouvernement de merde » qui fait approuver des lois comme le « mariage pour tous ». Il traite sa fille Claire et sa compagne Suzanne de « deux folles ». Et lorsqu’elles lui annoncent qu’elles ont l’intention de se marier et d’avoir un enfant, il leur réplique : « Je ne suis pas totalement stupide. Je me doutais bien d’une folie de ce genre ! » Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, parce qu’elle est suspectée de lesbienne et qu’elle s’isole, Clara est traitée par ses camarades de « névrosée », de « pauvre tarée » : « Faut que t’ailles te faire soigner, ma pauvre fille ! » lui dira sa pote Séverine. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Dodo est considéré par Elsa comme un aliéné dans un hôpital psychiatrique, un handicapé, un fou qu’il faut prendre en pitié. Dans la pièce Et Dieu créa les fans (2016) de Jacky Goupil, Tom, le fan de Mylène Farmer, est interné en hôpital psychiatrique à cause de sa pathologie. Le médecin chargé de le soigner pète un câble devant ce cas désespéré : « Quelle clinique de dégénérés ! »

 

La folie du héros homosexuel passe également par le débordement dévorant des pulsions dites « amoureuses », débordement qui confine au fanatisme et à la psychopathie du violeur : « Tu vois pas qu’elle est folle ? Elle aime tout le monde. » (Jean-Pierre s’adressant à sa femme Fanny par rapport à Catherine la bisexuelle qui s’ingère dans leur couple, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Ma cruauté, dans ces instants, me préparait à l’idée qu’un jour je n’aurais plus vraiment de limite et que mon ‘vice’ m’avalerait entièrement. Je combinais et raisonnais de plus en plus en fonction de lui, sentant bien que, quand j’étais dans ces étranges dispositions, en crise, comme on dirait, c’était lui qui déterminait tout ce que je pensais et faisais. J’avais imaginé un moment demander à la petite voisine de passer me voir afin de faire ensemble ce que je l’avais obligée à faire seule devant moi, sachant combien j’aimais à outrepasser la pudeur des autres, pour le plaisir que son viol me donnait. Cette envie ne me quittait pas, mais je devais résister, c’était trop risqué. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. […] Je voulais ma nuit avec une femme. » (Alexandra, la narratrice lesbienne au discours obsessionnel, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; « J’ai par instants une telle envie du féminin que nulle considération morale ne peut empêcher ce qu’il faut bien appeler mes folies. » (idem, p. 102) ; « J’étais comme folle, dans un état de désir frénétique. » (idem, p. 141) ; « Non seulement j’suis fou… mais en plus, je ne pense qu’à ça. » (Hervé Nahel lors de son concert au Sentier des Halles, le 20 novembre 2011) ; « Mais oui mon chaton, je t’aime comme une folle. » (la femme s’adressant à son mari homo dans la pièce Tu m’aimes comment ? (2009) de Sophie Cadalen) ; « Mais quand on tombe amoureux on devient tous un peu fous. » (Ahmed dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Je suis devenue folle. Je suis devenue flle de quelqu’un. Et c’était pas de toi. Je suis désolée, je suis vraiment désolée. » (Rachel, l’héroïne lesbienne désamparée face à son mari Heck, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; etc.

 

Film "L'Inconnu du Nord-Express" d'Alfred Hitchcock

Film « L’Inconnu du Nord-Express » d’Alfred Hitchcock


 

Par exemple, dans le film « Bye Bye Blondie » (2011) de Virginie Despentes, Gloria et France se sont rencontrées dans un hôpital psychiatrique dans les années 1980. Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Chloé, l’héroïne lesbienne hyper introvertie et internée en HP, souffre de « catatonie », une maladie se manifestant par un « état de passivité, d’inertie motrice et psychique, alternant souvent avec des crises d’excitation, caractéristique de la schizophrénie » (p. 43). Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, montre une grande fragilité psychologique. Il consulte d’ailleurs pléthore de psychanalystes, ingurgite plein de médicaments pour gérer sa dépression identitaire et amoureuse, suit des cures, essaie de se faire passer pour fou afin d’échapper au service militaire. Le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems démarre avec la narratrice transgenre F to M en camisole de force sur scène. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz cherche à appeler par téléphone l’« asile de fous » pour y faire interner son amant : « Lui, Leopold, il est fou !!! » Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Angelo s’est retrouvé enfermé en asile pour érotomanie ; en fan déçu, il a tenté de kidnapper Carla Bruni (« Il est dingo, genre Cannibal Lecter ? » s’interroge Kévin sur son compte) et est recherché activement par la police qui tente de l’interner en hôpital psychiatrique (d’ailleurs, lui-même compare la ville de Toulouse à un HP). Dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, la mère de Juliette dit que sa fille « est devenue folle » sans savoir que celle-ci est tombée amoureuse de sa prof de français et a des comportements anormaux (vol à l’étalage, maquillage, etc.). Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, Vicky Fantômas a été enfermée à Sainte-Anne (« On lui faisait des électrochocs et on la laissait ressortir au bout de deux ou trois mois. ») et à l’Assistance publique, elle a poignardé sa voisine de lit à l’âge de treize ans. Plus tard, cette folle furieuse (qui est le double fantasmé et transgenre de son auteur) a été victime d’un attentat qui l’a défiguré, et on l’a soupçonnée d’être la terroriste qui transportait la bombe. Dans le film « Dressed To Kill » (« Pulsions », 1980) de Brian de Palma, le tueur psychopathe transgenre M to F est atteint d’un dédoublement de personnalités. Dans le film « Il ou Elle » (2012) d’Antoine et Pascale Serre, Florent Hostein s’habille en femme régulièrement et il a subi plusieurs internements en hôpital psychiatrique. Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Rovo, le « fou » du village, sort avec Abram : il est allé à l’asile psy… et y finira ses jours. Dans le téléfilm « Prayers For Bobby » (« Bobby, seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, Bobby, le héros homosexuel suicidaire, a de visions de lui dans un hôpital glauque. Dans le film « Joe + Belle » (2011) de Veronica Kedar, Joe est une jeune trafiquante de drogue, lesbienne, et qui vient de sortir d’un établissement psychiatrique. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Gabriel, l’homosexuel dépressif, émotif et efféminé, est « en travail » avec sa psy depuis plus de dix ans. Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm, la première image que nous voyons d’Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, c’est celle où, face au psychiatre de la clinique où il est interné pour dépression lourde (« Vous sortez d’une dépression grave. »), il exprime son désir de devenir prêtre et de rentrer au séminaire. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, finit par être interné dans un hôpital psychiatrique. C’est sa mère qui, contre toute attente, finit par s’en débarrasser et par « le placer » par surprise, car lui nie complètement sa pathologie : « J’irai pas dans un hôpital. Je suis pas fou! » Dans la pièce The Mousetrap (La Souricière, 1952) d’Agatha Christie (mise en scène en 2015 par Stan Risoch), Christopher Wren, le héros homosexuel, est présenté comme un jeune homme souffrant d’« instabilité mentale, ayant « déserté l’armée », « mentalement perturbé » et hyperactif. Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, le jeune gay Fabien s’achète des anti-dépresseurs. Dans la pièce Jardins secrets (2019) de Béatrice Collas, Maryline, l’héroïne bisexuelle, prof d’arts plastique, fait un burn out puis une cure suite à sa dépression. Elle avoue elle-même : « J’ai toujours attiré les dingues et les malades… à moins que ce ne soit l’inverse et que ce soient eux qui m’attirent. »

 

Film "Suddenly Last Summer" de Joseph Mankiewicz

Film « Suddenly Last Summer » de Joseph Mankiewicz


 

C’est parfois le milieu homosexuel qui est (décrit) comme un hôpital psychiatrique (par le héros homosexuel) : « Bonsoir mes amis dépressifs ! » (la figure de Mylène Farmer s’adressant à son public homo, dans le one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012) de Samuel Laroque) ; « J’ai pas l’impression d’être ancré dans la réalité ici. J’suis chez les dingos !! » (Monsieur Alvarez par rapport à l’agence immobilière tenu par Damien, le héros transgenre M to F, dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine) ; « Je suis bien ici avec mes malades. » (la psychiatre de l’hôpital de Marchenoir, dans le roman Le Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 157) ; « Hôpital psychiatrique, staliniste politique. » (cf. la chanson « Dizzidence Politik » du groupe Indochine) ; « On est tous des imbéciles. On est bien très bien débiles. » (cf. la chanson « On est tous des imbéciles » de Mylène Farmer) ; « Ben oui ! Tout le monde sait qu’y tiennent des camisoles de force dans tou’es théâtres du monde ! » (le narrateur homo s’adressant à sa mère en parlant des opéras très fréquentés par les homos, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 42) ; etc. Par exemple, la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet choisit comme cadre un asile où sont enfermées que des femmes folles : « Au fin fond d’une forêt, des personnes sont enfermées dans un hôpital psychiatrique. » (voix-off prononçant l’incipit) Dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt, Jack dit de son amant Paul qu’il ne tourne pas rond : « Les détraqués de ton espèce… » Dans son one-(wo)man-show Madame H. raconte la Saga des Transpédégouines (2007), Madame H. (travesti M to F) fait allusion au phénomène généralisé de la dépression chez les individus homosexuels. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, les quatre protagonistes homosexuels décrivent « les gays » comme « des cinglés, pour pas dire déréglés ».

 
 

c) L’antécédent familial : la mère folle

Film "The Goonies" de Richard Donner

Film « The Goonies » de Richard Donner


 

La folie qui submerge certains héros homosexuels semble être précédée par la folie ou la dépression de leur mère (plus la mère cinématographique ou fantasmée que la mère biologique réelle). On retrouve la maman folle (ça peut être la fameuse « fille à pédés ») par exemple dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset (avec Irène), le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, le film « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré, le roman Los Cascabeles De Madame Locura (1916) d’Antonio de Hoyos, le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol (Madeleine, l’héroïne surnommée « la vieille folle »), la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo (avec la mère droguée et dépressive de Giulia, l’héroïne lesbienne), le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, le film « Un beau jour, un coiffeur… » (2004) de Gilles Bindi, la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi (avec Daphnée, la mère indigne et infanticide internée en clinique psychiatrique), le film « Female Trouble » (1975) de John Waters, le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, le film « Les Frissons de l’angoisse » (1975) de Dario Argento, le film « Pourquoi pas ! » (1977) de Coline Serreau, le film « Emporte-moi » (1998) de Léa Pool (avec le personnage d’Hanna), le téléfilm « Sa Raison d’être » (2008) de Renaud Bertrand (avec Hélène), le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala, le film « Juste un peu de réconfort » (2004) d’Armand Lameloise, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand (avec la mère de JP), le film « Hazel » (2012) de Tamer Ruggli (avec la mère obsessionnelle et au bord de la crise de nerfs), le film « Diva Histeria » (2006) de Denis Gueguin, le film « La Mujer Sin Cabeza » (« Une Femme sans tête » (2008) de Lucrecia Martel, le film « Belle Salope » (2010) de Philippe Roger, la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov (dans l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1, Karma et Amy présentent chacune de leur mère comme un « cas »), la chanson « Maman est folle » de William Sheller, etc.

 

« Ma mère a fait une dépression nerveuse et on l’a fait soigner. » (Ahmed dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Ma mère est devenue folle parce que mon père buvait trop. » (cf. la chanson « Banlieue Nord » de Johnny Rockfort dans l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; « Sacrée, ma mère dans son hôpital psychiatrique. » (cf. une réplique de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg) ; « Dans la famille Maboule, je voudrais la grand-mère. » (Micka jouant au Jeu de 7 familles avec ses amis, dans le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent) ; « Depuis sa dernière lobotomie ma mère n’est plus la même. » (« L. », le héros transgenre M to F, de la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Je suis trop folle pour un garçon dans ton genre. » (Chloé s’adressant à Martin, le héros sur qui pèse une forte présomption d’homosexualité, et dont la mère de celle-ci est en dépression, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Cette capacité à passer de l’hystérie à la douceur maternelle… » (Elliot par rapport à Preciosa dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Il faut qu’on s’occupe de la vieille folle ! » (Angelo par rapport à la mère de Kévin, le héros homo, dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone) ; « Moi, j’en suis à ma troisième dépression nerveuse. » (la mère de François, le héros homo, dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Elle se dit à mi-voix : ‘Je suis folle… […] Pareille à une folle, elle disait des mots et Péliou dressait les oreilles, croyait qu’elle lui parlait. » (Félicité, la mère du protagoniste, dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, pp. 66-68) ; « Ma mère est déjà folle. » (Alicia dans le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio) ; « Ma mère est sourde et folle depuis la crise. » (Eugène, le tailleur homosexuel de la pièce Casimir et Caroline (2009) d’Ödön von Horváth) ; « J’ai cru que j’allais devenir folle. Complètement folle. » (la femme de Daniel par rapport à l’homosexualité de son mari dans la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely) ; « Ma mère est littéralement en train de perdre la tête. » (Randall dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 229) ; « T’es complètement Alzheimer. » (Hubert, le héros homo s’adressant à sa mère dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Le comportement de la mère était irrégulier. » (le narrateur homosexuel dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 48) ; « Je ne suis pas folle ! » (la mère cyclothymique d’Evita, dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « T’es complètement folle en fait. » (Roberto, le transsexuel M to F s’adressant à sa mère lesbienne Alba dans la pièce Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet) ; « Elle est toujours aussi hystérique, ma folle de mère ? » (idem) ; « Je ne suis pas folle, vous savez. Bonsoir ! » (la parodie d’Isabelle Adjani jouée par Florence Foresti dans l’émission On n’est pas couché sur France 2, parodie très appréciée des personnes homosexuelles) ; « Elle est chtarbée, putain… » (Steve, le héros homosexuel, parlant de sa mère Diane, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan) ; « Je suis en train de devenir folle. » (Diane, idem) ; « Elle est folle. » (Yoann, le héros homosexuel, à propos de Solange, la belle-mère, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Elle a craqué, maman. » (idem) ; « Je suis déprimée. » (la mère de Luce, l’héroïne lesbienne du film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; « Est-ce que je fais de la dépression, moi ? Pourtant, j’aurais de quoi avec le mari que j’ai…[…] Dépressive ? Je ne suis pas dépressive. J’ai pas le temps d’être dépressive. » (Laurent Spielvogel imitant sa mère s’adressant à lui et qui radote comme une folle, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « La mienne est folle. » (Marc, le héros homo parlant de sa mère, dans le film « Jongens », « Boys » (2013) de Mischa Kamp) ; « Eh bien moi j’ai raté l’ENA. Maman était folle… » (Yvan Burger incarne un soldat de l’armée homosexuel, dans le sketch « La Corvée de pluche » (1983) des Inconnus) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, la mère d’Henri, le héros homosexuel, se montre insupportable car elle n’arrête pas de bavarder – c’est un disque qui tourne à vide – et de brimer son fils, reportant ainsi ses propres angoisses sur lui. Dans le roman Deux Garçons (2014) de Philippe Mezescaze, Philippe, pour fuir la folie de sa mère, arrive à La Rochelle et s’installe chez sa grand-mère. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille (interprétée par Catherine Deneuve) est une mère un peu psychopathe, qui a du mal à accepter la mort de son fils, et qui transpose complètement la vie de Matthieu sur celle de son tueur, Franck. Ce dernier finit par s’en inquiéter : « Vous êtes complètement… » Dans le roman Courir avec des ciseaux (2007) d’Augusten Burroughs, la mère d’Augusten, le héros homosexuel (double de l’auteur), est décrite par son fils comme une « mère complètement psychotique ». Dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann, Robbie décrit sa mère comme « une vieille à moitié folle ». Dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, la mère de Paul a fait une dépression très grave. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, quand Bryan dit à Stéphanie que sa propre mère est folle, elle lui rétorque que « c’est lui qui l’a rendu folle » (p. 180). Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (épisode 1 de la saison 2), Guillaume, l’un des héros homos, a une mère babos et bobo complètement illuminée, refusant de vieillir, ayant été quitté par son mari, voulant fuir en Inde, et ne voulant pas que son fils s’en aille au séminaire et la laisse « comme une vieille folle avec ses anti-dépresseurs« . Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, a une mère qui se drogue, pique des colères homériques, lui soutire de l’argent, est complètement paumée psychologiquement. Dans le film « Die Mitter der Welt » (« Moi et mon monde », 2016) de Jakob M Erwa, Glass, la maman de Phil le héros homo, a fait un « séjour à l’hôpital ». Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Grace, la mère de John le héros homo, est alcoolique, fantasque, et part dans ses délires car elle est en dépression.

 

La folie de la mère peut être l’autre nom de l’amour incestuel voire homosexuel que la génitrice maintient avec sa fille ou son fils homo. Par exemple, dans l’épisode 506 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 12 juillet 2019 sur TF1, la relation entre Anne-Marie, la mère homophobe, et sa fille lesbienne Sandrine semble être passionnelle, amoureuse. « À cette époque, j’étais folle d’elle, contrairement à ce qu’on pouvait croire. » (Anne-Marie).
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La peur de devenir fou :

Essai Psychiatrie et homosexualité de Malick Briki

Essai Psychiatrie et homosexualité de Malick Briki


 

Les personnes homosexuelles ne s’auto-désignent pas « folles » ou queer pour des prunes ! La pathologie ou la folie exerce sur elles une fascination mêlée de peur, parce qu’elles ne la maîtrisent pas autant qu’elles se l’imaginent : « Je travaille à ma ‘Folie’ qui risque dans ce dévidage du délire de devenir un peu trop ce qu’elle a toujours prétendu être. » (cf. une lettre de Michel Foucault à un ami, le 22 novembre 1958) ; « Tu vois. Je marche vraiment sur la tête. Je sais pas comment te dire. » (Thérèse, femme lesbienne de 70 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « J’avais peur d’être fou. » (Allen Ginsberg dans le biopic « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman) ; « Ce que je redoute le plus avec ce syndrome XXY, c’est que si je prends pas d’hormones, je deviens fou, un danger envers les autres et moi-même. » (Vincent Guillot, militant intersexe, dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018) ; « Je rêve parfois que je n’ai plus ni hanches, ni fesses, ni jambes. Ma folie ne va pas jusque-là. » (personne intersexe qui se fait appeler « M », idem) ; etc. Par exemple, Virginia Woolf a vécu toute sa vie dans la crainte de devenir folle, si bien qu’elle décida d’arrêter son calvaire en se suicidant le 28 mars 1941. À la fin du documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan, l’homme transsexuel M to F Bambi avoue avoir peur de vivre des « crises de folie ».

 

N’oublions pas non plus qu’à l’origine, le mot et le concept d’« homosexualité » (en tant qu’identité de personne et en tant que « couple d’amour ») est un pur produit de la psychiatrie et de la médecine légale de la fin du XIXe siècle. Les individus homosexuels d’aujourd’hui et d’hier, ou ceux qui se présentent comme « hétéros gay friendly » rentrent complètement dans ce jeu déshumanisant, froid et homophobe de la psychiatrie post-moderne puisqu’ils placent tous leurs espoirs sur l’endocrinologie, la sociologie, la génétique, la psychiatrie, la psychologie, l’anthropologie, l’historiographie, afin de rechercher les « causes » de l’homosexualité ou de prouver qu’elle n’est pas un choix, qu’elle serait « naturelle » et donc non-modifiable.

 
 

b) Les liens concrets entre désir homosexuel et pathologie :

Quelques dates-clés. L’Association psychiatrique américaine – en lien avec OMS (Organisation Mondiale de la Santé) – décida en 1973 de rayer l’homosexualité de sa liste des désordres mentaux (la France fera de même en 1992). En 1987, l’APA (l’Association des Psychiatres Américains) fit disparaître pour l’homosexualité la nomination de perversion pour la remplacer par celle de paraphilie. Sur le territoire français, la transidentité – tout comme l’homosexualité jusqu’en 1981 – a été classée comme pathologie mentale avant d’être rayée de la liste des maladies psychiatriques par décret le 10 février 2010.

 

Parce qu’on n’a pas voulu stigmatiser les personnes homosexuelles et qu’on leur voulait du bien, du jour au lendemain, les organismes scientifiques internationaux ont décrété que nous ne souffrions plus du tout ! Ils sont passés d’un extrême à l’autre. Est-ce aussi simple ? Peut-on décider, parce qu’on veut le bien de la personne, de nier sa souffrance, et donc une part importante de sa personne ? Je ne crois pas. Bien sûr, il n’y a pas à enfermer les gens dans leurs blessures ni les réduire à celles-ci. Mais le véritable accueil de la personne passe par la reconnaissance aussi de ses blessures, si elle en a vraiment.

 

Le déni bien intentionné ou politisé de la pathologie qu’est le désir homosexuel non seulement ne règle pas les problèmes des personnes homosexuelles, mais en plus, en rajoute une couche. Dès qu’on se penche sur la plaie de l’homosexualité, on hallucine de voir que beaucoup d’entre elles sont au fond du trou ou du désespoir. Effectivement, beaucoup de personnes homosexuelles ont été internées à l’hôpital psychiatrique et souffrent, sinon de pathologies, au moins de névroses prononcées : Andy Warhol, Malcolm Lowry, Raúl Gómez Jattin, Serguei Esenin, Carson McCullers, Vaslav Nijinski, Stéphan Desbordes-Dufas, Louis II de Bavière, Ted Smith, Paul Verlaine, Virginia Woolf, Gribouille, Allen Ginsberg, Violette Leduc, Maurice Rostand, Jane Bowles, Salvador Dalí, Pierre Guyotat, Tennessee Williams, etc. « J’ai passé 8 mois chez les dingues. […] J’avais promis au médecin que j’allais devenir hétérosexuel. » (Allen Ginsberg dans le biopic « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman) ; « Je suis né avec une dépression. […] Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude, les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants, la prison de la dépression et de la Maison de la Santé. » (Yves Saint-Laurent dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; « Arrive pour Stéphane le service militaire, il déserte, disparaît pendant des mois dans les bas-fonds de Paris où j’ai fini par le retrouver, est repris, mis en asile psychiatrique militaire, et est gracié sur intervention de Mme Mitterrand, à la prière d’un haut fonctionnaire qui, épris de son charme, désirait avoir avec lui une liaison durable, une union. Cet amoureux malheureux téléphonait nuitamment à Estelle, la mère de Stéphane, en la suppliant, en vain, d’obtenir de son fils que ce fils adopte pour cela une conduite plus « cohérente » (c’était son mot) : ne plus se prostituer, cesser d’être dealer. » (Paul Veyne, Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), pp. 236-237) ; « Tu disparais pendant des mois, terrassée par la dépression. » (la Reine Christine, pseudo « lesbienne », s’adressant à elle-même à la deuxième personne, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « J’ai saisi l’opportunité d’une dépression et d’un grand abattement pour me marier. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; « À 18 ans, je n’allais vraiment pas bien. J’ai fait une grosse dépression. J’ai été hospitalisée suite à ça, plusieurs fois. Durant cette année, j’ai fait des allers-retours à l’hôpital. Et même dans ce milieu hospitalier où j’étais, c’était pas mieux. C’est ce qui ‘a amené à faire une tentative de suicide alors que j’étais à l’hôpital à ce moment-là. » (Noémie, jeune témoin lesbienne de 20 ans, dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014, Amina, femme lesbienne de 20 ans, est internée en hôpital psychiatrique. Dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010, Alexandre, jeune témoin homo suisse de 24 ans, a été interné par des mouvements évangéliques : « Ils l’ont mis dans une clinique psychiatrique. » (le père d’Alexandre) Le pasteur de l’Église qu’il a fréquentée aux États-Unis lui a dit : « Tu es homosexuel. Tu es malade. Tu pourrais contaminer les autres. » Il lui a proposé une guérison.

 

Le comportement homosexuel louvoie avec l’homosexualité de circonstance impulsée par la consommation de drogues, les situations d’enfermement et d’incarcération : cf. le documentaire « Çürük – The Pink Report » (2010) d’Ulrike Böhnisch. « Dans les prisons et les asiles psychiatriques, la conduite homosexuelle augmente considérablement. » (les docteurs Alberto Solá et Esteve Cirera, cités dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 287) Il y a de nombreux ponts qui existent entre les Alcooliques Anonymes et la communauté homosexuelle, par exemple (certaines personnes cumulent l’addiction aux drogues et l’addiction au sexe). « L’homosexualité ne conduit pas seulement à la pédophilie. Mais aussi au meurtre, à la dépression et à la toxicomanie. Les statistiques le prouvent. » (Petras Gražulis, président du groupe politique lituanien d’extrême droite Ordre et Justice, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt)

 

Si ce n’est pas d’être internées, beaucoup personnes homosexuelles se sont au moins passionnées pour le monde de la folie. L’univers de la psychiatrie et de la pathologie attire un certain nombre d’intellectuels homosexuels : Félix Guattari, Tennessee Williams, Mylène Farmer, Pedro Almodóvar, Werner Schrœter, Patrice Chéreau, Alfred Hitchcock, etc. Juan Soto, ou même Michel Foucault, ont travaillé en clinique psychiatrique. Gertrude Stein, dans les années 1910-1920, fit des études de médecine psychiatrique. Il est également étonnant de voir le nombre de personnes homosexuelles – en général pas les plus équilibrées… au point qu’on a l’impression qu’elles essaient de régler et de justifier leurs propres névroses – qui s’inscrivent en fac de psycho, qui se lancent dans la psychanalyse, la sexologie et la psychiatrie. On peut craindre pour les générations à venir…

 

Même si tout être humain est perturbé et blessé, et que les individus homosexuels n’ont pas le monopole de la pathologie, il faut reconnaître qu’ils aggravent leur cas et élargissent leurs blessures psychiques en les niant systématiquement, en refusant leurs limites humaines, leur vulnérabilité, la violence et la régression de la pratique homo, et en extériorisant leur mal-être sur l’« homophobie » sociale (cf. je vous renvoie aux documentaires « Das Ganze Leben » (1983) de Bruno Moll, « Ce n’est pas l’homosexuel qui est pervers mais la situation dans laquelle il vit » (1970) de Rosa von Praunheim, etc.) « Je dis que si l’homosexuel est malade, ce n’est pas par son homosexualité, c’est dans la condition que la société fait à son homosexualité. » (Jean-Louis Bory dans l’émission Les Dossiers de l’écran, sur la chaîne Antenne 2, 21 janvier 1975) ; « C’est vous qui avez peur, qui êtes pris dans une psychose ou névrosés, ce n’est pas moi, ce n’est pas nous. » (Guy Hocquenghem, Le Désir homosexuel (1972), p. 11) ; « L’homosexualité est-elle une névrose ? Il est certain qu’un assez grand nombre d’homos présentent des caractéristiques névrotiques, ne serait-ce qu’un complexe de culpabilité plus ou moins intense, des angoisses et des obsessions de diverses natures. Point n’est besoin, pour le prouver, de citer André Gide et ses obsessions musicales, ni les phobies de Marcel Proust. Mais les conditions d’existence que leur crée la société suffiraient largement pour expliquer toutes les névroses possibles. Comment échapperaient-ils aux angoisses et aux complexes de culpabilité, alors que tout, autour d’eux, contribue à les culpabiliser et à leur donner un sentiment d’insécurité ? » (Marc Daniel, André Baudry, Les Homosexuels (1973), pp. 58-59) ; etc. Par exemple, toutes les fois où j’ai essayé de parler avec des personnes transsexuelles (parfois très drôles et assez intelligentes, au demeurant) pour les mettre devant le fait accompli de leur fuite du Réel, j’ai eu affaire à la même opposition : « Pfff… on croirait entendre les psychiatres ! » Certaines cachent bien leur blessure identitaire par l’humour ou le travestissement : « Le travesti se sent complètement étranger à son propre sexe, ses sensations de femmes, ou d’homme, le saturent entièrement, sans que l’on puisse constater en lui le moindre signe de folie. » (C. Westphal, en 1870, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 306)

 

Les personnes homosexuelles blessées psychiquement ne manquent pourtant pas ! Voici quelques portraits : « À mon avis, Louis II n’était pas schizophrène, mais il souffrait plutôt d’un trouble borderline, c’est-à-dire à la frontière entre normalité et psychose, qui présente un état-limite. Les personnes atteintes de ce trouble peuvent se comporter de manière tout à fait normale lorsqu’elles bénéficient de conditions favorables, et de façon très perturbées voire carrément psychotiques lorsqu’elles se trouvent dans des conditions défavorables. Et Louis II bénéficie sans doute des conditions les plus défavorables qui soient : personne pour le contredire, personne pour s’opposer à ses folies. » (Wolfgang Schmidbauer, psychanalyste, dans le documentaire « Louis II de Bavière, la mort du Roi » (2004) de Ray Müller et Matthias Unterburg) ; « Elle est gravement malade et vit dans un monde imaginaire si bizarre et si éloigné de la réalité qu’on ne peut absolument pas lui faire entendre raison. » (Annemarie Schwarzenbach à propos de l’écrivaine lesbienne Carson McCullers, dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, p. 103) ; « Carson McCullers souffrait de malaises psychosomatiques répétés. Qu’à toute situation de crise, elle répondait par des comportements portant la marque de l’hystérie. » (idem, pp. 129-130) ; « Il y a chez Carson McCullers une instabilité psychique, voire un schéma dépressif chronique, qu’elle cherche à compenser par l’alcool et que celui-ci souligne. » (idem, p. 136) ; « Le rôle le plus long et le plus pathétique de sa carrière : celui du ‘fou’. […] Le danseur présenta très tôt des signes de grande fragilité émotionnelle. […] Les ombres de la folie se firent bientôt plus menaçantes, et à l’automne de 1918, Nijinski montra des signes inquiétants de déséquilibre qui culminèrent à la fin de l’année. […] Nijinski avait déjà frappé sa femme, allant même jusqu’à la pousser violemment dans l’escalier de la villa. […] Il devait partir pour l’hôpital psychiatrique Burghölzli. On décida d’opter pour le sanatorium. Il partit pour le sanatorium Bellevue, à Kreuzlingen. Vaslav Nijinski n’avait que trente ans. » (Christian Dumais-Lvowski, dans l’avant-propos du journal Cahiers (1919) de Vaslav Nijinski, pp. 9-15) ; « Je n’ai pas fait de séjour en hôpital psychiatrique, comme beaucoup d’autres homosexuels de ma génération. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 12) ; « Et qu’il me soit permis de poser une question : est-ce un hasard si les femmes très en demande de sexualité que j’ai rencontrées dans ma vie étaient guettées par la maladie mentale ? Qu’on le veuille ou non, même à notre époque, même en occident, même chez les jeunes, la sexualité féminine est loin d’être libérée. » (idem, p. 109) ; « Je rentre en clinique pour dépression nerveuse. » (Catherine s’adressant à son amante Paula, dans l’autobiographie de Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 18) ; « Il y a aussi des allusions à une tentative de suicide qu’elle avait faite quand elle était adolescente… Hélène était malade. La plupart du temps, elle était brillante, elle passait aussi par des épisodes de dépression où, de son propre aveu, elle n’était plus elle-même. » (Paula Dumont, op. cit., p. 57) ; etc.

 

Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent est diagnostiqué « maniaco-dépressif » et interné. Il ne répond pas à son appel d’incorporation à l’armée française pour la Guerre d’Algérie : « Entre l’armée et toi… tu n’es pas allé plus loin que l’Hôpital du Val de Grâce. » commente Pierre Bergé, son compagnon. Ce dernier poursuit : « Tu es entré en maladie comme on entre en religion. […] Tu n’étais heureux que deux fois par an : au printemps et à l’automne. » Quant à Michel Leiris, il subit en 1929 une grave dépression nerveuse, une période d’incapacité totale qui nécessita, pendant environ un an, un traitement psychiatrique approprié.

 

Parmi les célébrités qu’on voit actuellement à la télévision défendre la cause homosexuelle, il est facile de cerner les personnalités paranoïaques (la palme revient à Caroline Fourest et à Didier Éribon), hystériques (Frigide Barjot, Caroline Mécary), mythomanes (Eddy Bellegueule), sadiques et maniaco-dépressives (Marc-Olivier Fogiel, Laurent Ruquier), schizophrènes/autistes (Laure Pora), exhibitionnistes, etc. Et si on ne veut pas employer de mots qui font peur, on dira queer (= étranges) ou « compliquées » (cf. l’article « La Folle compliquée » de Didier Lestrade, publié le 10 juillet 2011 dans la revue Minorités.org).

 

Laure Pora pleine de peinture rouge à la Fondation Lejeune

Laure Pora (transgenre M to F) plein de peinture rouge à la Fondation Lejeune


 

Le déni des pathologies comprises dans le désir homo et aggravées par la pratique homosexuelle expliquent qu’on reconnaisse dans le « milieu homo », et même dans les couples homos campagnards soi-disant « hors milieu », tous les symptômes et tous les profils psycho-pathologiques recensés par la tradition psychiatrique : fétichisme, dépression, schizophrénie, paranoïa, voyeurisme (addiction à la pornographie), masochisme, pyromanie, érotomanie, zoophilie, nécrophilie, sadisme, etc. Beaucoup de personnes homos vivent en amour homosexuel des histoires compliquées, de fortes déceptions de s’être trop données ou d’avoir été trahies, et cela les plonge souvent dans de profondes dépressions. « Très vite, les lettres échangées prirent, du moins pour moi, une tournure nettement sentimentale. Un jour, la femme de mon… amant platonique découvrit toute l’histoire ; et je souffris de nouveau énormément de cet amour malheureux ; je fus même au bord du suicide. À la suite de cette dépression nerveuse, le médecin de la famille, un être jeune, aimable et profondément humain, s’intéressa à moi, me confessa et finit par découvrir que ma vie sexuelle était reléguée à l’arrière-plan de mon existence. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, cité dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 81)

 

Dans mon entourage proche, j’observe sur les sites de rencontres homos, en boîtes, en soirées, avec mes amis homos, des comportements absolument incroyables. Ça commence doucement : dépression, mélancolie, analphabétisme et illettrisme, incapacité à écouter et à communiquer ses émotions (présentée comme de la « timidité » : à d’autres…), dépendance à la drogue ou à la mère, sauvagerie sociale, infidélité, mensonge, repliement sur soi, etc. Et puis parfois, ça prend des allures de films d’action ou d’épouvante : vols, viols, troubles bipolaires, sadisme, dédoublement de personnalité, vengeance, harcèlement psychologique, meurtre, etc. « La folie. Elle finissait toujours par réapparaître dans notre vie et détruisait peu à peu quelque chose en moi. Tu étais fou. Je l’étais aussi, mais beaucoup, beaucoup moins que toi. » (Abdellah Taïa  s’adressant à son amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 120) ; « Je fis la connaissance d’une sorte de gitan (c’est d’ailleurs moi qui l’abordai et l’enlevai, littéralement). Il était grand et je le trouvais beau, mais dans un triste état vestimentaire que venait encore renforcer une réticence marquée à l’égard de tous les principes d’hygiène élémentaire. Tandis que, comme l’aurait fait une ‘fille’, je l’invitais à monter dans ma voiture et à s’y installer avec son baluchon, je ne cessais de me répéter : ‘Tu es fou… Tout cela finira mal…[…] Le lendemain, après m’avoir tapé de quatre mille francs et ‘emprunté’ ma montre, il disparut de lui-même. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 108) ; etc. Mes potes homos m’ont raconté des épisodes de leur vie amoureuse ahurissants : leur « ex » qui se fait passer pour un flic et appelle chez leurs parents, leur amant qui les suit en filature en voiture en pleine ville (course-poursuite urbaine), leur « plan cul » qui leur vole leur carte de crédit, etc. C’est à peine croyable. Certaines de mes amies lesbiennes m’ont assuré, avant d’avoir choisi la continence, qu’elles « n’étaient sorties qu’avec des folles ». Ceci est confirmé par quelques témoignages publiques : « À l’âge de 21 ans, j’ai recommencé à avoir des aventures avec des nanas. C’était toujours des catastrophes intersidérales. Je tombais sur des nanas complètement dingues, enfin je ne sais pas, c’était affreux. » (Louise, femme lesbienne de 31 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 54)

 

Par bien des aspects, la communauté homosexuelle a tout l’air d’un hôpital psychiatrique non-agréé, qui pue le malaise mal géré. Dans la réalité, il n’est pas rare de rencontrer des cas de catatonie (état de passivité, d’inertie motrice et psychique, alternant souvent avec des crises d’excitation, caractéristique de la schizophrénie) parmi les habitants apathiques du « milieu » (et particulièrement sur les chat gays et les réseaux sociaux). Certains individus homosexuels ne semblent avoir d’avis sur rien, aucune conversation, aucun caractère ni personnalité. Pire que ça : ils parlent comme des robots qui ne pensent qu’à baiser pour se sentir vivants. La plupart ont une double vie, mentent et dissimulent sans arrêt. Et pour ce qui est des profils de mecs homosexuels au contraire super bavards, on peut constater curieusement que ce sont surtout les personnalités homosexuelles les plus perturbées qui psychiatrisent le plus tous ceux qu’elles se choisissent pour ennemis (il n’y a qu’à voir les procès pour folie que je subis en masse sur Twitter en ce moment par certains internautes LGBTI, qui n’ont que l’homophobie pathologisée comme argumentaire, pour le comprendre !). « Fou » est un mot commode pour ne rien nommer du tout, et par conséquent ne rien essayer de comprendre non plus, puisqu’il s’agit d’innommable, de non-représentable, d’impensable, d’irrationnel. La présomption de folie ou le diagnostic d’« homophobie intériorisée » dispensent à ces psychiatres-de-comptoir d’avoir à argumenter et à voir qu’ils projettent sur moi leurs propres pathologies. D’ailleurs, leurs discours calomnieux n’ont souvent ni queue ni tête, et fonctionnent par associations phoniques de mots ou d’idées, par inversions et par slogans au syllogisme douteux. Exactement comme le dialogue insensé entre le Lièvre de Mars, le Chapelier toqué et Alice dans le dessin animé « Alice au pays des merveilles » (1951) de Walt Disney.

 

Film "Alice In Wonderland" de Walt Disney

Film « Alice In Wonderland » de Walt Disney


 

Le Chapelier toqué : « Pourquoi un corbeau ressemble-il à un grain de sel ?

Alice – Mais oui c’est vrai.

Le Lièvre de Mars – Qu’est ce que vous dites ?

Alice – Pourquoi un corbeau ressemble-il à un grain de sel ?

Le Chapelier toqué – Mais qu’est ce qu’elle raconte ?

Le Lièvre de Mars – Mais c’est elle qui a un grain !!! »

 
 

MILIEU PSYCHIATRIQUE Mariage

 

Actuellement, un des signes marquants de cette pathologie homosexuelle (et hétérosexuelle, après tout), c’est la frénésie à demander des lois sociétales (« mariage pour tous », PMA, adoption, GPA, théorie du Gender, etc.) qui poussent les êtres humains à la banalisation/négation de la différence des sexes, au déni du Réel/des limites de l’Humanité, et à la marchandisation des rapports humains sous couvert de solidarité, de sentiments et d’égalité des droits. En avril 2014, un ami homo très lucide me parlait des « couples » homos de son entourage qui avaient fait le pas de réclamer le mariage, et qui, loin d’être ceux des couples les plus durables et les plus solides de la communauté (car ceux-là n’ont pas l’orgueil de demander quelque chose qui ne leur revient pas par nature), étaient au contraire les personnalités les plus inquiétantes et les plus déstructurées qu’il connaissait : « C’est drôle, plus les mecs sont instables, ne se respectent pas, plus ils réclament ce mariage, autrement dit, ils demandent à la République le respect qu’ils ne s’accordent pas à eux-mêmes…entre autres… » À ce jour, je ne côtoie aucun « couple » homo qui se soit lancé dans le « mariage pour tous » en respectant le mariage et les enfants (et personne, dans mes connaissances homos, n’a su me fournir des exemples plus probants) : ils l’ont fait pour le symbole, pour des idéologies, par volontarisme, par paranoïa. Et leur agressivité obsessionnelle traduit bien une angoisse pathologique et une psychorigidité.

 

Milieu psy priscilla

Film « Priscilla folle du désert » de Stephan Elliott


 

Même s’il faut manier les mots, les concepts et les réalités spirituelles avec précaution, je me risque enfin à identifier la blessure psychique homo-bisexuelle en tant que phénomène concrètement démoniaque. Les prêtres exorcistes, qui sont des hommes avec la tête sur les épaules, et qui ont parfois interrogé les rares personnes possédées par Baal/Satan, attestent que le diable s’intéresse de près à la sexualité et au psychisme humains : « Baal dit : ‘Je rends faible. […] Baal va précipiter des gens très mortifiés, à la fois dans leur chair par des attaques de types affectives, sexuelles, imaginatives, dans leur orgueil parce qu’ils sont diminués, et dans leur psychisme. Son lieu de prédilection, c’est l’hôpital psychiatrique. Et il nous disait de façon assez cynique : ‘Je fais tout pour que les hôpitaux psychiatriques sortent des villes afin que jamais un malade n’entende la moindre cloche. Je vous dis ce que Baal dit des cloches : ‘Je ne veux pas que la cloche sonne l’Angélus. Quand une cloche sonne, cela retentit à mes oreilles et ça me fait fuir, car la cloche met plein d’amour partout, cela met plein de joie et d’allégresse dans tous les cœurs, même les païens l’entendent, cela leur met le bonheur dans le cœur. C’est un son audible qui transmet l’amour audiblement. C’est encore un truc de l’Église, je n’aime pas du tout l’Église. Chaque petite note de musique dans l’air, cela réchauffe le cœur des mourants, cela aide les mamans à avoir de l’amour pour leurs enfants, cela aide les papas à avoir de la force pour travailler dans les champs ; ceux qui travaillent dans les tours, ils n’entendent pas. Les enfants dans les parcs et les enfants à l’école, ils entendent les cloches. Ce n’est pas pareil que la sonnerie de l’usine, ce n’est pas pareil les cloches. La sonnerie, voilà le bruit que moi j’aime, la sonnerie. Cela étouffe la voix de l’amour. La sonnerie, c’est malin : on sort, on arrête, on fait. Tandis que la cloche, c’est un son qui donne la force aux papas, le sourire aux mamans, la joie aux enfants, l’amour à tous. Les mourants, ça leur apporte l’espérance du Ciel et moi, je ne suis pas content de tout cela. Je vais vous dire un truc, cela, c’est mon truc. Je fais en sorte que les hôpitaux soient très loin des villes pour qu’ils soient loin des églises. Ce que je n’aime pas, c’est qu’on garde l’église à l’intérieur de l’hôpital et qu’on fasse sonner les cloches dans les hôpitaux. » (Père Pascal, frère jésuite exorciste citant le diable qu’il a entendu, « Baal, ennemi de l’Église », Actes du colloque de Banneux, les Attaques du démon contre l’Église (2009), pp. 149-150)

 
 

c) L’antécédent familial : la mère folle

La folie qui submerge certaines personnes homosexuelles semble être précédée par la folie ou la dépression de leur mère (plus la mère cinématographique ou fantasmée que la mère biologique réelle), semble émerger sur un terrain familial ou social psychologiquement troublé. C’est mon cas : ma maman a vécu une grosse dépression pendant vingt ans et en est sortie quand j’avais douze ans. Et parmi mes amis homos, j’en connais beaucoup qui ont dû porter très tôt l’hystérie, la déprime, la dépression, l’hospitalisation, de leur mère… et qui se sont sentis l’obligation de l’imiter…« Elle a mis à chauffer la cire sur la cuisinière. Les pots ont explosé et le liquide brûlant a recouvert son corps comme une horrible robe dégoulinante. Elle a passé des mois à l’hôpital. Nous avons entendu son cri désespéré quand elle s’est regardée dans le miroir pou la première fois après l’accident. Nous étions à notre porte, sur la terrasse. Elle est rentrée comme une folle dans le poulailler et, pour se venger de sa tragédie, elle a égorgé, une à une, toutes les poules qui essayaient de s’envoler avec terreur. J’ai compris l’absurdité d’avoir des ailes sans pouvoir voler. Elle a fini par saisir le coq qu’elle a achevé avec les dents. Un nuage laissa filtrer les rayons d’une lune grise qui illumina le terrible visage monstrueux, ensanglanté par le sang du coq. Quelque temps après, elle est repartie. Elle a disparu dans la nature. Peut-être a-t-elle cherché dans la jungle la compassion des bêtes […]. Ce poulailler devint ma scène : il avait été le décor d’une véritable tragédie, je pouvais donc l’habiter de mes fantaisies. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 166-167) ; « Pas étonnant que le fils soit folle, quand on voit sa mère… » (cf. une formule citée dans la revue Têtu, n°135, juillet-août 2008, p. 72) ; « Ma mère elle était malade. Mais maintenant, elle comprend tout. » (Roberto, disquaire homo, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; « À l’époque, j’avais une mère qui était dépressive. » (Éric, homosexuel et séropositif, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) ; « On m’en veut parce qu’elle a voulu se suicider, mais, puisqu’elle a fait ça, c’est qu’elle est folle et moi je n’y suis pour rien. » (Stéphane, jeune homme qui se prostitue homosexuellement, parlant de sa propre mère, dans l’autobiographie Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014) de Paul Veyne, p. 234) ; etc. Par exemple, Mylène Farmer s’intéresse beaucoup à l’actrice France Farmer (qui lui donna son pseudonyme), femme qui finit sa vie complètement folle. Les membres de la communauté homosexuelle vouent une mystérieuse fascination identificatoire pour des actrices un peu barrées voire suicidaires : Marilyn Monroe, Maria Callas, Judy Garland, Dalida, Lady Gaga, Björk, Marianne James, etc. L’hystérie maternelle est un thème de prédilection des réalisateurs ou des écrivains tels que Gaël Morel, Pedro Almodóvar, François Ozon, Rainer Werner Fassbinder, Copi, Michel Bellin, Federico García Lorca, etc.

 

Certaines personnalités homosexuelles témoignent également de la pathologie de leur mère de sang : « Je ne pouvais supporter qu’une telle dégradation frappe ma mère. Un jour, j’ai rêvé que je lui criais avec colère : ‘Arrête d’être folle ! » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 11) ; « Ma mère était hospitalisée en psychiatrie. Je n’avais personne vers qui me tourner. » (Robert, homosexuel, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 46) ; « Mon père veut nous éloigner de la famille folle de ma mère. Il nous protège. Il la protège aussi. Elle est vulnérable. Quand elle pleure, je sais que ma mère est comme eux, malade des nerfs. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 38) ; « Cecilia, la mère d’Ernestino, riait comme une folle. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 193) ; etc. Par exemple, la mère d’Allen Ginsberg, Naomi, mourut dans un asile de fous ; il n’avait que 6 ans quand elle a été internée. Aux États-Unis, Jeffrey Dahmer (alias le « Monstre de Milvaukee ») est un vrai cannibale et nécrophile, homosexuel de surcroît : entre 1978 et 1991, il a tué dix-sept jeunes hommes. Il a grandi élevé par une mère en dépression nerveuse. Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, il est dit que la maman de Christine « est fragile psychologiquement et jalouse de son nouveau-né ». La Reine Christine parle même de « sa démente mère ».

 

La nervosité et l’orgueil maternels ont pu être anxiogènes et reportés sous forme d’homosexualité sur les personnes homosexuelles. « Face à mes bouffées de stress matinales, ma mère avait fini par s’inquiéter et appeler le médecin. Il avait été décidé que je prendrais des gouttes plusieurs fois par jour pour me calmer (mon père s’en moquait Comme dans les asiles de dingues’). Ma mère répondait, quand la question lui était posée, que j’étais nerveux depuis toujours. Peut-être même hyperactif. » (Eddy Bellegueule, En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 64) ; « Ma mère pleurait de désespoir, dans son grand manteau de fourrure qui faisait d’elle une espèce d’ours sinistre : une grosse boule de poil en larmes qui me rendait encore plus cafardeux. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 193) ; « Lattéfa était possédée mais je n’ai jamais su comment cela avait commencé pour elle. Pour quelle faute ? Quel crime ? Quel but ? Et jusqu’à quand allait-elle être étrangère à elle-même, juste à côté de la folie ? J’étais Lattéfa. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 86-87) ; etc.

 

Actuellement, beaucoup de mères et de femmes, dans leur déni de leur sexuation ou dans leur prétention à prendre la place des hommes ou de leur mari, nourrissent leur propre hystérie et leurs angoisses. Ce n’est pas un hasard si Jacques Lacan dit que l’hystérie est « la maladie de l’utérus migrateur », en parallèle avec l’homme phallique. Et maintenant, avec la pratique mondialisée de l’adoption, des PMA et GPA, la mère folle devient beaucoup de femmes lesbiennes en couple !

 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.