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Code n°125 – Miroir (sous-code : Miroir brisé ou kaléidoscopique / Traversée du miroir / Alice au pays des merveilles)

Miroir

Miroir

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Bianca Castafiore dans la B.D. "Les Bijoux de la Castafiore" d'Hergé

Bianca Castafiore dans la B.D. « Les Bijoux de la Castafiore » d’Hergé


 

« Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis quelqu’un d’autre ! ». Voilà le cri existentiel et idolâtre (narcissique) que la grande majorité des personnes homosexuelles lancent inconsciemment à leur société et à elles-mêmes. La glace étant l’instrument d’inversion (sexuée, sexuelle) par excellence, il était logique qu’elle soit plébiscitée par la communauté homosexuelle, assemblée humaine en panne d’identité et à la recherche de l’« Irréalité à forme humaine et réaliste ». Beaucoup de personnes homosexuelles envisagent la Réalité (et l’Amour : cf. je vous renvoie aux codes « Amant narcissique » et « Cercueil en cristal » de mon Dictionnaire des codes homosexuels) comme un miroir à la fois sans fond et dont paradoxalement elles cherchent à se convaincre de la réelle profondeur. Mirage désirant et actionnel assuré !

 
 

N.B. : je vous renvoie également aux codes « Clonage », « Se prendre pour Dieu », « Amant narcissique », « Cercueil en cristal », « Emma Bovary ‘Oh mon Dieu !’ », « Photographe », « Eau », « Lunettes d’or », « Homosexualité, vérité télévisuelle ? », « Inversion », « Femme au balcon », « Planeur », « Main coupée », « Haine de la beauté », « Télévore et Cinévore », « Regard féminin », « Pygmalion », « Poupées », « Amant modèle photographique », « Homme invisible », « Doubles schizophréniques », « Jumeaux », « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau », à la partie « Crâne en cristal » du code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », et à la partie « Paravent » du code « Maquillage », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Miroir, mon beau miroir :

Le miroir occupe une très grande place dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. le film « Behind Glass » (1981) d’Ab Van Leperen, le conte Lisa-Loup et le conteur (2003) de Mylène Farmer (avec le garçon plat), le one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval (avec la chanson la chanson « Mirror, Mirror » en duo entre Madame Raymonde), la pièce Le Jour de Valentin (2009) d’Ivan Viripaev (avec Katia devant son miroir), le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, le film « Mann Mit Bart » (« Bearded Man », 2010) de Maria Pavlidou, le film « Aynehaye Rooberoo » (« Facing Mirrors », 2011) de Negar Azarbayjani, le film « Crystal » (2003) d’Anne Crémieux, le film « Is-Slottet » (1987) de Per Blom (avec le mystérieux Palais des Glaces), le film « Mirror, Mirror » (1978) d’Edward Fleming, le film « L’Enfant miroir » (1990) de Philip Ridley, le film « Espelho De Carne » (1983) d’Antonio Carlos Fontoura, le film « Gulabi Aaina » (« The Ink Mirror », 2003) de Sridhar Rangyan, le film « I’ll Be Your Mirror » (1996) de Nan Goldin, le film « Jeu de miroir » (2002) d’Harry Richard, etc.

 

« Oh mon Dieu ! Mes yeux n’ont jamais vu de richesses pareilles ! Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir ! » (Lourdes trouvant un miroir dans son coffre, dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « Je vous envie d’aimer les vitres comme vous les aimez. » (Marie-Louise, une brodeuse parlant de Sidonie et de la Reine Marie-Antoinette, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Hubert, ma psyché ! » (Cyrille, le héros homosexuel de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Elle [Sylvia, l’héroïne lesbienne] montra du doigt une petite chouette d’or sommairement travaillée, aux ailes d’émeraude, la tête piquée de diamants avec deux topazes pour les yeux. […] Je revois cet oiseau plus nettement que son visage dont je ne perçois qu’un seul profil – l’autre moitié devenue invisible, à la manière d’un miroir. » (Harry Muslisch, Deux Femmes (1975), p. 30) ; « Le miroir est une femme intersidérale. » (c.f. la chanson « Intersidérale » de Bilal Hassani) ; etc.

 

Le personnage homosexuel cherche parfois à être plat comme son miroir : « James cultivait l’art d’être superficiel. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), p. 52) Par exemple, dans la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, adaptée par Pierre Constant, le miroir devient fil de fer du funambule. La nouvelle « Marcovaldo Tarsile De La Tour Montigny Xuclar I Fer Ampolles » (1975) de Terenci Moix raconte l’histoire d’un homme dont l’obsession de sa vie est la « longitude ». Dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011), Raphaël Beaumont se prend pour une vitre de pare-brise de voiture : « Déjà réincarné ?!? Efficace, le système informatique là-haut ! Quoi ? En vitre ??? Je crois qu’il y a une erreur. […] Tout le monde ne parle pas miroir. […]Je suis superstitieux ? Superficiel ?? Je sais. » Dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau, la Bête énumère les 5 instruments sur lesquels repose son pouvoir : « Mon miroir, mon gant, mon cheval, ma rose et ma clé d’or. »

 

Le miroir permet au héros homosexuel de fuir sa réalité et le monde : « Comme si j’étais assis là-haut au Paradis, de l’autre côté de ma vie, mon paradis acquis. » (cf. la chanson « Soudain » d’Étienne Daho) ; « Le monde est froid. Subitement distant verni aseptisé. Je le regarde à travers cette vitre. Je le vois loin, hors de portée. J’en suis comme en retrait, exclue, ou au moins séparée. […]  C’est entre 8 et 9 ans que je me suis décollée du monde – ou plutôt qu’il a décollé de moi pour être donné en spectacle – et depuis je cherche en vain comment y rentrer et m’y fondre, comment retraverser la vitre. » (Mireille Best, Camille en octobre (1988), p. 105) Par exemple, dans son one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba, Fayçal Ben Checri, le héros homosexuel, est en train de répéter ses pas de danse classique devant son miroir. Dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, Gabriel, l’adolescent homosexuel rêveur et déprimé, est toujours filmé derrière une vitre de voiture, de vitre de bus.

 

Stéphanie, héros trans M to F du film "Wild Side" de Sébastien Lifshitz

Stéphanie, héros trans M to F du film « Wild Side » de Sébastien Lifshitz


 

Le miroir donne l’illusion de dépasser les 4 frontières du Réel humain et de l’Amour que sont la différence des sexes, la différence des générations, la différence des espaces et la différence Créateur/créatures : « Vous, Oiseaux-Comédiens, aidez-moi à franchir le miroir… de l’enfance perdue. » (Camarade Constance dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « Devant le miroir, Cody lève les cheveux de sa perruque blonde et dit ‘Je souis Catherine Denouve, non, dans une film de Bunuel ?’ En me regardant, les cheveux toujours maintenus en l’air, il dit ‘Toi, tu es Vanessa ? Ça fait très français, ça, comme nom, quoi. Catherine  Denouve et Vanessa de Paris, les putes gratuites qui cherchent les hommes pour leur vagina» (Cody, le héros homosexuel efféminé nord-américain, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 101) ; « Je suis de l’autre côté du miroir. » (Damien, travesti M to F de la pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine) ; « Je suis passé de l’autre côté du miroir. J’ai recollé mes morceaux. » (Mr Alvarez, travesti M to F, idem) ; « Je m’examinais longuement dans le miroir. » (la narratrice transgenre F to M au moment de se travestir en homme, dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; etc. Par exemple, dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Juliette se sert du miroir pour se prendre pour se lesbianiser et se vieillir afin de séduire sa prof de français. Dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Miriam, l’héroïne transsexuelle F to M (transformée en « Lukas »), passe son temps à se scruter dans le miroir, et vit l’angoisse du Dorian Gray. Pendant tout le film « Tomboy » (2011) de Céline Sciamma, la jeune Laure (qui se prend pour un garçon) se regarde sans cesse dans le miroir.

 

Le miroir est figure d’inversion sexuelle. Par exemple, dans le film « Jeu de miroir » (2002) de Harry Richard, les deux frères jumeaux (dont l’un est homo) portent des prénoms-anagrammes : Leon et Noel. Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, Rayon, le héros transsexuel M to F, a plein de photos d’actrices autour de son miroir. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, le miroir est omniprésent dans le quotidien des personnages, et surtout ceux qui sont intersexes et transsexuels. Le film démarre par Rana qui se regarde dans sa glace de rétroviseur de voiture. Plus tard, alors qu’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M se rase la barbe (ou plutôt fait semblant de le faire), elle est surprise par l’arrivée d’Akram, la belle-mère de Rana, qui l’a vue dans la salle de bain, et elle se coupe au visage. Adineh sanglotte comme une enfant devant son miroir. Mais finalement, plus de peur que de mal : « J’aurais pu te taillader le visage ! » la prévient quand même Akram. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, vit sa vie à travers les miroirs. Par exemple, quand il parle devant sa glace, il imite un dialogue entre Dick et sa compagne Marge, en alternant la voix masculine puis féminine… parce qu’il est amoureux de Dick.

 

Le soupçon intime d’homosexualité chez le personnage homosexuel a parfois besoin du monde du miroir pour acquérir une consistance. Je vous renvoie au film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano. Dans le film « Les Roseaux sauvages » (1994) d’André Téchiné, François se répète plusieurs fois de suite devant sa glace qu’il est homo. Dans le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, Sita, l’héroïne lesbienne fait de même.

 

Film "Les Roseaux sauvages" d'André Téchiné

Film « Les Roseaux sauvages » d’André Téchiné


 

Il est fréquent qu’Alice au pays des merveilles (celle qui a traversé le miroir du sommeil pour entrer dans la rêverie puérile) apparaisse dans les créations homo-érotiques : cf. la pièce musicale Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi, le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba, le film « Alice In Andrew’s Land » (2011) de Lauren Mackenzie (avec Alice, transgenre F to M), le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau (avec l’histoire du petit homme qui traverse le miroir), la photo Miroir d’Alice (1932) de Duane Michals, le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan (avec Francis, le héros homosexuel, qui a « vu un lapin blanc »), la chanson « Dans un autre pays » de Goûts de luxe, etc.

 

« Je m’appelle Alice, comme Alice au pays des merveilles. » (Chiara dans le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo) ; « C’est pas vrai, la vieille Alice ! Je te croyais à l’hospice ! » (Fifi s’adressant à son ami travesti M to F Mimi – c’est la première phrase de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je viens de l’autre côté du miroir, […]  du côté du faux jardin. » (le narrateur de la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; etc.

 

Le héros homosexuel essaie, en vrai marginal, de traverser le miroir : cf. le roman La Traversée des apparences (1948) de Virginia Woolf, le film « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman, les films « Orphée » (1949) et « Le Sang d’un poète » (1930) de Jean Cocteau, le poème « Del Otro Lado » de Luis Cernuda dans le recueil Desolación De La Quimera (1956-1962), la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau, le film « Tras El Cristal » (1986) d’Agustí Villaronga, le roman Le Syndrome de Lazare (2007) de Michel Canesi et Jamil Rahmani, le film « Del Otro Lado » (1999) de C. A. Griffith, la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer, le film « Behind Glass » (1981) d’Ab Van Ieperen, le tableau Le Faux Pas (2002) de Michel Giliberti, etc.

 

Film "Orphée" de Jean Cocteau

Film « Orphée » de Jean Cocteau


 

Dans les créations homo-érotiques, le passage du miroir est parfois symbolisé par un simple voile, une forêt de linge étendu sur des cordes, ou un rideau opaque : cf. le film « La Vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard, le film « Que faisaient les femmes pendant que l’homme marchait sur la lune ? » (2001) de Chris Vander Stappen, le film « W » (1998) de Luc Freit, le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell, le film « Una Giornata Particolare », « Une Journée particulière » (1977) d’Ettore Scola (avec les barrières de linge entre Antonietta et Gabriele le héros homosexuel), etc. « La dentelle, c’est comme un miroir. » (Doña Augusta dans le roman Paradiso (1967) de José Lezama Lima, p. 19)

 
 

 

b) Le narcissisme individuel :

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Le héros homosexuel très souvent se voue un culte à lui-même et à son image spéculaire (il ne fait pas la différence entre les deux). Il est très proche du personnage mythologique de Narcisse : cf. le roman A Sodoma En Tren Cobijo (1933) d’Álvaro Retana (avec le personnage de Nemesio), le film « Le Narcisse noir » (1947) de Powell et Pressburger, le film « Image In The Snow » (1940) de Willard Maas, cf. le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos (avec Silverio devant son miroir), le film « Pink Narcissus » (1971) de James Bidgood, le roman Le Traité de Narcisse (1891) d’André Gide, le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec la femme-fillette lesbienne allongée près d’un étang artificiel d’eau), le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès (avec le visage dans l’eau), la chanson « Narcissus Is Back » de Christine & the Queens, etc.
 

Par exemple, dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry affirme dès le début qu’il n’y a que lui qui l’intéresse. La première scène du film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne est précisément le moment où Guillaume, le héros bisexuel, se maquille et se raconte devant sa glace de coulisses théâtrales. Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Jézabel, l’héroïne bisexuelle, n’arrête pas de se peindre elle-même en autoportrait. Dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Luca passe son temps à renifler et effleurer son corps, à se palper. Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, réclame toute l’attention à lui tout seul : « Personne ne me regarde ! »

 

Il arrive que le héros personnage s’aime tellement qu’il se prend pour un être immanent, auto-créé, divin : « Et oui, Dieu était une femme… allez y touchez, touchez… Je comprends, vous êtes impressionnés… Moi, aussi, à chaque fois que je me regarde dans une glace… Ça me fait pareil… C’est tellement beau. J’comprends que vous ayez tous les yeux fixés sur moi. » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’espère, avec un peu de chance, que dans le monde entier, y’aura des meufs qui auront des posters de moi dans leur chambre ! » (Océane Rose-Marie, l’héroïne lesbienne, en conclusion de son one-woman-show Chaton violents, 2015) ; « Ton fils c’est ton portrait craché. Tout pour l’apparence. » (Laurent Spielvogel imitant son père parlant à sa mère, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; « Le problème, c’est que tu n’aimes que toi. » (Adrien s’adressant à Louise, le personnage trans M to F, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « Tu ramènes tout à toi. » (idem) ; etc.

 
 

c) Le narcissisme collectif et communautarisé :

Mais le narcissisme homosexuel n’est pas qu’individuel. Il semble réunir la majorité des amis homos du héros gay. « On fuit toutes certaines réalités face au miroir. » (c.f. la chanson du film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, parlant au nom de toutes les femmes lesbiennes). Par exemple, dans le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo, ou encore dans la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, tous les personnages se regardent continuellement dans le miroir. Le film « Far West » (2002) de Pascal-Alex Vincent démarre sur une scène de chorégraphie de groupe de potes gays devant un grand paroi spéculaire de salle de danse. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, les miroirs sont omniprésents : dans la vie intime des héroïnes lesbiennes, mais aussi dans leur univers de beaux-ardeux. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, le groupe de potes homos est présenté comme un concentré de narcissiques. « Tu passes des heures devant ton miroir, passées à mettre des crèmes et des masques. Et on ne voit même pas la différence. » dit par exemple Michael à son colocataire Harold. Quant au personnage hyper efféminé d’Emory – qui affirme avoir « fait du patin à glace » dans sa jeunesse –, il se repoudre le nez devant sa glace en faisant sa précieuse : « Je ne suis pas prête pour le gros plan, M. DeMille. Il va falloir attendre. » Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc, le héros homosexuel, évoque, concernant le « milieu homo », « ces boîtes à la mode où la jeunesse pavane sa beauté, ses pectoraux et son linge neuf en un perpétuel spectacle de soi-même » (p. 226). Dans le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, le monde du miroir est présenté comme le « milieu homosexuel ». Dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen, Graziella, l’agent de Tom (le héros homo) qui veut le forcer à paraître hétéro, lui soumet un test de questions pour savoir s’il arrive à rentrer dans la peau de son personnage. Et l’un des questions est : « Football ou patinage artistique ? » Tom prend sur lui pour répondre « Football »… mais le « naturel » ne tarde pas à revenir au galop.

 

Comédie musicale Sauna de Nicolas Guilleminot

Comédie musicale Sauna de Nicolas Guilleminot


 
 

d) Le miroir est la figure de l’éclatement identitaire :

Film "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes" de François Ozon

Film « Gouttes d’eau sur pierres brûlantes » de François Ozon


 

À force de se regarder de trop près le nombril, un certain nombre de personnages homosexuels finissent par ne plus pouvoir se voir du tout : cf. le film « Reflections In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le film « Amnesia – The James Brighton Enigma » (« Amnésie, l’énigme James Brighton », 2005) de Denis Langlois, le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu (avec le miroir-clapet de Kena, l’héroïne lesbienne divisée), etc.

 

Film "Amnesia" de Denis Langlois

Film « Amnesia » de Denis Langlois


 

« Dans l’rétro ma vie qui s’anamorphose. » (cf. la chanson « California » de Mylène Farmer) ; « Surprise, elle me dévisage sur le cliché et puis en chair et en os, et après se regarde longuement dans la glace. J’accroche la photo au coin du miroir, et me reflète à mon tour. Je suis derrière elle, et je lui parle à l’oreille, fixant son double qui me fait face. » (Cécile à propos de son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, pp. 47-48) ; « Je comprends pas mon corps. Le plaisir qu’il trouve, et qu’il prend, à savoir les yeux d’Irène dans un coin du miroir. Sa volonté de se soumettre aussi vite à la nécessité qui l’oblige. Ce que sa main droite est en train de faire sous le drap bleu, qui me donne la honte rouge. » (le narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 86) ; etc.

 

Le héros homosexuel vit tellement dans l’horizontalité et la superficialité de son désir qu’il finit par croire ou vivre la chute sans s’en rendre compte. Le vertical surgit inopinément de l’horizontal. C’est le cas dans le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, où la chute dans les graviers succède à la scène du miroir narcissique. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, le héros homosexuel, a du mal à se tenir droit, et à rester droit… si bien qu’il se croit atteint de vertiges et de signes physiques montrant qu’il est malade du Sida.

 

MIROIR The Irrepressibles Croop

 

Le symbole du miroir brisé, multiple ou kaléidoscopique est omniprésent dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. la couverture de l’album « The Irrepressibles » du groupe Coop (avec les 4 visages coupés en 2 de Jamie McDermott), la pièce Mon Amour (2009) d’Emmanuel Adely (avec le miroir fragmenté), la pièce Betty Speaks (2009) de Louise de Ville, le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier, la chanson « En miettes » d’Oshen, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, le film « Grande École » (2004) de Robert Salis, le film « Happy Together » (1997) de Wong Far-Wai, le film « Swimming Pool » (2003) de François Ozon, le film « La Femme du chef de gare » (1976) de Rainer Werner Fassbinder, le film « Mulholland Drive » (2001) de David Lynch, le film « Casablanca » (1942) de Michael Curtiz, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « Thomas trébuche » (1998) de Pascal-Alex Vincent, le roman La Sombra El Humo En El Espejo (1924) d’Augusto d’Halmar, le film « Miroirs brisés » (1984) de Marleen Gorris, le vidéo-clip de la chanson « College Boy » d’Indochine (avec le miroir brisé dans le casier), le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz (avec Ayrton se regardant avec mépris devant sa glace à plusieurs battants), etc. « Toutes les vitres avaient volé en éclats, même celles des miroirs, ainsi que la vaisselle et les bouteilles. » (Copi, « Les Potins de la femme assise » (1978), p. 33) ; « Oh, merde, j’ai un kaléidoscope dans la tête ! » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Une rêverie de cristal éveillait peu à peu son âme dans un courant de plaisirs. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite en 2003 par un ami angevin, p. 30) ; « Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas ; mais homo, bi, hétéro c’est pareil, on ne mange pas dans les assiettes cassées. » (le chauffeur taxi dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 120) ; « Des images se projetaient dans mon esprit, tels les morceaux d’un miroir fracassé. » (Éric, le héros homosexuel du roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 115) ; « Le Masque est tombé. Le Miroir brisé. Qui peut m’regarder sans me juger ? » (cf. la chanson « Si mes larmes tombent » de Christophe Willem) ; etc. Par exemple, dans la pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine, les deux amis transgenres M to F, Jacques et Damien, se rendent ensemble voir un film expérimental, « Éclat de viande », au cinéma. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, les miroirs sont très présents et renvoient toujours à l’angoisse du héros homo, Frankie : il se scrute tout le temps pour savoir s’il a des tâches de Sida sur la peau ; et à chaque fois qu’il se regarde dans le miroir, il finit toujours par se voir flouté. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, peut s’admirer partout dans les nombreux miroirs de sa salle de bain. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, Louis, le héros homo « qui ne s’assume pas », prononce plusieurs fois devant son miroir « Je suis pas homo », avant de le briser comme un boxeur. Dans l’épisode 4 de la saison 3 de la série Black Mirror (« San Junipero »), Kelly, l’héroïne lesbienne, brise son miroir dans les toilettes de la boîte.

 

Les héros homosexuels visent tous inconsciemment à devenir l’androgyne, cet être divisé, éclaté, hyper-sexué et asexué à la fois, kaléidoscopique, à plusieurs faces comme le diamant ou le diable : « Le Dieu des Hommes […] s’éleva de 7 mètres au-dessus de nous, allant se placer haut à l’intérieur de l’aiguille de la Sainte-Chapelle dont les vitraux à mille et une couleurs produisaient sur lui (un barbu blanc aussi poilu qu’un ours polaire) un effet de kaléidoscope très agréable. » (Gouri, le rat bisexuel du roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 85) ; « Elle me paraît minuscule, et comme en hauteur, au sommet d’une montagne, parmi les neiges éternelles. Pour couronner le tout, elle a beau être assise immobile dans le canapé, j’ai l’impression qu’elle remue ses hanches, qu’elle ondule de droite et de gauche, comme si elle faisait la danse du ventre, avec des oscillations de sirène, des variations régulières de courbe sinusoïdale. Vu d’ici, ça fait plein de petites étoiles scintillantes. L’image se décompose, à travers une sorte de filtre brumeux, un diamant taillé ou un kaléidoscope, comme dans les films psychédéliques ou les premiers épisodes de Columbo» (Yvon en parlant de la dangereuse Groucha, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 264) ; etc. Par exemple, dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, c’est l’angoisse pour l’héroïne bisexuelle Nina, qui se voit partout dans les miroirs et qui se sent attaquée par eux, par elle-même, dans un élan d’autodestruction étrange et irrationnel.

 
 

e) Le miroir est la figure de la haine de soi, du viol et de la mort :

Film "La Belle et la Bête" de Walt Disney

Film « La Belle et la Bête » de Walt Disney


 

Comme le miroir éloigne le héros homosexuel de lui-même et des autres, il finit par lui apparaître comme un menteur ou un méchant reflet. « Jane s’assit au bout du lit et vit un instant le visage de sa mère en train de lui sourire dans le miroir de la penderie. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 105) ; « À l’intérieur, l’excès de miroirs était censé exprimer une certaine idée du luxe, mais les reflets importuns l’énervèrent. » (Jane, l’héroïne lesbienne par rapport à la salle de bain, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 17) ; « Sur le moment, il me semble qu’un tiers se tromperait à prétendre me désigner lequel, de mon reflet ou de moi, est l’original et lequel la copie. […] Moi Vincent Garbo regardant celui qui me regarde, la bénéfique utilité du miroir se retourne en maléfice : non seulement mon reflet a pour moi cessé d’être la preuve que je peux être vu, que je suis dans cette pièce et que je pourrais en sortir, mais il me persuade même carrément du contraire. Je ne serais pas du tout surpris de voir l’autre quitter le miroir et d’être obligé d’attendre qu’il y revienne pour pouvoir exister encore un peu. » (Quentin Lamotta, Vincent Garbo (2010), p. 53) Il déclenche en général chez le protagoniste homosexuel l’hilarité, la cruauté, le mépris ou le sentiment d’être merdique : cf. le roman Défauts dans le miroir (1981) de Patrick White. « Je ris de me voir si con dans ce miroir. » (cf. le film « J’aimerais j’aimerais » (2007) de Jann Halexander) ; « Vidvn riait devant le miroir de l’archevêque, pavoisant. » (Copi, La Cité des Rats (1979), p. 125) ; « On n’a même pas de miroir, dans ces satellites ! Je vais me regarder dans l’eau des waters ! » (Loretta Strong, le héros travesti M to F, dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « Épreuve du miroir. Le jeu des 7 erreurs. » (Djalil s’adressant à sa mère dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « Mon prof de philosophie mort en mirant son reflet dans un miroir fendu scandalisé par sa laideur ! » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite en 2003 par un ami homosexuel angevin, p. 63) ; « Cesse d’enfiler cette cagoule comme un singe qui découvre son reflet dans le miroir ! » (le Père 2 s’adressant à son futur gendre homosexuel, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; etc. Par exemple, dans le film « Rebel Without Cause » (« La Fureur de vivre », 1955) de Nicholas Ray, Jim (James Dean), le héros bisexuel, déclare à son amie Judy (Natalie Wood) que son reflet dans son miroir de poche ressemble à une guenon.

 

B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi

B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi


 

Alba – « Tu t’es regardée dans un miroir dernièrement ?

Zulma – Non.

Alba – Eh ben fais-le. Tu feras des cauchemars. »

(Alba parlant de sa mère Zulma dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet)

 

MIROIR Assise brisé (1)

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

« J’ai presque couru jusqu’aux toilettes, comme si j’allais vomir au lieu de pleurer, me suis assise sur le couvercle de la cuvette et j’ai pleuré, pleuré, sans comprendre pourquoi. J’ai regardé mon reflet dans le miroir de la salle de bains, les traces de larmes, les yeux rouges, et je me suis souvenue d’une chose, juste une chose, d’un moment semblable, d’une époque semblable. Où je me regardais dans ce miroir. En pleurant. Je savais ce que c’était. La sonnette de la porte d’entrée a retenti. » (Ronit, l’un des héroïnes lesbiennes du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 167) ; « Je me suis enfermée à clé dans la salle de bains. Je me souviens des gouttes de sang écarlates dans le lavabo, d’une couleur incroyable, du tourbillon rouge et rose quand j’ai ouvert le robinet. Je me souviens d’avoir pleuré, un peu. D’avoir été étonnée de pleurer. De m’être regardée dans le miroir, au-dessus du lavabo, d’avoir vu mon visage en pleurs, sans reconnaître mon propre reflet. » (idem, p. 219) ; « J’avais rêvé que j’observais le viol de lady Philippa par les vitraux brisés de la chapelle. En même temps, j’étais lady Philippa moi-même, contemplant terrorisée mon propre visage dans l’ouverture en forme d’ogive, depuis la pierre tombale où je subissais ce terrible attentat. En revanche, mon agresseur lui-même n’était dans mon rêve qu’une masse sombre et sans visage. » (Bathilde dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 303) ; « Une ou deux minutes passèrent, puis, levant les yeux, il se vit soudain dans un miroir incliné au-dessus du lit et remarqua que sa cravate était de travers ; il répara aussitôt ce désordre de ses grosses mains qui tremblaient un peu. ‘Ça, par exemple !’ murmura-t-il. Plusieurs fois il répéta cette phrase sur le ton d’une grande surprise, et, sans regarder le lit, tourna les talons et gagna la porte. » (Paul Esménard après le meurtre de Berthe qu’il a étranglée, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 117) ; « J’ai fait installer des miroirs pour que vous puissiez mourir au pluriel. » (Merteuil dans la peau de Valmont, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; etc.

 

Le miroir brisé est souvent un signe d’inceste, de viol, de mort et de suicide dans les fictions homo-érotiques : cf. le film « Shower » (2012) de Christian K. Norvalls (avec le meurtre sous les douches municipales), le film « Esos Dos » (2012) de Javier de la Torre (avec Eloy, le prostitué qui se regarde toujours dans la glace), le film « Le Miroir de l’obscène » (1973) de Jess Franco, la pièce Bodas De Sangre (Noces de sang, 1932) de Federico García Lorca, le recueil de poésies A Través De Un Espejo Oscuro (1988-2004) de Leopoldo Alas, le roman La Sombra Del Humo En El Espejo (1924) d’Augusto d’Halmar, le poème « El Inquisidor Ante El Espejo » (1977) de Vicente Aleixandre, le film « La Tour Montparnasse infernale » (2000) de Charles Némès, le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré (avec notamment Narcisse, l’imbuvable), le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, etc. « Les miroirs de la salle de bains étaient couverts de buée, mais elle voyait l’étrangère qu’elle était devenue, difforme et vaguement rose dans la glace embuée. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 41).
 

Par exemple, dans la mise en scène par Adrien Utchanah en 2010 de la pièce La Pyramide (1975) de Copi, on entend un bruit de miroir brisé précisément quand la Vache sacrée se poignarde le cœur. Dans la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz, la reine Marguerite se plait à admirer, horrifiée, sa « laideur » devant son miroir au moment de commettre un crime. Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Élisabeth a besoin du miroir pour croire en son horreur, pour se la rendre réelle. Elle récite, comme une femme possédée, un discours « diabolique », après avoir empoisonné mortellement son frère adoré Paul : « Il faut rendre la vie invivable. Il faut être laide à faire peur… » Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, sous la douche, Clara, l’héroïne lesbienne, voit dans une flaque le reflet riant et diabolique d’un de ses agresseurs lesbophobes. Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, le miroir brisé des toilettes de la boîte gay apparaît pile dans la scène où le pasteur homophobe Ralph va pénétrer par sodomie un jeune homme qui a reconnu sa double vie. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, la fenêtre est souvent le miroir dans lequel l’héroïne lesbienne, Charlène, contemple sa propre triste ou l’horreur de son acte criminel. Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, se rend chez un chirurgien pratiquant la « médecine esthétique pour rajeunir. Le résultat n’est d’ailleurs pas toujours à la hauteur de ses espérances. Il parle « des effets mordants du peeling » et des ratés de son médecin qui le bronze de trop. Et il découvre horrifié sa gueule de « gros lézard qui mue » dans un double miroir. Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, à la fin, la grand-mère de Tommaso (le héros homosexuel) se maquille pour retrouver la jeunesse de ses vingts ans, face à plusieurs miroirs, avant de se suicider. Dès les premières images du film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, on voit le protagoniste homosexuel, Davide, regarder par le trou des interstices de ses miroirs. Il s’est composé une caverne de miroirs cachés dans le grenier familial dans laquelle se réfugier secrètement. Un jour, son père, ayant découvert sa cachette, l’entraîne de force dans le grenier pour que Davide le voie détruire au marteau tous les miroirs. Dans ce film, ces derniers sont tellement signes de souffrance, de destruction narcissique, que la dernière image montre Davide face à son reflet spéculaire, en train de crier d’horreur.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Miroir, mon beau miroir :

Il est étonnant de voir l’idolâtrie des personnes homosexuelles pour les miroirs. Je vous renvoie au documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz ainsi qu’au documentaire « Mirror, Mirror » (1996) de Baillie Walsh. Dans Logique du sens (1969), Gilles Deleuze s’intéresse à la traversée du miroir dans le chef-d’œuvre de Lewis Carroll Alice au pays des merveilles (De l’autre côté du miroir).

 

« La dualité m’a toujours fasciné, tout comme les miroirs et les images filmées. » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), p. 35)

 

MIROIR Cocteau

 

Par exemple, l’artiste femme performer Orlan considère son corps comme un média, comme un instrument de son désir de nomadisme : « Je suis une homme et un femme. » Elle s’entoure de miroirs pour « se voir à l’intérieur ». Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Edwarda, une visiteuse du musée illuminée, observe dans un tableau de Balthus représentant une femme dans sa salle de bain un fantôme ou une Alice enfermée dans un placard-miroir : « Le miroir devait faire la même taille que la toile. »

 

D’ailleurs, le soupçon intime d’homosexualité (y compris celui que les personnes homosexuelles projettent sur « les hétéros ») a parfois besoin du monde du miroir pour acquérir une consistance. « Les machos – comme les camionneurs, les flics, les joueurs de football – sont beaucoup plus complexes qu’ils ne veulent le reconnaître. Ils ont des besoins qui sont pour eux carrément inexprimables. Ils n’osent pas se regarder dans le miroir. C’est pourquoi ils ont besoin des pédés. Ils ont inventés les pédés afin d’accomplir un fantasme sexuel sur le corps d’un autre homme sans en assumer la responsabilité. » (James Baldwin, « Go The Way Your Blood Beats » : An Interview… » de Richard Goldstein, Village Voice, 26 juin 1984, pp. 13-16); « Je me regarde dans la glace et je contemple mon visage. […] Je me dis à voix haute que je suis homosexuel ! Je me le répète deux, trois, quatre fois. » (Alexandre Delmar, Prélude à une Vie heureuse (2004), p. 119) ; etc.

 

Par exemple, il n’y a qu’à regarder le nombre de miroirs de notre existence (les tables de lycée, les plexiglas des métros, les graffitis aux toilettes publiques, etc.) où sont gravés les mots « PD » ou « enculé » pour découvrir que l’homosexualité est une vérité avant tout spéculaire. Autre exemple : dans l’émission Jour après Jour (novembre 2000) animée par Jean-Luc Delarue sur la chaîne France 2, Jérôme affirme qu’il a été obligé de répéter plusieurs fois à son propre reflet dans le miroir qu’il était homo pour assumer une homosexualité qu’il ressentait comme monstrueuse.

 
 

b) Le narcissisme individuel :

La passion de certaines personnes homosexuelles pour le miroir dévoile leur croyance en leur auto-engendrement. Pour le psychanalyste Alfred Adler, « la perspective homosexuelle se développe très tôt chez des enfants égocentriques. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 200) Beaucoup d’entre elles construisent autour de leur être un véritable culte de la personnalité. Il suffit d’observer leur rapport aux miroirs, en discothèque notamment, ou bien encore leur attitude de femme fatale ou de dandy en présence d’un appareil photo, pour le constater. Elles se scrutent sans arrêt et pâtissent de la maladie du Don Juan qui cherche constamment à plaire, à faire plaisir, et à savoir ce que les autres pensent de lui, sans jamais arriver à satiété. Cela se transforme souvent en onanisme : « Les choses du cul sont la santé même ! Il s’agit de jouir loyalement de son être. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976)

 

Certains créateurs homosexuels construisent carrément des Narcisses modernes avec leurs caméras et leurs appareils photos. Par exemple, les photographes Pierre et Gilles ont fait de Matthieu Charneau leur nouvelle égérie, leur « Narcisse ».

 

Pierre et Gilles

Pierre et Gilles


 

Pendant son concert à L’Européen de Paris le 6 juin 2011, la chanteuse trans F to M Oshen (Océane Rose-Marie, la fameuse « lesbienne invisible », qui se fait appeler désormais « Océan ») se regarde dans son verre à pied, s’arrange et s’adore dans son reflet : le verre en cristal lui sert de miroir narcissique. Dans le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, est obsédé par son miroir. Ce dernier est comme une drogue auto-destructrice. D’ailleurs, les images du film oscillent entre des plans rapprochés de portraits de Victor au miroir et de prises de médicaments. À un moment, un des miroirs dans lequel il se voit lui présente une image triplée de lui-même.

 

Les personnes homosexuelles, en général, à travers leur focalisation sur le miroir, montrent qu’elles n’ont pas accepté leur corps et son unicité. Autrement dit, dans un jargon psychanalytique, elles n’ont pas fait coïncider l’image de leur Moi avec leur propre corps (cf. le stade du miroir décrit par Henry Wallon). Elles sont donc tentées de rechercher chez les autres un reflet d’elles-mêmes projectivement valorisées (= « elles en mieux »).

 
 

c) Le narcissisme collectif et communautarisé :

Le narcissisme homosexuel ne se limite pas à l’individu qui se ressent homo. Il s’étend à toute la communauté LGBT. En effet, le discours de beaucoup d’intellectuels homosexuels, notamment ceux des Queer & Gender Studies, flatte le narcissisme interlope dans une défense poétisante de l’identité homosexuelle en tant que projection de soi éclatée, indéfinissable, circonscrite au ressenti et à l’initiative strictement individuels. Par exemple, dans son essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), Natacha Chetcuti s’attache de manière très narcissique à « la manière de se percevoir » (p. 65) en tant que lesbienne, à la « mise en scène de soi » (p. 96), au « processus d’énonciation » (p. 14) du MOI homosexuel. Elle délaisse la question fondamentale du « Qui suis-je ? » ou du « Quel est le sens du désir homosexuel ? » pour lui préférer celle du « Comment je me dis ? [… après m’être caricaturé et inventé une identité originale et inédite] », du « Comment je me vois et me définis ? » : « Le terme d’autonomination est à considérer en tant que processus : il ne désigne ni un état, ni une condition des individus, mais bien au contraire une définition de soi constamment rejouée ou renégociée. » (p. 35) Il s’agit de se ré-inventer soi-même par l’amour homosexuel, l’homosensualité, son reflet spéculaire déconstruit/reconstruit. C’est le genre en tant qu’« allure, présentation de soi, manière d’être dans le corps » (p. 70) qui primerait. Nous ne sommes plus dans la recherche de Vérité mais dans le plaisir de se raconter (… dans un reflet aquatique indomptable que serait le désir). Natacha Chetcuti veut « étudier les modes d’autodéfinition qui permet de comprendre comment les lesbiennes se pensent et se construisent pour elles-mêmes. » (p. 19)

 

Ce nombrilisme identitaire et amoureux s’observe aussi loin des sphères « intellectuelles » et universitaires. Il rejoint la presse gay et le milieu association. Par exemple, le premier numéro de la revue gay Miroir/Miroirs, la revue des corps contemporains est sorti en France en septembre 2013. Il était consacré à Grindr et aux applications Smartphones pour la création des rencontres amoureuses homos.

 

MIROIR Les Narcisses

 
 

d) Le miroir est la figure de l’éclatement identitaire :

À force de se regarder de trop près le nombril, un certain nombre de personnes homosexuelles finissent par ne plus pouvoir se voir du tout. C’est la raison pour laquelle Raymond Rosenthal disait du dramaturge nord-américain Tennessee Williams qu’il « souffrait d’un profond narcissisme qui l’empêchait de regarder à l’intérieur de lui-même ».

 

« Mon père pensait que le football m’endurcirait et il m’avait proposé d’en faire, comme lui dans sa jeunesse, comme mes cousins et mes frères. J’avais résisté : à cet âge déjà je voulais faire de la danse ; ma sœur en faisait. Je me rêvais sur une scène, j’imaginais des collants, des paillettes, des foules m’acclamant et moi les saluant, comblé, couvert de sueur – mais sachant la honte que cela représentait je ne l’avais jamais avoué. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 30).

 

Beaucoup de créateurs homosexuels ont utilisé dans leurs œuvres des miroirs fragmentés : Marcel Duchamp, Jean Cocteau, Louise Bourgeois, Claude Cahun, etc., comme pour figurer leur désunion intérieure (cf. je vous renvoie au code « Désir désordonné » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, ainsi qu’au documentaire « Kaleïdoskop » (2004) retraçant le parcours artistique de Philippe Découflé). Par exemple, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, se surnomme lui-même « Linn da Quebrada » (Linn la brisée) et se compare à « ces éclats de miroir brisé où se réfléchit l’Homme créé à l’image de Dieu ».

 

Photo "Five-Way Portrait Of Marcel Duchamp" (1917)

Photo « Five-Way Portrait Of Marcel Duchamp » (1917)


 

« Ma vie intégrait cette limite. Elle se fendillait dans les épreuves quotidiennes, se nourrissait d’être aimée pour ce que j’étais et non comme un idéal. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 59) ; « Faut-il que tout glisse et tout passe ? » (Klaus Mann, Journal (1937-1949), p. 96) ; etc.

 
 

e) Le miroir est la figure de la haine de soi, du viol et de la mort :

Le narcissisme homosexuel (tout comme le narcissisme hétéro-bisexuel) entraîne concrètement les personnes homosexuelles qui s’y adonnent sur les sentiers du mépris de soi, de l’homophobie, de la haine, de la violence, du viol, de maladie, de la prostitution : « Elle a mis à chauffer la cire sur la cuisinière. Les pots ont explosé et le liquide brûlant a recouvert son corps comme une horrible robe dégoulinante. Elle a passé des mois à l’hôpital. Nous avons entendu son cri désespéré quand elle s’est regardée dans le miroir pour la première fois après l’accident. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 166-167) ; « Entre mon miroir et mon corps, raccourcir la laisse… Et maintenant, à nous deux. » (la photographe lesbienne Claude Cahun) ; « Si je me regarde dans le miroir, je peux être agressif avec moi-même, ou déprimé. » (la femme transsexuelle F to M, dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier) ; « Devant le petit miroir de sa loge, après avoir rasé, une fois de plus, son visage déjà ravagé par les nuits sans sommeil et les fards trop lourds, Claude se coiffe. » (Jean-Louis Chardans décrivant un homme travesti M to F, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 36) ; « Il aura fallu que je m’habitue à ce visage décharné que le miroir chaque fois me fait voir comme ne m’appartenant plus mais déjà à mon cadavre, et il aurait fallu, comble ou interruption du narcissisme, que je réussisse à l’aimer. » (Hervé Guibert, parlant de son corps ravagé par le Sida, dans son autobiographie Le Mausolée des amants (2001), p. 500) ; « Il suffisait, je le savais, d’un rien, d’un geste, d’une sensation, pour que le miroir bascule et que l’envers du décor rempli d’abîmes et de dangers disparaisse. » (Berthrand Nguyen Matoko face à la proposition d’un poste de prostitué, Le Flamant noir (2004), p. 117) ; « Je me rencontre – comme par exemple devant la glace le matin – et ce n’est pas les rencontres que je préfère. C’est pas toujours très marrant. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

La relation narcissique au miroir est synonyme de mort. Dans le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau par exemple, on en trouve une belle illustration puisque les miroirs sont les portes par lesquelles la Mort (Maria Casarès) va et vient sur Terre. Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Bertrand Bonello, en s’observant nu devant son miroir, y voit progressivement une tache inquiétante au dos. Une tache qui l’inquiète. La mort donnée par le miroir n’est pas aussi réelle que certaines personnes homosexuelles le croient : elle est d’abord symbolique et psychique, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne puisse pas être imparfaitement réelle, et donc concrètement violente si dans leur quotidien les individus donnent davantage raison à la profondeur du miroir qu’à la profondeur de la vie réelle.

 

Par exemple, le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton se finit sur une image digne d’une glaçante actualisation du drame narcissique de Dorian Gray : juste avant de se rendre à la vente aux enchères de sa propre collection, Pierre Bergé contemple sa triste figure de requin matérialiste et égoïste qui a dédié sa vie aux objets et qui a perdu son âme humaine. Dans l’émission Danse avec les stars 6 du 28 novembre 2015, le chanteur Loïc Nottet avoue que, lorsqu’il était jeune et se regardait dans la glace, il s’imaginait non pas être face à lui-même mais face à un « double diabolique ».

 
 

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Code n°126 – Moitié (sous-codes : Visage divisé / Rideau déchiré / Orange coupée / Siamois / Animal à deux têtes)

Moitié

Moitié

 

 

NOTICE EXPLICATIVE

 

Pièce Wake Up (2014) de Patonov

Pièce Wake Up (2014) de Platonov


 

Si vous faites partie des gens qui ne comprennent pas pourquoi l’Église catho dit que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés » et ne respectent pas l’unité de l’être humain, ou bien qui doutent que le désir homo est un élan qui divise la personne humaine plus qu’il ne l’unifie, voilà un code qui devrait vous éclairer !

 

Quand on aura compris que le désir homosexuel est un désir éclaté, écartelé/écartelant parce qu’éloigné du Réel par le sentiment et la haine de soi, qu’il est la marque d’une blessure, on aura touché au cœur du problème, et on reconnaîtra vraiment l’homosexualité telle qu’elle est : un désir humain non-essentiel.

 

Si j’avais une seule définition à donner au désir homo, je dirais qu’il est un élan sexuel qui divise plus qu’il n’unifie la personne qu’il habite (pour un temps plus ou moins long). Certes, la différence de sexes a déjà coupé l’Humanité en deux (Étymologiquement, le mot « sexualité » vient du verbe latin « secare », qui signifie « couper »). Mais c’est au cœur de l’individu que le désir homo divise. On pourrait dire que le désir homosexuel est un désir « plus que sexuel », supra-sexuel : il élargit encore plus la blessure existentielle béante de la sexualité humaine. Cette poussée désirante antagonique et extatique coupe une nouvelle fois symboliquement en deux la personne qu’il habite (on pourrait dire qu’elle la coupe en 4, comme les mythiques androgynes sont coupés en 4 !). La fantasmagorie homosexuelle nous donne maintes et maintes preuves en image de cette force fusionnelle de rupture qu’est le désir homosexuel, agissant inconsciemment en toute personne qui le ressent, lui donnant la sensation sentimentalo-narcissique de retrouver une unité amoureuse androgynique dans la dispersion : il n’y a qu’à regarder dans les œuvres homosexuelles toutes les mentions faites aux animaux à deux têtes, aux visages scindés en deux, aux jumeaux, à la cicatrice arborée par un mythique androgyne (figure de la sublimation/négation de la sexualité humaine incarnée).

 

Le désir homosexuel correspond bien à une blessure – ou plutôt une mauvaise gestion de sa coupure universelle de sexualité – car il est très souvent représenté par les auteurs homosexuels comme une entaille, une cicatrice, une balafre, une division : en plus de ce code sur la « Moitié », je vous renvoie surtout aux nombreuses occurrences faites au pirate Albator dans la fantasmagorie homo-érotiques, recensées dans le code « Désir désordonné » de ce Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Doubles schizophréniques », « Amant diabolique », « Jumeaux », « Trio », « Quatuor », « Fusion », « Homme invisible », « Miroir », « Désir désordonné », « Animaux empaillés », « Femme et homme en statues de cire », « Solitude », « Viol », « Clown blanc et masques », « Île », « Clonage », « Se prendre pour Dieu », et à la partie « Couteau » du code « Inversion », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

Pour allégoriser un désir de fusion amoureuse avec soi-même qui existait chez l’Homme bien avant qu’il ne le conceptualise, Platon a imaginé dans son Banquet (380 av. J.-C.) une race de créatures séparées par les dieux en deux moitiés, l’une mâle, l’autre femelle : les androgynes. L’androgyne est l’être imaginaire idéal, affranchi des contraintes du temps et de l’espace, vivant du fantasme de retrouver la plénitude de la totalité originelle en lui-même, aspirant au retour au jardin d’Éden, maudissant la sexualité qui l’a coupé littéralement en deux. Rien d’étonnant que dans l’iconographie traditionnelle, il soit donc associé au diable – dans la Bible, le diable se prénomme parfois « le Double » ou « le Séparé » –, et représenté par un être asexué, mi-démoniaque mi-angélique.

 

En adoptant une conception fusionnelle et conflictuelle de l’amour, beaucoup de personnes homosexuelles se lancent à la recherche de leur moitié androgynique. Alfred Jarry, notamment, invente le concept d’« adolphisme » qui n’est pas la communion de deux êtres différents fusionnant en Un, pas même de deux jumeaux, mais l’union des deux moitiés d’un même Moi. À en croire la majorité des personnes transgenres, cette osmose serait concrètement possible grâce à la chirurgie. En recousant en elles leur moitié, elles se donnent l’illusion de résurrection et de divinité. « Je me suis relevée de la table d’opération tel Lazare sortant de la fosse » affirme par exemple Hedwig, l’homme transsexuel triomphant, dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell.

 

Elles se font parfois leur propre déclaration d’amour dans la glace. Mais celle-ci ne leur semble pas égoïste dans la mesure où, pour une part de leurs désirs intellectualisés, elles et leur reflet sont quand même deux. En général, l’amant homosexuel est vu comme le double dans les deux sens du terme : la duplication du même (exemple : un double de clé), ou bien la division du même (exemple : je vois double). Il se réduit donc à un clone entier mais aussi à une moitié androgynique. « J’avais oublié simplement que j’avais deux fois 18 ans » chante Dalida. Le désir homosexuel dit à la fois la duplication et la division. Inconsciemment, face à l’être aimé, beaucoup de personnes homosexuelles affirment qu’il y a deux fois elles-mêmes en lui, mais si rationnellement, elles voient bien qu’il y a lui tout seul et elles toutes seules.

 

MOIT

B.D. « Femme assise » de Copi

 

Le fantasme de viol ou le viol réel sont très souvent figurés dans les œuvres homosexuelles par l’image de l’androgyne coupé en deux, ou d’un même visage humain divisé symétriquement en son milieu. Les motifs du rideau déchiré, de l’orange coupée, de l’animal à plusieurs têtes, et surtout de l’Homme séparé en deux, symbolisent la division du Moi avec lui-même, ainsi que l’échec du désir androgynique qui n’arrive à faire que des clonages ratés dans la réalité concrète.

 

Ce désir de fusion-rupture pour recoller les morceaux avec soi n’est pas qu’une mise en scène de viol. Il peut en être la prémisse. Il existe un phénomène curieux et non automatique que nous pouvons constater à chaque fois qu’il y a en germe une situation de violence dans la réalité concrète : la fusion, même à l’état de fantasme, est parfois précédée d’un désir de rupture ou d’une rupture réelle, ou inversement, annonce une rupture ou un désir de rupture. Et cette fusion est d’autant plus violente que la force du mouvement de rupture qui la précédait a été forte ou désirée… comme pour un élastique. C’est le cas par exemple des hommes homosexuels avec le reste des membres du sexe masculin. Plus ils se seront coupés dans leur jeunesse (volontairement ou non) des garçons, et plus leur désir de fusion avec eux risque d’être brutal à l’âge adulte. Souvent, nous ne prenons pas soin d’analyser le désir homosexuel en relation avec une rupture ou la croyance infondée d’une rupture pensée comme définitive. Or, ce sont les personnes homosexuelles ou leurs personnages qui nous rappellent à l’ordre, comme Sonia dans le film « Oublier Chéyenne » (2004) de Valérie Minetto, en parlant de sa relation amoureuse avec Chéyenne : « C’est une fusion qui nous a séparées. »

 

Pour l’esprit qui sépare unité et rupture de manière aussi radicale, du fait que pour lui elles se confondent, les unités comme les ruptures partielles de l’existence humaine seront vécues comme des véritables mutilations, des séparations abruptes, des viols. C’est ce qui fait le drame de celui qui vit du rêve de l’androgyne : il craint que la recherche de son unité agisse comme une rupture totale avec lui-même ; et paradoxalement, il croit que la rupture totale avec lui-même va lui permettre de ne faire plus qu’Un. Le viol devient alors, dans son esprit, son unité. C’est ce qui fait dire à Neil, le héros homosexuel du film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, que le viol pédophile dont il a été victime dans sa jeunesse l’a rendu unique. En effet, en parlant de son violeur, il lui reconnaît la découverte de son unicité : « J’étais son seul amour, son seul trophée. J’étais unique. » Le viol a le pouvoir de donner à ses victimes une impression d’unité dans la réification et la contrefaçon d’amour, alors que pourtant, comme le montre la scène du viol pédophile de « La Mauvaise Éducation » (2003) de Pedro Almodóvar durant laquelle le visage d’Ignacio se scinde en deux à l’écran, il cultive en elles ce désir de l’androgyne, les brise en deux, et leur annonce que sans lui elles ne valent rien.

 

L’unité que le viol ou le désir de viol impose aux personnes homosexuelles est une unité des extrêmes, écartelante mais pas toujours désagréable. Le passage du fantasme à la réalité fantasmée à travers le viol peut donner une impression d’éclatement lumineux extatique, de diversité offerte par la fausse profondeur du miroir, comme l’exprime Pietro en s’adressant à son violeur dans le film « Théorème » (1968) de Pier Paolo Pasolini en ces termes : « Je ne me reconnais plus. Ce qui me faisait l’égal des autres n’existe plus. Je leur ressemblais malgré mes défauts. Tu m’as soustrait à l’ordre naturel des choses. En te parlant, je prends conscience de ma diversité. »

 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

FICTION

a) Un élan de la division, impulsé par le désir homosexuel (ou hétérosexuel, ou bisexuel), est symbolisé par le motif de la moitié :

MOITIÉ 1 Mala Educacion

Film « La Mala Educacion » de Pedro Almodovar


 

La moitié est un leitmotiv des œuvres homosexuelles : on la retrouve par exemple dans la pièce Les Babas cadres (2008) de Christian Dob, le film « La Face cachée de la lune » (2003) de Robert Lepage, le film « Alexander : The Other Side Of Dawn » (1977) de John Erman, le film « Uncut » (1997) de John Greyson, la photo Masculin Féminin (1998) d’Orion Delain, le roman Middlesex (2002) de Jeffrey Eugénides, le tableau Moi et Je (2002) de Xavier Wei, le dessin Encre de Chine (2006) d’Olympe, les tableaux de Pierre-André Guérin, la pièce Dans la solitude des champs de coton (1987) de Bernard-Marie Koltès, le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi (avec l’unijambiste), le livre Le Cœur entre deux chaises (2012) de Frédéric Monceau, le film « Demi-Gods » (1974) de Wallace Potts, la pièce Un Rôle pour deux actrices et demie (2012) de Christine Berrou, le film « Separata » (2013) de Miguel Lafuente, la chanson « Les Uniques » de Nicolas Bacchus, le sketch du Testament de Muriel Robin (avec Jean-Denis, le frère coupé en deux), la chanson « Tu me divises en deux » de Marc Lavoine, la chanson « Half Ladies » de Christine & the Queens, la pièce Drôle de mariage pour tous (2019) de Henry Guybet (c.f. le tableau du visage coupé en deux accroché au mur du salon), etc.

 

Dans un premier temps, la mention de la moitié apparaît parfois anodine et anecdotique : « Tu garderais la moitié du Jésuite. » (la Princesse à la Reine dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Je suis le propriétaire de la moitié de la pyramide ! » (le Jésuite dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Je vous enverrai la moitié de ma paie de bibliothécaire ! » (le Rat à la Reine, pour sa propre libération, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « La crise, ça veut dire qu’il faudra carrément se fendre à deux… de rire. » (Zize, le travesti M to F dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « Je deviens sa demi-sœur. » (Jean-Charles/Jessica, le héros transsexuel M to F s’adressant à son meilleur ami hétéro Jean-Louis, dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage) ; etc. Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit, l’héroïne lesbienne, regarde à la télévision une émission de magie dont elle invente le titre : « Ça pourrait être ‘Comment scier une femme en deux ?’ » (p. 282) Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, le titre du chapitre 2 est « Un Héros coupé en deux ».

 

Bien souvent dans la logique du désir homosexuel, le double est pensé non pas en terme d’unité (ex : le double de clé, deux jumeaux similaires mais non semblables) mais de division (ex : la moitié d’un Tout, le clone humain, etc.). « J’avais l’impression que je luttais pour rien. Comme dans ces jeux vidéo, où lorsqu’on coupe un ennemi en deux, chaque moitié redevient un ennemi potentiel. » (Bryan en parlant de son « amour » pour Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 35) Dans les pièces de Copi (Les Quatre Jumelles, La Nuit de Madame Lucienne, etc.), un personnage né jumeau peut remplacer son frère, est envisagé comme un clone ou une simple moitié du même individu : « Les jeux ne sont pas tout à fait faits, chère petite sœur. C’est toi ou c’est moi ! Puisque nous sommes jumelles ! On a commencé à se battre à l’intérieur du ventre de notre mère. » (la Comédienne à Vicky, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Après Victor, je suis devenue Mimi. Mi-homme, mi-femme. » (la narratrice transgenre F to M, dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; etc.

 

MOITIÉ 2 Mujeres al borde de un ataque

Film « Mujeres Al Borde De Un Ataque De Nervios » de Pedro Almodovar


 

La présence de la moitié, loin d’être positive, indique souvent un viol ou un désir de viol chez le personnage homosexuel : « Michael et moi nous récupérons les petits corps : Pigg n’a plus de bras, à Moonie lui manque la moitié de la poitrine, Rooney a la figure déchiquetée, nous récupérons aussi la tête de la louve qui flotte près de la plage et ma jambe en métal qui est ramenée par la mer. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 104) La moitié est signe de schizophrénie, voire de folie : « une vieille à moitié folle » (Robbie en parlant de sa mère, dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann) ; « Et toi, tu t’es remis ensemble ? » (David à Olivier dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher) ; « Je suis en train de me fissurer. » (Jarry dans son one-man-show Atypique, 2017) ; « Ça expliquera peut-être pourquoi je me sens double, pourquoi je dois sans cesse lutter entre deux mouvances. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; etc. Par exemple, dans le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand, Joyce, la lesbienne, soutient qu’elle « n’est pas malade » et qu’elle « veut juste un gosse »… mais on découvre qu’elle donne des croquettes à ses enfants, les fait coucher dans des litières, et dit d’un air très pince-sans-rire qu’« elle adore les enfants » et qu’elle « en a déjà mangés 4 ». Elle compte même couper en deux l’enfant que le couple Rodolphe/Claudio comptaient faire avec elle dans leur projet de coparentalité : « On fait 50/50 avec l’enfant? Je prends la tête et vous les jambes ? » Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel serial killer est souvent montré avec le visage coupé en deux.

 

En général, la division de soi n’est pas facile à vivre : « Je fais tout un peu, mais rien n’est comme je veux, me dissous un peu, me divise en deux, mais là… m’effondre, m’effondre. » (cf. la chanson « M’effondre » de Mylène Farmer) ; « L’enfant sent en lui qu’il est porteur d’une minuscule fissure. C’est une chance et une souffrance. » (Damien/Brigitte travesti M to F s’auto-décrivant, dans le pièce Brigitte, directeur d’agence (2013) de Virginie Lemoine) ; « C’est pas rentable, l’hémiplégie. » (Rodolphe Sand dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; « Je suis passé de l’autre côté du miroir. J’ai recollé mes morceaux. » (Mr Alvarez en travesti M to F, idem) ; « Moi, j’ai jamais réussi à être en entier à quelqu’un. » (Charlotte, l’héroïne lesbienne du film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell) ; etc. Par exemple, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Stéphane parle de son amour « amputé » pour (et à cause de) Vincent. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homo qui ne s’était jamais posé la question de remettre en cause son homosexualité, voit sa vie chamboulée par l’amour d’une femme : on le voit essayer de partager en deux une carcasse de poulet… comme pour illustrer le déchirement qu’est le désir bisexuel.

 

En plus de symboliser un rapport souffrant et désuni à l’Amour, le motif de la moitié illustre également un rapport blessé à sa propre identité. Une terreur d’être unique ou uniformisé (cf. le film « Uniformadas » (2010) d’Irene Zoe Alameda, la chanson « Les Uniques » de Nicolas Bacchus, etc.).

 

On assiste à un effondrement narcissique du « Moi » qui se perd en eaux profondes. Le héros a l’impression de ne pas exister, ou bien d’être une moitié d’Homme (ça s’appellerait, dans le langage courant, la « dépression ») : « Je ne suis pas complète et je ne le serai jamais… comprenez-vous ? Je ne suis pas complète… » (Stephen, l’héroïne lesbienne du le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 285) ; « Je ne suis pas unique. Ne dis jamais ça. » (Valentine s’adressant à Valentin dans la pièce Le Jour de Valentin (2009) d’Ivan Viripaev) ; « Pourquoi je ne suis pas fils unique, moi ? » (Jack, le frère homo de Daniel, dans le film « Madame Doubtfire » (1994) de Christ Columbus) ; « Jo est persuadé qu’il est unique. » (Matthieu, l’amant de Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Se sentir qu’une moitié de personne, c’est dur. » (Greta à son père qu’elle voit pour la première fois, dans le film « Órói », « Jitters » (2010) de Baldvin Zophoníasson) ; « Je suis une moitié de mime. Je suis entré dans la boîte en verre… mais je ne sais pas en sortir. » (Santiago dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; « Seul, tu vis comme à deux, quand tu y repenses ! Moi, je vis comme pour deux ! » (Nathalie Rhéa dans son one-woman-show Wonderfolle Show, 2012) ; etc. Il rêve parfois de mourir. Par exemple, dans la pièce Parce qu’il n’avait plus de désir (2007) de Lévy Blancard, le personnage homosexuel est à la recherche d’« un monde où on peut disparaître à moitié ».

 

La coupure schizophrénique dépasse la simple dimension individuelle : elle est existentielle, universelle, internationale, planétaire : « Je suis né dans un pays occupé. Une nation coupée en deux, comme l’était la sienne autrefois. » (Théo, allemand, à propos de sa grand-mère qui a eu une liaison avec un Allemand, union dont il est issu, dans le roman, À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 178) ; « Lady Gaga a fait un grand écart facial sur la Grande Muraille de Chine. » (Graziella) (dans la pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen) ; etc.

 

MOITIÉ 4 Hedwig

Film « Hedwig And The Angry Inch » de John Cameron Mitchell


 

Paradoxalement, le viol, même s’il coupe sa victime en deux, lui donne une impression d’unité : « Je plongeai dans la rivière. Baissant l’échine, je remontai un champ de vigne voisin, quand je sentis la masse de l’homme, comme un carapaçon de laine, me plaquer au sol en plein soleil. La chaleur de sa poigne se propagea jusqu’à mon cœur, et figea ma volonté. Il murmura à mon oreille les mots étrangers du manque et du désir. Il me lécha la nuque et le cou. Il écarta mes fesses et y colla ses joues râpeuses pour m’enduire de salive, tout en caressant mes hanches. J’avais plus que la chair de poule, mon corps tremblait tout entier comme si je n’étais plus qu’un cœur énorme, badoum, badoum… […] Quelque chose se tordait et craquait en moi. » (la voix narrative dans la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 15) ; « Mon père m’avait prévenu : ‘Tu finiras coupé ! » (Lacenaire se réjouissant cyniquement/orgueilleusement d’être condamné à l’échafaud, dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc.

 

Pour colmater efficacement la fêlure du viol, le personnage homosexuel a trouvé une super parade : il va mettre un masque qui s’appelle « l’homosexuel », et qu’il va exhiber fièrement. Le motif de la moitié renvoie parfois explicitement à l’homosexualité. « Sergueï est moitié moitié… » (cf. les propos tenus à propos d’un danseur de ballet, dans le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder) Dans le film « Les deux papas et la maman » (1995) de Jean-Marc Longval, quand Jérôme refuse de se poser la question de l’homosexualité pour lui-même, sa compagne Delphine lui dit : « Mais Jérôme, on a tous une face cachée… » L’inconscient collectif associe souvent l’homosexualité à une moitié, une ambivalence. « Vincent McDoom, il est métisse : moitié homme, moitié femme. » (Anthony Kavanagh dans son one-man-show Anthony Kavanagh fait son coming out, 2010)

 

La moitié dont parlent certains héros homosexuels, c’est précisément leur homosexualité qui revient au galop et prend le pas sur l’hétérosexualité. « Et puis un jour, l’autre moitié de moi s’est réveillée. On ne peut rien faire contre ça. » (Martin le héros homosexuel s’adressant à son ex-femme Christine par rapport à sa propre homosexualité, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche, épisode 8, « Une Famille pour Noël »)

 
 

b) Le visage du personnage homosexuel se scinde en son milieu :

Dans beaucoup de fictions traitant d’homosexualité, étonnamment, on voit beaucoup de scènes où le visage du héros homosexuel se coupe en deux : cf. la pièce Le Cri de l’Ôtruche (2007) de Claude Gisbert, le film « Kilómetro Cero » (2000) de Juan Luís Iborra et Yolanda García Serrano (avec la scène du visage coupé en deux par l’ascenseur), le roman Une Langouste pour deux (1978) de Copi, le roman Les Deux Visages de Janvier (1964) de Patricia Highsmith, le film « Two Gentlemen Sharing » (1969) de Ted Kotcheff, la pochette de l’album « Meds » (2006) du groupe Placebo, le site Internet officiel d’Indochine (cf. le site http://indo.fr, consulté en juin 2005, avec la statue coupée en deux), le concert de la tournée Mylenium Tour (1999) de Mylène Farmer (où la chanteuse sort du crâne d’Isis fendu en deux), le film « El Cielo Dividido » (2006) de Julián Hernández, le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell, la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant (avec l’astrolabe cassé par Don Diego quand il avait 12 ans), l’affiche de la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, l’affiche du film « Doctor Jekyll And Sister Hyde » (1971) de Roy Ward Baker, le film « Un Autre homme » (2008) de Lionel Baier (avec le motif de l’homme coupé en deux par les baguettes chinoises), le film « Wild Side » (2003) de Sébastien Lifshitz, l’affiche du film « Glen Or Glenda ? » (1953) d’Ed Wood, la photo Couleur de peau (1977) d’Orion Delain, le roman Zéro Commentaire (2011) de Florence Hinckel (avec le visage coupé en deux de Medhi sur le dessin de couverture, réalisé par Laurence Ningre), le film « Broken » (2010) de Kent Thomas, le vidéo-clip de la chanson « Luca Era Gay » de Povia, le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio (avec le visage coupé en deux de Aurora), la couverture de l’album « Mirror Mirror » du groupe Coop (avec les 4 visages coupés en 2 de Jamie McDermott), la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier, la pochette de l’album Changement de propriétaire du Beau Claude, la pièce Grosses Coupures (2014) d’Antoine Rabasco, la couverture du roman Chercher le garçon (2015) de Jérémy Lorca, etc.

 

On trouve de nombreux dessins ou peintures de Jean Cocteau, de Pierre-Ant, de Francis Bacon, du peintre Paul, de Frida Kahlo, de Salvador Dalí, avec des visages coupés en deux, l’homme séparé en deux dans les toiles, etc.

 

Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, un des personnages gays, Claude Bukowski, porte une fissure rouge maquillée sur la face. Lors du générique du film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, on voit des visages déchirés en deux, sous forme de « collages » photographiques. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Xav, l’un des héros homos, est obsédé par un « homme défiguré, avec une cicatrice » : « Il a la gueule coupée en deux, comme dans mon rêve. Mais il est quand même beau. » Dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Henri, le héros homosexuel, se coupe le front en deux en tapant sa tête contre un punching-ball de fêtes foraines. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M se met dans la peau de James, une femme qui s’est fait passée pour un homme toute sa vie, scieur de profession, et qui se prend « une poutre tombant sur son crâne » pour le fendre en deux. Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, alors qu’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M se rase la barbe (ou plutôt fait semblant de le faire), elle est surprise par l’arrivée d’Akram, la belle-mère de Rana, qui l’a vue dans la salle de bain, et elle se coupe au visage. Adineh sanglotte comme une enfant devant son miroir. Mais finalement, plus de peur que de mal : « J’aurais pu te taillader le visage ! » la prévient quand même Akram. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, à l’âge de 9 ans, a eu le visage coupé en deux car il s’est fait éjecter de son auto tamponneuse après avoir été attaqué par une meute de voitures dans un parc d’attractions appelé Magic World. Sa maman raconte l’accident : « Et schlaaack ! La joue coupée en deux, sur la barrière de protection. »

 

Souvent, le personnage homosexuel se décrit comme un pirate avec une cicatrice comme Fatigay, ou un buste sculpté fissuré : « J’y prends le rasoir jetable de Marcel et dans le cagibi à bricolage, d’un coup de marteau le brise en miettes contondantes ; du plus gros bout de lame récupéré je me taillade le visage aussi profondément que je peux, ne m’épargnant pas lèvres et paupières, et retourne tout sanguinolent me coucher sur le ventre, la tête dans mon oreiller buvardant larmes et sang. » (Vincent Garbo dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, p. 59) ; « la longue cicatrice toute droite sur la joue de Stephen » (Stephen, l’héroïne lesbienne du le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 388) ; « Marcel se décrivait comme étant beau, grand et découpé. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 19) ; « Ils m’ont laissé ma tronche pas finie. » (la psy en évoquant ses parents, dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « On m’a laissé la tête en souvenir, son crâne triangulaire est scié en deux, bien nettoyé dans un bocal d’alcool. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 60) ; « Dites, Linda, vous avez pas faim ? Ça vous dit la cervelle ? Un crâne ça s’ouvre ! » (Loretta Strong dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « Il [Ninu-Nip] se coupa deux fois le menton. » (cf. la nouvelle « Quoi ? Zob, zut, love » (1983) de Copi, p. 7) ; « Combien de fois je t’ai dit de te protéger le visage ? » (le mac s’adressant à l’amant de Davide, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; « Il leva brusquement son bras avec l’intention de se taillader le visage en diagonale d’une joue à l’autre, car il lui apparut comment vraiment sensé de défigurer ce qui était déjà défiguré à l’intérieur. Une balafre ? Non, faisons-en deux ! » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, ne supportant pas son élan physique envers le jeune David, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 178) ; etc.

 

Cet homme à la tête coupée en deux, c’est l’allégorie du viol. « Et regardez ce que vous nous avez fait de notre cara diva ! Je vais me voir forcé de lui rouvrir le crâne pour récupérer le cerveau ! » (le professeur Verdureau en parlant de la cantatrice Regina Morti dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « J’ai trouvé une photo du président avec la petite fille (seulement la moitié de la tête de la petite fille rentre dans la photo) riant et regardant l’objectif. » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 35) ; « Une moitié de son visage disparaissait dans une mare de sang. » (Laura décrivant son amante Sylvia, dans le roman Deux Femmes (1975) de Harry Muslisch, p. 198) ; « Tu m’as coupé, sale pute ! » (Steve, le héros homosexuel, s’adressant à sa mère incestueuse Diane, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Mala Educación » (« La Mauvaise Éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, suite au viol pédophile qu’il a subi près du fleuve, on entend le jeune Ignacio dire, pendant que son visage se sépare à l’écran : « Un mince filet de sang divisait mon front en deux. J’eus le pressentiment que ma vie serait à cette image : toujours divisée, sans que je ne puisse rien y faire. » Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, au village de Jonathan, un gars homosexuel efféminé a été tabassé par des « casseurs de pédés » dont Jonathan faisait lui-même partie, avant de se dire également homosexuel ! Depuis ce viol, Jonathan dit qu’il est hanté à jamais par l’image de cet « homme balafré » qu’il croise dans la rue. Dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1985) de Copi, Vicky Fantomas est une femme avec une cicatrice sur la joue gauche, avec une attelle à la jambe ; elle a été victime d’un attentat au drugstore et peut-être qu’elle-même portait la bombe. Dans le film « Cours privé » (1986) de Pierre Granier-Deferre, Jeanne Kern, une femme au visage coupé sur une photo figure dans une partouze avec de très jeunes gens. Dans sa pièce Des Lear (2009), Vincent Nadal, en répétant le mot « bâtard », coupe son corps et son visage en deux avec sa main : « Bâtard. Pourquoi nous marquer de ce mot ? » Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, c’est au moment où les deux amants homosexuels prononcent la phrase « C’est meilleur que l’été indien » qu’ils se coupent manuellement le visage en deux (je vous renvoie au code « Femme vierge se faisant violer un soir de carnaval ou d’été à l’orée d’un bois » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Dans le film « Adèle Blanc Sec » (2010) de Luc Besson, suite à un match de tennis entre l’héroïne et sa sœur jumelle avec qui elle maintient une relation fusionnelle androgynique (incestueuse ? elle est décrite comme « l’amie, l’ange »), finit paralysée à cause d’une broche venue se planter au milieu de son front, laissant couler un filet de sens qui lui coupe le visage en deux. Au début du film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, un homme suicidé est « coupé par le milieu » sur la voie du métro ; et on voit plus tard Ángela et Chema regarder des films d’horreur, dont « Sangre Fresca », dans lequel on voit un homme se faire ouvre le cerveau à la lame de rasoir. Dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, Mamie Suzanne raconte qu’elle a fait tomber son petit fils homosexuel lors d’une fête de famille, et qu’il s’est ouvert le menton.

 

Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, les deux héroïnes principales, à savoir Jane (lesbienne en couple avec Petra) et la jeune Anna (13 ans, abusée par son père et violée par les hommes), ont la même éraflure sur le visage, à cause d’un lanceur de pierres qui a sévi autour de leur immeuble : « joue éraflée » (p. 33) ; « Jane se sentit un peu dépassée. Il était possible que la fille et elle aient été victimes du même lanceur de pierres. » (p. 44) ; « Jane songea une nouvelle fois à Anna, à l’ecchymose au-dessus de son œil qui reflétait presque la sienne. » (p. 54) ; « Vous avez une coupure sur le visage. » (un flic s’adressant à Jane, idem, p. 147) ; etc. Leur viol ou leur fantasme de viol fait l’unité entre les deux femmes coupées au visage.
 

Dans le film « ¿ Qué He Hecho Yo Para Merecer Esto ? » (« Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », 1984) de Pedro Almodóvar, une femme à qui le mari vient gentiment apporter le café au lit, se fait ébouillanter la moitié du visage (on entend d’ailleurs la fameuse réplique « Nunca olvidaré esa taza de café » ; traduction : « Je n’oublierai jamais cette tasse de café. ») ; « Je me suis réveillé par un cri d’horreur. La fille de la patronne laisse tomber le plateau du petit déjeuner sur moi, le café me brûle le visage, je bondis dans mon lit. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 105) ; « À deux ans ma sœur m’a ébouillanté le visage. » (Joséphine en parlant de sa sœur jumelle Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles(1973) de Copi) ; « Une soupière pleine de pot-au-feu inonda Silvano et lui brûla le visage. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 16) ; « Silvano fut couvert de café qui lui brûla le visage, dégoulinant sur les moustaches et les poils de la poitrine. » (idem, p. 45) ; etc.

 

Un objet – spéculaire, double, et coupant, comme par hasard… – symbolise à lui seul le viol et la moitié : c’est le couteau. Le motif du couteau-miroir revient très fréquemment dans les fictions homosexuelles : « Je vais chercher un couteau de cuisine et je vais t’ouvrir en deux comme une grosse dinde. » (Claudia à Elsa, les deux servantes de la pièce Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet) ; « C’est une année à double tranchants. » (Ana, née la même année qu’Hitler, dans la pièce Journal d’une autre (2008) de Lydia Tchoukovskaïa) ; « Il se trouvait un couteau à pain sur le bar. Maria-José se concentra dans le désir de le voir s’enfoncer dans le cœur de Louis du Corbeau […]. » (cf. la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 38) Par exemple, le titre original de la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi était Le Couteau du Rosbif. Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, quand Emory dit que ses lèvres lui font mal, Michael lui répond : « Si on met un couteau sous le lit, on n’a plus mal, me paraît-il. » Harold rajoute « Et si on en met un sous la gorge, ça coupe. ».

 

MOITIÉ 5 clown

Federico Fellini


 

Le visage séparé n’est pas toujours le symbole d’un viol véritable. Parfois, il s’agit juste chez le protagoniste homosexuel d’une impression de viol parce qu’il ne s’accepte pas en tant qu’être humain unique, parce qu’il refuse la naturelle différence des sexes, parce qu’il a peur de ne pas être aimé ou d’être mal aimé, parce qu’il découvre un désir homosexuel divisant : « Quel malheur, quel coup de hache dans ma vie qui était déjà en morceaux ! » (Albert en parlant de sa passion homosexuelle, dans le paragraphe final du chapitre 8 du roman Mademoiselle de Maupin (1835) de Théophile Gautier) ; « C’est très Genre, tes fesses. » (la narratrice transgenre F to M dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems) ; « Que laisserons-nous de nous, moitié-anges moitié-loups, quand nos corps seront dissous dans la langueur monotone du premier frisson d’automne ? » (le narrateur homosexuel du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, avec plein de visages coupés en deux à l’écran) ; « Dès demain, je vais voir l’infirmière. Tu t’es fait un traumatisme crânien, c’est pas possible autrement. » (Amy s’adressant à sa meilleure amie Karma qui veut jouer la lesbienne avec elle, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « J’ai grondé. Je me suis fendu. » (le fiancé de Gatal, dans son monologue final où il se prend pour Dieu, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; etc. Dans le film « Alice In Andrew’s Land » (2011) de Lauren Mackenzie, le visage d’Alice, l’héroïne lesbienne qui s’habille comme un garçon, apparaît coupé en deux par les portes de l’ascenseur se refermant sur elle.

 

La moitié indique la présence d’un désir sombre, noir, diabolique : « Elle [Esti] a reculé d’un pas. La moitié de son visage a disparu dans l’ombre. Autour de nous, les arbres bruissaient et bourdonnaient. » (Ronit, l’héroïne lesbienne, parlant de son amante Esti, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman p. 143) ; « Dalida, l’orchidée noire, la maudite, la veuve noire, le monstre à deux têtes. » (l’actrice jouant Dalida dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; « Lorsqu’on jette une lumière crue sur la partie du visage demeurée dans l’ombre, peut-il apparaître une difformité inquiétante ? » (Anna dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 123) ; « Un ange à deux têtes, assis sur l’arbre dénudé, ricanait à mes dépens. » (la voix narrative dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 68) ; « J’avais toujours peur que les deux bouts de sa silhouette ne se détachent l’un de l’autre ! » (la voix narrative parlant de sa sœur Zohr, idem, p. 29) ; « La supérieure avait un peu de trouble dans le regard et sur son visage ; mais toute sa personne était si rarement ensemble ! » (Denis Diderot, La Religieuse (1760), cité dans l’essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 191) ; « Je n’ai pas votre capacité à être double. » (Don Pedro à son père le Roi Ferrante, dans la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant) ; « Quand j’aurai cassé l’œuf en deux et que j’aurai gobé le jaune, il restera… le Roi Lear. » (le narrateur de la pièce Des Lear (2009) de Vincent Nadal) ; « Il pourrait bien avoir deux têtes, Petra et moi, on l’aimera quand même. » (Jane, l’héroïne lesbienne enceinte parlant de leur bébé, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 114) ; etc.

 

Dans la pièce de Gérald Garutti Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007), le diable est montré comme un homme coupé en deux. Dans le film « Mon Führer : La vraie histoire d’Adolf Hitler » (2007) de Dani Levy, Hitler se fait accidentellement couper une moitié de moustache. Dans le roman Le Musée des Amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, le visage à moitié caché du Maître de la secte La Guilde contribue à renforcer son action diabolique, androgynique, invisible : « Alors que le discours de Fabien se terminait, juste avant les applaudissements, deux spectateurs ont quitté la salle. […] La femme est coiffée d’un large chapeau, l’homme porte un costume noir et tous les deux arborent des lunettes de soleil. » (p. 331) Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, c’est précisément quand les personnages sont diabolisés et homosexualisés qu’ils se coupent le visage : « À mesure qu’elle s’approchait, ses traits se précisaient. Elle avait les yeux d’un bleu surnaturel. Des pommettes hautes et saillantes. Des lèvres fines couleur carmin. De loin, on aurait dit une coupure saignante. » (Jason, le héros homo décrivant la vénéneuse Varia Andreïevskaïa, p. 56) ; « Hugues n’était vraiment pas mal, dans le genre austère. Mourad [l’un des deux héros homos] lui trouvait un petit quelque chose de Corto Maltese. Le côté baroudeur, pirate des mers du Sud. Il avait sûrement une belle cicatrice de guerrier quelque part. » (idem, p. 82) À la fin du roman, Mourad se coupe (accidentellement ?) le visage en se rasant (p. 205).

 
 

c) Le rideau déchiré :

MOITIÉ 14 Rideau déchiré Esos Dos

Film « Esos Dos » de Javier de la Torre


 

On retrouve le motif du rideau déchiré dans différentes créations homosexuelles : cf. le film « Cléopâtre » (1963) de Joseph Mankiewicz, le film « Tom Curtain » (« Le Rideau déchiré », 1966) d’Alfred Hitchcock, la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala (avec la robe déchirée de Maxime), le film « Rideau de Fusuma » (1973) de Tatsumi Kumashiro, le roman La Peau des Zèbres (1969) de Jean-Louis Bory, etc. Par exemple, dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le comédien coupe en deux la scène en tirant le rideau à la moitié du plateau. Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, la moitié du visage de Marie, l’héroïne lesbienne, est coupé par le rideau de douche. « Simon a fermé les rideaux, parce que le soleil qui éclaboussait l’appartement le minait. Il est allé chercher un rasoir, et il a lacéré les rideaux. » (Mike Nietomertz dans son roman Des chiens (2011), pp. 109-110) ; etc.

 

Très souvent, le personnage homosexuel ne se prend pas tant pour un être humain que pour un drap déchiré, une image incomplète, ou une sculpture fissurée en deux : « Je suis déchiré. » (Malcolm, le héros homosexuel, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 121) ; « T’es déchirée ? Déjà ? » (Bernard le héros homo s’adressant au trans M to F « Géraldine » comme s’il était bourré, dans la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Tu vas craquer. Tu es déjà plein de fissures. » (Georges à Zaza, dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret, version 2009 avec Christian Clavier et Didier Bourdon) ; « Il y en a un [loup] qui m’a arraché la moitié de la manche ! » (Garbenko dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi) ; « En se levant, Angela avait déchiré sa robe, ce qui sembla la désoler : elle palpa la déchirure. » (Angela, le personnage lesbien du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 181) ; « Muriel Gold, nue sous la douche, était à moitié cachée par le rideau qu’elle tenait délicatement de la main droite. » (Michel Tremblay, Le Cœur éclaté (1989), p. 215) ; « En rentrant, j’ai bouffé mes doubles rideaux. » (Rodolphe Sand dans son one-man-show Tout en finesse, 2014) ; « Le jour où tu m’as regardé, c’est comme un rideau qui s’est déchiré. » (Le désaxé homosexuel déclarant sa flamme à Daniel, dans le film « Persécution » (2008) de Patrice Chéreau) ; etc.

 

Le rideau déchiré symbolise le viol : « Le chauffeur de taxi […] Il râle, il a joui. Toujours la même histoire avec les Arabes. Il va se laver sans dire un mot, se savonne bien la bite sans oser me regarder dans le miroir qu’il a en face. Ça t’a plu ? je lui demande appuyé sur le rebord de la porte. Moi je me vois bien dans le miroir, j’ai les cheveux longs éméchés, la robe déchirée, on dirait une pute qu’on vient de violer. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 44) La séparation de ce tissu prend l’apparence d’une ouverture, d’une fusion, mais c’est une illusion poétique. « Le nuit le rideau se déchire […] arrachons rideaux et voiles pour joindre nos corps ! » (la voix narrative du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 14) ; « L’appartement dit d’où je viens, et les rideaux ouverts, où je vais… » (le Comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier). En réalité, il dit une perte d’identité et d’amour : « Jusque-là, l’amour que j’éprouvais n’avait cessé de claquer au vent comme une voile déchirée. » (Laura, l’héroïne lesbienne du roman Deux Femmes (1975) de Harry Muslisch, p. 19)

 
 

d) L’orange coupée en deux :

Parallèlement au symbole du rideau déchiré, on rencontre dans les fictions homosexuelles un autre motif de division : le fruit coupé en deux : cf. le film « Giorni » (« Un Jour comme un autre », 2001) de Laura Muscardin, le poème « Muerte De Antoñito El Camborio » (1928) de Federico García Lorca (avec les citrons coupés jetés à la rivière), le roman Ma Moitié d’orange (1973) de Jean-Louis Bory, le roman Oranges Are Not The Only Fruit (1985) de Jeannette Winterson, le film « Mi-fugue mi-raisin » (1994) de Fernando Colomo, la chanson « Aime » de Lara Fabian (avec la moitié d’orange), le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar (avec les tomates coupées en deux sur la planche de travail de la cuisine), la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi (avec le melon tranché), le film « Les Lauriers sont coupés » (1961) de José Ferrer (traitant de travestissement), le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio (avec les oranges dorées), etc.

 

« Cette rondelle orange, fruit-soleil fendu sur le verre » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami en 2003, p. 20) ; « Est-ce que vous prendrez une rondelle d’orange confite dans votre vino bianco, cher Bottecelli ? » (Hubert, le héros homo, à Jean-Marc le journaliste, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « J’ai aussi deux tranches de saumon et la moitié d’un citron. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 135) ; « Moi, les fruits, je les coupe en deux. » (Claude dans le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur)

 

Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, quand Benoît, le personnage homosexuel, définit l’homosexualité de son ancien camarade de classe Fifou, qu’il soupçonne d’être homo, il le coupe précisément en deux, comme un fruit) : « Il était mi-figue mi-raisin. » Parfois, l’homosexualité est, à travers le fruit coupé, présentée comme une superficialité, un stade narcissique souffrant, une séduction : « Les deux frères se ressemblaient comme une pomme coupée. » (la pièce Arlecchino, Il Servitore Di Due Padroni, Arlequin, valet de deux maîtres (1753) de Goldoni) ; « Sur le fruit coupé en deux, dur miroir » (cf. la chanson « Liberté » du groupe Cassandre, basée sur le poème de Paul Éluard) ; « Nous sommes l’androgyne tranché en deux. Je suis comme le fruit dont on a arraché la moitié et qui saigne. » (la voix narrative de la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Comme vous êtes sympas, je vais couper la poire en deux. » (Philippe Mistral dans son one-man-show Changez d’air, 2011)

 
 

e) L’Homme siamois ou l’animal à deux têtes :

Autre symbole de division illustrant l’action dispersante du désir homosexuel : l’homme à deux têtes. On le retrouve dans la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet (avec Muriel et Magdalena, les deux vieilles qui se déplacent comme deux sœurs siamoises, de manière très mécanique), le concert des Enfoirés 2008 (« Medley Le Secret des Chiffres », avec Pierre Palmade et Jean-Jacques Goldman déguisés en frères siamois), la pochette du disque de la chanson « Quel souci La Boétie ! » de Claudia Phillips (avec la chanteuse aux seins figurant deux têtes), la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti (avec l’infirmière à deux têtes), le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger (avec les personnages à deux têtes de la Cour des miracles interlope), la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell (avec la mention d’un être mi-homme, mi-femme… en gros, du troisième sexe), le tableau Anthropométrie de l’époque bleue (1960) d’Yves Klein (avec les êtres siamois), la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi (avec les demi-frères), le one-(wo)man-show Madame H. raconte la saga des Transpédégouines (2007) de Madame H. (avec l’enfant bicéphale), la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti (avec les frères jumeaux siamois), la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès (avec l’« Italien bicéphale »), le film « La Femme aux deux visages » (1941) de George Cukor, le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec l’homme coupé en deux), le film « Autoportrait aux trois filles » (2009) de Nicolas Pleskof, la nouvelle« Kleptophile » (2010) d’Essobal Lenoir (avec le vigile du grand magasin, comparé à un cerbère à trois têtes), le film « L’Homme aux cent visages » (1959) de Dino Risi, le film « Between Two Women » (2000) de Steven Woodcock, la photo de Patrick Sarfati (p. 195) dans la revue Triangul’Ère 1 (1999) de Christophe Gendron, le dessin de saint Sébastien (2001) de Thom Seck, la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou (avec Jean-Claude Collé, l’homme à deux têtes… ou les deux frères siamois ?), le film « Twee Vrouwen » (« Deux fois femme », 1985) de George Sluizer, le film « Abre Los Ojos » (« Ouvre les yeux », 2002) d’Alejandro Amenábar (avec l’homme aux deux visages), l’enfant à deux têtes balzacien (cf. le site http://www.histoires-litteraires.org, consulté en juin 2005), la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec, en décor, la chemise à deux têtes conçue avec un seul buste), le film « Un Pyjama pour deux » (1962) de Delbert Mann, etc. Dans le film « The Lady Vanishes » (« Une Femme disparaît », 1937) d’Alfred Hitchcock, Caldicott et Charters partagent un même pyjama.

 

Nombreux sont les personnages homosexuels affichant leur bilatéralité androgynique (l’androgyne est coupé en deux, voire en quatre) : « J’ai laissé mon double se détacher de moi. » (Robert dans la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « On a pensé à se suicider… mais comme on avait qu’une corde pour deux… » (Stéphane dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; « Privée de joujou à double têtes pendant 6 mois ! » (Sharon à sa compagne France, dans la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne) ; « Merde… Si ça se trouve, je suis bipolaire ! » (Louis, le héros homosexuel, dans la pièce Dépression très nerveuse(2008) d’Augustin d’Ollone) ; « J’ai huit doigts et deux têtes. » (Marthe, l’héroïne lesbienne, dans le film « The Children’s Hour », « La Rumeur » (1961) de William Wyler) ; « Je me suis plié en deux… pour ne pas dire en quatre. » (François, le héros homosexuel du one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « L’été, on le passait avec les touristes. […] Les autres [hommes] nous suivaient dans les dunes, les fourrés, succombaient à nos baisers de pieuvres à quatre jambes, sœurs siamoises à deux sexes. » (Cécile en parlant de son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 48) ; « J’ai passé mon temps à vous séparer et à recoller les morceaux ! » (Jasmine aux deux demi-frères Djalil et François, dans la pièce Frères du Bled (2010) de Christophe Botti) ; « Parmi les affaires de Kévin, il y avait plusieurs tableaux. L’un d’entre eux représentait deux visages de profil, superposés, avec un seul œil en commun. » (Alexis Hayden et Angel of Ys, Si tu avais été… (2009), p. 13) ; etc. Par exemple, dans le film « Morrer Como Um Homen » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues), l’opération du changement de sexe nous est présentée comme le simple pliage d’un papier par le docteur Francisco. Le film « Unfinished : Exploring The Transgender Self » (2013) de Siufung raconte l’origine de l’Homme en tant qu’organisme ayant deux séries de bras et de jambes ainsi que deux visages sortant d’une grosse tête.

 

Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, l’amant homosexuel, Georges, est à la fois invisible (il est toujours absent) et bipartite : « Finalement, elle a trois jambes, cette fiancée ? » (Adèle s’adressant à son frère homo William en feignant d’ignorer le sexe de son amant Georges) William finit par le confondre avec un pyjama à « deux pattes et deux manches en chiffon ». Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, un des tableaux de Ben, le héros homo, représente un homme à deux têtes (siamois, donc) tenant sur ses genoux un bébé.

 

Cet être double décrit dans les fictions homo-érotiques est en général le représentant de diabolos, l’esprit double qui divise : « Gerry ressemblait aux jumeaux d’‘Alice in Wonderland’ de Walt Disney, Tweedledee et Tweedledum. » (Jean-Marc en parlant d’un ami homosexuel, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 169) Dans le roman L’Hystéricon (2010), le duo de gossip girls Karen/Amande est surnommé « les siamoises » (p. 31). C’est le cas d’autres duos de langues de vipère de ce même ouvrage : « Quand je leur jetais de nouveau un regard, elles [Varia et sa copine] s’étaient transformées en monstre à deux têtes et ricanaient de plus belle, en renversant à tour de rôle leurs chevelures blonde et brune. » (Jason, le personnage homosexuel décrivant la vénéneuse Varia Andreïevskaïa, idem, pp. 59-60) Dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, le duo impitoyable formé par le chef d’entreprise Mérovinge et sa masculine assistante Nathalie Stevenson (une femme blonde, grande et mince, portant un smoking noir Yves Saint-Laurent et une balafre) glace le sang… : « Nathalie pense comme moi. Tu sais qu’elle ne se trompe jamais, il lui suffit de voir une personne quelques minutes… Même si elle juge un peu à la cravache. » (Mérovinge, p. 214) ; « Leur obscure et défunte relation le hantait toujours. Il désirait lui plaire encore, non pour la conquérir, mais par désir enfantin de ne pas décevoir cette ancienne et violente maîtresse. » (idem, p. 215) ; « Antoine s’attarda sur la fraîche balafre qui barrait la joue de Nathalie Stevenson. » (idem, p. 240) ; « la balafrée de luxe » (idem, p. 244) Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Ahmed est pris par les deux travelos Fifi et Mimi pour le (ou les !) fantôme(s) du Vicomte : « C’est deux personnes ! » soutient le premier ; « C’est une seule ! » embraye le second. Dans la mise en scène d’Érika Guillouzouic (2010) de la pièce Le Frigo (1983) de Copi, le protagoniste homosexuel/transsexuel est coupé et maquillé en eux : une moitié figurant le fils, une autre sa mère… et tour à tour, l’un des personnages prend le dessus sur l’autre, dans une débauche verbale d’une grande violente.

 

MOITIÉ 6 Aigle

Film « L’Aigle à deux têtes » de Jean Cocteau


 

En lien avec le code de l’Homme à plusieurs visages, on voit très fréquemment surgir dans la fantasmagorie homosexuelle les animaux à deux têtes : cf. la pièce L’Aigle à deux têtes (1946) de Jean Cocteau, le Musée d’Histoire Naturelle du film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (avec des images d’animaux à deux têtes ou biscornus au tout début du film), le film « La Chatte à deux têtes » (2001) de Jacques Nolot, la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon (avec Dimitri et ses deux « inséparables »), le roman La Bête à trois têtes (1999) de Boniblues, le roman Une Langouste pour deux (1978) de Copi, le film « Einaym Pkuhot » (« Tu n’aimeras point », 2009) d’Haim Tabakman (avec le poulet coupé en deux), la comédie musicale Toutes les chansons ont une histoire (2010) de Frédéric Zeitoun (avec les deux mainates), le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa (avec les deux chiens identiques baladés en laisse), le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (avec Chanel et Saucisse, les deux teckels du coiffeur gay) ; etc. « Coupé en deux, le chiwawa ! » (César le héros hétéro, en parlant d’un ami qui a tué sa chienne, dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier) ; « Tous les garçons et les filles étaient des aigles à deux têtes. » (cf. la chanson « Flower Power » de Nathalie Cardone) ; « Ils aiment beaucoup aussi un jeu très singulier qui consiste à courir à toute allure dans la ligne de démarcation entre la mer et le sable. […] parfois deux ensemble (les chiens), parfois seuls. » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 13) ; « Le boa a la tête coupée » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 59) ; « Mais je ne veux pas manger un poulet entier ! Une moitié me suffira. » (Regina Morti dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Ah, non ! Nous n’aurons qu’un rat à nous deux ! » (le Jésuite dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, Jean donne une moitié de couille de boa constrictor à Micheline (on ne sait pas trop, d’ailleurs, de quelle couille il parle…) : « Tiens, la moitié de la mienne. C’est exquis ! »

 

MOITIÉ 12 Kang

B.D. « Kang » de Copi


 

L’animal coupé peut renvoyer au viol ou au fantasme de viol (division identitaire avec soi-même). « Le personnage de Carlos Sanchez en avait marre de rester dans le buisson à espionner Lola. Et il décide de la violer à l’intérieur de son camion, sur une moitié de vache, étalée par terre, comme lit. Lola Sola se débat. Mais on comprend tout de suite qu’elle aime ça. Qu’elle aime un homme puissant. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 253) Par exemple, dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, face à ses problèmes d’identité et de dépression, va consulter un psychiatre qui lui montre des dessins que lui identifie comme « deux rats qui se mangent » avant de se résigner à y reconnaître un papillon.

 
 

f) Une vision androgynique de l’amour :

MOITIÉ 7 Carlos de Lazerne

Roman « La Veuve de minuit » de Carlos de Lazerne


 

En général, l’amour homosexuel – et c’est très clairement illustré dans les fictions – se caractérise par une recherche de fusion-rupture avec un semblable sexué androgynique, coupé en deux ou portant une curieuse cicatrice : cf. le recueil de poésies Androgyne, mon amour (1977) de Tennessee Williams, le film « 2 × Adam, 1 × Eva » (1959) d’Herbert Jarczyk, le film « The Sum Of Us » (1994) de Kevin Dowling et Geoff Burton, etc. « la fêlure qui te défigure » (cf. la voix narrative s’adressant à l’amant, dans la chanson « Un Merveilleux Été » d’Étienne Daho) ; « Un pare-brise de Twingo ? Fendu en deux, en plus… C’est gentil, je suis pas intéressé. » (le héros homo, réincarné en vitre, et accosté par une autre vitre, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont) ; etc. Le personnage homosexuel se voue à un dieu divisé en deux qu’il appelle « Amour » ou « Couple » : « Vous êtes presque des demi-dieux… Rien n’est vraiment impossible aux créatures de votre espèce. Vous avez lu Platon. Alors à deux, tout est possible. » (Thibaut de Saint Pol, N’oubliez pas de vivre (2004), p. 155) ; « C’est un fruit sucré que l’univers et la terre ensemencent, un cadeau divin qui t’est offert. Si tu crois à cette chance, la vie s’arrange pour nous donner l’autre moitié d’orange. » (cf. la chanson « Aime » de Lara Fabian) ; « Nous sommes tous nés d’un amour amputé. » (François, le héros homosexuel du one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Avez-vous déjà remarqué que lorsque deux visages s’embrassent, ça forme un cœur ? » (Matthieu le héros homo dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Il me reste une moitié de cœur. Allez, viens la partager ! » (Jonathan s’adressant à son amant Matthieu, idem) ; « Tu es l’autre partie de moi. Grâce à toi, je suis entière. » (Peyton, l’héroïne lesbienne parlant à son amante Elena dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; « Vianney part très vite. Je sens à nouveau le souffle de son corps, chaud cette fois, qui s’éloigne de moi et qui, en s’arrachant à moi, m’enlève une partie de moi-même que je viens à peine de retrouver et dont je dois déjà me détacher. » (Mike racontant son aventure d’un soir avec un certain Vianney qu’il accueille chez lui alors qu’il a les yeux bandés, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 86) ; « C’est comme un morceau de ma chair qu’on vient de sectionner. » (l’amante face à la rupture avec Éléonore dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « À ce moment, elle ne connaissait rien d’autre que la beauté et Collins, et les deux ne faisaient qu’un seul être, qui étaient Stephen. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 26) ; etc.

 

Les œuvres artistiques telles que le film « The Man Who Fell To Earth » (« L’Homme qui venait d’ailleurs », 1976) de Nicolas Roeg, le roman Ma Moitié d’orange (1973) de Jean-Louis Bory, le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell, le film « Nous étions un seul homme » (1978) de Philippe Vallois, le roman L’Autre moitié de l’homme (1975) de Joanna Russ, le film « El Cielo Dividido » (2006) de Julián Hernández, ou le film « La Mala Educación » (« La Mauvaise Éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, revisitent le mythe de l’androgyne. L’amant homosexuel est considéré comme le morceau de puzzle manquant à l’identité profonde de l’être et à la réalisation de l’amour plénier : « Je crois que je l’ai trouvé. Celui qui va tout réparer. » (Charlie en parlant de l’homme qu’il aime, dans le film « Urbania » (2004) de Jon Shear) ; « Il faut que je retrouve mon autre moitié. » (Hedwig dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, Alexandra parle toujours de sa « fente »; et elle cherche à diviser ses amantes : « Je compris que, sur ce plan-là, tout était maintenant changé. Comme si une digue s’était rompue en elle. » (p. 186)

 

Très souvent, le personnage homosexuel adopte un vision fusionnelle/désunie de l’amour femme-homme, et donc du couple homme-homme ou femme-femme. Il vit dans l’utopie de la complétude amoureuse parfaite avec un autre lui-même, une symbiose sans Désir mais débordante de sentiments narcissiques immatures. « Vous êtes ma juste moitié d’un Tout indissociable. » (Janine à Simone, dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) ; « Aimer… C’est quand tu fais partie de moi. Si tu n’es plus là, tu me manques. Je ne suis plus que la moitié de moi-même. » (Bryan à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 328) ; « Il me faudrait là ta main pour étreindre une à une mes peurs de n’être plus qu’une. » (cf. la chanson « Pas le temps de vivre » de Mylène Farmer) ; « Tu as lu le Symposium de Platon ? Je pense que l’amour, c’est la recherche de sa moitié. » (Leo à son amant Ryan, dans le film « Drift » (2000) de Quentin Lee) ; « Il fallait que je sache que nous étions deux pour prendre une consistance. Seule, je n’existe pas. Je ne sais pas être le singulier de notre pluriel d’avant. » (Anna dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 64) ; « Côte à côte, comme des mailles au lit. » (Arnaud à son amant Mario dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes…(2009) d’Alberto Lombardo) ; « Nous avons attaché le président au pape avec une corde. Ils ont l’air de deux saucissons ficelés ensemble. » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 59) ; « C’est comme un morceau de ma chaire qu’on vient de sectionner. » (l’amante face à la rupture avec Éléonore, dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « Redonne-moi l’autre bout de moi, tout ce qui fait qu’on est Roi. » (cf. la chanson « Redonne-moi » de Mylène Farmer) ; « Quand je suis seul, je ne suis plus rien. Je ne supporte pas la solitude. » (Paul Verlaine dans le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland) ; « J’ai dans le cœur comme un poids de n’avoir fait le choix, Lui ou toi. Mes deux moitiés d’homme, sans eux je n’suis rien. » (cf. la chanson « Lui ou toi » d’Alizée) ; etc.

 

Dans le Musée des Amours lointaines du roman éponyme (2008) de Jean-Philippe Vest, les billets sont toujours vendus par paires, même quand le visiteur vient seul. D’ailleurs les personnages amoureux se regardent parfois comme des hermaphrodites (habituellement représentés endormis dans l’iconographie traditionnelle), comme des objets : « Il [Ethan] ne sait pas depuis combien de temps il regarde Hillary dormir. Les draps blancs ne recouvrent que la moitié de son corps. Le reste, Ethan le caresse doucement, du bout des doigts, comme une œuvre d’art trop fragile. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 13) Dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen, Patrik pense au départ que ses deux « pères » adoptifs, Sven et Göran, sont des « demi-frères ».

 

Le désir homosexuel signale la présence d’une déchirure. Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, c’est précisément quand Esti, l’héroïne lesbienne, ressent un émoi sensuel pour une jeune prof d’histoire, mademoiselle Schnitzler, qu’en l’aidant à accrocher un poster au mur, le poster se scinde en deux : « Celui-ci se déchira en son milieu. ». Elles réparent leur maladresse avec du scotch : « Esti considéra le résultat final. La déchirure était à peine visible ; elle ne la voyait que parce qu’elle savait où elle était. » (pp. 80-81) Toujours dans ce même roman, c’est quand Dovid, le mari d’Esti, la découvre accidentellement au lit avec une femme, qu’il la voit en double : « En regardant Esti, il ne voyait pas une Esti, mais deux. » (p. 240)

 

Le fantasme amoureux de l’androgyne touche socialement beaucoup de couples fictionnels vivant sans amour mais pourtant dans l’utopie de la fusion androgynique appelée cinématographiquement « amour » ou « coup de foudre », qu’ils soient hétéros ou homos peu importe. « Demain, j’épouse une femme que je n’aime pas. Et je perds à jamais une moitié de moi. » (cf. la chanson « Je l’ai pas choisi » d’Halim Corto)

 

Cette conception égocentrique et fausse de l’Amour ne laisse pas, en général, les amants homosexuels fictionnels dans la paix (car qu’est-ce que l’Amour véritable si ce n’est Celui qui nous apprend que nous sommes uniques ?) : « Allez grouille, avant que la foudre nous coupe en deux ! » (Venceslao à son cheval dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) Ils ont l’impression de vivre un amour incomplet, décevant, au rabais, maudit par Dieu. « Avant toi j’étais entier et maintenant je suis une moitié. » (le Comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « Ils attendent sous l’abri que la tempête passe, tout en riant de leur situation cocasse. […] Un éclair illumine le ciel, suivi rapidement d’un coup de tonnerre, un signe que la foudre vient de tomber tout près. Puis, dans un vacarme ahurissant, un autre éclair s’abat sur leur refuge. Le tronc se fend, et une partie s’effondre. Abasourdi après avoir été projeté de deux mètres par la foudre, Ahmed rouvre les yeux et cherche Saïd. […] Saïd est mort, tué par l’orage, un signe peut-être que Dieu n’approuve pas ce que les garçons s’apprêtaient à faire ce soir. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 48)

 

La fusion est tellement désirée au cœur du couple homo que les amants finissent par s’étouffer et se détester, même s’ils sont incapables de se quitter : « Tu n’avais qu’à épouser Christopher Palm au lieu de te coller à moi comme une sangsue ! » (Fougère à sa sœur Joséphine dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Tu joues la meilleure amie, et puis après, tu joues la parfaite hystéro qui m’arrache la moitié du visage ! […] Arrête de me toucher ! J’vais finir en morceaux avec toi ! » (Fred, le héros homo, à sa meilleure amie Alice dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) ; « Jamais je ne vous quitterai, le ciel devrait-il s’écrouler, parce que nous sommes un seul être, une seule âme divisée en deux moitiés qui se tourmentent. » (Daventry à Garnet Montrose, dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 156)

 

Quelquefois, les amants homosexuels vont même jusqu’à se prouver la folie de leur amour fusionnel en se violant, en se coupant en deux : « Mon plan consistait à passer une nuit avec toi. Cette nuit-là, je t’aurais baisée jusqu’à te fendre en deux. » (Victor à Helena, dans le film « Carne Trémula », « En chair et en os » (1997), de Pedro Almodóvar) ; « Je te fends la chatte ! » (Venceslao s’adressant à Mechita dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1999) de Copi) ; « Ce matin, j’ai pris la décision de casser Rachid en deux, comme une biscotte. » (Jean-Luc par rapport à son petit copain Rachid, dans la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch) ; « Si tu me coupes, je te fends comme une bûche. » (Don Cristóbal au coiffeur dans la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1935) de Federico García Lorca) ; « Je lui [Jean-Marie] défonce le crâne d’un coup de hache. » (la voix narrative parlant de Jean-Marie, dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 112) ; etc. En coupant son partenaire en deux, le héros homosexuel ne fait pas que le violer (du moins, à ses yeux) : il fait le travail de sexualité à la place de Dieu, donc de « création » dira-t-il, d’« amour ». Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Denis, le héros homosexuel, considère l’identité et l’amour comme un éclatement, une errance, une fusion où les partenaires passent leur temps à se dérober (dans tous les sens du terme !) l’un l’autre : « Je suis amoureux de celui qui détient ma pièce perdue que je veux te voler. » (Denis à son amant Luther) Pour lui, « vivre c’est continuer à vivre en pièces détachées, le sourire aux lèvres ». Et bien sourions et « éclatons-nous » au lit… avec le rictus forcé de Ronald McDonald’s.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Un élan de la division, impulsé par le désir homosexuel (ou hétérosexuel, ou bisexuel), est symbolisé par le motif de la moitié :

 

Je vous encourage à lire attentivement le code « Désir désordonné » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, qui va de pair avec celui-ci, et qui insiste davantage sur les effets écartelants du désir homosexuel que sur les représentations iconographiques de la division.

 

MOITIÉ 8 La Fille coupée

Film « La Femme coupée en deux » de Claude Chabrol


 

Qu’on se le dise. Le code de la moitié n’est pas uniquement fictionnel, même si, bien évidemment, aucune personne humaine n’est un être à demi, ou n’arrivera à fusionner complètement avec son partenaire sexuel, tout « amoureux » et « en connexion » qu’ils se prétendent. Il est juste le reflet d’une réalité désirante, d’un fantasme de viol/de séparation consubstantiel au désir homosexuel. « Les mots ‘maniéré’, ‘efféminé’, résonnaient en permanence autour de moi dans la bouche des adultes : pas seulement au collège, pas uniquement de la part des deux garçons. Ils étaient comme des lames de rasoir, qui, lorsque je les entendais, me déchiraient pendant des heures, des jours, que je ressassais, me répétais à moi-même. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 84) ; « J’ai d’abord imaginé que je lui faisais l’amour, à elle, Sabrina, sachant qu’une pareille image ne pouvait pas me faire bander. Puis j’ai imaginé des corps d’hommes contre le mien, des corps musclés et velus qui seraient entrés en collision avec le mien, trois, quatre hommes massifs et brutaux. […] Des hommes qui auraient transpercé, déchiré mon corps comme une fragile feuille de papier. » (idem, p. 193) Cela ressemble à de la science-fiction, à une grosse blague, mais ce fantasme de la moitié est partagé par beaucoup plus d’individus homosexuels qu’on ne l’imagine : ils s’imaginent presque tous au pluriel. « Ma maison avait deux tours : l’une plongée dans la lumière et l’autre obscure. » (l’écrivain français Hugues Pouyé parlant de son enfance, sur le site Les Toiles roses en 2009) ; « Ma vie intégrait cette limite. Elle se fendillait dans les épreuves quotidiennes, se nourrissait d’être aimée pour ce que j’étais et non comme un idéal. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 59) ; etc.

 

Dans le documentaire « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti, par exemple, un des témoins homosexuels exprime ses dernières volontés de manière bien étrange : « Quand je mourrai, je veux qu’on m’enterre dans deux cercueils différents. » Dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier, le dragking interviewée (une femme transgenre se travestissant en homme en attendant d’être opérée) doute de son unicité et de l’unicité de l’être humain : « Quand on est trans, on déteste le manque. On veut être complet. Mais personne n’est complet. » Dans l’émission radiophonique Je t’aime pareil de France Inter (spéciale « Les différentes manières de gérer son homosexualité », diffusée le 24 juillet), il est question du terme « fem » qui qualifierait les femmes lesbiennes comme des demi-femmes.

 

La moitié est une projection identitaire narcissique. Généralement, elle provient d’une identification excessive à un acteur ou à un être de fiction. « Ce n’est qu’après avoir vu ‘Le Prince et le Pauvre’ que je reconnus mon autre moitié en la personne de Jimmie Trimble. » (Gore Vidal parlant d’un acteur de film, dans son autobiographie Palimpseste – Mémoires (1995), p. 35) ; « Être homosexuel, être Juif, être Blanc sont les 3 jambes sur lesquelles je marche. J’aime utiliser ma judaïté. » (Steven Cohen, le performer transgenre M to F, dans le documentaire « Let’s Dance – Part I » diffusé le 20 octobre 2014 sur la chaîne Arte) ; etc. En 1907 en Allemagne, le chancelier Bernhard von Bülow est saisi par la tourmente homo-judiciaire. En effet, Bülow est accusé d’entretenir des relations « contre nature » avec son secrétaire privé, un certain Max Scheefer, qu’il aurait appelé « ma meilleure moitié ». En 1908, selon Weindel et Fischer, « les homosexuels subissent les seuls instincts femelles, qui les mettent en antagonisme avec eux-mêmes, et c’est bien la forme de lutte la plus rude et la plus douloureuse dont un être pensant puisse se trouver déchiré » (p. 212).

 

La découverte – non pas de son désir homosexuel mais – de l’acte homosexuel a souvent un effet dispersant, schizophrénique : « J’avais le sentiment que, sous mes pieds, la terre s’était fendue en deux et que je glissais irrémédiablement dans une faille, sans pouvoir y échapper. » (Jean-Michel Dunand parlant de la découverte concrète de l’acte homosexuel, dans son autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 31) Cette division identitaire illustre un manque d’unité avec soi-même et avec les autres, y compris au niveau social. « Je m’enfermais dans un personnage à deux visages. J’étais l’illustration vivante du héros né de l’imagination de Robert Louis Stevenson dans la nouvelle L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde. Le bon grain et l’ivraie qui nous habitent tous se scindaient sous l’effet d’une drogue chez ce notable anglais. » (idem, p. 50) ; « En réalité, j’éprouvais tous les jours qu’il n’y avait pas de place pour moi dans le marxisme et, à l’intérieur de ce cadre comme partout, je devais vivre une vie divisée. J’étais coupé en deux : moitié trotskiste, moitié gay. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010, p. 205) ; « J’ai demandé au ciel de me dire pourquoi je suis là ? Qui j’étais ? Et quelques jours plus tard, on dit que le hasard n’existe pas, je regardais la télé le soir en zappant les chaînes, je vois un film érotique chouette et je vois un homme de dos, et l’autre personne je la voyais pas et après je me rends compte que ce sont deux homosexuels. Je n’avais jamais vu d’homosexuel en chair et en os et de les voir en plus en plein acte de violence. J’ai eu comme un coup de poignard, une monté de colère, un viol de mon être, une déchirure, je savais ce que c’était des pédés mais le voir physiquement a été comme un choc, comme une balle en pleine tête et à partir de ce moment-là ma vie est devenue un enfer, car je suis quelqu’un de craintif, et le moindre problème qui surgit faut que je tente de le résoudre sinon je peux paniquer très vite et là je me remémore ces images sans cesse. À m’en faire gerber et presser ma tête et ma poitrine continuellement comme dans un étau. Je me suis dit : ‘T’es un homme et eux aussi donc tu peux faire cet acte aussi’ et que je ne pouvais imaginer qu’un homme puisse descendre aussi bas dans l’instinct animal malsain. » (cf. le mail d’un ami, Pierre-Adrien, 30 ans, juin 2014) ; etc. Quand on ne vit pas concrètement ce qu’on sait de juste, on expérimente l’écartèlement du libertin ; on devient romantique à défaut d’être vrai et aimant, et cela nous fait théâtralement/vraiment souffrir : « Au fond, depuis l’adolescence, je suis déchiré entre mon rêve romantique et mes fantasmes parfois avilissants. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 46)

 

La division identitaire qu’expriment certaines personnes homosexuelles peut également provenir d’un viol. « Mon cousin a profité de moi. Mon cousin avec qui il s’est passé des choses… très dures. C’était avec lui que j’ai perdu une partie de moi. Une fois mariée avec lui, il m’a fait payer le fait que j’aie été avec une fille avant. Il m’a séquestré. Il y a eu des coups. J’étais juste un corps. » (Amina, jeune femme de 20 ans, lesbienne, de culture musulmane, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) L’étrangeté de la séparation que fait vivre le viol, c’est qu’elle peut donner l’impression d’une unité et d’une vérité, l’espace d’un instant. « J’ai senti son sexe chaud contre mes fesses, puis en moi. Il me donnait des indications ‘Écarte’, ‘Lève un peu ton cul’. J’obéissais à toutes ses exigences avec cette impression de réaliser et de devenir enfin ce que j’étais. » (Eddy Bellegueule simulant des films pornos avec ses cousins dans un hangar, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 152-153) ; « Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; etc. Par exemple, Giulia Foïs, en parlant de son viol, dit « Je suis une sur deux ».

 
 

b) Le visage de la personne homosexuelle se scinde symboliquement en son milieu :

MOITIÉ 9 Internet

 

« Ernst Röhm est typiquement ce que l’on appelait à l’époque une ‘gueule cassée’. Des éclats d’obus lui ont enlevé la moitié du nez et entaillé ses joues. Malgré les miracles qu’accomplit dès cette époque la chirurgie esthétique, dopée par la Première Guerre mondiale, il porte pour toujours sur sa face des stigmates du Grand Massacre qui imposent le respect, les glorieuses cicatrices du héros de la Grande Guerre. » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 217)
 

Le dédoublement de personnalité impulsé par le désir homosexuel est exprimé concrètement par certaines personnes homosexuelles. Elles se disent incomplètes : « Je rêve de conquérir la partie manquante de moi-même. » (Hervé Guibert cité dans l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, p. 482) ; « Le monde se fissure, et le mystère s’épaissit… » (la phrase de conclusion du documentaire « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) ; « Aujourd’hui, je suis complet. » (Axel, homme transsexuel M to F, après son opération de « changement de sexe », dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan) ; « Sur le front de Slimane, il y a quatre rides. Au bout de son nez, il y a comme une petite fissure. Slimane dit que sa grand-mère Maryam a la même. » (Abdellah Taïa parlant de son amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 104) ; etc. Souvent, elles se décrivent comme un pirate avec une cicatrice, et s’identifient aux visages coupés. « Mireya [l’héroïne de la série La Vie désespérée de Mireya, la Blonde de Pompeya] taillade le visage du Morocho, son homme, avec une bouteille de vin Mendoza qu’elle a cassée sur le comptoir en étain du café El Riachuelo. Mireya court désespérée dans la rue. Il pleut des cordes. La blonde s’appuie contre un réverbère et pleure à chaudes larmes. Ses pleurs se mélangent aux gouttes de pluie. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 247) Par exemple, elles disent leur passion pour le manga japonais Albator ; et ce personnage est parfois utilisé comme pseudonyme sur les sites de rencontres Internet (cf. je vous renvoie à la partie sur « Albator » du code « Désir désordonné » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Dans l’affiche de son one-man-show L’Arme de fraternité massive ! (2015), Pierre Fatus a choisi de peindre son corps et son visage en noir, avec des inscriptions xénophobes et ethniques, figurant ainsi sa schizophrénie spaciale.

 

L’action de se couper le visage n’est pas à prendre dans son sens littéral, mais à mon avis, à interpréter comme un refus d’accepter son identité humaine, et plus largement la réalité de la sexualité. « Je suis une homme et un femme. » (Orlan, l’artiste « performer » F to M) Pour certaines personnes homosexuelles, la découverte de la différence des sexes a parfois été bêtement vécue comme un coup de hache, une séparation définitive de l’Amour (femme/homme, mais aussi créature/Créateur). C’est le cas de l’écrivain Jean Genet, par exemple. « Il ne meurt pas. La conscience reflue, Genet renaît de ses cendres ; la tante-fille, coupée en deux par le couteau d’abattoir, se recolle. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet (1952), p. 133)

 

La moitié de visage ou de cerveau est aussi une possible conséquence de l’homophobie, c’est-à-dire du viol qu’ont vécu certaines personnes homosexuelles : « J’ai une partie du cerveau qui a été atrophiée. » (Bruno Weil, jeune homme homosexuel passé à tabac par quatre hommes qui l’ont laissé pour mort, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014)
 
 
 

c) Le rideau déchiré :

Parfois, la personne homosexuelle ne se prend pas tant pour un être humain que pour un drap déchiré. Cela peut renvoyer à une figuration de la schizophrénie ou du viol/de l’inceste : « Tu as encore ton extase ? Tu sais, elle [Cecilia] ne veut pas toucher mon rideau. » (Ernestito dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 229) ; « En me rendant devant la chambre de mes parents ces nuits où, tétanisé par la peur, je ne trouvais pas le sommeil, j’entendais leur respiration de plus en plus précipitée à travers la porte, les cris étouffés, leur souffle audible à cause des cloisons trop peu épaisses. (Je gravais des petits mots au couteau suisse sur les plaques de placoplâtre, ‘Chambre d’Ed’, et même cette phrase absurde – puisqu’il n’y avait pas de porte –, ‘Frappez au rideau avant d’entrer.’) Les gémissements de ma mère, ‘Putain c’est bon, encore, encore.’ J’attendais qu’ils aient terminé pour entrer. Je savais qu’à un moment ou à un autre mon père pousserait un cri puissant et sonore. Je savais que ce cri était une espèce de signal, la possibilité de pénétrer dans la chambre. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 81-82)

 
 

d) L’orange coupée en deux :

Concernant le motif des fruits coupés en deux, il est amusant de le voir employé dans des contextes réels où apparemment il n’a rien à y faire. Par exemple, dans la pièce La Tour de la Défense de Copi (1981, mise en scène de 2010 par Florian Pautasso et Maya Peillon), des fruits – kiwis, mandarines – sont coupés en deux pendant la représentation.

 

Il n’est en général pas synonyme d’amour unifié et durable. Dans son autobiographie Recto/Verso (2007), Gaël-Laurent Tilium définit les soirées avec ses « potes de baise » (ou « fucking-friends ») comme la « seconde moitié d’orange » d’une sexualité amuse-gueule (p. 226).

 

Pour la petite histoire, les relations homosexuelles étaient désignées dans la Chine du VIe siècle avant J.-C. sous le terme d’amours de la « pêche partagée » (cf. Assises de la Mémoire Gay, Gays et lesbiennes en Chine (2004), p. 9).

 
 

e) L’Homme siamois ou l’animal à deux têtes :

MOITIÉ 10 Glen or Glenda

Film « Glen Or Glenda ? » d’Ed Wood


 

Nombreux sont les sujets homosexuels affichant leur bilatéralité ou se décrivant comme deux personnes alors qu’ils n’en sont qu’une. « Je suis toujours deux. » (Cécile Vargaftig, interviewée à l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle, Paris, le 7 mars 2011) ; « J’ai commencé à vivre deux vies séparées. Je devenais un homosexuel. » (Guy Hocquenghem, cité dans l’émission-radio Je t’aime pareil d’Harry Eliezer sur France Inter, spéciale « Papa, maman, les copains, chéri(e)… je suis homo », le 10 juillet 2010) ; « À deux, vous essayez de faire une personne, ok ? » (le comédien Jarry en boutade à deux spectateurs pendant son one-man-show Entre Fous Émois, 2008) ; « On passait des heures devant les agneaux à deux têtes. Il était bouleversé. » (la voix-off de la mère de Bertrand, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « Le double, moi, ça m’effraie. Ces deux sœurs ont la similarité des jumelles. On aurait dit qu’elles auraient voulu être siamoises. » (Celia s’adressant à Bertrand à propos d’une toile figurant deux sœurs identiques, idem) ; etc. Ils perpétuent de manière partielle et souvent inconsciente le mythe de l’androgyne platonicien : comme l’explique Jean Libis dans son essai Le Mythe de l’Androgyne (1980), « L’androgyne, c’est l’Un-en-deux. » (p. 273). On peut lire dans L’Humanité du 20 mai 1993 l’article de Jean-Pierre Leonardini au titre éloquent : « Un Homme inverti en vaut deux ».

 
 

Photo Henri Michaud (1925) de Claude Cahun

Photo Henri Michaud (1925) de Claude Cahun


 

Dans le monde artistique, l’androgynie ou l’hermaphrodisme ont parfois été représentées par une statue avec deux têtes : c’est le cas de l’étrange sculpture Métamorphose d’Hermaphrodite et Samalcis (v. 1520) de Mabuse exposée au Musée Van Beuningen (Pays-Bas). Généralement, la scission identitaire souhaitée, et exprimée dans les arts, n’est pas de bon augure. Par exemple, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, les didascalies de l’entrée de la mère de « L. » sont le signe d’une ambiguïté de sexes (elle est un trans), d’une violence androgynique à venir : « (L. rentre avec un double costume qui représente sa mère d’un côté, et L. en robe de chambre et moustaches de l’autre.) »

 

 

Dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, Déborah, personne intersexe élevée en fille, et son amie Audrey, elle aussi intersexe, se baladent au Muséum d’Histoires Naturelles de Lausanne (en Suisse), et y observent les animaux empaillés, et notamment un « Chat : Monstre à tête double ».
 
 

f) Une vision androgynique de l’amour :

MOITIÉ 11 Mylène

Concert de Mylène Farmer


 

D’un point de vue amoureux, de nombreuses personnes homosexuelles adoptent une conception androgynique du couple (= le couple ne serait pas formé de personnes entières et uniques, mais de deux moitiés d’une même personne) : « Toutes les histoires d’amour sont des projections. À travers l’autre on est amoureux d’une partie de soi qu’on n’a pas exploitée, la partie perdue de soi-même. » (Étienne Daho dans le site www.citation.ca, consulté en janvier 2007) ; « Deux êtres qui s’aiment fort sur la Terre forment un ange dans le ciel. » (Jean-Claude Brialy cité dans la revue Triangul’Ère 7 (2007) de Christophe Gendron, p. 9) ; « Quand j’ai fait la connaissance d’Ali, par le biais d’un site de rencontres gay en avril 2004, il avait quasiment la moitié de mon âge. J’ai d’abord aimé son visage, sa jeunesse. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 99) Le « monologue avec l’amant » (cf. le documentaire « Le Bal des chattes sauvages » (2005) de Véronika Minder), voilà le rêve que beaucoup d’entre elles veulent réaliser. Luis Cernuda, par exemple, est défini, non sans raison, comme le « poète de l’amour incomplet » (Armando López Castro, Luis Cernuda En Su Sombra (2003), p.163).

 

Dans le documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011) de Patricia Mortagne, Patricia a épinglé sur pinces à linge les moitiés de portraits de visage de ses parents, qui maintenant ne s’aiment plus d’amour car son père est parti avec des hommes.

 

Dans son essai Petit traité des grandes vertus (1995), le philosophe André Comte-Sponville nous met très justement en garde contre ces simulacres d’amour que sont les « coups de foudre » et les unions amoureuses de deux individus qui se mettent ensemble non parce qu’ils s’aiment vraiment mais pour ne pas rester tout seuls (cf. la fameuse « Solitude à deux » dont je parle dans le code « Île » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Deux amants qui jouissent simultanément, cela fait deux plaisirs différents, l’un à l’autre mystérieux, deux spasmes, deux solitudes. Le corps en sait plus sur l’amour que les poètes, du moins que ces poètes-là – presque tous – qui mentent sur le corps. De quoi ont-ils peur ? De quoi veulent-ils se consoler ? D’eux-mêmes peut-être, de cette grande folie du désir (ou de sa petitesse après coup ?), de bête en eux, de cet abîme si tôt comblé (ce peu profond ruisseau glorifié : le plaisir), et de cette paix, soudain, qui ressemble à une mort… La solitude est notre lot, et ce lot c’est le corps. » (p. 305)

 

Le fantasme amoureux de l’androgyne touche socialement beaucoup de couples vivant sans amour mais pourtant dans l’utopie de la fusion androgynique appelée cinématographiquement « amour », hétéros ou homos confondus. Dans son essai Le Premier Sexe (2006), le philosophe Éric Zemmour a tout compris quand il dénonce l’obsession collective de la « couplisation » (p. 101) de notre société, qui construit des moitiés d’Hommes, des clones sans personnalités et sans désir : « On peut les voir, dans les rues de Paris et d’ailleurs, main dans la main, vêtus du même uniforme, pantalon large et informe, baskets, chemise ample et pull-over moulant, les cheveux mi-longs. Un même corps de garçonnet androgyne pour deux. Ils sont l’incarnation de la vieille métaphore de Platon sur le corps coupé en deux que l’amour ressouderait miraculeusement. Ils sont plus que frères et sœurs, ils sont jumeaux. Depuis le plus jeune âge, ils sont en couple. Ils ne conçoivent pas la vie, le désir, la rencontre, autrement que dans un cadre immédiatement installé. Parfois, les éléments du couple changent, mais c’est chaque fois une déchirure. Mais peu importe, ce ne sont pas les individus qui comptent, c’est le couple. » (p. 57)

 
 
 

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Code n°127 – Mort (sous-codes : Mise en scène de son enterrement / Cimetière / « Je suis mort » / Suicide)

Mort

Mort

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Ça vous étonne que les mêmes qui réclamaient le « mariage pour tous » demandent maintenant l’« euthanasie pour tous » ?

 

La relation des personnes homosexuelles à la mort est très ambiguë : on pourrait la définir comme un envoûtement. Beaucoup d’entre elles font de la mort le sujet principal de leurs œuvres, et se définissent parfois comme des « morts-vivants fascinés par la mort » (cf. l’article « Andy Warhol » d’Élisabeth Lebovici, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2002) de Didier Éribon, p. 495). Le cimetière et le monde gothique sont des codes extrêmement présents dans la fantasmagorie homosexuelle, y compris chez des personnalités peu morbides qui ne passeront jamais à l’acte du suicide et qui ne vivront pas d’expériences sadomasochistes. Le rapport des personnes homosexuelles à la mort est souvent celui de la fascination identificatoire. Elles se persuadent qu’elles sont ses jumelles, parce qu’en règle générale, elles amalgament la mort réelle et la mort cinématographique larmoyante ou froide. « Il me semble que les cheveux qui collent aux tempes sont les miens, que les yeux clos comme ceux qu’on voit dans les photographies des cadavres sont les miens. » (Lucas, le narrateur homosexuel du roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, p. 63) Par leur traitement de l’androgynie, elles célèbrent la mort dans sa forme la plus parfaite. La Faucheuse serait l’épouse idéale et « pure » (idem, pp. 46-47), le reflet narcissique qu’elles pourraient rejoindre pour gagner l’éternité et s’auto-contempler. Leur identification à la veuve drapée de sa mantille noire, portant des lunettes de soleil pour cacher sa fausse/digne peine, est relativement fréquente. Dans leurs créations, les personnages se voient très souvent morts et imaginent leur propre enterrement.

 

En réalité, l’adhésion des personnes homosexuelles à la mort est bien plus esthétique que réelle. Comme le commun des mortels, elles n’aiment ni la mort ni la souffrance réelles, mais leur idée romancée, leurs mises en scène. On peut penser notamment au narcissisme dans la souffrance qu’elles trouvent en la figure de saint Sébastien, le « saint patron de la communauté homosexuelle ». Leur désir de mort réside davantage dans la jouissance de l’anticipation/réécriture de la mort réelle que dans la mort en elle-même. De même, le plaisir du sadomasochisme se situe plus dans la transgression d’un interdit et dans la scénarisation de la douleur que dans la souffrance en soi. Une fois la douleur actualisée, il perd toute sa magie et sa force.

 

Le problème est que beaucoup de personnes homosexuelles confondent la mort avec ses représentations… et (se) laissent croire qu’elles désirent profondément mourir quand elles vivent des dépressions. « Les auteurs que j’aime sont tous suicidaires » confie Werner Schrœter à Michel Foucault (cf. « Conversation avec Werner Schœter », dans l’essai Dits et Écrits II (2001) de Michel Foucault, p. 1073). Klaus Mann, quant à lui, nous rappelle dans son Journal (1937-1949) la nature du désir homosexuel, nature liée bien sûr à la vie mais prioritairement à la mort : « Tous les gens vers lesquels je me sens attiré, et qui se sentent attirés vers moi, voudraient mourir. » (p. 49) Certaines réclament même le « droit au suicide » en partant du principe que, puisqu’on ne leur a pas demandé leur avis pour naître, elles n’ont pas à le demander aux autres pour mourir. « Je suis partisan d’un véritable combat culturel pour réapprendre aux gens qu’il n’y a pas une conduite qui ne soit plus belle que le suicide. » (Werner Schœter, « Conversation avec Werner Schœter », dans l’essai Dits et Écrits II (2001) de Michel Foucault, p. 1076) Malheureusement, ce ne sont pas toujours seulement des mots. Bon nombre de personnes homosexuelles pensent au suicide ou bien passent à l’acte. La liste des célébrités homosexuelles ayant mis fin à leurs jours est interminable : prenez n’importe quel nom des dictionnaires les répertoriant, et vous le constaterez très rapidement. Des études nord-américaines indiquent que le taux de suicide chez les jeunes adultes homosexuels actuels serait de 6 à 14 fois plus important que chez « les hétéros » du même âge (Michel Dorais, Mort ou fif (2001), p. 18). Je me demande dans quelle mesure leur désir de laisser la mort sur le terrain du figé n’encourage pas finalement le passage du mythe à l’actualisation violente. Loin d’être une exorcisation, la mythification de la mort peut parfois servir de prétexte à la création inconsciente de réalités fantasmées. Certaines personnes homosexuelles se sont parfois attachées viscéralement à une mort imagée pour ne pas affronter (ce qu’elles imaginent être) la mort réelle. Du coup, elles cherchent parfois à se frotter aux deux. C’est le cas de l’écrivain Yukio Mishima, qui à force de vouloir fuir la mort, l’a rejointe dans le mythe actualisé en se suicidant selon la tradition samouraï : « Je me complaisais à imaginer des situations dans lesquelles j’étais moi-même tué sur le champ de bataille ou assassiné. Pourtant, j’avais de la mort une peur anormale. » (Yukio Mishima, Confession d’un masque (1971), p. 30)

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mort = Épouse », « Fantasmagorie de l’épouvante », « Emma Bovary « J’ai un amant ! » », « Clown blanc et Masques », « Frankenstein », « Morts-vivants », « Passion pour les catastrophes », « Sommeil », « Animaux empaillés », « Cercueil en cristal », « Matricide », « Parricide la bonne soupe », « Viol », « Milieu homosexuel infernal », et à la partie « Momie » du code « Homme invisible », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) L’attraction pour la mort :

La mort occupe une grande place dans la vie des personnages homosexuels de fiction, comme on peut le voir dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, la chanson « Pont de Verdun » de Jann Halexander, la performance Golgotha (2009) de Steven Cohen (avec l’obsession pour les crânes de squelettes humains), le film « Unfinished : Exploring The Transgender Self » (2013) de Siufung (avec les tatouages de deux têtes de mort à la place des seins), le film « I Dreamt Under The Water » (« J’ai rêvé sous l’eau », 2008) d’Hormoz (centré sur un homme mort), les romans Son Frère (2001), Un Garçon d’Italie (2003), Un Instant d’abandon (2005) (reprenant l’affaire insoluble de la mort du petit Grégory) de Philippe Besson, le film « Society » (2007) de Vincent Moloi (dans lequel quatre anciennes amies d’école sont réunies autour d’une cinquième qui est décédée), la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti (qui se déroule le jour de la Toussaint), la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, le film « A Festa Da Menina Morta » (2008) de Matheus Nachtergaele, la pièce Journal d’une autre (2008) de Lydia Tchoukovskaïa (où Ana écrit le poème « Requiem »), le film « Les Autres » (2001) d’Alejandro Amenábar, le roman Orlando (1928) de Virginia Woolf, le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le film « Funeral Parade Of Roses » (1969) de Toshio Matsumoto, le film « Le Mystère Silkwood » (1983) de Mike Nichols, le film « The Lawless Heart » (2002) de Neil Hunter et Tom Hunsinger, le film « La Petite Mort » (1995) de François Ozon, le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (avec Romain, l’amant mort), le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, le film « Funérailles » (2008) de Subarna Thapa, le film « La Déchirure » (2007) de Mikaël Buch (avec la veillée mortuaire), la chanson « Plutôt mourir » de David Courtin, etc.

 

Le thème de la mort est omniprésent dans les films de Pedro Almodóvar (cf. l’univers de l’hôpital dans « Todo Sobre Mi Madre », « Tout sur ma mère » (1998), le coma dans « Hable Con Ella », « Parle avec elle » (2001), la criminologie dans « Matador » (1986), etc.), dans les romans d’Anne Garréta (Ciel liquides (1990), La Décomposition (1999), etc.), dans les pièces de Jean Genet (Les Nègres en 1958, Pompes funèbres en 1947, etc.).

 

Par exemple, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah, l’une des héroïnes lesbiennes, fait le constat cynique que l’existence humaine est « glauque » : « C’est le monde. » dit-elle laconiquement à Victoire. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Todd, l’un des héros homosexuels, n’a qu’une ambition dans la vie : « Mourir jeune et joli. » Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, est fasciné par la mort. Le crime lui permet d’être esthétique et théâtral : « Grand Dieu !! » ; « Doux Jésus !! » ; « Quelle situation abominable !! » ; « Quelqu’un a fermé la porte. Mon Dieu ! Nous sommes piégés !!! » ; etc. Et son compagnon secret, Charles, est décrit comme un suicidaire. Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Herbert, l’un des héros homosexuels, a une tête de mort tatouée dans le cou.
 

Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, veut aller voir le Musée des morts de Guanajuato (Mexique). Palomino, son amant et guide mexicain, joue à fond la carte du mysticisme mortuaire pseudo national : « Demander une rançon même pour un mort est une pratique courue au Mexique. ». Ils visitent ensemble des cimetières mexicains. Eisenstein finit par se prendre pour les morts : « C’est le Jour des Morts… et je suis un homme mort. »
 

Très souvent, le héros homosexuel est placé sous le signe de la mort : « Qu’elle était étrange, chez Fernand, cette curiosité soudaine pour les choses finies ! » (François Mauriac, Génitrix (1928), p. 93) ; « Curieusement, je n’ai jamais vu de magazine intitulé Death. Il pourrait y avoir au moins une rubrique sur le sujet. Un article du style : ‘Les cercueils faits maison : une alternative bon marché’, dans une de ces revues pour ménagères. » (Ronit, l’héroïne lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, pp. 43-44) ; « C’est vrai que tu es née le jour de la fête des morts ? » (Chloé à son amante Cécile, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 28) ; « Jason venait de faire son apparition. Il se tenait debout sur le rocher au-dessus d’eux, les mains sur les hanches, la jambe gauche s’avançant légèrement dans le vide. Il était doré comme un croissant. Ses boucles blondes flottaient dans la brise légère. Corinne, assise à ses pieds, l’observait, incrédule. Avec son maillot de bain qui représentait des têtes de mort sur fond noir, il ressemblait vraiment à un messager des dieux de l’enfer. ‘Encore une beauté d’archange, songeait-elle.’ » (Corinne décrivant Jason, le personnage homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 83) ; « Oh ! Lumineuse après-midi, 1er novembre. » (cf. la chanson « 1er novembre (Le Fruit) » du Beau Claude) ; « Tu ne peux pas t’empêcher d’être attiré par les histoires morbides. » (Vincent s’adressant à son ex-amant Stéphane, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Quand on meurt, j’aimerais savoir ce qu’on ressent. On croit qu’on s’endort ? » (Jacques s’adressant à Enoch, dans le film « Friendly Persuasion », « La Loi du Seigneur » (1956) de William Wyler) ; « Je ne lis pas tellement les [auteurs] vivants. » (Arthur s’adressant à son amant Jacques, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; etc.

 

Film "Avant que j'oublie" (2007) de Jacques Nolot

Film « Avant que j’oublie » (2007) de Jacques Nolot

 

Il arrive que le personnage homosexuel remplace un grand frère ou une grande soeur, bref, un enfant mort… et pour le coup, se croit être un faux vivant. Par exemple, dans le one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015) de Jefferey Jordan, le héros homosexuel est confondu par sa grand-mère Mamie Suzanne avec son grand-père, et d’abord pour un de ses frères morts : « Sur les trois frères, c’est pas toi qui es mort en 95 ? »
 

Le héros homosexuel exerce parfois le métier de croque-mort (ou fait comme si) : cf. les séries télévisées Six Feet Under et La Famille Addams, le film « Les Croque-morts en folie ! » (1982) de Ron Howard, le film « Cher disparu » (1965) de Tony Richardson (dans l’univers des pompes funèbres), etc. « Je sens la mort : je suis croque-mort. » (Elliot dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Fossoyeur, c’est un métier où on ne chôme pas ! » (Knocherl dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann) ; etc. Par exemple, dans le film « Les Yeux ouverts » (2000) d’Olivier Py, quand Olivier demande à Vincent pourquoi il prétend être « l’homme le plus triste du monde », ce dernier lui répond pour lui clouer le bec : « Je travaille aux pompes funèbres, j’aime baiser avec les monstres, et je suis impuissant. Ça te va ? » Dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Léo, le héros homosexuel est croque-mort, et travaille aux pompes funèbres « Aux Joyeux Défunts ». Il dit lui-même qu’il est obnubilé par la mort, et sa mère se désole qu’il soit « toujours abonné à ses morbideries ». Il possède chez lui toute la panoplie des objets dédiés à la mort : des squelettes, des mugs en forme de crâne, un ordi Apple avec une tête de mort à la place de la pomme, « plein de photos de crânes et de cercueils ».

 

La mort est bien un objet de désir chez le héros puisqu’il l’associe très souvent à son homosexualité : « Luca est condamné à mort à cause de son homosexualité. » (cf. la bande-annonce du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès). Il la vénère comme un dieu : « Where are you, God of the Death ? » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Les seuls trucs qui t’excitent, ce sont tes crânes et tes cercueils. » (Garance s’adressant à Léo le héros homo, dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas) ; etc. Dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder, Jerry et Joe, travestis en femmes, racontent qu’ils ont joué dans des orchestres pour les funérailles (« Nous jouions dans les enterrements. ») ce qui laisse leur chef Sweet Sue perplexe : « Ça ne vous ferait rien de rejoindre les vivants ? »

 
 

b) Le goût homosexuel pour les cimetières :

Film "Volver" de Pedro Almodovar

Film « Volver » de Pedro Almodovar


 

En outre, le personnage homosexuel affectionne les cimetières, comme c’est le cas dans le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Volver » (2006) de Pedro Almodóvar, le vidéo-clip de la chanson « Thriller » de Michael Jackson, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, le roman Ciel liquides (1990) d’Anne F. Garréta, le film « Contact » (2002) de Kieran Galvin, le vidéo-clip de la chanson « Parler tout bas » d’Alizée, le conte Lisa-Loup et le Conteur (2003) de Mylène Farmer, le film « Le Quatrième Homme » (1983) de Paul Verhoeven, le film « Cachorro » (2003) de Miguel Albaladejo, le film « La Comtesse aux pieds nus » (1954) de Joseph Mankiewicz, le film « Alexandrie, pourquoi ? » (1978) de Youssef Chahine, le film « Les Chansons d’amour » (2007) de Christophe Honoré, la pièce Cosmétique de l’ennemi (2008) d’Amélie Nothomb, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald (avec la scène du fou rire du couple lesbien dans le cimetière), le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, etc.

 

Beaucoup d’histoire d’amour homosexuel ont lieu dans un cimetière, comme si ce dernier était l’endroit romantique par excellence : cf. le roman Dream Boy (1995) de Jim Grimsley, le vidéo-clip de la chanson « Regrets » (tourné en février 1991 dans un cimetière juif de Budapest) et de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer, le film « Odete » (2005) de João Pedro Rodrigues, le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander (tourné au Cimetière du Nord à Maggelburg), le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell, le film « Borstal Boy » (2000) de Peter Sheridan, le film « The Return Of Post Apocalyptic Cowgirls » (2010) de Maria Beatty (où quatre jeunes femmes lesbiennes s’aiment dans un cimetière d’avions en Arizona, au cœur d’un monde à l’abandon), le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia (avec les deux amants Malik et Bilal dans un cimetière), le film « Morrer Como Um Homen » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues (avec Rosário et le travesti M to F Tonia dans le cimetière décoré de bougies), le roman Le Cimetière de Saint Eugène (2010) de Nadia Galy (avec les amants Slim et Mocka dans le cimetière), le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec les quatre nains dans le cimetière, lieu considéré comme un cadre idéal pour un pique-nique), la pièce Golgota Picnic (2011) de Rodrigo García (où des ébats masculins s’opèrent), le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, le film « Les Passagers » (1999) de Jean-Claude Guiguet, la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset (Paul et Jean-Louis, les deux amants, se rencontrent dans un cimetière), etc.

 

D’ailleurs, le héros homosexuel dit parfois son attachement pour les cimetières : « On ne se sent jamais plus vivant que dans un cimetière. » (Elliot, le héros de la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Que c’est joli, un cimetière ! » (le Baron Lovejoy, homosexuel, idem) ; « Dès l’âge de 14 ans, je vivais aux côtés de mes amis du cimetière. » (le héros homosexuel de la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; « Dans mon cimetière, je me suis habitué à percevoir les rumeurs du monde, les soubresauts des humains. » (Luca dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 166) ; « Il dit que c’est l’histoire d’un pays, d’un siècle qui se raconte dans les cimetières de France. » (Lucas citant son frère Thomas, dans le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, p. 60) ; « Sur vos tombes, j’irai cracher. Chacun, je les souillerai de mes déjections de pédé. » (Luca dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Ton absence, c’est comme si je me trouvais en silence dans un cimetière un matin d’hiver. » (Stéphane s’adressant à son ex-compagnon Vincent, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « Il paraissait étrange à Jane d’avoir un jour pu trouver le cimetière de Saint-Sébastien charmant. » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 198) ; « Anna vient ici de temps en temps. Elle habite dans l’appartement d’en face depuis toujours. Le cimetière était son terrain de jeu. » (le Père Walter parlant d’Anna, idem, p. 204) ; etc.

 

Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan et Kévin se rencontrent pour la première fois au cimetière, face à la tombe de Julien, l’homosexuel du lycée qui s’est suicidé : « Nous étions là, figés devant ce cercueil que nous regardions en silence. » (Bryan, p. 50) ; « Au cimetière, nous étions épaule contre épaule. Aujourd’hui, bras dessus, bras dessous. J’étais aux anges ! » (idem, p. 16) ; « En réalité, je déprimais complètement. On mit cela sur le compte de la mort de Julien. C’était en partie vrai, mais la vraie raison de ma déprime venait du fait que je pensais à celui qui n’était pas là, comme d’hab, et qui pleurait avec moi tout à l’heure, quand nos épaules s’étaient touchées. Les filles et ma mère avaient raison, je n’étais pas là, j’étais encore au cimetière. Pas avec Julien, j’y étais avec mon amoureux. » (idem, p. 52) ; « Kévin se faisait draguer aux mariages, moi je repérais les beaux mecs dans les cimetières. On faisait une sacrée paire ! » (idem, p. 409) ; etc.

 

Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, le cimetière occupe une place importante dans la formation du couple Miguel-Santiago : par exemple, les amants se donnent rendez-vous là-bas pour vivre leur amour secret (« Bonne nouvelle. Viens au cimetière à 16h. » écrit Miguel dans un de ses mots doux) ; et Santiago prend des photos de Miguel pendant que ce dernier célèbre les funérailles de son cousin Carlos (et il avoue l’avoir trouvé « très sexy » à ce moment-là : « Tu ressemblais à un vrai leader ! »)

 

Le cimetière apparaît comme une sorte de Jardin d’Éden inversé, de terre d’élection d’amants maudits : « Mon parc est semé de gens morts ! » (Copi, La Journée d’une rêveuse, 1968) Il se veut un retour à l’innocence de l’enfance. Par exemple, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, toute la bande de potes homos va se balader au Père Lachaise ; et Jean-Luc, le cousin homo, retourne avec les enfants au cimetière pour les y statufier par mimes « esthétisants ». Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Arthur va se recueillir devant la tombe du romancier Bernard-Marie Koltès au cimetière du Père Lachaise. Dans le film « Miss » (2020) de Ruben Alves, Alex (le héros transgenre M to F qui candidate pour être Miss France) est orphelin et a perdu ses deux parents biologiques dans un accident de voiture. On le voit à la fin déposer des fleurs dans le cimetière.

 
 

c) Certains personnages homosexuels s’imaginent leur propre enterrement :

Vidéo-clip de la chanson "Fuck Them All" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Fuck Them All » de Mylène Farmer


 

Le héros homosexuel a tendance à se mettre dans la peau des absents ou des morts, bref, à prêter à la réalité la forme de ses fantasmes de mort et de ses sentiments égocentrés : cf. le roman Les Absents (1995) d’Hugo Marsan ; etc. « J’ai un curieux défaut. Celui de souvent penser à ceux qui ne sont pas là, à l’instant. » (Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 44) ; « Encore une fois, penser à ceux qui ne sont pas là ! Toujours ce décalage, pourquoi ? Je me suis souvent posé cette question. Une seule réponse plausible : je me suis inquiéter pour ceux qui sont présents. Ça ne les rend pas invulnérables pour autant, mais c’est comme ça. Je n’ai peur que pour les absents ! Comment les protéger, les secourir ? » (idem, p. 242) ; « Toute cette mise en scène hospitalière a quelque chose de carcéral, de concentrationnaire, et lorsque j’ai le malheur de m’entrevoir dans une glace, je frémis d’horreur en reconnaissant mes frères et sœurs juifs partis en fumée. Six millions de fantômes veillent à mon chevet, attendant que je les rejoigne. » (Émilie à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, pp. 183-184) ; « C’est troublant de penser qu’à un endroit – un même endroit – ont déambulé des gens qui ne sont plus. […] Désormais, des personnes que je ne connais pas vont habiter ce lieu, s’asseoir sur un nouveau siège de piano, s’allonger sur la même pelouse gelée en automne, dormir dans les mêmes chambres. C’est tout un sanctuaire qui s’échappe. Il ne me reste que quelques objets – et puis des souvenirs. » (Chris, le héros homosexuel du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 55) ; etc.

 

Film "Odete" de João Rodrigues

Film « Odete » de João Pedro Rodrigues


 

L’esprit homo-bobo se plaît à se projeter précipitamment dans la mort, et à jouer la Vieille Maréchale de Strauss qui écrit ses mémoires (alors qu’il est pourtant en pleine force de l’âge !), juste pour le plaisir de s’imaginer mourant et de se faire plaindre, juste pour s’inventer un héroïsme esthétique qui le consolera de son inavouable ennui existentiel : « Tu dis : je suis l’homme sans ascendance, ni fraternité, ni descendance. Je suis cette chose posée au milieu du monde mais non reliée au monde. Je suis celui qui ne sait pas d’où il vient, qui n’a personne avec qui partager son histoire et qui ne laissera pas de traces. Ainsi, quand je serai mort, c’est davantage que le nom que je porte qui disparaîtra, c’est mon existence même qui sera niée, jetée aux oubliettes. » (la figure de Marcel Proust à son jeune amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 101) ; « Je veux mourir mince, ne pas me nourrir avant de mourir. Je veux rester jeune. […] J’veux mourir blond, avec une tête de p’tit garçon. […] Des lunettes noires pour faire la star. […] À moins que je finisse dans un musée et que je me fasse empailler. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; etc.

 

Le rapport à la mort du personnage homosexuel est souvent de fascination identificatoire. « Ce visage avait été si beau. […] je pouvais lire la mort dans son regard passé du brun noisette au noir profond. » (Jean-Marc en évoquant Luc, son « ex » malade du Sida, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 37) ; « Rencontre/Maladie/Mort/Deuil. Les larmes m’envahissent, les couleurs se brouillent devant mes yeux, je gémis et me tords de douleur, je pleure comme un enfant de cinq ans. Je ne peux plus m’arrêter, je pleure toutes les larmes que j’ai gardées en moi depuis plusieurs semaines ou mois ou années, et entre deux respirations, je geins lamentablement. » (Mike, le narrateur homosexuel face aux photos de Nan Goldin, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 90) ; « Quand quelqu’un se noyait à Fortaleza, je pensais que ça aurait pu être moi… » (Donato, le héros homosexuel, secouriste en mer, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; etc. Par exemple, dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Daniel dit qu’il cherche derrière chaque visage le reflet de la mort.

 

Dans le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, Lucas, le personnage homosexuel, reconnaît la mort comme son propre reflet spéculaire. « Il me semble que ce corps qu’on repose à intervalles réguliers à des étudiants en médecine indifférents est le mien. » (p. 63) ; « J’ai cette image saugrenue dont je ne parviens pas à me débarrasser, celle du président Kennedy, à Dallas, le 22 novembre 1963, à l’arrière de sa Lincoln décapotable. […] Je vois l’affolement et je songe que c’est cela qu’il pourrait nous être donné de connaître. J’ai beau me dire que c’est absurde, malsain sans doute, je n’arrive pas à m’éloigner de cette vision. » (idem, p. 56) Son désespoir résigné face à la mort serait « vrai » parce qu’intégral. Il n’a pas digéré le part d’inéluctabilité de la mort, alors qu’il pense pourtant en avoir pris conscience de manière absolue, visionnaire, minoritaire, … homosexuelle ! « Il n’y aura pas d’autre issue que la mort. […] Ils auront beau affirmer que les chances de survivre l’emportent sur celles de succomber, ils auront beau avoir, au moins au début, la raison et les probabilités de leur côté, ils n’empêcheront pas la mort de se produire. Nous savons qu’ils ne savent pas, nous avons cette intuition fabuleuse, un désespoir intégral, très pur. C’est impossible, sans doute, à expliquer. Nous ne parviendrons pas à leur faire admettre notre certitude. Ils s’essaieront, mais sans y parvenir, à nous raisonner. » (Lucas en parlant des médecins, idem, pp. 46-47)

 

Cette fixation identitaire homosexuelle sur la mort a tout l’air d’être le fruit d’une relation incestueuse maternelle. Par exemple, dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, la mère d’Adrien, le héros homosexuel qui s’est suicidé, voit par une hallucination son fils mort dans sa baignoire. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille, une mère un peu folle qui a du mal à accepter la mort de son fils Matthieu, transpose complètement la vie de son fils (certainement homo) sur celle de son meilleur ami et meurtrier Franck.

 

C’est le fait de ne pas avoir été suffisamment désiré et aimé qui fait que le personnage homosexuel ou transsexuel s’identifie à la mort. « Je regrette de l’avoir fait. » (le père d’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, femme qui a perdu sa mère à 5 ans, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani)
 

Quelquefois, dans les fictions abordant la thématique de l’homosexualité, la mort est présentée comme une jumelle/un jumeau : « Alexis Guérande est mort. Alexis Guérande est mort, ce matin, à côté de moi. Il est mort, frappé à la tête par une balle de hasard, dans un moment de répit, dans un moment où les combats avaient cessé et où notre attention s’était relâchée. Juste une balle qui s’est logée dans sa tempe gauche, rien d’autre, quelque chose de très net, comme un éclat de diamant pur qui forme tout à coup un trou rouge au bout de ses sourcils. La mort a été instantanée. » (Arthur parlant d’un compagnon de tranchée, un poète breton de 20 ans, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 175) ; « Avant la fin de la semaine, je me serai débarrassé de mon frère… Je pense que je vais sans doute le tuer à Paris. » (Jack en parlant de son double mythique Constant, lors du dénouement de la pièce The Importance To Being Earnest, L’importance d’être Constant (1895) d’Oscar Wilde) ; etc. Par exemple, dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, Paul, le héros homosexuel, est le double de Louis, son frère mort.

 

Comble du narcissisme : il arrive souvent que le héros homosexuel s’imagine son propre enterrement, pour pleurer et s’émouvoir sur lui-même : cf. le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick, le film « Puta De Oros » (1999) de Miguel Crespi Traveria (dans lequel un homme allongé dans un tombeau, veillé par des pleureuses, ouvre soudain les yeux), le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant (avec la scène du double enterrement), le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, la chanson « Camomille » de Stefan Corbin (dans laquelle le narrateur se raconte comme un homme pleurant sous son parapluie un jour d’enterrement), la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller (mise en scène en 2015 par Mathieu Garling), etc. Par exemple, Dans le film « Seul le feu » (2013) de Christophe Pellet, Thomas, le héros homosexuel, en visitant le Père Lachaise, exprime le souhait de se faire incinéré. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, on assiste, lors de l’enterrement de Rettore, l’un des héros homos, à deux enterrements dessinés par deux groupes opposés, celui des potes homos junkies comme lui, celui de la famille bourgeoise endeuillée.

 

« Il dit qu’il veut des fleurs, des couronnes, ce décorum un peu vulgaire, un deuil éclatant, celui qu’on montre, qu’on expose. […] Il dit qu’il faudra des larmes, des évanouissements peut-être, des manifestations spectaculaires, que la souffrance s’exprime plutôt que d’être comprimée, contenue. » (Lucas parlant de son frère Thomas, dans le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, p. 61) ; « Il y aura un monde fou à mon enterrement ! Je vais téléphoner aux agences de presse. » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Beaucoup de monde était présent le jour de mon enterrement. » (Bryan, en cadavre parlant, dans le roman Si tu avais été…(2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 452) ; « Je fais le mort si je veux. Je ressuscite si je veux ! » (la productrice dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « C’est à croire que je suis au tombeau. » (Rosa dans le spectacle musical Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi) ; « Même ma mort, même la mise en scène de ma mort, j’ai dû la faire toute seule. » (Evita dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi) ; « Je creusais une tombe, dans les rêves cela arrive. Mais c’était la réalité. » (Bjorn dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 155) ; « Dans mon lit, là, de granit, je décompose ma vie. » (cf. la chanson « Paradis inanimé » de Mylène Farmer) ; « Les enterrements, c’est pas mal. » (Justin dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz) ; « C’est beau de sublimer, mais je commence à être pas mal vieux pour rêver que Jean Besré se meurt d’amour pour moi ou que Guy Provost m’enterre sous des tonnes de fleurs coupées parmi les plus rares et les plus odorantes. Ce petit théâtre ne suffit pas à remplir ma vie ni à combler mon besoin d’amour. » (le narrateur parlant de l’opéra La Bohème de Puccini dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 19) ; « C’est ça que je veux pour ma mort : qu’on promène mon corps sur un brancard, à la lueur des bougies. » (Jérémie, homo et malade du Sida, exprimant ces dernières volontés, dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo) ; etc.

 

Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, Elliot voit son nom inscrit sur sa propre tombe, au moment où il se ballade dans un cimetière. Dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Juliette, l’héroïne lesbienne, se voit morte dans sa tombe. Dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, Cyril veut « passer sa vie à inventer sa mort » (p. 106). Dans la chanson « La Chanson de Jérémy » de Bruno Bisaro, Jérémy voit son propre enterrement. Dans le clip de la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer, Mylène pousse un landau dans un cimetière et s’arrête devant une stèle gravée à son nom. Dans le film « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, Laurent s’identifie à son cousin Marc qui était gay, comme lui, et qui est mort. Dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, Louis s’imagine et prépare son enterrement : « Depuis que je suis né, [j’ai] plutôt l’impression de préparer ma mort. »

 
 

d) « Je suis mort » :

Film "Nés en 68" d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Film « Nés en 68 » d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau


 

Dans le même ordre d’idée, certains personnages homosexuels disent de leur vivant qu’ils sont morts : « On s’accroche et on fait c’qu’on peut pour pas être mort un jour sur deux. » (le héros du film « À mon frère » (2010) d’Olivier Ciappa) ; « J’ai rêvé que j’étais mort ! » (l’amant du narrateur de la nouvelle « Un Jeune homme timide » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 45) ; « Laissez-moi m’allonger et fermer les yeux pour toujours. » (Rinn, l’héroïne lesbienne de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Je suis morte. Je suis bien. » (Anne Cadilhac se décrivant dans son cercueil, bouffée par les vers, lors de son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Ça fait longtemps que je suis mort ? Peut-être trop longtemps. » (Jack, en cadavre parlant, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt) ; « Je suis déjà mort, il ne reste plus qu’à me décider, qu’à officialiser. » (Bryan à son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été…(2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 313) ; « Je voudrais être morte, comme ma mère ! » (Ronit, l’héroïne lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 266) ; « Il est mort. Il est mort et moi, je ne suis déjà plus vivant. » (Vincent en parlant de son amant Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 185) ; « Je suis mort. » (le professeur Foufoune dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut) ; « Mais je suis si peu mort ! Je suis à peine mort ! » (le Vrai Facteur dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Je suis morte. » (la figure d’Evita dans la pièceEva Perón (1969) de Copi) ; « Je suis en train de crever ! Je meurs ! Je meurs ! » (Rogelio dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi) ; « Mon Dieu, je suis morte ! » (China, idem) ; « Je suis frappé par plusieurs coïncidences : je m’imagine être mort hier à midi. Au moment où j’ai téléphoné à Marielle de la cabine publique j’étais déjà mort, en attendant le jugement dernier j’ai tué trois fois. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 126) ; « Dites-lui que je suis déjà mort ! » (Cyrille, le héros homosexuel parlant d’Hubert à l’Infirmière, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Je devais être mort ? » (idem) ; « Je suis mort. » (Arnaud dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « Peut-être je suis mort moi aussi, je dis. » (le narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 16) ; « Putain, je suis mort. » (un personnage du film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto) ; « Serais-je en enfer, se demanda-t-il. À bien y penser il était bien possible qu’il fût mort depuis plusieurs jours. » (le narrateur du roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 174) ; « Ça fait vingt ans que je suis mort. » (Hervé dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « Nous sommes morts. » (les héros homosexuels du film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester) ; « Moi j’suis déjà mort. » (Willie, le héros homosexuel malade du Sida, dans le roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 186) ; « Le défunt, c’est moi. » (Louis dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Moi, je suis mort. » (Enrique dans le film « La Mala Educación », « La mauvaise éducation » (2003), de Pedro Almodóvar) ; « Fais comme si j’étais mort. » (cf. la chanson « Un Merveilleux Été » d’Étienne Daho) ; « J’suis déjà mort, moi, en fait. » (le héros de la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan) ; « Thomas, tu n’es pas mort. Tu es juste une absence, comme un voyage. » (la mère de Thomas, le héros homosexuel, dans le film « Œdipe (N + 1) » (2001) d’Éric Rognard) ; « Quand on a cru mourir et qu’on vit, on est obéissant, docteur. » (Catherine dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960), de Joseph Mankiewicz) ; « Elle était comme morte, et moi comme si j’allais mourir. […] Nous nous étions endormies. » (la Religieuse dans le roman La Religieuse (1760) de Denis Diderot) ; « Mort, pensa Fabien. Je suis mort. C’est moins difficile qu’on ne croit. Et il ne se passe rien…» (Fabien dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 314) ; « Décédée depuis longtemps de l’intérieur, desséchée de l’extérieur. » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 132) ; « Mes camarades morts sont moins morts que moi. » (Garnet Montrose dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 29) ; « Dis-leur que je suis mort. » (Roy Cohn dans la pièce Angels In America(1991) de Tony Kushner) ; « Il faut un mot nouveau pour décrire à quel point je suis mort. » (Danny, l’un des héros homos du film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Je suis mort de chez mort. » (Chris après le baiser donné à son amant Danny, idem) ; « Je vous demande la mort comme un dû. » (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; « Je me tue à faire le mort. » (cf. la chanson « Fragile » de Christophe Willem) ; « Il faut être naturellement somnolent. On se met au lit. Et on fait le mort. » (Palomino, parlant du comportement homosexuel qu’il va imposer à son amant Sergueï Eisenstein, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; etc.

 

Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, la mort est présentée comme irréelle, comme un rêve éveillé : on comprend qu’il s’agit davantage de la mort psychique du zombie sans désir que de la mort véritable ; Paul, souvent allongé, est un homme qui « fait le mort ». Dans la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco, les personnages disent tous qu’ils sont morts : ils parlent comme les cadavres vivants d’un panthéon en déclin. Dans le film « Cléopâtre » (1963) de Joseph Mankiewicz, Marc-Antoine affirme qu’il est mort. Dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, Nietzsche parle de lui-même à la troisième personne du singulier en annonçant qu’il est mort. Dans la pièce Une Nuit au poste (2007) d’Éric Rouquette, Isabelle dit qu’elle meurt debout. Dans la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust, le narrateur adulte, qui vit pourtant hors de sa sphère de conscience, joue à être un fœtus qui n’est pas encore sorti du ventre de sa mère, et parle de lui à la troisième personne : « Je vais raconter la fin de sa vie et sa mort. »

 

Souvent dans les fictions homosexuelles, la mort est simulée : on peut penser par exemple à la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias (avec la fausse mort du Coryphée, qui fait semblant de s’écrouler sur scène).

 

En plus d’être une réplique de cour de récré (prononcée pourtant par un adulte), ce « Je suis mort » est l’expression d’un désir de mourir tout en niant la mort, bref, l’expression d’une schizophrénie : littéralement, le héros homosexuel s’absente sur place : « Je suis mort. […] Je m’absente… un peu comme si je n’étais plus là. » (Éric dans le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel)

 

Le coming out de sa propre mort est aussi plus concrètement l’énonciation de sa soumission amoureuse, du renoncement à sa liberté : « Je ne sais plus ce que je dis. Je suis malade, fatigué… Tu as gagné. Tu m’as conquis. » (le secrétaire de presse à Bulldog, son amant, dans le film « Bulldog In The Whitehouse », « Bulldog à la Maison Blanche » (2008), de Todd Verow) Dans la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, par exemple, la voyante prédit à Hervé qu’au moment de se mettre en couple homosexuel, il vivra une « mort immatérielle » : une baisse du désir, en d’autres termes. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François, cherchant à découvrir quel est le personnage qui est marqué sur son post-it, demande à son amant Thomas : « Est-ce que je suis mort ? »

 
 

e) La mort prise pas assez au sérieux ET trop au sérieux :

Comme il se prend pour sa propre mort pour s’en protéger, le héros homosexuel a tendance à nier la réalité de la mort. « J’aime pas penser à la mort. » (Martin, le héros sur qui pèse une forte présomption d’homosexualité, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « La mort ne me semble rien et ne me concerne pas. » (Lacenaire dans la pièce éponyme (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc. En général, il la fige en icône magnifique ou au contraire en estampe camp néo-gothique (qu’on appelle facilement « humour noir »). Par exemple, L’Ombre de Venceslao (1978) est la seule de toutes ses pièces de Copi où un personnage meurt pour de bon.

 

C’est la raison pour laquelle la mort réelle est presque systématiquement amalgamée au monde de l’image : « Il faut que je t’explique pourquoi j’ai peur de la photographie. Pour moi, c’est la mort. » (Chris, le héros homosexuel du roman La Synthèse du Camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 44) Par exemple, dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, Harvey Milk regarde la mort dans un opéra. Dans le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, Angela se passionne pour la mort mi-cinématographique, mi-réelle, à travers l’étude des snuff movies.

 

La cristallisation artistique de la mort par l’esthétique a pour nom « Kitsch », et c’est une technique largement portée par les artistes homosexuels. L’excellente définition du kitsch selon Milan Kundera dans le roman L’Insoutenable légèreté de l’être (1984) (« Le kitsch est un paravent qui dissimule la mort. », pp. 357-367) trouve dans certaines scènes cinématographiques ou théâtrales des fictions homosexuelles une parfaite illustration. Par exemple, dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, le kitsch est représenté à la lettre par la scène finale : Élisabeth qui s’est tirée dessus après avoir empoisonné mortellement son frère, s’écroule, faisant tomber le paravent qui dissimule la mort de Paul. Par ailleurs, il est question du « paravent de la mort » dans la pièce La Sonate des Spectres (1907) d’August Strindberg. Et on retrouve cette idée du kitsch comme paravent de mort dans différents ouvrages homosexuels : « Ce sont des gens à l’esprit pratique qui n’ont simplement pas envie de voir la mort en face ou plutôt à côté car une cloison nous en séparait. » (François dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 125) ; « […] la lampe brillant derrière un paravent qui dissimulait à moitié le lit du jeune homme » (Fabien presque mort, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 303) ; « La galerie comportait les paravents d’un jardin d’hiver qui n’avait jamais vu le jour. Paul les traîna, les déplia et s’en fit des remparts, une sorte de ville chinoise. » (la voix de Jean Cocteau dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville)

 

La tragicomédie kitsch et camp, au-delà de son aspect risible, est un instrument très employé par le dramaturge argentin Copi pour faire de la mort une mise en scène de cour de récré, une irréalité : « Zut ! J’avais oublié que vous étiez mort ! » (l’Infirmière à Cyrille et à Regina Morti, dans la pièce Une Visite inopportune, 1988) ; « Tu vois, Lou, il y a pas de mort ! » (Ahmed en voyant Pédé ressusciter, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur, 1986) ; « Oh, j’avais oublié qu’elle était morte ! » (Daphnée en parlant de son bébé qu’elle a assassinée, dans la pièce La Tour de la Défense, 1974) Dans les pièces de Copi, revient souvent le motif de la mort à répétition. « Je suis la septième à se suicider ce soir ? […] Quelle concurrence dans le métier ! Goliatha, venez dire adieu à la petite patronne ! Je rentre dans le frigo ! » (« L. » dans la pièce Le Frigo, 1983) Par exemple, dans La Nuit de Madame Lucienne (1985), tous les personnages s’entretuent et mettent en scène des meurtres (la femme de ménage est assassinée en mille et un chapitres) ; dans L’Ombre de Venceslao (1978), Venceslao le gaucho se suicide, Rogelio est empoisonné, sa jeune femme meurt sous les balles des militaires ; dans Une Visite inopportune, Cyrille ne meurt pas vraiment, ni même Regina Morti ; dans Les Quatre Jumelles (1973), les protagonistes passent leur temps à « mourir pour de faux » et de manière ultra ludique et violente à la fois : « Tais-toi ! Tu es morte ! » (Joséphine à sa sœur Fougère qui l’appelle, dans la pièce Les Quatre Jumelles) ; « Je vais te tuer, Leïla. Comment veux-tu mourir ? » (Maria, idem) Mais concrètement, la mort ou le départ sont des réalités très peu affrontées par l’auteur. La preuve en est que pour lui, même les objets peuvent mourir : « Il est mort l’ascenseur. » (cf. une réplique de la femme de chambre dans la pièce Le Frigo) La mort ou le viol sont éminemment liées chez Copi à la mort iconographique, au viol cinématographique : ce ne sont pas des hommes qui meurent, ce sont des poupées ou des acteurs : « C’est Rooney […] Le requin lui arrache un bras, son petit corps saute en l’air comme un pantin, retombe dans la mer. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 104) ; « Ensuite il est entré une petite fille de six ans environ avec mon chien empaillé dans les bras et elle me l’a donné. […] Je suis sorti dans la rue comme tous les jours. Ça n’a pas tellement changé par rapport à avant la catastrophe, exceptant le fait que tous les gens sont morts et empaillés. » (le narrateur homosexuel dans le roman L’Uruguayen (1972), pp. 31-32) ; « Est-ce que la vraie mort qui vous guette a quelque chose à envier à la mort drapée en noir d’une scène de théâtre ? » (le Professeur Vertudeau dans la pièce Une Visite inopportune) ; « Mon grand-père le clown s’est suicidé en cours de spectacle. Il s’est pendu au trapèze, tout le monde croyait à un numéro comique ! Il a eu quinze minutes d’applaudissements avant qu’on s’aperçoive qu’il était mort ! » (le Machiniste dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne) La mort est à ce point niée par Copi que ses héroïnes féminines ne savent en général pas s’en aller, quitter la scène, affronter leur finitude : « Elle [Daphnée] est toujours en train de partir et elle ne part jamais. » (Jean dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) Et les personnages des ouvrages de Copi transcendent la mort sans l’expérimenter : « On se fout de la mort ! Ha ha ! Car nous aurons vécu la mort ! » (Cachafaz à son amant Raulito dans la pièce Cachafaz, 1993) ; « La mort, nous, nous la conjurons ! » (Raulito, idem) Dans l’article « Jorge Lavelli : Copi n’est pas une dérision » d’Hugues Le Tanneur, publié dans le journal Aden le 1er octobre 2001, Lavelli explique à juste titre que, par exemple, L’Ombre de Venceslao (1978) « est la seule pièce de Copi où un personnage meurt pour de bon. Venceslao se pend après s’être confessé au perroquet de sa maîtresse. Mais il revient sous la forme d’une ombre. » Dans l’article « Copi, le non-conforme » de Gilles Costaz, sur le journal Le Matin de Paris du 11 octobre 1983, Copi lui-même confirme cette idée de déni de la mort par la surexploitation de la mort fictionnelle : « Dans Le Frigo, c’est une des très rares fois où je ne tue pas mon personnage. Généralement, quand j’en crée un, je m’attends à lui asséner une mort violente. Là, ma transsexuelle ne meurt pas. C’est sans doute que je l’aime. » Alors qu’en soi la mort marque un achèvement non-définitif mais brutal et sans retour, Copi la conçoit comme un processus inachevé, une transition, un sommeil, un jeu, une schizophrénie : « Il se passe des choses très bizarres avec mes morts. Je n’arrive pas à les enterrer. C’est-à-dire, ils n’arrivent pas à mourir complètement. » (Jeanne au Marchand de melons, dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Dors, dors, mon mort… dors, dors, oh, mi amor… » (cf. le chant de Louise au Vrai Facteur, idem) ; « Je ne suis pas sûr qu’elle [Louise] ne soit pas morte ! Elle est très roublarde. Parlons bas ! Elle a quatre oreilles ! » (Jeanne au Marchand qui lui propose d’enterrer son amie Louise, idem) ; « Ne m’appelez pas madame. Appelez-moi mademoiselle, ou bien veuve. […] Je préfère que vous m’appeliez veuve. Bien que je ne le sois pas vraiment, mon mari n’étant pas mon mari et n’étant d’ailleurs pas vraiment mort, à vrai dire. » (Jeanne au Marchand de melons, idem) ; « J’ai encore tué. » (le narrateur homosexuel à son éditeur, dans le roman Le Bal des Folles, p. 121) ; « Je n’aime pas ce mélange de rêve et de réalité, j’ai peur d’être encore amené à tuer comme dans mes précédents rêves. […] Je sais que même si je ne suis pas un criminel, mon emploi du temps de ces quatre derniers jours m’est complètement sorti de la tête, n’aurais-je pas pendant cette période tué pour de bon ? Est-ce que Marielle ne courra pas un danger restant seule avec moi ? Non, voyons, je suis la personne la plus pacifique du monde. Les gens violents dans leurs rêves sont dans la réalité incapables de tuer une mouche. » (idem, p. 134)

 

En règle générale, les œuvres de fiction traitant d’homosexualité retranscrivent clairement le rapport idolâtre d’attraction-répulsion que le héros homosexuel entretient avec la mort : ce dernier est d’autant plus attiré par elle qu’il la craint : « Félicité imaginait son fils grelottant au petit jour devant un cadavre de la veille. Lui qui avait si peur de la mort, il devait faire une étrange tête. » (François Mauriac, Génitrix (1928), p. 45) ; « Un enchantement amer l’enchaînait à ce cadavre. » (idem, p. 48) ; « Je dois quitter Paris au plus vite ! À n’importe quel prix. […] Pour la première fois de ma vie, je sens la mort qui plane sur moi. Il faut fuir, et vite. » (Madeleine dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, pp. 20-21) ; « Max perdait les pédales, ce qui ne m’a pas étonné, il a toujours été hyperprotégé par ses parents. Ils n’avaient pas dû lui apprendre que la mort existait. » (François à propos de son « chéri », dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 118) ; etc. Par exemple, dans la pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard, Dzav est nécrophobe.

 

La mort est d’habitude tellement crainte du héros homosexuel qu’elle est même vue par lui comme l’origine de la vie et de l’amour : « Soudain, nous nous souvenons que ce qui nous rapproche, ce qui nous attache l’un à l’autre, c’est ce mort entre nous. Nous sentons la présence de ce disparu entre nous. Nous sommes à nouveau ensemble, elle et moi. » (Vincent parlant de la mère d’Arthur, son amant, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 206) ; « Si dans les mains du Seigneur qui t’éduqua de la sorte bonheur rime avec malheur et les mots ‘vivante’ et ‘morte’ frappent toujours à la même porte, c’est au-delà de notre faute. » (Ahmed à Lou, sa femme morte, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « L’amour, la mort peut-être. » (cf. la chanson « L’Innamoramento » de Mylène Farmer) ; « l’amour’ et ‘la mort !’ ça se prononce presque pareil ! » (Kévin à Bryan dans le roman Si tu avais été…(2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 114) Dans beaucoup d’ouvrages homo-érotiques, l’amour homosexuel débute précisément par une mort qui ne lui semble pourtant pas directement liée : cf. la mort du Rav dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, la mort du bébé à la frontière israëlo-palestinienne dans le film « The Bubble » (2003) d’Eytan Fox, la mort de Carlos le cousin de Miguel dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, etc.

 
 

f) Le personnage homosexuel se suicide ou est dégoûté de la vie :

Téléfilm "Prayers For Bobby" de Russell Mulcahy

Téléfilm « Prayers For Bobby » de Russell Mulcahy


 

Étant donné que la mort est à la fois sublimée et niée par les intentions esthétiques et sentimentalistes du personnage homosexuel, ce dernier en arrive très souvent à se la donner concrètement. On retrouve le thème du suicide en lien avec l’homosexualité extrêmement souvent dans les œuvres de fiction : cf. le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, le film « Ode To Billy Joe » (1976) de Max Baer, le film « Charlotte dite Charlie » (1995) de Caroline Huppert, le roman Mi Novia Y Mi Novio (1923) d’Álvaro Retana (avec le personnage de Roberto), la pièce Sortilegio (1942) de Gregorio Martínez Sierra (avec le personnage d’Augusto), la pièce D’habitude j’me marie pas ! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora , la pièce Le Jardin des Dindes (2008) de Jean-Philippe Set, la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi (avec le personnage de Daphnée qui tente de se suicider, et qui se rate), le film « La Fille aux jacinthes » (1955) d’Hasse Ekman, le film « Bas fond » (1957) de Palle Kjoerulff-Schmidt, le film « Quartet » (1948) d’Harold French, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, le film « La Victime » (1961) de Basil Dearden, le film « Amour à trois » (1969) de Sergio Capogna, le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy (Alexandre se jette du haut d’un train qui passe sur un aqueduc), le film « La Cage aux Folles » (1978) d’Édouard Molinaro, (avec Zaza et ses multiples chantages au suicide), le film « Alors, heureux ? » (1979) de Claude Barrois, Pierre Jolivet, et Marc Jolivet, le film « Colloque de chiens » (1977) de Raoul Ruiz, le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska (avec le suicide de Gayo), le film « Tempête à Washington » (1962) d’Otto Preminger, le film « Sergent » (1967) de John Flynn, le film « Play It As It Lays » (1972) de Frank Perry, le film « Mamá Es Boba » (1997) de Santiago Lorenzo (avec le suicide du journaliste homo), le film « Luc ou la part des choses » (1982) de Michel Audy, le film « La Rage au cœur » (2000) de Léa Pool, le film « Amor Maldito » (1986) d’Adelia Sampaio, le film « F. est un salaud » (1998) de Marcel Gisler, le film « Bueberry Hill » (1989) de Robbe De Hert, le film « Total Loss » (2000) de Dana Nechushtan, le film « Quartiere » (1987) de Silvano Agosti, le film « Les Uns et les Autres » (1980) de Claude Lelouch, le film « Tir à vue » (1984) de Marc Angelo, le film « La Truite » (1982) de Joseph Losey, le film « Cahier volé » (1991) de Christine Lipinska, le film « Le Cahier volé » de Régine Desforges, le film « Le Goût de la cerise » (1997) d’Abbas Kiarostami, la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes (avec Frank, l’homosexuel suicidaire), le film « Bumblefuck, USA » (2011) d’Aaron Douglas Johnston, le film « Un Fils » (2011) d’André Gaumond, le film « Sala Samobójców » (« Suicide Room », 2011) de Jan Komasa, le film « Afternoon » (2008) de Ruaairo McKenna, le film « Duel » (2010) d’Edgar D’Alberto Rezende, le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann (avec le suicide d’un des deux personnages homos, Rovo), le film « La Ballade de l’impossible » (2011) de Tran Anh Hung (avec le suicide de Kisuki après qu’il ait découvert son impuissance sexuelle), le film « 3000 euro » (2009) de François Zabaleta (sur la tentation suicidaire et le suicide assisté), le téléfilm « Prayers For Bobby » (2009) de Russell Mulcahy (Bobby tente de se suicider en ingérant des médicaments, puis ensuite en se jetant du haut d’un pont), le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta (avec le suicide de François), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec le suicide au cyanure), le roman La Vie est un tango (1979) de Copi (avec le suicide d’Horacio Silberman, le directeur du Musée des Beaux-Arts de Buenos Aires), le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye (avec le suicide de Wang Ping dans la forêt), le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler (avec le suicide de Martha, la lesbienne), le one-woman-show Mado fait son show (2010) de Noëlle Perna/Mado la Niçoise (avec la 28e tentative de suicide raté du gay dépressif), la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali (avec le suicide de Frédérique, l’héroïne lesbienne), la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti (avec le suicide par pendaison de Maurice), la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi (avec le personnage de Lou, suicidaire), le film « Absences répétées » (1972) de Guy Gilles, le film « Alger la Blanche » (1985) de Cyril Collard, le film « The Saddest Boy In The World » (2006) de Jamie Travis, le film « Charlotte dite Charlie » (2003) de Caroline Huppert, le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (avec le suicide de Jack), la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell (avec le personnage lesbien d’Élodie), le film « Parfum d’absinthe » (2005) d’Achim von Borries (basé sur des faits réels, et racontant la vague de suicides commanditée par un cercle de jeunes étudiants homosexuels britanniques), le film « Attitudes » (2005) de Xavier Dolan (Jules, le héros homo, veut « en finir »), le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau (avec le suicide du guerrier anglais), le film « Joe + Belle » (2011) de Veronica Kedar (Belle est suicidaire et sort d’un établissement psychiatrique), le film « Mia » (2011) de Javier Van de Couter (avec Mia, une jeune femme qui vient de se suicider), le film « Le Roi de l’évasion » (2009) d’Alain Guiraudie (avec Armand, le héros homosexuel, qui essaie de se tailler les veines avec une scie), le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon (qui tourne au drame quand le père finit par se suicider pour de vrai à la fin), le film « Starcrossed » (2005) de James Burkhammer (avec Darren et son frère Connor, amants secrets, qui finissent par se suicider dans une piscine, avec des menottes), le film « Darkroom – Tödliche Tropfen » (« Backroom – Drogue mortelle », 2019) de Rosa von Praunheim (avec Lars, le héros homosexuel suicidaire), la chanson « Veux-tu danser ? » de Michel Rivard, etc.

 

Par exemple, dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Claudia, la servante, fait croire qu’elle va se suicider à l’arme à feu. Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Davide, le héros homosexuel, veut se jeter par la fenêtre. Dans la pièce Le Clan des Joyeux Désespérés (2011) de Karine de Mo, au moment où Lili rentre dans l’appartement de Mona où celle-ci tente de se suicider au gaz et qu’elle repose inanimée, elle lit le pendentif de Mona à l’envers (« Anom » = à n’homme)… et est tentée de lui faire un bouche-à-bouche lesbien, avant de se rétracter par acquis de conscience. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, le personnage bisexuel, avoue avoir songé au suicide dans ses années lycée. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, dit au médecin militaire qu’il a fait une tentative de suicide « parce que l’Autre a essayé de me noyer » : il parle en réalité de son frère, et essaie d’être réformé de l’armée. Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent dit qu’il veut mourir. Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Helena est attirée par la « jeunesse » de Sigrid, et cette dernière, en bonne profiteuse, la pousse au suicide. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Gabriel, l’un des héros homos, décrit la vie comme « un gouffre ». Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Mathan, le jeune héros homosexuel de 19 ans, a fait une T.S. (tentative de suicide) à 18 ans. Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, le beau Vincent raconte que la première fois qu’il a couché homosexuellement, c’était dans un coin reculé d’une plage, à l’âge de 15 ans, avec un homme de 20 ans, Sébastien, qui s’est fait sauter la cervelle à l’arme à feu un an après. Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Gabriele, le chroniqueur radio homosexuel licencié, est tenté d’en finir avec la vie en se tirant une balle au revolver, quand il est interrompu par l’arrivée impromptue de sa voisine de pallier, Antonietta. Dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel, le jeune Louis, homosexuel, fait une tentative de suicide en se jetant du haut d’un immeuble désaffecté. Dans le téléfilm Fiertés (épisode 1) de Philippe Faucon, diffusé sur Arte en mai 2018, Victor, 17 ans, homo, est sur le point de se trancher la gorge avec une lame de rasoir. Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Noé, le héros homosexuel, se suicide en se jetant dans un puits. Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Jacques, le héros homo atteint du Sida, planifie à la fin du film son suicide : « Je me sens plein d’une tristesse suicidaire. » Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, John le héros homosexuel se suicide par overdose. Dans le film « Close » (2022) de Lukas Dhont, Rémi se suicide parce que son amant Léo a repoussé ses avances et n’a pas assumé leur « amour » d’adolescence.

 

Dans les créations de Tennessee Williams, Copi, Shakespeare, Thomas Mann, Julien Green, Bernard-Marie Koltès, etc., les personnages finissent souvent par se donner la mort. On retrouve la figure de l’homosexuel suicidaire dans le film « Mandragora » (1997) de Wiktor Grodecki, le roman Le Malfaiteur (1955) de Julien Green, les romans Confidence africaine (1931) et Un Taciturne (1932) de Roger Martin du Gard, le roman Macaron Citron (2001) de Claire Mazard, le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, le film « L’Ennemi naturel » (2003) de Pierre-Erwan Guillaume, le film « La Captive » (2000) de Chantal Akerman, le film « La Conséquence » (1977) de Wolfgang Petersen, la chanson « Je t’aime Mélancolie » de Mylène Farmer (« Un long suicide acide, je t’aime Mélancolie. »), etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

La question du suicide revient comme une marotte dans la bouche des personnages homosexuels : « On a pensé se suicider… mais comme on n’avait qu’une corde pour deux… » (Stef et Nono, dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; « Nono a le suicide maladroit. » (Stef en parlant de Nono, idem) ; « J’pense qu’au suicide. » (un des personnages homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Je songe au suicide. » (un escargot de la B.D. La Femme assise (2002) de Copi, p. 67) ; « J’ai suicidé la réalité, j’ai fait une apnée de moi même. » (l’Actrice de la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « Dès que le rideau tombe, dès que la vie reprend, j’ai peur. » (idem, p. 32) ; « C’est agressif la vie. C’est agressif la vérité. » (idem, p. 33) ; « Je suis certain d’être bon pour la guillotine, rien qu’à y penser mes cheveux se dressent sur ma tête. Quand je songe au procès qui m’attend je suis encore plus effrayé. Tant pis, je me suiciderai quand cette vie me deviendra trop dure. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 125) ; « J’ai tellement envie de mourir… » (Petra dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder) ; « La vie m’est fade. » (la narratrice lesbienne dans le roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 69) ; « Je suis un grand suicidaire. » (Eugène, le héros homo du one-man-show Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien) ; « Je le saurais si j’étais suicidaire… » (Louis dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Après deux matins, à l’aube, Claude [l’héroïne lesbienne] se suicide. » (Mike Nietomertz, Des chiens (2011), p. 122) ; « Je voudrai ramper sous une pierre et dormir pour toujours. » (Bobby, le héros homo du téléfilm « Prayers For Bobby » (2009) de Russell Mulcahy) ; « J’ai failli me foutre en l’air. » (Morgane, héros transsexuel M to F, dans l’épisode 405 de la série Demain Nous Appartient, diffusé sur TF1 le 21 février 2019) ; « Décroche pas non plus, c’est pas la peine. J’suis complètement suicidaire. J’suis au-dessous de tout avec toi. Je me sens prisonnier, en apnée, au bord d’un gouffre. » (Adrien parlant au répondeur d’Eva, sa meilleure amie qu’il a éloignée volontairement d’Alexandre, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; « Rien d’extraordinaire : Fripounet voulait encore s’ouvrir les veines. » (Eva parlant d’un de ses amis gays après une discussion téléphonique, didem) ; etc.

 

Le suicide du héros homosexuel ou transgenre peut être symbolique, à travers la négation de soi-même : « Miri n’existe plus !!! » (Miriam/Lukas, l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi) ; « Je me sens si mal. J’en ai assez de vivre et j’ai peur de mourir. » (Michael, le héros homosexuel s’adressant à son ami Donald, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Je pourrais me tuer. » (Alan, homosexuel, déprimé au téléphone, idem) ; « Harold fait une collection de barbituriques qu’il prépare pour anticiper le long hiver qu’est la mort. […] La mort, ce n’est pas comme au théâtre. Tu n’auras pas le courage de le faire. Tous les homos ne se flinguent pas à la fin de l’histoire. » (Michael, le héros homosexuel s’adressant plus ou moins directement à Harold son colocataire gay, idem) ; etc.

 

En général, c’est la star qui, par sa beauté fatale, sert de prétexte esthétique et d’alibi au suicide : cf. le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot (avec Nadège, la femme magnifique qui se suicide), la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi (avec le suicide de l’actrice Vicky), la comédie musicale Non, je ne danse pas ! (2010) de Lydie Agaesse (avec la mariée qui se défenestre du haut d’un immeuble, et qui atterrit sur une Volvo verte), etc. « Je suis mort. Yolanda m’a suicidé. » (cf. le message que Yolanda écrit sur un journal de bord, dans le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar) ; « Ça a de la gueule, quand même. Mourir sur scène, sous les projecteurs. » (Raphaël Beaumont dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles, 2011) La femme suicidée auquel le héros homosexuel s’identifie ressemble à « la fille d’à côté », à une moitié de cerveau d’une conscience en proie à une schizophrénie auto-destructrice, à la jumelle narcissique androgynique : « Elle s’est pendue vers six heures du matin, j’étais tout seul, j’écrivais et pourtant je n’ai pas entendu le moindre bruit. […] Pourtant la fenêtre de sa salle de bains donne sur la mienne. Et les deux étaient ouvertes. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 50) ; « Yo quiero morir. » (Max, le héros homosexuel travesti en Shakira, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; « Je suis sur le point d’entrer dans mon frigo ! Je suis déçu de la vie et de ses apparences ! » (« L. », le héros transgenre M to F de la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Mon voisin sur un coup de tête s’est jeté aux oubliettes. » (cf. la chanson « Mon Voisin » du Beau Claude) ; etc.

 

Le suicide est appréhendé comme un chemin de sanctification, une voie d’accès à l’éternité cinématographique : cf. le roman Une Chute infinie (2009) de Mohamed Leftah, la chanson « C’est une belle journée » de Mylène Farmer, etc. Par exemple, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin se suicide pour être immortel : « J’aurais dix-huit ans à jamais. » (p. 461)

 

En réalité, le suicide du héros homosexuel, même si ce n’est pas dit explicitement, vient principalement d’un orgueil personnel démesuré (cf. le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, le film « Traitement de choc » (1972) d’Alain Jessua – racontant l’histoire d’un quinquagénaire homo qui met fin à ses jours parce qu’il refuse de vieillir, etc.), ou de drames surgissant dans sa vie amoureuse intime, plutôt que de la soi-disant non-acceptation sociale de son homosexualité. Par exemple, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt, Paul prend en cachette des photos de son amant Jack pour faire des articles à sensation sur son compte ; quand ce dernier le découvre, il se suicide devant lui pour assouvir sa vengeance et prouver sa blessure d’amour. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Léopold pousse son jeune amant Franz au suicide (il avale du cyanure). Dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, la jeune collégienne Juliette tente de se suicider parce qu’elle est tombée excessivement amoureuse de sa prof de français. Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin essaie de se pendre à cause de l’infidélité de son amant Bryan. Toujours dans ce roman, on découvre que Bryan, le héros gay, est aussi (voire plus !) responsable de l’abandon puis du suicide subséquent de son camarade de classe efféminé Julien, que ses camarades « hétéros » : « C’était mon frère de cœur. Nous avions la même faiblesse – si c’en est une – mais je ne me reconnaissais pas en lui. Je l’avais toujours ignoré. Finalement, j’étais peut-être pire que ceux qui se moquaient de lui. » (p. 49) ; « Personne n’était là quand Julien en avait besoin, quand il était bien vivant, quand il désespérait. Personne pour l’écouter, pour le comprendre et lui tendre la main… alors, il est parti. » (idem, p. 51) Dans le film « Les Incroyables Aventures de Fusion Man » (2009) de David Halphen, un steward suicidaire veut se jeter du haut d’un immeuble parce qu’il y ait poussé par une « Méchante Pédale ». Dans le film « Save Me » (2010) de Robert Cary, Mark se sent coupable du suicide de son ami Lester (qui s’est taillé les veines dans sa baignoire). Dans le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, George cherche constamment à se suicider parce qu’il ne se remet pas de la mort accidentelle de son compagnon. Dans La Mort à Venise (1912) de Thomas Mann, Aschenbach finit par mourir en contemplant l’objet de ses désirs : « Il semblait à Aschenbach que le psychagogue pâle et charmant lui souriait là-bas, lui faisait signe ; que, détachant la main de sa hanche, il la tendait vers le lointain, et prenant les devants s’élançait comme une ombre dans l’immensité pleine de promesses. Comme tant de fois déjà il voulut se lever pour le suivre. Quelques minutes s’écoulèrent avant que l’on accourût au secours du poète dont le corps s’était affaissé sur le bord de la chaise. On le monta dans sa chambre. Et le jour même la nouvelle de sa mort se répandit par le monde où elle fut accueillie avec une déférente émotion. » (p. 107) Tous ces exemples illustrent que la réalité et les causes réelles du suicide du héros homosexuel sont bien plus internes qu’externes au désir homosexuel.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La mort occupe une grande place dans la vie des personnes homosexuelles :

le réalisateur Eisenstein

le réalisateur Eisenstein


 

La mort occupe une grande place dans la vie des personnes homosexuelles. Déjà toutes petites, certaines parmi elles avouent avoir été obnubilées par elle. Leurs maîtres d’école déploraient leurs « goûts morbides » (Patrick White cité sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003). Elles ont parfois eu conscience de la mort et de la futilité de la vie très jeunes (cf. le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton). Par exemple, Federico García Lorca se rappelle de l’enterrement du compadre Pastor dans les moindres détails, alors qu’il n’avait pourtant que 3 ans (Francisco García Lorca, Federico Y Su Mundo (1980), p. 58). De son côté, Jean Cocteau a connu la mort de très près : dans sa jeunesse, il doit porter le suicide de son père. Malcolm Lowry consacre l’un de ses romans au Jour des Morts au Mexique (cf. le documentaire « Le Volcan » (1976) de Donald Brittain). À 14 ans, Paul Verlaine adresse à Victor Hugo un de ses premiers poèmes, intitulé « La Mort » ; d’ailleurs, ses élégies (« Melancholia », « Resignation », etc.) occupent une place non-négligeable dans son œuvre.

 

Il est fréquent que les personnes homosexuelles remplacent (dans la tête de ses parents ou en vrai) un enfant mort, après un accident, une fausse couche ou un avortement : « Ma sœur était morte [à l’âge de cinq ans] et ma mère m’appelait ‘sa petite fille’ et m’apprenait le canevas. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 77) ; « Une histoire qu’elle racontait souvent à qui voulait bien l’entendre : avant de me mettre au monde elle avait perdu un enfant. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 73) ; « Maman, j’ai envie de mourir. » (cf. propos de Kimy, un garçon transgenre M to F de 8 ans, rapportés lors du débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017) ; « Au début de ma puberté, quand j’avais 11-12 ans, j’ai pensé au suicide. » (Lucas Carreno, femme F to M, idem) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain, on apprend que l’acteur homosexuel Jean Marais est arrivé jute après le décès de sa sœur Madeleine. Il a donc remplacé une morte, et a dû subir le refus du deuil de sa mère (sa mère qui, à sa naissance, s’est exclamée : « Enlevez-le, je ne veux pas le voir ! »). Jean Marais avouera lui-même qu’elle s’est bien rattrapée… sans lui en vouloir d’avoir vêtu dans son cœur et dans son identité l’âme d’une sœur morte : « Après, ma mère m’a adoré et j’ai adoré ma mère. Comme ma mère aurait voulu une fille, elle me traite en fille. » Il existe des liens étroits entre avortement (= infanticide) et homosexualité, que je développe par exemple dans le code « Petits Morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

À l’âge adulte, cette passion pour la mort ne s’atténue pas : « Jean Genet a toujours entretenu un rapport privilégié avec la mort, avec les morts. Et on peut même dire qu’à partir d’un certain moment il n’a écrit que pour les morts. L’occasion pour lui idéale d’un véritable spectacle théâtral ne serait-elle pas un convoi funèbre, le lieu idéal pour ce nouveau théâtre étant le cimetière ? […] Les deux dernières pièces de Jean Genet, les plus belles, Les Nègres et Les Paravents étaient envahies par la mort. » (cf. l’article « Donner aux morts » de Paule Thévenin, dans le Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 36) ; « La vie n’est pas digne d’être vécue. » (Stefan Sweig, juste avant son suicide, dans le documentaire « Stefan Sweig, histoire d’un Européen » (2015) de François Busnel) ; « Comme je crois au néant, y’aura plus rien de moi. » (Jean-Louis Bory au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 6 mai 1976) ; etc. Dans son Journal (2008), le dramaturge Jean-Luc Lagarce tient la rubrique nécrologique de toutes les célébrités people : « Je ne note que les morts. » écrit-il. Sur le cliché Andy Warhol, Paris (1974) pris par Helmut Newton, Andy Warhol figure mort (ou endormi ?). Le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata raconte que, pendant l’Occupation, lorsqu’une rumeur a couru sur la prétendue mort de Charles Trénet, ce dernier envoya des cartes d’invitation d’un goût douteux : « Charles Trénet : ni juif, ni mort ! »

 

Il arrive que certaines personnes homosexuelles exercent le métier de croque-mort. Ce fut par exemple le cas du chanteur Jann Halexander. Pour ma part, je connais dans mon entourage proche des amis homosexuels qui sont réellement croque-mort.

 

Alors comment expliquer la corrélation entre homosexualité et mort ? Je crois que la coïncidence vient de la nature idolâtre du désir homosexuel. Cela en choquera peut-être certains, mais je le dis quand même : le désir homosexuel, même s’il est par ailleurs un élan d’amour et de vie, se rapproche davantage d’un désir de mort. « Le goût de vivre commençait à s’émousser. » (Christian, dandy homosexuel de 50 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) Comme il est éloigné de la Réalité – puisqu’il rejette en grande partie la différence des sexes –, il s’oriente vers un devenir-objet qui désincarne et déshumanise plus qu’il n’humanise et unifie l’individu qui le ressent. Dans mon essai Homosexualité intime (2009), j’explique ainsi pourquoi beaucoup de coming out font autant violence à des parents : en même temps que leur enfant leur annonce qu’il « aime » homosexuellement et qu’il « est » pleinement homo, il ne se rend pas compte (et les parents d’aujourd’hui de moins en moins également) qu’il dit par la même occasion qu’il souhaite mourir. On retrouve par exemple ce lien entre coming out et mort quand le réalisateur français François Ozon, à l’occasion d’une interview accordée au magazine gay Illico à propos de son film « Le Temps qui reste » (2005), fait un parallèle inconscient entre la révélation de l’homosexualité et la découverte d’une maladie mortelle : « Romain a un coming out à faire, non pas sur sa sexualité qu’il n’a jamais cachée, mais sur le fait qu’il va mourir. »

 

En voulant fuir les petites morts de l’existence, celles qui font davantage partie des hommes et des pères, les bonnes morts si elles sont au service de la douceur et des plus faibles (la guerre, les limites, la souffrance, l’effort, la loi, le combat, la force, le pouvoir, la politique, etc.), les personnes homosexuelles s’exposent fatalement à vivre les mauvaises morts, celle du confort et de la fuite du Réel (l’ennui, l’angoisse, la frustration, la schizophrénie, le fétichisme, la consommation, le doute, etc.), les mauvais côtés de la féminité (la possessivité, la vengeance, la jalousie, les complications amoureuses, etc.). « Cette génération veut abandonner la pulsion de mort qui est le propre de la virilité depuis des millénaires. Ils veulent être du côté de la vie, du côté des femmes. » (Éric Zemmour, Le Premier Sexe (2006), p. 86) ; « Le pouvoir, c’est le mal, la mort, le phallus, l’homme. Plus personne, dans les jeunes générations de nos pays, ne veut assumer ce fardeau. » (idem, p. 120)

 
 

b) Le goût homosexuel pour les cimetières :

En outre, un certain nombre de personnes homosexuelles affectionnent les cimetières : je vous renvoie aux auto-portraits de la photographe lesbienne Claude Cahun dans les cimetières, aux photos de Jann Halexander, de Mylène Farmer, ou à l’univers du chanteur Mika lors de ses concerts.

 

Par exemple, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton, on apprend que la toute première rencontre entre Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent a eu lieu lors de l’enterrement de Christian Dior, en 1957 ; pour Bergé, cette inhumation est un jour capital, la pierre blanche sur laquelle s’est fondée leur « couple ».

 

Vidéo-clip de la chanson "Regrets" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Regrets » de Mylène Farmer


 

Le cimetière est un lieu qui permet aux personnes homosexuelles de rentrer dans la peau de la veuve ou de la Drama Queen : « Si, comme Georges Perec, je ne me souviens pas du moment de ma naissance, en revanche je sais – depuis mon plus jeune âge – la passion que je porte aux cimetières. » (Michel Chomarat, dans les Archives des mouvements LGBT+ (2018) d’Antoine Idier, Ed. Textuel, Paris, p. 153) ; « Je ne sais pas pourquoi je suis allé sur sa tombe. Mais je sais que dans les allées de cet immense et magnifique cimetière en ruine, je me suis vu dans ma fin, en train de partir définitivement. J’ai vu encore une fois le monde arabe autour de moi qui n’en finissait pas de tomber. Et là, j’ai eu envie de pleurer. De crier de toute mon âme. De me jeter moi aussi d’un balcon. » (Abdellah Taïa parlant de l’actrice Souad Hosni, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 91) ; « Les cimetières ont vraiment une signification pour moi. » (le chanteur Jann Halexander, au micro de l’émission radiophonique Homo Micro sur RFPP, le 24 janvier 2011) ; « Je me souvins de la pinède proche du cimetière de St Tropez, ce lieu de drague […] » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 213) ; « J’adore les cimetières. C’est l’un des endroits dans lesquels je me sens bien. Où que j’aille dans le monde, je vais dans un cimetière, cela apprend beaucoup sur une culture, un peuple. » (la chanteuse Mylène Farmer, citée dans la biographie Mylène Farmer, le Mystère (2003) de Mathias Goudeau, p. 61)

 

Récemment, un ami homosexuel sexagénaire, marié avec plusieurs enfants, m’a avoué qu’il « recherchait le bonheur dans les cimetières en Allemagne, où il se trouvait dans la paix » ; il m’a aussi dit que depuis son enfance, et après dans ses relations amoureuses homosexuelles, il « avait subi des violences et avait tenté de se suicider ». J’ai également visité le fameux cimetière du Père Lachaise, et mon guide (un vieux papy lui-même homosexuel) m’a raconté combien l’endroit était un haut lieu de drague homosexuelle. Il a d’ailleurs rencontré plusieurs de ses amants là-bas ; certaines chapelles sont devenues de véritables backroom ou baisodromes, et il existe tout un réseau insoupçonné de rencontres amoureuses spécifiquement homosexuelles : hallucinant !

 

Je pense que le cimetière, plus qu’un lieu étrange ou une simple posture esthétique mélancolique, est le rempart d’un viol fantasmé ou réellement vécu par les personnes homosexuelles : «  Cette fois un ancien collègue de son père attira Ednar chez lui dans un guet-apens ; lorsqu’il comprit le but de l’invitation, il voulut s’enfuir. L’homme le retint ; il se débattit, parvint à se libérer et, enjambant la fenêtre, il s’enfuit et escalada le mur du cimetière voisin. Dans le crépuscule, il prit la poudre d’escampette pour échapper au viol. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son autobiographie Un Fils différent (2011), pp. 12-14)

 
 

c) Certaines personnes homosexuelles s’imaginent leur propre enterrement :

Les personnes homosexuelles ont tendance à se mettre à la place des absents ou des morts, bref, à prêter à la réalité la forme de leurs fantasmes de mort et de leurs sentiments égocentrés (souvent victimisants) : « J’entends les soupirs des mourants. C’était une nuit d’hiver. C’était nous deux et le temps des adieux. » (Stefan Corbin, pendant son concert Les Murmures du temps au Théâtre de L’île Saint-Louis Paul Rey, à Paris, en février 2011) Je vous renvoie par exemple aux fameux dying organisés par Act-Up ou pendant les Gay Pride ; ou encore à la scène du mime d’assassinat par rafale de mitraillette dans le documentaire « Et ta sœur ! » (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin.

 

Jean Cocteau

Jean Cocteau


 

Le rapport des personnes homosexuelles à la mort est souvent de fascination identificatoire. Voilà pourquoi elles la présentent souvent comme une jumelle/un jumeau : « J’ai le sentiment que ma mère s’en veut toujours du décès de mon frère, comme si elle n’avait pas bien pris soin de moi, alors qu’elle n’avait que 15 ans ! J’ai aussi le sentiment qu’elle a fait une sorte de transfert sur moi. J’ai remplacé l’enfant mort. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 15) ; « Il aura fallu que je m’habitue à ce visage décharné que le miroir chaque fois me fait voir comme ne m’appartenant plus mais déjà à mon cadavre, et il aurait fallu, comble ou interruption du narcissisme, que je réussisse à l’aimer. » (Hervé Guibert évoquant son corps ravagé par le Sida, dans son autobiographie Le Mausolée des amants (2001), p. 500)

 

Comble du narcissisme : il arrive souvent qu’elles s’imaginent leur propre enterrement, pour pleurer et s’émouvoir sur elles-mêmes. Dans sa biographie Saint Genet (1952), Jean-Paul Sartre évoque le narcissisme de Jean Genet à s’imaginer mort (p. 218) ; dans le documentaire « La Villa Santo Sospir » (1949), Jean Cocteau explique qu’il a décoré la chapelle saint Pierre en 1957 « comme son propre sarcophage ». Dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007) de Gustav Hofer et Luca Ragazzi, Luca (la trentaine) décide qu’à sa mort ses cendres seront dispersées dans le beau paysage urbain romain qu’il contemple. Par ailleurs, il n’est pas très étonnant que de nombreuses chanteurs célébrés par la communauté homosexuelle se filment morts à l’intérieur d’un cercueil ouvert dans leurs vidéo-clips (cf. « Everytime » de Britney Spears, « Tristana » et « Fuck Them All » de Mylène Farmer, « ¿ Qué Harás Tú Cuando Mueras ? » de Marta Sánchez, « Ghosts » de Michael Jackson, etc.).

 

Claude Cahun, "Autoportrait"

Claude Cahun, « Autoportrait »


 

« Il avait anticipé les lieux et l’espace de sa mort. Il voulait mourir au bord de la mer. » (Peter Kammerer parlant de son ami Pier Paolo Pasolini, dans le documentaire « L’Affaire Pasolini » (2012) d’Andreas Pichler) ; « Images que j’aimerais voir défiler avant de mourir. » (Denis intitulant une de ses séquences filmiques testamentaires qu’il offre à son amant Luther, dans le docu-fiction « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta) ; etc.

 
 

d) « Je suis mort » :

Dans une boîte gay, pour Halloween...

Dans une boîte gay, pour Halloween…


 

Dans le même ordre d’idée, certaines personnes homosexuelles disent de leur vivant qu’elles sont mortes (autrement dit, elles énoncent l’impossible…) : « D’avance, j’étais mort, autant tout oser dès maintenant. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 28) ; « Un jour, je te raconterai la première fois que je suis mort. » (idem, p. 51) ; « À vrai dire, je suis déjà mort. » (cf. un extrait de la lettre d’Alfredo Ormando, qui s’est immolé lui-même au Vatican en 1998, dans le documentaire « Les Règles du Vatican » (2007) d’Alessandro Avellis) ; « Je suis mort. » (Jean-Luc Lagarce dans son Journal, 2008) ; « Chaque minute est une éternité quand on croit que l’on va mourir à la seconde suivante. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 72) ; « Au fond qu’est-ce que je risque, je suis déjà à moitié mort. » (Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie (2005), p. 155) ; « Et moi aussi, je suis mort. Bien sûr que je suis mort. Il ne reste rien de l’enfant qui n’avait pas dix ans. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 43) ; « En ce qui me concerne, je n’ai pas peur de la mort. Parce que j’ai été beaucoup plus de temps mort que vivant. » (Jean Cocteau dans le documentaire « Jean Cocteau, autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky) ; « J’étais dans ma deuxième vie. Je venais de rencontrer la mort. J’étais parti. Puis je suis revenu. » (cf. les toutes premières lignes de l’autobiographie d’Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 9) ; « D’avance, j’étais mort, autant tout oser dès maintenant. » (idem, p. 28) ; « La mort m’avait choisi. » (idem, p. 14) ; « C’était cela, la vérité. Mon corps réel. Il fallait changer. Le changer. Revenir au jour du départ et de l’arrivée. Maigrir. Absolument maigrir. Arrêter de manger. Jouer de nouveau, sans le savoir, avec la mort. » (p. 63) ; « C’est ça, la mort. La vraie mort. La mort directe, consciemment. […] Se détacher de son corps, du monde, en vitesse, dans l’effarement. » (idem, p. 94) ; « C’est quelque part comme si j’étais mort. » (Bruno Wiel, jeune homme trentenaire homosexuel, jadis agressé par quatre hommes et laissé pour mort, et parlant de sa situation présente, dans le documentaire « Homos, la haine » (2014) d’Éric Guéret et Philippe Besson, diffusé sur la chaîne France 2 le 9 décembre 2014) ; « Faire le mort était mon rôle préféré : mon ou ma partenaire jouait à ma place et je n’étais pas engueulé. » (Dominique Fernandez parlant des parties familiales de bridge, dans la biographie Ramon (2008), p. 38) ; « J’ai l’impression que je serai mort bien avant la diffusion de ce film. Je ne sais pas pourquoi je vous parle. J’ai l’impression d’un retour de ce vieux poison. Je le ressens comme une punition. Parce que je donne une mauvaise image de ces pauvres chrétiens. » (Thomas, homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc. Par exemple, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, au moment où Bertrand Bonello demande à sa femme si elle doit retourner sur scène pendant son spectacle, celle-ci lui répond : « Ben non, chui morte », en se référant bien sûr à son personnage.

 

À la manière des zombies, elles prétendent vivre ou vivent leur vie comme si elles ne l’éprouvaient pas comme leur, sont des « joyeux suicidés moraux » (pour reprendre la formule de Jean-Paul Sartre dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 86), passant par une crise de dépersonnalisation, expérience qui rejoint la notion freudienne de narcissisme intégral. Comme l’écrivait Luis Cernuda, elles affirment « vivre sans exister ». Elles se comportent parfois en morts-vivants qui ne trouvent pas incongru d’affirmer « Je suis mort » alors qu’elles sont pourtant bien en vie.

 

Concernant mon expérience personnelle, à l’été 2002, je suis allé rendre visite près de Montpellier à un ami homosexuel, presque trentenaire, que j’avais rencontré sur Internet, et qui m’a hébergé quelques jours chez lui. Jamais je n’aurais imaginé que ces six journées seraient si interminables. Il s’est montré particulièrement désagréable à mon égard parce qu’il a vite compris qu’il n’arriverait pas à coucher avec moi. J’avais fait le déplacement spécialement pour lui, mais je voyais bien que ma présence l’agaçait prodigieusement, si bien qu’à la fin, alors que j’étais obligé de rester chez lui vu que je n’avais aucun pied à terre dans la région, il ne m’adressait quasiment pas la parole. Un jour qu’il avait été particulièrement peu loquace, et que je lui demandais pourquoi il ne me répondait pas, il m’avait sorti inconsciemment cette phrase surprenante qui avait résonné en moi comme un écho à toutes les fois où je l’avais déjà à l’époque entendue de la bouche d’autres personnages ou auteurs homosexuels : « Je ne suis pas agacé. Moi, je suis mort. » Quelques semaines plus tard, j’ai su le fin mot de son mutisme, de son attitude odieuse, et de cette phrase, puisque l’ami en question m’a avoué que juste avant mon arrivée, il comptait se suicider.

 
 

e) La mort prise pas assez au sérieux ET trop au sérieux :

Beaucoup de personnes homosexuelles ont tendance à se prendre pour leur propre mort afin de s’en protéger, car elles en ont une frousse maladive. « Victor Garcia, Copi, Jérôme Savary font partie des gens qui courent devant la mort. » (Colette Godard, dans sa biographie L’Enfant de la fête (1996) consacré à Jérôme Savary) ; « Plus que quiconque, sans doute, je répugne à la vue d’un corbillard et je m’en trouve profondément affecté ; une draperie mortuaire, accrochée à une porte, me rend malade pour une semaine entière. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 88) ; « Le monde s’est mis alors à trembler autour de moi. La terre s’ouvrait sous mes pieds. L’abîme. J’y suis tombé. Le cycle de la mort aveugle, que j’avais déjà croisé enfant, jeune homme, recommençait. C’était le désert. Le désert et la panique. […] J’avais peur, peur, peur… Peur de partir. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 93) Par exemple, lors de sa conférence « Différences et Médisances » autour de la sortie de son roman L’Hystéricon, à la Mairie du IIIe arrondissement, le 18 novembre 2010, le romancier français Christophe Bigot parle ouvertement de son rapport idolâtre (d’attraction-répulsion) à la mort, de son « fantasme de guillotine » : « Je suis vraiment phobique à ce qui touche à la torture, à la guillotine, la lapidation, la peine de mort. C’est un truc que je ne guérirai jamais. » Dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, la « peur des malades et des morts » est considérée comme un symptôme d’homosexualité (p. 378). Dans son autobiographique Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko parle de son angoisse morbide (« La mort me faisait peur. », p. 98) et tente de « découvrir l’origine de la phobie de la mort comme dans un premier souvenir traumatisant de son enfance, celui de la mort de son grand-père lorsque j’avais 7 ans ». Le cinéaste russe Sergueï Eisenstein, homosexuel, s’est photographié à côté d’un crâne humain.

 

L’identification à la mort médiatique ou cinématographique sera bien souvent chez elles un réflexe de survie face à une peur excessive de la mort réelle : « Je me complaisais à imaginer des situations dans lesquelles j’étais moi-même tué sur le champ de bataille ou assassiné. Pourtant, j’avais de la mort une peur anormale. » (Yukio Mishima, Confession d’un masque (1971), p. 30) ; « Depuis que j’ai 12 ans, et depuis qu’elle est une terreur, la mort est une marotte. […] La découverte de la mort par le truchement de cette vision horrifique d’un homme qui hurle d’impuissance à l’intérieur de son cercueil devint une source capiteuse de cauchemars. Par la suite, je ne cessai de rechercher les attributs les plus spectaculaires de la mort, suppliant mon père de me céder le crâne qui avait accompagné mes études de médecine, m’hypnotisant de films d’épouvante et commençant à écrire, sous le pseudonyme d’Hector Lenoir, un conte qui racontait les affres d’un fantôme enchaîné dans les oubliettes du château des Hohenzollern, me grisant de lectures macabres jusqu’aux stories sélectionnées par Hitchcock, errant dans les cimetières et étrennant mon premier appareil avec des photographies de tombes d’enfants, me déplaçant jusqu’à Palerme uniquement pour contempler les momies des Capucins, collectionnant les rapaces empaillés comme Anthony Perkins dans ‘Psychose’, la mort me semblait horriblement belle, féeriquement atroce… » (Hervé Guibert, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (1990, pp. 158-159) ; « Frisson de tristesse et de tendresse. Je comprends de nouveau mon destin – je ne pourrai jamais être aimé, alors qu’il me faut aimer, et c’est pourquoi j’attends la mort comme une rédemption. J’ai fixé au-dessus de mon bureau cette image de l’innocence rieuse, de la sottise, de la force et de la beauté. » (Klaus Mann en parlant d’une photo du skieur Arosa, dans son Journal (1937-1949), pp. 37-38) ; « New York me désespérait avec une grâce certaine où, la sereine langueur de la pollution piquée par le bruit et la chaleur, apportait un bonheur furtif et réparateur mais où, planaient irrémédiables, mon angoisse de vivre et l’attente de la mort. Damné jusqu’à la fin des temps, encombré de mes grandes jambes inutiles, j’étais seul, la nuit, plein de désirs inexaucés, sans savoir que mes seuls amis étaient les étoiles, émues, anonymes, de ma présence. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 118)

 

Comme la mort réelle est sublimée voire niée par le cinéma et les médias, elle est souvent perçue par les personnes homosexuelles comme l’origine de la vie et de l’amour : « Mon premier contact avec la maternité, c’est ma mère qui tombe inanimée et qui baigne dans son sang. C’est mon premier souvenir, le plus blessant et le plus percutant. Pour moi qui ne sait rien de la vie, d’un seul coup, la maternité c’est la mort […] c’est pour toutes ces raisons que je suis persuadée aujourd’hui que, bien que me sachant et me revendiquant de sexe féminin, j’ai refusé cette intrusion de l’enfant dans mon ventre. » (Paula Dumont parlant de la fausse couche de sa mère, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), pp. 54-55) ; « Je me suis sentie confusément coupable de la mort du fiancé de Janette Levreau et encore bien davantage du chagrin de cette dernière. Et depuis ces temps troublés, je me suis demandé souvent si je n’avais pas des pouvoirs paranormaux. En tout cas, je veille très attentivement à ne jamais avoir de souhaits homicides. […] Après avoir assassiné mon frère et un jeune militaire, j’ai assez de crimes sur la conscience ! » (Paula Dumont par rapport à sa maîtresse de CM2, Janette, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), p. 47)

 
 

f) Quand la comédie devient sérieuse et orgueilleuse : le suicide

Étant donné que la mort peut être à la fois transcendée et niée par les intentions esthétiques et sentimentalistes, beaucoup de personnes homosexuelles en arrivent très souvent à la désirer, ou à se la donner concrètement. « Le taux de suicides chez les jeunes homosexuels est cinq fois plus élevé que la moyenne. » (Peter Gehardt dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) ; « Aujourd’hui encore en Suisse, un jeune homosexuel sur 4 fait une tentative de suicide. C’est 3 à 4 fois plus que chez les hétérosexuels. » (la voix-off dans l’émission Temps présent spéciale « Mon enfant est homo » de Raphaël Engel et d’Alexandre Lachavanne, diffusée sur la chaîne RTS le 24 juin 2010 ; dans cette même émission, Alexandre, jeune témoin homo suisse de 24 ans, raconte qu’il a tenté de se suicider).

 

Par exemple, les écrivains japonais Yasunari Kawabata et Yukio Mishima s’avouent partager « la même attirance de la mort, du suicide et de l’autodestruction » (Yukio Mishima, Correspondance 1945-1970 (1997), p. 8). D’ailleurs, Mishima se suicidera vraiment pour rejoindre son amant Morita, en se faisant hara-kiri. Magnus Hirschfeld prétendra en 1914 que 300 de ses patients, soit 3% des 10 000 individus homosexuels qu’il a reçus, se sont donné la mort. Pour les seules années 1906-1907, on comptait six suicides parmi les sujets homosexuels officiers de l’armée allemande, dont l’existence avait été dévastée par les réclamations de maîtres-chanteurs. Pour sa part, le philosophe français Michel Foucault réclame le « droit au suicide » : « Des gens que nous ne connaissons pas […] ont préparé, avec beaucoup de soin, notre entrée dans le ‘monde’. Il n’est pas admissible qu’on ne nous permette pas de préparer nous-mêmes avec tout le soin que nous souhaitons, ce quelque chose auquel nous pensons depuis longtemps. » (Michel Foucault, « Un Plaisir si simple », Dits et Écrits II, 1976-1988 (2001), pp. 778-779)

 

Certains individus homosexuels expriment ouvertement leur souhait d’en finir avec leur vie : « Je n’étais pas loin de me fiche en l’air. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 130) ; « Le suicide avait longtemps flirté avec mes pensées, mais la peur de mourir avait occulté définitivement cette obsession. » (Ednar dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 34) ; « Mon désir de mourir est immense. Besoin profond de paix. » (Klaus Mann, Journal (1937-1949), p. 76) ; « Tous les gens vers lesquels je me sens attiré, et qui se sentent attirés vers moi, voudraient mourir. » (idem, p. 49) ; « La vie est un enfer. » (Yves Saint-Laurent s’adressant à son amie Loulou de la Falaise, dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton) ; « Au milieu de l’été de mes 15 ans, j’ai fait une tentative de suicide. » (Perry Brass, vétéran gay, dans le documentaire « Stonewall : Aux origines de la Gay Pride » de Mathilde Fassin, diffusé dans l’émission La Case du Siècle sur la chaîne France 5 le 28 juin 2020) ; etc.

 

Il y en a malheureusement qui sont passés concrètement à l’acte : Alfredo Ormando (qui s’est immolé en 1998 devant les bâtiments du Vatican), Bobby le jeune fils gay de Mary Griffith (qui a sauté du haut d’un pont d’autoroute aux États-Unis), Leslie Cheung (l’acteur homosexuel chinois qui s’est jeté le 1er avril 2003 du 24e étage du Mandarin Hôtel de Hong Kong), Carl-Joseph Walker-Hoover (un jeune garçon noir de 11 ans aux États-Unis, le 6 avril 2009), etc. On ne compte plus les personnalités homosexuelles qui se sont suicidées en vrai : Hart Crane, René Crevel, Philippe Jullian, Heinrich von Kleist, Jan Lechon, Yves Navarre, Louis Goulven Salou, Virginia Woolf, James Whale, Friedrich Krupp, Alan Turing, Roger Stéphane, Raymond Roussel, Pierre Molinier, Adrienne Monnier, Mario Mieli, Klaus Mann, Jean-Louis Bory, Fersen, Claude Cahun, Jean Boullet, Alain Pacadis, Louis II de Bavière, Annemarie Schwarzenbach, Bernard Buffet, Otto Weininger, Benedict Friedlander, Benedict Friedländer, Aaron Hernández, Stefan Sweig, etc. « Il y a aussi des allusions à une tentative de suicide qu’elle avait faite quand elle était adolescente… Hélène était malade. La plupart du temps, elle était brillante, elle passait aussi par des épisodes de dépression où, de son propre aveu, elle n’était plus elle-même. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 57) ; « Sans hygiène morale ni physique, leur tendance au déséquilibre, la drogue les conduisent souvent au suicide. » (Jean-Louis Chardans parlant des travestis, dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 291) ; « Il y a toujours du chantage entre nous. C’est très très répandu. Ça se passe par des lettres ou des téléphones. Y’a mon premier ami que j’ai perdu de cette manière, d’ailleurs. Il s’est suicidé. À cause d’un chantage, oui. » (Frank, témoin homosexuel suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.

 

Dans les émissions de « télé-réalité » françaises, les stars d’un quart d’heure homosexuelles qui se sont données la mort ne manquent pas : on peut penser au suicide par pendaison de « Jpé », l’un des participants de Trompe-moi si tu peux (juin 2010) sur la chaîne M6 ; ou encore au suicide d’« FX » (François-Xavier Leuridan) de Secret Story 3 (2009) sur la chaîne TF1 (lui s’est jeté sous une voiture qui circulait sur autoroute).

 

Parmi les personnes transgenres ou transsexuelles, le taux de suicide bat tous les records, notamment parce qu’elles nient leur sexuation, ont souvent été violées étant petites, ou bien parce que leur « transition » est douloureuse et laisse de lourdes séquelles. Par exemple, dans le documentaire « Mr Angel » (2013) de Dan Hun, Buck Angel, transsexuel F to M, est passé par plusieurs tentatives de suicides et addictions à la drogue.

 

Le désir de mort n’est évidemment pas propre aux personnes homosexuelles. Sigmund Freud constate l’existence d’une destructivité foncière chez l’Homme, qu’il appelle « pulsion de mort ». Cependant, il semblerait que le désir homosexuel, plus que d’autres désirs humains, est davantage un élan qui oriente vers la mort qu’un élan de vie. Dans son essai Homoparenté (2010), le psychanalyste Jean-Pierre Winter explique d’ailleurs comment le rejet de la différence des sexes dans le couple homosexuel induit un « déni de la différence entre la vie et la mort » (p. 135), donc un glissement vers la destruction, la désincarnation et la division de l’être humain, du couple, et de la famille.

 

Avec Facebook apparaissent aussi les cas médiatisés d’adolescents dont le suicide est présenté caricaturalement comme une conséquence directe de l’homophobie soi-disant « non-homosexuelle » (Tyler Clementi, ce violoniste introverti qui se suicida en 2010 parce que ses ébats homosexuels avaient été filmés par son colocataire ; Lance Lundsten, un lycéen de 18 ans, dans le Minnessotta, en 2011 ; Kameron Jacobsen, un jeune New-yorkais de 14 ans, en 2011 ; Jack Reese, mort à 17 ans, en 2012 ; Jeffrey Fehr, 18 ans, harcelé à l’école au nom de son homosexualité, et qui s’est suicidé en janvier 2012 en Californie ; etc.). Je vous renvoie à la campagne « It Gets Better » (« Ça ira mieux ») de Dan Savage, menée en 2010 sur YouTube contre la vague de suicides des jeunes gay, et qui fut relayée par des personnalités des États-Unis telles que Barak Obama, David Paterson, Hillary Clinton, Gloria Estefan, etc.

 

On remarquera que le dossier des « suicides d’homosexuels » ou des « suicides pour cause d’homophobie » sert à alimenter une véritable censure sur les réelles causes des suicides des personnes homosexuelles, qui ne sont pas tant exogènes qu’endogènes (cf. je vous renvoie à mon papier sur les clés pour sortir des tentations de déprime ou d’envies de suicide liées à l’homosexualité). En effet, si on regarde bien les cas où les individus homosexuels ont mis fin à leurs jours, on constate que leurs suicides s’expliquent certes par des facteurs extérieurs à reconnaître, mais principalement par des histoires internes au « milieu LGBT », par les attitudes inadmissibles des personnes homosexuelles entre elles dans le cadre amoureux : « Je souffris de nouveau énormément de cet amour malheureux : je fus même au bord du suicide. » (Jean-Luc, homosexuel, 27 ans, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 81) ; « J’en arrive même à me persuader que je n’aurai pas à me suicider parce que cet amour va s’en charger à ma place. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 59) Par exemple, Malcolm Lowry a refusé les avances d’un camarade de lycée, qui s’est ensuite suicidé.

 

Le plus paradoxal, c’est que beaucoup de personnes homosexuelles, en se focalisant sur des termes tels que « homophobie » ou « suicide » qu’elles ne veulent surtout pas comprendre, en faisant l’autruche pour que les causes des suicides de personnes homosexuelles ne soient pas identifiées – et ce, toujours dans un principe bien-intentionné de sur-protection des victimes –, poussent finalement les individus homosexuels qu’ils veulent préserver du suicide au suicide, en inversant les problèmes et leurs solutions. Par exemple, dans l’émission Homo Micro du 13 février 2007, Jean Le Bitoux conseille aux personnes homos de ne pas aller voir les psys car « il y a des suicides après ». Or c’est précisément parce qu’elles ne vont pas voir de bons psys et des amis qui pourraient les aider à mettre des mots sur leur mal-être qu’elles en viennent justement à commettre parfois l’irréparable.

 

La problématique des suicides des gens homosexuels est bien sûr sociale, mais aussi et surtout individuelle et désirante. Nous aurions tout intérêt – parce qu’on ne le fait pas assez – de nous pencher sur la question de la haine de soi (que traduit le désir homosexuel), de l’orgueil blessé, de l’éloignement du Réel par l’esthétique de la mort, de l’impact parfois dramatique de certains médias dans le processus de construction de l’identité sexuée et sexuelle de nos contemporains, pour traiter de l’étiologie des suicides des sujets homosexuels.

 

Car en général, c’est l’excessive identification sentimentaliste à la star suicidaire (il suffit de prendre un peu au sérieux l’esthétisme mélancolique d’une Dalida, d’une Marilyn Monroe, d’une Judy Garland, ou d’une Mylène Farmer, pour s’abandonner à la mort) qui sert à un certain nombre de personnes homosexuelles d’alibi au suicide : « Je n’ai jamais oublié Souad Hosni. Je n’avais pas oublié son feuilleton Houa et Hiya qui me faisait courir dans mon adolescence, à la sortie du collège. J’avais depuis rattrapé mon retard en regardant presque tous les films qu’elle avait tournés. Je l’avais suivie de près, de très près, avec attention et une certaine admiration. Et puis, au début des années 90, après l’échec retentissant de son film ‘Troisième Classe’, elle avait disparu. Pendant deux ou trois ans, on ne savait pas où elle était. Elle se cachait en fait à Londres où elle soignait un mal de dos et une dépression chroniques. On la disait sans le sou, ruinée. L’État égyptien, qui payait pour son hospitalisation, avait fini par la lâcher, l’abandonner. En juin 2001, elle s’était suicidée en se jetant du balcon de l’appartement où elle résidait à Londres. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 91) ; « Là, dans cette obscurité, dans cette exécution, cette mort volontaire, je me suis souvenu de ma sœur hantée. » (Abdellah Taïa à son amant Slimane, op. cit., p. 123)

 

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Code n°128 – Mort = Épouse (sous-code : Veuve)

Mort = Épouse

Mort = Épouse

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Mariées avec la mort ?

 

Incroyable mais vrai : beaucoup de personnes homosexuelles croient inconsciemment qu’elles sont mariées à la mort. Ce n’est pas moi qui l’invente : ce sont elles qui le disent ! Alors bien sûr, elles prétendront que c’est faux parce qu’elles savent bien faire intellectuellement la différence entre la mort cinématographique et la mort réelle… mais dans leur cœur, c’est beaucoup moins clair.

 

Elles célèbrent en général la mort dans sa forme la plus parfaite : l’actrice ou la veuve (Je traite plus largement de la mort en général, et de la place du suicide en particulier, dans le code « Mort » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). À les entendre, la Faucheuse serait l’épouse idéale et « pure » (le narrateur du roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, pp. 46-47), le reflet narcissique qu’elles pourraient rejoindre pour gagner l’éternité et s’auto-contempler. Leur identification à la veuve drapée de sa mantille noire, portant des lunettes de soleil pour cacher sa fausse/digne peine, est relativement fréquente dans les fictions traitant d’homosexualité.

 

Un certain nombre de personnes homosexuelles – y compris celles qui ne se pensent pas suicidaires ou déprimées – prennent la Camarde pour leur fiancée. « Je sens que la mort m’aime et me cherche pour m’emmener dans son inframonde. » (Raúl Gómez Jattin sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) Certaines disent même préférer la mort à leur amant, et remarquent que ce dernier aussi, comme le montrent les propos de Klaus Mann dans son Journal (1937-1949) : « Lui, il aime la mort à vrai dire davantage que moi. » (p. 53) Il s’agit d’une croyance absurde, puisque l’Amour vrai, même s’il se manifeste parfois dans des situations d’épreuves, n’a jamais eu besoin de la souffrance ni de la mort pour exister. Mais elles s’obstinent à la rendre effective par l’intermédiaire de l’esthétique, pour se créer un destin de star romantique maudite et devenir un objet sacré.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Mort », « Morts-vivants », « Frankenstein », « Femme-Araignée », « Reine », « Mère possessive », « Femme fellinienne géante et pantin », « Homosexualité noire et glorieuse », « Carmen », « Actrice-Traîtresse », « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », « Amant triste », « Vampirisme », « Amant narcissique », « Femme allongée », « Mariée », « Se prendre pour le diable », « Liaisons dangereuses », « Coït homosexuel = viol », à la partie « Rouge et noir » du code « Corrida amoureuse », à la partie « Fixette sur un amant perdu et déifié » du code « Clonage », et à la partie « Nécrophagie » du code « Cannibalisme », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) Le personnage homosexuel considère la Mort comme une épouse à qui il doit rester fidèle :

Film "Giorgino" de Laurent Boutonnat

Film « Giorgino » de Laurent Boutonnat


 

Dans les fictions homo-érotiques, la Mort est très souvent associée par le héros homosexuel à une épouse, une mère, une sœur, une star qu’il ne peut trahir : « Elle est ma sœur, la Mort ! » (l’Infirmière dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, p. 63) ; « Il faut que je t’explique pourquoi j’ai peur de la photographie. Pour moi, c’est la mort. Je me rappelle Maman presque tous les jours. Je me souviens d’un après-midi en particulier. Nous étions sur les rives de la Sunshine Coast, dans le golfe d’Alaska. Partout il y avait de la neige, c’était blanc à perte de vue. Papa avait acheté un Polaroïd, Maman s’était assise sur un tas de neige. Son visage ce jour-là sera son visage pour toujours. J’entends tout à coup le ‘clic’ de l’appareil, le ‘zzz’ de la photo qui sort – petit à petit, le portrait se révèle… Je trouve ça magique. Et pourtant, lorsque les traits de Maman deviennent tout à fait nets sur le papier glacé, je ne la reconnais plus… Elle a déjà changé. Je la regarde, je regarde la photo, je la regarde, je reviens à la photo : ma mère s’enfuit ! Je pleure énormément. La photo tombe sur la neige. Quand mon père la ramasse, les couleurs ont suinté, le visage de ma mère n’est plus qu’une traînée rose. » (Chris, l’un des héros homosexuels du roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 44) ; « Je décide d’attendre sans bouger un long et profond sommeil qui ressemble à la mort comme je l’imagine. J’y vois maman dans une grande robe blanche. Elle me sourit, court dans un champ de fleurs bleues. On dirait qu’elle vole. » (le jeune narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, p. 88) ; « Je sortais avec une fille mais… elle est morte. » (Antoine, le héros, en parlant de sa meilleure amie Sophie – pourtant toujours vivante au moment où il en parle – dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, p. 15) ; « Sophie avait modérément apprécié qu’il la fasse passer pour morte. » (idem, p. 21) ; « Dans un dernier flash, elle [Truddy] vit le visage de sa mère, morte à sa naissance et qu’elle n’avait connue que par des photos. » (cf. la nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978) de Copi, p. 40) ; « Perdu le coeur d’une femme, et la mort porte son nom. » (cf. la chanson « Insondables » de Mylène Farmer) ; « Toi aussi, t’as eu ta période gothique. » (Louis, le héros homo, s’adressant à sa mère, dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel) ; « Je me demande si la mort ressemble à ça. » (Virginia Woolf s’adressant à son amante Vita Sackville-West juste après qu’elle l’a fait jouir au lit, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.

 

La Mort (Maria Casarès) dans le film "Orphée" de Jean Cocteau

La Mort (Maria Casarès) dans le film « Orphée » de Jean Cocteau


 

Dès l’incipit de son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011), le comédien Raphaël Beaumont rentre sur scène en ayant une conversation téléphonique amoureuse avec la mort (« Non, c’est toi qui raccroches… Ah non, c’est tooooi ! »). Dans le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau, la Mort, personnifiée par Maria Casarès, symbolise également l’amour-glamour : « Vous vous attendiez sans doute à me voir travailler avec un suaire et une faux ? Mais mon garçon, si j’apparaissais aux vivants tel qu’ils me représentent, ils me reconnaîtraient, et cela ne faciliterait pas notre tache. » Dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi, la cantatrice d’Opéra, Regina Morti – dont le nom signifie « Reine des Morts » – déclare sa flamme à Cyrille, le héros homosexuel mourant du Sida sur son lit d’hôpital ; ce harcèlement de star mythomane le fait réagir (« Vous êtes folle ? Nous ne sommes pas mariés ! », p. 50) ; et elle lui donne une réponse déconcertante : « Nous le sommes dans le royaume des morts. […] Je vous attends dans l’au-delà per il grande finale ! » En bonne star paranoïaque en mal de fans et de reconnaissance, elle lui attribue même des mots doux qu’il n’a jamais écrits. Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, la vieille Olga raconte les horreurs de la Seconde Guerre mondiale à Katya et à Anton, le héros homosexuel, et dit qu’elle a connu les Nazis.

 

Film "le Secret de Veronika Voss" de Rainer Werner Fassbinder

Film « le Secret de Veronika Voss » de Rainer Werner Fassbinder


 

Il est très fréquent dans la fantasmagorie homosexuelle que le personnage homosexuel identifie son amant à la Mort : « Tout ce qu’elle veut, c’est me voir morte. » (Rinn parlant de Juna, la femme qu’elle aime, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « Mon amour, mon ange noir, pardonne-moi. […] Je l’aimais Suki. Je l’aimais. » (Kanojo parlant à Juna, son amante qu’elle a tuée par un combat de magie, idem) ; « J’avais l’impression que j’étais en train de mourir. Mais vue comme ça, la mort, c’était ce que j’avais connu de meilleur dans ma vie. » (Mourad, l’un des deux héros homosexuels décrivant son premier émoi amoureux pour un homme, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339) ; « Tu vois l’amour comme un tombeau. » (la Dame Étoile à Tania l’héroïne lesbienne, dans la pièce Ma Double Vie (2009) de Stéphane Mitchell) ; « Gabrielle s’épouvantait de céder ainsi au plaisir vain de s’adresser à une morte [Émilie]. […] Là où elle était, Émilie n’attendait plus rien, Gabrielle non plus. Mortes toutes deux… toutes deux. Ou presque. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), pp. 208-209) ; « J’ai rencontré la mort et j’ai pas osé l’envoyer chier. » (Frédérique Quelven dans son one-woman-show Nana vend la mèche, 2009) ; « J’ai voyagé d’une morte à l’autre. » (Laura en parlant de sa compagne Sylvia puis de sa mère, dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 200) ; « La Mort prochaine et moi, nous faisons nos adieux, nous nous promenons, nous marchons la nuit dans les rues désertes légèrement embrumées et nous nous plaisons beaucoup. » (Louis dans la pièce Juste la fin du monde (1999) de Jean-Luc Lagarce) ; « Je danse avec la mort. » (la figure de Frida Kahlo dans la pièce Attention : Peinture fraîche (2007) de Lupe Velez) ; « Ce n’était ni pour sa fortune, ni pour son élégance qu’Élisabeth l’avait épousé, ni pour sa grâce. Elle l’avait épousé pour sa mort. » (la voix-off de Jean Cocteau dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville) ; « La mort seule m’aimera. » (Mino dans le film « À travers le miroir » (1961) d’Ingmar Bergman) ; « C’est la mort qui m’épouse. » (Antigone dans la pièce éponyme (1922) de Jean Cocteau) ; « L’amour, la mort, peut-être. » (cf. la chanson « L’Innamoramento » de Mylène Farmer) ; « Oui, la mort était bien là. […] Assise au bord de mon lit, les coudes relevés en os sans chair, la faux entre les jambes, la tête chauve et le crâne escarpé, du noir autour des yeux et le sexe disparu, la mort me proposa un dilemme sagement monstrueux. C’était lui, l’homme sans visage de la voiture ou elle. Elle ou lui ? Lui ou elle ! » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 107) ; « Je pensais que ce serait sexy de voir Dean te tuer. » (Wayne au cadavre de Jimmy, dans la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper) ; « Sexy coma, sexy trauma, sexy coma… » (cf. la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer) ; « Je reconnais alors la voix d’un cher défunt, d’un défunt qui ne respire plus que par mes lèvres : toujours, quand l’enthousiasme me donne des ailes, je suis lui. » (le narrateur homosexuel du roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, p. 66) ; « Jamais peut-être, ils n’avaient été aussi proches l’un de l’autre, mystérieusement aussi proches. » (Malcolm au chevet de son amant Adrien, dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 130) ; « Et mourir d’être mortelle, mourir d’être aimée. » (cf. la chanson « Paradis inanimé » de Mylène Farmer) ; « Sur vos tombes, j’irai cracher. Chacun, je les souillerai de mes déjections de pédé. » (Luca dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; « Je m’accroche à la certitude que l’amour ne dure pas. » (Sylvie, la « fille à pédés » dans la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « Le soir je dors profondément à côté de mon éditeur. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 124) ; « Karma est capable d’être en retard à son propre enterrement. Mais je l’aime. » (Amy en parlant de sa fausse copine Karma, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Il n’est qu’un oiseau de mauvais augure. Cet homme est froid comme la mort. » (le Père 2 parlant de son futur gendre, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud) ; « Un ange éploré était accroupi à la base d’une grande croix, les bras levés vers le ciel dans une posture suppliante. Ses ailes étaient aussi longues que son corps, son visage beau et torturé, évoquant un Jésus féminin. Le sculpteur avait fait du bon travail ; une impression de lumière se dégageait des plis de pierre de sa robe, laquelle épousait ses formes athlétiques mais manifestement féminines. Jane s’aperçut que son regard s’attardait sur les fesses de l’ange. Elle rit et murmura : ‘ Du porno de cimetière. » (Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 46) ; « J’ai envie de toi, là, maintenant, sur le cercueil ! » (Vincent s’adressant mentalement à son amant et demi-frère Nicolas face au tombeau de leur père, dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux) ; « L’amour est aussi fort que la mort. » (Valmont dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « J’ai rêvé que t’étais morte. » (Mathilde s’adressant à son amante Isabelle, dans la pièce Elles s’aiment depuis 20 ans de Pierre Palmade et Michèle Laroque) ; « Je suis là. T’as pas besoin de faire semblant d’être déjà mort. » (Arthur s’adressant à son amant Jacques, malade du Sida, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; etc.

 

C’est la mort (ou un mort) qui permet la formation du couple homosexuel fictionnel. Par exemple, dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, c’est un mort, Buddy (le grand-frère de Idgie, et le fiancé de Ruth), qui réunit les deux femmes. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, la Mort est présentée comme une partenaire de vie. Sergueï Eisenstein, homosexuel, danse la valse avec un squelette : « La mort est proche ici. Elle me tape sur l’épaule. » ; « La mort devrait toujours être prête à répondre à un appel. » ; etc. Son amant Palomino aussi. Ce dernier dit qu’il a rendez-vous avec la mort : « La mort est une amie, pas une étrangère. Ici, au Mexique, la Mort arrive souriante, sobre. » Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo Nathan euthanasie son amant Sean, malade du Sida, puis ensuite le tromper le soir même de sa mort… mais tout ça est présenté comme de l’« amour ». Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, Tomas, un Allemand, est en couple épisodique avec Oren, un Israëlien, qui finit par se tuer dans un accident de voiture à Jérusalem. Tomas décide d’aller sur les traces de son amant en terre juive. Oren apparaît sous forme de flash-back, d’images réelles et de résurgences actualisées. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Jonas, le héros homosexuel, drague 18 ans après avoir perdu son amant de jeunesse Nathan, le frère de ce dernier, Léonard. Une façon pour lui de conjurer le sort et de retrouver Nathan.
 

Le duo Eros et Thanatos rencontre un certain succès dans les œuvres de fiction homosexuelles, puisque très souvent, les deux amants homosexuels se retrouvent davantage dans la mort que dans la vie : cf. le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol (dans lequel l’amant tant aimé se suicide), le film « Thelma et Louise » (1991) de Ridley Scott (avec le suicide collectif du couple lesbien), le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1986) de Pedro Almodóvar, le film « Liebe Ist Kälter Als Der Tod » (« L’Amour est plus froid que la mort », 1969) de Rainer Werner Fassbinder, la pièce Doña Macabra (1970) d’Hugo Argüelles, le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox (avec les deux amants qui finissent par se faire sauter à la bombe ensemble), le film « Du sang, de la volupté et de la mort » (1947-1948) de Gregory J. Markopoulos, le film « Je t’aime, je te tue » (1971) d’Uwe Brandner, le film « Mourir d’aimer » (1970) d’André Cayatte, le film « Rites d’amour et de mort » (1965) de Yukio Mishima, le film « O Beijo No Asfalto » (1985) de Bruno Barreto, le film « La Chair et le Sang » (1985) de Paul Verhoeven, le film « Man To Man » (1992) de John Maybury, le film « Amour et mort à Long Island » (1997) de Richard Kwietniowski, le film « The Sweet Smell Of Death » (1995) de Wong Ying Git, le roman La Vallée heureuse (1939) d’Anne-Marie Schwarzenbach, la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner, le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco, le vidéo-clip de la chanson « Peut-être toi » de Mylène Farmer (dans lequel les deux amants finissent transpercés mortellement par la flèche de leur amour), le film « Mercy » (« Amours mortelles », 2001) de Damian Harris, le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, les films « New Wave » (2008) (avec Romain, l’amant mort) et « Après lui » (2006) de Gaël Morel (avec Camille, la mère endeuillée de Matthieu), le poème « Le Condamné à mort » (1942) de Jean Genet (dédié à son ami de prison Maurice Pilorge, condamné à mort), le roman L’Amant des morts (2008) de Mathieu Riboulet, la chanson « Question d’amour et d’argent » de Jann Halexander, le roman La Vie privée (2014) d’Olivier Steiner, la chanson « Monsieur Vénus » de Juliette (avec la protagoniste lesbienne couchant avec le cadavre de son amante), etc.

 

Par exemple, dans le film « La Dérade » (2011) de Pascal Latil, après avoir subi une greffe cardiaque qui lui a sauvé la vie, Simon apprend que le donneur est en fait son compagnon François décédé dans un accident de voiture : Simon remplace un mort. Dans le roman L’Amant pur (2009) de David Plante, la tumeur au cerveau qui emporte Nikos empêche et paradoxalement permettrait « l’amour » entre lui et son amant David. Dans le film « Indian Palace » (2011) de John Madden, Graham veut retrouver son amour de jeunesse avant de mourir alors qu’il se sait malade d’une maladie incurable : c’est sa dernière volonté. Dans le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou, faire son deuil et faire son coming out sont mis sur le même plan : accueillir l’existence de l’amour homo serait équivalent à dépasser la mort. Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Donato, le secouriste qui a sauvé de la noyade son futur amant Konrad mais qui est arrivé trop tard pour Heiko le partenaire de ce dernier, sert d’amant de substitution à Konrad, finalement. Il remplace un mort. D’ailleurs, Konrad le lui fait remarquer : « Tu t’es habitué à la mort. » Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Doyler meurt fusillé dans les bras de son amant Jim, pendant la Guerre des Boers, en 1916 en Irlande. Dans le film « La Parade » (2011) de Srdjan Dragojevic, Radmilo tient en bras son amant Mirko juste après une sanglante Gay Pride à Belgrade, et juste avant qu’il ne meurt. Dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, Grégory vient d’enterrer son compagnon Gérard, mort dans un accident effroyable de voiture.

 

Il n’est pas rare de voir le héros homosexuel faire l’amour à son amant décédé (cf. je vous renvoie aux codes « Cannibalisme », « Coït homosexuel = viol », « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », ou encore « Violeur homosexuel », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, Henri, le héros homosexuel, n’arrive à jouir et à vivre la génitalité homosexuelle qu’une fois avoir étranglé son fantasme incarné en Jean. Dans le film « Drift » (2000) de Quentin Lee, les amants trouvent très romantique de s’imaginer s’aimer dans la mort : « J’aimerais mourir avec celui que j’aime. Un double suicide. On s’ouvrirait les veines dans une baignoire et on ferait l’amour, jusqu’à mourir dans nos sangs mêlés. » Dans la série nord-américaine Grey’s Anatomy, Todd embrasse sur la bouche le cadavre de Darren, son amant (et ancien camarade de front en Afghanistan) sur la table d’opération, et qui a succombé à une lourde opération de tumeur au cerveau. À la toute fin du film « A Single Man » (2009) de Tom Ford, Jim est l’allégorie de la mort qui vient chercher son amant George et lui donne le baiser mortel qui l’entraînera avec elle. Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Ahmed fait un baiser à Saïd, son copain, mort carbonisé par la foudre : « Il dépose un long baiser sur les lèvres meurtries de son ami de la campagne. » (p. 48) Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin embrasse le cadavre de son copain Bryan : « Kévin se pencha vers moi, ses larmes coulaient sur mon visage. Il m’embrassa. Ses lèvres sur les miennes étaient chaudes et douces. » (p. 452) Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Miguel pleure sur la momie de son amant Santiago avant de la jeter à jamais dans la mer. Dans le film « Odete » de João Pedro Rodriguez, Rui embrasse le cadavre de son amant Pedro exposé dans un cercueil aux pompes funèbres. Dans l’épisode 4 de la saison 3 de la série Black Mirror (« San Junipero »), les deux héroïnes lesbiennes, Kelly et Yorkie, s’unissent dans l’euthanasie. Dans la série The Last of Us (épisode 3, 2023) de de Neil Druckmann et Craig Mazin, Frank demande à son amant Bill de l’euthanasier (car il se sait condamner par la vieillesse et la maladie) sous forme de mariage non-officiel, en le droguant puis en s’endormant dans ses bras. Bill, ne voulant pas être seul, se suicide avec Frank, façon tragédie romantique.

 

Film "Odete" de João Pedro Rodrigues

Film « Odete » de João Pedro Rodrigues


 
 

b) La veuve est un personnage habituel de la cour des miracles homosexuelle :

Mylène Farmer pendant sa tournée "N°5"

Mylène Farmer pendant sa tournée « N°5 »


 

La figure de la veuve est un leitmotiv des œuvres artistiques traitant de l’homosexualité : cf. le film « Átame » (« Attache-moi », 1989) de Pedro Almodóvar, la pièce Eva Perón (1970) de Copi, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec Élisabeth), les chansons « La Veuve noire » et « Sans Logique » de Mylène Farmer, le vidéo-clip de la chanson « Let Your Head Go » de Victoria Beckham, le film « Indian Palace » (2011) de John Madden (avec Evelyn, le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan (avec Marie, foulard autour de la tête, look sixties, lunettes noires), la veuve gay friendly qui comprend Graham), le film « Les Amants diaboliques » (1943) de Luchino Visconti (avec la figure de Giovanna), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec la comédienne Patachou), la pièce La Casa De Bernarda Alba (La Maison de Bernarda Alba, 1936) de Federico García Lorca, La Veuve joyeuse (2005) de Jérôme Savary, la pièce L’École des Veuves (2008) d’Hazem El Awadly, la nouvelle The Roman Spring Of Mrs Stone (1961) de Tennessee Williams, le film « Le Quatrième Homme » (1983) de Paul Verhoeven (avec la veuve noire), la comédie musicale Fame (2008) de David de Silva (avec la cousine Conchita), le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green (avec Mme Fève et Mme Especel), le film « Exposé » (1976) de James Kenelm Clarke, la pièce La Reine morte (1942) d’Henri de Montherlant, la pièce Doña Macabra (1970) d’Hugo Argüelles, le film « The War Widow » (1976) de Paul Bogart, le film « La Veuve noire » (1986) de Bob Rafelson, la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, le film « Les Veufs » (1991) de Max Ficher, le film « La Vespa » (2001) de Gianlucca Fumagalli, le film « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure, le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d’Emmanuel Pierrat (avec Lady Felicity), la pièce Une Saison en enfer (1873) d’Arthur Rimbaud, le one-man-showJérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, le film « A Festa Da Menina Morta » (2008) de Matheus Nachtergaele, la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet, la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, le film « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar (avec Victoria Abril en présentatrice-télé sadique, en grande prêtresse de la Mort en direct), la pièce L’Orféo (2009) d’Alessandro Striggio (avec la figure sépulcrale de Sylvia), le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes (avec la Princesse de la Mort), la chanson « Mourir sur scène » de Dalida, la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan (avec la figure de Roxane en veuve inconsolable), le film « L’Enfer perverti des veuves » (1991) d’Hisayasu Sato, le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander (avec la mère endeuillée), le film « Un Mariage de rêve » (2009) de Stephan Elliot, la pièce Minuit chrétien (2008) de François Tilly, la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec la Tante Olga), le one-man-show Les Histoires d’amour finissent mal (2009) de Jérôme Loïc, le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec Rosalia et Concetta, les veuves travesties), le film « Un Mariage de rêve » (2009) de Stephan Elliot (avec la veuve noire), le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon (avec Mousse, la veuve discrète), la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti (avec Marcelle, la mère de François, le personnage homosexuel), le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler (avec la veuve noire), le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » du groupe Cassandre, la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi (avec la veuve et ses lunettes noires), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec Bijou, la veuve hystérique et capricieuse surnommée « La Reine des Ombres », p. 27), la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi (avec la tante Louise), la pièce Eva Perón (1969) de Copi (avec Evita emmitouflée d’un foulard, avec ses lunettes noires), la nouvelle « L’Écrivain » (1978) de Copi (avec la veuve Mme Pignou), le film « Volver » (2006) de Pedro Almodóvar, la pièce Veuve la mariée ! (2011) de David Sauvage (avec Priscilla qui perd son mari le jour de son mariage), le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia (avec Sara, la mère veuve), le film « Potiche » (2010) de François Ozon (où l’on voit Suzanne avec son foulard et ses lunettes noires), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec Mme Follenska, la veuve bourgeoise), la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy (avec le personnage du travesti Line, la veuve avec lunettes noires et foulard de star), le poème « Le Condamné à mort » (1942) de Jean Genet, la pièce musicale Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini (avec Dalida, « l’orchidée noire, la maudite, la veuve noire » au parcours jonché de cadavres et d’hommes suicidés), la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias (avec « la Téré », la directrice de la volière), la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan (la cantatrice Isabelle, fantôme qu’on ne voit jamais, est décrite par Romain, le coiffeur homosexuel, comme une « veuve noire »), la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau (avec Lucie/Clara, la maîtresse de cérémonie macabre), le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas (avec Maria jouant le veuve affectée à la mort d’un auteur dramatique qu’elle connaissait à peine), le film « Lilting » (« La Délicatesse », 2014) de Hong Khaou (avec Junn), la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux (avec Géraldine, la femme de Nicolas le héros homosexuel), etc.

 

Beaucoup de héros homosexuels s’identifient à une reine endeuillée maternelle, qui ne serait ni trop démonstrative dans sa douleur (pour conserver sa noblesse de diva, sa pudeur, son courage, son statut figé de femme-objet immortelle qui ne craquèle jamais…) ni trop discrète non plus (sa tristesse doit se voir : c’est la mort qui, grâce à la beauté, est censée vaincre/contaminer la Vie et l’Amour !) : « Mylène Farmer, c’est croque-mort. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Lucie [l’un des héroïnes homosexuelles] cache bien sa détresse, stoïque comme la vie le lui a appris, mais elle sait qu’elle ne pourra pas tenir encore longtemps. » (Denis-Martin Chabot, Accointances, connaissances, et mouvances (2010), p. 30) ; « La mère est là. Elle est là, droite, debout devant moi, raide dans la douleur. Sa raideur ressemble à la rigidité d’un cadavre. Ce n’est pas l’expression d’une forme de dignité même si je ne doute pas un seul instant que cette femme soit d’une exemplaire dignité. C’est l’immobilité de la souffrance absolue, la position de qui lutte pour ne pas mourir. […] La mère est là. Elle est grise, comme si le visage était de cire, comme si toute lumière avait disparu, comme si l’ombre avait affaissé tous ses traits, comme si l’obscurité s’était emparée d’elle. […] On est submergé par sa douleur à elle. […] Le contact avec elle me ramène à la pureté intacte de mon chagrin, à l’épaisseur inentamée de ma tristesse. […] Une voix d’outre-tombe. » (Vincent, le héros homo, décrivant la mère d’Arthur qui a perdu son fils à la guerre, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 189-192)

 

Par exemple, dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Diane, la mère de Steve le héros homosexuel, signe « D.I.E. » et porte parfois des lunettes noires de star. Elle conduira son fils vers la mort en l’internant dans un hôpital psychiatrique.
 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Très souvent, le héros homosexuel se prend pour la veuve cinématographique, une diva messagère de la mort : « Parfois il se fait des rencontres entre les vieilles veuves de folles et les vieilles folles à veuves. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 86) ; « Tu es veuve, mon pauvre enfant. » (Mère Anne du Corbeau à Maria-José le transsexuel M to F, dans la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, p. 33) ; « Elle serait sans doute la veuve la plus convoitée de la jet society mais pour quoi faire ? » (idem) ; « C’était elle, en robe de deuil. » (Cocoliche dans la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1935) de Federico García Lorca) ; « Une coupe de Veuve Cliquot ? » (le Machiniste à la Comédienne, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai une tante qui m’adore comme si j’étais son propre fils. Une veuve. » (Lisandre dans la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1596) de William Shakespeare) ; « Une femme entre dans le Musée des amours lointaines. Elle porte un large chapeau ainsi que de grosses lunettes noires. » (Félicia dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, p. 237) ; « La veuve Nance avait été l’amour de ma jeunesse. » (Garnet Montrose, le héros homosexuel du roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 11) ; « Elle [Vicky, l’actrice défigurée, alias « Vicky Fantômas » ou « Reine des Ténèbres »] était actrice, elle était une des victimes de l’attentat du drugstore, vous vous en souvenez ? Elle a été presque déchiquetée, elle a perdu l’usage d’un bras et d’une jambe. Parfois, elle vient s’asseoir dans les derniers rangs, la tête cachée dans un foulard. Je l’ai vue rôder ce soir devant le théâtre. » (le Machiniste de la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « L’ascenseur s’arrêta encore une fois pour s’ouvrir sur une femme aux épaules carrées, coiffée d’une grossière perruque de guanaco blanchâtre, vêtue d’une tunique noire comme celle des prêtres mais en tissu léger et laissant apparaître un tailleur gris uni de chez Chanel et un foulard rayé gris sur gris de chez Grès, les jambes gainées de bas strictement beiges et chaussée d’escarpins en crocodile noir. Elle ressemblait un peu par l’expression à la mère de Vidvn, en plus absente […]. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, pp. 79-80) ; « Une femme m’a soudain attrapé par la main gauche. […] Une jeune fille à la fin de l’adolescence. Et déjà veuve. Déjà dans la mort. Sa main dans la mort touchait ma main. Cette pensée m’a fait peur. » (Omar dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, pp. 44-45) ; « J’étais terrorisé. Elle était tout près de moi. Elle n’était plus la même jeune femme qui m’avait abordé. Plus elle parlait, plus elle devenait une autre. Avec une autre voix. Un autre âge. Elle était collée à moi. Je sentais son odeur. Je reconnaissais cette odeur. Il fallait fuir. C’était l’odeur de la mort. » (idem, p. 47) ; « Seules les super salopes castratrices névrosées portent du noir. » (cf. une réplique du film « The Stepford Wives », « Et l’homme créa la femme » (2004) de Frank Oz) ; etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Par exemple, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, le héros homo, se décrit comme « l’Homme en noir », le « Prince des Poètes » : même s’il joue pour un temps la comédie de la veuve endeuillée qui a perdu la femme de sa vie dans un accident d’avion (« Je porte le deuil de ma vie… »), il se lâche ensuite sur le compte de sa femme en déclarant qu’il la haïssait et qu’il peut désormais vivre ses amours homosexuelles librement. Dans la pièce The Mousetrap (La Souricière, 1952) d’Agatha Christie (mise en scène en 2015 par Stan Risoch), Christopher Wren, le héros homosexuel, se projette dans Mollie Ralston : « Je vous imaginais en veuve… » Dans le film « Cruella » (2021) de Craig Gillespie, Artie, le personnage homosexuel, styliste, est fan de la méchanceté sophistiquée de la méchante Cruella, et devient son complice pour exécuter le plan de vengeance de cette dernière contre sa mère, la Baronne.

 

La veuve est moteur de fantasme (esthétique, amoureux, sensuel, cinématographique, plus qu’aimant). Par exemple, dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion, Isabelle tombe sous le charme de la vénéneuse veuve Serena Merle : « Pour moi, vous êtes l’image même de la réussite. » Dans la nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978) de Copi, la duchesse d’Albe (celle qui initialement a servi de modèle au peintre espagnol Goya pour réaliser La Maja Desnuda et La Maja Vestida) est associée à la fois à la mort et à l’éclair de l’appareil photographique : « La maigreur de la duchesse d’Albe lui avait attiré le sobriquet peu élégant de ‘La Esqueleta’. […] Sa fille cadette ressemblait comme deux goutte d’eau à feu leur mère morte en couches. » (p. 9) ; « La Duchesse d’Albe fut bien forcée de garder le deuil pendant un an. » (idem, p. 11) ; « La duchesse d’Albe se tenait presque cachée dans l’ombre d’un jasmin, le visage dissimulé sous une mantille noire. » (idem, p. 13) ; « Ce n’était pas finalement la laideur qui impressionnait le plus chez la duchesse d’Albe, mais son extrême maigreur, sa peau collée à son crâne, ses yeux très noirs enfoncés au fond de ses orbites, la proéminence de ses dents et sa peau d’un blanc grisâtre. » (idem, p. 14) ; « Soudain, un éclair traversa le ciel. Florencio en profita pour jeter un coup d’œil sur la duchesse ; il fut presque épouvanté par l’expression cadavérique, mais se dit que c’était probablement un effet de la lumière de l’éclair. […] Florencio Goyete Solis déposa la duchesse d’Albe évanouie sur le divan, le même que dans les deux tableaux. » (idem, pp. 18-19)

 

B.D." Femme assise" de Copi

B.D. » Femme assise » de Copi


 

La Mort, ou plutôt le fantasme de mort, figuré par l’actrice, est considérée comme plus éternelle que la Vie même : « C’est une belle journée, je vais me coucher, une si belle journée, Souveraine, donne l’envie d’aimer, mais je vais me coucher, mordre l’éternité à dents pleines. […] Belle, la vie est belle, mais la mienne, un monde emporté. Elle, j’entre en elle, et mortelle, va. » (cf. la chanson « C’est une belle journée » de Mylène Farmer) ; « Pour commencer, une de mes petites compositions : La Mort ! » (Lucie, la diva-serveuse au rire sardonique, qui s’annonce en grandes pompes, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Même la mort n’en veut plus. » (Léo à propos de l’actrice Loana, dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas) ; etc.

 

ÉPOUSE Sex Friends

Pièce « Les Sex Friends de Quentin » de Cyrille Étourneau


 

Par exemple, dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Chance, le héros homosexuel, associe sa mère à la mort. Dans le film « The Cakemaker » (2018) d’Ofir Raul Graizer, Tomas, un Allemand, est en couple épisodique avec Oren, un Israëlien marié à une femme Anat, qui finit par se tuer dans un accident de voiture à Jérusalem. Tomas, pour retrouver Oren, couche avec la veuve. Anat est le seul témoin vivant et sensuel qui peut ramener à Tomas, le souvenir d’Oren. Dans ce film, une autre veuve – la maman d’Oren, Hanna – exerce un mystérieux pouvoir divinatoire d’homosexualité sur Tomas : elle a compris énigmatiquement le lien érotique qui reliait Oren à Tomas.

 

Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, notamment, la féminité fatale et mortelle est mise à l’honneur, autant avec le fantôme de lady Philippa, qu’avec les femmes russes castratrices (telles que Groucha), ou encore avec Amande, la peste de l’histoire qui va finalement « passer à l’échafaud » sur décision de la collectivité : « Tout le monde s’étais mis sur son trente et un pour cette soirée d’adieu. Les couleurs exaltant le bronzage étaient de sortie, environnées de parfums légers ou capiteux, boisés ou fruités. Mais Amande était à coup sûr la plus belle, une fois encore. […] Avec son turban cerise sur la tête, son débardeur assorti, sa minijupe noire et ses espadrilles à talon compensé, elle était ravageuse, et elle le savait. Une véritable reine. Mais ce qu’elle ignorait, c’est qu’elle venait en réalité de faire une toilette de condamnée à mort. » (pp. 418-419)

 

Dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, le couple homosexuel s’identifie à l’obscure et désirable Marie de Médicis, la reine que l’Histoire officielle a voulu austère, tout de noir vêtue. Dans la performance Golgotha (2009) de Steven Cohen, l’obsession de la Mort est très prégnante : elle est représentée comme une « diva des décombres », contemplant une Apocalypse (médiatique) à distance, défilant au ralenti pour afficher son impuissance solennelle. Lors du spectacle Charlène Duval… entre copines (2011) de Charlène Duval, Madame Raymonde prétend « hanter » le Vingtième Théâtre de Paris. Dans la chanson « Les Adieux d’un sex-symbol » de l’opéra-rock Starmania de Michel Berger, l’actrice vieillissante Stella Spotlight se définit elle-même comme la mort en personne : « Voulez-vous voir la mort en face ? Elle s’habille en technicolor. »

 

L’immortalisation de la Mort iconographique montre une volonté de beaucoup d’auteurs homosexuels de ne pas affronter la mort réelle, de figer la course et la réalité du temps. « La tradition veut que je ne meure jamais ! » (la Reine dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi)

 

La mort est surtout signe chez le personnage homosexuel d’un narcissisme destructeur. C’est pourquoi elle est envisagée non comme une réalité (celle de notre finitude) mais comme un déguisement (de travesti, de mannequin, de pleureuse professionnelle). « J’veux mourir blond, avec des lunettes noires pour faire la star. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « C’était une déesse. Une déesse sépulcrale régnant sur l’obscurité immense, un fantôme incolore qui avait quitté l’écran d’un film en noir et blanc. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami en 2003, p. 8) ; « Ne m’appelez pas madame. Appelez-moi mademoiselle, ou bien veuve. […] Je préfère que vous m’appeliez veuve. Bien que je ne le sois pas vraiment, mon mari n’étant pas mon mari et n’étant d’ailleurs pas vraiment mort, à vrai dire. » (Jeanne au marchand de melons, dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, pp. 91-92) ; « Le malheur me va si bien. » (Valentine en veuve dans la pièce Le Jour de Valentin (2009) d’Ivan Viripaev) ; « Une robe noire… Il me faut une robe noire pour le voyage. » (Octavia, le héros transsexuel M to F de la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphane Druet) ; « J’accompagne un cortège funèbre. » (Vincent, le héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 28) ; « Je suis assis à côté, il fait semblant de ne pas voir les larmes qui coulent sous mes lunettes. ‘Pierre, je murmure, Pietro… » (le narrateur parlant de son amant, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 56) ; « Pierre pousse des cris comme une Sicilienne à une veillée de mort, je la gifle. » (idem, p. 102) ; etc. Par exemple, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin pleurant la mort de son compagnon Bryan, est comparé par Laurent, l’auteur du meurtre de Bryan, à une « veuve éplorée » (p. 453). Dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann, Robbie, le héros homosexuel, se définit comme « une veuve de guerre ». Bien plus qu’une simple attitude de Drama Queen qui voudrait se rendre intéressant(e) en pleurant sur elle, l’identification à la veuve est souvent le reflet d’une profonde déception en amour. Par exemple, dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander, le vampire Prétorius se plaint de perdre tous les gens qu’il aime autour de lui, d’un abandon affectif.

 

Certains héros homosexuels entretiennent avec la veuve un rapport idolâtre d’attraction-répulsion : ils la jalousent plus qu’ils ne l’aiment, car ils rêvent de lui dérober son identité de mante religieuse indépendante et croqueuse d’hommes : « Mme de Séryeuse adorait son fils, mais, veuve à 20 ans, dans sa crainte de donner à François une éducation féminine, elle avait refoulé ses élans. Une ménagère ne peut voir du pain émietté ; les caresses semblaient à Mme de Séryeuse gaspillage du cœur et capables d’appauvrir les grands sentiments. […] Aussi, cette mère et ce fils, qui ne savaient rien l’un de l’autre, se lamentaient séparément. Face à face ils étaient glacés. » (Raymond Radiguet, Le Bal du Comte d’Orgel (1924), pp. 53-54) Par exemple, dans le film « East Of Eden » (« À l’est d’Éden », 1955) d’Elia Kazan, Cal (interprété par James Dean) suit tout le temps la « veuve » (elle ne l’est pas, mais lui ressemble), Kate ; il découvrira qu’elle est sa vraie mère et qu’elle l’a abandonné : « Vous lui direz que je la déteste. »

 

Finalement, les personnages homosexuels s’entendent dire parfois que leur pratique homosexuelle – en laquelle ils voudraient n’y voir qu’une déesse éternelle – est certes une mort qui a sa beauté, mais une mort quand même. « L’homosexualité est une mort. La mort est belle sauf qu’elle est moins belle que la vie. » (le père de Claire s’adressant à sa fille et à la compagne de celle-ci, Suzanne, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Certaines personnes homosexuelles considèrent la mort comme une épouse à qui elles doivent rester fidèles :

Le couturier homosexuel Yves Saint-Laurent

Le couturier homosexuel Yves Saint-Laurent


 

La Mort est associée par beaucoup de personnes homosexuelles à une épouse, une mère, une sœur, une star qu’elles ne peuvent trahir, à un amant éternel, bref, à l’Amour : « La mort est une compagne fidèle, toujours présente dans les moments de solitude. Elle ne me quitte jamais. Pas un jour ne passe sans que je ne la regarde de près avec une envie irrépressible de la toucher, de me fondre en elle. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 64) ; « La mort toujours a été très proche de moi ; elle a toujours été pour moi une si fidèle compagne, que parfois j’ai peur de mourir seulement parce qu’alors peut-être que la mort m’abandonnera. » (Reinaldo Areinas, Antes Que Anochezca, 1992) ; « Je la connais bien et nous avons parfois flirté ensemble. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 140) ; « Je suis enfermé, terrifié et coupable […] de la période de prétendant où je me suis cru élu, où je me suis cru le petit fiancé de la mort. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), pp. 85-86) ; « Un soir, la mort est venue me voir. » (Yanowski pendant son concert Le Cirque des Mirages, 2009) ; « Le mort et le plus beau des humains m’apparaissaient confondus dans la même poussière d’or. […] Je faisais connaissance au même instant avec la mort et avec l’amour. » (Jean Genet, Journal du Voleur (1949), p. 43) ; « À sa mort, il serait moi. […] Nous étions vraiment destinés à être complémentaires… » (Gore Vidal évoquant son ami Jimmie, dans ses Mémoires (1995), p. 425) ; « J’étais dans ma deuxième vie. Je venais de rencontrer la mort. J’étais parti. Puis je suis revenu. Je courais. Je courais. Vite, vite. Vite. Vite. Vers où ? Pourquoi ? Je ne le sais pas pour l’instant. Je ne me rappelle pas tout. Je ne me rappelle rien maintenant à vrai dire. Mais ça va venir, je le sais. » (les toutes premières lignes de l’autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) d’Abdellah Taïa, p. 9) ; « La mort m’avait choisi. » (idem, p. 14) ; « J’en ris, aujourd’hui, mais, ce jour-là, je me crus bien saisi par la mort elle-même. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 89) ; « Je passai donc ma première d’études aux Beaux-Arts dans le labeur et la chasteté, avec l’idée fixe d’épouser, à l’issue de mes années d’études, une amie d’enfance, morte depuis et que j’aimais alors par-dessus tout au monde. Aujourd’hui, avec le recul du passé, je me rends compte que je l’aimais trop pour m’apercevoir que je ne la désirais pas. Je sais : certains esprits admettent difficilement l’un sans l’autre. Cependant, hormis cette jeune fille, aucune femme n’a habité mes rêves ni réussi à éveiller en moi quelque désir… » (idem, p. 94) ; « Il s’est laissée séduire par une figure perverse : la Mort. » (Prosper Mérimée parlant de la mort du criminel Lacenaire, dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin) ; etc. Par exemple, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, une femme géante nocturne vient annoncer à Bertrand Bonello dans son sommeil, en murmurant à son oreille, qu’il va mourir : « Répète après moi : ‘Je vais mourir d’un sectionnement des mains.’ »

 

Pierre et Gilles

Pierre et Gilles


 

La Mort épousée mentalement/fantasmatiquement n’est en réalité que le reflet dévitalisé, lisse, froid et superficiel, du miroir narcissique de soi-même. Par exemple, dans l’article « Copi : on a perdu l’original » de Mathieu Lindon et Marion Scali, publié dans le journal Libération du 15 décembre 1987, l’un des dessins de Copi représente la Mort habillée en girl des Folies-Bergère, avec cette légende : « La star, c’est moi. » Dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, Brüno fait l’amour avec un mort, l’Homme invisible. Parce qu’au fond, il ne veut pas avouer qu’il veut s’adorer/se détester lui-même…

 

Actuellement, le duo Eros et Thanatos rencontre un certain succès dans l’esprit des personnes homosexuelles pratiquantes, puisque très souvent, elles pensent que les sentiments d’amour justifient toute pratique, y compris la chute collective à deux dans la mort : cf. le roman Le Mausolée des amants (1976-1991) d’Hervé Guibert. « Un jour, j’ai eu envie de baiser sans capote, de partager ce malheur avec lui. J’avais un désir assez inexplicable de sacrifice. Je savais ce que je faisais, j’ai ma part de responsabilité. » (Greg, 24 ans, test positif en avril 2001, cité dans la revue Têtu, avril 2002) ; « En observant Bruno pénétrer Fabien, la jalousie m’a envahi. Je rêvais de tuer Fabien et mon cousin Stéphane afin d’avoir le corps de Bruno pour moi seul, ses bras puissants, ses jambes aux muscles saillants. Même Bruno, je le rêvais mort pour qu’il ne puisse plus m’échapper, jamais, que son corps m’appartienne pour toujours. » (Eddy Bellegueule simulant des films pornos avec ses cousins dans un hangar, dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 154) ; etc.

 

Il y a dans les backroom, les lieux de « drague dure » et de prostitution, parmi les amateurs de barebacking (promoteurs du fameux « baiser sans capote »), une quête désespérée d’« amour dans la mort » qui est indéniable, et qu’on a déjà pu observer en temps d’apparition du Sida (par exemple, si on fait un bref constat des acteurs de films pornos des années 1970-1980 encore vivants, on ne peut que reconnaître l’hécatombe, et la forte imbrication entre amour homosexuel et mort). « C’est pas loin de la mort. C’était pas spécialement désagréable, en dehors de l’image que l’on a de soi. […] Il y avait un potentiel de violence possible, c’était une époque où moi, j’étais proche de la mort. » (Richard, homme homosexuel abusé évoquant le viol qu’il a vécu, cité dans l’essai Le Viol au masculin (1988) de Daniel Welzer-Lang, pp. 185-186)

 

Certains sujets homosexuels cherchent même à faire l’amour avec des cadavres (cf. je vous renvoie à la partie sur la « nécrophagie » dans le code « Cannibalisme » du Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, aux États-Unis, Jeffrey Dahmer (« le monstre de Milvaukee »), homosexuel, est un authentique nécrophile : entre 1978 et 1991, il a tué dix-sept jeunes hommes, et il prenait plaisir à faire l’amour avec des hommes inanimés et morts. Le mariage avec un mort n’est pas que fictionnel. C’est effectué dans la vie réelle. Par exemple, Étienne Cardiles s’est marié à titre posthume, le 30 mai 2017 au soir à la mairie du XIVe arrondissement de Paris, avec Xavier Jugelé, le policier assassiné sur les Champs-Élysées le 20 avril de la même année, dont il était le compagnon. La cérémonie s’est déroulée en petit comité en présence toutefois de plusieurs autorités. Ainsi, l’ancien président François Hollande a assisté à la cérémonie, tout comme Anne Hidalgo, la maire (PS) de Paris.

 

Comme je l’explique aussi dans la partie « Cimetière » du code « Mort », toujours dans ce Dictionnaire, quasiment tous les cimetières sont des lieux de drague homosexuelle insoupçonnée : plusieurs guides et fins connaisseurs de ces endroits (dont certains sont homosexuels) me l’ont confirmé, notamment lors de ma visite en 2011 du cimetière parisien du Père Lachaise.

 

Sofia Coppola par le photographe homosexuel Robert Mapplethorpe

Le photographe homosexuel Robert Mapplethorpe par Sofia Coppola


 
 

b) La veuve est un motif important d’identification homosexuelle :

La veuve cinématographique est un personnage très apprécié des membres de la communauté homosexuelle. « Coco et Paquito partirent vers le théâtre, pour commencer les répétitions de La Veuve joyeuse. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 99) Par exemple, dans le reportage « Vies et morts de Andy Warhol » (2005) de Jean-Michel Vecchiet, Andy Warhol dit être fasciné par la veuve Jackie Kennedy. Je pense également à la veuve Doña Cecilia dépeinte par Alfredo Arias dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), ou à l’engouement de beaucoup de personnes homosexuelles pour des chanteuses comme Mylène Farmer, Barbara, Dalida, France Gall (« la » veuve par excellence), Annie Lennox (en grande Marquise de Merteuil sur son navire fantôme, lors de la cérémonie de clôture des J.O. de Londres, le 12 août 2012), etc.

 

La chanteuse Annie Lennox aux J.O. de Londres

La chanteuse Annie Lennox aux J.O. de Londres


 

On retrouve la veuve dans l’imagerie de beaucoup d’icônes gays : chez la chanteuse Jeanne Mas (habillée avec une mantille noire), chez Madonna (cf. le vidéo-clip de la chanson « Frozen »), chez Mylène Farmer, chez Vivien Leigh (cf. le film « Gone With The Wind », « Autant en emporte le vent » (1939) de Victor Flemming), chez Jeanne Moreau (« La Mariée était en noir » (1968) de François Truffaut), chez Mika (lors de son concert du 26 avril 2010 à Paris Bercy), etc. Dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan, Gaétane, l’homme transsexuel M to F (avec ses lunettes noires), fait de l’actrice en deuil un modèle d’identification fort. Par ailleurs, dans certains pays du Maghreb, ce n’est par hasard si la « veuve » est un terme synonyme « homosexuel ».

 

Film "Otto Or Up With Dead People" de Bruce LaBruce

Film « Otto Or Up With Dead People » de Bruce LaBruce


 

Dans l’imaginaire homosexuel, la Mort est souvent envisagée comme un esthétisme amoureux. Par exemple, lors de son concert Les Murmures du temps (2011) au Théâtre parisien de L’île Saint-Louis, Stéphan Corbin explique comment la mort de la chanteuse Lassa l’a affecté autant qu’inspiré pour écrire ses chansons d’amour. Selon lui, son album a été « créé pour la nuit, dans l’esprit amoureux, à écouter des chansons nostalgiques », pour « faire revivre chacune des personnes, chacun des instants » : « J’entends les soupirs des mourants. C’était une nuit d’hiver. C’était nous deux et le temps des adieux. »

 

Défilé Jean-Paul Gaultier (septembre 2011) avec Mylène Farmer en veuve

Défilé Jean-Paul Gaultier (septembre 2011) avec Mylène Farmer en veuve


 

Beaucoup de personnes homosexuelles s’identifient à une reine endeuillée, qui n’est pas la veuve réelle. C’est en réalité une actrice jouant la mélancolie, qui ne serait ni trop démonstrative dans sa douleur (pour conserver sa vraisemblance, sa noblesse de diva, sa pudeur, son courage, son statut figé de femme-objet immortelle qui ne craquèle jamais…) ni trop discrète non plus (sa tristesse doit se voir : c’est la mort qui, grâce à la beauté, est censée vaincre/contaminer la Vie et l’Amour !). On la croise beaucoup chez les héroïnes désespérées MAIS NOBLES créées par des artistes romantico-bobos comme François Ozon, Gaël Morel, Pedro Almodóvar, Philippe Besson, Jann Halexander, Abdellah Taïa, etc. « Héba, la demi-sœur, est celle qui m’a le plus touché. Je pourrais même dire que, quelque part, je suis tombé amoureux d’elle. Dans une Égypte qui voile de plus en plus ses femmes, Héba était libre, avec sincérité et conviction. Elle était belle comme une star de cinéma, comme Mervat Amine, dont j’avais aimé tant de films, surtout les comédies romantiques. Elle fumait avec élégance et sans provocation. Elle était habillée en permanence en noir, ce qui donnait encore plus de charme à sa silhouette très allongée. […] Les hommes étaient subjugués, ils la mangeaient des yeux mais n’osaient pas lui manquer de respect. Elle passait, et tout le monde se posait cette question : Mais qui est cette femme ? C’était une star. Et pas que pour moi. C’était une femme-mystère avec un peu de tristesse dans les yeux. Un être exceptionnel autour duquel on pourrait construire un film, écrire un roman, un recueil de poésie. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 69-70) ; « En présence d’une femme qui n’a rien oublié du passé et de ses blessures, qui n’a pas encore tourné la page et qui était dans cette douleur, devant nous, simple, sans manières artificielles. Digne. Belle. Belle. » (idem, p. 71) ; « Je ne sais pas pourquoi je suis allé sur sa tombe. Mais je sais que dans les allées de cet immense et magnifique cimetière en ruine, je me suis vu dans ma fin, en train de partir définitivement. J’ai vu encore une fois le monde arabe autour de moi qui n’en finissait pas de tomber. Et là, j’ai eu envie de pleurer. De crier de toute mon âme. De me jeter moi aussi d’un balcon. » (Abdellah Taïa parlant de l’actrice Souad Hosni, idem, p. 91) ; « Elle était petite de taille, sans âge et portait des habits noirs. Elle était sans doute une mendiante et elle avait hérité d’un certain pouvoir. Elle savait faire. Elle savait toucher. […] Elle était entrée en moi, dans mon esprit, mon âme lui appartenait, elle la regardait avec douceur, avec brutalité. […] Et enfin, de sa main droite, elle a bouché mes narines. Plus d’air. Le grand sommeil. Le noir paisible. […] La dame en noir a lâché mon nez et de sa bouche a soufflé sur moi. » (idem, pp. 93-94) Cette veuve homosexuelle mi-fictionnelle mi-réelle exprime de manière indirecte et voilée un isolement, une profonde déception, une désillusion réelle, en amour (homosexuel). Un mal-être existentiel mal résolu.

 

Par exemple, le comédien homosexuel Jean-Claude Brialy était à tous les enterrements de stars du Père Lachaise… si bien qu’il était surnommé « la Mère Lachaise » !

 
 

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Code n°129 – Morts-vivants (sous-code : Monstres / Zombies)

Morts-vi

Morts-vivants

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Quand la lumière du Désir sexué s’éteint…

 

Michael Jackson et ses démons de "Thriller"

Michael Jackson et ses démons de « Thriller »


 

Vivre comme un zombie, c’est vivre déconnecté du Réel, donc de Dieu et de la différence des sexes aimante. Notre corps se déplace, notre esprit et nos fantasmes sensoriels voyagent aussi… et pourtant, ce corps et cette conscience, qui forment indiscutablement un Tout (sauf pour les schizophrènes), ne sont plus reliés. Et pour le coup, nous ne sommes plus libres ni joyeux quand nous agissons. À nos yeux grands ouverts, vidés d’âme et de conscience, le Réel qui vient nous réveiller et se rappeler à notre bon souvenir, nous apparaît alors comme un terrible monstre qu’Il n’est pas. « Le sommeil de la raison engendre des monstres » a peint Goya. En fuyant le Réel et en se barricadant derrière nos écrans, tout ce que nous vivons, nous finissons par le subir. Et nous évoluons dans la société comme des automates, avides d’accumuler des devoirs et angoissés-ramollis de fuir nos devoirs.

 

Bien sûr que le temps terrestre de latence et d’attente jusqu’à la Vie éternelle nous prouve qu’on peut très bien vivre relativement heureux et faire du bien (ou en tous cas, pas de mal ni de dérangement) autour de nous sans la reconnaissance de Dieu, sans la pratique quotidienne de la prière et du rite catholique, sans la reconnaissance de la différence des sexes. Mais la question qui se pose, c’est « Comment vit-on ? » et surtout « Comment vit-on au mieux, avec ce feu qui étanche toutes nos soifs, qui calme toutes nos souffrances, qui nous fait croquer la vie à pleines dents, qui nous fait rechercher avec enthousiasme la Vérité ? ». Et de ce que j’observe dans ma vie de tous les jours, il est clair que les personnes de mon entourage qui vivent le plus heureuses, les deux pieds sur terre ancrés dans le Réel, au service des autres, dans la joie durable et l’humilité, qui créent du beau et du solide, ce sont précisément des gens qui reconnaissent l’existence de Dieu et de la différence des sexes, et qui s’engagent dans l’Église catholique.

 

En revanche, j’ai croisé chez les personnes qui fuient la différence des sexes (les personnes homosexuelles en première ligne) ou qui la sacralisent de manière trop arbitraire ou trop molle (les hétéros gays friendly athées), beaucoup de zombies, c’est-à-dire des individus qui vivent pour leur bien-être, leur confort matériel, leurs voyages (ou plutôt leurs errances), qui se laissent vivre, qui consomment pour oublier qu’ils ont peur d’aimer et qu’ils n’aiment pas vraiment en actes. Certes, ils peuvent connaître la réussite, s’engager politiquement, poser quelques actes de solidarité de temps à autre, picorer des amourettes par-ci par-là, et même vivre des expériences spirituelles ponctuelles. Mais il leur manque l’âme du Réel, l’humilité du Croyant. Au fond, nous vivons à une époque peuplée de morts-vivants. L’image cinématographique du zombie de film d’épouvante peut prêter à rire et nous sembler totalement excessive et déconnectée de la réalité. Mais détrompons-nous. Si les morts-vivants, les vampires, les monstres, les fantômes, peuplent de plus en plus nos écrans de cinéma, c’est qu’ils sont un peu le reflet de ce que notre monde intérieur, psychique, désirant, et parfois concret, sécrète, de ce que notre époque individualiste, matérialiste et jugement-phobiste suscite en nos cœurs endormis.

 

N.B. : Je vous renvoie aux codes « Frankenstein », « Vampirisme », « Doubles schizophréniques », « Clown blanc et Masques », « Voyante extra-lucide », « Homme invisible », « Amant diabolique », « Fantasmagorie de l’épouvante », « Jumeaux », « Sommeil », « Mort = Épouse », « Mort », « Emma Bovary ‘J’ai un amant !’ », « Oubli et Amnésie », « Funambulisme et Somnambulisme », « Maquillage », « Main coupée », « Femme fellinienne géante et Pantin », « Poupées », « Extase », « Ombre », « Animaux empaillés », « Femme allongée », « Moitié », « Substitut d’identité », « Regard féminin », « Lunettes d’or », « Planeur », « Se prendre pour le diable », « Cour des miracles », « Milieu homosexuel infernal », « Déni », « Homosexuel homophobe », « Lune », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Milieu psychiatrique », « Voyage », « Andogynie bouffon/tyran », « Voyeur vu », « Espion homo », « Aube », « Clonage », « Douceur-poignard », « Amant triste », « Araignée », « Miroir », « Appel déguisé », « Homosexualité noire et glorieuse », « Parodies de Mômes », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », à la partie « Promenade chorégraphique » du code « Bobo », à la partie « Hypnose » du code « Médecines parallèles », à la partie « Ennui » du code « Manège », et à la partie « Hamlet » du code « Parricide la bonne soupe », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Zom-bi(sexuel) :

La nuit des morts-vivants...

La nuit des morts-vivants…

On retrouve beaucoup de fois dans les fictions homo-érotiques la figure du mort-vivant ou du zombie. C’est d’ailleurs souvent le héros homosexuel lui-même : cf. le film « O Fantasma » (2000) de João Pedro Rodrigues, le film « Walked With A Zombie » (1942) de Jacques Tourneur et Val Lewton, l’album « Sleeping With Ghosts » du groupe Placebo, la pièce Hamlet, Prince du Danemark (1602) de William Shakespeare (« Être ou ne pas être, telle est la question… »), la chanson « Ghosts » de Michael Jackson, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le recueil poétique Vivir Sin Existir (Vivre sans exister, 1945) de Luis Cernuda, le film « Homo Zombies » (2000) de Let Me Feel Your Finger First, le film « L’Invasion des morts-vivants » (1965) de John Gilling, le film « Le Zombie venu d’ailleurs » (1978) de Norman J. Warren, le recueil de poésies Cadáveres (1987) de Néstor Perlongher, la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro, le vidéo-clip de la chanson « Dégénération » de Mylène Farmer, la pièce Giving Up The Ghost (1986) de Cherrié Moraga, la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt (avec le fantôme), le film « Révolte des morts-vivants » (1971) d’Amando de Ossorio, le film « Party Monster » (2003) de Fenton Bailey et Randy Barbato, le film « Ghosts Of The Civil Dead » (1989) de John Hillcoat, la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco, la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou (avec les morts-vivants dans le train), le vidéo-clip de la chanson « Thriller » de Michael Jackson, le vidéo-clip de la chanson « Substitute For Love » de Madonna, le vidéo-clip de la chanson « Le Brasier » d’Étienne Daho, le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » de Cassandre, la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stéphane Druet (avec la Nation de mortes-vivantes dans un hôpital psychiatrique), le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys (avec Bryan, le héros homosexuel qui finit le roman en cadavre parlant), le roman Un Garçon d’Italie (2002) de Philippe Besson (avec Luca, le mort-vivant), le film « Absences répétées » (1972) de Guy Gilles, le film « Ausente » (« Absent », 2011) de Marco Berger, le roman Les Absents (1995) d’Hugo Marsan, la pièce Récits morts : un rêve égaré (1973) de Bernard-Marie Koltès, le film « The Dead Man 2 : Return Of The Dead Man » (1994) d’Aryan Kaganof, le film « Le Bain » (2012) de Joao Vieira Torres, le film « Caballeros Insomnes » (« Les Chevaliers insomniaques », 2012) de Stefan Butzmühlen et Cristina Diz, le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer, la série In The Flesh (2013) de Dominic Mitchell (définie comme « la série de zombies gays friendly » officielle), la pièce Y’a un cadavre dans le salon ! (2022) de Claire Toucour, etc.

 

« Tu as l’air d’un zombie. » (cf. une réflexion faite à Prior, le héros homosexuel de la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner) ; « Gordon marchait comme un zombie. » (Hervé Claude, Riches, cruels et fardés (2002), p. 238) ; « Si, dans les mains du Seigneur qui t’éduqua de la sorte, ‘bonheur’ rime avec ‘malheur’ et les mots ‘vivante’ et ‘morte’ frappent toujours à la même porte, c’est au-delà de notre faute. » (Ahmed s’adressant à Lou, l’héroïne lesbienne, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Sale petit zombie. » (le père d’Howard – le héros gay – s’adressant à Cameron Drake qui a outé son fils, ans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « Je dois avoir l’air d’un zombie. » (Vincent Garbo, le héros homosexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 112) ; « Je flotte dans les rues comme sous analgésiques. » (cf. la chanson « Onze mille vierges » d’Étienne Daho) ; « Je ne connais aucun crépuscule. » (l’un des héros homosexuels de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « Les morts entendent tout et voient tout. » (Vincent, le héros homosexuel de la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux) ; « Nous mourrons. Puis nous revenons. » (Tommaso, le héros homosexuel, dans le film « Mine Vaganti », « Le Premier qui l’a dit » (2010) de Ferzan Ozpetek) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Léo, le héros homosexuel croque-mort, s’exerce aux « mots-croisés pour zombies ». Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le Père 2 décrit son fils homosexuel comme « un machin pâlot et anémié », qui « traîne sa tronche grisâtre ». Dans le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret, John Breakdown, le chorégraphe homosexuel, met en scène un « tableau des zombies » pour sa nouvelle mise en scène. Dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, les oiseaux sont une foule de rapaces d’outre-tombe. Dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, Chloé dit que Martin, le héros sur qui pèse une forte présomption d’homosexualité, a une « tête de zombie ». Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, veut aller voir le Musée des morts de Guanajuato (Mexique). Palomino, son amant et guide mexicain, joue à fond la carte du mysticisme mortuaire : « Demander une rançon même pour un mort est une pratique courue au Mexique. ». Lorsque les deux tourtereaux se baladent dans le musée, ils voient des masques hurlants de cadavres qui semblent vivants. Dans l’épisode 321 de la série Demain Nous Appartient diffusé le 26 octobre 2018 sur TF1, Barthélémy Vallorta, le héros homo-bisexuel, se prépare à fêter Halloween et compte se déguiser en zombie pour la soirée au bar du Spoon. L’un des gérants, Thomas Delcourt, lui demande « où en est son maquillage de zombie ». Et le Dr Samuel Chardeau, qui les écoute au comptoir, lui propose carrément de visiter une morgue : « Si tu veux voir des zombies, je peux t’en présenter. À la morgue. »
 

 

Le zombie homosexuel vit dans l’illusion d’être quelqu’un d’autre… parce qu’en fait il se déteste lui-même, doute de son incarnation et de sa consistance, expérimente un effondrement narcissique de sa personnalité, un trouble dans la perception de son identité. « Je t’écris pour te dire que je ne suis pas mort. » (Heiko, le héros homosexuel s’adressant à son amant Konrad, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Il ne peut rien arriver à un cadavre. » (Valmont dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; etc. Son désir est capturé, envoûté, anesthésié et vampirisé par une idole, une projection idéalisée de lui-même. Par exemple, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Fabien se retrouve « en léthargie » (p. 91) quand il se met dans la peau des autres, plongé dans un « lourd sommeil » qui n’est « ni la mort ni la vie » (p. 302) : un état intermédiaire, celui des zombies. Dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, Laure remarque qu’« il y a donc des êtres humains qui ont une âme et d’autres qui n’en ont pas » (p. 359), ce à quoi Jean-Pierre lui répond que « ce serait une explication idéale pour les philosophes qui soutiennent l’existence des zombies ». Dans sa nouvelle « La Playa » (2000), Eduardo Muslip décrit les homosexuels comme des « personnes semi-endormies semi-réveillées qui peuvent être capturées par les rêves » (p. 260) et fait directement le parallèle entre le « devenir zombie » et le « devenir homosexuel » quand il écrit : « À coup sûr, j’ai dû être capturé par une sorte de fantaisie homosexuelle. » (idem, p. 261) Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny explique à Roméo, juste avant de l’embrasser pour la première fois, que lorsque quelqu’un meurt, son cerveau continue de rêver encore cinq minutes après que son cœur se soit arrêté, et que ce temps de latence, de tension entre la vie et la mort, ce serait l’Éternité, l’Amour vrai, la véritable identité de la personne homosexuelle.

 

Le zombie est parfois l’amant homosexuel du héros, ou bien ce même héros homosexuellement amoureux : un être apathique, qui s’ennuie, mou du genou, à apparence mortelle, un pantin bizarre voire inquiétant comme le diable : « Je me donne à un zombie. » (Camille chantant une chanson lesbienne à Yann, dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm, dans l’épisode 3 de la saison 1) ; « C’est Chloé, et c’est autre chose, un zombie, un fantôme. » (Cécile décrivant son amante Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 23) ; « Certains jours, au réveil, je pense que mon mec il a une âme morte dans la bouche… » (le Comédien dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Mais avant de faire mon entrée chez les morts vivants, j’évite de me plaindre. Je peux encore écrire, vous écrire, n’est-ce pas ? » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 181) ; « C’est un secret. Ça reste entre nous. Je peux rentrer en contact avec les morts. » (Samuel Laroque dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « Je peux rentrer en contact avec les personnes mortes, ou les personnes en sommeil paradoxal. » (Noémie dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone) ; « J’ai vu des morts, mais j’ai saisi le merveilleux. » (c.f. la chanson « Désobéissance » de Mylène Farmer) ; etc. Par exemple, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar propose à son amant Khalid, d’aller au cinéma voir le film « Re-Animator », une œuvre qui raconte l’histoire d’« un homme qui réveille les morts » (p. 111). Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Omar décrit Xav comme un « mort-vivant dégoulinant de sueur ». Dans le film « Otto ; Or, Up With Dead People » (2007) de Bruce Labruce, Otto, un jeune zombie paumé, sans souvenirs, erre dans Berlin. Il ne dort pas. Comme la chair humaine le dégoûte, il ne mange que des cadavres. Dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Santiago apparaît comme un fantôme vivant à Miguel. Dans le film « The Last Girl : The Girl with all the Gifts » (2017) de Colm McCarthy, par exemple, Melanie, une gamine zombie noire, tombe amoureuse de sa prof humaine Miss Helen Justineau, et leur « amour » chevaleresque est montré comme indestructible, authentique, durable « jusqu’à la fin des temps ».

 

Emory racontant son 1er amour homo, dans le film "The Boys In The Band" de William Friedkin

Emory racontant son 1er amour homo, dans le film « The Boys In The Band » de William Friedkin


 

L’état amoureux homosexuel rend zombie : « Les yeux noyés comme deux mutants sous hypnose. » (cf. la chanson « Les Voyages immobiles » d’Étienne Daho) ; « Kévin traversa le premier trimestre comme un zombie. » (Bryan parlant de son amant, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 460) ; « Tu es sûre d’être vivante, chérie ? » (Louise s’adressant à Jeanne dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Je ne suis pas un monstre mais une fille douce que le désir des hommes jamais n’intéressa. » (c.f. la chanson « Monsieur Vénus » de Juliette) ; etc. Les techniques d’approche et d’identification homosexuelles sont calquées sur l’attitude des morts-vivants cinématographiques : « Ces regards insistants, cette façon languide de se tenir. » (le narrateur homosexuel se retrouvant face à deux pairs homosexuels, dans le roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 28)

 

Ce qui caractérise l’état du mort-vivant, c’est la souffrance muette, l’absence de Désir : « Les zombies ne parlent pas, ne pensent pas, mais ils souffrent, bien sûr, car parfois, quand la lune les éclaire, on voit tomber leurs larmes. La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est obéir, et souffrir. » (Molina, le héros homosexuel du roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 164) ; « Son visage était comme un masque, absolument sans expression. Elle se mouvait avec raideur, avec une précision singulière. […] Un cadavre… elle portait en elle un cadavre. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 258) ; « Intoxiques nos insomnies de leur infectieuse mélancolie. » (cf. la chanson « Les Torrents défendus » d’Étienne Daho) ; « Je ne sais pas vraiment ce que je fais. » (Elena par rapport à sa relation lesbienne avec Peyton, dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn) ; etc. Littéralement, le personnage homosexuel « s’absente sur place » : « J’ai été assez absent. » (le héros dans le ballet Alas (2008) de Nacho Duato) ; « Ces absences, tu les as toujours ? » (un amant de Dany, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; « Encore une fois, penser à ceux qui ne sont pas là ! Toujours ce décalage, pourquoi ? Je me suis souvent posé cette question. Une seule réponse plausible : je me suis inquiéter pour ceux qui sont présents. Ça ne les rend pas invulnérables pour autant, mais c’est comme ça. Je n’ai peur que pour les absents ! Comment les protéger, les secourir ? » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 242) ; « Je ne suis que le fantôme de moi-même. » (Nathan dans le film « Les Astres noirs » (2009) de Yann Gonzalez) ; « Je m’absente… un peu comme si je n’étais plus là. » (Éric, l’un des héros homos du film « New Wave » (2008) de Gaël Morel) ; « Depuis ce matin-là, je suis comme absente. On me parle, je réponds, mais sans écouter… Le soir, c’est pis encore. Souvent, avant de m’endormir, j’imagine des situations qui dépassent le possible en m’inspirant des gravures que le libraire m’a montrées. Mon envie change souvent selon mon humeur. Cette nuit, j’ai rêvé de deux filles qui se rendaient leurs caresses dans un dortoir de pensionnat… Enfin, je pense à toutes ces situations que la plupart des femmes ne connaîtront jamais, par ce manque de courage qu’elles ressentent pour assumer leurs goûts au regard des conventions imposées. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 71) ; etc.
 

Le psychotique n’a pas accès à la métaphore : c’est à cela qu’on le reconnaît. C’est ce qui arrive par exemple à Todd, l’un des héros homos du film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson : « C’est quoi, une métaphore ? »
 

En général, le héros homosexuel gravite dans des lieux et un milieu social (le « milieu homosexuel ») où il rentre en contact avec des gens semi endormis, immatériels, qui le contaminent par leur pouvoir anesthésiant et déprimant (j’emploie le verbe « contaminer » à escient, car dans la fantasmagorie homosexuelle, les morts-vivants sont fréquemment l’allégorie des hommes porteurs du VIH ou des humains dépressifs) : « Je suis un fantôme au milieu des fantômes. Mon ombre ne se distingue pas de celle de mes compagnons. » (Leo, le héros homosexuel du roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 78) ; « Vous n’avez jamais rencontré de vrais homosexuels. Ce sont des bossus qui riraient de votre mariage. » (le père de Claire, l’héroïne lesbienne, s’adressant à sa fille et à la compagne de celle-ci, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « J’avais dix-huit ans, j’étais vierge et j’en avais assez de sublimer en rêvant dans mon lit à des êtres inaccessibles ou en tripotant dans l’ombre des parcs publics des corps fugitifs qui n’étaient pas là pour l’amour mais pour la petite mort qui dure si peu longtemps et qui peut être triste quand elle n’est agrémentée d’aucun sentiment. » (le narrateur homosexuel du roman La Nuit des princes charmants (1995) de Michel Tremblay, p. 25) ; « J’avoue ne pas être tranquille la nuit ; dans ces lieux qui semblent maudits, j’ai la frousse de croiser un zombie un de ces quatre. » (Dylan, le héros homosexuel, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 51) ; « Je me perds entre les buissons, je croise des garçons auxquels je n’ai pas envie d’agripper ma solitude. Regards fermés, gestes lents, comme des funambules suicidaires. Ils font l’amour debout, le jeans baissé sur les chevilles. Sur leur visage un air triste d’avoir abandonné le combat. » (Simon dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 14-15) ; « S’ils existaient, il y aurait des fantômes partout dans cette ville, partout dans toutes les villes. Et Glasgow ? Un meurtre à chaque coin de rue. » » (Petra, l’héroïne lesbienne parlant de Berlin à son amante Jane, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 36) ; « Ne vous inquiétez pas pour votre immeuble fantôme. Cette ville est pleine de fantômes, mais la plupart sont inoffensifs. C’est des vivants qu’il faut se méfier. dit Jurgen. Il faisait presque nuit dans la chambre. Jurgen et Jane avaient eux aussi l’impression d’être suspendus dans l’espace. Pas morts, mais déconnectés des vivants. » (Jane, l’héroïne lesbienne, idem, p. 117) ; « Je l’ai vue. […] Elle avait les cheveux emmêlés, il y avait des feuilles dedans, comme si elle venait de sortir de sa tombe, et elle pleurait. C’était peut-être un fantôme. » (Frau Becker décrivant Petra, l’amante de Jane, comme une morte-vivante à Jane, idem, p. 216) ; « Ses lèvres fines étaient sèches et gercées, blanchies par le froid, mais sa bouche était toujours large et clownesque et il était facile de l’imaginer en train de hanter un cortège de fantômes. » (Jane décrivant le vieux Herr Becker, idem, p. 218) ; etc.

 

Beaucoup de bars homosexuels fictionnels sont dépeints comme des repères de morts-vivants. « C’est comme une morgue ici ! » se fait la réflexion Charlie dans le film « Urbania » (2004) de Jon Shear. « Mon parc est semé de gens morts ! » (Copi, La Journée d’une rêveuse, 1968) ; « Ils sont tous morts, vos amis. » (Cyrille, le héros homosexuel malade du Sida s’adressant à Hubert, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Dans la nuit, j’ai rencontré des fantômes bizarres, des amoureux passés. Au début, j’y croyais à ce monde inversé. Mais j’ai cessé d’y croire, à ces histoires compliquées. » (cf. la chanson « Je veux tout changer » d’Hervé Nahel) ; etc. Dans les films « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne, « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau, « Les Nuits fauves » (1992) de Cyril Collard, « L’Inconnu du lac » (2012) d’Alain Guiraudie, le spectateur a le loisir d’observer ce peuple de zombies homosexuels errer comme des somnambules le long des quais, dans les lieux de drague nocturnes. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, Thibault, homosexuel, leader du mouvement Act-Up, décrit « les pédés de la Gay Pride » comme des « folles qui marchent comme des zombies. »

 

On retrouve la métaphore des sidéens homosexuels assimilé à des fantômes dans le roman Les Fantômes (2005) de Jameson Currier, et dans bien d’autres œuvres telles que le roman Les Absents (1995) d’Hugo Marsan, le roman L’Amant des morts (2008) de Mathieu Riboulet, le roman Le Mausolée des amants (1976-1991) d’Hervé Guibert : « Ici, dans notre cher gaytto, tu ne peux pas faire trois pas sans tomber sur la silhouette étonnamment familière de quelqu’un que tu pensais mort et enterré depuis belle lurette. » (Michael évoquant les années Sida, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 11) ; « Dès l’âge de 14 ans, je vivais aux côtés de mes amis du cimetière. » (l’un des héros homosexuel de la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; etc.

 

L’homosexualité pratiquée n’aide pas à connecter le corps à la conscience. Par exemple, dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, le capitaine Edelson, chef de police, qualifie les homos de « paumés qui ne savent pas ce qui les pousse à faire ce qu’ils font ».
 
 

b) Le bal des monstres fantomatiques :

Le fait que le héros homosexuel fuie sa sphère de conscience (de son corps sexué), de raison, de Désir, lui fait quelquefois connaître des hallucinations, voir des monstres, des spectres et des fantômes. C’est le retour de boomerang du Réel qui a été éjecté : cf. la pièce Les Monstres sacrés (1940) de Jean Cocteau, le film « Monster » (2003) de Patty Jenkins, le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le film « Like A Monster » du groupe Indochine, le roman Monstre (1950) de Yukio Mishima, le film « Les Monstres » (1963) de Dino Risi, le film « Mes Parents » (2002) de Rémi Lange, le film « Le Bouc » (1969) de Rainer Werner Fassbinder, le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander, la pièce Le Frigo (1983) de Copi (avec « L. », le héros transgenre M to F, habillé en fantôme), le film « An Ambush Of Ghosts » (1992) d’Everett Lewis, le vidéo-clip de la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, « Closet Monster » (2015) de Stephen Dunn, etc.

 

« Si l’on était capable de croire en Dieu, ce n’était sûrement pas difficile de croire en Dieu, ce n’était sûrement pas difficile de croire aux dragons. Pourquoi ne parvenait-elle pas à faire comprendre au prêtre qu’il restait des monstres à combattre ? » (Jane, l’héroïne lesbienne du roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 206) ; « Va-t’en, sale monstre ! » (Ayrton s’adressant à son grand frère homosexuel Donato, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Les corps apparaissent parfois ici. » (Donato s’adressant à son amant Konrad, en attendant que la marée ramène le corps d’Heiko l’amant de Konrad, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Dehors les monstres ! » (Peuple face à la troupe de Lettie, la femme-à-barbe transgenre, dans le film « The Greatest Showman » (2017) de Michael Gracey) ; « Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat. » (c.f. la chanson « Au lecteur » de Mylène Farmer, reprenant Charles Baudelaire) ; « Mon propre fils me répète que je suis un monstre. » (Morgane, héros transsexuel M to F, dans l’épisode 405 de la série Demain Nous Appartient, diffusé sur TF1 le 21 février 2019) ; etc.
 

Par exemple, dans le roman La Peau des zèbres (1969) de Jean-Louis Bory, le narrateur homosexuel décrit des draps vivants : « Dans la salle de bains il refuse de regarder les draps. Il les voit. Ils se sont dénoués. Ils vivent. Mais ils se taisent. » (p. 47) Dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani, dès que Rana, chauffeuse de taxi, découvre la transsexualité de sa passagère intersexe F to M Adineh, elle hurle, la gifle et la voit comme un monstre : « Me touche pas ! Sors de ma voiture !! » Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, le père de Davide, le jeune héros homosexuel qui se travestit, traite son fils de monstre, et s’adresse à la femme priant dans l’église avec leur enfant à ses côtés : « Il dégoûte tout le monde. À quoi bon prier ? » Dans l’épisode 5 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Tom est effrayé par Otis travesti en femme et court pour lui échapper, comme s’il avait affaire à un monstre transsexuel.

 

Il arrive que le personnage homosexuel tombe amoureux d’un monstre : « Petit monstre, petite teigne, démon à apparence humaine, mon ballon d’oxygène, tu me plais car tu me touches beaucoup. J’aime tes fruits défendus, ton cul haut perché comme ces statues africaines. ». (cf. la chanson « Quand tu m’appelles Éden » d’Étienne Daho) ; « Quand on pense à tous les monstres avec lesquels on couche… » (Omar, l’un des héros homosexuels de la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; etc. Par exemple, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Stéphane, le romancier homosexuel, avoue que « les écrivains sont des monstres anthropophages. » ; son ex-amant Vincent lui répond dans la foulée : « Que tu sois un monstre, je n’en ai jamais douté. » Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, Gatal, le héros homo, demande désespérément à son futur fiancé de renoncer au pouvoir et à son travail, car il a l’impression d’avoir en face de lui « un monstre, un épouvantail, le grand chef d’entreprise ». Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Ayrton dit de Konrad, l’un des héros homosexuels, qu’il « ressemble à Ghost Rider ». Le troisième chapitre intitulé « Un Fantôme me parlant l’allemand » se rapporte au héros homosexuel Donato, un Brésilien qui n’a pas donné de nouvelles à sa famille et qui est allé s’exiler en Allemagne. D’ailleurs, Ayrton, le petit frère de Donato, le surnomme « le fantôme » sur le ton du reproche. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, Nathan raconte qu’il s’est sentimentalement et homosexuellement identifié à un couple gay apparemment idyllique aperçu sur une photo, resté longtemps ensemble avant que la maladie du Sida ne mette fin à leur idylle et n’emporte l’un des deux membres, Keany : « Il s’appelait Keany. On aurait dit un monstre. »
 

Parfois, le héros homosexuel, à force de voir des monstres, se transforme lui-même en créature hideuse et agit comme un monstre : cf. le roman Vous m’avez fait former des fantômes (1987) d’Hervé Guibert, le film « Monster In The Closet » (1986) de Bob Dahlin, etc. « Vous êtes des monstres ! […] Je vous vois tous comme des monstres ! » (Daphnée dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Je suis envahi par les fantômes. » (Silvano dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 173) ; « J’perçois des funérailles, cerveau en bataille. Tu te veux liquide. Pantin translucide. Mais tu n’pourrais rien changer. Côté sombre, c’est mon ombre. » (cf. la chanson « Et tournoie » de Mylène Farmer) ; « T’es immonde. T’es répugnant ! » (Gabriel s’adressant à son pote homo Nicolas, dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha) ; « T’as l’impression d’être un monstre et qu’il faut refaire toute ta gueule. » (Jeanfi, le steward homo, face au chirurgien esthétique, dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens) ; « Ça fait des semaines que je me demande si je ne suis pas un monstre. » (Rémi dévoilant dans la douleur ses sentiments amoureux cachés à son ami hétéro Damien, dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza) ; « Vous ne devriez pas copier un monstre, comme la Merteuil. » (Merteuil dans la peau de Valmont, dans la pièce Quartett (1980) d’Heiner Müller, mise en scène en 2015 par Mathieu Garling) ; « Vous êtes un monstre, Valmont, et je veux en devenir un. » (Valmont dans la peau de Merteuil, idem) ; « Si j’ai pas ma dose de café, je me transforme en monstre. […] Ça devrait calmer le monstre. » (Morgane, l’infirmière scolaire lesbienne, s’adressant à Sandrine, dans l’épisode 383 de la série Demain Nous Appartient, diffusé le 22 janvier 2019 sur TF1) ; etc.

 

Il n’est pas rare d’entendre des personnages homosexuels se prendre pour des monstres, considérer l’existence humaine ou la sexualité comme horribles. « Tu n’es qu’un enfant répugnant ! Je te hais ! […] Va-t’en, monstre ! » (Petra, l’une des héroïnes lesbiennes s’adressant à sa fille Gaby, dans le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Tu m’appelles monstre de foire mais je suis un jeune artiste. » (Ahmed s’adressant à Lou l’héroïne lesbienne, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Mère dit que je suis un type bizarre. » (Alan Turing, le mathématicien homosexuel, dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum) ; « Ils avaient raison. Tu es vraiment un monstre. » (Joan Clarke s’adressant à Alan Turing, idem) ; « Quand je leur jetais de nouveau un regard, elles [Varia et sa copine] s’étaient transformées en monstre à deux têtes et ricanaient de plus belle, en renversant à tour de rôle leurs chevelures blonde et brune. » (Jason, le héros homosexuel décrivant Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 59-60) ; « On s’ra plus monstres que les monstres, mais bien plus humains que des ours ! Regardez notre déguisement : la Raulito et Cachafaz, c’est le comble du repoussant ! » (Raulito s’adressant à son amant Cachafaz, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « C’est pas un loup-garou. » (Nadia s’adressant à Jessica qui lui demande comment son père « s’est transformé en gay », dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent) ; etc. Par exemple, dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi, les enfants sont définis comme des « monstres ». Dans le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, le père de Christian est désigné comme un monstre. Dans son roman Three Tall Womens (1990-1991), Edward Albee règle ses comptes avec sa génitrice qu’il qualifie de monstre. Dans son poème « Abuela Oriental », Witold Gombrowicz décrit sa grand-mère à la fois comme un « monstre mythologique » et une muse merveilleuse. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, Gatal, le héros homosexuel, est présenté par ses deux « pères » comme un véritable sale gosse… alors qu’il a l’air au contraire d’un adulte docile et sage : « Tu as été un petit animal violent, un enfant insatiable. » (le père 2). Le jeune homme a fini par intégrer qu’il était « l’animal colérique qu’il a fallu dompter » et qui « doit quitter la Voie de la Bête ».

 

Le monstre est d’abord une posture esthétique, une attitude narcissique (un peu ironique et mégalomaniaque) qui plaît sans arrière-pensée au personnage homosexuel : « Tu sais, les monstres vivent en tribu. » (Louise, le personnage trans M to F, s’adressant ironiquement à son ami Clément au sujet des personnes transsexuelles, dans le téléfilm « Louis(e) » (2017) d’Arnaud Mercadier) ; « C’est monstrueux ! » (Cyrille, le héros homosexuel dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « On devrait se déguiser en Pokémons. » (Eytan, élève homosexuel du lycée, dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti) ; « Vous savez ce que vous êtes pour moi ? Un monstre ! Une manipulatrice ! » (Julien, le héros homosexuel, s’adressant à sa belle-mère, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Ne croyez pas que vous êtes plus monstrueuse que nous, dans le monde du spectacle nous le sommes tous. » (l’Auteur s’adressant à Vicky Fantômas, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Nous savons que vous êtes un monstre. » (idem) ; « Dalida, l’orchidée noire, la maudite, la veuve noire, le monstre à deux têtes, Luigi, Lucien, Richard, pris dans un lien inextricable. » (l’actrice jouant Dalida dans le spectacle musical Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini) ; « Il voulait se faire passer pour un fantôme et être accepté comme tel. » (Sévéria parlant de l’homosexuel Stratoss Reichmann, dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander) ; « Nous, les monstres du Créateur ! » (Luca, le narrateur homosexuel du spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; etc. Par exemple, dans Le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, l’équipe de water-polo gay finit son cri de guerre avec une gestuelle de monstres.

 
 

Cyrille – « Comment me trouvez-vous, Hubert ?

Hubert – Effrayant, maître ?

Cyrille – Vous serez toujours mon meilleur public. »

(Copi, Une Visite inopportune, 1988)

 
 

Mais en règle générale, le bal des monstres et des morts-vivants est triste et conduit les protagonistes homosexuels vers la mort. « J’avais envie de faire l’amour avec un mort. Pas avec un mort-vivant. Mais avec UN CADAVRE ! » (le narrateur homosexuel du roman L’Autre Dracula contre l’Ordre noir de la Golden Dawn (2011) de Tony Mark, p. 53) Par exemple, dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le cortège des fiançailles est formé de cinq hommes avec des cornes de cerf sur le dos, avançant avec lenteur et de manière hypnotique, comme dans un défilé mortuaire : il signe la mort par strangulation d’un des deux fiancés. Dans le film « Le Naufragé » (2012) de Pierre Folliot, Adrien, le héros homosexuel suicidé, apparaît comme un mystérieux revenant ; après sa mort, il est aperçu par diverses personnes : la petite voisine, sa mère Marie, etc.

 

C’est souvent que la transformation du héros homosexuel en zombie se fait par l’intermédiaire d’un objet ou d’un écran de cinéma assurant une captation magique et mortifère. Par exemple, dans le film « L’Homme d’à côté » (2001) d’Alexandros Loukos, Alkis, le héros homosexuel, affirme subir tous les après-midi un feuilleton grec débile, Elvira, que sa grand-mère suit assidûment… mais ce qu’il n’avoue qu’à demi-mot après, c’est que cela lui plaît : « À force d’être scotché devant la télé, je devenais une Elvira ! » Dans la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, Éric, en zombie télévisuel, dort les yeux ouverts devant la télé. Dans le film « Tesis » (1996) d’Alejandro Amenábar, le professeur d’université d’Angela meurt devant un film d’horreur projeté dans une salle de cinéma déserte.

 

L’état de léthargie éthérée, en plus de révéler une atrophie du désir, peut signifier symboliquement quelque chose de beaucoup plus grave. Comme je le signale dans les codes « Sommeil » et « Oubli ou Amnésie » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, le mort-zombie est parfois la victime d’un viol, qui par son silence, couvre son agresseur ou la future agression qu’elle va reproduire parce qu’elle n’a pas conscience de la violence qu’elle a subie. On retrouve le thème du cauchemar ou du mauvais réveil par exemple dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, etc. « C’est mon cauchemar qui continue ! » (Orphée dans le film « Orphée » (1950) de Jean Cocteau) ; « Réveil tragique succède. Un sommeil sans rêve. La forme de son corps ne veut rien dire pour moi. » (cf. la chanson « Cherchez le garçon » du groupe Taxi Girl) ; « À l’aube, il s’arrache au sommeil sans avoir l’impression d’avoir dormi. » (Jim Grimsley, Dream Boy (1995), p. 85) ; « Loin de me perdre dans la vie des autres, je m’y nourris, je m’en nourris. J’y secoue mon sommeil de larve. » (Jean-Louis Bory, La Peau des zèbres (1969), p. 35) ; « Je ne dors plus, professeur. Je reste éveillé nuit et jour. » (Freddie s’adressant au professeur Goldberg, dans le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker) ; « Il nous faut tuer pour vivre ! Ou alors seulement survivre comme morts-vivants à Nanterre, pavillon de la Misère ! » (Mimi et Fifi, les deux travestis M to F de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; etc.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Zom-bi(sexuel) :

Film "Cupcake : A Zombie Lesbian Musical" (2010) de Rebecca Thomson

Film « Cupcake : A Zombie Lesbian Musical » (2010) de Rebecca Thomson


 

Dans la réalité concrète, les personnes homosexuelles, même si elles sont effectivement bien humaines et pas du tout monstrueuses, évoquent néanmoins de temps en temps l’existence des morts-vivants, ou bien se présentent elles-mêmes comme des zombies : cf. le documentaire « Unsere Leichen Leben Noch » (« Nos cadavres vivent encore », 1981) de Rosa von Praunheim, le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, la Gay Pride de Toronto, etc. Par exemple, chez le réalisateur homosexuel Bruce LaBruce, la thématique des zombies homosexuels est centrale, est une marotte. Il dit lui-même qu’il fait du « Porno Zombie » : je vous renvoie à ses films « Otto Or Up With Dead People » (2008), « Interview With A Zombie » (2010), « L.A. Zombie » (2010), etc. Lors de la deuxième édition de l’émission The Voice 2 (2012) en France, le jeune chanteur homosexuel Olympe reprend comme par hasard la chanson « Zombie » du groupe britannique The Cranberries. De plus en plus de séries américaines intègrent des zombies gays dans leur intrigue : Ouat, Games Of Thrones, The Walking Dead, In The Flesh, etc. Dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6, Isaac, femme F to M qui s’appelle initialement Taïla, s’identifie à un personnage de série, Teenwolf.

 

Dans bien des cas, parce qu’ils fuient leur réalité sexuée et divine, les sujets homosexuels ou transgenres se condamnent à s’absenter sur place, à vivre une sexualité sans sexualité, à tomber éternellement amoureux sans aimer vraiment, à devenir des êtres humains sans désir et sans monde intérieur. Des coquilles apparemment vides. « J’étais un jeune homme sans psychisme. » (Kim Pérez Fernández-Figares, homme transsexuel M to F, cité dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 253) ; « Comme si mon énergie que je traîne était une énergie de cadavre, de mort, j’ai cherché en d’autres hommes l’énergie de vie, en me comparant à eux. J’ai l’impression d’être un enfant bloqué dans un corps d’adulte me confrontant aux mondes d’adultes. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; etc.

 

Par exemple, lors de sa conférence « Pierre Loti, l’Homme aux deux visages » à Savigny s/Orge le 15 février 2007, Georges Poisson décrit Pierre Loti comme un zombie, vidé de conscience : « C’est vraiment un homme d’une inconscience totale. » Dans son essai Souci de soi, oubli de soi (2002), le psychiatre Jacques Arènes parle du « suicide psychique » (p. 57) trouvé dans le sadomasochisme, pratique souvent homosexuelle. Dans l’essai Saint Genet, comédien et martyr (1952), le personnage de Querelle est décrit comme un « joyeux suicidé moral » (p. 86) par Jean-Paul Sartre. Charles Trénet habitait une grande demeure baptisée le « Domaine des Esprits ».

 

Quand une personne ne semble pas avoir conscience des symptômes de sa douleur, de sa condition de souffrant, cela s’appelle médicalement l’anosognosie. Et en écoutant des personnalités comme Virginia Woolf, Andy Warhol, Pier Paolo Pasolini, Christine Angot, Guillaume Dustan, Renaud Camus, Nina Bouraoui, je la vois assez nettement. « Après tout, être vivant ou mort, cela revient au même. » (le réalisateur homosexuel italien Pier Paolo Pasolini, dans le documentaire « L’Affaire Pasolini » d’Andreas Pichler)

 

C’est souvent l’état amoureux homosexuel qui anesthésie les personnes et les ravit (au sens propre du terme) : « J’étais devenu un zombie. Un fou dans la nuit. Un mystique de l’amour. Un amoureux éconduit. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 53) ; « Dans le grand parc solitaire et glacé, deux spectres ont évoqué le passé… » (Verlaine s’adressant à son amant Rimbaud, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 30) ; etc.

 

Je retrouve par exemple l’attitude concrète de morts-vivants dans le flot de paroles endormies et endormantes de beaucoup de dragueurs des sites de rencontres homosexuels, dans l’esbroufe des séducteurs-crooners du « milieu homo » qui se disent « homos mais pas gays », « hors milieu » et qui susurrent des métaphores poétiques à deux balles au téléphone, dans les voix-off caressantes et inconsistantes des films du très bobo François Zabaleta.

 

Le monde de la nuit homosexuelle est souvent investi par des morts-vivants : par exemple, dans l’essai autobiographique Recto/Verso (2007), Gaël-Laurent Tilium se voit « fendre la cohorte des zombies aux mains baladeuses » (p. 190) à l’intérieur d’un sex-club gay. La métaphore des morts-vivants homosexuels peut se référer aux années noires de la décennie des années Sida 1980, puis ensuite par l’expérience de la séropositivité : « Je voulais vivre ailleurs qu’à San Francisco. Il semblait que la mort était partout. » (Paul, homme homosexuel racontant qu’il a perdu 90% de ses amis homos de l’époque des années 1980, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; « Si t’as pas l’énergie pour te confronter à tous ces fantômes, t’es vraiment tout seul. Y’a personne ! » (Mateo, homosexuel et séropositif, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) ; etc.

 

Film "Otto" de Bruce LaBruce

Film « Otto » de Bruce LaBruce


 

Les artistes homosexuels trouvent dans cette errance du zombie qu’ils imitent un esthétisme bobo nostalgico-dépressif qui leur tient chaud, et qui nourrit le mythe réconfortant et victimisant de l’« homosexualité noire ». « Je suis un spectre, une ombre. » (Stéphane Corbin pendant son concert Les Murmures du temps au Théâtre de l’Île Saint-Louis Paul Rey à Paris en février 2011) Dans l’esprit de beaucoup de personnes homosexuelles, cet état douloureux de l’inconscience qui écartèle l’individu entre la vie et la mort (un coma ou un purgatoire) se substituerait à la Résurrection, serait le signe de la victoire révolutionnaire de leur homosexualité, de la Vie sur la mort… alors que dans les faits, il est plutôt le stade intermédiaire où la Vie n’a pas encore été choisie et où la mort menace de l’emporter sur Elle. « Col fantasma o spirito o spettro o larva o zombie, Copì, io sottoscritto penso d’aver avuto (e ancora ho), da lunga pezza, proficui, costanti, ridenti e soddisfacentissimi appuntamenti. » (cf. l’article « Les Étoiles Psychotiques » d’Enzo Moscato, dans l’essai Il Teatro Inopportuno Di Copi (2008) de Stefano Casi, p. 10) Par exemple, dans le documentaire « Mamá No Me Lo Dijo » (2003) de Maria Galindo, on entend l’ode au sommeil « Muerta Pero Viva » des femmes-zombies féministes et lesbiennes. Dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont s’annonce dès le départ comme « La Revenante », et élève son lesbianisme en étendard d’une nouvelle naissance.
 
 

b) Le bal des monstres fantomatiques :

Les écrits et dessins homo-érotiques vomissent des monstres : Catulle Mendès et ses Monstres parisiens (1882-1885), les monstres et mandragores de Jean Boullet, les peintures de Salvador Dalí ou de Francis Bacon, etc. « J’ai créé un monstre. Et maintenant, je dois vivre avec. » (Yves Saint-Laurent dans la biopic « Saint Laurent » (2014) de Bertrand Bonello) Ce sentiment d’être un monstre a pu être impulsé par l’entourage familial : « Tu nais, coiffée de la tête jusqu’aux genoux, toute velue. Ta mère te trouve repoussante. » (Christine se parlant à elle-même à la deuxième personne, dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke) ; « Être gay au Bénin, c’est être un monstre. » (Olympe dans l’exposition photos Garçons de Cotonou (2015) de Michel Guillaume) ; etc.

 

Le monstre est également le produit d’un processus individuel. La sortie de sa sphère de conscience produit parfois des hallucinations monstrueuses ou un suicide psychique, comme l’écrit si bien Christiane Singer. « Fuis ! Sauve-toi ! Cours pour ta vie ! En courant, l’homme moderne tente d’esquiver la légion de fantômes à ses trousses, de succubes et de zombies qu’il s’est créés lui-même. Il y a des fuites qui sauvent la vie : devant un serpent, un tigre, un meurtrier. Il en est qui la coûtent : la fuite devant soi-même. » (Christiane Singer, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le Ciel est en toi ? (2001), p. 12) Je vous renvoie à la gravure Le Sommeil de la Raison engendre des monstres (1797) de Francisco Goya, au documentaire « Body Without Souls » (1996) de Wiktor Grodecki, à l’essai Ceci n’est pas un fantôme (2011) de Pierre Katuszewski, aux Die-In mis en scène par certains militants homosexuels (comme par exemple celui du Boulevard Henri IV de la Gay Pride parisienne de 1999).

 

Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Bertrand Bonello est obsédé par le monde de la peinture. Mais curieusement, pendant tout le reportage, le passionné de peinture va se mettre en quête du motif de la monstruosité dans les œuvres picturales qu’il observe, au point d’en faire son sujet d’étude. Celia, la conservatrice de musées, qui lui fait des visites guidées, s’étonne de sa recherche (« Vous, ce qui vous intéresse, c’est un monstre inquiétant. »), puis finalement se prête au jeu (« On va chercher le monstre dedans. »). Elle associe la gémellité picturale ainsi que l’homosexualité, l’inversion des sexes, à la monstruosité quand elle commente les toiles : « Cette figure de femme hommasse peut tenir lieu d’identification. »

 

Il n’est pas rare d’entendre des personnes homosexuelles se prendre pour des monstres, considérer l’existence humaine ou l’amour comme horribles. « Je me voulus semblable à cette femme qui, à l’abri des gens, chez elle conserva sa fille, une sorte de monstre hideux, difforme, grognant et marchant à quatre pattes, stupide et blanc. En accouchant, son désespoir fut tel sans doute qu’il devient l’essence même de sa vie. Elle décida d’aimer ce monstre, d’aimer la laideur sortie de son ventre où elle s’était élaborée, et de l’ériger dévotieusement. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 30) ; « Que Michael Jackson nous épargne ses jérémiades sur la pureté des enfants. Ce sont des monstres, comme nous. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 155) ; « Ce sont mon sentiment, ma faiblesse qui ont fait de moi un monstre. Oui, un monstre, puisque, au moment où je fais le bilan de mon existence, je m’aperçois que je n’ai jamais rien compris de la vie… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 80) ; « Fais-moi le monstre en colère. » (Laurent demandant à son amant André de l’exciter au lit, dans le docu-fiction « Le Deuxième Commencement » (2012) d’André Schneider) ; etc.
 

Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, le terme « Bixa » signifie à la fois « tapette » et « bestiole »… et c’est ainsi que s’auto-déterminent les témoins travestis.
 

Dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018, Déborah, personne intersexe élevée en fille, et son amie Audrey, elle aussi intersexe, se baladent au Muséum d’Histoires Naturelles de Lausanne (en Suisse), et y observent les animaux empaillés, et notamment un « Chat : Monstre à tête double », en rappelant qu’à une certaine époque de la médecine légale, les hermaphrodites ou les intersexes comme elles étaient considérées comme des monstruosités de la Nature. Un peu plus tard, Vincent Guillot, militant intersexe, a de la révolte en lui : « Le médecin m’a dit : ‘T’es un mutant, t’auras jamais d’enfant, tu seras toujours différent des autres.’ »

 

Les monstres (en latin, « monstrare » signifie « montrer ») qui surgissent de l’imaginaire humain (torturé !) de nos contemporains nous montrent à mon sens deux choses : d’une part une passion morbide croissante pour la laideur et la mort, d’autre part une tentative de censure d’actes mauvais qui sont posés en l’honneur de la croyance en la « réalité » de ces mêmes monstres. Comme le souligne à juste raison le philosophe Philippe Muray dans l’essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), notre époque, qui est à la mode de « l’indignation n’ayant pas conscience de ce qui l’indigne » (et même pire : qui fait de l’indignation affichée sur les réseaux sociaux et à la télé un cache de l’objet d’indignation), est une époque propice à voir des monstres partout (au départ des « monstres gentils » comme Casimir) et à en produire sur nos écrans, pour ensuite se justifier de ne pas penser, de ne rien montrer de l’horreur de certaines pratiques destructrices et des folies humaines irraisonnées : « Monstre’ est un mot commode pour ne rien nommer du tout, et par conséquent ne rien essayer de comprendre non plus, puisqu’il s’agit aussi d’innommable, justement, de non-représentable, d’impensable. » (p. 129)

 

L’état de léthargie éthérée, en plus de révéler une atrophie du désir, peut signifier symboliquement quelque chose de beaucoup plus grave. Comme je le signale dans les codes « Sommeil » et « Oubli ou Amnésie » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels, le mort-zombie est parfois la victime d’un viol, qui par son silence, couvre son agresseur ou la future agression qu’elle va reproduire parce qu’elle n’a pas conscience de la violence qu’elle a subie. « J’attendais. Mieux que ça, je rêvais. Un rêve comme celui du Bon Dieu qui couche avec Satan. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 72) Par exemple, le 23 décembre 2002, dans les Hauts-de-Seine (banlieue parisienne), Philippe Digard, âgé de 26 ans, étouffe et tue Ilia, un jeune prostitué homosexuel : il semble, selon les propres mots de l’avocate générale Marie-Claire Maïer, que ce criminel « consommait beaucoup de cocaïne. Et la cocaïne, ça décuple les forces. Il s’est transformé en zombie, un zombie dopé ». Autant les zombies n’existent pas, autant les attitudes de zombies, autrement dit de possession diabolique ou de captation du désir par l’irréel, peuvent exister… et sont tout sauf douces !
 

Dans énormément de films actuels traitant de la Bête de l’Apocalypse, l’homosexualité y apparaît… preuve que l’homosexualité est un symptôme de Fin des Temps mais également de satanisme : « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, « La Belle et la Bête » (2017) de Bill Condon, « La Bête curieuse » (2016) de Laurent Perreau, « The Last Girl » (2016) de Colm McCarthy, « The Greatest Showman » (2017) de Michael Gracey, le film « Seules les bêtes » (2019) de Dominik Moll, etc.
 
 
 

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Code n°131 – Noir (sous-codes : Pantin noir / Dix Petits Nègres / Joséphine Baker / Prostituée noire / Racisme / Afrique)

Noir

Noir

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

D’après vous, pourquoi le « mariage homo » est porté par Mme Taubira en France ?

 

Photos de travestis et trans noirs "Ladies And Gentlemen" par Andy Warhol

Photos de travestis et trans noirs « Ladies And Gentlemen » par Andy Warhol


 

L’identification-substitution aux pauvres est particulièrement visible à travers l’attrait des personnes homosexuelles pour les Noirs. Il n’est pas rare de voir apparaître au détour d’une scène de film à thématique homo-érotique des acteurs à la peau noire. Il ne s’agit pas toujours d’un Noir réel ; il est parfois figuré par un simple pantin sombre. On peut également souligner au passage l’influence surprenante que joue pour certains sujets homosexuels le roman Les Dix Petits Nègres (1939) d’Agatha Christie ainsi que leur dévotion pour celle qui est un déguisement de travesti à elle toute seule : Joséphine Baker (bientôt au Panthéon parisien ?…). Quel est le sens de cette passion homosexuelle pour la négritude ? C’est ce que nous allons tenter de voir dans cette étude qui va nous montrer l’étrange rapport qu’entretiennent les personnes homosexuelles avec la différence des sexes d’une part et la différence des espaces d’autre part. Un rapport idolâtre d’attraction-répulsion, à la fois homosexuel en intentions et homophobe en actes, à la fois humaniste en intentions et raciste en actes.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « « Je suis un Blanc noir » », « Amour ambigu de l’étranger », « Ombre », « Prostitution », « L’homosexuel riche/L’homosexuel pauvre », et « Homosexualité noire et glorieuse », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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1 – PETIT « CONDENSÉ »

 

Homosexualité et Négritude : Au bras d’un Noir, ça passe mieux !

 

Documentaire "We Were Here" de David Weissman

Documentaire « We Were Here » de David Weissman


 

Il existe un lien de coïncidence entre désir homosexuel et négritude, même si, bien entendu, il ne s’agit pas de le causaliser en soutenant par exemple que « la majorité des homos sont attirés par les Noirs », ou que « tous les homos sont racistes », ou encore que « les couples mixtes homos sont forcément superficiels ».

 

Ce lien est peu reconnu, ni même analysé, car à mon avis, il s’appelle « viol » (ou massacres dus à une certaine colonisation ; je ne dis pas « la » colonisation dans son ensemble) ; et il renvoie inconsciemment au désir de viol qu’est le désir homosexuel. C’est pour cette raison qu’il apparaît encore flou à notre société, y compris aux yeux des personnes homosexuelles qui s’y intéressent et qui voudraient le comprendre :

 

« Mon prochain roman, je voudrais qu’il se passe en terre de négritude, une nouvelle histoire d’amour métissée avec pour fond une réflexion sur ce que fut la colonisation. J’ai l’intuition qu’on n’est pas allés jusqu’au bout, sur le plan anthropologique, de ce que fut la rencontre du Blanc et du Noir. Il s’est joué dans la colonisation autre chose qu’un rapport de domination-soumission. […] Cette fascination du Blanc pour le Noir, c’est chez moi de l’ordre du désir, comme l’écriture, profond, mystérieux, fascinant. Souvent je m’interroge sur cette attirance pour l’homme noir. Et mes amis blacks ne m’ont jamais vraiment éclairé là-dessus, pas plus que les Blancs d’ailleurs ! » (l’écrivain homosexuel Hugues Pouyé, sur le site Les Toiles roses, en 2009)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il n’est pas anodin qu’au début du XXe siècle, Harlem ait été le quartier où gravitait l’intelligentsia homosexuelle new-yorkaise et d’où a émergé le mouvement mondial de « Libération homosexuelle ». Les militants homosexuels nord-américains se sont largement appuyés sur les groupes de défense des droits des noirs tels que les Black Panthers pour ensuite montrer patte blanche. La collaboration « negro-gay » est notamment visible à travers la musique : dans les années 1950-60 existent des liens très forts entre la Beat Generation et le jazz ; le disco des années 1970-80, musique gay par excellence – normal : c’est une des premières musiques qui ne se danse pas en couple… – (je vous renvoie à l’étude de Walter Hughes sur les liens entre musique disco et homosexualité), est portée par les Noirs ; nous pouvons également parler de la passion homosexuelle pour les grosses mamies black de la soul (Ella Fitzgerald, Donna Summer), les divas de la house music des années 1990, et les bimbos noires du R’n’B actuel (Beyoncé, Whitney Youston, Toni Braxton, Brandy, etc.). « On dit toujours que les gays aiment les chanteuses noires. Je pense aux chanteuses venues des Negros Spirituals. Elles sont à la fois tristes et pleines d’espoir. » (Lady Bunny, homme transformiste M to F, dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Inside » (2014) de Maxime Donzel).

 

Parfois dans les créations homosexuelles, il est fait mention de l’Afrique comme une métaphore géographique du désir homosexuel. « Je constate que je ne parle de vous qu’en relation avec l’Afrique ; car je sais bien que c’est la part qui est peut-être la plus proche de votre vérité, et à laquelle je me sens le plus fortement attaché. » (cf. une lettre privée de Foucault à Rolf Italiaander pour Noël 1960) Dans le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse, par exemple, ce n’est qu’au moment où Maximilien et Bryan trinquent « à l’Afrique » que nous comprenons qu’ils vont être amants (ce ne sera pas dit à un autre moment du synopsis). Il est significatif ici que la déclaration d’amour homosexuel ne passe pas par un « je t’aime » explicite mais par une adhésion orale à l’Afrique.

 

Photo de Rancinan "Les Barbares arrivent !"

Photo de Rancinan « Les Barbares arrivent ! »


 

Beaucoup de personnes homosexuelles ont intégré et désiré incarner ce fantasme du Noir. La prostituée noire (parfois lesbienne) est une icône homosexuelle récurrente. « J’ai connu des putains… de ténèbres. » (c.f. la chanson « Désobéissance » de Mylène Farmer) ; « Et toi quand tu parles de cette cubaine, appuyée contre la fenêtre en face de la jetée…, je me dis que cette femme, c’est moi » (Benigno au parloir du film « Hable Con Ella », « Parle avec elle » (2001) de Pedro Almodóvar). Le rappel de l’Afrique, c’est une manière de pointer du doigt la blessure homosexuelle : le désir d’esclavage – ou l’esclavage réel –, et plus largement le désir de violation de la/sa dignité humaine.

 

Pourtant, un certain nombre de personnes homosexuelles sont prêtes à qualifier le lien de coïncidence entre race noire et homosexualité de « raciste » simplement parce qu’elles le transforment en lien de causalité (les récents d’amalgames entre l’opposition à la loi Taubira et le soi-disant racisme de ces mêmes opposants – cf. l’épisode de la banane angevine en 2013 – sont assez éloquents) Du coup, c’est l’établissement du lien de causalité qui devient raciste ! Par exemple, concernant l’amant noir de l’ami d’enfance homosexuel de Billy dans le film « Billy Elliot » (1999) de Stephen Daldry, nous pouvons lire quelques critiques affirmer que « l’homme noir homosexuel est un cliché, voire même une incitation au racisme » (BohwaZ, « Billy Elliot », article écrit le 19 janvier 2001 sur le site suivant, consulté en juin 2005). On se demande dans ce cas précis qui est en train de juger qui… Si lier la négritude à tout sujet qui aborde la souffrance revient à être raciste, c’est que nous considérons le Noir comme un Superman qui ne souffre jamais ou, ce qui revient au même, comme un être inhumain (personnellement, je préfère le prendre pour un Homme singulier mais foncièrement comme les autres). Il est même curieux de découvrir que la très grande majorité des hommes gays racistes qu’on est amené à rencontrer ne se trouvent pas chez les Blancs mais parmi les sujets gays noirs : il n’est absolument pas rare de voir un certain nombre d’entre eux se protéger du soleil pour ne pas, selon leurs propres termes, « noircir davantage », jouer de leur double étiquetage de monstres – en tant que personnes homosexuelles et en tant que Noirs – (rappelons-nous leur regard fou et leur gestuelle exagérément démoniaque pendant les Gay Pride ; j’aborde dans le code « Vampirisme » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels l’identification d’un certain nombre de Noirs homos à Dracula), poser sur Internet la question saugrenue de savoir si cela ne nous dérange pas qu’ils soient Noirs (on a envie de leur dire que leur soi-disant « différence de race » n’a d’importance que pour eux…). Fondamentalement, le racisme n’a pas de race. La meilleure arme contre celui-ci réside déjà dans le fait de ne pas s’estimer à l’abri du racisme, qui plus est quand on est né Noir ET homosexuel !

 

N.B. : Message perso aux amis lecteurs qui seraient tentés de me taxer de « raciste » simplement parce que je parle du lien de coïncidence entre désir homosexuel et Noir, ou parce que j’emploie les mots « Noirs » et « race » (qui ne sont pas des gros mots, je préfère préciser, on ne sait jamais : ils renvoient à des réalités visibles et concrètes) :

 

Je me souviens (c’était en 2010) de l’étonnante réaction qu’avaient eue mes deux classes de futures secrétaires, étudiant au lycée professionnel de Juvisy, que j’avais emmenées voir l’excellent one-woman-show de l’humoriste Bérengère Krief, Ma Mère, mon chat, et Docteur House, à Paris. Elles avaient unanimement adoré le spectacle. Il faut dire qu’il était très « girly » et particulièrement adapté à elles. Mais j’avais été surpris de voir qu’un seul des sketchs de la série n’avait pas réellement fonctionné… alors qu’il n’était pourtant pas si différent des autres, et qu’en plus, il pouvait être considéré comme un plaidoyer en faveur de la France Blacks-Blancs-Beurs que représentaient tout à fait mes élèves : ce fut le sketch sur la dénonciation du racisme (Bérengère y imitait parodiquement une raciste de base). J’ai senti à ce moment précis du spectacle que les poils de mes secrétaires, pour la plupart d’origine maghrébine et africaine noire, se hérissaient. J’ai eu, du coup, une petite sueur froide moi aussi… Ce fut de leur part une méfiance instinctive, presque animale (j’en ai reparlé à la fin du spectacle avec Bérengère, et on s’est dits que leur coup de sang – heureusement vite estompé par la bonne humeur de la fin du spectacle – était « sociologiquement très intéressant à analyser », lourd d’interprétations !). Beaucoup de mes élèves, baignées dans un racisme ordinaire mâtiné de « tolérance multiraciale de principe » (exemple : Il n’y a ni races, ni religions, ni frontières, ni Blancs, ni Noirs, ni Jaunes, on est tous des frères égaux), élevées inconsciemment dans un climat de xénophobie-qui-s’ignore (car, en effet, comment puis-je être moi-même raciste, se dit le raciste, étant donné que je suis Noir et qu’on peut à tout moment m’attaquer pour ça ?), ont sorti, l’espace de 5 minutes, leurs griffes manucurées, uniquement parce qu’elles avaient entendu les mots-qui-font-peur (« Noir », « raciste », « sale Arabe »), les mots interdits d’une société qui cultive tous les tabous alors qu’elle prétend justement les pulvériser magiquement par un sourire publicitaire. La souffrance s’amuse toujours, pour se faire oublier, à brouiller les cartes entre les mots et les choses qu’ils désignent, à réduire les personnes à leurs actes et à leurs dires, afin de continuer à s’étendre. C’est inattendu, les chemins que prend la peur.

 

Pour les esprits faibles, ignorants, paranoïaques ou schizophrènes, c’est-à-dire ceux qui se laissent tellement bercés par leurs bonnes intentions qu’ils ne se voient plus (mal) agir, la différence entre l’explication et la justification, entre le dire et le faire, entre les mots et la réalité parfois violente qu’ils recouvrent, est abolie. Selon leur curieux schéma de pensée, le mot « eau » a le pouvoir de mouiller, le mot « feu » brûle, le mot « chien » mord, la télé dit la vérité et crée le Réel. Si tu parles de racisme, c’est forcément que tu le provoques et que tu es raciste toi-même ! ; si tu dénonces l’homophobie, c’est que tu es à coup sûr homophobe ! ; si tu traites des Juifs – en bien ou en mal, peu importe finalement ! il suffit d’en parler pour être dangereux, pas besoin d’aller chercher plus loin… –, tu es traîné en procès d’antisémitisme ! Il n’y a qu’à voir le sort qui m’est réservé actuellement par les brigades prétendument « anti-homophobie » qui me voient comme un ignoble homophobe uniquement parce que je m’attache à décrire les mécanismes de l’homophobie. Il n’y a qu’à voir les suspicions infondées de xénophobie et de racisme qui s’abattent sur un Éric Zemmour, simplement parce qu’il ose parler des étrangers et de l’identité nationale. Bientôt (c’est déjà le cas d’ailleurs), prononcer le mot « homosexualité » va devenir homophobe ! Pour notre société névrogène et superstitieuse, nous créons ce que nous disons… donc nous ne devons parler de rien : ni d’immigration, ni de souffrance, ni d’argent, ni de religions, ni de mort ! Nous sommes directement associés et contaminés par un mythique mal « tout-puissant » : parler du malheur, ça rendrait malheureux ! C’est être défaitiste ! « Je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur… » : voilà le paradoxal crédo du parano manichéen athée. Les raccourcis moralisants des abrutis me fascineront et m’étonneront toujours…

 

Film "Parallel Sons" de John G. Young

Film « Parallel Sons » de John G. Young


 
 

2 – GRAND DÉTAILLÉ

 

FICTION

 

NOIR Seal

 
 

a) Le personnage homosexuel est souvent accompagné d’un Noir :

La négritude est un thème omniprésent dans les créations artistiques homosexuelles. C’est ce que l’on peut constater dans le poème « The Black Christ » (1929) de Countee Cullen, le film « Drool » (2009) de Nancy Kissam, le vidéo-clip de la chanson « Les Mots » de Mylène Farmer et Seal, la série Black Out (2010) de Rudee LaRue, la B.D. Pressions & Impressions (2007) de Didier Eberlé (avec Clotilde et sa compagne noire), le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, le film « La Cage aux Folles » (1978) d’Édouard Molinaro (avec Jacob, le domestique noir), les films « Territories » (1984), « The Passion Of Remembrance » (1986), « Looking For Langston » (1988), « Young Soul Rebels » (1991), et « The Attendant » (1992) d’Isaac Julien, le film « Society » (2007) de Vincent Moloi, le film « Loin du Paradis » (2002) de Todd Haynes (dans les années 1960 aux États-Unis, en pleine période de remise en question de la ségrégation raciale), la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, le tableau Blacks (1997) de Philippe Barnier, le film « Embrassez qui vous voudrez » (2001) de Michel Blanc, le film « Dakan » (1997) de Mohamed Camara, le film « J’aimerais j’aimerais » (2007) de Jann Halexander, le film « Get On The Bus » (1996) de Spike Lee, le film « Portrait Of Jason » (1967) de Shirley Clarke, le film « Edmond » (2005) de Stuart Gordon, le roman L’Œuvre au Noir (1968) de Marguerite Yourcenar, le film « Next Stop, Greenwich Village » (1976) de Paul Mazursky, le film « The Watermelon Woman » (1996) de Cheryl Dunye, le film « Peut-on être Noir et homosexuel aux États-Unis ? » (1989) de Marlon Riggs, le film « The Girl » (2000) de Sande Zeit, le film « Foxy Brown » (1974) de Jack Hill, le film « Esprit de famille » (2005) de Thomas Bezucha, le film « Swashbuckler » (1976) de James Goldstone, le film « La Chambre discrète » (1962) de Bryan Forbes, le film « Parallel Sons » (1995) de John G. Young, la série nord-américaine Six Feet Under (David, le cadet de la famille est en couple avec un policier noir), le film « Lettres d’amour en Somalie » (1981) de Frédéric Mitterrand, le film « Un Duplex pour trois » (2003) de Danny DeVito, le film « Prêteur sur gages » (1965) de Sidney Lumet, le film « Armaguedon » (1976) d’Alain Jessua, le tableau Impressions d’Afrique (1938) de Salvador Dalí, le film « Six degrés de séparation » (1993) de Fred Schepisi, la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg, le film « Un Chant d’amour » (1950) de Jean Genet, le film « Sous les verrous » (2003) de Jörg Andreas, le film « The World Unseen » (2007) de Shamin Sarif, la pièce Baby Doll (1956) de Tennessee Williams (avec Moïse, le Noir), le film « Brother To Brother » (2004) de Rodney Evans, la chanson « Tutti Frutti » de Little Richard, la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters, le film « Birth 3 » (2010) d’Anthony Hickling, le film « Tout ira bien » (1997) d’Angelica Maccarone, le tableau Afrique je t’aime (2006) d’Orion Delain, les tableaux du peintre Benoît Prévot (2007), le film « Strange Fruit » (2004) de Kyle Schidkner, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le film « Sexe, gombo et beurre » (2007) de Mahamat-Saleh Haroun, le film « Justice pour tous » (1979) de Norman Jewison, la chanson « Billy Brown » de Mika (racontant un coming out), le film « Norman la folle » (1976) de George Schlatter, « Mon copain Rachid » (1998) de Philippe Barassat, le film « Nos Vies bouleversées » (2003) de Shahar Rozen, le roman Confidence africaine (1931) de Roger Martin du Gard, le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le roman Nouvelles impressions d’Afrique (1932) de Raymond Roussel, le film « Girlboy » (1971) de Bob Kellett, le film « Next Stop Greenwich Village » (1976) de Paul Mazursky, le film « A Rainha Diaba » (1975) de Antonio Carlos Fontoura, le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, la chanson « Bessie » de Patricia Kaas, le film « The Family Stone » (« Esprit de famille », 2005) de Thomas Bezucha (dans lequel Ben a un copain noir), le film « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier (avec le couple homo Claude Rich/Dieudonné), les films « Le Voyage au Congo » (1927) et « Le Blanc et le Noir » (1931) de Marc Allégret, le film « Proteus » (2003) de John Greyson et Jack Lewis, le film « Beautiful Thing » (1996) d’Hettie MacDonald (notamment avec la danse finale entre la mère blanche de Jamie et la voisine noire Leah), la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays (avec la figure de Kirikou), le sketch « Le Noir » (1989) de Muriel Robin, la pièce Les Nègres (1959) de Jean Genet, le film « Keiner Liebt Mich » (« Personne ne m’aime », 1993) de Doris Dörrie, le film « Afrika » (1973) d’Alberto Cavallone, le roman Los Negros (1959) de Julio Antonio Gómez Fraile, le roman Sur les traces de l’Afrique fantôme (1991) de Michel Cressole, le film « Le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa (avec une négritude jugée comme dangereuse), le film « 8 Miles » (2002) de Curtis Hanson, le vidéo-clip de la chanson « Spinning The Wheel » de George Michael, le vidéo-clip de la chanson « Vogue » de Madonna, le roman Un Thé au Sahara (1949) de Paul Bowles, le film « Flirt » (1995) de Hal Hartley, le roman Série Black (2003) de Philippe Cassand, le roman Un Amor Fora Ciutat (1959) de Manuel de Pedrolo (avec Miquel, l’amant noir), le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki (avec Hunter, l’amant noir), le film « Identity Crisis » (1988) de Melvin Van Peebles, le film « Made In America » (1992) de Richard Benjamin, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, le film « Insatisfaites poupées érotiques du professeur Hitchcock » (1971) de Fernando Di Leo, le film « Collateral » (2004) de Michael Mann (avec le personnage de Max), la photo Man In Polyester Suit (1980) de Robert Mapplethorpe, le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy (avec Quintus Pearch, le serviteur noir), la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch (où Rachid est comparé à un Noir), la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie besset (avec Charlène, l’amie noire de Paul, le héros homosexuel), la pièce Confessions d’un vampire sud-africain : l’étrange histoire de Pretorius Malan (2008) de Jann Halexander, la pièce Orage (et des espoirs) (2017) d’Alexis Matthews, le film « Berlin Harlem » (1977) de Lothar Lambert, le film « Le Trou aux Folles » (1979) de Franco Martinelli, la pièce Les Babas Cadres (2008) de Christian Dob (avec Jeff possédant un livre illustré sur la Côte d’Ivoire), le film « La Salamandre » (1969) d’Alberto Cavallone, le film « Stir Crazy » (1980) de Sidney Poitier, le film « Greenbook » (2018) de Peter Farrelly, le film « Zurück Auf Los ! » (1999) de Pierre Sanoussi-Bliss, le film « Alles Wird Gut » (1997) d’Angelica Maccarone, les dessins Rugbymen (2005), Foot (2006), Gymnastes (2005), Handisport (2006) de Boris X, le film « La Princesse et la Sirène » (2017) de Charlotte Audebram, la chanson « Joe le taxi » de Vanessa Paradis, le film « 30° couleur » (2012) de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue (avec Zamba, le travesti M to F haut en couleurs, au carnaval antillais), le roman La nuit de Maritzburg (2014) de Gilbert Sinoué (sur fond d’apartheid), la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz (avec le couple Chris – Blanc – et Ruzy – Noir), le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer (racontant l’histoire d’amour entre Johnny le Blanc et Romeo le Noir), le vidéo-clip de la chanson « Only Gay In The World » de Tomboy, la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (avec Emmanuel, le séminariste noir, le quota « solidaire » de la série), le concert Free : The One Woman Funky Show (2014) de Shirley Souagnon (avec le Commerce triangulaire et la traite des Noirs), le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu (se déroulant à Nairobi, au Kenya), le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan (avec Audrey la journaliste noire gay friendly), le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare (avec Alex, l’ex de Jean), la série Manifest (2018) de Jeff Rake (avec Bethany, lesbienne noire « mariée » avec Georgia), etc. Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’ Abdellatif Kechiche, Adèle, l’héroïne lesbienne, fait danser ses classes de maternelle sur des percussions de musiques « cools Africa » pour la kermesse de l’école. Dans l’épisode 4 de la saison 3 de la série Black Mirror (« San Junipero »), Yorkie, l’héroïne lesbienne, sort avec Kelly, noire des années 1980. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, les « mères » de Jackson sont lesbiennes : Sylvia la blonde compose un « couple » avec une femme noire. Quant à l’un des héros principaux de la série, Éric, il est noir et homosexuel.

 

Film "Beautiful Thing" d’Hettie MacDonald

Film « Beautiful Thing » d’Hettie MacDonald


 

Au détour d’un film parlant d’homosexualité, ou d’une intrigue qui ne traite absolument pas de thématiques liées au racisme ou à la culture noire, il est fréquent de voir débarquer à l’improviste un Noir. C’est apparition impromptue est étonnante. « Remontant dans son bureau, Antoine croisa un homme, visiblement Africain, vêtu d’une blouse Euroclean, aux manettes d’une grosse shampouineuse de moquette. Il le salua. L’homme baissa les yeux sans répondre. » (Vincent Petitet, Les Nettoyeurs (2006), p. 154) ; « Antoine éteignit la lumière, puis tenta de faire une mise au point sur la fenêtre d’en face. […] Il lâcha les jumelles. Il les ramassa et regarda de nouveau. Dans une pièce aux murs couverts de masques africains, Martine Van Decker, immobile, murmurait d’interminables borborygmes en l’observant. » (cf. la dernière phrase du roman Les Nettoyeurs, op. cit., p. 248) ; « Plus près d’elle [Esti], une jeune femme Noire coiffée d’une multitude de tresses terminées par des perles de couleur se tenait devant les crèmes hydratantes. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 206) ; « C’est nous qui lançons la mode. Nous, les blacks et les gays. » (Maria, la prostituée, s’adressant à Jane, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 165) ; etc. Par exemple, dans le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, une sorte de sorcier marabout noir, habillé en costume africain traditionnel, débarque en pleine débauche sexuelle dans une boîte gay, juste pour interpeller le héros homo avec cette question : « Alors les gars, vous vous éclatez bien ? », puis repartir et ne plus apparaître dans le restant du film.

 

Film "Brother To Brother" de Rodney Evans

Film « Brother To Brother » de Rodney Evans


 

Parfois, le personnage homosexuel dit ouvertement son attachement aux Noirs et à l’Afrique : « Vive les Noirs ! les Nains ! » (Camille la lesbienne dans le one-man-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Celui que j’aime est un garçon à la peau brune. » (une réplique de la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1935) de Federico García Lorca) ; « Tu ne veux plus de moi parce que j’ai épousé un Noir ! Raciste ! » (l’infirmière s’adressant au professeur Vertudeau dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Toi aussi je t’aime, même si tu es moins claire que les autres. » (Aldebert parlant à Hud, la Noire de la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Vous faisiez quoi en Afrique ? » (Henri interrogeant le très homosexuel Docteur Bosmans, dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; « J’ai exploré l’Afrique… dans tous les sens du terme. » (François, le héros homo du one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « C’est la fête en Afrique du Nord. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; « Mama Africa, je t’appelle ! » (Pierre Fatus, le Blanc qui se prend pour un Noir, dans son one-man-show L’Arme de fraternité massive !, 2015) ; « Ils ont trop la classe, les Noirs. Ils ont bercé toute mon enfance : Billy, Ella, Charlie. » (idem) ; « L’Amérique du Sud, ça peut pas être pire que l’Afrique. » (Jean-Marie, homosexuel, dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré) ; etc. Par exemple, dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Garance, l’héroïne lesbienne, se met à fantasmer ironiquement sur « les douches avec de grands Noirs bien musclés ». Certains personnages homosexuels sont même homos et font leur coming out : « Ça a été très dur d’assumer ma négritude et mon homosexualité. » (Laurent Spielvogel imitant imitant Marie-Louise la femme de ménage noire lesbienne, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015)

 

Série "Six Feet Under"

Série « Six Feet Under »


 

Curieusement, il est fait mention de l’Afrique comme une métaphore géographique du désir homosexuel : cf. le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar (avec la fille de la Marquise, mystérieusement disparue en Afrique), la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, la pièce Dans la solitude d’un champ de coton (1987) et Combat de Nègre et de chiens (1979) de Bernard-Marie Koltès, le film « RTT » (2008) de Frédéric Berthe (avec Peyrac qui attiré par le flic noir), etc. Par exemple, dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Nounours, le peintre homo d’art contemporain, se marie avec le flic noir, à la toute fin.

 

Le couple homosexuel fictionnel se forme autour de l’Afrique : « Et si on essayait de se tirer là-bas en Afrique ? » (Billy s’adressant à Rasso dans la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas) ; « Elle me parle de l’Afrique, de poèmes pour sa mère. » (cf. le poème « Noire et Blanche » (2008) d’Aude Legrand-Berriot) ; « Vous faisiez quoi en Afrique ? » (Henri s’adressant au très homosexuel Docteur Bosmans, dans le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; etc. Par exemple, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh, Glen a prévu de partir en Afrique. Dans le film « Cabaret » (1972) de Bob Fosse, par exemple, ce n’est qu’au moment où Maximilien et Bryan trinquent « À l’Afrique ! » que nous comprenons qu’ils vont être amants (ce ne sera pas dit à un autre moment du synopsis). Il est significatif ici que la déclaration d’amour homosexuel ne passe pas par un « je t’aime » explicite mais par une adhésion orale à l’Afrique. Dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa, Cleavon, le gardien de cellules noir, sert de messager entre Steven et Phillip à la prison. Dans le roman Para Doxa (2011) de Laure Migliore, Ambre et Helena se rencontrent en voyage humanitaire en Namibie, et tombent amoureuses. Le roman A Glance Away (1961) de John Edgar Wideman entrelace les monologues intérieurs d’un ex-drogué noir et d’un professeur de littérature blanc et homosexuel. Dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Bernard, le héros homosexuel, a quelqu’un dans sa vie qui s’appelle Patou et qui est créole. Dans le film « The Comedian » (2012) de Tom Shkolnik, Ed rencontre Nathan, un jeune artiste noir. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Dodo raconte une histoire d’un ours polaire homosexuel qui visite l’Afrique. Dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, drague ouvertement Samuel (joué par Omar Sy) dans l’escalator du métro londonien.
 

Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Idgie et Ruth, les deux héroïnes lesbiennes, tiennent une auberge où travaillent des Noirs : c’est ce qui leur vaut de gros ennuis avec le Ku Klux Klan, qui leur reproche autant leur cohabitation homophile illicite que leur ouverture à l’étranger (« On voit comment tu traites les Nègres. Et nous, ça ne nous réjouit pas. » dit le chef des cagoulés pointus à Idgie). Homophobie et racisme s’entremêlent.

 
 

b) Un métissage amoureux complexe et peu réussi :

Dans les fictions homo-érotiques, l’Afrique est souvent associée au vol (dans tous les sens du terme) : « Tout au fond de ma mémoire, je le sens se réveiller, l’ancestral désir de toi : c’est le désir de monter sur un beau tapis magique pour survoler toute l’Afrique dans un dessin animé. » (Lou parlant à Ahmed dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Essaie de voler, mon petit. Tu vas voir comme ce n’est pas difficile. Je te donnerai un sucre. Je te montrerai l’Afrique, tu vas voir, c’est comme un mouchoir. Je te montrerai le monde, il est comme une boule de billard bleue avec des puces dessus. » (le Vrai Facteur dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « Quelques packs promotionnels de lots de quatre boîtes de douze préservatifs dégriffés plus loin, le héros d’une histoire se faisait violer par un régiment de légionnaires en rut, retour d’Afrique. » (le narrateur homo, dans la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 98) ; « Ma copine… c’est un grand Black d’1,90 m. » (Fabien Tucci, homosexuel, simulant l’hétérosexualité, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc.

 

Le visage noir, plus qu’une réalité de race, est le signe d’une culpabilité inconsciente ressentie après un acte mauvais (un vol ou un viol) commis par le héros homosexuel. « Le soleil me noircit. Il me transforme. En cendres ? En quoi exactement ? Je me demande si, juste à la toute fin, je serai complètement noir. Noir de brûlures. » (Khalid, le héros homosexuel, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, pp. 69-71) Par exemple, dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, après leur vol à l’étalage et de retour chez eux, Élisabeth et Paul s’entendent dire par leur gouvernante Mariette : « Quelle belle mine ! Vous êtes tout noirs ! » Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, la liaison lesbienne entre Ziki et Kena est découverte par les gens de leur quartier, à Nairobi (Kenya). L’honneur de leur famille est sali, et Mercy, la mère de Kena, voit sa fille comme une souillon : « Elle ne sera jamais propre. » Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, l’homme marié (le « plan cul » régulier de Jézabel, l’héroïne bisexuelle) parle à Jézabel de son « âme noire ». Et un peu plus tard, Stan, le sacristain jaloux, la décrit au père David comme une femme noire : « Tu vois pas que cette fille elle est noire, elle sent le soufre ? » Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Alfonsina, l’ouvreuse dans un ciné porno, parle de l’avortement d’un bébé noir. Dans l’épisode 86 « Le Mystère des pierres qui chantent » de la série Joséphine Ange-gardien, diffusée sur la chaîne TF1 le 23 octobre 2017, Louison, l’héroïne lesbienne, se force à coucher avec son pote Max, un Noir, pendant la colonie de vacances, pour finalement renforcer son sentiment d’être homosexuelle.

 

Film "Kick-Off" de Shawkat Amin Korki

Film « Kick-Off » de Shawkat Amin Korki


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, la race noire et la race blanche s’unissent pour le meilleur, mais surtout pour le pire… Le métissage et la négritude sont souvent associées à la sorcellerie (cf. le film « le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa, le roman Frankie Addams (1946) de Carson McCullers – avec la cuisinière noire –, le film « Le Sang du poète » (1930) de Jean Cocteau – avec l’ange noir -, etc.), à la schizophrénie et à l’infidélité (cf. la chanson « J’ai deux amours » de Joséphine Baker, « My Beautiful Laundrette » (1985) de Stephen Frears, le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, etc.), à la féminité diabolique (cf. le film « Huit Femmes « (2002) de François Ozon – avec le visage de Chanel éclairé par le feu de cheminée –, le vidéo-clip de la chanson « Les Mots » de Mylène Farmer et Seal, la diabolique mère jouée par Carole Fredericks dans la version « live » de la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer en 1989, la pièce Lady Dracula (2014) de Nabil Massad, etc.), à l’union d’esclavage sadomasochiste (cf. le film « Shoot Me Angel » (1995) d’Amal Bedjaoui, le film « Salò ou les 120 journées de Sodome » (1975) de Pier Paolo Pasolini, le film « La Passion » (2004) de Mel Gibson – avec le parallélisme entre l’empereur efféminé Hérode et le gros plan d’un esclave noir –, le film « Le Lézard noir » (1968) de Kinji Fukasaku – avec le Noir poignardé –, le vidéo-clip de la chanson « Foolin’ » de Devendra Banhart, le film « See How They Run » – « Coup de théâtre » – (2022) de Tom George, etc.). Par exemple, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair, le narrateur homosexuel danse sur des tubes des chanteuses qu’il adore. Quand le démon de la danse s’empare de lui, il s’adresse à la chorégraphe noire « Mia Frye, sors de ce corps ! ». Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Samuel, noir, dit à son amant blanc Jonas qu’il « ne vaut rien », et le vire de chez lui parce qu’il l’a trop trompé avec d’autres hommes. Dans la série et téléfilm It’s a Sin (2021) de Russell T. Davies, Roscoe, le héros homo noir, se met en couple avec un riche diplomate blanc londonien, qui a l’âge d’être son grand-père, et qui lui demande de jouer le rôle de « sa nounou ».

 

Il arrive que les rôles s’inversent, et que le Noir fictionnel prenne sa vengeance sur son maître blanc. Il devient bourreau à son tour (cf. le film « Blacula » (1972) de William Crain, le film « Foot For Love » (2014) d’Élise Lobry et Veronica Noseda,etc.). « J’aurais préféré me faire violer par trois grands Blacks. » (l’humoriste Kallagan dans son one-man-show Virtuose, 2017) Par exemple, dans le film « L’Immeuble Yacoubian » (2006) de Marwan Hamed, le héros homo est violé par son domestique nubien noir. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, le Black frappe Skip au commissariat. Dans la pièce Cachafaz (1991) de Copi, Cachafaz est un souteneur noir qui fait travailler son amant Raulito comme travesti. Dans le film « Noir et Blanc » (1986) de Claire Devers, ou bien encore dans la pièce Désir et masseur noir (1948) de Tennessee Williams, on nous raconte la liaison SM d’un client qui se fait maltraiter par son masseur noir. Dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, le Dr Labrosse fantasme de se faire violer par un jeune Sénégalais de 16-17 ans nommé « Babacar ». Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel doit faire son service militaire, et essaie, lors de la visite médicale, de se faire réformer. Il explique qu’il a fait une tentative de suicide suite à l’acte fratricide de son frère qui aurait essayé de le noyer « parce qu’il a appris qu’il avait eu une relation avec un… un… un… un… un Noir ».

 

Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel noir, découvre son attirance pour les hommes au sein d’un milieu noir très hostile et homophobe. Le film se veut un plaidoyer contre l’homophobie (sous couvert d’identité noire) et contre l’auto-racisme (donc l’homophobie au sens strict) : le surnom « Black » affublé au protagoniste principal résonne comme « Pédé », d’ailleurs.
 

Dans le (très autobiographique) roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, Adrien, le héros homosexuel, s’interroge sur son attrait sexuel presque monomaniaque pour les Noirs, et notamment pour son amant Malcolm, un prostitué noir avec qui il a entamé une relation compliquée : « Souvent, dans les bras de ces amants d’un soir, Adrien pensait à lui. Malcolm avait pénétré la mémoire de son corps et il ne s’étonnait plus que son désir le portât vers des hommes à la peau noire. Ils lui ressemblaient. Les mêmes cheveux où agripper ses doigts pour incliner amoureusement la tête, la même peau à la fois douce et tendue, aux reflets mordorés, la même odeur âcre et puissante, les mêmes yeux dont la lumière vient d’autres latitudes, les mêmes muscles saillants et fins, la même allure féline et noble. Tout cela rappelait Malcolm et portait Adrien à chercher l’amour des Noirs. Il s’interrogeait souvent sur les raisons secrètes du désir de cette beauté-là. Un désir de puissance, de virilité ? D’inverser l’ordre de l’Histoire ? D’aimer l’absolument autre ? Peut-être tout cela à la fois. » (pp. 34-35) On a l’impression que le héros gay aime en l’amant noir une texture corporelle plus qu’une personne vivante, unique, avec son âme, sa personnalité, et sa liberté. Nathalie, une amie d’Adrien, lui donne justement un élément de réponse à propos de son obsession des Noirs, quand elle énonce qu’« il cherche un miroir exotique » (idem, p. 46) de lui-même, une forme d’amour abstrait qui ressemble à la mort et à l’absence. Adrien en a bien conscience, intellectuellement parlant : « Ça m’interroge cette attirance pour les Blacks. […] Toujours le lointain, l’impossible, l’inatteignable. […] J’dois pas aimer l’amour proche ! » (idem, p. 46) Le héros homosexuel semble perpétuer un certain mépris colonialiste ancestral, qui à la fois vénère le Noir ET le traite pourtant comme une chose : « Il aimait ce corps d’homme métis. […] Adrien eut le sentiment étrange de n’être pas le seul à aimer un pareil corps. Il éprouva même une certaine gêne à l’idée que son regard s’inscrivît dans une longue chaîne de regards portés sur l’homme ébène. Désirs de Blancs fascinés par la puissance du corps du Noir, au point de vouloir la lui dérober, la posséder pour eux. N’était-il pas dans son regard comme un fils de colon, fier de tenir pour lui ce corps endormi ? » (idem, p. 50) En toile de fond, derrière l’« amour » homosexuel du Noir, le protagoniste négrophile et son amant noir sentent intérieurement qu’il y a un mépris larvé, une consommation mutuelle, une guerre cachée entre eux, un viol tacitement désiré/enfoui : « Moi, dans ton livre, je dois être le mauvais Black ! » (Malcolm s’adressant à son amant Adrien, idem, p. 62) ; « Malcolm n’est peut-être qu’un profiteur. Un esclave affranchi qui désormais possède le maître et se joue de lui. » (Adrien se rendant compte de l’opportunisme de Malcolm, idem, p. 59)

 

Film "Meine Liebe Ist Deine Freiheit" de John Greyson

Film « Meine Liebe Ist Deine Freiheit » de John Greyson


 

Parfois, le personnage homosexuel noir est apprécié en tant qu’amuseur complètement déjanté et grande folle. Dans le film « Rush Hour 3 » (2007) de Brett Ratner, par exemple, Carter joue le rôle de Bibiche, un costumier noir particulièrement maniéré, dans un cabaret parisien. Il y a aussi le flamboyant Ruby Rhod, le Noir très efféminé du film « Le Cinquième Élément » (1997) de Luc Besson. Mais en aucun cas ces personnages sont valorisés comme des êtres profonds et réels.

 

On décèle parfois dans cette vision misérabiliste ou au contraire diabolisante et frivole du Noir un racisme très ambigu, qui mélange attraction et répulsion : « On devrait peut-être adopter un p’tit Noir. Ce serait plus généreux. » (un couple gay dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Un groupe de musiciens berbères est soudain apparu devant nous. Ils avaient l’air dangereux, très dangereux même, mais ils jouaient merveilleusement bien tout un répertoire du folklore du Sud marocain. […] Ils étaient tous noirs, ces musiciens. Absolument noirs. Et leur musique, fascinante, nous a obligés, Khalid et moi, à suspendre notre dialogue et à les écouter un bon moment. » (Omar et Khalid dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 115) Dans le film « Occident (Statross le Magnifique 2) » (2008) de Jann Halexander, Statross Reichmann, un bourgeois métisse bisexuel, vit une relation tourmentée avec un jeune homme blanc d’extrême droite, Hans.

 

Dès que le désir homosexuel s’insère entre le Blanc et le Noir, le métissage tourne au vinaigre, s’annonce déséquilibré/déséquilibrant pour les deux membres fictionnels du couple. On voit déjà se profiler un rapport de forces violent. Très souvent dans les créations parlant d’homosexualité, le racisme pointe le bout de son nez, aussi bien dans le cadre amoureux que dans le cadre uniquement amical ou professionnel. Le racisme anti-Noirs est fréquemment exprimé par le héros homosexuel : « Retournes-y dans ton pays si t’es pas contente ! » (Georges parlant à Jacob, son domestique noir, dans la pièce La Cage aux folles – version 2009, avec Clavier et Bourdon – de Jean Poiret) ; « Tu vas pas me dire qu’ils vont purger les Noirs. » (Claude, l’homosexuel, s’adressant à son copain François, dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Pense aux p’tits Africains qui n’ont pas ta chance ni ton intelligence. […] Les pauvres n’imaginent pas les soucis que les gens aisés ont avec leur personnel ! Ils sont trop gâtés et puis c’est tout ! » (Mamita, la grand-mère acariâtre et bourgeoise s’adressant à son petit-fils Corentin, dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; « Enfin, on dit il ne faut pas faire de généralités… Je suis sûr que si on cherche bien un jour on trouvera bien un Noir dans une bibliothèque. » (la bourgeoise « raciste anti-racistes » dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Bien que l’armistice ait déjà été demandé par Pétain, on murmure que des centaines de tirailleurs sénégalais ont été massacrés de sang-froid par les nazis. De cette ‘chasse aux nègres’, je ne veux rien savoir. Juste profiter de l’instant présent. » (Madeleine dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 63) ; « Ayez davantage de fils incapables et nommez-les à toujours plus de postes bidons, mariez vos filles à des Arabes, faites-les engrosser par des nègres. » (le roi Rigane dans la nouvelle « L’Apocalypse des gérontes » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 135); « Entre traînées, on s’entraide ! » (le pote noir homosexuel de Paul, dans le film « The Big Gay Musical » (2010) de Casper Andreas et Fred M. Caruso); etc. Dans le film « Morrer Como Um Homen » (« Mourir comme un homme », 2009) de João Pedro Rodrigues, Tonia le transsexuel M to F blesse « sa » collègue travesti noire Jenny en lui remontant la fermeture éclair de sa robe, et la traite de « sorcière ». Dans le film « Ce n’est pas un film de cowboys » (2012) de Benjamin Parent, Moussa est le personnage noir traité de « Kirikou » par Jessica à la fin. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Franck abandonne un gamin noir dans un immeuble. Dans son one-man-show Tout en finesse (2014), Rodolphe Sand se met dans la peau d’une odieuse bourgeoise, responsable d’un orphelinat au Burkina-Faso, exploitant les Noirs et leur parlant très mal : « Fatoumata, tu pues ! »

 

Joséphine Baker et Charles Trénet

Joséphine Baker et Charles Trénet


 

Dans le sketch « Le Couple homo » de Pierre Palmade et Michèle Laroque, les humoristes parodient un couple de bourgeois apparemment gay friendly, qui reçoit à dîner un couple gay (Alain, 48 ans, et son jeune amant brésilien Roberto, 19 ans). Une fois les invités partis, ils se lâchent et balancent des horreurs racistes. Par exemple, ils abordent la question du tourisme sexuel, en disant que Roberto est le « gigolo » d’Alain. Et ils font du milieu de la nuit cubain un repère d’homosexuels : « C’est comme dans les boîtes africaines… y’a que ça ! »

 

NOIR Copi racisme

B.D. « La Femme assise » de Copi


 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, un des membres du cercle d’« amis » homosexuels, Bernard, est noir, ce qui n’empêche pas Michael, le maître de la bande, de faire des blagues racistes qui déclenchent presque une baston : « Vous savez pourquoi les Nègres ont de grosses lèvres ? » (à propos de la soi-disant manie des Noirs de se plaindre du travail en soupirant bruyamment).

 

Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, ne fait que des blagues racistes et homophobes sur les Noirs (il parle du « cul d’un Noir »). Tout comme sa mère, Diane, qui parle très mal au chauffeur de taxi noir, qu’elle enjoint à jouer du tam-tam. À propos de ce conducteur, Steve finit par l’insulter très violemment : « Va chier, Kirikou ! » ; « Sale race ! » ; « Putain de Nègre ! » ; « Retourne dans ton île ! Comme ça, t’envahiras pas mon pays ! »
 

Film "The Boys In The Band" de William Friedkin

Film « The Boys In The Band » de William Friedkin


 

Le racisme anti-Noirs affiché par certains artistes homosexuels, dans la mesure où il n’est généralement qu’un mime soi-disant parodique (« drolatique » diraient les snobs) de l’anti-racisme bourgeois ordinaire, n’en est pas moins violent : caricature ou pas, second degré ou pas, quand on mime, on reproduit l’agression, mais on ne la dénonce pas. C’est pourquoi je trouve par exemple que les imitations de bourgeoise anti-Noirs que l’Argentin Copi met constamment en scène dans ses œuvres sont très racistes. Une ou deux fois, passe encore ; mais tout le temps, bonjour les dégâts… : « Ce qui m’inquiète […], c’est que le jour de la fête elle mette bas un négrillon ! » (Ahmed dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Tu vas t’arrêter de remuer dans ta poussette, espèce de petite peste ? » (une mère à Vidvn, son bébé noir, dans le roman La Cité des rats (1979), p. 33) ; « Deux d’entre eux lui donnaient des coups de pied dans les reins et le bas-ventre pendant qu’un autre lui tapait à coup de matraque sur la tête. » (les CRS embarquant de force Vidvn, idem, p. 69) ; « Le cercueil est introduit debout dans une poubelle appuyé contre le mur en espérant que les éboueurs noirs du petit matin l’enlèveront même si c’est pour en voler les poignées, et qu’ils jetteront le cadavre dans une desserte avec les ordures et les gerbes. » (idem, p. 17) ; « Et tu couches avec des Noirs ? Avec de vrais Noirs ? Tu es une vraie vicieuse, maman ! » (« L. » à sa mère dans la pièce Le Frigo, 1983) ; « Dis bonjour de ma part à tes négrillons. » (idem) ; « Sa meilleure copine, une Arabe, s’est fait malmener parce qu’elle refusait de sucer la bitte d’un Nègre et après tout c’est elle qui a été condamnée parce que les Noirs avaient dit qu’elle les avait mordus aux couilles et on l’a fouettée en place publique. » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972), pp. 64-65) ; « J’essaie de la faire parler des enfants : elle sait qu’on en a adopté trois, elle ne savait pas qu’ils étaient morts. […] Ces enfants étaient maudits de par leur race. […] C’est à cause de ça qu’ils sont morts de façon accidentelle, ils devaient expier le péché de leur père noir qui était par ailleurs trafiquant de drogue. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des folles (1977), p. 88) ; « Le Noir est un démon. » (Silvano dans le roman La Vie est un tango, 1979) ; « Qu’est-ce que j’en ai marre de toi, saloperie de nègre ! » (Le Gros au Noir Angelino Pagano, idem) Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986), Martin, l’agent de ville, se fait traiter de « sale Noir » par Sapho. Dans la nouvelle « Les Vieux Travelos » (1978) de Copi, le viol du prince noir Koulotô par les deux travestis est le symbole d’une Afrique dépouillée par les néo-colonisateurs homosexuels : « Gigi lui arrachait sa montre-bracelet en or ; Mimi fouillait ses poches, où elle trouva une carte postale de Koulataï : un lac où miroitait le grand palace à 363 tours du prince Koulotô, en plein centre d’Afrique. Les vieux travelos se regardèrent. Après 60 ans d’humiliations (ou presque), elles étaient tombées sur l’homme de leur vie. » (p. 90)

 

Dans la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, la petite fille Nadia hébergée par la boulangère Madame Pignou se trouve d’abord « dans un état de saleté indescriptible » et couverte de chocolat « salissant ». Finalement, plus le lecteur avance dans l’intrigue et plus il découvre que le chocolat et la saleté sont naturalisées : « C’est dans la glace que Mme Pignou s’aperçut que la petite fille n’était pas couverte de chocolat, elle était de race noire. » (pp. 49-51) Plus loin encore, la boulangère apprend avec effroi que Nadia est en réalité sa petite-fille, et le fruit peccamineux de l’union illégitime de sa fille (prostituée de métier) avec un Noir ; « C’est avec un Noir qu’elle a fauté. » (idem, p. 51) Elle décide donc de se débarrasser de la gamine noire, et de cacher le cadavre dans son sac : « Mme Pignou traîna de quelques mètres le sac contenant Nadia, s’assit sur le trottoir, l’ouvrit. Du sac sortit une fumée épaisse, la petite Nadia était morte asphyxiée. Mme Pignou la déposa dans l’eau du caniveau qui coulait, abondante. » (idem, p. 56)

 

Dans la nouvelle « Les Potins de la femme assise » (1978), l’héroïne, une femme nommée Truddy, se trouve dans une gare parisienne qui, selon elle, semble sentir un peu trop le Nègre… : « La gare de Lyon la faisait chier, c’était vachement pollué, et puis il y avait des Noirs qui circulaient dans des espèces de machines à couper le gazon très vite, faisant semblant de nous écraser. » (p. 25) C’est dans ce lieu malfamé qu’il lui arrive toute une série de mésaventures macabres, dont une avec un agent d’entretien noir, qui l’agresse sans raison avec son véhicule nettoyant roulant : « Une de ces machines ressemblant à un train de Walt Disney faillit l’écraser. L’homme noir qui la conduisait riait, il fit demi-tour et refonça sur elle. » (idem, p. 31) Truddy se fait défendre par un autre homme, tout aussi psychopathe que le technicien de surface, puisqu’il règle son compte au Noir, justement : « Le monsieur ressemblant à Charles Boyer sortit un pistolet de sa poche et tira sur le Noir, qui tomba sur le carrelage. » (idem, p. 32) Mais le massacre raciste ne s’arrête pas là. L’histoire se termine en méchoui collectif : « Le boucher jeta le Noir sur une table en bois, le déshabilla prestement et commença à le dépecer à l’aide de différents couteaux […]. La foule criait ‘Bravo !’ à chaque fois que le boucher décollait un membre du cadavre du Noir que l’apprenti allait jeter dans le bûcher. » (idem, p. 38) Voilà. Je crois que la boucle du racisme copien est bouclée !

 

B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi (planche "Le Roman")

B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi (planche « Le Roman »)


 
 

c) Le Noir-objet, le pantin noir :

Dans les fictions homosexuelles, le Noir n’est pas tellement considéré comme un être humain. Il est plutôt sacralisé en statuette d’ébène sacrée, en pantin noir : cf. le film « L’Ange bleu » (1930) de Josef von Sternberg, le film « Le Narcisse noir » (1947) de Powell et Pressburger, le film « Firework » (1947) de Kenneth Anger (avec la statue africaine), le roman À ta place (2006) de Karine Reysset (avec les deux statuettes africaines), la chanson « Ma Vénus d’Ébène » de David Jean, le roman Lettres à un homme noir qui dort (2007) de David Dumortier, etc. Par exemple, dans la pièce Happy Birthgay Papa ! (2014) de James Cochise et Gloria Heinz, Marilyn compare le footballeur noir et homo Ruzy à du chocolat.

 

Stromae par Pierre et Gilles

Stromae par Pierre et Gilles


 

L’idolâtrie pour le Noir confine au racisme positif : « En plus, les Blacks, ils sont bien montés ! » (Nono, le héros homo de la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; « Je regardais Le Prince de Bel-Air, le Cosby Show. » (Shirley Souagnon dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc. Par exemple, dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Romeo, le héros homosexuel noir-ébène, s’amuse à se montrer à poil face à son amant blanc Chris, et vante l’impressionnant volume et capacités insoupçonnées de son sexe génital.

 

En général, le Noir est réifié, transformé en objet ou en image. Par exemple, l’un des personnages lesbiens de la pièce Monologues du vagin (2007) d’Eve Ensler possède un grand poster de femme noire dans sa chambre. Dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi, Gouri décrit « la peau d’ébène » de Vidvn (p. 113). Dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, une affiche d’un boxeur noir est accrochée au mur de la chambre de Bruno, le héros gay. Dans le film « Urbania » (2004) de Jon Shear, la bourgeoise fait tomber des photos d’hommes noirs sur le trottoir. On retrouve les épouvantails noirs dans le vidéo-clip de la chanson « Fuck Them All » de Mylène Farmer. Le lien entre négritude et fétichisme est clair dans « Le Cas d’O » (2003) d’Olivier Ciappa. Précisément, dans ce film, le Noir-fétiche porte malheur : Orient, depuis qu’il a acheté une statuette africaine chez un marchand noir un peu vaudou, n’a que des ennuis dans sa vie, ne connaît que des phénomènes paranormaux ; il jette même sa petite amie noire, pour finir homosexuel…

 

L’Afrique est tellement objetisée, mise à distance, qu’elle finit parfois par avoir la taille d’un mouchoir de poche, d’un écran de télé : « Essaie de voler, mon petit. Tu vas voir comme ce n’est pas difficile. Je te donnerai un sucre. Je te montrerai l’Afrique, tu vas voir, c’est comme un mouchoir. » (le Vrai Facteur dans le pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi)

 

Film "The Watermelon Woman" de Wiktor Grodecki

Film « The Watermelon Woman » de Wiktor Grodecki


 

Plus que le Noir réel, c’est l’improbable et mythique « Condensé de victimes » (que représente la Femme-Noire-Lesbienne divine) qui est célébré par le héros homosexuel : « Bon, Comment ça a commencé déjà ? Donc, quand j’étais petite, je voulais être noire… gay… et dieu ! » (Lise dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « Vous saviez qu’il était Noir, Résus ? Oui, 1) Il appelait tout le monde ‘mon frère’ 2) Il aimait chanter la gloire de Dieu 3) Et il n’a pas eu un procès équitable, c’est plutôt évident non ? » (idem) ; « Est-ce que les lesbiennes noires seront un jour des dieux… pas des déesses, mais des dieux ? » (idem) ; « Y’a jamais eu d’Afrique. » (Sarah s’adressant à son amante Charlène une fois que celle-ci découvre que la mère de Sarah n’est pas partie avec une ONG en Afrique, dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent) ; etc.

 

Dans les fictions sur l’homosexualité, le Noir apparaît souvent comme la « transfiguration d’un état de misère » (cf. expression inventée sous la plume d’un ami romancier angevin en 2003), comme un fantasme sexuel qui instrumentalise/diabolise en même temps qu’il flatte les Noirs réels : « Allez vivre dans le tiers monde ! Riche comme vous êtes, vous devriez régner sur une cour d’éphèbes qui vous éventent les mouches à l’aide de feuilles de bananier. » (Cyrille à Hubert dans la pièce Une Visite inopportune, 1988) ; « Petit monstre, petite teigne, démon à apparence humaine, mon ballon d’oxygène, tu me plais car tu me touches beaucoup. J’aime tes fruits défendus, ton cul haut perché comme ces statues africaines. » (cf. la chanson « Quand tu m’appelles Éden » d’Étienne Daho) ; « Oui, le pied est vraiment le nègre du corps humain […] : mal traité, sentant mauvais même chez la dame la plus élégante, déformé par les souliers, martyrisé par les fardeaux que vous lui faites supporter depuis vos premiers pas, et c’est la première partie du corps à mourir. » (James Purdy, Je suis vivant dans ma tombe (1975), pp. 21-22) ; « À nos yeux, il incarnait ce que Quentin Crisps, l’icône gay, appelée – sans référence raciale, naturellement – le ‘Great Dark Man’, le grand Noir, objet de désir mythique. » (Michael offrant à son amant Ben un « plan cul à trois » avec Patreese Johnson, un Noir-objet, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 145) ; « Je pensais à Linde [l’amante régulière], et à la peau sombre et au sindhoor rouge sang de l’autre femme [Rani, qu’elle a rencontrée dans un bidonville]. » (Anamika, l’héroïne lesbienne évoquant ses deux amantes, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 18) ; « Les pitoyables pitreries d’Eddie Murphy, son rire niais qu’il trimballe depuis une longue décennie et qui finit par nous faire croire que l’acteur joue toujours le même personnage – le sien –, son sourire aux dents trop courtes comme s’il se les était fait limer pour dissimuler son évidente rapacité n’arrivèrent pas à détourner mon attention du malheur que je vivais. » (Jean-Marc dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 50)

 

Le Noir n’est pas tellement considéré comme un être humain : c’est plutôt un déguisement : cf. le film « Vivir De Negro » (« Vivre dans le noir », 2010) d’Alejo Flah. Par exemple, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau, Jules, l’écrivain homosexuel pédant, se décrit pompeusement comme « L’Homme en noir ». « J’aime le noir. Aussi, je m’habille toujours en noir. Si j’avais un appartement, je peindrais au moins deux murs en noir. » (Franz, l’un des héros gays de la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder)

 

NOIR masques B.D.

« Comics & Art » de Dylan Edwards (NDR)


 

Dans la nouvelle « Les Vieux Travelos » (1978) de Copi, le mythe du Noir-objet est complet, autant pour l’homme noir (il est question de son incroyable « carrure : un géant de presque deux mètres, beau comme un dieu. […]. Descendant de la reine de Saba par sa mère, il avait la réputation d’avoir le visage le plus parfait de la race noire. », p. 92) que pour la femme noire (« Une jeune impubère noire comme l’ébène descendit toute nue les escaliers de l’avion », idem, p. 94). Dans le film « Plaire, aimer et courir vite » (2018) de Christophe Honoré, Mathieu couche avec son amant noir qui se révèle être un escort : « C’est une pute. ». Au départ, Jacques, l’ex de Mathieu, se réjouissait pour lui : « Il avait l’air tout en muscles. »

 

Dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier, c’est la puissance génitale du Noir qui est célébrée ; et cette ode se veut « solidaire », alors qu’elle n’est en réalité qu’une attitude de consommateur occidentalisé. « Elle [la bite africaine] traîne un peu les pieds, mais elle arrive toujours triomphante… Le continent qui se présente compense sa pauvreté par sa puissance créatrice ! »

 
 

d) Le roman Les Dix Petits Nègres (1939) d’Agatha Christie :

Cela pourra paraître totalement anecdotique, ou tiré par les cheveux, de parler d’un tel roman dans ce chapitre sur la négritude (il aurait d’ailleurs pu figurer aussi dans le code « Bourgeoise » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), mais en même temps, c’est CE chef d’œuvre de la littérature anglo-saxonne mondiale qui est repris dans beaucoup d’œuvres homo-érotiques, et à mon avis pas par hasard. « Notre demeure est fortement isolée. Oui, cela vous rappelle sans doute quelque chose. Agatha Christie. Chateaubriand. Daphné Du Maurier ou Scooby-Doo. Peu importe qui ou quoi. Si vous frissonnez agréablement et éprouvez le désir de mettre un gros pull ou de faire un feu de cheminée, c’est que vous êtes dans la bonne direction. » (cf. les premières lignes du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 13) ; « Gabrielle n’a pas fermé l’œil de la nuit. La compagnie de la bonne Agatha Christie n’y a pas suffi. Gabrielle a toujours été fascinée par l’œuvre de cette romancière, autant que par le personnage. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 97)

 

On retrouve des allusions plus ou moins claires au Dix Petits Nègres d’Agatha Christie dans le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude (qui reprend exactement la structure du livre de Christie), le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d’Emmanuel Pierrat, l’adaptation cinématographique des Dix Petits Nègres d’Olivier Ciappa, le film « Cinq filles dans une nuit chaude d’été » (1972) de Mario Bava, le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (avec une savoureuse ambiance Cluedo), la pièce Devinez qui (2003) de Sébastien Azzopardi, le film « Ten Violent Women » (1979) de Ted V. Mikels, la pièce Le Cabinet de Curiosité (2008) de Cédrick Spinassou, la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, etc.

 

L’oeuvre d’Agatha Christie caresse le thème de l’homosexualité selon les adaptations. Dans le téléfilm « Les Dix Petits Nègres » (2015) de Sarah Phelps, l’homosexualité est sous-jacente. Par exemple, Miss Émily Brent pousse sa jeune domestique Béatrice Taylor au suicide après l’avoir convoitée. Quant à William Blore, l’inspecteur, il est homophobe et a violé dans une cellule de la prison de Dartmoor un prostitué homosexuel, James Stephen Landor, qui faisait le tapin dans les pissotières, et qu’il a fait condamner aux travaux forcés à perpétuité où il a fini ses jours : « Edward Landor était un pédéraste. Plutôt mourir que de m’approcher d’un de ces pervers ! »
 
 

e) Le personnage homosexuel voue un culte à la chanteuse Joséphine Baker (1906-1975) :

 

NOIR Baker fourrure

 

Je vous renvoie à la comédie musicale À la recherche de Joséphine (2007) de Jérôme Savary, au film « Frida » (2002) de Julie Taymor (avec la supposée relation lesbienne entre Frida Kahlo et Joséphine Baker), au film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz (le héros homosexuel João, qui se travestit, a pour idole Joséphine Baker), au film « Zouzou » (1934) de Marc Allégret (avec Joséphine Baker dans le rôle principal, justement), etc.

 

Dans le sketch « Le Couple homo » de Pierre Palmade et Michèle Laroque, Roberto (19 ans), le petit copain noir d’Alain (48 ans), est décrit comme un prostitué arriviste, notamment grâce à la comparaison avec Joséphine Baker (« Il suffit qu’Alain arrive au procès avec sa jolie Joséphine Baker derrière… »). Dans la pièce La Cage aux folles (version 2009, avec Clavier et Bourdon) de Jean Poiret, Jacob, le domestique gay, se compare à Joséphine Baker.

 

Parfois, le héros homosexuel incarne Joséphine Baker en personne. Par exemple, dans l’épisode 85 « La Femme aux gardénias » (2017) de la série Joséphine Ange-gardien, Lena Collins est une chanteuse de jazz, un peu la Joséphine Barker, qui est l’amante secrète d’Albertine. Elle chante dans La Revue nègre, à Paris. Leur « amour » est mis sous le signe de la lutte anti-racisme : « Et moi, tu crois que ça m’a pas demandé du courage pour en arriver là ? Est-ce que tu as vu la couleur de ma peau ? Tu penses que c’est facile pour moi ? » (Lena)
 
 

f) La prostituée noire revient très souvent dans l’iconographie homo-érotique :

 

On retrouve la prostituée noire dans le roman Lady Black (1971) d’Yves Navarre, le spectacle musical Cindy (2002) de Luc Plamondon (avec le personnage de Candela), la chanson « Ma Vénus d’ébène » de David Jean, le film « Cowboy Jesus » (1996) de Jamie Yerkes, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne, le film « La Femme flambée » (1982) de Robert Van Ackeren, le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ?, 2010) de Malu de Martino (avec la chanteuse noire dans le cabaret), le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier (avec la voisine noire, matée pendant qu’elle prend son bain), etc.

 

Le personnage homosexuel considère cette putain fictive comme sa mère désirante : « Chez Adrien, chose étrange, la figure de la mère perdue aurait pris les traits de l’être métissé, les traits de l’homme à la peau noire : ceux de Malcolm. » (Adrien dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 40) ; « En rentrant j’ai trouvé un cadavre, celui de la dame négresse du tabac, nue avec des talons aiguilles et la gorge tranchée. » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 26) ; « la dame négresse du tabac (mon ancienne maîtresse morte, bien qu’elle ne l’a jamais su). » (idem, p. 47) ; « J’irai ainsi sans rien comprendre, jusqu’à la mort, avec cette haine pour cette femme mystère, noire. Complètement noire. » (Omar dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 36) ; « Je me suis assis à côté d’une vieille femme noire. La seule noire. Sans la saluer. Et j’ai levé les yeux au ciel pour regarder le soleil grand et plein qui arrivait lentement vers nous. […] Le soleil de notre monde était mort. » (idem, p. 58) ; « J’aime Hadda. Elle est noire, Hadda. Elle est très grande. Je n’arrive pas à lui donner un âge. Vingt ans ? Elle ressemble à une femme que j’ai connue de loin, juste avant l’adolescence. Qui ? Où ? Une parente ? Une parente noire ? Hadda ne parle pas. On lui a coupé la langue ? Elle n’a plus rien à dire ? Elle a déjà tout dit ? Tout ? Tout ? On m’a dit qu’elle était devenue muette. […] Je l’ai suivie, Hadda. Un corps généreux, tellement noir. Un corps vaste, inédit. Beau ? Un corps pour les hommes, les saints, les dieux. Les enfants. Un appel. […] Où commencent les origines de Hadda ? De quelle forêt arrive-t-elle ? » (idem, pp. 78-79) ; « Une saveur qui me venait de ma mère allait désormais être liée à cette femme noire et sans voix. » (idem, p. 103) ; « En la regardant maintes fois, j’ai compris un peu de la beauté mystérieuse des femmes noires. » (Hadda, parlant du tableau exposé au Louvre Portrait d’une Négresse de Marie-Guillemine Benoist, idem, p. 193) ; « La Négresse du tableau ne m’aimait pas. Elle avait raison. Elle était devenue, au fil du temps, ma rivale. Mon ennemie. Des yeux qui ne se fermaient jamais. Elle avait, elle aussi, le don de voir. » (Hadda, idem, p. 196)

 
 

Omar – « Hadda était une pute, elle aussi ?

Khalid – Probablement.

Omar – Qu’est-ce que cela veut dire, Khalid ?

Khalid – Je n’aime pas les putes.

Omar – Moi, oui. »

(cf. un extrait de dialogue entre les deux amants homos du roman Le Jour du roi, idem, p. 117)

 
 

La femme noire célébrée par le personnage homosexuel est une figure de déchéance suprême : « Comme j’ai deux esprits, j’ai aussi deux amours. L’un est mon réconfort, l’autre mon désespoir. Mon bon ange est un homme d’une grande beauté, et mon mauvais ange est une femme bronzée. » (William Shakespeare, Les Sonnets, 1609) ; « Ourdhia était une femme et en plus, ô désolation, elle était noire ! » (la voix narrative du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 57) ; « Ce soir, je serai noire comme on a voulu que je le sois. » (Hadda la servante noire violée, dans le roman Le Jour du roi, idem, p. 207) ; « Je suis mauvaise. Une dévergondée. Une putain. » (Hadda, idem, p. 195) ; « La folle Noire de la favela, quand elle passe, tout le monde se moque. […] Ma peau noire est mon armure de courage. » (Linn, jeune homme brésilien travesti en femme, dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla) ; etc. Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, par exemple, Bram, l’amant caché de Simon, est noir. Et Simon dit son adoration des femmes noires, même s’il ne les touchera pas : « J’adore les femmes noires. Enfin… pas comme si j’avais un truc spécial pour les femmes noires… J’adore toutes les femmes. » La négritude est envisagée comme un destin, une soumission, une invisibilité : « Je suis Hadda. Je suis noire. On ne me voyait pas. On ne me voit toujours pas. » (idem, p. 209) ; « Je suis partie en Afrique parce que j’ai cru que l’Afrique pourrait défaire mon histoire. » (Julia, la femme violée par son père, et qui finit par devenir mannequin avant de partir vivre en Côte d’Ivoire, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La défense du peuple noir par la communauté homosexuelle :

Je vous renvoie au documentaire « Greta’s Girls » (1977) de Greta Schiller, au documentaire « A Darker Side Of Black » (1994) d’Isaac Julien, au documentaire « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti (avec Salvo, homosexuel, et son amant noir), aux photos Abandon et Ying et Yang de Jean-Daniel Cadinot, au tableau Ladies And Gentlemen (1975) et à la série polaroïds « Drag Queen Wilhelmina Ross » (1974) d’Andy Warhol, à l’exposition photos Garçons de Cotonou (2015) de Michel Guillaume, etc.

 

Le 23 novembre 2011, j’ai eu la chance, pour l’association Tjenbé Rèd (réunissant les personnes bisexuelles et homosexuelles d’origine africaine), d’animer au Théâtre du Temps à Paris, une soirée « Négritude et Homosexualité ». Pour la première fois, le temps d’une soirée, on me demandait de développer mes compétences de chercheur de l’homosexualité, et de parler d’un code précis et inattendu de mon Dictionnaire (merci au chanteur Jann Halexander, au passage). Expérience que je pourrais vivre avec les 185 autres codes de mon répertoire, et qui serait tellement riche !

 

Film "Finn's Girls" de Laurie Colbert et Dominique Cardona

Film « Finn’s Girls » de Laurie Colbert et Dominique Cardona


 

Bien sûr, il existe un lien fort entre homosexualité et négritude. Déjà parce qu’il y a beaucoup de personnes à la peau noire qui se sentent homosexuelles ou bisexuelles (Malcolm X, la chanteuse Billie Holliday, l’écrivain James Baldwin, l’activiste et philosophe Angela Davis, la chanteuse Tracy Chapman, le chanteur soul Luther Vandross, la chanteuse de blues Bessie Smith, l’écrivain Langston Hughes, le chanteur Johnny Mathis, la romancière Alice Walker, l’activiste Bayard Rustin, la chanteuse de blues Ma Rainey, le danseur Alvin Ailey, la chanteuse Joséphine Baker, le plongeur Greg Louganis, le chanteur Little Richard, la performeuse RuPaul, le chanteur Jann Halexander, l’acteur Will Smith et Duane Martin, etc.) ; et d’autre part, parce qu’un certain nombre d’intellectuels (Michel Foucault, Jean Genet, Marguerite Yourcenar, Leonard Zoe, Allen Ginsberg, Jean Cocteau, Alwin Nikolais, Marlon Brando, etc.) ont défendu/défendent les droits des Noirs, et notamment les Black Panthers dans les années 1960-1970, au moment où émergeaient les premières revendications identitaires LGBT. Par ailleurs, beaucoup d’artistes homosexuels ont contribué à l’essor du mouvement culturel noir « The Harlem Renaissance » : Bola de Nieves, Gastón Baquero, James Baldwin, Little Richard, Cole Porter, Franck O’Hara, Tennessee Williams, Claude McKay, Langston Hughes, Wallace Thurman, Gladys Bentley, Alain Locke, Carl Van Vechten, Bruce Nugent, etc. « Les Antilles françaises qu’on le veuille ou non comptent une importante communauté homosexuelle. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, Un Fils différent (2011), p. 142)

 

Aux États-Unis, l’un des synonymes d’« homosexuel » dans la langue vernaculaire, c’est « boogie » qui signifie « Noir ».

 

Mon voyage d’une semaine en Côte d’Ivoire en juin 2014 m’a fait comprendre l’étendue de la pratique homosexuelle en Afrique, pratique qui ne sera pas remise en cause tant qu’elle ne se voit pas et qu’elle ne se cristallise pas en identité publique. La pratique homo reste un grand déshonneur dans les familles africaines… mais paradoxalement, il y a de plus en plus d’autochtones qui se sentent homosexuels, en lien avec l’expérience de l’inceste (très marqué et présent sur le continent) et avec les images circulant par la télé, le cinéma, Internet. J’ai l’impression que là-bas, la pratique homosexuelle prend des formes plus ou moins similaires à celles d’Occident : bisexualité due à l’alcool et au monde de la nuit, prostitution, ascension sociale, impact croissant des médias dans les mentalités assoiffées de modernité (à Abidjan, j’ai vu des pubs pour la 4G partout, et la chaîne gay friendly Canal + partout !), infidélité et double vie des hommes mariés, pression étatique pour faire passer l’homosexualité pour « banale » et sous la forme d' »aides au développement », de « lutte contre les discriminations », de campagnes sanitaires en faveur de « l’égalité des sexes » et de la « prévention sexuelle ».

 

Certaines personnes homosexuelles ont dit ouvertement leur attachement à la négritude ou à l’Afrique : « L’Afrique, ma seule alternative. » (Pier Paolo Pasolini dans le reportage « Les Fioretti de Pier Paolo Pasolini, 1922-1975 » (1997) d’Alain Bergada) Par ailleurs, le travesti noir est souvent très valorisé par certains membres de la communauté homosexuelle : « Et comment ne pas reconnaître l’homosexualité poétique de Declan Donnellan dans l’inoubliable Rosalinde incarnée avec génie par Adrian Lester, acteur noir qui joue du vocabulaire féminin avec un art consommé. » (Georges Banu, « Jeux théâtraux et enjeux de société », dans l’ouvrage collectif Le Corps travesti (2007) de Georges Banu, p. 3)

 

Film "FIT" de Rikki Beadle-Blair

Film « FIT » de Rikki Beadle-Blair


 

Parfois, la négritude est interprétée comme un symptôme d’homosexualité ou de lesbianisme : « Avec ton premier livre [Le Cœur est un chasseur solitaire], on a su que tu aimais les nègres, et avec celui-ci [Reflets dans un œil d’or] on comprend que tu es une gouine. » (les parents de Carson McCullers à leur fille lesbienne, cités dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, p. 115) ; « Dans un élan fraternel nous trinquons à la santé… des nègres et des pédés. » (Lionel Vallet cité la revue Triangul’Ère 4 (2003) de Christophe Gendron, p. 50) ; « Ce qui est remarquable, c’est que l’égalité entre Noirs et Blancs, hommes et femmes, semble avoir été générée par l’homosexualité. » (Colin Spencer, « La Politique à l’âge du jazz », dans Histoire de l’homosexualité de l’Antiquité à nos jours (1998), pp. 394-397) Dans la publicité pour les matelas Léo (2017), même le très viril judoka noir Teddy Riner joue les homos en faisant croire qu’il va passer une nuit torride avec un homme qui se révèlera finalement être son lit.

 

Dans les années 1970 aux États-Unis, pour certains artistes, dire qu’ils étaient en faveur des droits des Noirs, cela revenait à faire un coming out officiel, comme l’explique avec humour Eric Burdon, le chanteur gay du groupe The Animals (il raconte dans le documentaire « Sex’n’pop – Part I » (2004) de Christian Bettges comment il a été accueilli une fois dans un hôtel où il passait la nuit par une pancarte qu’il pouvait lire depuis la fenêtre de sa chambre, et où était inscrit en gros « Eric Burdon loves niggers »… ce à quoi il répond : « J’ai eu envie de descendre pour écrire en dessous : ‘Ouf course I am !’ ». Traduction : « Bien sûr que j’en suis ! »).

 
 

b) Un métissage amoureux complexe et peu réussi :

Il y a parmi les couples homosexuels réels un certain nombre d’union mixte. Parmi les plus connues, Monty Woolley a vécu les dernières années de sa vie en couple avec un de ses serviteurs noirs. Quant aux biographies écrites par Sir Roger Casement (Les Carnets noirs et Rapport sur le Congo, 1908), elles traduisent toute l’ambiguïté du colon qui veut sincèrement aimer les Noirs à partir du moment où ces derniers lui restent soumis.

 

NOIR Pub Prévention

 

L’écrivain homo Hugues Pouyé, dans un article qu’il consacre au site Les Toiles roses, en 2009, sent bien que le non-dit du viol – et du viol colonial entre autres (esclavage, traite des Noirs, ségrégation raciale, apartheid, tourisme sexuel, prostitution masculine, exploitation par le porno, etc.) – n’est toujours pas levé concernant l’attrait homosexuel pour les Noirs… et lui-même ne le dévoile qu’à demi mot, comme on avoue un péché mignon dont on ne souhaite surtout pas se débarrasser : « Mon prochain roman, je voudrais qu’il se passe en terre de négritude, une nouvelle histoire d’amour métissée avec pour fond une réflexion sur ce que fut la colonisation. J’ai l’intuition qu’on n’est pas allés jusqu’au bout, sur le plan anthropologique, de ce que fut la rencontre du Blanc et du Noir. Il s’est joué dans la colonisation autre chose qu’un rapport de domination-soumission. […] Cette fascination du Blanc pour le Noir, c’est chez moi de l’ordre du désir, comme l’écriture, profond, mystérieux, fascinant. Souvent je m’interroge sur cette attirance pour l’homme noir. Et mes amis blacks ne m’ont jamais vraiment éclairé là-dessus, pas plus que les Blancs d’ailleurs ! » Il y a chez cet auteur, mais aussi chez certaines personnes homosexuelles, une forme de fantasme embellissant mais misérabiliste du Noir, qui fait que celui-ci est aimé à terre plutôt que debout : « C’est vrai d’ailleurs, on peut être un mendiant handicapé et homosexuel, noir qui plus est, mais ça tout de même ce n’est pas si commun, ce serait la figure sublime… enfin, je plaisante, quoique… » (Hugues Pouyé, idem) Si le Noir est à l’égalité, il n’intéresse plus : il n’est plus « à sauver », « à aimer »… ou bien il est craint.

 
 

c) Le Noir-objet, le pantin noir :

L’Homme noir est très souvent utilisé comme un objet d’art par les artistes homosexuels, ou bien davantage apprécié pour ses charmes physiques d’Apollon en ébène « dominateur et bien monté », que pour sa personne et ses qualités d’âme. « Sur la terrasse où Serge T. s’est installé avec son fourbi, je le vois découper des photos de grands nègres avantageux en vue d’un collage sur Jean Genet. Cet homme-là ne s’ennuie pas, il découpe des grands nègres. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 160) ; « Le quatrième jour, il m’est arrivé une chose extra-ordinaire, à mes yeux extraordinaire. J’ai rencontré Karabiino. Il travaillait à notre hôtel comme garçon de chambre. Noir. Très noir. […] Un corps surprenant, tout entier dans l’allongement. Maigre, mais puissant. Solide. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 72) ; « Je n’avais pas beaucoup voyagé dans ma vie. Face à Karabiino, je me rendais compte que l’Humanité est une espèce qui m’était en grande partie inconnue. Ce garçon n’était pas comme moi. Ne pouvait pas avoir les mêmes origines que moi. Les mêmes racines. Impossible. Évidemment, je le savais, mais je ne pouvais pas m’empêcher de le remarquer, de me le répéter. Après tout, j’étais africain moi aussi, comme lui. Il avait l’air encore pur, encore frais, encore précieux, loin de la banalité des autres hommes. Ce garçon de 17 ans réinventait l’homme pour moi et révolutionnait du même coup l’idée que je me faisais de la grâce. » (idem, p. 73) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Christian, le dandy quinquagénaire, est parti en Afrique en tant que coopérant, dans ses jeunes années : il raconte comment il fantasmait sur les hommes noirs qui se baignaient dans la mer, et qu’il regardait depuis sa fenêtre.

 

Le Noir auquel se réfèrent certains auteurs ressemble plus à une marionnette, à un pantin, à un être symbolique imaginaire, qu’à un être humain de chair et de sang. Par exemple, le photographe Robert Mapplethorpe expose les pénis en érection de ses amis noirs. L’automate noir qui garde la Villa Sospir de Jean Cocteau est surnommé « Le Seigneur ». Dans son autobiographie Mon Père et moi (1968), J. R. Ackerley évoque l’existence de son pantin noir : « On a beau le rejeter, il s’arrange toujours pour revenir à la surface. » (J. R. Ackerley cité sur le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) Didier Roth-Bettoni parle des films de « blaxplotation » traitant des Noirs en lien avec l’homosexualité.

 

De l’adulation fétichisante au mépris iconoclaste raciste, il n’y a qu’un pas… qui est souvent franchi par les membres de la communauté homosexuelle. « Pendant le dîner, nous avons appris que l’esthéticienne avait été hétérosexuelle avant d’être touchée par la grâce [= l’homosexualité]. Elle avait passé des années en Afrique avec son seigneur et maître qui s’engraissait à faire suer le burnous et elle tenait sur les Africains des propos qui m’ont stupéfiée. J’ai découvert avec surprise ce soir-là qu’on peut être encore de nos jours d’un racisme effarant. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 156) Par exemple, le dessinateur argentin Copi se fait en partie évincer de la Rédaction du journal Libération le 8 août 1979 après avoir publié un dessin jugé raciste : « 1960 : l’Oncle Sam montre ses seins. En l’an 2000, je me suis fais enculer par un Noir. » Michaël Kühnen (1955-1991), condamné en 1984 à trois ans de prison pour incitation à la violence et à la haine raciale, fait son coming out en 1986 alors qu’il est encore en prison.

 

Docu-fiction "Brüno" de Larry Charles

Docu-fiction « Brüno » de Larry Charles


 

Dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, Brüno semble pétri de bonnes intentions pour le Darfour : « Je kiffe les Blacks ! […] Ça me botterait d’agir pour l’Afrique. » Mais on découvre bien vite le pot aux roses de son charity business : « Les œuvres caritatives, c’était super pour devenir célèbres ! » D’ailleurs, il se filme en train d’adopter un petit bébé noir qu’il transporte comme un colis, dans un carton, sous les yeux ahuris et choqués de la communauté noire nord-américaine.

 

Aux États-Unis, Jeffrey Dahmer (« le monstre de Milvaukee ») est un vrai cannibale et nécrophile, homosexuel de surcroît : entre 1978 et 1991, il a tué dix-sept jeunes hommes. Jeffrey couchait avec des mannequins, et en particulier des Noirs car il disait apprécier la texture particulière et fine de leur peau.

 

J’aborde plus amplement le phénomène du fantasme de fusion violente entre l’Homme blanc et l’Homme noir dans le code « Je suis un Blanc-Noir » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels ; mais déjà, ce qu’on peut dire, c’est qu’il faut aussi se méfier de l’élan en apparence « amoureux » ou « solidaire » du Blanc vers le Noir (et inversement), car l’un comme l’autre peuvent se servir l’un de l’autre, homosexuellement parlant, pour au fond se centrer sur leurs propres intérêts respectifs, leurs appétits de gloire, de pouvoir, et de vengeance. Il est même possible, comme l’a vu Patrick Bougon dans le cas de Jean Genet, qu’ils s’instrumentalisent entre eux en vue de s’opposer à leurs semblables sociaux, raciaux : « La position politique de Genet est moins propalestinienne qu’anarchiste. […] Ce qui intéresse Genet chez les Black Panthers et les Feddayin, c’est qu’ils sont des vecteurs de déstabilisation du pouvoir et de l’État. » (Patrick Bougon, « Politique et Autobiographie », dans Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 69) Attention, donc, à bien regarder si l’amour inter-racial – qui peut exister, et dans ces cas-là, c’est une grande joie – soit vraiment effectif, appuyé sur des actes, et pas uniquement un tissu de bonnes intentions.

 

Concernant les romans de Frantz Fanon, qui abordent souvent les rapports de cœur entre Blancs et Noirs, Stuart Hall explique que le post-colonialisme de Fanon prend la forme de l’amour incestueux : « Je crois que pour Fanon, ce qui est important, c’est le conflit avec le père. C’est ce qui est au centre du texte : le conflit entre le fils noir et le père colonisateur. C’est cette relation Noir-Blanc / père-fils qui donne cette profonde masculinité à sa vision d’ensemble, qui génère le rôle ambigu des femmes dans le texte, et explique pourquoi ses sentiments sur les relations homosexuelles sont porteurs comme souvent aux Caraïbes, du même genre d’ambiguïtés. On est donc très près du complexe d’Œdipe. »

 

Comme nous venons de le voir, l’adulation homosexuelle pour le Noir flirte presque systématiquement avec le racisme, le viol, la prostitution, ou l’inceste. « Les Arabes et les Noirs sodomisent et châtrent leurs ennemis vaincus. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 260) ; « Avec l’apparition du Sida, à New York, y’avait tous ces Black qui, comme ils avaient peur et étaient désœuvrés, ont créé la house music. » (Didier Lestrade dans le documentaire « Tellement gay ! Homosexualité et Pop Culture », « Out » (2014) de Maxime Donzel)

 

Par exemple, dans l’affaire du préservatif en Afrique, la communauté homosexuelle occidentale a tendance à prendre vraiment les Africains (d’Afrique noire) pour des imbéciles – qui prendraient les mots du Pape au pied de la lettre (c’est bien mal les connaître et bien mal connaître la réalité religieuse complexe de leur pays !) – et pour des victimes sur qui pleurer sans jamais leur venir concrètement en aide. Tout ça pour justifier son propre libertinage effréné.

 

Un cliché parmi d'autres des travestis noirs M to F pris en photo par Andy Warhol

Un cliché parmi d’autres des travestis noirs M to F (Wilhelmina Ross) pris en photo par Andy Warhol


 

Le pire, c’est qu’actuellement, beaucoup de personnes homosexuelles noires semblent trouver leur compte dans cette exploitation. Elles rentrent de plus en plus dans le jeu du racisme positif que certains de leurs adorateurs leur imposent, puisqu’elles découvrent dans la défense de leur statut d’« Homosexuel » et de « Noir » une double raison (voire une triple raison, quand elles sont nées femmes !) de se définir comme les plus grandes victimes interplanétaires de tous les temps, des intérêts financiers mais surtout symboliques. « Après tout, étant le bizarre du village, l’efféminé, je suscitais une forme de fascination amusée qui me mettrait à l’abri, comme Jordan, mon voisin martiniquais, seul Noir à des kilomètres. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 33) Le lien entre homosexualité et négritude, qu’elles causalisent en l’essentialisant autour de leur personne, leur permet de se forger une nouvelle identité de survivants de « l’ignominie occidentale », et de revendiquer un droit de vengeance sur les prétendus ennemis de leurs « libertés fondamentales ». C’est pour cela que ces semi fausses victimes, embarquées dans des conflits d’intérêts qui les dépassent mais qui les grisent aussi, pour le coup, puisqu’on leur déroule le tapis rouge et on les applaudit avec la larme à l’œil, sont de plus en plus utilisées par les associations LGBT en faveur de la propagande actuelle des « droits des homos ». Cela fait toujours son petit effet de mettre au micro « Super Victime » (comprendre = une femme lesbienne noire : ça, c’est le must !) pour défendre le mariage gay… même si, au fond, la couleur de peau n’a rien à voir avec le mariage des personnes de même sexe. On s’en fout ! On mélange tout. La victimisation fait table rase des différences ! Du moment qu’on se partage le butin (= argent, sexe, honneurs) en coulisses… Et on s’en va en vainqueur en posant la question insoluble : « Mais pourquoi diable, Dieu ne serait-il pas une lesbienne noire ? » (Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel (2008), p. 108)

 

Je me souviens, à ce propos, d’un débat intitulé « Toutes et tous citoyen-ne-s engagé-e-s » (rien que les tirets prouvaient toute l’hypocrisie de l’événement…), organisé par l’association David et Jonathan à la Mairie du XIe arrondissement de Paris le 10 octobre 2009, débat pendant lequel bizarrement on ne débattait pas du tout et on ne réfléchissait pas : l’analyse avait été supplantée par une série de témoignages émotionnels censés donner du contenu pour l’avancée des « droits LGBT ». Assis tranquillement dans mon coin, j’étais juste atterré par le niveau intellectuel des interventions, mais il y avait tellement de monde qui écoutait béatement les discours que j’ai préféré me taire ; de toute façon, l’assistance n’avait pas tellement la parole ni le cœur à parler, et il eût semblé totalement déplacé d’aller à contre-courant d’une telle effusion émotionnelle collective. Je ne vais pas vous rapporter l’intégralité des propos qui ont été tenus par les 5 invités qui se sont succédés au micro. Simplement, je ferai mention de la petite boutade qu’a sortie la toute dernière intervenante, Gisèle, une femme noire de 40 ans, car sa blagounette m’a légèrement passionné. En effet, quand elle s’est présentée, elle a d’emblée commencé par nous montrer tous ses diplômes de Victime, comme pour se prémunir de toute éventuelle attaque, et surtout pour s’offrir à elle-même la légitimité d’être le bouquet final du somptueux Feu d’artifice de la Victimisation auquel nous avions été conviés pendant près d’une heure et demie. Elle a dit ceci : « Je suis une femme noire homosexuelle… Je ne suis pas encore juive ! » La majorité du public a à peine souri, puis s’est inclinée devant de si beaux atouts, de si manifestes bleus au corps devinés, de si jolies couronnes d’épines en papier. Moi, personnellement, j’ai juste trouvé ça puant, déloyal, et finalement raciste et homophobe, un tel arrivisme. Ceux (et je sais qu’ils sont nombreux) qui ont pleuré devant la méritante athlète LESBIENNE+NOIRE+FEMME qui visiblement parcoure le marathon des droits LGBT (sponsorisé par Têtu, le SNEG, Yagg, David et Jonathan, et la Mairie de Paris) depuis des siècles et des siècles pour accumuler des droits qui ne lui reviennent pas (non du fait qu’elle soit lesbienne, ou noire, ou trisomique, ou cul-de-jatte, que sais-je encore… mais simplement du fait qu’elle est humaine !), m’auraient certainement jugé comme un sans-cœur du simple fait que cette femme – qui certainement a vécu de vraies épreuves – n’ait pas réussi à me toucher. Mais comment faire comprendre à ces gens que dans cette grande Foire à la Victime, les sans-cœurs racistes et égoïstes sont justement ceux qui ont les yeux humectés de larmes ?

 

Il y a un tel retard sur la compréhension de la connexion entre homosexualité et négritude ! Ce lien a été si rarement analysé ! On peut presque dire qu’on est actuellement au point mort, tout simplement par phobie de l’accusation de racisme ou de communautarisme négro-sexuel. Alors pour pallier à ce manque, en général, que fait-on ? On se met à créer de faux débats sur les fossés « culturels » et religieux entre les continents, ou bien on s’invente des différences bidon entre communauté noire et communauté homo, qui ne font pas du tout avancer les choses. On en reste au paraître, à la question creuse de la visibilité : « La différence entre être homosexuel et être Noir, c’est qu’être Noir, ça n’a pas à s’annoncer : ça se voit. L’homosexualité, ça ne se voit pas forcément. » (Lionel dans l’émission-radio Je t’aime pareil d’Harry Eliezer (thème : « Papa, maman, les copains, chéri(e)… je suis homo »), le 10 juillet 2010, sur France Inter)

 

Il serait tellement pertinent et plus éclairant de se limiter à lier la négritude et le désir homosexuel pour les deux seuls dénominateurs qui soient existants : le fantasme de viol d’une part, et la haine de soi d’autre part ! Car il ne suffit pas de se revendiquer fièrement Noir, ou fièrement gay, ou fièrement « Homo noir », pour s’aimer soi-même. Il ne suffit pas d’avoir la peau noire pour ne pas jamais être raciste. Par exemple l’écrivain nord-américain John Edgar Wideman, issu d’un quartier noir pauvre de Pittsburgh, écrit dans sa biographie Brothers And Keepers (1984) que « sa négritude l’accuse », qu’il vit dans « la peur qu’on découvre le diable en lui et qu’on le rejette comme un lépreux. » (pp. 56-57) N’entendons-nous pas cette haine de soi exprimée ? Et si nous l’entendons, pourquoi nous n’en parlons jamais et nous ne la réglons pas ?

 

Les exemples d’amis noirs homosexuels complexés pullulent autour de moi ! Et bien sûr, je ne justifie pas du tout leur auto-détestation : je suis le premier à la déplorer ; à les encourager à s’aimer un peu plus eux-mêmes ; et je suis aussi le premier à constater la manigance de certains Noirs qui, pour camoufler la honte existentielle secrète qu’ils portent depuis l’enfance au sujet de leur propre couleur de peau, vont se mettre à chanter excessivement leur coming out, comme si celui-ci allait tout réparer, comme si l’homosexualité avait le pouvoir de les réconcilier totalement avec eux-mêmes. Mais n’ont-ils pas compris que le couple homosexuel n’était qu’un cache-misère du racisme et d’une homophobie sociale galopants ?

 
 

d) L’importance du roman Les Dix Petits Nègres (1939) d’Agatha Christie :

Sans transition, je finis ce long chapitre de la négritude homosexuelle par une touche plus légère, d’une part en vous parlant à nouveau du roman Les Dix Petits Nègres (1939) d’Agatha Christie, mais du point de vue de l’actualisation, et d’autre part des liens concrets qui ont existé entre Joséphine Baker et la communauté homo.

 

À propos des Dix Petits Nègres, beaucoup de personnes homosexuelles aiment particulièrement ce roman d’Agatha Christie. Le Noir réel y est d’ailleurs totalement absent : aucun des personnages de l’histoire n’est de race noire. En fait, l’Homme noir est juste lointain, fétichisé, inerte comme une statue. Chacun des dix protagonistes est symbolisé par une statuette de Nègre exposée dans le salon de la villa. Et c’est avec stupeur que les invités de l’île voient tour à tour disparaître les statuettes à leur effigie à chaque fois que l’un d’eux est assassiné. Ainsi s’actualise une forme de rite vaudou créant une atmosphère inquiétante et paranormale très haletante.

 

Je me suis longtemps demandé pourquoi, étant adolescent, cette histoire m’avait tellement marquée ; pourquoi, de tous les romans d’Agatha Christie que j’avais lus, celui-ci avait largement ma préférence. L’intrigue des Dix Petits Nègres m’a habité très longtemps. Vers l’âge de 8 ans, j’en faisais des cauchemars (il faut dire que j’étais influencé par les réadaptations que je voyais à la télévision, dans des séries B telles qu’Amicalement vôtre, Matt Houston, Chapeau-melon et Botte de cuir, etc.), mais en même temps, ce roman me fascinait. À l’École des Beaux-Arts de Cholet, vers l’âge de 12 ans, j’ai même repris les personnages de Dix Petits Nègres pour les intégrer à une de mes sculptures éphémères (mon personnage préféré du roman étant comme par hasard la seule belle et jeune femme de l’histoire, la secrétaire Vera Claythorne).

 

Et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir quelques années plus tard, au cours de mes rencontres, que les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie n’était pas une lubie uniquement personnelle, une vérité isolée de mon désir homosexuel, mais bien un point commun que je partageais avec bon nombre de mes frères homos ! Plus j’avançais dans mes recherches sur l’homosexualité, plus je découvrais – sans jamais en faire une règle ou une généralité sur « les » homos – que ce roman était très « gay », même s’il ne parlait à aucun moment explicitement de désir homo.

 

À mon avis, ce qui fait son succès dans la communauté homo, c’est qu’il renvoie directement à la beauté du viol. Les assassinats perpétrés dans cette œuvre sont faits avec une telle élégance, une telle finesse, une telle précision d’orfèvre, qu’ils finiraient par être désirés par le lecteur. Le machiavélique meurtrier interne, dissimulé parmi les 10 héros, a signé LE crime parfait. L’émergence soudaine du meurtre dans le rose-bonbon bourgeois est source de fantasme chez beaucoup de personnes homosexuelles, je le crois vraiment.

 

De temps à autre, il m’arrive de sonder discrètement les personnes homosexuelles que je rencontre (même si maintenant, je suis un peu grillé, parce que ce code commence à être connu de mon entourage amical proche, donc l’effet de surprise s’amenuise avec le temps…). Et certaines m’ont révélé spontanément leur passion pour Les Dix Petits Nègres : c’est le cas d’un jeune ami romancier nommé Yannick B. (et que j’ai rencontré à Paris en 2006) par exemple, du réalisateur Alejandro Amenábar (il avoue d’ailleurs qu’il « dévorait » littéralement les romans d’Agatha Christie quand il était adolescent), du metteur en scène Ladislas Chollat. Le 22 avril 2010, j’ai demandé pendant une conversation Facebook au réalisateur français Olivier Ciappa de m’expliquer pourquoi il avait eu le projet de faire un film sur le modèle des Dix Petits Nègres : il ne s’est pas étendu en détails. Il s’est contenté de m’écrire cette phrase laconique, mais qui a suffi à faire mon bonheur : « J’adore le concept. »

 
 

e) Certaines personnes homosexuelles vouent un culte à Joséphine Baker (1906-1975) :

Ce n’est pas par hasard si la chanteuse noire Joséphine Baker est une icône gay. Elle est la première Noire-objet de l’ère contemporaine, la première femme de peau noire à devenir une grande star mondiale. Cette sulfureuse figure du music hall, née aux États-Unis et devenue française à partir de 1937, a osé revendiquer une identité minoritaire méprisée, une fierté d’être noire. Pétrie de paradoxes, elle a tout de la prostituée glorieuse et « assumée », de la figure du viol consenti (l’autre nom du désir homosexuel), de la femme phallique (avec son pagne-gode-ceinture aux multiples bananes-verges) qui exhibe fièrement sa réification. « Vous êtes le contraire de Barbette. Il cache tout, vous montrez tout ! » (Jean Cocteau à Joséphine Baker, dans la biographie La Véritable Joséphine Baker (2000) d’Emmanuel Bonini, p. 52) Pas étonnant, par conséquent, qu’elle « parle » à autant de personnes homosexuelles d’hier et d’aujourd’hui !

 

Joséphine Baker

Joséphine Baker


 

Joséphine Baker était la « fille à pédés » par excellence. Par exemple, Violette Morris (lesbienne) raconte qu’elle allait en boîte avec elle. Joséphine Baker est d’ailleurs classée parmi les « bisexuels célèbres » dans beaucoup de répertoires dédiés à l’homosexualité. Figure majuscule des Années folles en France, elle est en lien avec beaucoup d’artistes homos planqués (par exemple, elle prendra la pose avec l’acteur Rudolf Valentino). Elle est aussi une des pionnières de la militance pour l’« égalité des droits », un concept politique très récent (elle a notamment participé à la Marche de la Liberté organisée par Martin-Luther-King) Elle a côtoyé de près le monde de la nuit homosexuel, des Folies Bergère en passant par le Palace. Par exemple, elle a remis en personne la « Coupe de la Beauté travestie » à une fausse Marlene Dietrich, à l’issue d’un concours de costumes au dancing de Magic-City en 1937.

 

On retrouve parmi les personnes homosexuelles beaucoup de fans de la chanteuse, toutes générations confondues : Jean-Claude Brialy, Michel Gyarmathy, Denis Daniel, Jérôme Savary, Jean-Luc Lagarce, Jean Cocteau, Jean Marais, Pierre Meyer, Marc Allégret, etc. « Fascinée comme moi par le spectacle, ma tante Germaine m’offrait régulièrement le cinéma l’après-midi. Un soir, elle eut la bonne idée de m’emmener voir Joséphine Baker aux Folies-Bergère. Ce fut un total émerveillement ! » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 50) Panama Al Brown, l’amant du poète Jean Cocteau, jouait un temps les danseurs de claquettes dans La Revue Nègre de Joséphine Baker (Cocteau lui a même baisé les pieds). Michel Simon assistera à l’enterrement de la diva.

 

Joséphine Baker est même parfois considérée comme une mère adoptive par certaines personnes homosexuelles : « En cette époque magique, toute notre intelligentsia se trémoussait la nuit au rythme endiablée de sa ceinture en bananes, la toute nouvelle star du music-hall : Joséphine Baker ! C’est au milieu de ce vacarme que je me décidai à venir au monde […]. » (Denis Daniel, Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 13) Le chanteur-compositeur britannique Bill Pritchard, par exemple, prend la défense de son idole : il distingue la « Mamma Baker » qui se ruina en adoptant une ribambelle d’orphelins, et l’artiste qui, en avance sur son temps, combattit les préjugés en assumant courageusement sa vie de femme libérée : « Nous rions tous pendant que Joséphine Baker fait le guet / À cause du Klan dans le Sud, / Nous sommes tous les formes informes / De l’état invisible. » (cf. la chanson « Mamma Baker » de Bill Pritchard)

 

La légende de Joséphine Baker nourrit actuellement l’univers imaginaire de beaucoup d’hommes travestis M to F. Cette femme noire est l’un des personnages typiques des cabarets transformistes (cf. le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan, avec l’homme transsexuel Nancy). Dans les années 1960-70, Michel Catty (alias Michou) faisait des imitations burlesques de Joséphine Baker. À la Gay Pride berlinoise de 2008, un des derniers « triangles roses » encore vivants à l’époque, Rudolf Brazda, a imité la Baker au music hall. Par ailleurs, il est à noter que la chanson « La Petite Tonkinoise » de Joséphine Baker existe dans une double version, féminine et masculine ! Enfin, on retrouve aussi Joséphine Baker sur le logo du célèbre bar gay le Banana Café, qui existe encore à Paris, et qui ne désemplit pas.

 

NOIR Baker Les Années Jazz

 

Bref, je me risquerai à dire que celle que l’on surnommait parfois « Joe » ou « la Putain » quand elle était encore en vie, est symboliquement le premier modèle transgenre du XXe siècle (elle succède à la Joconde) : « Le spectateur à peine éveillé voit débouler sur la scène un morceau de caoutchouc recouvert de guenilles, salopette noire et chemise blanche en lambeaux… […] Est-ce un homme ?, est-ce une femme ? Quand le phénomène se met à se déhancher de façon diabolique au son fantastique charleston, l’assistance a le souffle coupé. ‘La Baker’ vient de naître. » (Emmanuel Bonini, La Véritable Joséphine Baker (2000), p. 40)

 
 

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Code n°132 – Obèses anorexiques (sous-codes : Faim / Vomi / Festins non-débarrassés / Nourriture comme métaphore du viol / Poison)

obèses an

Obèses anorexiques

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le 17 novembre 2012, alors que je me trouvais à côté d’un char d’une des premières Manif Pour Tous à Paris, près des Invalides, une vieille mamie m’a spontanément adressé la parole (sans m’avoir reconnu, et sans raison logique puisqu’elle ne savait pas que j’étais homo et que je ne lui avais pas adressé la parole). Elle s’est mise à me parler d’homosexualité. Et elle me faisait cette judicieuse comparaison à laquelle je n’aurais pas pensée en ces termes (même si j’avais déjà depuis longtemps écrit dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels ce code des « Obèses anorexiques ») : « Vous savez, je crois que l’homosexualité, c’est exactement comme l’obésité : il y en a certains qui ne l’ont absolument pas choisie et qui n’y sont pour rien ; il y en a qui à la fois l’ont subie et à la fois s’y installent ; d’autres qui en sont totalement responsables par leurs comportements. » Elle semblait ainsi me faire comprendre qu’avec tous ces degrés différents de liberté, on voit bien qu’on ne peut socialement ni l’applaudir, ni la proposer comme norme d’identité et de bonheur. Je me suis gardé de commenter quoi que ce soit. Mais j’ai souri intérieurement. Ça fait tellement longtemps que je nous considère, nous les personnes homosexuelles, comme des êtres humains en tension entre boulimie et anorexie !

 

« Obèses anorexiques »… Voilà une périphrase antinomique qui a de quoi étonner. Comment peut-on être les deux à la fois ? Les personnages homosexuels pratiquants (et parfois les individus homos réels) réussissent cet exploit ! Ils se définissent eux-mêmes ainsi, d’ailleurs. Et dans les fictions traitant d’homosexualité, ils alternent les phases de boulimie et les moments de régime drastique… comme pour illustrer que le désir homosexuel est un trop-peu d’amour qui se traduit en général par un trop-plein (de câlins, d’objets, de sexe, de consommation, de sincérités, etc.) pour mieux faire passer sa violence comme « belle ». Car violence du désir homo il y a : dans la vie réelle des personnes homos et hétéros confondues, la boulimie provient souvent d’un manque d’amour (mal compensé) ou d’un viol, et l’anorexie indique de manière générale l’existence de l’inceste ou le sentiment de ne plus exister.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Différences physiques », « Bonbons », « Cannibalisme », « Tout », « Aube », « Fan de feuilletons », « Collectionneur », « FAP la « fille à pédé(s) », à la partie « Crâne en cristal » du code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses », à la partie « Maman-gâteau » du code « Mère possessive », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel est présenté ou se présente comme un glouton :

 

Beaucoup d’œuvres traitant d’homosexualité abordent la question de l’obésité : cf. le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, le film « Inspecteur Gadget » (1999) de David Kellogg, le film « Superstar : The Karen Carpenter Story » (1987) de Todd Haynes, le film « Fat Girls » (2006) d’Ash Christian, le film « Anita, Tanze Des Lasters » (1987) de Rosa von Praunheim, le film « Thulaajapoika » (« Le Fils prodigue », 1992) de Veikko Aaltonen, le film « 50 façons de dire Fabuleux » (2005) de Stewart Main, le tableau L’Homme à l’oiseau (2000) de Luan Xiaojie, la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, le roman Nourritures terrestres (1897) d’André Gide, la chanson « Mes bourrelets d’antan » de Marie-Paule Belle, le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville (l’héroïne lesbienne se bâfre de gâteaux), le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec Otho, le protagoniste homosexuel obèse), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters (avec Tracy, l’héroïne obèse au physique difficile), le film « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis (avec la cuisinière lesbienne), le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand, etc. Par exemple, dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, est bien en chair.

 

Otho, le héros gay obèse du film "Beetlejuice" de Tim Burton

Otho, le héros gay obèse du film « Beetlejuice » de Tim Burton


 

« Conquiers ta gloutonnerie. » (cf. une réplique de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg) ; « La gourmandise… » (le santon de la Vierge Marie s’adressant d’un air sévère à la jeune Marie, dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André) ; « Continue à manger des gâteaux jusqu’à 50 ans et tu seras obèse. » (cf. une remarque faite à Harvey, le héros homosexuel du film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant) ; « J’ai pas toujours été l’Adonis sculptural que vous avez devant les yeux. » (un des clients homosexuels du sauna, ex-obèse, se définissant comme une « taille XXL, large comme une baleine » pendant son adolescence, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot) ; « Tu m’étonnes que tu grossisses, avec tout ce que tu bouffes. » (Océane Rose-Marie parlant à sa compagne, dans son one-woman-show Chaton violents, 2015) ; « Arrête de te gaver de cacahouètes. » (Katya s’adressant à son ami gay Anton, pourtant mince, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « C’est quoi l’avantage à être un gros gay ? » (Arnaud, le héros homo, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

Par exemple, le Roi Ubu (1896) d’Alfred Jarry, ou bien le Falstaff de William Shakespeare, sont présentés comme des gloutons gargantuesques. Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Paul est décrit par sa sœur comme un goinfre qui « mâche en rêve », qui « crève de gourmandise et refuse de faire un effort ». Dans Le Banquet (- 380 av. J.-C.) de Platon, Aristophane, le défenseur de l’amour androgynique (on dirait aujourd’hui « homosexuel »), se couvre de ridicule : il a le hoquet car il a trop mangé. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne despotique, se commande à elle toute seule « une pété de pizzas ». Dans la pièce Revenir un jour (2014) de Franck Le Hen, Steeve, l’un des héros homos, a prix 30 kg et tient une baraque à frites. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, les héros homos sont des goinfres : Nono prends 4 fois du dessert ; Stef, 3 fois. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, Largui se mange tout le pot de confiture de lait. Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Benoît, le héros homosexuel, raconte qu’étant adolescent, il avait des grosses joues de hamster. Dans la pièce Le Gang des Potiches (2010) de Karine Dubernet, Nina, l’héroïne lesbienne, est obèse et se remplit de biscuits BN. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum a écrit plusieurs livres sur le « Syndrome de Stockholm », le « transfert émotionnel », et un ouvrage intitulé Arrête de bouffer Pénélope. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, trouve son « corps lourd » et disgracieux. Il est ensuite dit qu’« il est petit, vulgaire et gras ». Dans le film « Spotlight » (2016) de Tom McCarthy, Sacha Pfeiffer, la journaliste, interviewe Joe, un homme homosexuel obèse, très anxieux, qui a été violé par un prêtre à l’adolescence, et qui gobe les muffins en grande quantité pour compenser. Dans la série Demain nous appartient diffusé en 2017 sur la chaîne TF1, Étienne, l’interne homo à l’hôpital de Sète, était pendant l’adolescence l’ancien camarade de classe de Victoire Lazzari, le souffre-douleur du lycée, surnommé « Bouboule » par ses camarades.

 

Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, tous les personnages sont filmés continuellement en train de manger, de consommer (des pâtes et des spaghettis surtout, de la boisson alcoolisée, du tabac, du sexe, de la sensation naturelle, etc.). C’est en fait un film sur la consommation, et destiné à des consommateurs bobos. D’ailleurs, l’héroïne ne s’en cache pas : « Je mange de tout. Je pourrais manger en continu toute la journée. » (Adèle)

 

La gourmandise du libertin homosexuel prend au départ des allures de fête, de gala. On retrouve le festin dans plusieurs œuvres abordant la thématique homosexuelle : cf. le film « Les Damnés » (1969) de Luchino Visconti, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « Salò ou les 120 Jours de Sodome » (1975) de Pier Paolo Pasolini (avec le banquet burlesque des noces), l’album Le Festin de Juliette (2002) de Juliette, le roman Festin nu (1959) de William Burroughs, le film « Tableau de famille » (2002) de Ferzan Ozpetek, le roman Pique-nique au paradis (1968) de Joanna Russ, le roman Off-Side (1969) de Gonzalo Torrente Ballester, la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz, le roman Le Banquet des anges (1984) de Dominique Fernandez, le film « Desperate Living » (1977) de John Waters, le film « Le Banquet des chacals » (2006) de Stéphane Marti, le vidéo-clip de la chanson « Gourmandises » d’Alizée, le film « One Night Stand » (2006) d’Émilie Jouvet, etc.

 

La boulimie prend aussi des allures d’amour, devient luxure (cf. je vous renvoie au code « Cannibalisme » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Dans beaucoup de créations homo-érotiques, le désir homosexuel est comparé à une irrépressible sensation de faim : « J’aime plusieurs personnes. Je ne parle pas de mon homosexualité mais de mon appétit sexuel… et je ne suis pas un libertin. » (Larry, le libertin enchaînant les « plans cul », dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « [Il me fallait] assouvir cette faim que j’avais du féminin. D’autant que je prenais conscience que seul le corps, chez les femmes, m’intéressait. Je ne me sentais pas capable d’aimer vraiment. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; « Supporter une journée sans voir sa voisine lui mettait au ventre un sentiment de manque tel qu’elle avait l’impression de ne pas avoir mangé. » (idem, p. 184) ; « J’ai faim. » (Henri, juste après avoir embrassé pour la première fois sur la bouche un inconnu à la gare, dans le film « L’homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; « Je n’arrive pas à croire que je suis assise là à vous raconter que j’ai eu les yeux plus grands que le ventre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne, au moment d’annoncer son homosexualité au vieil Adit, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 201) ; « Vous aimez sûrement manger. Je me le suis dit tout de suite. » (Léopold s’adressant à son futur amant Franz, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Ô belle Amérique ! » (2002) d’Alan Brown, Andy demande à Brad comme on peut être sûr qu’on est vraiment homo ; ce dernier lui répond : « Tu le sais comme tu sais que tu as faim. » Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, Valentín se laisse conquérir par le désir homosexuel à partir du moment où il se goinfre de nourriture : « La Femme-Araignée m’a montré du doigt un chemin dans la forêt, et maintenant que j’ai trouvé tant de choses à manger, je ne sais plus par où commencer… » (p. 263) Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Dodo a grossi depuis qu’il est « marié » avec son pote Henri.

 

Le bonheur de l’assouvissement de la gourmandise sexuelle est de courte durée. Et déjà, certains héros homosexuels expriment les affres de la digestion difficile ou les désagréments de l’obésité désirante/charnelle. « Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. […] J’ai songé à rechercher la clef du festin ancien où je reprendrais peut-être l’appétit. » (la voix narrative au tout début d’ d’Une Saison en enfer (1873) d’Arthur Rimbaud, p. 135) ; « Le banquet d’hier était très bon. » (Noé, le héros homosexuel, après avoir été vu par son fils Secundo en train de masturber un homme dans une camionnette, dans le film « Mon Père », « Retablo » (2018) d’Álvaro Delgado Aparicio).

 

C’est l’« amour » homosexuel qui semble trop calorique. « Nous, ce qui aurait dû nous alerter, c’est la prise de poids. J’étais devenue un angelot obèse. » (Océane parlant de sa relation amoureuse avec sa compagne Nathalie, dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie) ; « C’était un repas équilibré… » (Jean-Luc, ironique, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; etc. Par exemple, dans la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell, Tania, l’héroïne lesbienne, a l’appétit coupé une fois qu’elle est homosexuellement amoureuse : elle semble calée.

 
 

b) Le personnage homosexuel est présenté ou se présente comme un être squelettique :

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Paradoxalement (et conjointement à la boulimie), beaucoup d’œuvres traitant d’homosexualité abordent aussi la question de l’anorexie et de la maigreur corporelle : cf. la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le roman L’Affamée (1948) de Violette Leduc, la chanson « J’ai faim, j’ai chaud, j’ai soif » de la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, l’album « Faim de siècle » de Jean Guidoni, la pièce Faim d’année (2007) de Franck Arrondeau et Xaviéra Marchetti, le roman Alambres (1987) de Néstor Perlongher, la fameuse robe de viande crue Vanitas, robe de chair pour albinos anorexique (1987) de Jama Stark, le film « La Dernière Fois » (2010) de François Zabaleta (dédié à l’anorexie), etc.

 

« Je veux mourir mince, ne pas me nourrir avant de mourir. Je veux rester jeune. » (Didier Bénureau dans son spectacle musicale Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Je ne mange pas de charcuterie. C’est très vulgaire. » (Bernard, le héros homosexuel de la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Moi qui sais que ma maigreur t’intrigue… » (un des héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Surtout je faisais très très attention à ma ligne. » (un des personnages homos parlant de son arrivée dans le « milieu homo », dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Esti [l’héroïne lesbienne] sortit de la baignoire et examina son corps d’un œil critique, debout devant le miroir. Elle était, décréta-t-elle, trop mince. D’année en année, elle perdait du poids. Il fallait agir. Elle se l’était déjà dit, bien décidée à manger plus ; une résolution prise quasiment chaque semaine. Elle enduisait de beurre ses légumes et faisait rissoler les pommes de terre dans de la graisse d’oie. […] Mais elle avait beau cuisiner tant et plus, son appétit s’évanouissait dès qu’elle atteignait la table. Si elle se forçait à manger, son estomac la récompensait par des nausées effroyables accompagnées de crampes intestinales. Elle décida néanmoins de faire un nouvel effort. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), pp. 33-34) ; « C’est pour ça qu’ils sont tous rachitiques. » (Samuel Laroque parlant de ses pairs homos, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « C’est comme l’anorexie. Je ne veux plus. Trop d’amis à moi sont morts d’anorexie. » (Rodolphe Sand, travesti, se mettant dans la peau d’une odieuse bourgeoise dirigeant un orphelinat au Burkina-Faso, et entourée d’enfants faméliques, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « Mais je suis gay ! Grossir ?!? Et puis quoi encore ?! » (le jeune Mathan dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Auvergnat Cola… pour les anorexiques. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; « Si seulement t’étais pas sous-alimenté… Mange, petit. » (Arthur s’adressant à son amant Jimmy, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans son opéra King Arthur (2009), Hervé Niquet vante parodiquement en chanson sa « taille de guêpe » qui apparemment ferait des émules : « On a le béguin pour ma silhouette. » Dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, Max, la grande folle, ne veut porter que des vêtements moulants : « Et puis c’est la mode, merde ! » Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Romeo se moque de son amant Johnny, qu’il présente comme un « Blanc maigre ». Dans la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi, Puce, le tenancier d’un bar, est dépeint comme un « vieux pédé à moitié travesti, les cheveux longs décolorés sur un corps squelettique » (p. 44) Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, les protagonistes homosexuels se conseillent de suivre le fameux régime Slim Fast pour rester potables sur le marché LGBT. Dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, les deux amants Cédric et Laurent sont les seuls invités à table à faire passer le fromage sans se servir. Dans le film « Footing » (2012) de Damien Gault, pour expliquer à son amie d’enfance (obèse) sa maigreur à lui, Marco, le héros homo dit qu’il a « le ver solitaire » (au sens propre comme au figuré, puisqu’il vient de se séparer d’avec son copain). Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves sait qu’il doit manger mais il se rationne ou n’a pas d’appétit : « J’ai pas faim. » Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, la physionomie (revendiquée !) de Lacenaire, c’est la maigreur. Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, Francis, le héros homosexuel, fait attention à sa ligne et ne veut pas manger trop sucré. Dans son one-woman-show Free, The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon s’identifie aux esclaves noirs chantant le blues, aux enfants faméliques des pubs d’Action Contre la Faim : « J’ai vraiment un corps de base. SI j’étais une voiture, je serais sans options. Moi, si je me mets à nue, je peux faire une pub pour Action Contre la Faim. Avec des mouches autour des yeux. » Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Heiko, le héros homosexuel décédé par noyade s’adressant à son amant Konrad, dit qu’il est « maigre comme un clou ». Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, plus Davide, le héros, s’homosexualise, plus son entourage lui fait la remarque qu’il maigrit à vue d’œil.

 
 

c) Le personnage homosexuel alterne les crises d’anorexie et les crises de boulimie :

Série "Modern Family" avec le couple gay formé par Mitchell et son amant obèse Cameron.

Série « Modern Family » avec le couple gay formé par Mitchell et son amant obèse Cameron.


 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, un certain nombre de héros homosexuels sont décrits/se décrivent comme des obèses anorexiques… ou bien ils forment un duo contrasté avec une personne beaucoup plus enrobée ou beaucoup plus rachitique qu’eux (cf. je vous renvoie au code « FAP la ‘fille à pédé(s)’ » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf.  le film « Des oiseaux petits et gros » (1966) de Pier Paolo Pasolini, le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba (et le binôme Afid – l’obèse – et Crevette – le fin), la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis (avec Hugo, obèse et homosexuel, vivant avec Benjamin, son colocataire mince), le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, etc.

 

« Ingrat. Un gras ici. Un maigre là… » (cf. un calembour assumé comme pourri, dans le one-woman-show Nana vend la mèche (2009) de Frédérique Quelven) ; « Ils [les gens du Peuple] disent que nous mangeons trop. » (la Princesse s’adressant à sa mère la Reine, décrite par la Vache sacrée comme un « squelette aveugle » (p. 86), dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Mme Pignou s’arrêta, extasiée, devant la vitrine des œufs de Pâques à l’angle de la rue Henri-Monnier et de la rue Victor-Massé. Elle n’avait pas mangé depuis une semaine, non pas par manque de pain, certes, mais par gourmandise. » (Copi, la nouvelle « Madame Pignou » (1978), p. 45) ; « Elle est robuste et grasse. J’ai toujours été fascinée par cette sorte de filles, moi qui suis née trop menue. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 13) ; « Je suis c’qu’on appelle un faux maigre. » (Jérôme Commandeur dans son one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret, 2008) ; « Dans mon cas, plus les gens sont gros, plus ils me trouvent maigre. » (Laurent Gérard dans son one-man-show Gérard comme le prénom, 2011) ; « Le majordome entra, apportant le thé. ‘Du sucre ? demanda Angela. – Non, merci’, dit Stephen [l’héroïne lesbienne] ; puis, changeant soudain d’idée : ‘Trois morceaux, s’il vous plaît’ ». (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 183) ; « La maigreur de la duchesse d’Albe lui avait attiré le sobriquet peu élégant de ‘La Esqueleta’. […] Elle offrait de somptueux dîners où elle mangeait comme un ogre, sans pouvoir jamais dépasser son poids. » (Copi, la nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978), pp. 9-12) ; « Je passais prendre la bouillotte et embrasser grand-mère, que je surprenais souvent à moitié déshabillée, danseuse obèse et déchue, environnée de tout un Niagara de dentelles, de chairs gélatineuses qui moutonnaient à l’infini par la grâce du double reflet de l’armoire à glaces et de la psyché. » (le narrateur homosexuel décrivant sa grand-mère, dans la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 12) ; « Tu goûtes à mon amour comme une anorexique. » (cf. la chanson « Anorexique » du chanteur Queen Mimosa) ; « Sur Internet, tu parles toujours de régimes. À quoi ça sert si tu t’empiffres de gâteaux apéro ? » (le jeune Mathan s’adressant à son amant Jacques, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

 

Par exemple, dans le film « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier, Francis (interprété par Dieudonné) refuse les gâteaux qu’on lui propose en journée… et se lève en cachette la nuit pour s’empiffrer avec ce qu’il y a dans le frigo. Dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, Philibert suit un régime et pourtant n’arrête pas de réclamer à manger ; il est d’ailleurs surnommé « gros pépère » par son amant David. Dans ses poèmes « ¿Por Qué Seremos Tan Hermosas ? » et « Circo », Néstor Perlongher décrit les personnes homosexuelles comme des filles à la fois « obèses » et « anorexiques ». Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Cécile fait très attention à son poids (il lui arrive de vomir souvent)… mais à d’autres moments se goinfre de bonbons : « Je blêmis, trouve refuge dans les toilettes, vomis, ça devient une habitude. » (p. 22) ; « Plus je me trouvais grasse, plus je m’empiffrais. » (p. 79) ; etc. Dans le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d’Emmanuel Pierrat, le chanteur Elton John est défini comme « le crooner pour vieilles peaux et midinets obèses » (p. 118) et comme un obèse anorexique : « Chacun connaissait ses difficultés surpondérales, le plongeant tour à tour entre obésité suintante et régime drastique. » (p. 122) Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, l’un des héros homosexuels – le plus efféminé – est le premier à faire attention à sa ligne, mais à exercer ses talents de cuisinier pour se goinfrer par personnes interposées, en les surnourrissant. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Tedd, le jeune dramaturge homosexuel, soigne sa ligne et pour cela, ne mange que du poisson ; ça ne l’empêchera pas d’être boulimique pour d’autres choses : « Moi ce que je vise, c’est le fric ! » Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, après avoir été bouboule pendant son adolescence, Emily, la future femme d’Howard, homo refoulé, sombre maintenant dans l’anorexie à cause du coming out de son futur mari : « 34 kg : j’ai perdu 34 kg ! C’est pour ça que je suis pratiquement anorexique ! »

 

Film "Le Derrière" de Valérie Lemercier

Film « Le Derrière » de Valérie Lemercier


 

Dans son one-man-show Gérard comme le prénom (2011), Laurent Gérard nous propose tout un sketch sur la maigreur. En filigrane, il compare l’homosexualité à l’anorexie : « J’ai une différence que mon entourage vit de plus en plus mal… » Après nous avoir fait croire qu’il allait faire son coming out, il simule qu’il se retrouve dans un groupe de parole genre Alcooliques Anonymes parce qu’il vit mal sa minceur. Il critique sévèrement ceux qu’il appelle les « dictateurs du régime », qui lui reprochent sa maigreur (« Vous êtes tellement maigre qu’on va croire que vous allez perdre un œil ! » leur fait-il dire) : « Les gens épais me bouffent ! »

 

Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca passe des crises de boulimie (à cause de ses chagrins d’amour) à l’anorexie (en ayant par exemple la turista en plein voyage en Asie) : « Heureusement, j’ai fini par perdre 12 kg en 1 semaine. Une turista… : tu la proposes à un obèse, il ne la veut pas ! »
 

Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, la grand-mère d’Antonio et de Tommaso, les deux frères homos, a tout de la femme soumise-insoumise, qui s’est mariée par devoir, mais qui ensuite envoie promener tous ses carcans avec l’âge : elle mange sucré, ne se médicamente pas toujours, boit plus que de raison, justifie l’homosexualité de ses petits-enfants, et finit même par se suicider en se goinfrant de gâteaux. Après s’être privée toute sa vie, elle se rattrape dans la démesure !
 

Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa raconte que vers l’âge de 6-7 ans, elle mangeait énormément (« Je m’empiffrais de tout ! »), mais que ses parents la rationnaient (elle les qualifie pour cela de « discount », de « cruels tortionnaires » !). À l’adolescence, elle a oscillé entre période d’auto-surveillance (« De l’Est, je suis passée à l’Ouest. ») et période de reprise de poids (« De Bouboulette, je suis passée à Bouboule. ») Enfin, à l’âge adulte, elle dit qu’elle essaie en vain un régime et se justifie d’avoir repris ses kilos : « J’ai toujours voulu être capitaliste. J’ai un capital : c’est mon corps. J’ai décidé de capitaliser mon corps de l’intérieur. » Elle se qualifie elle-même de « capitaliste interne ».

 
 

Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, Molina, le héros homosexuel efféminé, à la fois se prive de nourriture et s’en gave (il fait de même avec son compagnon de cellule, Valentín, qui passe du rationnement carcéral au festin apporté par la soi-disant « mère de Molina »).

 

Valentín« C’est ma faute, Molina.

Molina – Notre faute… Nous avons mangé plus que d’habitude. »

(Valentín et Molina, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 221)

 
 

Toujours dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, le personnage homosexuel d’Harold – le plus fourbe et le plus manipulateur de la bande –  condense bien ce mépris voilé de soi que symbolise l’entre-deux entre boulimie et anorexie, entre surconsommation et retenue, entre libertinage et ascèse, entre bisexualité et asexualité. Tantôt il rejette le gavage alimentaire (maternel notamment : « Ma détestable mère en mettait [de l’herbe] dans les salades, sans le savoir, et je crois qu’elle aimait ça. Parce qu’à chaque repas, même au petit déjeuner, elle disait : ‘Une salade ?’ »), tantôt il le recherche (« Je cherche désespérément à prendre poids. » dit-il à Michael en se resservant en lasagnes. « Je mangerais à en devenir malade. J’ai très faim. Je goûterais bien tes lasagnes à l’opium. »). Michael, son colocataire (et ex-amant) se moque de son apparent paradoxe – non seulement alimentaire mais aussi existentiel et amoureux – qui le trahit : « Toute la journée, tu te prives, tu prends du café et du laitage, puis tu t’empiffres en un repas. Ensuite, tu culpabilises, tu te trouves gros et moche, alors que tu n’as jamais été aussi mince. »

 

Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homosexuel, par dépit amoureux, arrête de manger pendant des semaines… et l’ironie de l’histoire, c’est qu’il est pourtant surnommé « Sugar » (« sucre » en anglais) par son amant Georges !

 

L’hybridité entre obésité et anorexie marque une irréalité, un désir et un fantasme proche de la schizophrénie. « Pas besoin d’être gros pour être une Fat Girl, pas besoin même d’être une fille : c’est un état d’esprit. » (cf. une réplique du film « Fat Girls » (2006) d’Ash Christian) Celle-ci ne sera pas sans effet ni sans violence, comme on va le voir tout de suite après.

 
 

d) Le va-et-vient entre anorexie et boulimie illustre un viol :

En règle générale, le traitement fictionnel de la nourriture dans les œuvres homo-érotiques n’est ni respectueux ni bon signe pour les héros homosexuels.

 

Par exemple, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, Molina, le héros homosexuel cherche à soutirer des informations à Valentín, son amant et colocataire carcéral, en le faisant manger des mets succulents ; il est un indic de la police d’État.

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Nina, l’héroïne lesbienne, souffre d’anorexie. Celle-ci est expliquée par le fait qu’elle n’ait pas été aimée par ses parents, puis par le fait qu’elle soit manipulée par ses amants puis ses amantes lesbiennes : « Ma mère m’a toujours dévalorisée. Elle est incapable de me faire un compliment. Elle ne m’a jamais aimée. La preuve : elle ne voulait pas me garder. Et mon père… : j’avais un an quand il m’a reconnue. Faut pas s’étonner que je sois anorexique… » (Nina) ; « Elle n’a rien mangé depuis trois jours. » signale cyniquement Lola, la femme qui se sert de Nina comme maîtresse et « second repas », à son amante régulière Vera qui lui répond non moins ironiquement : « C’est souvent le cas chez les anorexiques. »
 

Le va-et-vient entre anorexie et boulimie indique aussi une misère affective, intellectuelle, spirituelle. « Finalement, la seule chose qui a définitivement crevé en moi, au cours de cette crise, ça a été ma foi. Je me suis réveillé affamé d’une bonne faim, assoiffé d’une bonne soif, et réconcilié avec la vie. Je ne croyais plus en Dieu. Je ne croyais plus qu’à la force de mon amour. » (Mourad, le héros homosexuel, au moment de s’assumer en tant qu’homo, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339) ; « Ma sœur me reproche d’être trop gâtée. Mais elle n’arrête pas de m’offrir des cadeaux. » (Kanojo, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc.

 

Le héros homosexuel crie à l’overdose auprès de ses parents et de sa société qui n’ont pas su l’aimer dans une juste mesure. Par exemple, dans le film « Beautiful Thing » (1995) d’Hettie MacDonald, Ste, le protagoniste homosexuel issu d’un milieu culturellement pauvre, cuisine pour son père et reçoit dans sa gamelle le contenu de l’assiette de ce dernier. Il ne peut alors que lui répondre dans l’impuissance : « Je ne mangerai jamais tout ça… » Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, le père de Charlène (l’héroïne lesbienne) la force à manger des œufs au petit déjeuner alors qu’elle n’a pas du toutfaim : il insiste lourdement : « Mange ! Mange ! » Voilà que l’enfant de la pauvreté est paradoxalement suralimenté ! Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le héros homosexuel refuse toutes les attentions et les prévenances de sa famille (il exècre « les trop doux parents », p. 73) ainsi que de l’État-Providence. Le jeûne sera son unique moyen de résistance et de revendication identitaire : « Je ne mange plus. Par insouciance. J’entame un jeûne presque complet qui va bientôt affoler tous mes protecteurs providentiels, commerçants pour la plupart, vendeurs de bouffe patentés et convaincus qu’il s’agit de se nourrir pour bien se porter. » (p. 111)

 

La boulimie ou l’anorexie sont très souvent les signes d’un abandon, d’un vol, d’un viol ou d’un inceste, d’une surabondance matérielle masquant un vide béant d’amour. « C’est horrible d’avoir faim. Il y a des gens qui en deviennent tout blancs et qui meurent dans d’atroces souffrances. » (Kanojo, l’héroïne lesbienne noire, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « La constipation, c’est de famille. » (le narrateur homosexuel imitant sa mère s’adressant à lui, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; « Je ne vois pas pourquoi tu me forces à toujours prendre le thé. Tu sais que je déteste tes gâteaux ! » (Louise s’adressant à Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, p. 91) ; « Durant presque toute la nuit, le rêve n’était que cela, cette leçon de cuisine, ce lien par la nourriture, ce rapprochement inédit, corps contre corps et, au milieu, une petite bougie. Le bien encore possible. La gourmandise sans fin. Mon ventre qui ne cesse de gonfler. Qui va bientôt exploser. Et Hadda qui n’arrêtait pas de me resservir. Encore et encore. Et encore. Le rêve enfantin qui se rapproche petit à petit de l’enfer. » (Omar, le héros homosexuel gavé dans son rêve par la bonne Hadda, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 103) ; « C’était bon mais j’étais terrifiée. Une fois qu’elle m’avait bien gavée… » (une patiente qui se fait nourrir de billets de 500 euro, dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Et tous ces enfants qui meurent de faim chaque jour… et nous qui allons passer un repas somptueux… » (Jules, l’homo dandy puant, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Faisons la paix, ouvrons ce frigo pour manger une fois pour toutes ce gâteau d’anniversaire ! Je meurs de faim ! Je n’ai rien mangé de sucré depuis ton dernier anniversaire ! » (Mère s’adressant à sa fille « L. » juste après qu’elles aient tué le père, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Est-ce normal de mourir pour être allé dîner dans un restaurant ? » (Bryan, le héros homosexuel qui perd tragiquement son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 456) ; « Tu as mangé des gâteaux et de la glace toute la journée. » (Juna s’adressant à son amie lesbienne Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « C’est toi que je ne digère pas. » (Juna s’adressant à son amante Kanojo dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc.

 

Par exemple, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012), Didier Bénureau se met dans la peau d’une mère possessive qui couve à l’excès son jeune garçon de 9 ans, Jeanjean, le gave de cochonneries (si bien qu’il devient obèse) et le drogue de cachets pour qu’il s’endorme et ne résiste pas à son traitement carabiné de sollicitude : « C’est le bonheur qui fait grossir. » ; « 9 ans : 85 kg. » ; « Maman’ a toujours été très très gentille avec Jeanjean. » ; « Pas de femmes ! Que ta petite maman ! » ; « Jeanjean, il est gros, gros, qu’est-ce qu’il bouffe ! Et puis il dort ! Il lui faut ses 16 heures de sommeil. Au moins, le mien, il est pas prêt de bouger ! » Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, c’est en achetant ses fruits et légumes chez son maraîcher qu’Omar, le héros homosexuel, découvre par accident que le vendeur a eu une liaison avec sa mère.

 

Il est fréquent qu’on voie le héros homosexuel vomir : cf. le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg, le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le roman L’Homme qui vomit (1988) de Mathieu Lindon, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, les peintures de Francis Bacon, la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon, le roman Puck Of Pook’s Hill (1906) de Rudyard Kipling, le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, la chanson « J’en ai marre » d’Alizée, le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley, le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, la chanson « Histoires de fesses » de Mylène Farmer, etc. Par exemple, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, la mère du héros homosexuel dégueule tout son dîner de pizzéria. Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, Madame Gras vomit tout le temps… et pourtant, elle est obèse. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le Père 2, homosexuel, reçoit une pluie de vomi orangé dans la gueule.

 

« Ça sent le vomi, ici ! » (Jean, l’un des héros homos de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Je vais vomir. » (Alan, l’hétérosexuel exprimant son malaise de se retrouver dans une « soirée de pédales », dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin ; Michael rajoute ironiquement : « Avant, ça sentait le vomi. Maintenant, le vomi à la rose. ») ; « J’ai juste envie de vomir à chaque fois que tu me touches. » (Édouard s’adressant à son amant Georges, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) ; « Pour pas vomir, elle broute. » (Margot, la vache lesbienne de la nouvelle « Margot, histoire vache » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 121) ; « J’ai essayé l’anorexie, mais du coup ça ne marche pas parce que je vomis avant de manger ! Du coup, j’ai faim. » (Lise, l’actrice obèse de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’ai presque couru jusqu’aux toilettes, comme si j’allais vomir au lieu de pleurer, me suis assise sur le couvercle de la cuvette et j’ai pleuré, pleuré, sans comprendre pourquoi. J’ai regardé mon reflet dans le miroir de la salle de bains, les traces de larmes, les yeux rouges, et je me suis souvenue d’une chose, juste une chose, d’un moment semblable, d’une époque semblable. Où je me regardais dans ce miroir. En pleurant. Je savais ce que c’était. La sonnette de la porte d’entrée a retenti. » (Ronit, l’héroïne lesbienne dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 167) ; « Je te rappelle que les beaux gosses te rendent si nerveuse que tu vomis. » (Amy s’adressant à sa copine Karma, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Des geysers de vomi et de merde… Qu’est-ce que je fous ici ? » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « Je pue le vomi. » (Éric, le héros homo, dans l’épisode 2 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc. Par exemple, dans le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau, l’héroïne lesbienne est prise d’une envie de vomir dès qu’elle découvre son désir lesbien. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, quand Frank dit à son psy (le Dr Apsey) qu’il a des penchants homosexuels, ce dernier lui demande instantanément s’il a des « vomissements ».

 

Régulièrement, dans les fictions, les tables non-débarrassées (filmées à l’écran) montrent que la fête homosexuelle n’est pas complète. Les lendemains d’orgies laissent place à l’amertume, à la culpabilité voire au dégoût d’avoir « trop mangé » : cf. le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, le film « Les Amants diaboliques » (1942) de Luchino Visconti, le film « Intrusion » (2003) d’Artémio Benki, le roman Fin De Fiesta (1962) de Juan Goytisolo, le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman, le roman Après le banquet (1960) de Yukio Mishima, le roman Fin de Fiesta (1930) de Federico García Lorca, le film « Él Y Él » (1980) d’Eduardo Manzanos, le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, le film « When The Party’s Over » (1991) de Matthew Irmas, le film « Depois Do Almoço » (« After Lunch », 2010) de Rodrigo Diaz Diaz, le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (avec la terrasse inondée de Michael après l’orage), le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini (avec l’appart en bordel de Greg et Hannah), le film « Avant la nuit » (2000) de Julian Schnabel, etc.

 

« Le dégoût. Ce terrible dégoût. […] Demain sera une journée pleine de dégoût. » (Michael, le héros homosexuel, à la fin du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Comment te dire ? Je suis un vieux pantin en lendemain de fête, un vieux pantin entre les mains d’un enfant bête. » (cf. la chanson « En miettes » d’Oshen) ; « Les yeux perdus dans mon assiette. Et mon bonheur n’est qu’amas de miettes. Un crumble froid. […] Grand-mère, Grand-mère, ne désespère pas! On est deux à haïr ces repas. »  (cf. la chanson « À table » de Jann Halexander) ; « En regardant les verres à demi vides, leurs parois emperlées de petites gouttes de pluie, Amande eut un frisson. La belle table du début de la soirée n’était qu’un amas de reliefs détrempés. Les bougies s’étaient éteintes. Les bouquets s’étaient affaissés. Dans le prolongement de la bouteille renversée, la coulée rouge s’était élargie, avait viré au rose pâle. L’air froid avait figé le gras dans les assiettes encore parsemées de rondelles de pain spongieuses. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 451) ; « Les deux amoureux sont debout, au milieu de cette grande salle vide. Rien n’a été nettoyé. Les tables sont encore jonchées d’assiettes sales et de verres à moitié vides. Sur la piste de danse, quelques ballons bougent encore, poussés par des courants d’air imperceptibles. » (Jean-Pierre et Laure, dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, p. 277) ; « La fête est finie. » (Rupert, le héros homosexuel de 10 ans, dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc.

 

Idem côté cœur. En « amour » homosexuel, il semblerait que le poids (alimentaire) des sentiments fonctionnent comme des vases communicants ou un sablier : quand l’un des deux amants est rempli de sentiments, c’est au détriment du vide amoureux de l’autre… ou parce que ce dernier a chippé dans l’assiette du premier. « Lorsqu’il avait fini son assiette, il piquait naturellement dans la mienne, en ignorant mon regard sombre et mon énervement, tout en feignant de m’écouter avec sérieux. Ça aussi, ma mère aurait dû le remarquer ! On ne faisait pas ces choses-là avant. Avant de nous aimer. » (Bryan par rapport à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, pp. 146-147) ; « Tu m’as couché affamé, tu m’as couché affamé. » (Luca, non rassasié en amour, dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; etc.

 

Il arrive même que la nourriture soit utilisée pour tuer (poison) ou pour maquiller une mort, un suicide. « Je me caloricide. » (Brüno dans le film « Brüno » (2009) de Larry Charles) ; « Me mange pas. Tu vas être malade. » (Shirley Souagnon se décrivant comme un « yaourt périmé » face aux hommes, dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc. Elle devient la métaphore du viol : cf. le film « La Tendresse des loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Picnic à Hanging Rock » (1975) de Peter Weir, le film « Eat the Rich » (1987) de Peter Richardson, le film « The Lawless Heart » (2002) de Neil Hunter et Tom Hunsinger, etc.

 

On retrouve le poison dans certaines créations homosexuelles : cf. le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (avec la mère de Romain qui empoisonne et tue son fils homosexuel), la nouvelle L’Encre (2003) d’un ami romancier angevin, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, le film « Le Poison » (1945) de Billy Wilder, le vidéo-clip de la chanson « Tristana » de Mylène Farmer, le film « Le Nom de la Rose » (1986) de Jean-Jacques Annaud, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, la pièce A Sodoma En Tren Cobijo (1933) d’Álvaro Retana, le film « Poison Ivy » (1992) de Katt Shea Ruben, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-Ik, la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz, le film « Poison » (1991) de Todd Haynes, le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure, le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay (avec les sandwiches empoisonnés), le roman Un Goûter d’anniversaire (2004) de Jean-Claude Tapie, le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet (avec l’arête dans le poisson), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec les champignons hallucinogènes, ou encore le suicide au cyanure), la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi (avec les champignons vénéneux), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (où le Baron Lovejoy, homosexuel, administre du poison à Elliot), le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (à la fin, Paul se fait empoisonner par sa sœur Catherine qui le veut tout à elle), la chanson « Poison » de Bilal Hassani, etc.

 

« Je me suis empoisonnée à peine mon enfant né. » (Lou, l’héroïne lesbienne, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Elle [Vicky] a peut-être même empoisonné le champagne ! » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Garde la tête froide, me dit Rakä. Fais surtout attention aux narcotiques qu’elles peuvent glisser dans nos aliments ! » (le rat narrateur dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 46) ; « Ils [la dernière reine inca, le Jésuite, la Princesse, et la Vaché sacrée]  moururent empoisonnés sous le soleil brûlant au beau milieu du désert. » (Copi, La Pyramide !, 1975) ; « Je suis empoisonnée. Ce sort me dévore. » (Juna, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael décrit le jeune Tex qu’il a vu au sauna comme un « chien empoisonné ». Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz a avalé de l’arsenic pour se suicider ; et lorsqu’il annonce sa mort imminente à sa mère au téléphone, celle-ci ne montre aucune tristesse, et lui souhaite au contraire « Bon voyage ». Dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa, Cunégonde est l’amie prétendument « empoisonneuse » qui invite ses amis à manger. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, China tue son mari Rogelio en empoisonnant son dessert ; Hortensia, la femme de Venceslao, a mangé de la mort-aux-rats et meurt empoisonnée ; China met de l’insecticide pour les cafards dans le biberon de son bébé, croyant que c’était du lait concentré… Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, il y a des vers de terre dans les donuts au chocolat. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, le héros homosexuel, pour se venger d’un camarade de classe homophobe qui lui taxe toujours des clopes, les empoisonne pour le rendre malade… et ça marche.

 

Dans la fantasmagorie homosexuelle, la nourriture est souvent associée au meurtre ou au viol (cf. je vous renvoie à la partie sur le « viol » dans le code « Bonbons », ainsi qu’au code « Cannibalisme » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. les ouvertures impromptues de restaurants dans les films « Volver » (2006) de Pedro Almodóvar et « Les Amants diaboliques » (1943) de Luchino Visconti (suite à des meurtres conjugaux masqués… où le mari assassiné est donné à manger au client), le gazpacho-traître dans le film « Mujer Al Borde De Un Ataque De Nervios » (« Femme au bord de la crise de nerfs », 1987) de Pedro Almodóvar, le café bouillant dans le film « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » (1984) de Pedro Almodóvar (qui défigure la femme à qui le mari est venu apporter le petit déjeuner au lit), la prostitution masculine dans le film « Breakfast On Pluto » (2005) de Neil Jordan, l’étouffement de l’amant au hot-dog dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, le somnifère dans le gazpacho dans le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le règlement de comptes parricide dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le serpent farci au rat dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, la vis que Mme Simpson donne à manger à sa fille Irina dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi, l’histoire du gigot tueur dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, etc.

 

Film "Volver" de Pedro Almodovar

Film « Volver » de Pedro Almodovar


 

Par exemple, dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, la profusion de nourriture est une métaphore du viol, du mariage forcé. Dans le film « Salò O Le 120 Gionate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini, les aliments sont soit dégoûtants (les bourreaux forcent leurs victimes à manger des excréments humains), soit mortels (la victime qui dévore le gâteau apparemment appétissant que lui tend le bourreau meurt en crachant son sang car il y avait des clous à l’intérieur…). Dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, les céréales multicolores lancées en l’air annoncent le viol pédophile. Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, le narrateur homosexuel va s’acheter une pâtisserie (une bûche) juste après avoir commis son meurtre : « Une bûche au rhum […]  J’insiste. Mme Audieu m’a bien dit d’acheter une bûche au rhum à deux cents francs. » (pp. 89-90) Dans la one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le repas illustre l’étroitesse et la xénophobie du grand-père de Camille. Dans la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou, le restaurateur du restaurant bio finit par tuer son client. Dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, Madame Sutphin s’imagine que ceux qui mangent du poulet sont d’ignobles assassins d’innocents oiseaux… ce qui va réveiller chez elle une terrible folie meurtrière. Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, la prostituée surnommée Krisprolls (parce qu’« elle avait toujours quelque chose dans la bouche ») morte d’avoir reçue une trop grosse quantité de « purée » (= sperme) dans la bouche au moment d’une fellation qu’elle a faite à une homme qui n’avait pas baisé depuis longtemps : mort par overdose sexuelle. Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, le serpent avale l’iguane alors qu’il n’a pas la place de le manger, et finit par en mourir : « L’iguane expira et le serpent, devenu trop gros, se hissa avec difficulté sur le plus haut rayon de la bibliothèque où il s’endormit ronflant très fort. » (p. 110)

 

Le poison, c’est souvent la relation amoureuse homosexuelle tout court : « Tu m’empoisonnes. » (William s’adressant à son amant à Georges, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Certaines personnes homosexuelles sont présentées ou se présentent comme des gloutons :

Chaz Bono

Chaz Bono


 

Beaucoup de personnes homosexuelles actuelles, avant d’avoir aujourd’hui la taille mannequin, ont été ou se sont jugées boulottes ou obèses. « Je ne supporte pas les enfants. Il suffit d’être assis deux minutes dans un avion avec un enfant pour en être vaccinés. » (Nina Myskow citant Elton John avant qu’il ait obtenu des enfants par GPA, dans le documentaire « Elton John, A Singular Man » (2015) de Christian Wagner, diffusée sur la chaîne ARTE le 9 janvier 2016) Je vous renvoie au film biographique « Enfances » (2007) de Yann Le Gal (sur Alfred Hitchcock). Le romancier Thibaut de Saint Pol a écrit plusieurs ouvrages sur l’obésité : Obésité et milieux sociaux en France : les inégalités augmentent (2008) ; Le corps désirable. Hommes et femmes face à leur poids (2010).

 

Bears and daddies

Bears and daddies


 

Par exemple Olympe, le chanteur de  l’émission The Voice 2 (en 2013), étant petit, a eu de gros problèmes de poids. Beaucoup de personnes homosexuelles, durant l’enfance et l’adolescente, étaient bien grassouillettes, ou bien se sont senties ainsi : Laurent Ruquier, Vled, Harry Glenn Milstead, Violette Morris, l’acteur Marlon Brando (à la fin de sa vie), par exemple. D’autres souffrent encore d’obésité : je pense par exemple au chanteur Sam Buttery (dans The Voice UK, en 2012), au rappeur Monis, au journaliste Daniel Konrad, à l’actrice transsexuelle F to M Chaz Bono (fille de la chanteuse Cher), au présentateur Gok Wan, à l’animateur Jesús Vázquez, à Beth Ditto (la chanteuse lesbienne des Gossip), etc. Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Jup, un homme brésilien travesti en femme, est énorme et souffre de ne passer que pour l’amuseur public, sans être véritablement aimé pour qui il est vraiment. Les personnes homosexuelles bien en chair sont même devenues une mode physique avec le temps (butch pour les femmes, bears et daddies pour les hommes qui cultivent leur forme de nounours).

 

De ma propre expérience, j’ai pu remarquer parmi mes amis homosexuels qu’il y en avait pas mal qui souffraient d’un embonpoint mal porté, que celui-ci soit existant ou non d’ailleurs (je parle d’un sentiment et d’un ressenti avant tout). Ce n’est pas le poids qui crée l’homosexualité, bien sûr (il ne s’agit pas de dire que les personnes obèses ont tendance à être homosexuelles, ni que les personnes homosexuelles sont/ont été toutes obèses), mais bien un rapport douloureux et haineux à son propre corps ; et quand le corps est volumineux, il est évident que ça n’aide pas la personne qui le porte à l’aimer et à accepter sa sexuation.

 

Laurent Ruquier

Laurent Ruquier


 

J’ai eu l’occasion de rencontrer – notamment parmi les adolescents – certains individus homosexuels qui étaient (ou se prenaient pour des) « gros ». Et dans mon « tableau de chasse », sur la dizaine d’hommes avec qui je suis sorti, je peux attester qu’il y avait au moins deux ex-obèses. En les rencontrant et en voyant ce qu’ils étaient devenus, jamais je n’aurais pu deviner leur passé. En revanche, ce que je peux dire de leur caractère, c’est qu’ils avaient tous deux une mère très incestueuse, et qu’ils avaient tendance à rechercher avec moi, en amour, une fusion absorbante similaire.

 

Photo de Rancinan

Photo de Rancinan


 

La gourmandise des libertins homosexuels prend au départ des allures de fête, de gala. Par exemple, Marcel Proust et ses amis Gregh, Dreyfus, Halévy, Finaly, fondèrent en 1892 la revue Le Banquet. Par ailleurs, les femmes (actrices, chanteuses) qui ont un poids conséquent (et dont certaines sont bisexuelles) rencontrent un certain succès auprès du public gay : la chanteuse Juliette, la chanteuse Gossip, la cantatrice Marianne James, la chanteuse Carole Fredericks, etc. Dans sa pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011), Jérémy Patinier met en scène une Marilyn Monroe version hippopotame obèse en tutu.

 

La boulimie prend aussi des allures d’amour, d’art, devient luxure (cf. je vous renvoie au code « Cannibalisme » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Dans beaucoup de discours de personnes homosexuelles ou gay friendly, le désir homosexuel est comparé à une irrépressible sensation de faim : « Quand on est trans, on déteste le manque. » (la femme transsexuel F to M interviewée dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier) ; « Je mange comme un ogre. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 113) ; « Copi, cuisinier raffiné et show-man excentrique, à la Rabelais. » (Enzo Moscato, « Les Étoiles psychotiques », dans l’ouvrage collectif Il Teatro Inopportuno Di Copi (2008) de Stefano Casi, p. 11) ; « Thomas Wolfe est un autre de mes auteurs aimés, en grande part à cause de sa merveilleuse manière de décrire la nourriture. […] Quand j’ai appris à lire, j’ai tout de suite été attirée par les histoires où il y avait quelque chose à manger. Une surtout, je m’en souviens, à propos d’un petit garçon qui avait les yeux plus grands que le ventre, et qui est mort de s’être trop bourré de gâteaux, de bonbons et d’une crème glacée grosse comme une montagne. Une image le montrait, vêtu d’un costume marin, à genoux au milieu de toutes ces sucreries, les contemplant d’un regard affamé. Je l’aimais. Aujourd’hui encore, quand j’ai faim, je m’offre un festin par procuration – à travers le Satiricon, Rabelais, Mr Pickwick, ou les romans de Thomas Wolfe. » (Carson McCullers, la romancière nord-américaine lesbienne citée dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, p. 35) ; etc.

 
 

b) Certaines personnes homosexuelles sont présentées ou se présentent comme des êtres squelettiques :

Paradoxalement (et conjointement à la boulimie), beaucoup de personnes homosexuelles sont concernées de près par la question de l’anorexie et de la maigreur corporelle : « C’est incroyable le nombre de personnes anorexiques que je connais ! Si tu veux continuer à être actrice… » (Lucía Etxebarría, la romancière bisexuelle, lors la présentation de son roman Le Contenu du silence (2012), organisée à la Galerie Dazelle à Paris, le 12 juin 2012) ; « Elle [Hélène, lesbienne] n’arrivait plus à fermer l’œil, elle n’avalait plus rien et elle devenait un vrai squelette. L’envie de se détruire la reprenait dans ces moments-là. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 57)

 

Dans l’émission Controverse diffusée le 24 janvier 2010 sur la chaîne belge RTL-TVI, l’archevêque de Malines Bruxelles en Belgique, Mgr Léonard, l’ancien évêque de Namur, n’a pas hésité cette fois à comparer l’homosexualité à l’anorexie : « Je prends une comparaison pour éclairer… Comparaison qui ne signifie pas que j’identifie les deux situations. Par exemple, je pense qu’anthropologiquement, l’anorexie […]  est un développement qui n’est pas dans la logique de l’appétit […]  Mais jamais je ne vais dire que les anorexiques sont des anormaux… »

 

Certains articles et études confirment que l’homosexualité est facteur à risque pour l’anorexie, même si elle n’est en rien une cause ni une conséquence de celle-ci.

 

OBÈSES Piment

 

Nous sommes plusieurs, de par notre morphologie de faméliques (mais aussi et surtout de par nos comportements alimentaires) à pouvoir être qualifiés d’anorexiques : Copi, Pierre Palmade, Brahim Naït-Balk, … moi-même ! Cette anorexie est d’abord une impression avant d’être une réalité : l’homosexualité a quelque chose de « l’anorexie mentale » ( = je me sens gros… mais réalité, je ne suis pas vraiment anorexique) dont il est question dans cette vidéo d’Arnaud Dumouch.

 
 

c) Certaines personnes homosexuelles alternent les crises d’anorexie et les crises de boulimie :

On mange mais attention faut pas !

On mange mais attention faut pas !


 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, un certain nombre de personnes homosexuelles sont décrites/se décrivent comme des obèses anorexiques… (cf. je vous renvoie au code « FAP la ‘fille à pédé(s)’ » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans son roman autobiographique Parloir (2002), Christian Giudicelli décrit un de ses amants, Nicolas, comme un garçon « avide de babas au rhum et d’exercices physiques » (p. 101).

 

« Mon corps nu, à géographie variable, reflète mes états d’âme : je me sens mal, je mange, je grossis, je me déprécie plus à mes propres yeux. Puis il arrive un moment où je me dis : ‘Stop !’ Je me reprends en main, je mincis, je vais mieux, je me sens bien dans ma peau. En résumé, j’associe rondeurs et ‘mal-être’, minceur et ‘bien dans ma peau’. » (Dominique Avrile, « Un vilain petit canard ? », dans l’essai Attirances : Lesbiennes fems, Lesbiennes butchs (2001) de Christine Lemoine et Ingrid Renard, p. 205) ; « Au restaurant je le forçais à choisir un plat consistant qu’il ne finissait pas : ‘Mange, tu es maigre – J’ai plus faim, je vais exploser. Toi, gros gourmand, mange pour moi.’ Il remplaçait mon assiette vide par la sienne. » (Christian Giudicelli parlant de son amant Kamel, dans son autobiographie Parloir (2002), p. 16) ; « Mutation brusque du corps (à la sortie du sanatorium) : il passe (ou croit passer) de la maigreur à l’embonpoint. Depuis, débat perpétuel avec ce corps pour lui rendre sa maigreur essentielle (imaginaire d’intellectuel : maigrir est l’acte naïf du vouloir-être-intelligent). » (Roland Barthes parlant de lui à la troisième personne, dans son autobiographie Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 36) ; « J’avais oublié mon corps. Je ne mangeais presque plus. J’étais maigre et je le suis resté longtemps. Longtemps. […] J’étais en train de devenir gros, gras. Perdu, même dans mon corps. […] C’était cela, la vérité. Mon corps réel. Il fallait changer. Le changer. Revenir au jour du départ et de l’arrivée. Maigrir. Absolument maigrir. Arrêter de manger. Jouer de nouveau, sans le savoir, avec la mort. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 60-63) ; « J’étais maigre. À cet âge mes parents me surnommaient fréquemment ‘Squelette’ et mon père réitérait sans cesse les mêmes blagues ‘Tu pourrais passer derrière une affiche sans la décoller.’ Au village, le poids était une caractéristique valorisée. Mon père et mes deux frères étaient obèses, plusieurs femmes de la famille, et l’on disait volontiers ‘Mieux vaut pas se laisser mourir de faim, c’est une bonne maladie. (L’année d’après, fatigué des sarcasmes de ma famille sur mon poids, j’entrepris de grossir. J’achetais des paquets de chips à la sortie de l’école avec de l’argent que je demandais à ma tante – mes parents n’auraient pas pu m’en donner – et m’en gavais. Moi qui avais jusque-là refusé de manger les plats trop gras que préparait ma mère, précisément par crainte de devenir comme mon père et mes frères – elle s’exaspérait : ‘Ça va pas te boucher ton trou du cul’ –, je me mis soudainement à tout avaler sur mon passage, comme ces insectes qui se déplacent en nuages et font disparaître des paysages entiers. Je pris une vingtaine de kilos en un an.) » (Eddy Bellegueule dans son roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 16-17) ; etc.

 

Personnellement, j’ai un rapport en dents de scie à la nourriture : je suis rachitique et en même temps grosse bouffe. Mon frigo est vide et me nourrit très mal en temps normal (cela est dû, je l’avoue, à ma flemme et mon tempérament économe, pour ne pas dire « radin avec moi-même ») MAIS ceux qui m’ont vu en soirée sont souvent estomaqués de voir mon sacré coup de fourchette et la rapidité avec laquelle j’engloutis les plats qu’on me présente. Je ne suis pas un gourmet, mais un vrai gourmand… qui ne mange que très rarement ;-). C’est à la limite de la politesse (mais je me soigne peu à peu ^^). Voilà le tableau d’un « anorexique boulimique » pressé, qui voit les repas seul comme une formalité, et qui a certainement peur du manque pour faire autant chroniquement « garde-manger »…

 

L’hybridité entre obésité et anorexie marque une irréalité, un désir et un fantasme proche de la schizophrénie, un mépris de soi. Celle-ci ne sera pas sans effet ni sans violence, comme on va le voir tout de suite après.

 
 

d) Le va-et-vient entre anorexie et boulimie illustre parfois un viol , au moins un fantasme de viol:

Le va-et-vient entre anorexie et boulimie indique souvent une misère affective, intellectuelle, spirituelle. Beaucoup de personnes homosexuelles, en passant par ces états corporels souffrants, crient à l’overdose auprès de leurs parents, de leur(s) amant(s) et de leur société qui n’ont pas su les aimer dans une juste mesure. Le jeûne ou la gourmandise, selon elles, sera leur unique moyen de résistance et de revendication identitaire : « Je vis dans une société de surabondance qui a érigé en dogme cette folie de la maigreur. » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 8) ; « Mon récit serait celui d’une overdose de ‘bonheur’ qui faillit être mortelle pour beaucoup d’entre nous, enfants du baby-boom venus au monde avec tant de bonnes fées penchées sur notre berceau. […] Enfants surnourris, gavés, à qui l’on dit : on ne parle pas la bouche pleine. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 17) ; « J’avais lu trop de livres, vu trop de films. Ma vie et mes sentiments me dépassaient. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 41) ; etc.

 

La boulimie ou l’anorexie sont très souvent les signes d’un abandon, d’un vol, d’un viol ou d’un inceste, d’une surabondance matérielle masquant un vide béant d’amour. « On ne saurait trop insister sur cette horreur et cette fuite de l’ennui dans les manifestations du goût camp [promu en premier lieu par la communauté homosexuelle]. Le goût camp ne peut se concevoir que dans le cadre des sociétés d’abondance, des sociétés, ou des cercles sociaux, où se développent les effets psycho-pathologiques de l’abondance. » (Susan Sontag, « Le Style Camp », L’Œuvre parle (1968), p. 446) ; « Ce grand amour que j’avais pour elle, à 18 ans, le refuge absolu qu’elle représentait. Et j’étais boulimique. » (Annie Ernaux parlant de sa mère, dans son autobiographie Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 82) ; « Selon ces croyances [africaines], certains homosexuels passifs demandeurs de services sexuels auraient comme caractéristique essentielle un certain embonpoint, non pas tant une obésité réelle qu’une certaine allure de quelqu’un qui a un poids légèrement au-dessus de la moyenne. Cela leur viendrait, d’après les représentations les plus courantes, de la semence de leurs partenaires qu’ils ont absorbée. À l’inverse, un imprudent qui se livrerait à un commerce sexuel avec un homosexuel court le risque de maigrir, donc de perdre de l’énergie, de se laisser sucer par ses partenaires. » (Séverin Cécile Abega, « Afrique de l’Ouest », dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 12) ; « (Toujours à cette période, vers l’âge de dix ans, une idée ne me quittait plus : une nuit que je regardais la télévision – comme je le faisais régulièrement toute la nuit quand mes frères et sœurs s’absentaient, partaient dormir chez des amis –, j’avais vu un reportage sur un centre d’amaigrissement pour personnes obèses. Les jeunes obèses étaient encadrés par une équipe qui les contraignait à un régime drastique : alimentation, sport, régularité du sommeil. Longtemps après avoir vu cette émission je rêvais d’un pareil endroit pour les gens comme moi. Hanté par le spectre des deux garçons [les deux collégiens qui le maltraitent régulièrement], j’imaginais des éducateurs qui m’auraient battu chaque fois que j’aurais laissé mon corps céder à ses dispositions féminines. Je rêvais d’entraînement pour la voix, la démarche, les façons de tenir le regard. Je m’appliquais à chercher, avec acharnement, de tels stages sur les ordinateurs du collège.) » (Eddy Bellegueule dans son roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 83-84) ; etc.

 

L’association de l’alimentation à la violence peut signifier un rapport brutal ou paranoïaque au corps et à la Nature, comme le montre ce récit d’enfance du romancier homosexuel japonais Yukio Mishima concernant l’une de ses nourrices : « J’étais sûr qu’elle complotait de m’empoisonner pour se venger. Des vagues de peur déferlaient dans ma poitrine. J’étais certain que le poison avait été versé dans mon bol de bouillon et je n’y aurais touché pour rien au monde. » (Yukio Mishima, Confession d’un masque (1971), pp. 30-31)

 

Jeff Zarillo et Paul Katami à San Francisco (USA) en 2010

Jeff Zarillo et Paul Katami à San Francisco (USA) en 2010


 

Parfois, on voit certaines personnes homosexuelles vomir de la décharge de bonnes intentions et de bienveillance d’un monde ultra-érotisé qui ne les reconnaît pas vraiment telles qu’elles sont. Par exemple, John Waters (« Divine ») est surnommé « Prince of Puke » (traduction : le Prince du Vomi). Dans le docu-fiction éponyme (2009) de Larry Charles, Brüno étale aussi son vomi. « Ernestito et Nacho entrèrent dans la caravane des putes. Des journaux traînaient par terre, des photos pornos étaient accrochées aux murs, au plafond était pendue une bougie rouge, sur le lit vide se distinguait une tache écarlate. Nacho se précipita pour toucher le drap. ‘Merde, du sang ! s’écria Nacho. Elle avait ses règles. Qu’il est con, le Zèbre. Il eut envie de vomir et s’essuya la bouche au drap. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 259)

 

Idem côté cœur. En « amour » homosexuel, il semblerait que leurs lendemains d’orgies et de frasques sexuelles laissent place à l’amertume, à la culpabilité voire au dégoût d’avoir « trop mangé ». « J’avais seize ans. J’ai zoné dans les bosquets, moyennement rassuré. Un mec s’est approché, beaucoup plus vieux que moi, trente ans, moustachu. Il m’a demandé ce que je faisais là. J’ai dit ‘Je drague’. Il a dit ‘Moi aussi’. Je l’ai suivi jusque derrière une espèce de monument grec. On s’est embrassé. J’avais déjà roulé des pelles à deux ou trois filles, mais là c’était différent. Électrique. Après on s’est sucé. Le goût était horrible. J’ai joui, je ne me souviens pas comment. Je ne me permettais pas de faire très attention à ces choses-là à l’époque. Quand je suis rentré à la maison j’étais en sueur, j’avais envie de vomir. » (Guillaume Dustan racontant sa première fois homosexuelle, dans son autobiographie Plus fort que moi, 1998) Il arrive même à certaines personnes homosexuelles de qualifier explicitement l’acte homosexuel ou leur désir homosexuel acté comme un poison : « Pendant que mon cousin prenait possession de mon corps, Bruno faisait de même avec Fabien, à quelques centimètres de nous. Je sentais l’odeur des corps nus et j’aurais voulu rendre palpable cette odeur, pouvoir la manger pour la rendre plus réelle. J’aurais voulu qu’elle soit un poison qui m’aurait enivré et fait disparaître, avec comme ultime souvenir celui de l’odeur de ces corps, déjà marqués par leur classe sociale […]. » (Eddy Bellegueule dans son roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 153) ; « Un poison me rongeait […] Le vrai nom de ce venin, l’homosexualité, je n’en avais aucune idée. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 13) ; « J’ai l’impression que je serai mort bien avant la diffusion de ce film. Je ne sais pas pourquoi je vous parle. J’ai l’impression d’un retour de ce vieux poison. Je le ressens comme une punition. Parce que je donne une mauvaise image de ces pauvres chrétiens. » (Thomas, homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc.

 

Elles associent également la nourriture au meurtre ou au viol (cf. je vous renvoie à la partie sur le « viol » dans le code « Bonbons », ainsi qu’au code « Cannibalisme » du Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte comment ses différents amants l’ont appâté avec de la nourriture pour parvenir à le violer : « On y mange bien. […] Le curé vanta les bons produits de son terroir. » (p. 34) ; « Il m’emmenait dans une garçonnière du huitième arrondissement pour me faire l’amour sans retenue, il m’offrait aussi de bons plats du terroir dans un restaurant chic. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant du viol pédophile dont il a été victime à l’adolescence, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 124) ; etc.

 

Dans l’émission Ça commence aujourd’hui diffusée en janvier 2025 sur France 2, Aaaron, homosexuel, explique comment il a « volé » son petit copain à son propre frère de sang, et surtout comment il est passé du surpoids à l’anorexie.
 

 
 

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Code n°133 – Ombre (sous-codes : Enfant dans la galerie des ancêtres / Fils d’une célébrité / Amant-ombre / Obscure clarté)

Ombre

Ombre

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Dans l’iconographie homosexuelle, la conscience expulsée du personnage homosexuel apparaît souvent sous la forme de l’ombre. Symboliquement, cela a du sens. Un bon nombre de personnes homosexuelles considèrent, parce qu’elles le fantasment, mais aussi parce que cela peut être vrai, que quelqu’un leur a fait de l’ombre dans leur vie : leur père, leur mère, leur frère, un camarade de classe, une célébrité, leur amant homosexuel, elles-mêmes à l’état de reflet dans le miroir ou de photo jaunie sur un pêle-mêle. Elles s’imaginent qu’aux yeux des autres elles n’existent pas pour elles-mêmes mais pour une lignée abstraite, un passé « glorieux » pesant (cf. je vous renvoie à la partie sur la « Peur d’être unique » du code « Moitié » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Ce n’est pas par hasard si la métaphore de l’enfant déambulant dans la galerie où sont exposés tous les tableaux des victoires supposées de ses aïeux vient fréquemment habiter la fantasmagorie homosexuelle. Le drame homosexuel, selon moi, n’est ni plus ni moins que de se prendre pour une photocopie, de douter de son originalité et de son unicité. Nombreux sont les enfants de personnes célèbres qui se disent homosexuels parce qu’ils ont longtemps souffert de leur statut de « fils de… (l’Homme invisible ombreux) » : Judith Gauthier, Anna Freud, Lucien Daudet, Maurice Rostand, Jaime Salinas, Klaus Mann, Siegfried Wagner, Saadi Khadafi, etc. Par exemple, Robin Maugham, neveu de Somerset Maugham – lui-même homosexuel –, a écrit une autobiographie dont le titre est éloquent : Escape From The Shadows (traduction française : « Fuir les ombres »).

 

Robin Maugham

Robin Maugham


 

Quand l’ombre apparaît dans les œuvres artistiques homosexuelles, en général, ce n’est pas dans un sens positif. Idéalement, elle aurait pu être envisagée comme la marque salutaire de notre incarnation humaine, l’heureux signe de notre « être-au-monde », la preuve que nous sommes certes limités mais aimés/réchauffés par un Dieu solaire… Mais non. Pour la conscience homosexuelle, l’ombre est plutôt synonyme d’ambiguïté oxymorique diabolique (l’amant homosexuel se révèle sous un jour décevant, triste ou violent), envisagée comme le « côté obscur de la force » de l’amour homosexuel, comme le poids pesant d’une hérédité niant l’unicité de l’être humain. La peur d’être unique, voilà bien l’un des terreaux majeurs du désir homosexuel.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Doubles schizophréniques », « Mère possessive », « Parricide la bonne soupe », « Actrice-Traîtresse », « Inceste », « « Je suis un Blanc-Noir » », « Moitié », « Inceste entre frères », « Innocence », « Amant diabolique », « Couple homo enfermé dans un cinéma », « Morts-vivants », « Haine de la famille », « Fantasmagorie de l’épouvante », « Clown blanc et Masques », « Fresques historiques », « Homme invisible », « Poids des mots et des regards », « Se prendre pour le diable », « Mère gay friendly », « S’homosexualiser par le matriarcat », « Noir », « Fusion », « Jumeaux », à la partie « Ombres chinoises » du code « Femme et homme en statues de cire », à la partie « Crâne en cristal » du code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », à la partie « Peter Pan » du code « Parodies de Mômes », à la partie « Père et fils gays » du code « Inceste », et à la partie « Veuve » du code « Mort = Épouse », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 
 

a) L’ombre au tableau :

B.D. "Au-delà des ombres" de Brent Weeks

B.D. « Au-delà des ombres » de Brent Weeks


 

Il est beaucoup question d’ombre dans les œuvres fictionnelles traitant d’homosexualité. Souvent, le personnage homosexuel est suivi par une obscurité énigmatique : cf. le poème « Les Étrennes des orphelins » d’Arthur Rimbaud, le film « Les Ombres gigantesques » (1922) de Loïe Fuller, les chansons « Avant que l’ombre » et « À l’ombre » de Mylène Farmer, le conte L’Ombre d’Hans Christian Andersen, le roman L’Ombre (1941) de Francis Carco, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, le film « Les Ombres de la nuit » (2004) de J. T. Seaton, le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, le film « De l’ombre il y a » (2015) de Nathan Nicholovitchetc, la chanson « Shadowland » de K.D. Lang, la chanson « Le Long des berges grises » de Reda Caire, la chanson « I’m The Boy » de Serge Gainsbourg, etc.

 

En général, l’ombre est de mauvais augure : « Nous nous sommes allongés dans l’herbe à l’ombre d’un arbre en lisière de la route, lorsqu’un bruit de moteur nous tire de notre ennui. Une forme apparaît au loin dans le ciel. Un aéroplane. Nous le regardons s’approcher, incrédules et curieux. Il vient vers nous. Tout à coup, un cri retentit : ‘C’est un avion allemand. Il va nous tirer dessus ! » (Madeleine dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 34) ; « Les bâtiments abandonnés sont comme les gens abandonnés. Ils deviennent aigris et peu fréquentables. Vous n’avez pas vu des ombres traverser la cour la nuit ? » » (Karl Becker s’adressant à Jane, l’héroïne lesbienne, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 67) ; « Jane regarda une nouvelle fois le bâtiment en ruine qui s’élevait de l’autre côté de la rue, comprenant que, même en été, son ombre s’étirerait dans la chambre, étouffant toute chance de chaleur. Elle avait pris l’immeuble de derrière pour une réplique, plus jolie que le leur, plus élégant et rénové, mais peut-être était-ce l’inverse et leur bâtiment était-il le reflet de l’immeuble délabré. Cette idée lui donna l’impression d’être petite, et l’enfant qu’elle portait plus petit encore, un poisson solitaire piégé dans des eaux fluviales. » (idem, pp. 70-71) ; « L’obscurité commençait à filtrer à l’intérieur de l’église, les ombres des arbres du cimetière entraient par les fenêtres en vitrail et s’allongeaient sur les dalles de pierre. » (idem, p. 204) ; « Love Song quand je vois l’ombre nous séparer. » (cf. la chanson « Love Song » de Mylène Farmer) ; « Vous êtes très obscure. » (Geoffrey s’adressant à l’écrivaine lesbienne Virginia Woolf, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc. Par exemple, dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1977) de Copi, la mort-ombre est omniprésence et porte malheur à tous les personnages : Venceslao le gaucho se suicide, Rogelio est empoisonné, sa jeune femme meurt sous les balles des militaires, etc.

 
 

b) Je ne suis que l’ombre de moi-même :

Souvent, c’est le héros homosexuel qui se prend pour l’ombre : cf. le roman Les Vivants et leur Ombre (1977) de Jacques Lacretelle, le film d’animation « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig (avec Léni, la « collabo »), le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green (avec le personnage diabolique de Brittomart, qui agit comme un double malfaisant du héros), la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti (avec Audric parlant à son ombre), etc.

 

« J’ai toujours préféré l’ombre et la liberté qu’elle autorise. » (Cyril, l’internaute psychopathe surdoué du roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 12) ; « Moi, c’est Claire et je me mets souvent dans des situations sombres. » (Claire à sa compagne de cellule, dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) d’Adeline Blais et Anne-Lise Prat) ; « Vous n’êtes plus qu’une ombre. » (la Reine s’adressant au Rat dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Je singe les ombres. » (cf. la chanson « Monkey Me » de Mylène Farmer) ; « Les ténèbres, je connais bien. » (le Baron Lovejoy, homosexuel, dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Ma vie me faisait peur, je ne faisais que jouer un rôle… et je ne redevenais que moi-même quand j’étais dans le noir. La solution c’était le noir éternel ou porter une perruque sur une scène. » (Actrice, dans la pièce Parano : N’ayez pas peur, ce n’est que du théâtre (2011) de Jérémy Patinier) ; « Sûrement que le soleil s’éteint et que Lucifer me guide, et je serai une ombre comme la Tour de Babel… et ton amour, Père rappelle-toi !! L’Église promulgue que je suis une pédale de merde, si c’est ça mon péché, je suis coupable, comme une infâme Inquisition. Mais je n’ai tué personne. » (cf. la chanson « Madre Amadísima » de Haze et Gala Evora) ; etc.

 

Comme pour Peter Pan, l’ombre représente souvent ce double schizophrénique et narcissique du héros, l’immaturité de ce dernier, sa mauvaise conscience, sa peur d’exister, sa méchanceté (espiègle ?) : cf. le roman La Sombra Del Humo En El Espejo (1924) d’Augusto d’Halmar, le film « Le Testament d’Orphée » (1959) de Jean Cocteau (avec la figure du poète emporté par deux ombres de cheval), etc. « C’est pas moi ; c’est mon ombre. » (Andersen dans le film « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] décida sombrement qu’elle avait dû rester enfant. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), pp. 111-112) ; « Ton ombre suit ton corps de trop très. » (Paul s’adressant à son amant Jean-Louis dans la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset) ; « Faisons à nous deux un héros de roman. […] J’irai dans l’ombre à ton côté. Je serai l’esprit. Tu seras la beauté. » (Cyrano à Christian dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan) ; « Tu n’es plus que l’ombre de toi-même. » (cf. la chanson « Bambino » de Dalida) ; « Je ne supporterai pas plus longtemps de vivre dans l’ombre. » (Gabriel s’adressant à son amant Philippe qui ne l’assume pas, dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce) ; etc.

 

C’est souvent un personnage diabolique qui revêt le costume de l’ombre : « Un homme s’avance dans les salles à peine éclairées du musée. Son ombre glisse sur chaque tableau, le visiteur nocturne sait qu’il ne sera pas inquiété. […] Il a les cheveux longs, légèrement ondulés. Il est habillé tout de noir et a gradé son imperméable. […] Il a l’air de parler tout seul, mais cette impression est la conséquence des nouvelles technologies, qui rendent les téléphones portables presque invisibles. […] La Mission commence. […] La femme qui vient à la rencontre de l’homme énigmatique, dans la salle numéro cinq, sait très bien, elle aussi, ce que la ‘Mission’ recouvre comme réalité. […] Le Maître est le numéro un d’une organisation plus ou moins secrète, dont le nom complet est : La Guilde de Saint Dibutades. […] La Guilde a rompu ses liens avec l’Église à la fin du seizième siècle, lorsque ses membres ont canonisé Dibutades, contre l’avis de la papauté. Aujourd’hui encore, la puissance de l’organisation s’étend à la planète entière, mais seuls le Maître et ses proches associés en connaissent la véritable ampleur. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), pp. 15-16) Par exemple, dans le film d’animation « La Princesse et la Grenouille » (2009) de Ron Clements et John Musker, le marabout Dr Facilier, autoproclamé le « Maître des Ombres », est particulièrement efféminé.

 

Il n’est pas rare que l’ombre soit la figure esthétisée de la mort/de la femme violée jugée « belle » par le personnage homosexuel (cf. je vous renvoie à la partie « Veuve » du code « Mort = Épouse » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Je suis fatiguée des ombres. » (Sibylle s’adressant à Dorian qui la poussera au suicide, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « La mère est là. Elle est là, droite, debout devant moi, raide dans la douleur. Sa raideur ressemble à la rigidité d’un cadavre. Ce n’est pas l’expression d’une forme de dignité même si je ne doute pas un seul instant que cette femme soit d’une exemplaire dignité. C’est l’immobilité de la souffrance absolue, la position de qui lutte pour ne pas mourir. […] La mère est là. Elle est grise, comme si le visage était de cire, comme si toute lumière avait disparu, comme si l’ombre avait affaissé tous ses traits, comme si l’obscurité s’était emparée d’elle. […] On est submergé par sa douleur à elle. » (Vincent décrivant la mère de son petit ami Arthur qui a perdu son fils à la guerre, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 189-192) ; « La duchesse d’Albe se tenait presque cachée dans l’ombre d’un jasmin, le visage dissimulé sous une mantille noire. » (Copi dans sa nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978), p. 13) ; « Est-ce moi qui tangue comme une ombre sur les talons d’une reine en cavale ? » (cf. la chanson « Les Enfants de l’aube » de Bruno Bisaro) ; « Quand j’arrivai dans le dernier couloir menant à la tour Nord, j’eus la certitude d’apercevoir de nouveau un morceau de robe blanche et les rubans d’une robe de mariée flotter un instant à l’autre bout du lugubre corridor, avant de disparaître dans l’ombre. » (Bathilde parlant du fantôme Lady Philippa qu’elle considère comme une jumelle tragique, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 304) ; etc. Par exemple, dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi, Bijou, la Reine des rats, se fait aussi appeler « La Reine des Ombres » (p. 27).

 

L’identification du héros homosexuel à la pénombre annonce sa mort prochaine ou effective. Par exemple, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt, Jack, l’un des deux amants de l’intrigue, se définit comme une ombre (« Ça fait longtemps que je suis mort ? Peut-être trop longtemps. »), un « mec vampirisé » par son amant Paul : il finit d’ailleurs par se suicider. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1977) de Copi, le héros, Venceslao, se pend après s’être confessé au perroquet de sa maîtresse, et revient sous la forme d’une ombre.

 
 

c) Être « le fils de », le fils de l’ombre :

Dans les fictions homo-érotiques, l’ombre renvoie généralement à quelqu’un qui a fait de l’ombre dans la vie du héros homosexuel : son père, sa mère, son frère, une actrice, lui-même (en chair et en os).

 

Cela peut être l’ombre du père qui lui fait ombrage par sa célébrité et ses hautes fonctions : cf. le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman (avec Ronit, l’héroïne lesbienne, fille d’une sommité du monde juif : le Rav), le film « Le Neveu de Beethoven » (1985) de Paul Morrissey, le film d’animation « Shark Tale » (« Le Gang des Requins », 2004) d’Éric Bergeron (avec Lenny, le requin douillet et mauviette, dont le père, Don Dino, n’est rien moins que le parrain du gang des requins), le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, le film « All Over Brazil » (2003) de David Andrew Ward, le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, le film « Laberinto De Pasiones » (« Le Labyrinthe des passions », 1982) de Pedro Almodóvar, le roman Le Fils du Président (2001) de Krandall Kraus, le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant (avec Scott, le héros homosexuel dont le père est le maire de la ville), etc.

 

« À seize ans, moi, j’étais encore seulement un fils. Le fils d’un très grand médecin, le saviez-vous ? L’agrégation, la faculté, l’Académie, la faculté, l’Académie, toutes ces choses en imposent à un fils. Je me souviens d’une ombre portée sur nos vies, d’un homme plus grand que nous tous, sans que nous sachions véritablement si cette grandeur était une aubaine ou un malheur pour notre futur d’homme. Aujourd’hui, avec le recul, sans doute, je dirais que notre indifférence réciproque était plus feinte que réelle, et qu’au final j’aurai appris de mon père. » (Vincent, le jeune héros homosexuel de 16 ans, parlant de son père à Marcel Proust, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 54) ; « Je sais l’importance qu’il accorde à la lignée, comme si nous étions des pur-sang chargés de reproduire l’espèce. » (idem, p. 96) ; « Le maire du village, c’est mon père. C’est pas drôle. Depuis qu’il sait que je suis homo, il ne veut plus me voir. Ça fait 6 ans qu’on ne se parle plus. » (Antoine, héros homosexuel, dans le téléfilm « Le Mari de mon mari » (2016) de Charles Nemes) ; « Cecilia a toujours travaillé dans l’ombre de sa mère. » (Dallas, l’assistant-couturier homosexuel œuvrant au service de la grande styliste, dans l’épisode 98 « Haute Couture » de la série Joséphine ange gardien) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Éric, le héros homosexuel, est le fils du présentateur télé Georges de la Ferrinière (lui-même homosexuel !). Dans le film « K@biria » (2010) de Sigfrido Giammona, Giovanni, le père de Francesco, est politicien et se montre incapable d’accepter l’homosexualité de son fils. Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Zach, le héros homosexuel, est le fils du directeur de l’université. Dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan, Barthélémy, le jeune héros homosexuel, est l’un des héritiers de l’Empire Lanzac et vit dans l’ombre de son père, chef d’entreprise. Dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, Édouard, le héros homosexuel, a pour père le président de la République, Gérard Couret, homophobe au possible, et qui lui met une pression incroyable pour la passation de pouvoir ; Sofia, la secrétaire de Gérard, exerce aussi sur lui la pression de l’héritage politique : « T’as ça dans le sang ! Tu as le sang de ton père ! » Dans la nouvelle « L’Apocalypse des gérontes » (2010) d’Essobal Lenoir, le fils du Roi Rigane est homosexuel… ce qui ne semble pas faire l’orgueil de son père : « J’aurai même un fils homosexuel pour justifier qu’on dépense de l’argent pour cette maladie de tantouses […]. » (p. 134) Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, Rayon, le héros transsexuel M to F, se rend chez son père, homme politique riche, pour lui demander de l’argent ; il vit encore avec le poids du regard sombre de ce dernier sur lui : « As-tu honte de moi ? » Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, les deux héroïnes lesbiennes, Kena et Ziki, ont chacune respectivement leurs pères qui se présentent (en rivaux, donc) aux élections d’une municipalité de Nairobi (Kenya), Slopes : John Mwauras et Peter Okemi. Dans la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn, Adam, le héros homo, est le fils du proviseur (Monsieur Groff) et en souffre : « J’aimerais être un mec normal avec une queue normale et un père normal ! » (c.f. épisode 1 de la saison 1).

 

La mère peut également exercer une influence sombre sur son fils ou sa fille homosexuel(-le) : cf. le film « Homme aux fleurs » (1984) de Paul Cox, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, le film « Sonate d’automne » (1978) d’Ingmar Bergman, le film « Psycho » (« Psychose », 1960) d’Alfred Hitchcock, le film « Tacones Lejanos » (« Talons aiguilles », 1991) de Pedro Almodóvar (avec l’ombre des chaussures de la mère sur l’affiche), le film « Mi Hijo No Es Lo Que Parece » (1973) d’Angelino Fons, etc. Je vous renvoie évidemment aux codes « Mère gay friendly », « Mère possessive » et « S’homosexualiser par le matriarcat », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

« Je me laisse mourir au fond de mon lit avec pour seule compagne l’ombre de ma mère emprisonnée entre mes bras qui brassent le vide. […] Vivre cachée comme une chose dans l’ombre de ma mère. » (la narratrice lesbienne du roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, p. 64)

 

L’homosexualité du héros apparaît alors non pas comme une identité naturelle et libre, mais comme une stratégie de résistance et d’opposition, comme la cristallisation d’une peur (réelle ou projetée) de décevoir les attentes du père/de la mère, comme le produit de l’homophobie parentale et de sa propre homophobie intériorisée : « J’pourrais me raser le crâne pour ne pas lui ressembler. » (Chloé parlant de sa mère, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] profitait, semblait forte, et quand ses cheveux poussèrent, on découvrit qu’ils étaient auburn comme ceux de Sir Philip [le père de Stephen]. Il y avait aussi une petite fente à son menton, si petite qu’elle sembla d’abord une ombre ; et quelques temps après […], Anna [la mère de Stephen et l’épouse de Philip] vit que ses yeux devenaient pers et pensa que leur expression était celle du père. […] Anna croyait devenir folle car cette ressemblance avec son mari la frappait comme un outrage. Elle haïssait la façon dont Stephen se mouvait. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), pp. 20-23)

 
 

d) Être « le frère de », le frère de l’ombre :

Cf. je vous renvoie au code « Jumeaux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Film "Soudain l'été dernier" de Joseph Mankiewicz

Film « Soudain l’été dernier » de Joseph Mankiewicz


 

Parfois, c’est le frère du héros homosexuel qui est l’ombre portée. « Mon frère a surgi de nulle part. » (Donato, le héros homosexuel, parlant de son frère Ayrton, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) Certains personnages homosexuels ont l’impression de remplacer le frère mort ou idéalisé par la famille : cf. le film « Le Clan » (2003) de Gaël Morel, le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure (avec l’ombre du cousin homosexuel décédé sur Laurent, le héros homosexuel), le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli, etc.

 

Dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz, Daniel déclare vivre constamment « dans l’ombre de son frère Robert ».

 
 

e) La pression d’une lignée sombre ou trop glorieuse :

Sur les épaules du héros homosexuel pèse souvent le lourd fardeau d’un héritage familial et national présenté comme glorieux, le poids de la responsabilité d’assurer la descendance (c’est parfois lui-même qui se met la pression tout seul) : cf. la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, etc.

 

« Il va hériter du blason, du château, des estancias et de mes îles d’Outremer ! Et nous allons tout tenter pour en faire un Vice-Roi ! » (Pédé parlant de son petit-fils Gilles Blaise de la Soledad, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Tanguy s’arrêta devant un petit hôtel dont la façade régulière accusait le style français. Il sourit. Il trouvait amusant de penser qu’il était le petit-fils de celui qui avait habité cet hôtel, et possédé des terres innombrables et des maisons à travers toute l’Espagne. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), pp. 180-181) ; « Dans son orgueil de mâle, Clément de Bassignac avait vécu les cinq premières maternités de son épouse comme une réelle frustration. Dylan [le héros homo, le sixième enfant après cinq filles], dès sa naissance, cet enfant ‘mâle’, fut la gloire et la fierté de sa famille. Le ciel leur envoyait Dylan pour aider Clément à hisser la bannière de sa virilité comme lui-même avait tenu naturellement ce rôle auprès de son père Étienne de Bassignac. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011), p. 32) ; « De toute façon, vous ne pouvez rien pour moi. Au-dessus de moi, il y a tout le poids de mon éducation. » (une patiente à sa psy dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Quoi qu’elle [Gabrielle, l’héroïne lesbienne] ait réalisé, jamais elle n’en a reçu la moindre reconnaissance sociale ; toute l’admiration, la célébrité sont revenues aux hommes de la famille : à son grand-père, le pionnier, à son père, le fondateur de l’usine, puis à son mari, ‘ingénieur aux cent brevets’. Elle n’a été qu’une femme de l’ombre, à la suite de tant d’autres… » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 50)

 

Par exemple, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay, Manon ne supporte pas d’être le portrait craché de son père ; et sa grande sœur Carmen n’accepte pas davantage de vivre dans l’ombre de sa sœur Manon. Dans le one-man-show Un Barbu sur le net (2007) de Louis Julien, le protagoniste affirme être « le raté de la famille ». Dans son one-man-show Les Bijoux de famille (2015), Laurent Spielvogel décrit le poids de la tradition juive et de la pression nataliste pesant sur ses épaules. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les deux pères de Gatal, le héros homosexuel, lui mettent une pression de malade pour qu’il se marie, perpétue leur nom de famille et leur race : « Ta semence est épaisse et riche. » ; « Tu es le prétendant, cow-boy ! » ; « Il faudra bien t’assurer que ta descendance est bien le fruit de ta descendance. » Le promis de Gatal ressent cette même chape de plomb : « Pourquoi cet héritage empoisonné ? » clame-t-il à ses parents qu’il nomme « les fantômes du passé ».

 

Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Tommaso, le héros homosexuel, porte un double poids sur les épaules : il doit reprendre l’entreprise de pâtes de son père qui lui fout une pression de malade (alors qu’il aspire à une carrière littéraire) ; et il doit aussi supporter le coming out inattendu de son frère Antonio, révélation qui l’empêche de faire la sienne.
 

Parfois, le héros homosexuel se dévalorise en se comparant à une famille fictionnelle et cinématographique (ses stars, ses héros de dessins animés et de films, une figure politique lointaine et charismatique…) plutôt qu’à sa famille réelle : cf. le film « Merci… Dr Rey ! » (2003) d’Andrew Litvack, le roman À l’ombre des jeunes filles en fleurs (1919) de Marcel Proust, la chanson « Du côté de chez Swann » de Dave, le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa (avec l’ombre du roi Hassan II), etc. Par exemple, dans son one-man-show Gérard comme le prénom (2011), l’humoriste Laurent Gérard a peur/en a marre d’être confondu avec l’imitateur Laurent Gerra : « Qu’on ne me prenne plus pour un homonyme ! » Dans le film « Sacré Graal » (1974) de Terry Gilliam et Terry Jones, le prince Herbert souffre d’être le fils deux parents célébrités.

 
 

f) L’enfant homosexuel visitant le Panthéon de ses ancêtres :

Scénario curieux. Très souvent dans les œuvres homo-érotiques, on peut observer la même mise en scène : le personnage homosexuel se retrouve seul dans une galerie d’art dans laquelle sont exposés les exploits de ses aïeux, ou à l’intérieur d’une chambre remplie de photos de stars (cf. je vous renvoie au code « Fresques historiques » et à la partie « Crâne en cristal » du code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Il oscille entre admiration et vertige : cf. la pièce La Reine morte (2007) d’Henry de Montherlant (avec le prince), le film « Sancharram » (2004) de Licy J. Pullappally (avec Kiran pénétrant dans la maison familiale), le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman (avec Ronit, l’une des héroïnes lesbiennes visitant la maison de son enfance, p. 165), le film « Dead Poets Society » (« Le Cercle des Poètes disparus », 1989) de Peter Weir (avec la scène des photos de classe que Monsieur Keating fait parler), le film d’animation « Anastasia » (1997) de Don Bluth et Gary Oldman, le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le film « For The Boys » (1991) de Mark Rydell, la pièce La Femme assise qui regarde autour (2007) d’Hedi Tillette Clermont Tonnerre, le vidéo-clip de la chanson « Redonne-moi » de Mylène Farmer, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « The Servant » (1963) de Joseph Losey (avec Hugo dans la chambre ornée de posters de bodybuilders), le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion (Isabelle perdue dans la galerie de statues italiennes), etc.

 

« À peine engagé entre les décors vagues du studio désert, Paul devint un chat prudent auquel rien n’échappe. » (la voix-off de Jean Cocteau dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville) ; « Il traverse la chambre abricot, son regard saute d’une image d’Épinal à l’autre, sous verre, encadrées de noir, en frise autour de la pièce, Vengeance d’une portière, Le Prince Mirliton, Till L’Espiègle, Histoire de Mimi Bon-Cœur. » (Jean-Louis Bory, La Peau des zèbres (1969), p. 48) ; « Dans mon enfance, j’étais venue ici une fois. À l’époque, il y avait partout de grands fauteuils et des tables ; je ne me rappelle pas les icônes, mais seulement les petits dieux pleins d’allégresse et les pampres qui ornaient le plafond vert céladon. » (Laura, l’une des deux héroïnes lesbiennes du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 109) ; « Ma mère m’a ruinée, elle a tout gaspillé dans sa galerie d’art ! Ma mère est une femme excentrique et insupportable ! » (« L. » à Hugh dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Ah, combien de souvenirs se sont abrités sous ces frondaisons ! Décors de maisons de maîtres, conversations dans un jardin d’hiver, scène de bals masqués, voyages de noces à Baden-Baden ! Sous cette coupole d’images, elle s’était assoupie pour toujours. » (Laura, l’un des deux héroïnes lesbiennes du roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 11) ; « Derrière elle, tous les meubles de la famille l’avaient vue grandir : le vaisselier breton, les chaises de velours grenat, la lourde table Henri II, le fauteuil dans lequel son tuteur était mort, mais qui venait d’une autre maison, la desserte en poirier luisant, tout cet ensemble d’une majesté un peu funèbre formait un décor loin duquel Élise se sentait inquiète et mal à l’aise. […] Cette salle à manger est ma forêt natale. Je suis là comme une bête sauvage dans sa jungle.’ Aujourd’hui, pourtant, le regard qu’elle jetait sur ces meubles en détournant la vue des arbres n’était pas sans l’anxiété de quelqu’un qui, à la fois, souhaite et redoute qu’un événement se produise. » (Fabien dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, pp. 202-203) ; « C’est là que tout a commencé, la fondation du cabinet, les premiers locaux, les premiers succès. Ne l’oubliez pas, monsieur de Linotte, nous sommes à la fois des héritiers et des conquérants… » (Monsieur de Binette faisant visiter les prestigieux et glaciaux locaux du Cabinet Fersen au jeune Antoine, dans le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet, p. 49) ; « L’ouverture des Maîtres chanteurs de Wagner retentit dans sa salle. Sur l’écran, Antoine reconnut le visage d’Andrew Fersen et les bureaux bostoniens. » (p. 63) ; « Maria-José [un homme transsexuel M to F] était la seule héritière de Louis du Corbeau, propriétaire de la plus complète collection au monde d’art précolombien, sans compter les Rubens et les Géricaults qui tapissaient son château du Berry. Elle se demanda ce qu’elle allait faire de sa fortune. » (Copi, « Le Travesti et le Corbeau » (1983), p. 33) ; « Elle [Stephen, l’héroïne lesbienne] avait, pour la première fois, passé la lourde porte d’entrée toute blanche, sous le brillant vantail demi circulaire. Elle avait marché dans le vieux hall carré où il y avait des peaux d’ours et les portraits des Gordon si bizarrement costumés, le hall avec son porte-cravaches où Stephen rangeait ses cravaches, le hall avec sa belle fenêtre irisée qui donnait sur les pelouses bordées de plantes herbacées. Et peut-être que, la main dans la main, ils avaient passé le hall, son père, un homme, sa mère, une femme, déjà marqués de leur destinée… et cette destinée avait été Stephen. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 113) ; « En vérité, elle courait en passant sous la lourde porte blanche sous le vantail demi circulaire et dans l’escalier qui conduisait au hall où étaient accrochés les anciens portraits bizarres des Gordon… des hommes morts depuis longtemps, mais encore merveilleusement vivants, puisque leurs pensées avaient façonné la beauté de Morton, puisque leur amour avait créé des enfants de père en fils… de père en fils jusqu’à la venue de Stephen. » (idem, p. 139) ; « Alors, le silence revient dans la chambre de mon enfance. Je regarde les volets fermés sur la fenêtre ouverte. Je regarde le liseré rouge de la tapisserie, les photographies sur le mur, la reproduction d’une toile du Greco, les meubles du siècle dernier, qui proviennent de l’ancienne demeure des aïeux disparus, l’imposant miroir au-dessus de la cheminée de marbre, un fauteuil dont l’étoffe est usée, et le lit où nous nous trouvons étendus, dans le désordre des draps de famille, ceux où figurent les initiales des noms du père et de la mère, comme des armoiries ridicules. Je regarde ce tout petit monde qui n’est pas à notre mesure, ce lieu étrange où je n’imaginais pas perdre ma virginité, cet espace incertain où nous tanguons délicieusement. » (Vincent en parlant de lui et de son amant Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 68) ; « Il était avant tout un nain, creusant des galeries obscures dans les mines de la littérature, à la recherche d’un filon scintillant. Il était un conservateur de rêves. Oui, le dernier archiviste d’histoires futiles. » (Pawel Tarnowski, homosexuel continent, dans le roman Sophia House, La Librairie Sophia (2005), p. 171) ; etc.

 

En général, le regard du héros homosexuel sur le patrimoine dont il hérite par le sang et le Réel n’est pas très valorisant. Par exemple, dans le film « Lust » (2000) de Dag Johan Haugerud, les membres de la famille, allongés et endormis, sont passés au crible de la lampe-torche tenue par les deux amants homosexuels. Dans la chanson « À table » de Jann Halexander, le narrateur homosexuel contemple, navré, aux côtés de sa grand-mère (une sorte de jumelle narcissique, de matriarche dont on se moque comme un animal de foire qu’on expose « pour la galerie ») le triste spectacle d’un repas de famille : « Grand-mère, Grand-mère, ne désespère pas ! On est deux à haïr ces repas. On n’en peut plus de la famille. » Dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi, Gouri et Rakä visitent les galeries des grottes de la Cité des Rats : « La Reine inspectait les étages supérieurs où elle trouva, dit-elle, d’excellentes fresques sur le mur dans le goût de celles des grottes d’Altamira qui représentaient des rats aux cheveux longs, probablement nos ancêtres que no légendes font venir de l’Atlantide. » (p. 142) Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Davide, le héros homosexuel, a fait du grenier familial sa caverne aux merveilles, où il se travestit, accroche les photos de ses actrices, se maquille. C’est pourtant le drame quand son père, qui a découvert le pot aux roses, l’y entraîne de force pour tout y casser au marteau, surtout les miroirs. Davide résiste en vain : « Papa ! Rentrons à la maison ! » Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, la voix-off s’adresse à la reine pseudo « lesbienne » Christine, jouée par une actrice qui regarde ses parents et ancêtres accrochés en toiles aux murs de son château, pour mettre en relief le poids de la lignée royale pesant sur ses épaules : « Ton père compte sur toi pour suivre son œuvre. » Dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button, Vita Sackville-West se ballade dans son manoir d’enfance de Knole, avec son amante Virginia Woolf, et semble écrasée par son lignage. Elle dit être « passée d’une lignée d’hommes à une autre », sans s’y reconnaître.

 

La galerie tristement « familière » du personnage homosexuel est en réalité la vitrine du narcissisme mortel de ce dernier : « Plusieurs fois dans les mois qui suivent je retourne seul au Louvre (sans jamais réussir à m’y faire enfermer ; j’aimerais beaucoup vivre ici et le dis chaque fois aux gardiens) […] À force d’observations, je finis par découvrir que je figure sur trois peintures au moins et que sur celle signée Raphaël j’apparais carrément tout entier à poil […] : c’est là devant ce tableau que pour la première fois de son existence Vincent Garbo aura éprouvé sur tout son corps l’émotion de l’amour. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 45). Dans le téléfilm « Un Noël d’Enfer » – « The Christmas Setup » – (2020) de Pat Mills, Hugo, le héros gay, a toujours été fasciné par le bureau d’un certain Monsieur Carroll, constructeur d’une gare éponyme, qu’il regardait de l’extérieur sans pouvoir y rentrer (Il se trouve que ce Monsieur Carroll, ayant vécu au XIXe siècle, était un homosexuel planqué). Hugo fait visiter à son futur amant Patrick l’officine de Carroll qu’il parvient enfin, en tant qu’adulte, à pénétrer : « C’est le bureau de Monsieur Carroll. Quand j’étais petit, j’adorais coller mon front et voir toutes les affaires telles qu’il les a laissées. C’est comme un musée. L’histoire de toute une vie. » (Hugo). Patrick est sous le charme aussi : « C’est dingue. On dirait qu’on est remontés dans le passé. »

 
 

g) J’ai épousé une ombre : L’ombre comme métaphore du viol et de l’amour possessif

À l’ombre des jeunes amants en fleurs… Souvent, l’ombre est tellement imposante et crainte qu’elle finit par devenir amoureuse (cf. je vous renvoie également au code « Amant diabolique » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Il n’est pas rare, dans les fictions traitant d’homosexualité, que l’amant homosexuel prenne la forme de l’ombre sous laquelle il fait bon se protéger, mais qui soudain se montre inexplicablement froide et menaçante : cf. le roman Una Sombra Entre Los Dos (1934) d’Elisabeth Mulder, l’affiche du film « Swimming Pool » (2003) de François Ozon, la chanson « Sleeping With Ghosts » du groupe Placebo, la chanson « Cap Falcon » d’Étienne Daho, le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston, le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, les chansons « Shadow Of love » et « Je cherche l’ombre » de Céline Dion, la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim, etc.

 

« Laissez venir les ombres. » (les personnages de la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « J’aime être dans le noir. » (Cherry, l’héroïne lesbienne de la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « Nous nous sommes retrouvés dans la pénombre climatisée, son ombre sur le mur, son corps sur le mien. » (Ashe à propos de Paul, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 45) ; « D’un coup du cœur enlace l’ombre qui passe. » (cf. la chanson « Tristana » de Mylène Farmer) ; « J’ai eu envie de me branler. Je me suis mis sur le dos, j’ai gardé les yeux entrouverts […]. Quand j’ai ouvert les yeux, […] j’ai eu l’impression que l’obscurité de la forêt derrière moi s’était étendue. Mais ce n’était pas ça, c’était une ombre, une vraie, et j’ai pensé que quelqu’un d’autre avait partagé mon plaisir. » (Claudio, l’un des personnages homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 103) ; « Tu es une ombre – non pas l’ombre d’une morte, mais celle d’une femme encore à naître. » (Sylvia à son amante Laura, dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 97) ; « Je suis son ombre. Il me raconte tout. » (Yoann, le héros homosexuel, par rapport à Julien son amant, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; etc.

 

Quelquefois, l’amant homosexuel fictionnel apparaît comme une ombre, une séduisante et troublante menace diabolique, qui empêche d’exister : « Je demande à mon ombre, sans trêve… si ce baiser sacré… peut me trahir. » (cf. les paroles d’un boléro dans le roman El Beso De La Mujer-Araña, Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 215) ; « Je me demande si tu ne manœuvres pas dans l’ombre pour manipuler Lola. » (Nina s’adressant à Vera, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « J’appréhende l’ombre qu’il fait sur moi quand ça va pas. » (cf. la chanson « Amélie m’a dit » d’Alizée) ; « Il n’est de Jean Valjean sans l’ombre de Javert. » (Valjean s’adressant à Javert, pendant qu’ils se déclarent leur flamme l’un à l’autre, dans la comédie musicale Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy) ; « Je t’ai vu passer en moto, toi tu ne m’as pas vu ! Si je n’avais pas reconnu la moto… tu n’aurais été qu’une ombre qui passe ! » (Kévin s’adressant à son amant Bryan, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 305) ; « J’aime une ombre, un fantôme… » (Bryan s’adressant à son amant Kévin, op. cit., pp. 309-310) ; « Je t’ai vu descendre du ciel, un matin d’hiver. Je t’ai vu seul, sombre et silencieux. » (idem, p. 453) ; « Elle [Esti, l’amante lesbienne] a reculé d’un pas. La moitié de son visage a disparu dans l’ombre. Autour de nous, les arbres bruissaient et bourdonnaient. » (Ronit, l’héroïne lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 143) ; « Je pensais à Linde, et à la peau sombre et au sindhoor rouge sans de l’autre femme [Rani, la servante-amante rencontrée dans un bidonville]. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 18) ; « Nos trois sexes formaient un seul canon, qui traversait nos corps encastrés, dirigés par un cerveau unique. Nous éjaculâmes en rafale, le garçon de derrière, puis moi, puis l’ange. À l’instant où ce dernier déchargeait cette accumulation de nos énergies vitales, une forme hideuse jaillit de l’ombre. […] Un rai de lumière dévoila cette créature. […] Aussitôt nous fûmes embrochés comme des infidèles, et son sperme ardent traversa nos trois corps comme un fluide électrique. » (le narrateur homosexuel de la nouvelle « La Queue du diable » (2010) d’Essobal Lenoir, pp. 116-118) ; « Mais dans quelle ombre vous nous foutez ? J’suis déjà l’ombre de mon homme. » (Raulito, l’homme travesti M to F, s’adressant à l’agent, dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Je ne veux plus […] vivre à côté d’un homme comme son ombre ! » (l’un des personnages de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je ne voulais pas vivre dans ton ombre, sous ta tutelle. » (Luc s’adressant à son amant Jean-Marc qu’il a quitté, dans la pièce Parfums d’intimité (2008) de Michel Tremblay) ; etc.

 

L’ombre représente en réalité l’invisibilité et l’absence d’amour. Par exemple, dans la pièce Non, je ne danse pas ! (2010) de Lydie Agaesse, les hommes absents sont comparés à des ombres.

 

L’ombre qui plane sur le héros homosexuel, c’est aussi plus dramatiquement celle du viol et de l’inceste… ou de la honte que ces derniers inspirent : « Je m’apprête à passer des formidables vacances à Rome, j’accepte même de jouer le romantisme indispensable dans cette vieille ville entre deux coïts rapides dans un coin sombre avant d’aller boire une bière avec son partenaire Piazza Navona et lui prêter dix mille lires que vous ne reverrez plus. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 22) ; « Maintenant je suis un mec, je viens de te voir passer devant moi dans la rue, je te chope dans un coin sombre et je te baise comme la belle salope que tu es… » (Claude, l’héroïne lesbienne, s’adressant à sa copine Polly, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 74) ; etc.

 

L’ombre est d’ailleurs tout simplement la métaphore du violeur, du ravisseur : « J’avais rêvé que j’observais le viol de lady Philippa par les vitraux brisés de la chapelle. En même temps, j’étais lady Philippa moi-même, contemplant terrorisée mon propre visage dans l’ouverture en forme d’ogive, depuis la pierre tombale où je subissais ce terrible attentat. En revanche, mon agresseur lui-même n’était dans mon rêve qu’une masse sombre et sans visage. » (Bathilde dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 303) ; « Il fixa des yeux une tache sur son bouvard. […] C’était une tache d’une forme bizarre qui fait songer à l’ombre d’une main sans pouce. […] Cela ressemblait à une main de voleur, mais de voleur qui eût volé autre chose que de l’or. ‘Un voleur de vent’, murmura Fabien. Et plus haut il répéta : ‘Voleur de vent, voleur de vent. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 29) ; etc.

 
 

h) Obscure clarté diabolique :

Film "L'Inconnu du lac" d'Alain Guiraudie

Film « L’Inconnu du lac » d’Alain Guiraudie


 

En définitive, l’ombre figure la dualité diabolique de la lumière froide, obscure et intensive de Lucifer (cf. je vous renvoie aux codes « Homme invisible » et « Lunettes d’or » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. le roman L’Ombre ardente (1897) de Jean Lorrain, le film « Shatten Der Engel » (« L’Ombre des anges », 1976) de Rainer Werner Fassbinder, le film « L’Âge atomique » (2012) d’Héléna Klotz, le recueil de poèmes Ombre du paradis (1944) de Vicente Aleixandre, le roman Le Reflet d’une ombre (2004) de Jonathan Denis, le film « L’Ombre blanche » (1924) d’Alfred Hitchcock, le roman Les Neiges interdites (2002) de Thierry Brunello, la pièce La Corte Del Cuervo Blanco (1914) de Ramón Gy de Silva, le film « In The Shadow Of The Sun » (1972-1980) de Derek Jarman, la chanson « Les Fleurs de l’interdit » d’Étienne Daho, le film « Black Shampoo » (1976) de Greydon Clark, le film « Ghostlight » (2003) de Christopher Hermann, le film « L’Ange noir » (1993) de Jean-Claude Brisseau, le roman La Trace de l’ange noir (1949) d’Hans Henny Jahnn, l’opéra-rock Starmania de Michel Berger (avec la bande des Étoiles noires, semant la terreur dans Monopolis), le film « Les Astres noirs » (2009) de Yann Gonzalez, le film « Day’s Night » (2005) de Catherine Corringer, le film « Una Noche » (2012) de Lucy Molloy, etc.

 

« Le soleil était devenu, année après année, une grande obsession morbide pour Khalid. Il en parlait tout le temps. Il en avait une connaissance scientifique, intime, amoureuse. Il voyait le soleil comme une menace sérieuse, certaine. […] Le soleil et la mort se regardent fixement. Le soleil gagne. Il va bientôt triompher. Exploser. Tout deviendra ombre. […] J’imagine le soleil qui vient vers moi. […] Il me noircit. Il me transforme. En cendres ? En quoi exactement ? Je me demande si, juste à la toute fin, je serai complètement noir. Noir de brûlures. […] Quelle est la lumière des ténèbres ? » (Khalid, l’un des héros homosexuels du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, pp. 69-71) ; « Sur la blancheur de l’oreiller, la tête de Fabien faisait une grande tache sombre. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 303) ; « À mesure que l’obscurité se faisait plus épaisse, la blancheur du lit se détachait plus vivement dans cette sorte de nuit en plein jour et l’on finissait par ne plus voir que ce grand rectangle couleur de neige où gisait Fabien. » (idem, p. 305) ; « Toi aussi je t’aime, même si tu es moins claire que les autres. » (Aldebert à Hud, une femme noire, dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado ; Hud dira qu’elle « est l’éclipse qui couvre la lumière blanche ») ; « Vois la pénombre qui éclaire mon visage. » (cf. la chanson « J’ai essayé de vivre » de Mylène Farmer, en référence à « l’Autre » diabolique) ; « Il fait toujours nuit pour moi. » (Léo, le héros homosexuel aveugle, dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; etc.

 

L’ombre des fictions homosexuelles est diabolique, non d’être 100% mauvaise et obscure, mais d’être précisément un peu lumineuse et attractive. Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de John Mankiewicz, Sébastien meurt au moment du jour où le soleil est au zénith et qu’il perd son ombre. Ceci est confirmé par cette phrase de Garnet Montrose dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy : « À midi tu n’as pas d’ombre, et sur toi le Démon exerce son emprise. » (p. 78) Dans un roman La Confusion des sentiments (1928), Stefan Zweig évoque les « voies infernales entre l’ombre et la lumière » (p. 117).

 

L’obscure clarté est au bout du compte ce mal qui prend l’apparence du bien, de l’« amour » possessif qui n’aime pas et qui étouffe : cf. le film « Ombres de soie » (1977) de Marie Stephen. « Tu ne me verras pas. Je ne t’importunerai pas. Je vivrai dans ton ombre. Je t’entourerai d’une protection dont tu n’auras même pas conscience. » (Félicité s’adressant à son fils Fernand, dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, p. 80)

 

Enfin, l’ombre, c’est aussi la honte et la visibilité agressive de l’homosexualité, l’homophobie intériorisée du héros homosexuel, l’obscurité qui s’habille de lumière parce qu’il s’efforce de l’appeler « identité » ou « amour » : « Contrairement à ce qui se passait aux Antilles, ici en métropole, nous poursuivions le combat avec acharnement. L’imminence d’une manifestation sur la voie publique se précisait à mesure que nous imposions nos idées. […] Plus que jamais le moment était venu de sortir de l’ombre, et les grands chambardements de la société de mai 68 furent une aubaine. » (Ednar, le héros homosexuel racontant ses premières années de militantisme homosexuel, dans le roman autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 172)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’ombre au tableau :

Roman "L'Ombre ancestrale" de Georges Eric Dang Tseny

Roman « L’Ombre ancestrale » de Georges Eric Dang Tseny


 

Regardez et écoutez ce que nous, personnes homosexuelles, avons à vous dire. Dans nos propos, aussi inconscients soient-ils, se trouve parfois l’ombre (… d’un doute… ou plutôt d’une identité et d’un amour douteux) : cf. les photos Ombre (1979) et L’Ombre (1981) d’Andy Warhol, le roman L’Ombre ancestrale (2013) de Georges Eric Dang Tseny, etc. « Mais derrière cette façade glamour se cache sans doute une part d’ombre. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015)

 

Dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata, Charles Trénet avoue qu’il souffre, en amour, d’un « mal mauve », celui « de l’ombre et du remord ».
 
 

b) Je ne suis que l’ombre de moi-même :

D’ailleurs, certains individus homosexuels se prennent vraiment pour une ombre : « Je suis un spectre, une ombre. » (le chanteur Stéphane Corbin lors de son concert Les Murmures du temps au Théâtre de L’île Saint-Louis Paul Rey, à Paris, en février 2011) ; « Par peur d’être catalogués, les homosexuels sortaient uniquement à la tombée de la nuit (pareil à des chauves-souris) pendant que les voyous et les drogués squattaient en permanence les lieux. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son roman autobiographique Un Fils différent (2011), p. 188) ; « J’ai commencé à m’aimer en regardant mon ombre marcher à côté de moi. » (Déborah, personne intersexe élevée comme une fille, dans le documentaire « Ni d’Ève ni d’Adam : une histoire intersexe » de Floriane Devigne diffusé dans l’émission Infrarouge sur la chaîne France 2 le 16 octobre 2018) ; etc.

 

Comme pour Peter Pan, l’ombre peut symboliser concrètement chez eux un double schizophrénique, une immaturité, une mauvaise conscience, une méchanceté, un désir noir, voire la folie : « En 1964, j’ai vu arriver dans mon bureau, un tout petit homme, tout mince, assez sombre, l’air d’un oiseau. » (l’éditeur Christian Bourgeois décrivant le dramaturge argentin Copi, et cité dans l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel, p. 157) ; « Les ombres de la folie se firent bientôt plus menaçantes, et à l’automne de 1918, Nijinski montra des signes inquiétants de déséquilibre qui culminèrent à la fin de l’année. » (Christian Dumais-Lvowski dans l’avant-propos des Cahiers (1919) de Vaslav Nijinski, p. 10)

 
 

c) Être « le fils de », le fils de l’ombre :

Dans le discours de l’individu homosexuel, l’ombre renvoie généralement à quelqu’un qui lui a fait de l’ombre : son père, sa mère, son frère, une actrice, lui-même (en chair et en os). Je vous renvoie évidemment aux codes « Mère gay friendly », « Mère possessive » et « S’homosexualiser par le matriarcat », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels ; ainsi qu’à l’essai Luis Cernuda En Su Sombra (2003) d’Armando López Castro, à l’autobiographie Lions And Shadows (1938) de Christopher Isherwood, et à l’autobiographie Escape From The Shadows (1975) de Robin Maugham, etc.

 

La mère ou le père a pu avoir sur son fils ou sa fille homosexuel(-le) une influence sombre : cf. la photo Andy Warhol And Julia Warhola (1958) de Duane Michals, le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne (avec la vraie mère du réalisateur, regardant son fils dans l’obscurité de la salle de théâtre où il raconte son histoire, à la fin), etc. « J’ai longtemps eu le sentiment de n’être qu’un ersatz de mon père. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 15) ; « L’ombre menaçante de la peau de vache envahissait toute la chambre. » (Frédéric Mitterrand en parlant de sa mère, La Mauvaise Vie (2005), p. 116) ; « C’était une ombre, mon père. Donc c’est difficile d’avoir une colère contre lui. » (Andrew Comiskey, en conférence à la Trinité à Paris, le 3 octobre 2014) ; « Il faut que je m’avoue la prédominance de la jalousie et d’une absurde vexation. Il remporte la victoire partout où il se montre. Sortirai-je jamais de son ombre ? Mes forces y suffisent-elles ? … Bref, ‘les Grands Hommes’ ne devraient pas avoir de fils… » (Klaus Mann en parlant de son père Thomas Mann, dans son Journal (1989-1991), p. 115) ; « Mes rapports avec lui étaient difficiles et point exempts d’un sentiment de culpabilité, puisque mon existence jetait par avance une ombre sur la sienne. » (Thomas Mann parlant de son fils Klaus, cité dans l’article « Famille Mann » de Jean-Philippe Renouard, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 309) ; « Je suis né de ce traître, se dit-il, je porte son nom, son œuvre, sa honte, je suis son héritier. » (Dominique Fernandez parlant de son père collabo sous l’Allemagne nazie, dans la biographie Ramon (2008), p. 18) ; « » (un témoin homosexuel gendarme, dans le documentaire « Coming In » (2015) de Marlies Demeulandre) ; « un autre ‘fils de quelqu’un’, dont le père était, pareillement, un intellectuel de grand renom, Nicolaus Sombart. » (Philippe Simonnot, Le Rose et le Brun (2015), p. 123) ; etc.

 

Dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, Nicolaus Sombart avoue qu’il s’est senti condamné à être le fils de son père, à être toute sa vie « le fils de Werner Sombart » (p. 273). La fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis, Lily Rose, se dit lesbienne/bisexuelle.
 

L’homosexualité des personnes homos apparaît alors non pas comme une identité naturelle et libre, mais comme une stratégie de résistance et d’opposition, comme la cristallisation d’une peur (réelle ou projetée) de décevoir les attentes du père/de la mère, comme le produit de l’homophobie parentale ou de leur propre homophobie intériorisée : « Ses illusions de m’aider à faire une carrière politique en Argentine à son image (ce pour quoi je fus conçu) avait échoué avant la première tentative. » (le dramaturge homosexuel Copi parlant de son père diplomate et ambassadeur à l’étranger, à Paris en août 1984 dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 85)

 
 

d) Être « le frère de », le frère de l’ombre : 

Cf. je vous renvoie au code « Jumeaux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Parfois, c’est le frère du sujet homosexuel qui est l’ombre portée : cf. le film « Enfances » (2007) de Yann Le Gal (avec Fritz Lang et son frère), etc. À ce titre, je vous renvoie à la partie « Jalousie » du code « Inceste entre frères » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

Par exemple, toujours dans le film biographique « Enfances » (2007) de Yann Le Gal, on nous apprend qu’Ingmar Bergman, petit, a essayé d’étouffer sa petite sœur bébé avec un coussin parce qu’elle lui avait « piqué » sa place de benjamin. Quant à Romaine Brooks, elle a connu une enfance perturbée à cause de l’attention excessive que sa mère accordait à son jeune frère.

 

Il n’est pas rare que certains individus homosexuels aient l’impression de remplacer (dans le cœur de leurs parents) le frère mort ou idéalisé : « J’ai le sentiment que ma mère s’en veut toujours du décès de mon frère, comme si elle n’avait pas bien pris soin de moi, alors qu’elle n’avait que 15 ans ! J’ai aussi le sentiment qu’elle a fait une sorte de transfert sur moi. J’ai remplacé l’enfant mort. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 15) ; « Ma sœur était morte (à l’âge de cinq ans) et ma mère m’appelait ‘sa petite fille’ et m’apprenait le canevas. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 77) ; « Je suis née parce que ma sœur est morte, je l’ai remplacée. Je n’ai donc pas de moi. » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 44) ; « Là, dans cette obscurité, dans cette exécution, cette mort volontaire, je me suis souvenu de ma sœur hantée. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 123) ; etc.

 

C’est parfois la ressemblance troublante avec ses frères de sang qui a jeté une ombre dans l’esprit de l’individu homo. Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte que lorsqu’il était adolescent, les amis de son père le « confondaient toujours avec ses sœurs » (p. 17). Parmi mes amis homosexuels, certains ont d’ailleurs souffert d’avoir été pris dans la rue pour telle ou telle grande sœur ou tel ou tel petit frère.

 
 

e) La pression d’une lignée sombre ou trop glorieuse :

Sur les épaules de l’individu homosexuel pèse souvent le lourd fardeau d’un héritage familial et national présenté comme glorieux, le poids de la responsabilité d’assurer la descendance (c’est parfois lui-même qui se met la pression tout seul) : « Tu m’apparaissais comme une ombre suspendue dans l’air. » (Alfredo Arias à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-fantômes (1997), p. 156) ; « Je suis le zéro de la famille, celui qui ne compte pas. » (Lucien Daudet, homosexuel, complexant du succès littéraire de son père Alphonse et de son frère Léon, cité dans le Dictionnaire des homosexuels et bisexuels célèbres (1997) de Michel Larivière, p. 116) ; « Pendant cette période de maladie et de jeux solitaires, la sollicitude exacerbée de ma mère développa en moi des manières de poule mouillée, au grand mécontentement de mon père. Je devenais un être incontestablement hybride, bien différent de la lignée familiale des héros conquérants du Tennessee oriental. La lignée paternelle avait été illustre. » (Tennessee Williams parlant de son adolescence, Mémoires d’un vieux crocodile (1972), p. 30) ; « Je rentre en Cours Préparatoire. Mon père et mon grand-père sont passés par ces mêmes bancs des années plus tôt. Et maintenant c’est à moi de prendre la relève… » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 9) ; « Je suis l’aîné de sept frères et sœurs : ni mon environnement social et provincial ni ma place d’aîné dans ma fratrie n’étaient propices à un épanouissement sexuel. […] La position d’aîné dans une famille maghrébine implique de se comporter en modèle, dans le strict respect des traditions : virilité, mariage, paternité et autorité sur les cadets, autant de ‘qualités’ qui me manquaient cruellement. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), pp. 7-8) ; etc.

 

Par exemple, dans sa biographie Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre (1909), Anna Klumpke raconte comment on a caché à Rosa Bonheur sa bâtardise en lui faisant miroiter un passé familial magique : « Tu descends par ta mère d’une race royale. » (p. 172) Michel Foucault, le philosophe français, est attendu au tournant dès son adolescence : son père, son grand-père et son arrière-grand-père furent médecins ; il s’opposera toute sa vie avec véhémence à son « destin familial ». De son côté, Federico García Lorca, le fils aîné de sa famille, subit la pression de son père qui veut faire de lui un « homme important » ; le dramaturge espagnol fera l’inverse de ce (qu’il croit) qu’on attend de lui puisqu’il choisit d’exercer le « métier le plus inutile du monde », à savoir poète. Quant à Louis II de Bavière, il hérite très jeune de l’empire de son père disparu prématurément, et vivra toute sa vie la tête polluée des conquêtes passées opérées par ses ancêtres. Dans la biopic « Vice » (2018) d’Adam McKay, Mary, la fille du vice-président nord-américain Dick Cheney, est lesbienne.

 

Selon le sociologue Didier Éribon (dans son autobiographie Retour à Reims, 2010), tout Homme serait forcément esclave de son destin familial, serait l’objet d’un conditionnement par l’« ordre social » : « Car ils sont tôt tracés, les destins sociaux ! Tout est joué d’avance ! Les verdicts sont rendus avant même que l’on puisse en prendre conscience. Les sentences sont gravées sur nos épaules, au fer rouge, au moment de notre naissance, et les places que nous allons occuper définies et délimitées par ce qui nous aura précédé : le passé de la famille et du milieu dans lesquels on vient au monde. » (pp. 52-53)

 

En réalité, beaucoup de personnes homosexuelles se dévalorisent en se comparant à une famille fictionnelle et cinématographique (leurs stars, leurs héros de dessins animés et de films, une figure politique lointaine et charismatique…) plutôt qu’à leur famille réelle. Comme je l’expliquais en notice, beaucoup d’enfants de célébrités se déclarent plus tard homosexuels : Judith Gauthier, Anna Freud, Lucien Daudet, Maurice Rostand, Jaime Salinas, Klaus Mann, Siegfried Wagner, Saadi Khadafi, Robin Maugham, etc. Par exemple, la photographe lesbienne Claude Cahun est la nièce de Marcel Schwob. Christopher Ciccone, le frère de la chanteuse Madonna, est ouvertement gay. Roxane Depardieu, la fille de Gérard Depardieu, se dit lesbienne.

 
 

f) L’enfant homosexuel visitant le Panthéon de ses ancêtres :

Scénario curieux. Quelquefois, dans le discours de l’individu homosexuel, on peut observer la même mise en scène : il se décrit en train de se balader seul dans une galerie d’art dans laquelle sont exposés les exploits de leurs aïeux, ou à l’intérieur d’une chambre remplie de photos de stars (cf. je vous renvoie au code « Fresques historiques » et à la partie « Crâne en cristal » du code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Il oscille entre admiration et vertige : « Ma tante, moderne et indépendante, habitat un studio au-dessus de son salon : un grand lit par terre, des photos d’artistes collées au mur, Henri Garat et Mireille Balin, Jean Gabin, Michèle Morgan, Arletty, tout y était un peu bohème. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des singes (2000), p. 19) ; « Au mur, une ancêtre nous regardait malicieusement dans son tableau. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 35) ; « Je pénétrai sans bruit dans la chambre décorée de meubles chinois en laque de Coromandel, partout des petits personnages, des fleurs, des oiseaux qui me faisaient rêver de l’Orient. » (idem, p. 41) ; « En sortant de la brasserie, j’ai observé longuement la façade de la gare du Nord, et j’ai pensé que mon père était une des statues, boulonnées sur la corniche, et qu’il me regardait, et j’ai pensé : est-ce qu’il me regarde ou est-ce qu’il me surveille ? » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 91) ; « Notre maison regorgeait de livres, des jeux de société, ainsi que des décorations militaires qui peuplaient le salon. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 18)

 

Par exemple, dans son autobiographie Confession d’un masque (1971), Yukio Mishima raconte comme il s’est introduit dans la chambre de sa grand-mère, qu’il présente comme un sanctuaire « plein de kimonos colorés et d’obis garnis de roses afin de se travestir en une magicienne qu’il avait admirée sur une scène de théâtre ». François Reichenbach, quant à lui, est élevé dans une riche famille de collectionneurs de tableaux. Dans le documentaire « Louis II de Bavière, la mort du Roi » (2004) de Ray Müller et Matthias Unterburg, la figure de Louis II est filmée en train de se promener dans la galerie de ses ancêtres où sont exposés des toiles relatant les exploits qu’il devra imiter… mais qu’il n’imitera pas car il fuira ses responsabilités de roi.

 
 

g) J’ai épousé une ombre : L’ombre comme métaphore du viol et de l’amour possessif

Film "L'Inconnu du Nord-Express" d'Alfred Hitchcock

Film « L’Inconnu du Nord-Express » d’Alfred Hitchcock

 

À l’ombre des jeunes amants en fleurs… Souvent, l’ombre est tellement imposante et crainte qu’elle finit par devenir amoureuse (cf. je vous renvoie également au code « Amant diabolique » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels). Il n’est pas rare, dans l’esprit du sujet homosexuel, que son amant prenne la forme de l’ombre sous laquelle il fait bon se protéger, mais qui soudain se montre inexplicablement froide et menaçante car elle empêche d’exister : « Mais j’avais l’impression d’avoir perdu mon ombre. Je courus vers toi. » (la narratrice lesbienne s’adressant à son amante, dans le roman La Vallée heureuse (1939) d’Anne-Marie Schwarzenbach) ; « Martine éprouvait pour moi une admiration sans bornes. D’après ses critères, j’étais celle qui avait réussi, alors qu’elle avait tout raté. Dans cette logique, il était souhaitable pour elle de rester dans mon ombre et de continuer à vivre ainsi, par procuration. » (Paula Dumont parlant de sa relation amoureuse « malsaine » avec sa copine Martine, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 72)

 

L’ombre qui plane, c’est aussi celle du viol et de l’inceste… et surtout celle de la honte que ces derniers inspirent : « Je voudrais te demander pardon. Je sais que tu ne me pardonneras jamais. Tu me l’as dit à l’époque, très fermement. Mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Mon désir de perfection me hante. C’est désagréable, j’en conviens. En plus, je t’ai fait peur dans la pénombre de la chambre que nous partagions. Tu as ouvert les yeux. On pouvait lire ton étonnement. Mais ça me prenait comme ça, de me réveiller vers deux ou trois heures du matin, comme un somnambule. J’allais jusqu’à l’armoire où se trouvaient tes vêtements que je revêtais, à moitié endormi. » (Alfredo Arias à sa grand-mère, dans son autobiographie Folies-fantômes (1997), p. 160) ; « Après avoir poussé mon désir d’entrer dans l’âge adulte, mon père m’intimait donc l’ordre de me rétracter intelligemment, espérant que j’étais assez grand pour découvrir, seul, les secrets de la vie d’un père de famille. C’était compter sans l’ombre persistante qui pesait sur mon chemin, dans le décor éclaboussé de chaleur et d’amour, de mon amour maternel. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 48)

 

Parfois, l’ombre est tout simplement la métaphore du violeur, du ravisseur : « Je ne vais pas te violer tout seul… Nous allons tous te violer. Faire de toi une vraie petite fille…’ Il a ouvert la porte. La peur m’a repris. Elle montait. Elle m’inondait. M’aveuglait. Les autres sont entrés. Ils étaient quatre et non deux comme au début. Comme il faisait encore un peu sombre dans la pièce, je n’arrivais pas à voir à quoi ressemblaient les deux nouveaux. Ils se sont tous déshabillés aussitôt. La sex party allait commencer. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 24) ; « Plus tard, à l’approche de la première lumière qui annonce le grand jour, je me retrouvais dans sa chambre sans trop savoir pourquoi. Sa forte ombre qui tournait autour de moi bourdonnait des mots incompréhensibles, tel un chanteur aux mâchoires serrées. […] La sensation de beauté qui m’avait ébloui la veille, laissa la place à un visage banalement masculin, pas nécessairement très beau mais sexy, avec un air d’ivresse dans les yeux. » (Berthrand Nguyen Matoko décrivant son amant d’un soir qui va le sodomiser sauvagement, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), pp. 66-67) ; etc.

 
 

h) Obscure clarté diabolique :

En définitive, l’ombre décrite par certaines personnes homosexuelles figure la dualité diabolique de la lumière froide, obscure et intensive de Lucifer (cf. je vous renvoie aux codes « Homme invisible » et « Lunettes d’or » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Elle est diabolique, non d’être 100% mauvaise et obscure, mais d’être précisément un peu lumineuse et attractive : cf. le documentaire « Les Mille et un soleils de Pigalle » (2006) de Marcel Mazé (racontant le quotidien de deux jeunes Maghrébins dans les sex-shops parisiens). Par exemple, dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la comédienne transgenre F to M, pendant qu’elle chante « Are You Boy Or Girl ? », reçoit des spots de couleurs qui projettent sur un mur blanc trois ombres colorées d’elle : une bleue, une rose, une jaune. Signes de sa schizophrénie mégalomaniaque.

 

L’obscure clarté est au bout du compte ce mal qui prend l’apparence du bien, de l’« amour » possessif qui n’aime pas et qui étouffe : « Dans mon enfance, ma mère était pour moi une ombre blanche. » (Annie Ernaux, Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 93) ; « Avec la neige, j’ai toujours les idées noires. » (André Schneider, le réalisateur homosexuel du docu-fiction « Le Deuxième Commencement », 2012) ; etc.

 

Enfin, l’ombre, c’est aussi la honte et la visibilité agressive de l’homosexualité, l’homophobie intériorisée du sujet homosexuel pratiquant, l’obscurité qui s’habille de lumière parce qu’il s’efforce de l’appeler « identité » ou « amour » : « De Brazzaville à Goussainville, l’homosexualité était devenue l’ombre de moi-même : un véritable cheval de bataille, impliqué autoritairement dans ma vie de tous les jours. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 103)

 
 

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Code n°134 – Orphelins (sous-codes : Bâtards / Enfants adoptés / Parents divorcés)

Orphelins

Orphelins

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Tous enfants du divorce ou de parents absents ?

 

À travers ce code, nous allons voir les nombreux liens qui existent entre homosexualité et divorce/parents absents (toutes les personnes homos qui sont les enfants du divorce ou de l’adoption ou de la bâtardise). Quand je pense que la grande majorité des Occidentaux osent actuellement nous matraquer avec violence et mépris que l’homosexualité, c’est NORMAL, ce n’est pas un choix, c’est de l’Amour, et que TOUT VA BIEN. Quelle ignorance, quelle indifférence, quel mépris de la souffrance d’autrui – et surtout des personnes homosexuelles – sous couvert de respect !

 

Notre société gay friendly ne veut pas voir que l’homosexualité, loin d’être banale et géniale, est la marque d’une rupture des êtres humains avec leurs origines et le Réel, mais aussi le signe de l’incapacité des couples femme-homme hétérosexuels/bisexuels à s’aimer. Et pourtant, ça crève les yeux !

 

La résurgence du motif de la bâtardise dans les œuvres de fiction traitant d’homosexualité montre, non pas que toutes les personnes homosexuelles seraient des « bâtards », des enfants abandonnés, des individus adoptés, des « produits du divorce et des familles désunies », mais qu’il existe des liens étroits et non-causaux entre homosexualité et adultère, homosexualité et divorce, homosexualité et peur d’être unique et détaché de ses parents ( = une non-intégration incestuelle de la castration symbolique et du Complexe d’Œdipe, si vous préférez), homosexualité et manque de (l’amour de) la différence des sexes. Avec nous, les personnes homosexuelles, vous avez donc affaire, ayez-en conscience, à des faux-vrais orphelins physiquement parlant, à des « orphelins semi-volontaires » (oxymore), mais en tous cas à des orphelins d’Amour et de Désir, ça c’est sûr !

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Haine de la famille », « Parodies de mômes », « Homosexualité noire et glorieuse », « Femme et homme en statues de cire », « Éternelle jeunesse », « Pédophilie », « Moitié », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Petits morveux », « Mère gay friendly », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », « Parricide la bonne soupe », « Mère Teresa », « Solitude », « Mort-Épouse », à la partie « Solitude à deux » du code « Île », à la partie « Mère-putain » du code « Matricide », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

MAL-AIMÉ, JE SUIS LE MAL-AIMÉ !!!

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

a) Les pauvres petits orphelins homosexuels sans défense :

Dessin animé "Rémi sans famille"

Dessin animé « Rémi sans famille »


 

Dans les fictions homo-érotiques, beaucoup de personnages homosexuels sont orphelins ou jouent le rôle des Rémi sans famille : cf. le poème « Les Étrennes des orphelins » d’Arthur Rimbaud, le film « L’Innocent » (1976) de Luchino Visconti, le roman Oh Boy ! (2000) de Marie-Aude Murail, la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand (avec Hervé), le film « Fingersmith » (2005) d’Aisling Walsh, le film « Fiona » (1999) d’Amos Kollek, le film « Salmonberries » (1991) de Percy Adlon, le film « La Traversée du phare » (1998) de Thierry Redler, la pièce Les Orphelins (1984) de Jean-Luc Lagarce, le roman À ta place (2006) de Karine Reysset (avec le personnage lesbien de Chloé), le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Dick Tracy » (1990) de Warren Beatty (avec la Gavroche lesbienne), le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie (avec Li-Ming et Chen An), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec Elliot, le héros orphelin), le film d’animation « Anastasia » (1997) de Don Bluth et Gary Goldman, le roman La Vie est un tango (1979) de Copi (avec Le Gros, Le Singe, et le Sénateur, qui sont tous les trois orphelins parce que leurs parents sont morts de tuberculose), la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi, le film « Candy Boy » (2007) de Pascal-Alex Vincent (avec l’orphelinat), le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, le film « L’Orpheline » (2011) de Jacques Richard, le film « Die Bitteren Tränen Der Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder (avec la compagne de Petra, qui est orpheline), le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel (avec Nathan, le héros homosexuel, orphelin de mère), etc. Dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, le Livre IV est intitulé « Orphelin ».

 

Écoutez la litanie des Caliméros homosexuels : « Je me nomme Sidonie Laborde. Je suis orpheline de père et de mère. Bientôt, je ne serai plus personne. » (Sidonie, la lectrice lesbienne de la reine Marie-Antoinette, en conclusion du film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Nous étions deux filles. Vous étiez la plus belle à l’orphelinat. Quand on nous passait en revue vous étiez toujours la préférée des parents d’adoption. » (Vicky parlant à sa sœurs jumelle la Comédienne, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai pas de parents. J’ai pas d’amis. » (John, l’héroïne lesbienne de la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco) ; « Deux orphelins que le temps défigure… » (cf. la chanson « Ainsi soit-je » de Mylène Farmer) ; « Big Mama s’est pendue. Je regardais de mon berceau, en jouant avec mon zizi. Et nous ne saurons jamais qui était Papa. » (Sabu, le héros homo du film « Hey, Happy ! » (2001) de Noam Gonick) ; « Elle [Gabrielle, l’héroïne lesbienne] se sent elle aussi orpheline, à plus de quatre-vingts ans ! » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 89) ; « Je ne suis plus qu’une orpheline, une fille à qui on a pris son père. » (Madeleine dans le roman À mon cœur défendant (2010) de Thibaut de Saint-Pol, p. 39) ; « J’ai eu une enfance très malheureuse. Je n’ai pas de maman. J’ai été trouvé dans un œuf Place des Vosges. » (le poussin de la B.D. La Femme assise (1982) de Copi, p. 43) ; « Ma mère ? Non, elle est morte, j’avais dix ans. » (Adrien, l’un des héros homosexuels du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 19) ; « Ma mère est morte quand j’étais petit. » (Gabriel, l’un des deux héros homos du film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho », « Au premier regard » (2014) de Daniel Ribeiro) ; « Le genre humain s’est peu à peu éloigné de moi ; de toute façon, cela faisait déjà longtemps que mes propres parents m’avait abandonné. » (Virgilio Piñera, Cuentos Fríos, cité dans l’essai Historia De La Literatura Gay (1998) de Gregory Woods, p. 247) ; « Il pensait à sa mère, à son père, qui l’avait abandonné, se demandant pourquoi il n’avait pas été traité comme les autres enfants et ce qu’il avait bien pu faire pour ne pas être comme eux. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 82) ; « Je n’ai plus de parents. » (Suzanne, une des deux héroïnes lesbiennes de la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « Oui, nous sommes orphelins… » (Stephany, Mike et Jeff faisant la quête devant leur local LGBT londonien, dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus) ; « J’avais cinq ans quand ma mère est morte. » (Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; « Je suis un enfant hors de chez lui. » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; etc.

 

Par exemple, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, le mot de passe de Suzanne, l’héroïne lesbienne, en temps de résistance est : « Je suis un enfant trouvé. » (p. 107) ; d’ailleurs, elle repart de chez Alix avec le livre Sans famille sous le bras. Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit, l’héroïne lesbienne, est orpheline de mère. Dans la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, la boulangère était surnommée dans son enfance « l’orpheline à lunettes » (p. 50). Dans le film « Portrait de femme » (1996) de Jane Campion, Isabelle, l’héroïne bisexuelle, « n’a plus ni père ni mère ». Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le père de Smith (le héros homosexuel) est mort dans un accident de voiture quand il était petit. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah, l’une des héroïnes lesbiennes, fait croire que sa mère est absente et partie en ONG en Afrique ; en réalité, sa mère demeure en France, est alcoolique et bat sa fille avec qui elle vit seule. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homosexuel, se retrouve sans père car ce dernier est mort. Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, Sieger, le héros homosexuel, a perdu sa mère dans un accident de moto. Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola, une des héroïnes lesbiennes, est fille de divorcés. Quant à Nina, son amante, elle n’a pas été désirée par sa mère qui aurait voulu avorter. Et son père a mis du temps à l’adopter : « Ma mère ne m’a jamais aimée. La preuve : elle ne voulait pas me garder. Et mon père… j’avais un an quand il m’a reconnue. » Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Damien, l’un des héros homos, a été abandonné à la naissance. Dans le film « Miss » (2020) de Ruben Alves, Alex (le héros transgenre M to F qui candidate pour être Miss France) est orphelin et a perdu ses deux parents biologiques dans un accident de voiture. On le voit à la fin déposer des fleurs dans le cimetière.

 

Par voie de conséquence, il n’est pas rare que le personnage homosexuel soit un enfant adopté. Par exemple, dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa, Steven, l’un des héros homosexuels, apprend de manière brutale et accidentelle qu’il a été abandonné par sa mère quand il était bébé, et qu’il est en réalité un enfant adopté. Dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, Paul, homosexuel, a également été adopté. Dans le film « Ma vie avec Liberace » (2013) de Steven Soderbergh, le personnage de Matt Damon (Scott) vient d’une famille déstructurée : il est passé de foyer en foyer, puis a ensuite été placé en famille d’accueil.

 
 

b) Les orphelins un peu réels, voulus ou volontaires :

L’absence de filiation peut certes être une réalité effective du vécu du héros homosexuel, mais finalement, on découvre que ce dernier a de toutes façons toujours une filiation (personne ne naît de nulle part !), et que la rupture avec ses racines existentielles est soit venue de personnes extérieures (on parlera dans ce cas-là d’un état d’orphelin voulu par un tiers, provoqué, et donc subi par le personnage homosexuel), soit venue de lui-même (on parlera alors d’un état d’orphelin volontaire, désiré, mimétique) : « Ah ! Je n’ai pas de famille. J’ignore tout de la famille. […] Et après tout, quelle importance qu’un homme ait ou non un père et une mère ? » (Jack dans la pièce The Importance To Being Earnest, L’Importance d’être Constant (1895) d’Oscar Wilde) ; « On n’a pas de père ! Oublie-le ! » (Ody s’adressant à son frère Dany, dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras) ; « Je suis non-déclaré. » (Smith, le héros homosexuel du film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki) ; « Dans ce milieu, même les maladies sont orphelines. » (Rodolphe Sand par rapport à Rosetta, la fille pauvre, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « J’existe pas pour mes parents. C’est comme si j’étais de la merde. » (Louis, le héros homosexuel, dans le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel) ; etc. Par exemple, dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret Sonia, l’héroïne lesbienne, dit à Clara qu’elle est venue au camp de vacances à cause de ses parents : « Ce sont mes parents qui se sont débarrassés de moi. Je leur fais peur. On ne se comprend pas. » Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, Lacenaire s’est éloigné de ses parents. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon fait croire qu’elle n’a pas de mère, puis se reprend : « Non, c’est pas vrai. » Dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm, Emmanuel, l’un des séminaristes, noir et homosexuel, a été adopté, et est en rejet complet avec sa famille d’accueil : « Mais qu’est-ce que vous pouvez comprendre à ma vie ? Laissez-moi ! Oubliez-moi ! » Souvent, les personnages homosexuels coupent les liens avec leur filiation parce que préalablement, leur société et leur famille les y a bien aidé !

 

C’est la raison pour laquelle certains se qualifient d’« orphelins » même s’ils n’ont pas vraiment perdu leurs parents et qu’ils ont grandi bien au chaud dans des familles bourgeoises. Ils font comme s’ils étaient abandonnés, d’abord pour se rendre intéressants dans la victimisation (cf. le film « Lucky Bastard » (2008) d’Everett Lewis) et s’écarter volontairement de leurs géniteurs, ensuite pour cacher qu’ils n’ont pas été assez aimés ou qu’ils n’ont, dans leurs élans incestueux, pas voulu partager leur mère avec leur père (ou inversement). Je vous renvoie à la partie « Mère-putain » du code « Matricide », ainsi qu’à la partie sur la mère divorcée du code « Mère gay friendly », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Par exemple, dans le film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann, Robbie, le héros homosexuel, affirme à sa grand-mère que ses parents sont morts, alors que ce n’est pas vrai. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, dès que Stan, le héros hétéro, découvre l’homosexualité de Ninon, ne peut s’empêcher de laisser échapper une méprisante plainte : « Pauvre petite fille perdue ! ».

 

Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Rémi, l’un des héros bisexuels, a perdu ses deux parents. « J’ai pas de famille. C’est pas pour rien que je m’appelle Rémi. » ; « Ma mère est morte quand j’avais 5 ans. » En réalité, on découvre que son père est toujours vivant, mais qu’il a été rayé de la carte par son fils. Rémi, parlant de son père à son ami-amant Damien, dit que c’était un homme « lunaire » qui a cessé de le considérer comme son fils à partir de la mort de son épouse (et donc de la mère de Rémi) : « Moi, il ne me voyait même plus. J’étais invisible. » Il décide, à l’âge adulte, de renoncer à être père à son tour, et de tuer le papa en lui : « Je n’ai même pas été le fils de mon père. Alors comment voulais-tu que je sois le père d’un fils ? »
 

Le héros homosexuel, s’il est orphelin ou se dit orphelin, ne l’est pas d’abord par l’absence de ses deux parents biologiques. Il est surtout orphelin d’AMOUR ENTRE SES DEUX PARENTS BIOLOGIQUES, orphelin de la différence des sexes aimante/aimée, orphelin du Réel. C’est d’ailleurs pour cette raison que les orphelins homos dont parlent les œuvres homo-érotiques se qualifient/sont qualifiés de « bâtards », sont parfois des enfants adultérins ou des enfants du divorce, et des victimes de l’infidélité de leurs parents : cf. la chanson « Manchester » de Ricky dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon, la chanson « Le Bâtard de Rhénanie » de Jann Halexander, le film « Potiche » (2010) de François Ozon (avec Laurent, fils bâtard et homo), la pièce Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson (avec Arthur, fils homosexuel issu d’un acte prostitutif : sa mère était prostituée et l’a eu avec un client), la pièce musicale Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias (l’un des trois ambassadeurs est bâtard), le film « Dossier 51 » (1977) de Michel Deville, la pièce Le Roi Lear (1606) de William Shakespeare (avec Edmond, le frère bâtard du Roi), la pièce Tante Olga (2008) de Michel Heim (avec Natacha, la bâtarde), le roman La Bâtarde (1964) de Violette Leduc, le film « Juste un peu de réconfort » (2004) d’Armand Lameloise (avec le personnage de Guillaume), la pièce La Reine morte (1942) d’Henry de Montherlant (avec Inès de Castro, la fille illégitime), le poème « Prendimiento De Antoñito El Camborio En El Camino De Sevilla » (1928) de Federico García Lorca, le roman Les Bâtards (1977) de Bai Xianyong, le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli (avec Rafe le fils bâtard), le film « Les Bâtards » (2005) de Stéphane Berry, la pièce Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, le spectacle Les Invasions bâtardes (2008) de « Mado, la Garce du Québec », la série Beautiful People (2009) de Jonathan Harvey (avec Simon, le bâtard gay), etc. Par exemple, dans la pièce Le Roi Lear (1606) de William Shakespeare, le mot « bâtard » s’oppose à « naturel », à « légitime ». Dans le roman Hawa (La Différence, 2010) de Mohamed Leftah, Zapata et Hawa, les deux jumeaux, sont le fruit de la rencontre entre un soldat américain et une prostituée. Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, London est la demi-sœur de Smith, le héros homosexuel ; et tous les deux sont des enfants illégitimes.

 

Film "La Fin de la nuit" d’Étienne Faure

Film « La Fin de la nuit » d’Étienne Faure


 

« Bastard ! » (John s’adressant à Daphnée dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Bâtards. Pourquoi nous marquer de ce mot ? » (le protagoniste de la pièce Des Lear (2009) de Vincent Nadal) ; « Tous les hommes sont des bâtards. » (Max, l’un des héros homosexuels de la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « Nous sommes tous des bâtards ! » (un des personnages de la pièce Cymbeline (1609) de William Shakespeare) ; « Je suis un chien abandonné, un bâtard. » (Anne Cadilhac dans son concert Tirez sur la pianiste, 2011) ; « Tu crois que ça m’a pas foutu les boules de voir ma mère se faire larguer par tous ces mecs ?! » (Stéphane, le héros homo s’adressant à sa meilleure amie lesbienne, Florence, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) ; « Je préfère partir sans revoir ma mère. […] Dites-lui, si vous en avez le courage, que je ne lui en veux pas de m’avoir fait bâtard. » (Bernard écrivant à son père, dans le roman Les Faux-Monnayeurs (1925) d’André Gide, p. 26) ; « J’étais un bâtard ! » (Bacchus, vexé de ne pas parvenir à séduire les trois sœurs Minias, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, Jean-Louis se qualifie d’« orphelin » : « J’étais plus boulangerie rayon bâtard. » Dans le film « Le Secret d’Antonio » (2008) de Joselito Altarejos, Antonio, le jeune héros homosexuel de 15 ans, a été abandonné par son père. Dans le film « East Of Eden » (« À l’est d’Éden », 1955) d’Elia Kazan, Cal (James Dean) a/aurait perdu sa mère à la naissance, et nourrit une haine féroce envers son père : en réalité, il est le fruit d’une union illégitime et découvre que sa mère vit encore (… et qu’elle est un gangster). Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, les héros homosexuels se font insulter de « Bent Bastards ! » par un des fils homophobes de Maureen… (« Qu’ils viennent ici ! Ils se régaleraient ! ») qui se révèlera à la fin très gay friendly.

 

Le héros homosexuel a pu s’estimer « orphelin » (à juste titre d’ailleurs, puisqu’il n’y a pas que la filiation de sang dans la vie ! Il y a aussi la filiation de sang couronnée par le désir, donc la filiation symbolique !) à cause du divorce de ses parents. Suite à la rupture de ces derniers, il a perdu son statut d’enfant pour acquérir de force celui de substitut marital du père ou de la mère, par conséquent un rôle incestuel (… d’où l’impression logique d’être un vrai bâtard, un fils adultérin). « Mon père est un salopard et un manipulateur. Il a trompé ma mère même la dernière année de sa vie. Il a baisé ma prof de théâtre et il m’a… » (Zach dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Je regrette de l’avoir fait. » (le père d’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, femme qui a perdu sa mère à 5 ans, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc. Nombreux sont les héros homosexuels à être des enfants de parents divorcés : Emma dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche (avec une mère très « open »), Matthieu dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Hugo dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Marcel dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot (il a 4 ans quand ses parents divorcent), Augusten dans le roman Courir avec des ciseaux (2006) d’Augusten Burroughs, Lou l’héroïne lesbienne de la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Juliette l’adolescente lesbienne du film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, le narrateur homosexuel de la chanson « Luca Era Gay » de Povia, Gabriel dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, Ernst dans le roman J’apprends l’allemand (1998) de Denis Lachaud, Zoé dans le film « Tous les papas ne font pas pipi debout » (1998) de Dominique Baron, Félix dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Nico dans le film « Krámpack » (2000) de Cesc Gay, Esther dans le film « Pôv’ fille ! » (2003) de Jean-Luc Baraton et Patrick Maurin, Emilio Draconi dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi (il a « étranglé sa mère pour lui voler sa pension de divorcée », p. 71), Elizabeth dans le roman La meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, etc. Par exemple, dans la série Ainsi soient-ils (2014) de David Elkaïm (épisode 1 de la saison 2), la mère de Guillaume, le séminariste homo, a été quittée par son mari.

 

« Mes parents ont divorcé quand j’avais 7 ans. » (Hubert, le héros homosexuel du film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Vous avez un problème de violence dans la famille ou quoi ? » (Kévin, le héros homosexuel s’adressant à son amie lesbienne Sana, dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone) ; « Dans mon enfance, mes parents m’ont annoncé leur divorce à proximité d’un coffre. C’est pour ça que depuis, je ne supporte pas les coffres. » (Camille, l’héroïne lesbienne du one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Cela va peut-être te surprendre, mais je partage l’avis de ta mère qui dit que pour beaucoup de gays la vie se résume à la recherche du sexe. Cependant, je ne crois pas que la vie d’un jeune hétérosexuel se résume à autre chose… Au Canada, comme ici en Floride, tous les garçons de ma classe ne pensent qu’à coucher. Et l’explosion du nombre de divorces montre que les hétérosexuels ont (aussi) un problème avec la notion d’engagement… » (Chris à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 119) ; « Mes parents ont divorcé quand j’ai eu 5 ou 6 ans. Pour ma part, tout ça m’a beaucoup affecté. » (Franz, le héros homosexuel de la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Cet enfant est lié au divorce ? » (Marie-Muriel par rapport à Élie, le « fils » de Maxime – le héros homosexuel –, dans la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Bram, le héros homo, a des parents séparés : « Bienvenue dans la vie des enfants de divorcés ! » ; etc.

 

L’homosexuel fictionnel (ou l’homme travesti M to F) est régulièrement l’enfant du divorce, comme le montrent le film « Madame Doubtfire » (1993) de Chris Colombus, la pièce À toi pour toujours, ta Marie Lou (2011) de Michel Tremblay, le roman Le froid modifie la trajectoire des poissons (2010) de Pierre Szalowski, la chanson « Snowball » de Zazie, le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli (avec les parents de Willie), ou bien la scène de dispute entre les parents de Paulo dans le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron.

 

Dans le film « Benjamin » (2018) de Simon Amstell, le dialogue entre les 2 amants Noah et Benjamin illustre que leur homosexualité s’origine dans le sentiment de culpabilité généré par le divorce de leurs parents respectifs : « Désolé. Mes parents ont divorcé. » (Noah) « Les miens aussi. » (Benjamin) « Tu veux parler du divorce ? » (Noah) « J’avais 13 ans. » (Benjamin) « Et moi, 5. » (Noah) « Tu sais que c’était pas de ta faute ? » (Benjamin).
 

Par exemple, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, les deux membres du couple homosexuel, Bryan et Kévin, ont respectivement des parents divorcés : « Je vis seul avec ma mère. Mes parents sont divorcés. » (Bryan, p. 14) ; « J’ai vécu dans cette ville pendant quinze ans. Mes parents se disputaient souvent, pour des choses sans importance me semblait-il. Et ces petits désaccords prenaient parfois des proportions démesurées. Je détestais les voir ainsi s’entre-déchirer. » (idem, p. 18). Kévin aborde notamment les blessures d’enfance dues à la mésentente de son père et de sa mère (« Pendant des années, j’ai été réveillé en sursaut par les cris de mes parents. Quand mon père rentrait bourré, c’était l’horreur… », p. 416), même si tout de suite après, il relativisera dans le déni (« Ce n’est pas important. J’ai envie d’oublier toutes ces choses qui hantent ma mémoire. »). Dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis, Jean-Henri a des parents qui se disputent et cassent des assiettes : « Mes parents ne font pas l’amour. Ils font juste des enfants. » Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, les disputes interminables des parents de Charlène, jeune lycéenne, semblent être à la source de ses penchants homosexuels naissants. Dans le film « Una Giornata Particolare » (« Une Journée particulière », 1977) d’Ettore Scola, Gabriele, le héros homosexuel, avoue que chez lui, pendant son enfance, c’est sa mère qui régentait tout. À cause de cela, son père a quitté le domicile familial.

 

L’homosexualité du personnage homo ne s’explique pas que par le divorce ou la séparation des parents, mais peut s’originer dans une expérience plus directe de la séparation (chez les héros bisexuels, bien évidemment). Par exemple, dans la pièce À quoi ça rime ? (2013) de Sébastien Ceglia, Didier va tromper sa compagne avec Bernard quand il apprend qu’elle a un amant.

 

Le héros homosexuel, pour se cacher à lui-même l’extrême violence du divorce de ses parents, essaie d’incarner à lui seul la différence des sexes mal-aimée. Illusion d’unification des pots cassés par une auto-construction identitaire de survie : l’homosexualité (le coming out), voire même le transsexualisme. « Si Tanguy souffrait, c’était justement de ne pas être comme les autres garçons ; de ne pas avoir comme eux un foyer avec un père et une mère qui s’entendent. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 23) Par exemple, dans le film « Gun Hill Road » (2011) de Rashaad Ernesto Green, les parents de Michaël, le héros transsexuel M to F, sont infidèles et chacun va voir ailleurs. Dans la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le « Je suis homo » de Vincent résonne comme un « Papa et maman, j’ai peur que vous vous sépariez ». Étonnamment, le personnage homosexuel dit parfois qu’il est le divorce, qu’il le personnifie à lui tout seul, pour réparer en sa personne cette unité d’Amour que les adultes n’ont pas su préserver.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Concrètement, certains héros homosexuels ont encore leurs deux parents. Mais ces derniers ne sont pas considérés comme de vrais parents, parce qu’ils n’ont pas/n’auraient pas assez aimé leur fils/fille homo, parce qu’ils n’ont pas été assez aimés de lui/d’elle : « Mes parents, ça fait dix ans que je ne les ai pas vus. » (Vincent dans le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau) ; « À quel sein se vouer ? Qui peut prétendre nous bercer dans son ventre. […] Je suis d’une génération désenchantée. » (cf. la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer) ; « Sometimes I feel like a motherless-child. » (le héros dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) ; « Si j’avais eu une vraie famille, je s’rais peut-être heureux, aimé, et amoureux. » (cf. la chanson « Optimiste » de Stéphane Corbin) ; « He’s just a poor boy from a poor family. » (cf. la chanson « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen) ; « Love is a fucking bastard. » (l’homme travesti en chanteuse de cabaret, dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi) ; « Ma mère est devenue folle parce que mon père buvait trop. À quinze ans j’ai quitté l’école, et j’ai pris le premier métro. » (cf. Johnny Rockfort dans la chanson « Banlieue Nord » de l’opéra-rock Starmania de Michel Berger) ; etc.

 
 

Simon – « J’ai pas de père ni de mère, voilà. Je sais pas quoi dire d’autre, y’a rien à dire, même ça, ça ne compte pas.

Mike – Comment ça, pas de parents ? Ils sont morts ?

Simon – Non. Mais j’en ai pas, c’est tout. Il faut toujours venir de quelque chose, ça me saoule. Mes parents m’ont juste fait naître. Le reste, je l’ai fait tout seul. Je dois rien à personne. »

(cf. le dialogue entre les deux potes homosexuels dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 33)

 
 

Dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce, Philippe, le héros homosexuel, fait d’abord croire qu’il n’a pas de parents : « Gabriel, je n’ai PAS de famille. » Gabriel, son amant, l’appelle à la nuance : « Tu n’as pas eu les parents que tu voulais. » Au fur et à mesure de la pièce, on découvre qu’en réalité, Philippe a changé de nom de famille pour renier ses vrais parents, mais pire encore, qu’il les a abandonnés pour privilégier sa carrière d’écrivain alors qu’ils étaient au bord de l’agonie et qu’ils sont morts tout seuls : « J’suis un salaud. »

 

Il arrive fréquemment que le héros homosexuel se dise « orphelin » du fait qu’il ne croit plus en l’Amour universel, parce que ses parents – biologiques ou cinématographiques – lui en ont donné une image faussée et catastrophique (Je vous renvoie aux codes « Haine de la famille », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Femme et homme en statues de cire », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Si on réfléchit bien, l’amour c’est la première cause de conflits dans un couple. Enfin de ce que j’en connais. » (l’homme dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier)

 

Ce mensonge identitaire sur ses propres origines peut correspondre à un fantasme esthétique ou bien amoureux. Par exemple, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti M to F Charlène Duval exprime sa fascination pour les actrices interprétant les rôles ingrats et sublimes de l’orpheline (la petite marchande d’allumettes, par exemple). Et souvent, les créateurs homosexuels aiment dépeindre et s’identifier à la femme divorcée, abandonnée par son mari, esseulée : Victoria (Julie Andrews) interprétant la femme libérée du mariage, séparée, sans attache, indépendante, dans le film « Victor, Victoria » (1982) de Blake Edwards, en fournit une parfaite illustration.

 

Se faire passer pour un orphelin, c’est aussi une tactique de drague homosexuelle… même si, pour le coup, celle-ci est un aveu inconscient d’une recherche amoureuse incestueuse et immature (cf. je vous renvoie au code « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans le film « Week-End », Russell fait croire à son amant Glen qu’il est « orphelin », même si l’on émet de sérieux doutes quant au fait que ça s’applique exactement à sa situation de vie (« Je ne connais pas vraiment mes parents. Je crois que je ne les ai jamais connus. »). Glen, le plus sérieusement du monde, trouve cela « excitant » et le rend encore plus amoureux de Becky. Un peu plus tard dans le film, Becky surnomme Glen « Dad » ; et ce dernier mord parfaitement au jeu de rôles incestuel puisqu’il lui déclare avec amour : « Et si je faisais semblant d’être ton père… ».

 

Le personnage homosexuel a une conception bien incestueuse/amoureuse de la filiation/adoption… En effet, il a pu se définir comme un orphelin ou un enfant bâtard uniquement parce qu’il n’a pas supporter d’être tout à son père, tout à sa mère, tout à son frère, ou tout à son amant : « Je pourrais te faire passer pour mon fils adoptif. » (« L. » voulant se marier avec le Rat en dépit de leur grande différence d’âge, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « C’est un bâtard ! Un bâtard de papa ! » (François en parlant de son frère Djalil, dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti) ; « On est deux pédés et on aimerait se faire adopter par une femme. » (les deux héros s’adressant à la femme bourgeoise dont ils occupent insolemment la voiture décapotable, dans le film « La Fin de la nuit » (1998) d’Étienne Faure) ; « On sait que la blancheur ne reviendra jamais, que la mère orpheline possèdera toujours ce visage, dorénavant, qu’il ne se modifiera plus, qu’il est figé dans la grisaille. » (Vincent en parlant de la mère pleurant son fils Arthur mort au combat, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 190) ; etc. Par exemple, dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, Göran tombe sous le charme d’un jeune délinquant Patrik au commissariat, avant de découvrir que c’est son futur fils adoptif. Dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, la figure de Marcel Proust essaie de trouver l’amour dans les bras des hommes pour, dit-il, « cesser enfin d’être l’orphelin » (p. 100). Dans le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, c’est au moment où Shirin, dans un cauchemar, réclame sa « maman », que Shirin, sa meilleure amie, vient la rejoindre pour la première fois dans son lit.

 

L’amour homosexuel est envisagé comme un lien de complétude qui palliera à l’incomplétude existentielle du soi-disant « orphelin homosexuel » : « Pietro [l’amant homosexuel] est sans famille, si ce n’est Michael et moi. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 141) ; « En fait, nous sommes deux orphelins. » (Chéri à sa femme Edmée dans le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears) ; etc. Et comme cette fusion est humainement impensable et impossible, le héros homosexuel finit par considérer son amant comme un traître qui ne remplit pas sa promesse, comme un « gros bâtard ». « T’es un gros bâtard. » (Ryan s’adressant à son amant « caillera » Steeve dans la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays)

 

En confondant ainsi filiation et amour, le héros homosexuel se sent lésé sur les deux terrains, et se fait donc logiquement passer volontairement pour un « enfant abandonné », pour un maudit d’Amour.

 

Cette frustration de singularité ne concerne pas que la différence des sexes ou des générations : elle s’aligne aussi sur la différence des espaces et la différence entre Créateur et créatures. C’est la raison pour laquelle, par exemple dans le film « La Bête immonde » (2010) de Jann Halexander, le métissage est comparé à ladite « bâtardise de l’homosexualité », ou à la « bâtardise de la bisexualité » : « Les métisses, c’est des bâtards. »

 

Film "Rimbaud Verlaine" d'Agnieszka Holland

Film « Rimbaud Verlaine » d’Agnieszka Holland


 

La bâtardise devient dans la bouche de certains héros homosexuels une posture esthétique de rebelle, de marginal politique opposé aux gouvernants de son pays, aux pères de la Nation, à sa Mère-Patrie ou au Réel : « On est des orphelines de la société ! » (les membres de l’équipe homosexuelle de volley-ball du film « Satreelex, The Iron Ladies » (2003) de Yongyooth Thongkonthun) Par exemple, dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, le narrateur homosexuel estime que « les » homosexuels sont plus orphelins que les autres, y compris que les « nègres, juifs ou infirmes, tous les damnés possédant un havre, une famille où on les aime, où on les élève au moins dans la fierté » (p. 24).

 

La revendication d’une « bâtardise idéale » d’avant-garde (cf. je vous renvoie au code « Homosexualité noire et glorieuse » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) traduit également chez le personnage homosexuel une blessure d’orgueil travaillée, une misanthropie théâtrale, une solitude et une unicité mal assumées (car tout être humain est, par nature, orphelin, limité et radicalement seul !), une frustration de ne pas être Dieu, de ne pas être affranchi des limites humaines, de ne pas parvenir à être fusionnel/incestueux avec son autre moitié d’homme, comme l’androgyne. Par exemple, dans la pièce Des Lear (2009), le comédien Vincent Nadal, en répétant lentement le mot « bâtard », coupe son corps et son visage en deux avec sa main. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Jérémie, le héros homo qui n’assume pas son homosexualité au moment où il se découvre amoureux d’une femme, Ana, fait passer son futur « mari » Antoine pour son demi-frère, pour un orphelin suicidaire parce que sa mère serait morte et qu’il se ferait suivre par un psychiatre.

 

Ce fantasme homosexuel de l’orphelin, traduisant un refus de sa finitude humaine, et pouvant n’être qu’une revendication voilée de ne pas être soi, pense se justifier lui-même en reproduisant cette fois des vrais divorces et en créant des vrais orphelins/bâtards. Aussi curieux que cela puisse paraître, le personnage homosexuel recherche la bâtardise, tente à la reproduire en s’attaquant aux enfants, aux couples femme-homme et même aux couples homosexuels (cf. je vous renvoie aux codes « Haine de la famille », « Petits morveux » et « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Vos gueules, les bâtardes ! » (Bijou, la mère des deux rats femelles Iris et Carina, dans le roman La Cité des rats (1979) de Copi, p. 24) ; « Elle l’a chié votre saloperie de bâtard ! » (Madame Simpson parlant à Madame Garbo de l’enfant que cette dernière a/aurait eu avec sa fille Irina, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi) ; « Il n’est l’enfant de personne. Ou l’enfant d’un ennemi. Tu es le fils d’un pauvre Ali et moi la fille d’une conne, comment pouvoir faire de lui une importante personne ? […] Je ne veux pas être mère ! » (Lou, l’héroïne lesbienne parlant de son bébé à son futur mari Ahmed, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « On n’a qu’à adopter un p’tit Coréen. » (Benji à son ami Hugo, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; « Je m’ennuie… On devrait peut-être adopter ? […] On devrait peut-être adopter un p’tit Noir. Ce serait plus généreux. » (un couple gay dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos(2011) d’Alain Marcel) ; « J’essaie de la faire parler des enfants : elle sait qu’on en a adopté trois, elle ne savait pas qu’ils étaient morts. […] Ces enfants étaient maudits de par leur race. […] C’est à cause de ça qu’ils sont morts de façon accidentelle, ils devaient expier le péché de leur père noir qui était par ailleurs trafiquant de drogue. » (le narrateur homosexuel parlant de sa femme, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 88) ; etc. Par exemple, dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat, Claire veut faire capoter le couple Joséphine/Luc en séduisant Joséphine. Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit, l’héroïne lesbienne, encourage le divorce des couples femme-homme : elle couche avec Scott, un homme marié. Dans le film « Elena » (2011) de Nicole Conn, Elena plaque mari et enfants sur un coup de tête pour partir avec une femme.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il arrive parfois que ce soit le personnage homosexuel lui-même le parent divorcé ou démissionnaire, laissant ses enfants (d’une première union hétérosexuelle) orphelins : « Moi, j’ai une tante qui est devenue lesbienne à 40 ans. » (Océane Rose-Marie parlant de sa tante divorcée, dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « À présent, je n’ai plus de fille ! » (Solitaire à propos de Lou dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je dis que je ne supporte plus qu’elle prennent toutes les décisions, je veux divorcer. Elle rit de son rire américain, tu n’oseras jamais, dit-elle, et elle continue de lire avec ses lunettes de contact. Je me sens sans force, je vais pleurer dans la cuisine. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 97) ; « Nous [Gouri et Rakä] ne sûmes jamais qui était le fils de qui, mais qu’importe. » (Gouri, le héros bisexuel qui vient d’avoir des enfants en même temps que son ami Rakä, dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 143) ; « Quand vos parents vous apprennent qu’ils divorcent, c’est comme être fauché en plein sprint. » (Théo, le héros dont le père biologique va partir avec un homme, dans le roman Je ne veux pas qu’on sache (2007) de Josette Chicheportiche) ; etc. Par exemple, dans la pièce Veuve la mariée ! (2011) de David Sauvage, Roger, le héros dont on soupçonne l’homosexualité, a divorcé cinq fois. Dans la série Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald, Mia, le héros trans M to F, a quitté femme (Wendy) et enfant (Ryan, un fils de 11 ans) pour vivre sa vie. Dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, Laura a été mariée avant de vivre son homosexualité. Dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche (épisode 8, « Une Famille pour Noël », Martin, le héros homo, laisse femme et enfants sur le carreau pour vivre son homosexualité. Dans le film « Mon arbre » (2011) de Bérénice André, Marie est la fille naturelle d’Isa et Jean-Marc, deux parents divorcés et respectivement en couple homo. Dans le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan, Catherine, femme mariée, est au bord du divorce avec son mari à cause de sa liaison lesbienne secrète avec Chloé, une prostituée lesbienne. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, Don Venceslao a un fils illégitime, Rogelio. Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, Daphnée est le cliché de la mère divorcée, démissionnaire, qui pratique même l’infanticide. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, la jeune Anna reproche à Petra et Jane, ses voisines de pallier lesbiennes qui attendent un enfant par PMA, de créer un bâtard : « Votre compagne Petra va attendre que votre petit bâtard soit né et puis elle vous l’enlèvera pour aller vivre avec son autre femme. […] Mon père m’aime plus que n’importe quelle mère pourrait m’aimer. C’est pour ça que j’ai de la peine pour votre bébé. » (p. 123) Jane lui répond, comme pour se justifier : « Beaucoup de gens ignorent qui est leur père. » Dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes, Carol, l’héroïne lesbienne, est la mère démissionnaire qui quitte son mari et abandonne sa famille, sa fille Rindy, pour Noël pour les beaux yeux de Thérèse.

 

Certains personnages homosexuels prennent même d’assaut les orphelinats et demande à ce que les enfants seuls et sans attache se multiplient pour qu’ils puissent leur servir de parents ! : cf. le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier (avec l’orphelinat en Asie du Sud-Est), le film « I Love You Baby » (2003) d’Alfonso Albacete et David Menkes. C’est beau, quand même, cette « angoisse d’être unique » mal gérée…

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) Les pauvres petits orphelins homosexuels sans défense :

 

Violette Leduc, "la Bâtarde"

Violette Leduc, « la Bâtarde »


 

Même s’il n’y a pas de statistiques prouvant qu’il y a dans la communauté homosexuelle une plus grande proportion d’enfants de parents divorcés ou de géniteurs en situation de grande sècheresse affective (et heureusement ! : si le divorce, l’adultère ou le fait d’avoir perdu un de ses deux parents – voire les deux – prédestinait le fait de se dire homosexuel, on assisterait à une vague de coming out sans précédent aux quatre coins du monde !), on peut au moins constater que parmi notre entourage homosexuel, nombreux sont les individus qui soit ont été abandonnés par leurs parents dans leur enfance, soit sont en rupture avec eux, soit sont « nés sous X », soit ont grandi dans des familles d’accueil, soit ont des parents divorcés, soit sont élevés dans une famille monoparentale, soit ont cristallisé leur crainte que leur père et leur mère se séparent sous forme d’homosexualité (cf. je vous renvoie à la partie « Père absent » du code « Parricide la bonne soupe » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

Très jeunes, certaines personnes homosexuelles ont été orphelines de mère (Claude Vivien, Virginia Woolf, Marguerite Yourcenar, James Dean, etc.), de père (Jean Cocteau, François Mauriac, Louis II de Bavière, Bruce Chatwin, Miguel de Molina, Violette Leduc, Colette, James Baldwin, Teena Brandon, Pierre Herbart, Rock Hudson, Marlon Brando, etc.), ou de leurs deux parents (Truman Capote, Jean Genet, Somerset Maugham, Thomas Bernhard, Greg Louganis, François Augiéras, etc.). D’autres sont des enfants adoptés ou abandonnés (Jean Genet, Greg Louganis, Cary Grant, Violette Leduc, Michel del Castillo, etc.). Par exemple, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont raconte que sa compagne Martine a été adoptée par un couple stérile alors qu’elle n’avait que six mois ; elle avait été placée dans un établissement pour enfants abandonnés de Rennes. Dans l’émission Dans les yeux d’Olivier d’Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq (intitulée « Les Femmes entre elles », consacrée à l’homosexualité féminine, diffusée sur la chaîne France 2 le 12 avril 2011), Florence, 47 ans et lesbienne, a été adoptée à l’âge d’un mois. Dans le docu-fiction « Christine de Suède : une reine libre » (2013) de Wilfried Hauke, Christine, la reine pseudo « lesbienne », porte aux nues son père auquel elle s’identifie même physiquement, et qu’elle perd très jeune, à l’âge de 5 ans et onze mois. Elle avoue dans son journal avoir eu une « enfance peu enviable ».

 

Le syndrome de l’orphelin exprimé par certaines personnes homosexuelles, concrètement, nous met sur la piste des liens entre homosexualité et avortement (beaucoup de femmes, pour effacer la culpabilité d’un avortement, enchaînent, par désespoir et pour corriger leur meurtre, avec un enfant illico : c’est un processus particulièrement courant), entre homosexualité et absence des parents/PMA/GPA/fécondations in vitro. « Ma mère a voulu se faire avorter de moi. Elle me l’a dit avant sa mort : elle ne me désirait pas. » (Yann, homosexuel, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Dès que ma mère a appris qu’elle était enceinte de moi elle a hésité à me garder. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; etc. J’en tiens pour preuve le mail d’un ami polonais reçu en décembre 2012 : « J’ai été très intéressé par votre témoignage, d’autant que depuis un an, je suis engagé dans le programme psychothérapeutique d’un psychiatre canadien : le professeur Philip Ney. Depuis quarante ans, ce psychiatre oriente ses recherches sur les séquelles dues à l’avortement. Il a découvert que ces séquelles touchent l’ensemble de la famille et surtout les enfants qui ont survécus à l’avortement. Pour nommer ces enfants, Philip Ney, utilise le terme suivant : ‘les survivants’ (survivors). Ces enfants manifestent certains troubles ou symptômes post-abortifs. Même s’ils n’avaient pas eu connaissance de ce qu’il s’était passé dans leur famille, Philip Ney a démontré qu’inconsciemment, ils le savaient. Quels sont les caractéristiques de ces symptômes post-abortifs sur les enfants et ces-ce qu’ils sont devenus adultes – La peur permanente de la mort – La colère contre leurs parents (car ils ont supprimé la fratrie) – Ces survivants vivent pour l’ensemble et à la place de leur fratrie. Ce qui génère un grand effort et une perte d’identité. – Ils ne se sentent ni dignes de vivre ni d’avoir le droit de vivre. – Ils veulent se détruire et engagent des processus d’autodestruction multiples plus ou moins consciemment. – Ils sont souvent dans des états dépressifs allant jusqu’à la dépression. – Leur santé est plus fragile que les autres individus. – Selon mon expérience, ces survivants, aux différents stades d’évolution de l’enfance à l’âge adulte en passant par l’adolescence, cherchent inconsciemment leur fratrie dans leurs relations d’amitié et d’amour. Ils s’approchent des personnes du même sexe, au debout non à cause du désir sexuel, mais comme un frère s’approcherait de son frère (une sœur s’approcherait de sa sœur). Les quelques personnes homosexuelles que j’ai rencontrées, sont toutes issues de familles touchées par l’avortement. Mon hypothèse est la suivante : si les survivants ont expérimenté ‘la violence primordiale’ et radicale c’est-à-dire la mort de leur fratrie. Peut-être, veulent-ils (inconsciemment) reproduire la violence qui se peut manifester des diverses façons. Par exemple il a été confirmé que ceux qui, dans leur famille d’origine, ont subi des séquelles d’avortements, participent, eux aussi, à des avortements ! Ces hypothèses peuvent éclairer voire expliquer la violence que vous avez décrite dans les comportements des personnes homosexuelles. Je tiens à préciser, bien sûr, que cela ne concerne pas que les populations homosexuelles. À Paris, selon les statistiques, une femme sur deux a avorté de son enfant. Quant à moi, je suis polonais, je suis un ‘survivant’ et j’en ai les symptômes. Depuis plus d’un an, je m’occupe de personnes atteintes par le symptôme post-avortement. » Certaines personnes homosexuelles se sont estimées bâtardes parce qu’elles le sont vraiment, symboliquement et au niveau du désir : depuis qu’elles sont arrivées au monde, elles ont pu être reniées et rejetées de leurs propres parents. Par exemple, quand Jean Marais est né (juste après le décès de sa sœur Madeleine), sa mère, qui voulait absolument une fille, l’a repoussé dans la salle d’accouchement : « Enlevez-le, je ne veux pas le voir ! » (cf. le documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain)

 
 

b) Les orphelins un peu réels, voulus ou volontaires :

L’absence de filiation peut certes être une réalité effective du vécu du sujet homosexuel, mais finalement, on découvre que ce dernier a de toutes façons toujours une filiation (personne ne naît de nulle part !), et que la rupture avec ses racines existentielles est soit venue de personnes extérieures (on parlera dans ce cas-là d’un état d’orphelin voulu par un tiers, provoqué, et donc subi par l’individu homosexuel), soit venue de lui-même (on parlera alors d’un état d’orphelin volontaire, désiré, mimétique), soit un peu des deux. Souvent, les personnes homosexuelles coupent les liens avec leur origine parce que préalablement, leur société et leur famille les y a bien aidé, il faut bien le reconnaître !

 

Vidéo-clip de la chanson "Moi, Lolita" d'Alizée

Vidéo-clip de la chanson « Moi, Lolita » d’Alizée


 

C’est la raison pour laquelle certaines se qualifient d’« orphelins » même si elles n’ont pas vraiment perdu leurs parents et qu’elles ont grandi bien au chaud dans des familles bourgeoises. Elles font comme si elles étaient abandonnées, d’abord pour se rendre intéressantes dans la victimisation et s’écarter volontairement de leurs géniteurs, ensuite pour cacher qu’elles n’ont pas été assez aimées ou qu’elles n’ont, dans leurs élans incestueux, pas voulu partager leur mère avec leur père (ou inversement). « Je pensais qu’on m’aimerait plus si j’étais une petite orpheline. » (Zouk citée dans la pièce Zouc par Zouc (1974) de Nathalie Baye) ; « Nous, les poètes argentins, sommes nés orphelins. » (Tamara Kamenszain, Historias De Amor (1995), p. 117) Je vous renvoie à la partie « Mère-putain » du code « Matricide », ainsi qu’à la partie sur la mère divorcée du code « Mère gay friendly », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

L’individu homosexuel, s’il est orphelin ou se dit orphelin, ne l’est pas d’abord par l’absence de ses deux parents biologiques. Il est surtout orphelin d’AMOUR ENTRE SES DEUX PARENTS BIOLOGIQUES, orphelin de la différence des sexes aimante/aimée, orphelin du Réel. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a tendance à se qualifier/être qualifié de « bâtard », qu’il est parfois un enfant adultérin ou un enfants du divorce, une victime de l’infidélité de ses parents. « Je n’ai pas conservé un très bon souvenir de mon enfance et j’ai tendance à incriminer le milieu familial. J’étais fils de… mes parents sont morts. Mes parents étaient ce que l’on appelle un couple uni. Et je dois dire que la vision de la vie de ce couple uni, enfin… prétendument uni, m’a à tout jamais probablement déçu de la vie de couple et de ce que l’on appelle une union qui passe aux yeux du monde pour réussie. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) Par exemple, Rosa Bonheur, Violette Leduc, Jean Genet, James Baldwin, Colette, Michel del Castillo, J. R. Ackerley, sont des personnes homosexuelles nées d’unions dites « illégitimes » : « L’histoire dramatique de ses mère et grand-mère a déterminé beaucoup de choses dans la vie de Rosa Bonheur. D’abord la bâtardise. » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 213)

 

Un sujet homosexuel peut s’estimer « orphelin » (à juste titre d’ailleurs, puisqu’il n’y a pas que la filiation de sang dans la vie ! Il y a aussi la filiation de sang couronnée par le désir, donc la filiation symbolique !) à cause du divorce de ses parents. Suite à la rupture de ces derniers, il a perdu son statut d’enfant pour acquérir de force celui de substitut marital du père ou de la mère, par conséquent un rôle incestuel (… d’où l’impression logique d’être un vrai bâtard, un fils adultérin).

 

Nombreuses sont les personnes homosexuelles à être des enfants de parents divorcés : Truman Capote, Frédéric Mitterrand, Philippe Jullian, Maurice Sachs, Keith Vaughan, Hart Crane, Lord Alfred Douglas, Bruce Chatwin, Rainer Werner Fassbinder, Rock Hudson, Étienne Daho, Oscar Wilde, etc. « Nous étions sans but, abandonnés. Mon père était en mer, ma mère et moi allions d’un lieu à un autre. » (cf. l’article « Apuntes Biográficos » de Bruce Chatwin, dans le site www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) ; « Parallèlement à tous ces évènements brièvement décrits, notre vie familiale était très difficile à vivre suite à une grande difficulté conjugale entre mes parents : je ne reprendrai pas tous les détails de ces difficultés mais finalement, mon père se suicida en 1995. » (un ami homosexuel de 52 ans, dans un mail d’octobre 2013) ; « Je ne sais plus si je me suis présenté, je m’appelle Pierre-Adrien. Je suis de Toulouse. J’ai 30 ans. Mes parents ont divorcé quand j’avais 7 ans. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « Mes parents s’étaient séparés en 1936. Ils ne s’entendaient plus depuis des années. Quand je dis que mes parents s’étaient séparés, je n’ai rien dit. On peut se séparerbien, rester en bons termes, ne pas obliger les enfants à choisir. Mes parents se séparèrent aussi mal que possible. Huit ans, de 1936 à 1944, sans se revoir, du moins sans permettre aux enfants de voir leurs parents ensemble. Pour nous, les enfants, il y avait entre nos parents comme une cloison étanche. Pour moi, de onze à quinze ans, il y eut deux mondes sans communication possible. Le monde de la mère et le monde du père. Incompatibilité renforcée par la division politique : le monde de la mère gaulliste et le monde du père collabo. » (Dominique Fernandez, Ramon (2008), p. 36) ; etc. Par exemple, les parents du dramaturge homosexuel Copi divorcent en 1955. L’écrivaine lesbienne Lucía Etxebarría a des parents divorcés. La journaliste lesbienne Caroline Fourest se crispe dès qu’un contradicteur, genre Éric Zemmour, lui montre publiquement qu’elle règle dans un militantisme agressif la souffrance intime du divorce de ses parents. Dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger, Oriane, une femme lesbienne de 21 ans, est enfant de divorcés. Dans le film documentaire « Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine » (2009) de Marion Cajori et Amei Wallach, Louise Bourgeois raconte les disputes de ses parents, les infidélités de son père volage. Dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon, Éric, homosexuel et séropositif, a des parents divorcés. À la fin de son one-man-show Jefferey Jordan s’affole (2015), Jefferey Jordan avoue qu’à travers son spectacle, il a essayé de réunir ses parents divorcés, le temps d’une heure fictionnelle.

 

Charles Trénet a vécu une situation familiale incestuelle extrêmement malsaine : « Mon enfance, elle a été éclipsée par des situations de famille, des choses compliquées, que je comprenais trop bien. » (le chanteur homosexuel Charles Trénet dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata) Il n’a vu son père qu’à l’âge de 6 ans. Et en 1920, quand il n’avait que 7 ans, ses deux parents se séparèrent. « C’est un enfant de divorcés. » (Serge Hureau dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata) La mère de Charles Trénet, divorcée, a préféré son nouvel amant à ses deux fils qu’elle a au départ abandonnés. Ensuite, le chanteur a vécu sous les jupes de sa mère. Il avait avec elle des rapports pour le moins conflictuels.
 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Il nous faut reconnaître qu’il existe un lien non-chronologique et non-causal entre la pratique de l’homosexualité et les divorces : « Les mêmes mots, les mêmes rejets, les mêmes engouements se retrouvent chez les militants homosexuels et les féministes, au point que l’on peut parler d’alliance objective. Les rares hommes politiques qui assument ou revendiquent leur homosexualité sont aussi les féministes les plus ostentatoires. Il y a une rencontre sociologique, au cœur des grandes villes, entre homosexuels, militants ou pas, et femmes modernes, pour la plupart célibataires ou divorcées. » (Éric Zemmour, Le Premier sexe (2006), pp. 22-23) J’ai d’ailleurs remarqué que les mères les plus gay friendly et les « filles à pédés », qui applaudissent au couple de leur fils ou de leur meilleur ami homo, cachaient très souvent un divorce et tentaient de réparer/occulter ce dernier par un enthousiasme pro-gayexcessivement travaillé. « J’ai étudié la psycho sur les origines de mon homosexualité. Cela est dû au fait que ma mère dénigrait tous les hommes, à commencer par mon père. Ils étaient divorcés. » (Nicolas, un ami sur Facebook, en octobre 2013)

 

Ce n’est pas que moi qui instaure ce lien de coïncidence entre divorce et pratique homosexuelle. L’Histoire est là pour nous le rappeler. Rien qu’en France, au XVIIIe siècle, c’est la Révolution française qui a instauré le mariage par libre consentement… et le divorce qui va avec. Le « mariage d’amour », c’est tout récent et ça a 130 ans. Tiens ! Exactement comme l’homosexualité et l’hétérosexualité, nées en 1869 et 1870, comme par hasard…

 

Il arrive souvent que le sujet homosexuel, pour se cacher à lui-même l’extrême violence (de la menace) du divorce de ses parents, essaie d’incarner à lui seul la différence des sexes mal-aimée. Illusion d’unification des pots cassés par une auto-construction identitaire de survie : l’homosexualité (le coming out), voire même le transsexualisme. Le « Je suis homo » résonne alors comme un « Papa et maman, j’ai peur que vous vous sépariez ». Étonnamment, l’individu homosexuel dit parfois qu’il est le divorce, qu’il le personnifie à lui tout seul, pour réparer en sa personne cette unité d’Amour que les adultes n’ont pas su préserver : « À l’adolescence, j’étais dans un climat familial assez perturbé, et je savais au fond de moi qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. » (Corinne, lesbienne, dans l’émission Ça se discute, diffusée sur la chaîne France 2 le 18 février 2004) ; « Ma famille était dysfonctionnelle. Il n’y avait pas beaucoup d’amour, on ne se parlait pas, c’était un climat tendu. J’achetais ma paix en m’arrangeant pour plaire à tout le monde. Je n’avais aucune identité à ce moment-là ; tout ce qui comptait, c’était de me faire aimer. Jusqu’à 17 ans, je serai le bon petit gars à papa et la petite fille que maman n’a pas eue : parce que j’étais plutôt efféminé comparé à mes frères. Tout pour vaincre ma peur que mes parents se séparent, quoi. » (Justin, 34 ans, abusé dès l’âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (2008) de Michel Dorais, p. 245)

 

Concrètement, de nombreuses personnes homosexuelles ont encore leurs deux parents. Mais ces derniers ne sont pas considérés comme de vrais parents, parce qu’ils n’ont pas/n’auraient pas assez aimé leur fils/fille homo, parce qu’ils n’ont pas été assez aimés de lui/d’elle. Même si certaines ont grandi dans des foyers paisibles où leurs deux parents biologiques se sont aimés, elles ont pu cristalliser leur peur/la menace objective de les voir se séparer en désir homosexuel : « Ce sont les impressions de l’enfance qui marquent l’individu au point de vue sexuel. Si elles ont été désastreuses, l’individu cherche souvent refuge dans l’homosexualité. C’est l’histoire banale des foyers désunis, où la mère, malheureuse et terrorisée par un père brutal, étouffe son enfant sous des manifestations d’affection anxieuse. Elle le retient dans son développement et tend à le conserver pour elle, comme un bébé. L’enfant, dans ces circonstances, témoin d’un rapport sexuel entre ses parents, l’interprète comme une attaque contre sa mère, une brutalité. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 48) ; « Une autre fois, ma mère dut s’absenter quelques jours pour se rendre au chevet de sa mère malade. J’ignorais tout à cette époque de la vie que pouvait mener mon père. Un soir, entrant dans la chambre de mes parents, que je croyais vide, j’eus la surprise d’y trouver mon père tenant dans ses bras notre cuisinière à demi dévêtue… Mon père m’administra un soufflet, pour me punir d’être entré sans frapper ; c’était la première fois qu’il me giflait… » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, op. cit., p. 79) ; « J’ai toujours vu ma mère malade, insatisfaite, de mauvaises humeur et prête à faire une scène à mon père pour la moindre peccadille ou à me houspiller sans motif sérieux. Mon enfance s’est déroulée, à la maison, dans un climat d’électricité, d’insécurité et de stress permanent. » (Paula Dumont, Mauvais genre (2009), p. 35) ; « Très tôt après leur mariage, ma mère commença de ne plus éprouver pour son mari qu’un sentiment constant d’hostilité, qui s’exprimait à grands cris, et parfois dans le bruit des portes qui claquent ou le fracas de la vaisselle jetée à terre, lors de leurs fréquentes disputes, mais, plus profondément encore, se manifestait à chaque instant ou presque de leur vie commune. Leur relation s’apparentait à une longue et incessante scène de ménage, tant ils semblaient incapables de s’adresser la parole autrement qu’en s’invectivant de la façon la plus méchante et la plus blessante possible. À plusieurs reprises, elle eut la volonté de divorcer. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 80) ; « Un jour, je surpris mes parents en pleine dispute. Mon père accusait ma mère d’une part, d’être trop conciliante à mon égard et d’autre part tout en pesant ses mots […], lui reprochait cette éducation qui selon lui, était un gâchis inestimable pour un garçon. […] Ma mère lui expliquait, tant bien que mal, sa détermination à me protéger. […] Les quelques disputes qui avaient pris l’habitude de jaillir sporadiquement entre eux, ne firent qu’aggraver cette situation ; ni l’un ni l’autre, assuma la part de ses responsabilités. C’est alors tristement, comme toute fin brutale, que je me vis ballotter de bras en bras sans comprendre ce qui m’arrivait. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 13-14) ; etc. C’est certainement cette peur enfantine du divorce que mon homosexualité exprime, quand j’ai senti que le lien de mes propres parents se délitaient à une époque (maintenant révolue, surtout grâce à la puissance de la foi).

 

Il arrive fréquemment que le sujet homosexuel se dise « orphelin » du fait qu’il ne croit plus en l’Amour universel, parce que ses parents – biologiques ou cinématographiques – lui en ont donné une image faussée et catastrophique (Je vous renvoie aux codes « Haine de la famille », « L’homosexuel = L’hétérosexuel », « Femme et homme en statues de cire », « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « La jeunesse du futur poète [Oscar Wilde] s’écoule, non pas dans le calme, mais dans les échos et les remous d’un scandale qui désagrège sa famille : la maîtresse de son père fait du chantage, intente un procès aux Wilde en prétendant avoir été endormie au chloroforme puis violée par sir William. Les amis de collège d’Oscar, qui suivent le procès dans les journaux, ne lui épargnent aucun détail… ‘Voilà donc où conduit ce grossier amour des hommes pour les femmes, à cette boue !’ écrira-t-il plus tard, en parlant de cette lamentable affaire. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 170)

 

Ce mensonge identitaire sur ses propres origines peut correspondre à un fantasme esthétique ou bien amoureux. Par exemple, pour mon cas personnel, j’étais fan dans ma jeunesse du manga japonais Princesse Sarah, cette orpheline pure à qui il arrive tout un tas de malheurs ; je me mettais dans la peau de cette victime fictionnelle, non par la correspondance avec mon propre vécu (car j’ai grandi dans une famille avec deux parents qui s’aiment), mais bien parce que l’icône de la Cosette, magnifiée par l’esthétique cinématographique, donnait corps à ma haine/fuite de moi-même.

 

C’est surtout un bâtard cinématographique auquel s’identifient narcissiquement beaucoup d’individus homosexuels… même si, évidemment, ce personnage peut renvoyer indirectement à une blessure d’enfance ou familiale réelle. Par exemple, en commentant son film « N’importe où hors du monde » (2012), le réalisateur français François Zabaleta s’incorpore dans l’esprit d’un enfant de huit ans pour raconter, de manière implicite, sa propre histoire : « Ce qui m’intéressait, c’était de prendre un livre, Le Bâtard imaginaire, un livre qui m’obsède, et de ne pas l’adapter. De ne surtout pas l’adapter. De ne pas chercher à l’illustrer. Qu’est-ce qui se passe, au cinéma, quand on se sert d’un livre comme matière première, et qu’on veut faire autre chose que de le mettre en image, prendre des acteurs, leur donner des rôles, les faire parler ? Je ne me voyais pas engager un petit garçon et lui faire dire des choses que j’étais censé avoir dites lorsque j’avais son âge. Pendant des années j’ai renoncés à faire ce film qui me semblait impossible. » (François Zabaleta dans le livret/programme du 18e Festival Chéries-Chéris du 9 octobre 2012 au Forum des Images de Paris, p. 73)

 

Se faire passer pour un orphelin, c’est aussi une tactique de drague homosexuelle… même si, pour le coup, celle-ci est un aveu inconscient d’une recherche amoureuse incestueuse et immature (cf. je vous renvoie aux codes « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Éternelle jeunesse » et « Pédophilie » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Beaucoup de personnes homosexuelles ont une conception bien incestueuse/amoureuse de la filiation/adoption… En effet, elles ont pu, dans certaines situations où elles ont voulu se montrer défaillantes, se définir comme un orphelin ou un enfant bâtard uniquement parce qu’elles n’ont pas supporté d’être tout à leur père, tout à sa mère, tout à leur frère, ou tout à leur amant(e). L’amour homosexuel est envisagé par le sujet homosexuel comme un lien de complétude qui palliera à l’incomplétude existentielle du soi-disant « orphelin homosexuel » qu’il serait. Et comme cette fusion est humainement impensable et impossible, l’individu homosexuel finit par considérer son amant comme un traître qui ne remplit pas sa promesse, comme un « gros bâtard ». En confondant ainsi filiation et amour, il se finit fatalement lésé sur les deux terrains, et se fait donc logiquement passer volontairement pour un « enfant abandonné », pour un maudit d’Amour.

 

Cette frustration de singularité ne concerne pas que la différence des sexes ou des générations : elle s’aligne aussi sur la différence des espaces et la différence entre Créateur et créatures. C’est la raison pour laquelle, par exemple, le chanteur Jann Halexander présente sa bisexualité ou son identité métisse (il est né d’une mère française et d’un père gabonnais) comme une « bâtardise ».

 

Les individus homosexuels développent parfois une passion soudaine pour la veuve et l’orphelin (eux-mêmes, dans leurs fantasmes, en l’occurrence !). Je vous renvoie aux codes « Mère Teresa » et « Mort-Épouse » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels. Je pense notamment à l’association LGBT Le Refuge (créée en France en 2003), structure d’accueil des jeunes adolescents expulsés du domicile parental soi-disant « au nom de leur homosexualité ».

 

La bâtardise devient dans la bouche de certaines personnes homosexuelles une posture esthétique de rebelle, de marginal politique opposé aux gouvernants de son pays, aux pères de la Nation, à sa Mère-Patrie ou au Réel : « L’Argentine et Paris nous condamnent. À Buenos Aires, on célèbre des messes. À Paris, la critique nous descend. » (Alfredo Arias, le dramaturge argentin homosexuel exilé, cité dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 13) ; « Nous sommes des orphelins de nations. » (Sami Tchak, « Entretien de Boniface Mongo-Mboussa », cité sur le site www.africultures.com, publié le 19 janvier 2004) ; etc. Quelques individus homosexuels estiment que « les » homos sont plus orphelins que les autres, y compris que les minorités ethniques réputées « stigmatisées » : « À la différence des Juifs ou des Beurs où la prise en compte de la différence est appartenance (elle vous relie à votre famille, à vos amis, à votre entourage), la découverte de l’homosexualité est isolement, solitude. Tous les homosexuels ont eu, un jour, l’impression de ne pas être ‘chez eux, chez eux’. » (Frédéric Martel, Le Rose et le Noir (1996), p. 707) On observe dans le milieu homosexuel LGBT actuel une passion pour les orphelins, qui justifiera, aux yeux de certains militants zélés et de gouvernants arrivistes, toutes les projections sentimentales, tous les intérêts personnels, tous les vols, toutes les usurpations d’identité, toutes les lois (et notamment l’ouverture de l’adoption aux « couples » de même sexe) : je pense à Louis-Georges Tin qui va prendre sous son aile l’Ougandais persécuté (pour mieux asseoir les idées LGBT en Afrique), je pense à Anne Hidalgo (actuelle maire de Paris) encourageant et portant aux nues l’association Le Refuge, etc.

 

La revendication d’une « bâtardise idéale » d’avant-garde (cf. je vous renvoie au code « Homosexualité noire et glorieuse » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) traduit également chez certaines personnes homosexuelles une blessure d’orgueil travaillée, une misanthropie théâtrale, une solitude et une unicité mal assumées (car tout être humain est, par nature, orphelin, limité et radicalement seul !), une frustration de ne pas être Dieu, de ne pas être affranchi des limites humaines, de ne pas parvenir à être fusionnel/incestueux avec son autre moitié d’homme, comme l’androgyne.

 

Ce fantasme homosexuel de l’orphelin, traduisant un refus de sa finitude humaine, et pouvant n’être qu’une revendication voilée de ne pas être soi, pense se justifier lui-même en reproduisant cette fois des vrais divorces et en créant des vrais orphelins/bâtards. Aussi curieux que cela puisse paraître, un certain nombre d’individus homosexuels recherchent la bâtardise, tentent de la reproduire en s’attaquant aux enfants, aux couples femme-homme et même aux couples homosexuels (cf. je vous renvoie aux codes « Haine de la famille », « Petits morveux » et « Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Dans nos sociétés occidentales, combien de personnes, après parfois 30 années de mariage, quittent femme/mari et enfants pour vivre leur homosexualité !

 

John Travolta et sa femme Kelly Preston demandent le divorce

John Travolta et sa femme Kelly Preston demandent le divorce


 

On voit ainsi que les parents divorcés ou démissionnaires, laissant leurs enfants (d’une première union hétérosexuelle) orphelins, créant des petits de manière illégitime, tels des savants fous ou des manipulateurs génétiques, ce sont parfois les personnes homosexuelles elles-mêmes ! D’une bâtardise subie, elles passent à une bâtardise reproduite ! C’est assez effrayant et paradoxal, ce mimétisme dans la reproduction du manque.

 

Par exemple, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Jacques, homosexuel, est séparé de sa femme, et a laissé cinq enfants pour aller vers un homme, Bernard. Dans le documentaire « Cet homme-là (est un mille-feuilles) » (2011) de Patricia Mortagne, le rêve de Xavier, homosexuel, et ancien homme marié, c’est que sa femme (dont il s’est séparé), tous ses amants et sa famille vivent sous le même toit. Dans l’émission Toute une histoire spéciale « Mon père est parti avec un homme » diffusée sur la chaîne France 2 le 5 décembre 2013, l’homosexualité est toujours (sans exception dans tous les témoignages du plateau) associée au divorce ou à la séparation de la différence des sexes. Par exemple, c’est lui, Jacques Viallatte, le père démissionnaire, qui s’est séparé de sa femme après 23 ans de mariage, en quittant 4 enfants, pour aller vivre avec des hommes.

 

À l’heure actuelle, et en France en particulier (avec la loi sur le « mariage pour tous »), certains couples homosexuels souhaitent même prendre d’assaut les orphelinats et demandent à ce que les enfants seuls et sans attache se multiplient pour qu’ils puissent leur servir de parents ou de parrains ! « Avant, le lien d’adoption était le pis-aller de la société. » (Michel Boyancé lors de sa conférence « La Théorie du Genre dans les manuels scolaires : comprendre et discerner », au Collège des Bernardins, le 6 décembre 2011) Maintenant, dans notre société qui n’a plus de souci du corps, ce lien est devenu une obsession et un argument politique de l’arsenal des « droits des homos » ! Les couples homosexuels voulant la PMA (Procréation Médicalement Assistée), l’adoption et la GPA (Gestation Pour Autrui) créent de vrais bâtards : ils éloignent de l’enfant – qu’ils vont obtenir par la technique scientifique, par l’argent, par une tierce personne de l’autre sexe qu’ils mettront peu à peu de côté – l’autre sexe, l’un des deux parents biologiques, l’amour dans la différence des sexes.

 

C’est beau, quand même, cette « angoisse d’être unique » mal gérée…

 

Il nous est impossible et peu souhaitable de dire que l’adoption crée et diffuse l’homosexualité (beaucoup d’enfants élevés par des couples homos ne se révèlent pas homosexuels)… même si certaines statistiques nord-américaines – avançant que 23% des enfants adoptés aux États-Unis se disent homosexuels à l’âge adulte (cf. TEDxSalonAlsace, en mai 2011) – le laissent penser. En revanche, la privation de la différence des sexes aimante, on ne peut le nier, est un climat adoptif et parental qui n’aide pas les êtres humains à accueillir la différence des sexes. Il est donc logique que beaucoup de personnes adoptées ou élevées par un couple homo se disent homosexuelles : j’en connais beaucoup !

 

Planche "Le bonheur" de la B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi

Planche « Le bonheur » de la B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi

 
 

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Code n°136 – Parodies de Mômes (sous-codes : Peter Pan / Bilboquet / Immaturité / Refus de grandir / Sales gosses)

 

Parodies de mômes

Parodies de mômes

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Vidéo-clip de la chanson "Sans contrefaçon" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer


 

Question délicate et peu traitée, alors qu’elle crève pourtant les yeux : le désir homosexuel est-il signe d’une immaturité, d’un refus de grandir ? On a toutes les raisons de le penser… même si la communauté homosexuelle n’a pas le monopole de l’adolescence rebelle, et qu’elle est le signe d’un éloignement social et plus global du Réel. Oui. Ça ne fera pas plaisir à tout le monde de l’entendre, mais je le dis quand même : l’homosexualité est la marque d’un refus de devenir un adulte responsable et pleinement libre.

 

Ce n’est pas l’enfance que la plupart des individus homosexuels célèbrent quand ils défendent la beauté de la jeunesse, mais un fantasme d’adultes fondé sur un passé réécrit (dans l’angélisme et la diabolisation), un état antérieur à la vie, un stade pré-natal dont ils ignorent tout, un bambin littéraire asexué qui force sa jeunesse et auquel ils désirent s’identifier. Ils cultivent sérieusement l’effacement de la frontière entre enfance et âge adulte, et affirment très souvent ne plus vouloir grandir. On les voit parodier ce qu’ils imaginent être l’enfance, pour idéaliser/diaboliser et les vrais enfants et les vrais adultes, mais aussi pour se conduire en sales gosses qu’ils ne seraient pas s’ils apprenaient à s’aimer un peu plus eux-mêmes. Jérôme Savary n’a pas tort quand il soutient que « l’homosexualité est souvent le refus d’entrer dans la vie d’adulte. » (cf. l’article « Tous ses personnages, c’est lui » de Gilles Costaz, dans le Magazine littéraire, n°343, mai 1996, p. 42) Il n’y a qu’à voir dans les créations homo-érotiques les nombreuses références faites à Peter Pan, aux contes, aux dessins animés, aux bandes dessinées, aux boîtes à musique, pour s’en convaincre.

 

Au fond, leur désir d’éternelle jeunesse ressemble à la tristesse de l’adulte déconnecté du Réel, perpétuellement angoissé par les mouvements de la vie qui l’obligent à s’adapter aux autres. Il ne leur permet pas d’accéder à la vraie jeunesse éternelle, celle que fournit l’espérance en la vie, et non simplement l’âge biologique ou l’apparence physique. Jeunesse et homosexualité ne font pas souvent bon ménage. On croise plus de « vieux vieux » et de « jeunes vieux » blasés parmi les personnes homosexuelles qu’on n’en rencontre dans les maisons de retraite, je peux vous l’assurer ! Vieillir, ce n’est pas simplement souffler des bougies sur un gâteau et voir son corps se défaire : c’est déserter ses idéaux, à 20 ans comme à 89 ans. La belle Nina Bouraoui ne me contredira pas : « Il n’y a aucune jeunesse homosexuelle. J’ai perdu mon âge, j’ai perdu mes illusions, je suis un corps de 100 ans. » (la narratrice lesbienne du roman Poupée Bella (2004) de Nina Bouraoui, p. 7)

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Éternelle jeunesse », « Conteur homo », « Petits Morveux », « Amant diabolique », « Prostitution », « Se prendre pour Dieu », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Jeu », « Dilettante homo », « Pédophilie », « Milieu homosexuel infernal », « Poupées », « Scatologie » et « Homosexuels psychorigides » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) J’ai 10 ans, je sais que c’est pas vrai mais j’ai 10 ans…

 

Film "Créatures célestes" de Peter Jackson

Film « Créatures célestes » de Peter Jackson


 

En général, dans les fictions traitant d’homosexualité, le héros homo veut rester éternellement jeune. Il le dit lui-même : « Plus grandir, j’veux plus grandir, plus grandir pour pas mourir, pas souffrir. » (cf. la chanson « Plus grandir » de Mylène Farmer) ; « Ne brise pas une enfant. Soyez sympas : ne m’enfoncez pas. » (cf. la chanson « Maman » de Sally, dans la comédie musicale Cabaret (1966) de Sam Mendes et Rob Marshall) ; « Aujourd’hui, c’est trop tard. Je ne peux plus grandir. » (Bill dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut) ; « J’aimerais bien avoir treize ans. » (Ada dans la pièce La Star des oublis (2009) d’Ivane Daoudi) ; « Enfin jeune ! Jeune à jamais, comme l’Amérique ! » (le héros homo de la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] décida sombrement qu’elle avait dû rester enfant. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), pp. 111-112) ; « Pourquoi grandir ? » (Élisa, l’héroïne lesbienne du film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce) ; « Moi, je préfère penser que je vais pas grandir. C’est une idée qui me rassure. […] Je vieillirai plus. J’ai quatre ans. Pour toujours. » (le jeune narrateur du roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, pp. 9-11) ; « Il m’arrive souvent de rêver encore à l’adolescent que je ne suis plus. On sourit en revoyant sur les photos jaunies l’air un peu trop sûr de soi que l’on prend à 16 ans, et que l’on fait de son mieux pour paraître plus vieux. » (cf. la chanson « Du côté de chez Swann » de Dave) ; « Vous ne voulez plus grandir. Pour ne pas mourir. » (le narrateur homosexuel, parlant de lui-même à la deuxième personne du pluriel, dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 54) ; « Il s’avéra que même si j’étais destinée à vieillir et à mourir, je pourrais avoir une jumelle, installée dans un satellite se déplaçant à la vitesse de la lumière, qui ne vieillirait pas au même rythme que moi. » (Anamika, l’héroïne lesbienne de 18 ans qui prétend rechercher « l’immortalité », dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 219) ; « Tu n’as plus l’âge de tes poupées. » (cf. la chanson « Lola » de Jeanne Mas) ; « Je n’ai pas dû grandir. Je suis resté un môme. » (Kévin, l’un des héros homosexuels du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 12) ; « J’ai l’impression d’avoir dix ans. » (India, le héros homosexuel s’adressant à son copain au lit, dans le film « FAQ’s », « Prends-moi » (2005) d’Everett Lewis) ; « On aurait cru un enfant qui quémandait un sucre d’orge. D’ailleurs c’est ce qu’il est, un enfant de vingt ans qui agit comme les gosses dont on dit aux parents avec un air contrit ‘Mais qu’est-ce qu’il est gracieux ce petit, pour ne pas dire, mais qu’est-ce qu’il a l’air pédé, ce petit’. Simon a l’air pédé» (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 21-22) ; « Cette fille pleure comme un enfant, je ne m’en étais jamais rendu compte. » (Mike parlant de son amie lesbienne Polly, idem, p. 121) ; « Tu vois, c’est marrant, à l’aube de nos trente ans, on se retrouve comme quand on en avait vingt ! Toi tu cherchais la preuve que l’amour existe, tu n’en étais pas sûr, Simon la preuve que l’amour n’existe pas, et moi je suis venue ici pour le trouver. Et aujourd’hui, après tout ce temps, on est tous les trois revenus au même point, hein ? » (Polly, idem) ; « Décidément, quand on est tous les trois : des vrais gamins. » (le couple homo Seb et Loïc ainsi que leur meilleure amie Marie, dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion) ; etc.

 

Ce jeu de l’éternelle jeunesse peut être encouragé par un développement tardif ou inexistant des signes extérieurs physiques de l’âge adulte et de la puberté. Par exemple, dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Frankie, l’homo blondinet et féminin, se moque de l’immaturité de Todd, son futur amant : « T’as quel âge ? 12 ans ? » ; et ce dernier, cautique, lui rétorque : « Mais moi, j’ai pas l’air d’un petit garçon… » Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, Mélodie, l’héroïne bisexuelle, tient le même discours immature aux deux personnes avec qui elle sort séparément, Charlotte puis Michel, et qu’elle embrasse sur la bouche et va voir pile au moment où il ne faut pas (« Je suis désolée. C’est pas très adulte. »)… et elle se voit répondre la même chose par eux (« On s’en fout d’être adultes. »). Face à ses coups de cœurs et ses actes sexuels inconséquents, elle conclut (en lien avec un chèque que lui a donné sa grand-mère) : « Ça me fout les boules. J’ai l’impression d’avoir 15 ans. » Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, se fait surnommer « Little » par ses camarades. Et on lui reproche de ne pas grandir.
 
 

b) Peter Pan :

Film "Peter Pan" de Walt Disney

Film « Peter Pan » de Walt Disney


 

Par conséquent, on ne s’étonnera pas de voir que le personnage homosexuel s’identifie quelquefois à Peter Pan, le mythique héros qui refuse de grandir : cf. le roman El Beso De Peter Pan (1993) de Terenci Moix, la pièce Une Souris verte (2008) de Douglas Carter Beane, la chanson « In Search On Peter Pan » de Kate Bush, la chanson « On ne grandit vraiment jamais » de Lorie, la chanson « Corto » de David Jean, la chanson « Chaque seconde avec toi » de Stéphane Corbin et Marie Aliquot, la chanson « Peter Pan » de Nicolas Bacchus, la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot (le « Capitaine Crochet » est un des nombreux noms donnés à l’appareil génital masculin), la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone (où est mentionnée la fée Clochette), etc. « Peter Pan et Tom Sawyer m’attendent. » (cf. la chanson « Boulevard des rêves » de Stéphane Corbin) ; « Pierre me rejoignait dans ma chambre, entrait dans mon lit, et je lui racontais un long feuilleton dans lequel deux petits enfants nommés Susan et Peter, orphelins comme il se doit, erraient dans une Angleterre de fantaisie à la recherche d’un mystérieux trésor. » (Suzanne, l’héroïne lesbienne du roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 24) ; « Ce n’est pas Peter Pan qui fait battre plus vite le cœur de Ben, mais le Capitaine Crochet. » (Michael, le héros homo du roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 131) ; « J’ai couché avec le Capitaine Crochet. » (Kévin, le personnage homosexuel de 17 ans, dans la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte) ; « Quel fils de pute, ce Peter Pan ! » (Bruno, le héros homo reprochant en boutade à Peter Pan de lui avoir fait croire qu’il était possible de voler dans les airs, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger) ; « T’as le syndrome de Peter Pan. » (Philippe, le héros homosexuel s’adressant à son frère hétéro Alex, dans la pièce Mon frère en héritage (2013) de Didier Dahan et Alice Luce ; un peu plus tard, Alex accuse son psy homosexuel, Gabriel, d’avoir le syndrome de Peter Pan) ; « J’étais Peter Pan, mais à la bourre. » (Schmidt dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; « Alors comme ça, tu aimes bien les dessins animés ? Je dis ça par rapport à ton pseudo Peter Plan… » (Jérémy Lorca discutant avec Damien, un internaute qu’il a rencontré « en vrai », dans son one-man-show Bon à marier, 2015) ; etc. Par exemple, dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, Brad, le « méchant », surnomme Chance « la Fée Clochette » pour se moquer de lui et le féminiser. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, le skinhead efféminé est décrit comme « un Peter Pan sauvage » (p. 95).

 
 

c) Parodie du môme immature jouée par un adulte:

Vidéo-clip de la chanson "Que mon coeur lâche" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Que mon coeur lâche » de Mylène Farmer


 

Bien souvent, le personnage homosexuel se présente (ou est présenté) comme un grand enfant : « On me vieillit, mais je rajeunis tous les jours sur la Terre. » (Machiavel dans la pièce Dialogue aux enfers (1864) de Maurice Joly) ; « Un homme lui avait pris son premier amour. Marie ne savait pas que l’enfance finissait un jour. » (Alexandra, la narratrice lesbienne reprochant à sa bonne, Marie, son attachement à l’hétérosexualité, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 185-186) ; « Vous êtes habituée à vivre avec votre sœur qui vous facilitait tout. Toute seule, vous êtes comme un enfant. » (Fougère dans la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi) ; « Je sais, c’est une écriture de gosse. » (Dick décrivant sa propre écriture à Tom, le héros homosexuel, dans le film « The Talented Mister Ripley », « Le Talentueux M. Ripley » (1999) d’Anthony Minghella) ; etc. Par exemple, dans le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester, Adam, pourtant adulte, affirme qu’il est un enfant. Dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012), Didier Bénureau imite un gamin de 10 ans, très efféminé. Dans le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina, on voit la protagoniste lesbienne s’habiller en collégienne (il ne lui manque plus que les couettes), se farder avec du rouge pour se donner une apparence mi-enfantine mi-adulte. Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, les adultes imitent les conneries de leurs enfants : Diane et Kyla, les deux mères au foyer, se comportent comme deux adolescentes, et suivent Steve, le héros homosexuel désorienté, dans ses excès. Dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, les deux héroïnes lesbiennes, Idgie et Ruth, jouent les gamines adultes qui font des bêtises et qui refusent de grandir. Dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare, Mathias Le Goff, entraîneur de water-polo hétéro, qualifie l’équipe gay dont il a la charge de « bande d’ados ». Il se désole d’avoir à fliquer sans arrêt un groupe d’immatures désobéissants, qui montrent sans arrêt leur bite.

 

Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, l’un des héros homosexuels (le plus efféminé), raconte, avec les yeux fixés dans le vide, d’un air béat, comme envoûté, son premier émoi homosexuel pour Peter, un lycéen un peu plus âgé que lui (tiens, comme par hasard : Peter…), alors qu’il n’était encore qu’au collège et qu’il se comportait déjà comme un adolescent puéril qui, pour la fête du collège, confectionnait des décorations enfantines : « Je lui ai raconté que je faisais des étoiles en alu, et des nuages en coton. Il faut une folle pour ce genre de choses. […] Je l’ai aimé dès que mes yeux se sont posés sur lui. J’étais au collège et lui au lycée. »

 

Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Mr Mack définit Jim, son fils homosexuel, comme un être « ni homme ni môme ».
 

Dans les films ou les romans traitant d’homosexualité, les enfants sont parfois interprétés par des acteurs adultes se mettant à parler comme ils imaginent que parleraient les enfants : cf. la nouvelle « L’Histoire qui finit mal » (2010) d’Essobal Lenoir, la pièce Non, je ne danse pas ! (2010) de Lydie Agaesse (dans laquelle des actrices adultes jouent à redevenir enfants), le film « Huit Femmes » (2002) de François Ozon (Mathilde Sagnier et Virginie Ledoyen rentrent dans la peau de petites filles chipies et faussement modèles), le film « Teens Like Phil » (2011) de David Rosler et Dominic Haxton, la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi (avec Irina, la gamine peu docile, qui se prostitue et qui est jouée par un homme adulte), le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit (avec Gwendoline, la lycéenne qui se prostitue et fait des tournantes dans les caves), le film « Glue » (2006) d’Alexis Dos Santos, la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Par exemple, dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, Luca, le protagoniste, suce son pouce. Dans le film « Pride » (2014) de Matthew Warchus, Jeff, le héros homosexuel, devient l’ami des enfants : ils lui font des couettes comme avec une poupée. Dans le one-woman-show Mâle Matériau (2014) d’Isabelle Côte Willems, la narratrice transgenre F to M se met dans la peau d’une petite fille modèle ridiculement habillée en princesse par ses parents. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, saute comme un gamin sur le matelas de son lit à baldaquin. Hunger lui attribue un « comportement puéril », « une longue aventure irresponsable », « des exigences exorbitantes ».

 

Le héros homosexuel déjà mûr se met même à se désolidariser du monde adulte, comme s’il n’en faisait plus partie : « Le monde des adultes est un vilain lieu. » (Jean Sennac, le poète homosexuel du film « Soleil assassiné » (2002) d’Abdelkrim Bahloul) ; « Le monde adulte, un monde abrupt, et là, je broie du noir. » (cf. la chanson « Dessine-moi un mouton » de Mylène Farmer) ; « Les grands ont des griffes comme des bouts de ciment. […] Les grands ont des rires qui vous giflent en passant. » (cf. la chanson « Parler tout bas » d’Alizée) ; « Les adultes dénigrent l’amour. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 151) ; « Ça fait deux enfants à la maison. Ça fait beaucoup. C’est la famille. » (Emma parlant d’elle-même et affirmant qu’elle s’entend très bien avec la gamine de sa compagne Liz, et qu’elles font même des bêtises ensemble, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche) ; « Tu es timide et orgueilleuse… ce qui ne facilite pas le rapport avec les autres. » (le père de Claire, l’héroïne lesbienne, s’adressant à sa fille, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; « J’ai deux papas et deux mamans. Mais je suis toujours un enfant. » (cf. la chanson « Le Monde moderne » de Calogéro) ; etc.

 

Chez le héros homosexuel, le refus de vieillir et l’obsession pour la jeunesse ont leur revers déplaisant : ils le transforment bien souvent en petit sale gosse turbulent et immature… car en effet, à son insu, ils l’ont éloigné du réel. Par exemple, dans son roman Sodome et Gomorrhe (1922), Marcel Proust décrit les homosexuels comme des êtres « immatures ». Dans Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2012) de Christophe et Stéphane Botti, Martin, le héros sur qui pèse pendant toute la pièce une forte présomption d’homosexualité, dit qu’il « n’a pas encore eu le temps de faire sa crise d’adolescence ». Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, nous voyons que Valentín commence à « s’homosexualiser » au moment justement où il rentre dans le jeu de l’infantilisation de Molina, son compagnon de cellule homosexuel qui lui apporte des provisions de repas et le considère comme son amant-poupée : il ne supporte pas les fins des récits de Molina (comme les enfants, il trouve que les histoires sont trop courtes), mange de plus en plus, dit sa peur de l’abandon, marque une dépendance à l’image et aux contes, se laisse gagner par le sommeil, tolère de moins en moins l’autorité. Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le jeune héros homosexuel, est l’archétype du pédé fashion victim ingérable, capricieux, consommateur, despotique.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Souvent, le personnage homosexuel est présenté ou se présente comme un fils-à-maman turbulent, suffisant, teigneux et insupportable : « Quel enfant gâté ! » (Claire parlant d’Erik, son ami homo, dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs) ; « Ta Majesté jamais ne te déplace sans ton petit oreiller. » (cf. la chanson « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer) ; « Je suis l’enfant insouciant. Je n’ai pas de morale. » (Vincent, le héros homosexuel de 16 ans, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 46-47) ; « Nous sommes, insolemment, gâtés pourris. » (cf. la chanson « Cet air étrange » d’Étienne Daho) ; « Vous vous croyez malins en jouant masculins, mais vous pleurez maman quand vous n’êtes pas bien. » (cf. la chanson « Benoît tourne-toi » du groupe Benoît) ; « Je fais c’que j’veux ! » (Camille, l’héroïne lesbienne s’adressant à ses parents, dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet) ; « Les pédés obtiennent toujours tout les premiers. » (Senel Paz, Fresa Y Chocolate (1991), p. 10) ; « Ce jeune homme se comporte comme un enfant de 12 ans. […] Alors que l’âge adulte se présente devant lui, il fait demi-tour et retourne jouer au parc avec les autres enfants. » (Thibaut de Saint Pol, N’oubliez pas de vivre (2004), p. 162) ; « J’ai des impatiences et des amuseries d’enfant sauvage. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 9) ; « Cette impérieuse envie de fuguer qui la reprend à quatre-vingts ans. Grotesque ! » (Gabrielle, une des héroïnes lesbiennes du roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 77) ; « C’est ce gosse [en moi] qui en a profité. » (le voisin âgé du bel Emmanuel, le payant pour qu’il se dénude devant lui, dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré) ; « Je ne suis pas finie. » (l’héroïne dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « C’est pas mon genre de faire le mec. J’essaie. Je n’y arrive pas. Quelque part, je n’ai pas grandi. » (Julien Brévaille dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre (2006), p. 54) ; « Sylvia adorait la littérature néerlandaise moderne, sans doute parce que celle-ci, à une ou deux exceptions près, se compose exclusivement d’une espèce plus ou moins améliorée de livres pour grands adolescents, qu’on ne lit plus au delà de 25 ans. » (Harry Muslisch, Deux femmes (1975), p. 42) ; « 5, Je dis ce que je veux. » (cf. la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer) ; « Je n’ai jamais supporté l’autorité. » (Cyril, le héros du roman Pavillon noir  (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 191) ; « Je prends goût à tout ce qui est inachevé. » (Prior, l’un des héros homos de la comédie musicale Angels In America (2008) de Tony Kushner) ; « Je veux pouvoir choisir de ne pas choisir. » (Paul, le héros homosexuel, à la fin du film « Grande École » (2003) de Robert Salis) ; « J’aime pas quand on m’impose un truc. » (Pierre, le héros homosexuel de la pièce Le Fils du comique (2013) de Pierre Palmade) ; « L’attente, je déteste ça. » (Jonathan, le héros homosexuel de la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « C’est mon anniversaire, je fais ce que je veux ! » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Les pédés, ils sont flous, excessifs, durs. » (un des héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Tout le monde m’aimait, et pourtant, j’étais capricieux. » (idem) ; « Seize ans, c’est l’âge des possibles. Je ne m’interdis rien. Pourquoi m’interdirais-je quoi que ce soit ? » (Vincent, le héros homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 23) ; « Ma tante rangeait derrière mon oncle, ma grand-mère derrière mon grand-père. D’un côté, j’en étais indignée. Mais de l’autre, j’aimais être un petit prince. Quand je serais grande j’aurais un harem plein de femmes. » (Anamika, l’héroïne lesbienne du roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 168) ; « Je suis un égo sur jambes. Y’a que moi qui m’intéresse. » (la productrice dans la pièce Psy cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Tes amis sont tous immatures. On devrait s’en débarrasser. » (Jean-Marc, le héros homosexuel s’adressant à son amant Jean-Jacques, à propos du groupe d’homosexuels refoulés des Virilius, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Vous ne pouvez pas continuer de fuir comme ça toute votre vie. Un jour, il va falloir que vous deveniez adulte. » (Mollie s’adressant à Christopher Wren, le héros homosexuel, dans la pièce The Mousetrap, La Souricière (1952) d’Agatha Christie, mise en scène en 2015 par Stan Risoch) ; « Moi aussi, j’ai mauvais caractère. Un peu comme toi, d’ailleurs. » (Romane, l’héroïne lesbienne s’adressant à son père Alain, dans l’épisode 68 « Restons zen ! » (2013-2014) de la série Joséphine Ange gardien) ; « Tu n’as pas l’habitude d’essuyer des refus. » (sir Harold Nicolson s’adressant à sa femme Vita Sackville-West, lesbienne, à propos de Virginia Woolf, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; etc.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Je vous renvoie également au film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka, à la chanson « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen (avec Freddie Mercury jouant l’enfant refusant de mourir et de se séparer de sa maman), au film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (avec Loïc, le héros paresseux et despotique), etc.

 

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville


 

Par exemple, les personnages homosexuels du roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie « se comportent en enfants gâtés » : « Ils ne sont pas autre chose. Ils ont toujours été entourés, choyés, cajolés. » (p. 81) Dans le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, Arnold, le héros homo, est montré comme un être puéril et impossible à vivre : « Il faut pas mal de cran et un sacré sens de l’humour pour vivre dans les pompes d’Arnold »… Dans la comédie musicale Se Dice De Mí En Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Zulma, la grand-mère travesti M to F, vole à l’étalage, pour sa fille Alba. Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane, le héros homosexuel, se décrit comme un « ado attardé qui n’arrive pas à grandir ». Dans le film « Cloudburst » (2011) de Thom Fitzgerald, le couple âgé homosexuel se comporte comme des gamines (Stella mange des sucettes, matte du porno lesbien ; Dotty fugue de sa maison de retraite) ; et après, Stella s’étonne quand même qu’« on la traite comme si elle avait 9 ans » ; et Dotty la recadre : « On n’est plus des petites filles, Stella. » Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (avec Nicole Stéphane et Édouard Dermith), Paul et Catherine se comportent comme des enfants turbulents, chipant des objets dans les épiceries, tirant la langue aux petites filles dans les restaurants, se chamaillant sans arrêt, etc. Dans le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma, Anne, l’héroïne bisexuelle de 15 ans, commande sérieusement un Happy Meal (pour les enfants) au Mc Do, et finit par agresser la restauratrice si elle n’obéit pas : « Je VEUX le jouet ! ». Avec ses jumelles-jouet gagnées avec son plat, elle scrute de près sa meilleure amie lesbienne Marie : « Trop bien ! Je vois les pores de ta peau ! » Ça saoule Marie : « J’en ai marre de tes conneries de gamine ! » Dans le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp, les deux amants Sieger et Marc font du trempoline avec Neetlje, la petite sœur de Marc.

 

Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, le trio d’homosexuels trentenaires Rudolf/Gabriel/Nicolas accumule les bourdes et les gamineries d’enfants espiègles et turbulents dans les montagnes autrichiennes. Par exemple, Gabriel et Nicolas ouvrent les cages à lapins alors que c’était défendu, et ils foutent la honte à leur ami Rudolf. Ils sont incapables de se tenir et d’agir en adultes. Plus tard, Nicolas joue à déglinguer les tire-fesses. Rudolf finit par capituler devant tant d’immaturité : « On n’a plus vingt ans. Moi, j’ai changé. Pas vous ! C’est pas Paris que je fuis : c’est vous ! »

 

Concrètement, beaucoup de héros homosexuels jouent des gamins qui sont « plus enfants que les enfants mêmes ». Autrement dit, ils sur-interprètent une enfance forcée, violée, aussi involontairement violente que l’hommage des personnes travesties ou transsexuelles M to F aux femmes réelles quand elles affichent avec sincérité une hyper-féminité d’apparat. L’hyper-jeunesse est fictionnellement signe ou moteur de violence.

 
PARODIES Collégiennes
 

Certains titres d’œuvres homo-érotiques connues sont d’ailleurs des signatures de la nature capricieux et inconstantes du désir homosexuel : cf. le troisième album Never Enough (1993) de Melissa Etheridge, le film « I Want What I Want » (1971) de John Dexter, le film « Nincsen Nekem Vagyam Semmi » (« C’est ce que je veux et rien d’autre », 2000) de Kornel Mundruczo, le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie (avec le faux magazine gay Obstiné, parodie de Têtu), la chanson « J’aime pas » de Stéphane Corbin, etc.

 
 

d) L’amour adolescent ou la sexualité régressive :

Film "Créatures célestes" de Peter Jackson

Film « Créatures célestes » de Peter Jackson


 

L’immaturité rejoint également la recherche d’amour homosexuel. Souvent, le héros gay est attiré amoureusement par la jeunesse, ou bien sa relation homosexuelle est circonscrite à une période d’adolescence prolongée : cf. la chanson « Depuis qu’il vient chez nous » de Dalida, le roman Les Vieux Enfants (2005) d’Élisabeth Brami, le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy, le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz), le téléfilm Fiertés (2018) de Philippe Faucon (entre Victor et Selim, 17 ans), le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill (avec l’amour entre deux adolescents irlandais, Jim et Doyler), le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins (Chiron, le jeune héros homosexuel, sort avec son camarade Kevin), le film « Prora » (2012) de Stéphane Riethauser, le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent (racontant l’amour tumultueux entre deux lycéennes, Sarah et Charlène), le film « L’Âge atomique » (2012) d’Héléna Klotz, le film « Naissance des pieuvres » (2007) de Céline Sciamma (dépeignant l’« amour » entre Marie et Floriane, deux adolescentes de 15 ans), le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer (Johnny et Romeo, avant d’être amants, étaient d’anciens camarades de collège), le roman Deux Garçons (2014) de Philippe Mezescaze, le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, le film « Nagisa No Sindbad » (« Grains de sable », 1995) de Ryosuke Hashiguchi (Ito, lycéen rêveur, secrètement amoureux de son meilleur ami Yoshida), le film « Jongens » (« Boys », 2013) de Mischa Kamp (avec les deux jeunes athlètes Marc et Seiger), etc. (cf. je vous renvoie aussi aux codes « Pédophilie » et « Élève/Prof » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Avec son partenaire amoureux, ils retombent en enfance. Par exemple, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger, Bruno et Pablo ont une drôle de façon de se déclarer leur flamme : ils s’offrent en cadeaux une pelle et un seau… Dans la chanson « Les Attractions-Désastre » d’Étienne Daho, la voix narrative invite son amant à venir « faire l’avion » avec elle. Dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, les amants homosexuels jouent au cerf-volant ensemble dans une prairie. Dans le film « Cost Of Love » de Carl Medland, le beau Dale donne le biberon à un homme âgé qui est l’une de ses conquêtes. Dans le film « Die Bitteren Tränen Del Petra Von Kant » (« Les Larmes amères de Petra von Kant », 1972) de Rainer Werner Fassbinder, Petra traite sa servante-amante comme une petite fille (elle l’envoie même faire des coloriages !). Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Esti et Ronit, après avoir été meilleures amies d’enfance, reconstituent à l’âge adulte la parodie, cette fois sérieuse et amoureuse, de leur lien enfantin. Dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt, Jack et Paul qualifient d’enfantillages de cour de « récréation » leur relation conjugale. Dans le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Mariam Keshavarz, la relation amoureuse entre Shirin et Atefeh reste cantonnée à leurs années lycées, quand elles avaient 16 ans. Dans la pièce Tu m’aimes comment ? (2009) de Sophie Cadalen, la bisexualité se marie directement à l’enfance, avec l’enfant garçon qui veut avoir des « z’amoureux ». Dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, Karma et Amy, deux lycéennes, cherchent à être populaires dans leur lycée en se faisant passer pour lesbiennes. Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, Tommaso, le héros homosexuel, pour expliquer à son frère Antonio qu’il est vraiment gay, revient sur son amitié particulière avec son camarade d’enfance Sasa : « On n’a jamais joué aux petites voitures, avec Sasa… » Dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, Guillaume a connu son premier émoi homosexuel à 15 ans avec un certain Michael.

 

Dans les fictions homo-érotiques, l’homosexualité est spontanément associée à une sexualité de petit enfant, inachevée, incomplète, pré-pubère : « Vous faites de l’homosexualité infantile. » (Georges s’adressant à Jacob et Zaza, dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret) ; « On dirait des ados amoureuses. » (Bernd s’adressant à sa femme Marie par rapport à l’amante de celle-ci, Aysla, dans le téléfilm « Ich Will Dich », « Deux femmes amoureuses » (2014) de Rainer Kaufmann) ; « Nous sommes comme les petits garçons qui mélangent leur sang. » (Malik à son amant Bilal, dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia) ; « Ah la pension… j’ai que des bons souvenirs là-bas. J’ai rencontré Johnny là-bas. » (Maxime, le héros homosexuel de la pièce 1h00 que de nous (2014) de Max et Mumu) ; etc. L’homosexualité est reléguée à l’expérience d’adolescence passagère : « Je pensais à une petite amourette, comme des écolières. » (Ninette par rapport à l’amour que lui propose Rachel, dans la pièce Three Little Affairs (2010) de Cathy Celesia) ; « Tu t’es entichée d’elle comme une gamine. » (Richard, le copain de Thérèse, l’héroïne lesbienne, lui reprochant de partir avec une femme, dans le film « Carol » (2016) de Todd Haynes) ; « On a fini dans mon lit d’enfance. » (Abby racontant qu’elle a couché avec son amie d’enfance Carol qu’elle connaît depuis l’âge de 10 ans, idem) ; etc. Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Angela Crossby ne prend pas au sérieux sa liaison amoureuse passagère avec Stephen, l’héroïne lesbienne : pour elle, il s’agissait juste de « quelques baisers d’écolières » (p. 196). Dans la pièce Moi aussi, je voudrais avoir des traumas familiaux… comme tout le monde (2012) de Philippe Beheydt, Eddy, jouant le rôle du père d’Édouard, suspecte ce dernier d’avoir eu une relation homosexuelle avec Michael, un camarade (fictif) du primaire, sur la cour d’école. Dans la pièce Les Amours de Fanchette (2012) d’Imago, la mère d’Agathe, voyant que sa fille est lesbienne, se lamente de son immaturité : « Faudrait d’abord qu’elle grandisse… » Dans la pièce Parfums d’intimité (2008) de Michel Tremblay, Jean-Marc affirme avoir une « sexualité adolescente » ; et Luc, son ex-compagnon, parle de « refaire du touche-pipi » avec lui. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ben, le vieil oncle homo, pique la chambre d’adolescent de son petit neveu Joey, et y vit même une étreinte avec son amant George dans les lits superposés pour enfants.

 

Certains héros homosexuels, une fois qu’ils pratiquent les actes homosexuels, vivent différentes formes de régressions aux stades infantiles décrits par la psychanalyse (stade oral ou buccal, anal, génital, etc.) : « L’ocytocine, la molécule qui procure une sensation de plaisir pendant l’orgasme est aussi celle qui favorise le lien unissant la mère et l’enfant au moment de la tétée et la fidélité dans le couple. » (le Comédien dans la pièce Les Hommes aussi parlent d’amour (2011) de Jérémy Patinier) ; « La voisine prit le nouveau-né dans ses bras, ouvrit son corsage, mettant à nu un sein bien rond d’où, tout gonflé comme il était, le lait sortait déjà. Elle le guida vers la petite bouche qui instantanément se mit à téter. Je m’imaginais tétant ce joli sein, et me renouvelai la promesse que je m’étais faite : posséder un corps féminin et en avoir tous les plaisirs possibles. » (Alexandra, femme mariée attirée par les femmes soit plus mûres soit plus jeunes qu’elle, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 27) ; « Je la déshabillai tout à fait. J’approchai  ma bouche de son intimité, la léchant tendrement, comme un petit animal qui laperait du lait. » (idem, p. 65) ; « Elle a de bonnes mains chaudes et, vu notre différence de taille, quand elle s’occupe de moi, je retombe presque en enfance… […] Parfois, quand il y a trop d’huile et qu’elle l’essuie, je me sens comme une gamine dont on nettoierait le derrière. » (idem, p. 95) ; « J’eus alors l’idée de sucer mon pouce en la fixant. » (idem, p. 99) ; « Elle s’approcha de moi, ouvrit son corsage, sortit un sein puissant et rose, elle prit dans ses doigts le téton et l’approcha de ma bouche. Je le happai instantanément, comme je l’avais vu faire par l’enfant de la voisine. » (idem, p. 99) ; « Nous nous sommes embrassées lentement d’un jolie baiser de jeunes filles. » […] J’aurais voulu que cette préparation fût plus longue encore, pour que je puisse sentir un désir tendre monter en moi, comme lorsque j’étais jeune fille. » (idem, p. 194) ; etc. Par exemple, dans le roman La Cité des Rats (1974) de Copi, un parallèle est fait entre le lait maternel et le sperme de Mimile bu par sa fille Vidvn (p. 64). Pareil dans la pièce La Pyramide ! (1975), où le lait de vache symbolise la fellation. Fictionnellement, le sperme masculin est régulièrement confondu avec le lait maternel : je pense en particulier au film « La Manière Forte » (2003) de Ronan Burke (avec Adam, qui est utilisé comme une vache-à-lait du couple d’héroïnes lesbiennes), ou bien encore au film porno « Le Lait Nestlé » (2003) d’Hervé Joseph Lebrun. Dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti, lécher une glace est vu comme un signe d’homosexualité. Dans le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard, la mère de Laurent (jouée par Laurent lui-même) confond les Playboys et les Playmobils. Il n’est pas innocent que, dans les créations artistiques crypto-homos, le coït homosexuel fasse l’objet d’un traitement musical sur le mode de la comptine. Je vous renvoie par exemple au faux film porno « Bourre, bourre et ratatam » dans lequel Rick a joué dans le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie.

 

L’un des nombreux symboles fictionnels de la régression infantile que représente l’amour homosexuel, je dirais que c’est le bilboquet. « Quand Solange était petite, à l’âge de 5 ans, elle était fascinée par un enfant qui vivait sur le même palier, de 2 ans son aîné, qui passait sa journée assis dans l’escalier en train de jouer au bilboquet. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 112) ; « Je lui ai arraché les yeux pour m’en faire un bilboquet. » (Doris, l’héroïne lesbienne, parlant de l’actrice blonde Truddy, dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton) ; etc. On retrouve ce jouet en tant que code (un peu trivial et potache, du coup) censé mimer la pénétration anale par exemple dans le film « Les Hommes ne pensent qu’à ça » (1953) d’Yves Robert, le film « La Reine Margot » (1954) de Jean Dréville (avec le roi Henri III et son bilboquet), la chanson « Le Bilboquet » (1930) de Fernandel (abordant directement le sujet de l’homosexualité), la comédie musicale La Bête au bois dormant (2007) de Michel Heim, etc. Dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, la statue de l’enfant au milieu de la place joue au bilboquet (p. 18). Dans la comédie musicale « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, Bill se définit lui-même comme un bilboquet : « Bill comme Bilboquet » Par exemple, dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Anthony MacMurrough qualifie ses amants-prostitués de « bilboquets merdeux ».

 

Le héros homosexuel demande en général deux choses impossibles à son amant : que ce dernier l’aime comme lui imagine qu’une mère (incestueuse) aime son enfant ; ou qu’il se laisse aimer par lui comme un enfant, par son cœur de père : « Je caresse tes cheveux blonds. J’enlace ta jeunesse. » (Vincent à son amant Arthur, pourtant à peu près du même âge, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 47)

 

En sortant avec un homme nettement plus jeune que lui, il a l’impression de redevenir jeune, par un curieux atavisme fusionnel ; et de même, avec un homme beaucoup plus âgé, qui le dorlotera comme un petit bébé : « Il m’a semblé qu’aimer Ben c’était aimer celui que j’avais été, des années auparavant. » (Michael dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 26) ; « Je m’étais fait l’illusion de retrouver en vous ma propre jeunesse, mais rien en vous ne me séduit. Il y a trente ans je vous aurais peut-être trouvé désirable, et encore je ne suis pas sûr de cela, et puis vous n’étiez qu’un nouveau-né. » (Cyrille, le héros homo, au jeune journaliste, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Je rentrai à la maison à pied avec le sentiment d’être à la fois étrangement jeune et étrangement vieille. » (Anamika, l’héroïne lesbienne de 18 ans, après avoir couché avec Linde, une femme mariée qui a l’âge d’être sa mère, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 43) ; « J’ai l’impression d’être à la recherche de mon enfance… » (Polly, l’héroïne lesbienne, évoquant son aventure avec son premier amour lesbien, Amandine, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 18) ; « La vérité, c’est que la différence entre Claude et moi, c’est l’âge ! Trente ans. Exactement trente ans trois mois et sept jours. Vous savez c’que ça veut dire cette différence ? Ça veut dire que j’ai la jeunesse, que cette salope m’a choisie pour ça, et qu’elle me jalouse. » (Polly parlant de sa compagne Claude, de 30 ans son aînée, op. cit., p. 78) ; « Vardelek revenait toujours avec l’air d’être beaucoup plus âgé, épuisé et las. Gabriel [jeune homme de 14 ans] se précipitait à sa rencontre et l’embrassait sur la bouche. Alors le comte [Vardelek] frissonnait légèrement et, après un petit moment, recommençait à avoir l’air très jeune. » (Erick von Stenbock, Histoire vraie d’un vampire, 1894) ; « Lola, viens ici. Je ne t’autorise pas à faire ce genre de caprice. » (Vera s’adressant à son amante Lola en la grondant, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio) ; « Ça va ! Je suis pas ta mère ! » (Lola s’adressant à son amante Nina, idem) ; « Tu ne sais jamais rien. J’en ai assez de te materner, Nina. » (idem) ; « Tu es une petite fille dans ta tête. » (Vera s’adressant à Nina, idem) ; « Oui, c’est confortable de stagner dans l’enfance. » (Lola parlant de Nina à Vera) ; etc. Rien d’étonnant qu’à un moment donné, il finisse par ne plus supporter ni l’infantilisation ni son paternalisme !

 

L’infantilisation qu’est la pratique homosexuelle dépasse largement le « couple » fictionnel homosexuel. Elle renvoie à la société toute entière, à un processus étatique. « C’est criminel de la part d’un État d’avoir infantilisé ainsi les gens. » (le père de Claire, l’héroïne lesbienne, à propos du gouvernement Hollande qui a fait passer le « mariage pour tous », dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :
 
 

a) J’ai 10 ans, je sais que c’est pas vrai mais j’ai 10 ans…

Steevy Boulay

Steevy Boulay (et son Bourriquet)


 

L’homophilie est une structure psycho-affective, une tendance ou, si l’on préfère, une période de latence occupant les six ou sept premières années de l’enfance. L’être humain n’a donc pas vocation de s’y installer éternellement, et encore moins à l’âge de la maturité adulte. Et s’il s’y installe (à travers une homosexualité-identité ou une homosexualité actée), il s’expose fatalement à adopter des comportements régressifs, autrement dit immatures.

 

En général, les personnes homosexuelles veulent rester éternellement jeunes, ne jamais quitter l’enfance. Elles le disent parfois explicitement : « J’ai l’impression d’être un enfant bloqué dans un corps d’adulte me confrontant aux mondes d’adultes. » (cf. le mail d’un ami homo, Pierre-Adrien, 30 ans, reçu en juin 2014) ; « Longtemps, je n’ai pas voulu grandir. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 258) ; « Cher Jorge Lavelli, Je te donne cette pièce en souvenir attendri de la ville de Buenos Aires qui a été, pour nous aussi, un peu le parc de notre enfance. C’est dans un coin de rue rose de cette ville que nous avons tué à coups de marteau dix-sept facteurs, un marchand de melons et la putain du coin avant d’aller comme des gosses scier les arbres des patios de San Telmo. » (cf. l’extrait d’une lettre de Copi à Jorge Lavelli, en préface de la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi) ; « Je me reconnais à 100% dans le personnage de Claudine Dorsel dans le Club des Cinq ; Comme elle, je ne voulais pas grandir, comme elle j’aurais préféré vivre à l’âge adulte seule dans mon île avec mon chien. […] Grandir me terrorisait. J’en faisais des crises d’angoisse dès que j’y pensais. J’ai accueilli comme un soulagement le redoublement du CM2, et j’ai pu sympathiser avec des filles plus jeunes, qui partageaient donc plus mes centres d’intérêt. Mais la puberté a été quand même été terrible pour cette raison. Je ne voulais surtout pas devenir comme ces femmes que je connaissais. Surtout comme ma mère. J’avais l’impression qu’elle vivait sa maternité comme une source de frustration, à l’époque. S’il fallait grandir, je voulais garder le goût de l’aventure, le plaisir du jeu. Un peu comme un homme, me disais-je. Je voulais être militaire, pilote de chasse, parce que c’était à mes yeux le truc le plus enivrant qu’on puisse faire. Ma vue, qui s’est détériorée, ne m’a pas permis de perdurer dans cette ambition. […] À partir de 14 ans, je me suis progressivement volontairement coupée des jeunes de mon âge, jusqu’à finir dans un isolement complet en prépa. J’étais devenue une fille repliée sur elle-même, asociale, complexée, effrayée de tout. » (cf. l’article « Tom Boy à l’affiche » de Bab El) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Homophobie à l’italienne » (2007), le couple Gustav Hofer et Luca Ragazzi se montre en train de laver ses figurines en plastique des dessins animés de Walt Disney dans une bassine (« Pour se détendre, ils cultivent en eux l’enfant qu’ils n’ont jamais cessé d’être. » commente la voix-off). Le poète homosexuel espagnol Luis Cernuda, quant à lui, décida toute sa vie de « se réfugier dans son imaginaire ou rester comme un enfant » (Armando López Castro, Luis Cernuda En Su Sombra (2003), p. 16). Le documentaire « Jenny Bel’Air » (2008) de Régine Abadia est présenté comme « l’histoire d’un petit garçon [le travesti M to F Jenny Bel’Air] à qui on a volé une enfance » (dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 80). Parmi mes amis homos, j’en connais énormément qui sont restés accros à leurs peluches, à leurs dessins animés, et à leurs jouets, alors même qu’ils ont trente ans passés…

 

Le réalisateur grec Panos H. Koutras

Le réalisateur grec Panos H. Koutras


 

Par ailleurs, je me faisais la remarque que le jeunisme était un des signes les plus latents de l’homosexualité un jour que je me trouvais dans le métro face à deux couples d’hommes gays de 50 ans qui se trouvaient dans le même wagon que le mien. J’ai immédiatement deviné leur homosexualité simplement parce qu’ils ne portaient pas les vêtements de leur génération, et qu’ils faisaient tout pour ne pas faire leur âge. En dehors de tout jugement moralisant ou de débat de goûts (car en plus, je trouve que parfois, la contrefaçon est très réussie et à peine identifiable/ridicule), je constatais que ne pas assumer son âge et s’habiller « jdeunes » et « fashion », ça faisait particulièrement homosexuel, ça faisait tout de suite pédale du Marais ou métrosexuel bisexuel.

 
 

b) Peter Pan :

PARODIES Peter Pan Girls

 

Pour poursuivre sur la même idée, il est peu surprenant que certaines personnes homosexuelles s’identifient à Peter Pan, le mythique héros qui refuse de grandir : « Elle est belle, mais difficile à peindre… Tu aurais dû choisir Peter Pan. » (Silvia parlant à Delia de son portrait d’Evita, dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 182) ; « J’aimais les histoires de chevalier, je m’imaginais Robin des Bois, ou encore Peter Pan. » (cf. l’article « Tom Boy à l’affiche » de Bab El) ; etc. Peter Pan est le personnage préféré de beaucoup de personnalités homosexuelles (Jean Sennac, Michael Jackson, Alan Moore, Clive Barker, Bruno Moneroe, etc.). Par exemple, l’acteur britannique homosexuel Ian McKellen a joué le Capitaine Crochet dans le spectacle Peter Pan (1998). William Burroughs s’est énormément inspiré de la mythologie de Peter Pan pour écrire son roman Les Garçons sauvages (1972). Lors du débat « Transgenres, la fin d’un tabou ? » diffusé sur la chaîne France 2 le 22 novembre 2017, Lucas Carreno, femme F to M, est née jumelle avec un frère. Quand elle était petite, elle s’identifiait toujours à Peter Pan ou Mowgli. Certaines chanteuses et icônes gays sont rentrées dans la peau de la fée Clochette ou de Peter Pan : Alizée, les Spice Girls (cf. le vidéo-clip de la chanson « Viva Forever »), etc.

 

Tout cela s’explique assez bien. Le désir homosexuel, parce qu’il s’éloigne du Réel en rejetant en grande partie la différence des sexes, encourage les individus qui le ressentent à s’éloigner aussi d’un autre « roc » du Réel qui est la différence des générations. Le psychologue Dan Kiley a tracé, non sans raison, le lien entre homosexualité et Syndrome de Peter Pan (SPP), même s’il se garde fort heureusement de tomber dans la généralité : « Il est intéressant de voir qu’au théâtre le rôle [de Peter Pan] est généralement confié à une jeune fille. » (p. 132) ; « Je ne veux bien évidemment pas dire que tous les gays le sont parce qu’ils sont victimes du SPP (même si certains d’entre eux correspondent effectivement à la description de la victime du SPP). » (idem, p. 42)

 
 

c) Parodie du môme immature jouée par un adulte:

Comme le constate à juste raison Pascal Bruckner dans son essai La Tentation de l’innocence (1995), « Notre époque privilégie un seul rapport entre les âges : le pastiche réciproque. Nous singeons nos enfants qui nous copient. » (p. 95)

 

Film "Tick Tock Lullaby" de  Lisa Gornick

Film « Tick Tock Lullaby » de Lisa Gornick

 

Ce refus de vieillir et cette obsession pour la jeunesse ont leur revers déplaisant : ils transforment bien souvent leur adulateur homo en petit sale gosse turbulent et immature… car en effet, à son insu, ils l’ont éloigné du réel : « Il faut admettre que ce comportement d’éternel adolescent me jouait parfois de vilains tours. Effectivement, je tombais amoureux mais cela ne durait pas plus d’une semaine. » (Ednar, dans le roman semi-autobiographique Un Fils différent (2011) de Jean-Claude Janvier-Modeste, p. 132) ; « Si j’aime, je dis que je ne n’aime pas. Si je n’aime pas, je dis que j’aime. » (Jean Cocteau, cité dans le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la vérité (2008) d’Hakim Bentchouala) ; « Marc avait raison, elle serait perpétuellement une éternelle gamine qui ne mûrirait jamais. Il arrive que des inconscients me fassent remarquer que je ne sais pas ce que c’est que d’avoir des enfants. Ils sont dans l’erreur car pendant douze ans, j’ai eu Martine sur les bras. » (Paula Dumont parlant de sa compagne Martine, avec qui elle est restée 12 années, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 163) ; « Je me préfère toujours aux autres et je n’ai jamais eu envie de changer quoi que ce soit ni à mon apparence ni à mes attirances. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), pp. 7-8) ; « Si tant est que je puisse être modeste… » (Blandine Lacour à l’émission Homo Micro de Paris Plurielle, diffusée le 11 avril 2011) ; « Je devins bientôt un enfant brillant mais de caractère difficile. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 12) ; « Je déteste beaucoup de choses dans la vie. » (Lucía Etxebarría, auteure bisexuelle, lors de la présentation de son roman Le Contenu du silence (2012), organisée à la Galerie Dazelle de Paris, le 12 juin 2012) ; « J’ai été mal dans ma peau jusqu’à l’âge de 20 ans. Je me trouvais moche, je ne plaisais pas. J’ai vite compris qu’il fallait que je séduise par autre chose que mon physique. J’avais l’humour caustique, un peu anglais. J’étais vieux à 20 ans et jeune à 40, l’âge où j’ai commencé à déboutonner mon corset. » (Stéphane Bern, Paris Match, août 2015) ; « Dans un tract politique nazi du 16 septembre 1919, on pouvait lire ce slogan : ‘L’Allemagne est en train de devenir une ‘maison chaude’ pour les fantasmes et l’excitation sexuelle.’Cette formule correspondait à une réalité certaine. Des touristes du monde entier venaient à Berlin, parce qu’elle était surnommé ‘Sin City’… On pouvait même trouver des filles de 10-11 ans portant des habits de bébés qui se promenaient de minuit à l’aube en concurrence avec des blondes luxuriantes, nues dans leurs manteaux de fourrures. Ou avec des garçons habillés en poupées, poudrés, les yeux faits, et du rouge aux lèvres. Pas moins de deux mille prostitués mâles sillonnaient les rues de Berlin, tous listés par la police. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 31) ; etc.

 

Certains ouvrages homo-érotiques sont des signatures de la nature capricieuse et immature du désir homosexuel. Je vous renvoie au titre du magazine homosexuel français par excellence, Têtu.

 

Pochette du single "Plus grandir" de Mylène Farmer

Pochette du single « Plus grandir » de Mylène Farmer


 

Par exemple, dans ses chansons, Mylène Farmer, l’icône gay française en titre, joue presque systématiquement la femme-enfant capricieuse ou névrosée (cf. « Plus grandir », « Chloé », « Sans contrefaçon », « L’Horloge », « On est tous des imbéciles », « Dessine-moi un mouton », « Libertine », « Maman a tort », « Effets secondaires », « Comme j’ai mal », « Lonely Lisa », « Monkey Me », etc.) ; et de plus, elle a « salegossisé » sa petite protégée, Alizée, en lui faisant chanter des mélodies aux jeux de mots salaces (« Mon Maquis », « Veni Vidi Vici ») ou en la forçant à grossir sa jeunesse (« J’en ai marre », « J’ai pas 20 ans ! », « Youpidou », « Parler tout bas »).

 

Autre exemple, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez, le spectateur assiste, médusé, à la chorégraphie de petites fillettes façon mangas adolescents japonais effectuée par les quatre comédiennes adultes. Elles sont font à elles-mêmes des réflexions qui résonnent comme des aveux : « T’es devenue trop mature. » (Kanojo s’adressant à son amante Juna)
 

La parodie de jeunesse ainsi effectuée par la communauté LGBT ne rejoint pas les vrais enfants, mais au contraire l’enfant métaphorique despotique (mi-sale gosse mi-adulte) que certaines personnes homosexuelles deviennent parfois. Leur relationnel garde souvent d’elles une image de petits tyrans puérils et inconstants. C’est ce qui transparaît quand on lit les biographies de Virginia Woolf, Marcel Proust, Violette Leduc, Jean Genet, Federico García Lorca, Luis Cernuda, James Dean, Charles Trénet, Miguel de Molina, pour ne citer qu’eux. « Tous ceux qui ont connu Julio Antonio Gómez Fraile parlent d’un grand enfant, capricieux et obstiné dans ses désirs. » (www.islaternura.com, consulté en janvier 2003) ; « Genet était insaisissable, cabotin, profiteur, insupportable. Et en même temps sa gentillesse, son côté enfantin ! » (cf. l’article « Jacques Guérin : Souvenirs d’un collectionneur » de Valérie Marin La Meslée, dans le Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 73) ; « Dès le début de sa carrière, Cocteau entre de plain-pied, après une adolescence fiévreuse et brûlante d’enfant gâté, dans les hauts parages de la société parisienne. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 204) ; « Il ne supportait pas l’ennui. Il fallait toujours le surprendre sinon il se dégoûtait vite. » (Myriam Mezières dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 71) ; « Marcel est génial, mais c’est un insecte atroce, vous le comprendrez un jour. » (Lucien Daudet à propos de Marcel Proust, cité par Jean Cocteau dans son article posthume Le Passé défini, 1983) Par exemple, l’écrivain Paul Bowles a très bien décrit « l’enfant-femme que Carson McCullers a été toute sa vie » (Josyane Savigneau, Carson McCullers (1995), p. 17) ; « J’aimais énormément Carson. C’est un démon, mais je la respectais. » (Truman Capote dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, p. 189) ; « J’ai toujours ressenti Carson comme une destructrice, et c’est la raison pour laquelle j’ai choisi de ne jamais me lier trop intimement avec elle. De l’affection pour elle, j’en avais très réellement. […] Carson reste dans mon esprit comme un génie enfant. » (Elizabeth Bowen à Virginia Spencer Carr, op. cit., p. 261) Gómez de la Serna présente Antonio de Hoyos comme « un enfant gâté par sa mère » (Alberto Mira, De Sodoma A Chueca (2004), p. 129) ; « Cocteau a eu la vie facile. » (la voix-off du documentaire « Cocteau/Marais : un couple mythique » (2013) Yves Riou et Philippe Pouchain) ; etc. Dans le biographie James Dean (1995) de Ronald Martinetti, James Dean est défini par Alec Wilder comme « un gosse avec un esprit de gosse » (p. 90) et un « enfant gâté manipulateur et extrêmement égoïste » (p. 21). Dans la biographie du poète homosexuel espagnol Federico García Lorca, écrite par le frère de ce dernier, Francisco, il est question de « cette sensation de pouvoir infantile qui se réveille en Federico » (Francisco García Lorca, Federico Y Su Mundo (1980), p. 27). Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, les amants Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent se traitent mutuellement d’« enfants gâtés ». Dans son essai Le Rose et le Noir (1996), Frédéric Martel qualifient certains militants homosexuels des années 1970-1990 d’« enfants gâtés du capitalisme » (p. 114). Les personnes homosexuelles ne démentent pas toujours leur côté sale gosse. Par ailleurs, Jean Cocteau avouait lui-même avoir grandi « avec trop de chance, dans un milieu qui ne goûtait pas les choses qu’il devait lui devenir saintes » (cf. le documentaire « Jean Cocteau, autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky).

 

PARODIES barbu nounours

 
 

d) L’amour adolescent ou la sexualité régressive :

L’immaturité rejoint également la recherche d’amour homosexuel. Souvent, le sujet homosexuel est attiré amoureusement par la jeunesse, ou bien son histoire d’amour homosexuel est circonscrite à une période d’adolescence prolongée (cf. je vous renvoie aux codes « Pédophilie » et « Élève/Prof » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Avec son partenaire amoureux, ils retombent souvent en enfance. « Une des caractéristiques de l’amour homosexuel, avec son culte du jeune homme merveilleux, consiste à abolir le temps. » (John Sutherland, Is Heathcliff A Murderer ? Puzzles In The 19th Century Fiction, 1938) ; « Quand on est en couple, on essaie de ne pas trop attirer l’attention. Comme beaucoup d’ados, d’ailleurs. » (Wilfried de Bruijn, homo en couple, à propos des « couples » homos, dans le documentaire « Homo et alors ?!? » (2015) de Peter Gehardt) ; « Et cet amour tel qu’il s’exprime reflète peut-être un manque de maturité. » (Franco Brusati interviewé par Claude Beylie au sujet de l’homosexualité, dans la revue L’Avant-Scène Cinéma, n°277, le 1er décembre 1981) ; « Je ne comprends toujours pas comment j’ai pu atteindre mon âge si avancé, tomber amoureux de plusieurs garçons et passer à l’acte, même si ma pratique sexuelle restait très adolescente, sans réaliser que j’étais tout simplement homosexuel. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 30) ; « J’ai l’impression que pour moi le temps s’est arrêté à l’adolescence. Aujourd’hui, j’ai 45 ans et je suis systématiquement séduit par des très jeunes hommes d’environ une vingtaine d’années, comme si moi-même j’étais resté fixé à cet âge-là. » (idem, pp. 47-48) ; « J’ai regardé notre couple avec indulgence : deux vieilles adolescentes qui avaient attendu vingt ans pour s’aimer. » (Paula Dumont parlant de son couple avec Catherine, dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 41) ; « Moi, je m’estimais immature et nullement prêt pour être livré à moi-même. […] Je ressentais un vif plaisir à rester le fils de ma mère, en jouant avec mes camarades dans des rôles, où l’on pouvait me protéger, où je n’avais pas à prendre de décisions ou à prouver un statut de responsable. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 19-20) ; « C’est pendant mon adolescence que j’ai vécu les ‘mauvaises habitudes’. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; etc.

 

PARODIES Tatu

 

Freud et la psychanalyse avaient vu juste en décrivant la structure homosexuelle comme un arrêt dans le développement psycho-sexuel d’un individu. Car du côté homosexuel comme non-homosexuel, on remarque que l’homosexualité est spontanément associée à une sexualité de petit enfant, inachevée, incomplète, pré-pubère. Certaines personnes homosexuelles, une fois qu’elles pratiquent les actes homosexuels, vivent différentes formes de régressions aux stades infantiles (stade oral ou buccal, anal, génital, etc.) qu’elles décrivent parfois sans même se rendre compte de la signifiance de leurs propos : « C’est comme ça. Je me suis toujours senti plus à l’aise en couches. J’ai toujours trouvé les mecs en couches très excitants. » (Jerry, graphiste homosexuel canadien de 38 ans, cité dans l’ouvrage Le Sexe bizarre (2004) d’Agnès Giard, p. 131)

 

Même si elles y mettent du sentiment et de la sincérité (dans le meilleur des cas), les personnes homosexuelles n’ont pas une sexualité véritablement adulte quand elles choisissent de vivre en couple : celle-ci relève prioritairement du jeu adolescent, de la simulation, de l’imaginaire, de l’artifice. Certaines plaisantent très souvent entre elles sur la « sexualité touche-pipi »… mais elles ont quasiment toutes commencé par elle – souvent avec angoisse d’ailleurs –, et l’ont maintenue à l’âge adulte, cette fois dans sa version « trash », pour se donner l’illusion qu’elles la vivaient de manière plus mature et responsable. De même, nous pourrions tout à fait comparer la fellation (pratique qui n’est pas exclusivement homosexuelle mais qui reste très répandue parmi les hommes gay) à une sorte de retour au biberon, comme l’a suggéré à juste raison Hervé Joseph Lebrun dans son film érotique « Le Lait Nestlé » (2003), preuve que la sexualité humaine est parfois régressive. Helene Deutsch, Sigmund Freud, ou bien encore Simone de Beauvoir, évoquent le rapport de proximité entre homo-sexualité et adolescence. Il n’est pas innocent que Colette décrive le coït lesbien comme une « sexualité de petites filles », ou que le rapport homogénital fasse l’objet d’un traitement musical sur le mode de la comptine : par exemple, les chansons « Quel souci La Boétie ! » de Claudia Phillips, « Orgasmique » du rappeur homo Monis, et « L’Âme-stram-gram » de Mylène Farmer, reprenant l’air d’« am-stram-gram », se référent ludiquement aux coïts homosexuels masculins.

 

Dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko, homosexuel, raconte comment le premier attouchement pédophile qu’il a vécu l’a ramené à un agréable souvenir  sensoriel d’enfance : « J’avais trouvé cette pratique agréable au même degré que lorsque tout petit ma nourrice s’amusait à faire de mes fesses et de mon sexe, son jouet favori. » (p. 35)

 

L’un des nombreux symboles de la régression infantile que représente l’amour homosexuel, c’est à mon avis le bilboquet. Ce jouet était, dans l’imaginaire collectif homosexuel, l’ancêtre espiègle des sex toys d’aujourd’hui. Par exemple, dans l’essai Le Musée de l’Homme : Le Fabuleux Déclin de l’Empire masculin (2005) de David Abiker, Victor, l’ami gay, possède sur la table basse de son salon, des magazines (Têtu, Match, Télérama) et… un bilboquet !

 

Il est fréquent que certains individus homosexuels idéalisent un amour de jeunesse dont ils n’ont pourtant qu’un vague souvenir (le Maximin de Stefan George, le Ednar de Jean-Claude Janvier-Modeste, le Jimmy de Gore Vidal, etc.) En sortant avec un homme nettement plus jeune qu’eux, ils ont l’impression de redevenir jeunes ; et de même, avec un homme beaucoup plus âgé, qui les dorlotera comme un petit enfant : « Aux différents âges de ma vie, ceux qui m’ont aimé se sont adressés à moi comme un enfant. Il est vrai qu’aimer consiste à ne pas sortir de l’enfance. Ainsi n’ai-je pas accédé à l’état adulte. J’ai la faiblesse de croire qu’il s’agit d’une grâce. » (Christian Giudicelli dans son autobiographie Parloir (2002), p. 60) ; « J’ai tout d’abord rencontré Claire, une femme de mon âge, à l’air austère. Mais elle n’était attirée que par les filles de vingt ans. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 198) Mais ils ne se rendent pas toujours compte qu’ils demandent en général deux choses impossibles à leur amant : que ce dernier les aime comme ils imaginent qu’une mère aime son enfant (souvent une mère incestueuse, trop obligeante dans sa sollicitude) ; ou qu’il se laisse aimer par eux comme un enfant, par leur cœur de père. Rien d’étonnant qu’à un moment donné, ils finissent par ne plus supporter ni l’infantilisation ni leur propre paternalisme !

 

Vidéo-clip de la chanson "Lucky Love" d'Ace of Base

Vidéo-clip de la chanson « Lucky Love » d’Ace of Base


 

(Je rappelle pour finir que ce code fonctionne en doublon avec le code « Éternelle jeunesse » dans ce même Dictionnaire.)

 
 

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